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dimanche 28 avril 2013

La Feria del Libro a commencé à Buenos Aires [à l'affiche]



Jeudi dernier s'est ouverte à Buenos Aires, dans le parc de La Rural (Predio de la Rural), à Palermo, la 39e Feria del Libro qui accueillera cette année jusqu'au 13 mai prochain soixante-et-onze écrivains du monde entier, dont un poète néerlandais. L'invité d'honneur est en effet cette fois-ci la ville d'Amsterdam, qui verra mardi prochain l'avènement de Willem Alexander et de son épouse argentine, la princesse Máxima.

Au cours de ce Salon du Livre qui est l'une des plus grosses manifestations du genre sur le sol de l'Amérique du Sud, une opération de solidarité avec les bibliothèques sinistrées de La Plata, à la suite des inondations catastrophiques du 2 et 3 avril dernier (voir mes articles sur le sujet), une collecte de livre : chaque visiteur est invité à offrir un ouvrage et l'ensemble ainsi constitué sera réparti dans les fonds à reconstituer. Les livres sont à remettre au Hall Central, au stand partagé par le Colectivo Imaginario, Red Solidaria et Fundación El Libro.

Et au premier plan, c'était à prévoir, un livre de celui
que ce mécréant de Miguel Rep appelle, avec beaucoup d'humour,
le super yo (le surmoi) des Argentins 
Le Président de la Fondación El Libro, qui organise la Feria, Gustavo Canevaro, a été reçu la semaine dernière dans l'émission Mañana Más, de Carlos Ulanovsky, sur Radio Nacional.

Pour en savoir plus :
rendez-vous sur le site Internet de El Libro, sur la proposition du collectif solidaire pour La Plata.

dimanche 14 avril 2013

Archivistes contre inondation [Actu]

Le patio de Madame Mariani avec deux des spécialistes à l'œuvre


Un groupe d'archivistes des Archives Nationales pour la Mémoire ont investi depuis quelques jours la maison de Chicha Mariani, la fondatrice de Abuelas de Plaza de Mayo, qui habite La Plata, dans le quartier très sinistré de La Loma.

Chicha Mariani conservait chez elle un très important stock de documents sur les crimes de la dictature, les procès passés et en cours, ses propres recherches pour retrouver sa petite-fille. L'inondation des 2 et 3 avril  dernier a mis le travail de toute une vie en lambeaux.

Ces archives étaient très précieuses, elles avaient même été déclarées patrimoine culturel de l'humanité par l'UNESCO.

Très vite après la catastrophe, nombreux ont été les volontaires qui ont aidé du mieux qu'ils ont pu pour récupérer ces sources documentaires. A présent, ce sont des professionnels, issus des services nationaux et provinciaux des archives pour la Mémoire et de diverses universités, qui interviennent, trient, envisagent les restaurations possibles et évaluent peu à peu les dégâts irréversibles causés par les trombes d'eau qui ont noyé la région pendant trois jours au début du mois.

Página/12 faisait un premier bilan dans son édition de ce matin. A lire sous le lien.

lundi 8 avril 2013

Les Argentins se mobilisent autour des sinistrés [Actu]


Le bilan des décès semble désormais effectivement fixé au chiffre de 51 morts mais les sinistrés sont 350 000. 350 000 personnes pour lesquelles hier deux grands du rock nacional se sont mobilisés pour animer deux méga-concerts destinés à collecter des fonds, des vivres et des articles de première nécessité avec une pléiade de musiciens argentins : León Gieco était à Avellaneda, dans la banlieue sud de Buenos Aires, et Fito Páez à Palermo, au Planetarium.

Des milliers de personnes, dans une grande variété d'appartenances philosophique, idéologique et métaphysique, se sont déplacées pour apporter des vêtements, des vivres, des matelas, des sommiers, des médicaments pour les collectes de solidarité. Página/12, le chantre de l'anticléricalisme argentin (et vous savez maintenant que ce courant est déterminé) souligne la présence de nombreux uniformes de scouts dans cette fourmilière industrieuse et énergique.

Les gens ont parfois apporté des objets en mauvais état, de la vaisselle abîmée, des chaises bancales, mais tout a été accepté, car tout cela est mieux que rien pour ceux qui ont tout perdu dans la violence de l'inondation.

Le quotidien raconte comment les cris habituels avaient changé de sens au cours de cette grande nuit de solidarité : ainsi ce garçonnet qui crie "Comida. Comida" (à manger, à manger) non pas pour proposer, comme c'est si souvent le cas dans les rues de Buenos à l'approche de l'heure du déjeuner, des empanadas qu'il vend à l'unité en les tirant d'une boîte en plastique où sa mère les a rangées en les sortant du four vingt minutes avant, mais pour signaler qu'il tenait un point de collecte des vivres...

Les biens ainsi collectés étaient immédiatement entreposés dans les camions qui partaient les uns après les autres vers La Plata (à 80 km plus au sud) au fur et à mesure qu'ils étaient pleins, sous les applaudissements des bénévoles.

La Présidente Cristina de Kirchner a aussi fait une nouvelle visite sur place, dans la capitale provinciale, pour faire le points avec différentes organisations bénévoles d'aide, de soutien et de collecte, dont une école, la Faculté de Journalisme de l'Université de La Plata, une des plus connues du pays (je suppose que l'étudiant qui m'a contactée il y a quelques jours pour un article sur Alorsa s'y active de tout son cœur et je le salue très cordialement) et, par surprise, elle s'est aussi rendu à l'église San José (Saint-Joseph) qui est devenu le quartier général de Cáritas Argentina à La Plata. Elle a donc tenu à rendre visible la diversité du pays à l'occasion de ce déploiement de solidarité. Comme quoi, à quelque chose malheur est bon : il est assez exceptionnel en Argentine que tous les courants du pays se voient ainsi reconnus et honorés à part égale. Du coup, Página/12 a recueilli les commentaires du responsable local de Cáritas, Eduardo Martínez (il les a peut-être choisis mais je ne pense pas qu'il les ait trahis) :

Esto que estamos viendo es la consecuencia de que ella haya estado aquí”, señaló Martínez, al referirse a la llegada de seis camiones con colchones, frazadas y alimentos y agregó: “Habló con la gente, vio lo que se estaba haciendo y nos preguntó qué necesitábamos. Esto es un claro ejemplo de que estamos trabajando en conjunto”.

"Tout ce qu'on voit là, c'est le résultat de sa visite ici [au lendemain de la catastrophe], dit Martínez à propos de l'arrivée de six camions avec des matelas, des couettes, des vivres" et il a ajouté : "elle a parlé avec les gens, elle a vu ce qui se faisait et elle nous a demandé de quoi nous avions besoin. Voilà un exemple incontestable qu'on est en train de travailler ensemble".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

C'est une des premières fois, sinon la première, que je constate qu'on parle d'elle, dans un secteur social qui n'est pas le camp kirchneriste, comme on parlerait ici en Europe d'un chef d'Etat issu d'une longue tradition démocratique et qui, dans un cas comme celui-là, abandonne spontanément et immédiatement les petits clivages politiciens...

C'est d'autant plus remarquable qu'on est en période électorale et que la Présidente est allée aussi rendre visite aux équipes de la Campora, qui sont elles indubitablement "son" camp.

En savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur les concerts de collecte
lire l'article de Página/12 sur la nouvelle visite de la Présidente sur la zone sinistrée.

La Viruta, centre de collecte de la communauté arménienne [Actu]



La célèbre milonga La Viruta, à Palermo, se transforme en centre de collecte de vivres et de biens matériels pour les sinistrés (damnificados) des inondations. Cette milonga, située rue Armenia, réunit pour une opération de solidarité , un certain nombre d'institutions de la communauté de la même origine, à Buenos Aires et dans sa banlieue, comme vous le voyez dans le visuel qu'elle a diffusé auprès de tous les abonnés à sa newsletter.

Je dois ajouter aussi que j'ai reçu plusieurs appels à la générosité de la part de la communauté juive, essentiellement de l'AMIA et de la Fondación Judaica. Je n'en ai pas encore fait mention faute de temps et de place... Renseignez-vous auprès de ces organismes si, vous trouvant actuellement à Buenos Aires, vous souhaitez participer à travers ce réseau confessionnel. Du côté catholique, j'en ai déjà parlé dès le lendemain, c'est du côté de la cathédrale mais aussi toutes les paroisses que ça se passe...

A La Viruta, on collecte du lait longue conservation, des couches pour bébés (1), de l'eau.


(1) Ce genre d'articles se trouvent dans les grandes surfaces pharmaceutiques (dans les enseignes à succursale) et dans les hypermarchés (type Coto de l'Abasto) mais pas dans les supermarchés (ou alors c'est dans des quantités négligeables, des points de vente à éviter dans ce cadre pour ne pas créer une pénurie subite dans toute une zone de proximité).

Les collectes organisées par les milongas de Buenos Aires [Actu]

Pour lire l'affiche
cliquez sur l'image

Les différentes milongas de Buenos Aires font appel à la générosité des habitants (et des rares touristes encore présents en cette basse saison) pour les sinistrés de la tempête des 2 et 3 avril, dans la capitale elle-même, sa proche banlieue et la ville de La Plata.

Les vivres et articles à apporter en priorité sont les suivants :

- dans les milongas et academias (écoles de danse) : riz, huile, eau minérale, farine, draps, couettes, couches pour bébé, vêtements et chaussures

- au Racing Club (un club de football et de sport de quartier, avec une équipe professionnelle) : aliments non périssables, vêtements, chaussures d'été, couettes, produits d'hygiène corporelle (1), produits ménagers (2), couches pour bébé, bougies, eau minérale

- à la Milonga du Racing Club (attention aux dates : cette annonce, diffusée par El Tanguata, date du 6 avril et parle donc de la milonga d'hier, dimanche 7 avril. Si vous vous trouvez à Buenos Aires et voulez participer, prenez contact avec le Racing pour savoir si l'opération sera renouvelée et sous quelles modalités) : produits d'hygiène corporelle (savon, serviettes de toilette, dentifrice, brosses à dents), produits ménagers (eau de Javel, détergents, désinfectants, balais, raclettes, serpillières), eau potable, lait en poudre, bougies.


(1) Vous avez plus de chances de trouver ces produits dans une pharmacie grande surface (choisissez une enseigne à succursales, il y en a plein dans toute la ville) que dans un supermarché de grande enseigne. Evitez le supermercado chino (vous n'y trouverez pas grand-chose). Ou rendez-vous dans un hypermarché de l'une ou l'autre de ces grandes enseignes, Disco, Carrefour, Coto, Walmart, etc. (il y a un hypermarché Coto à l'Abasto, un peu en retrait sur la gauche du centre commercial vu depuis Avenida Corrientes).
(2) Comme en France ou en Belgique, ces produits s'achètent en super et hypermarchés.

samedi 6 avril 2013

Plan d'aide économique aux sinistrés [Actu]



Hier, depuis ce qui me semble bien être son bureau officiel à la Casa Rosada, la Présidente Cristina de Kirchner, profondément affectée par la tragédie des inondations du 2 et 3 avril dernier, parfois au bord des larmes, a annoncé une série de mesures économiques destinées à aider les sinistrés à reconstruire leur vie et leurs biens perdus dans la catastrophe.

Elle a été touchée, à titre personnel, par au moins un décès parmi les voisins, qu'elle connaît bien, de sa propre mère, à La Plata, et par la terreur de celle-ci au souvenir de ce torrent d'eau qui envahit d'un coup la rue puis les maisons du quartier. Plus que l'habileté politique, elle a eu l'honnêteté (en tout cas, c'est le sentiment que j'ai retiré de ce discours de 30 minutes et 48 secondes) de changer complètement sa manière habituelle de s'exprimer (1). Ce n'était plus la Chef d'Etat très sûre d'elle, parlant admirablement et sans note, un brin autoritaire ou péremptoire, quelque peu vindicative et incisive contre son opposition et donnant l'impression d'avoir le plein contrôle de la situation. Pas non plus d'invective ni même de petite pique contre les opposants (Macri la plupart du temps) mais une tentative très sincère, m'a-t-il semblé, de réunir toutes les bonnes volontés autour d'un même objectif : rétablir au plus vite une situation viable pour tout le monde. Autre nouveauté, elle a mentionné, sans jamais la nommer ainsi, la plaie de la corruption qui entrave l'économie nationale et elle a prié avec instance et à plusieurs reprises ses compatriotes de ne pas détourner un seul centime de l'argent que l'Etat va faire parvenir aux sinistrés. Et elle en a parlé avec une transparence qui est tout à fait inédite chez elle, rappelant que les Argentins (et non plus la droite) étaient accoutumés à se livrer les uns au détriment des autres à ces larcins, plus ou moins importants, mais qui seraient dans le cas présent particulièrement abjects.

Sa rhétorique était aussi différente de l'ordinaire : elle improvise comme toujours, mais cette fois-ci à partir d'un document Powerpoint qu'on la voit détacher feuille à feuille au fur et à mesure qu'elle déroule son allocution, elle s'interrompt, fait une digression, s'excuse de se répéter (2) lorsqu'elle tourne et retourne autour d'une question qu'elle estime significative, cherche ses mots, se corrige, reprend sa phrase là où elle en était. Elle a des gestes naturels, simples, comme si elle vous parlait en tête à tête. Bref, elle est méconnaissable, sans avoir rien perdu de cet art de bien parler qu'elle maîtrise à la perfection (elle est avocate de profession).

Dans cette métamorphose, quelle est la part de l'émotion personnelle, qui est manifeste et ne peut être contestée, et celle de la leçon qu'elle a de toute évidence retenue de son séjour à Rome les 18 et 19 mars dernier ? Bien malin qui pourrait le dire. Toutefois, il semble assez clair que l'entretien si chaleureux et si inattendu qu'elle a eu avec le Pape le 18 (3) n'a pas fait qu'entrer par une oreille et ressortir par l'autre. Avec bon sens, elle a appelé tout le monde à la solidarité avec "les plus vulnérables" (un adjectif et donc une réalité sociale assez nouveaux dans sa bouche). Quant aux journalistes, elle leur a demandé de faire preuve de  retenue, de décence et d'un peu de délicatesse pour que les reportages n'exhibent pas la misère des gens en ajoutant au malheur d'avoir tout perdu l'humiliation de repaître un petit écran nourri de compassionnel poisseux. Ce bon sens-là est trop inhabituel chez elle pour qu'on ne le relie pas au choc d'une élection qui l'a sidérée (jusqu'à présent, elle était incapable de prendre quelque exemple que ce soit sur un membre du clergé, fût-il brillant, sincère, cultivé, charismatique ou toute autre qualité que vous voudrez citer...). Et comme cela arrive lorsqu'elle est très émue après un événement douloureux, elle a pris congé des téléspectateurs et des auditeurs en souhaitant que Dieu les bénisse.

En Argentine, prendre une assurance pour ses biens reste un luxe que tout le monde ne peut pas se payer, à fortiori les plus pauvres, qui sont la majorité des victimes de la catastrophe. Ainsi donc le Gouvernement n'a pas à déclarer une zone en état de catastrophe naturelle, comme cela se pratique en France ou ailleurs en Europe, ce qui déclenche chez les assureurs, qui gèrent un système auquel les habitants adhérent obligatoirement, une procédure accélérée de versements contractuels sur des polices que la loi encadre étroitement. Là-bas, c'est l'Etat qui ouvre des lignes budgétaires pour distribuer aux sinistrés les moyens de se relever.

Quelles sont donc les mesures prises ?

- Les retraités percevant le minimum vieillesse recevront en une seule fois deux mois de pension (donc un mois supplémentaire), soit un total de 4 330 pesos par personne. On estime à 70 099 le nombre de bénéficiaires concernés (le chiffre est impressionnant de précision si vite après la catastrophe. Je doute un peu qu'il soit déjà connu à l'unité près).

- Les parents qui reçoivent les allocations familiales dite Asignación Universal por Hijo (c'est-à-dire celle qui est versée aux gens employés au noir, aux chômeurs, aux travailleurs qui ne sont pas couverts par l'équivalent argentin de nos conventions collectives, qui furent tous longtemps exclus de la protection sociale...) recevront un double montant d'allocation pendant 3 mois, soit 680 pesos mensuels par enfant. Ceci concerne 34 050 enfants appartenant à 16 500 familles. Les travailleurs déclarés verront eux aussi le doublement de leurs allocations. Ce sera vrai également pour les femmes enceintes.

- Les chômeurs recevront une indemnité supplémentaire d'un montant moyen de 1 065 pesos.

- Les modalités pratiques de ces mesures seront annoncées et présentées lundi matin par le Directeur de l'ANSeS, l'administration de la sécurité sociale en Argentine, organisme qui dépend directement du budget de l'Etat (et non pas, comme dans la plupart des pays européens, un organisme paritaire ou syndical).

Pour les personnes qui devront reconstruire leur logement ou y effectuer des réparations conséquentes, un programme de crédit hypothécaire conduit par la puissance publique, Pro.Cre.Ar Bicentenario, répartira un montant de 1 400 millions de pesos aux sinistrés, sans qu'on les assomme de procédure. La Présidente a expliqué qu'ils avaient suffisamment été éprouvés par la tempête, que le prêt leur serait donc accordé automatiquement et un délai de 3 mois attribué à tous avant l'échéance du premier remboursement (ce qui équivaut donc à 3 mensualités offertes). Le prêt pourra s'étaler sur 48 mensualités payantes et sera assorti d'un taux fixe de 7% l'an (ce qui est un taux très bas pour une Argentine ravagée par une inflation d'environ 25% l'an).

Et pour les personnes âgées, Argenta, programme du Banco Nación, la banque de dépôt dépendant de l'autorité bancaire nationale (car tout ce qui touche le crédit dans un pays en convalescence post-surendettement est à la main des pouvoirs publics), des prêts pourront être accordés à hauteur de 15 000 pesos par personne, un tiers en numéraire et les deux autres tiers directement en achat de biens d'équipement ou d'équipement à la personne de première nécessité (habillement notamment), pour éviter (sans qu'elle l'ait dit aussi brutalement) l'irrésistible tentation de l'habituel coulage habituel (4). Le taux applicable sera de 9% l'an, ce qui reste très raisonnable.

Pour financer tout ça, l'Argentine compte sur un système de sécurité sociale tout neuf encore largement excédentaire (la Présidente l'a refondu au cours de son premier mandat, en éliminant un certain nombre de dispositions ultra-libérales qui avaient conduit le système menemiste à la faillite sociale – voir mes articles sur la suppression des systèmes de retraite par capitalisation de base). Elle compte aussi sur des aides provenant des systèmes financiers régionaux comme la Banque Interaméricaine de Développement, qui a accordé au pays une donation (le terme exact étant "prêt non remboursable") de 200 000 dollars et un prêt de 20 millions de la même devise pour la réalisation d'infrastructures, et la Communauté Andine, qui, par la Banque de Développement de l'Amérique, verse une donation de 50 000 dollars (la même somme que celle que Cor Unum, fonds de bienfaisance du Vatican, envoie à l'archevêché de La Plata, via le nonce apostolique) et un prêt de 100 millions de dollars pour des infrastructures sociales et des travaux de restauration du parc d'habitation.

Au-delà de ces mesures essentiellement financières, la Présidente a aussi annoncé l'envoi d'un camion du Ministère de l'Intérieur qui sillonnera les quartiers sinistrés pour refaire gratuitement les papiers d'identité que l'eau a emportés.

Dans le chaos considérable qui se prolonge, avec un réseau électrique qui n'est toujours pas rétabli dans plusieurs zones de La Plata, le nombre de morts semble s'être stabilisé sur le chiffre de 51 victimes pour la Province de Buenos Aires et de 8 pour la Capitale et le Gran Buenos Aires. Mais tous les disparus n'ont pas encore été retrouvés. Six corps n'ont toujours pas pu être identifiés. Dans cette situation critique, le Gouverneur de la Province de Buenos Aires, Daniel Scioli, un kirchneriste de la première heure malgré ses mésententes chroniques avec la Présidente, a appelé les commerçants à ne pas relever les prix des produits de première nécessité pour profiter de la pénurie (n'oublions pas qu'on est en plus dans une phase de gel des prix jusqu'à la fin mai – voir mon article du 27 mars 2013 à ce sujet). Tandis que Clarín tire à vue sur Scioli et lui fait porter la responsabilité de tout le drame (5), Página/12 répercute (pour les démolir) les critiques de Mauricio Macri qui continue à accuser le Gouvernement national du désastre.

Pour en savoir plus :
lire l'article de une de Página/12 sur les mesures annoncées par la Présidente
lire sur le même sujet l'article de Clarín qui estime que la Présidente a profité du drame pour tirer la couverture à elle
lire l'article de Página/12 sur l'appel de Scioli à la modération commerciale
lire l'article de Página/12 sur le discours de Macri pour tenter d'impliquer Cristina dans le drame
voir le discours de la Présidente sur le site Internet de la Casa Rosada (communiqué de presse, texte intégrale du discours, photo et vidéo sur la même page)

Et à titre optionnel :
Communiqué de Radio Vatican sur le don de Cor Unum (un seul cœur) en français
Communiqué de Radio Vatican sur le même don en espagnol (attention, les deux textes donnent bien la même info, mais sous des formes sensiblement différentes, ce qui est très éclairant sur la réalité de cette supposée grosse bureaucratie centraliste qui a la réputation d'être atrocement monolithique et on s'aperçoit ainsi que pas du tout... C'est plein de nuances, ce petit Etat de 44 hectares).


(1) Le début du discours est assez traditionnel, lorsqu'elle énumère les moyens mis en œuvre. Cela a gardé un soupçon du  plaidoyer pro domo coutumier en période de campagne électorale, quand il faut vanter l'efficacité de l'action accomplie mais en fait, la tonalité, la voix et la gestuelle (regardez la manipulation des lunettes) sont tellement différentes de l'ordinaire que cela s'oublie très vite.
(2) Le Pape emploie beaucoup cette technique rhétorique qui consiste à répéter, sous des formes variées, les points importants d'un discours ou d'un raisonnement pour que le public ait le temps de se les approprier et puisse les retenir. Mais chez elle, c'est nouveau. Et ce qui est plus étonnant encore, c'est qu'il s'agit d'une technique d'humilité, c'est fait pour se mettre au niveau de tout le monde, quelles que soient la formation intellectuelle et la capacité d'attention et de concentration. Or on ne peut pas dire que l'humilité ait jamais été son point fort (même si, pour ma part, je l'ai jamais sentie vaniteuse ou orgueilleuse, juste un tout petit peu trop coquette, un peu séductrice mais un politique qui ne tombe jamais dans des pratiques de séduction, c'est rare.)
(3) Voir mon article du 19 mars 2013 à ce sujet.
(4) Et dont le gouvernement national et les gouvernements provinciaux, toutes couleurs politiques confondues, ne sont jamais totalement indemnes.
(5) Dans son discours d'hier, la Présidente a annoncé qu'elle allait se mettre autour de la table avec Macri et le patron d'un centre commercial à l'ouest de Buenos Aires ("éclairé comme un arbre de Noël [indécent] au milieu de toute cette désolation") pour enclencher des actions concertées. Elle a ajouté : "Il ne s'agit pas de montrer du doigt ni de faire le procès de personne mais de travailler ensemble". Encore faudra-t-il que l'opposition fasse preuve de la même retenue et ça n'en prend pas le chemin.

vendredi 5 avril 2013

La Campora et Caritas se retroussent les manches à égalité [Actu]

"[Tout] Recommencer"
Dans la manchette en haut à droite :
l'annonce de l'article du jour sur le Pape François
(voir mon autre article de ce jour)

Alors que l'eau reflue peu à peu et que les sauveteurs entrent dans les maisons inondées à la recherche de victimes potentielles, on dénombrait de façon sûre 51 morts, dont une Abuela de Plaza de Mayo, retrouvée chez elle à La Plata sous 1,70 m d'eau, et 106 personnes portées disparues (chiffres de ce matin, 5 avril 2013, vers 10h, heure de Paris). Le bilan sera différent demain matin, il ne pourra que s'être aggravé. Parmi les morts, comme toujours dans ce genre de désastre, il y a des vieillards et des enfants. Des grandes surfaces ont été pillées par des voyous qui ont profité ainsi des lieux désertés par des clients, des salariés et des forces de l'ordre occupés à parer au plus pressé dans les zones habitées.

Toutes les organisations mettent la main à la pâte pour aider du mieux qu'elles peuvent, en plus des services de secours et de sécurité civile. Les ONG, les partis politiques, les associations de quartier, les groupes religieux assurent les collectes de matériels indispensables (matelas, couvertures, vêtements, matériel de cuisine...) et de vivres (eau potable, produits secs, produits frais). Les habitants de Buenos Aires et d'autres grandes villes se montrent généreux en matériel et en disponibilité.

Página/12 montre la Campora, ce parti de la jeunesse kirchneriste très critiqué pour ses pratiques quelque peu fanatisées (mais pas par Página/12, qui est du même côté), a mis en branle toute son réseau de militants et laissé tomber, dit le quotidien, les tambours (bombos), qui sont aux manifestations argentines ce que l'air des lampions est aux manifestations francophones en encore plus bruyant, pour les bombones d'eau potable.

De l'autre côté, Caritas Argentina (la même organisation que le Secours Catholique en France) a transformé une partie de la cathédrale de Buenos Aires en centre de dons et envoie des camions chargés à ras-bord vers La Plata, la zone la plus affectée par les inondations. Tout cela se fait, rapporte Página/12, avec beaucoup d'enthousiasme et d'élan, quelque soit l'appartenance idéologique ou philosophique. Sans toutefois que les organismes n'aient coordonné leurs efforts, chacun s'activant de son côté (il ne faut pas rêver tout de même, chacun ses bonnes actions !). Cependant l'équité de traitement que l'on observe dans les colonnes du quotidien de gauche mérite d'être saluée puisqu'elle confirme les notables efforts accomplis depuis trois semaines pour comprendre un peu mieux ce qu'il se passe dans cette partie de la Nation que sa rédaction (et son lectorat) ignorait jusque là superbement : les croyants.

Au lieu de parler avec bienveillance des trésors de solidarité dont sont capables les Argentins dans ces gros coups durs, La Nación préfère encore et toujours déverser sa bille contre Cristina, accusée de tous les maux et de tous les vices... C'est lassant.

Je reste toujours sans nouvelle de mes amis de Tolosa (banlieue immédiate de La Plata) dont la ligne de téléphone n'est toujours pas rétablie. Pour Buenos Aires, hier j'ai pu m'entretenir avec Walter Piazza, de la Academia Nacional del Tango, qui m'a rassurée sur le sort du personnel et de tous les académiciens. De ce côté-là, on ne déplore ni disparu ni blessé et aucun dommage matériel grave.

Pour aller plus loin :
lire l'article sur Lucila Ahumada de Inama, victime des inondations : elle était l'une des Grands-Mères de la Place de Mai.

jeudi 4 avril 2013

Grande inquiétude pour mes amis de La Plata [Actu]

La presse argentine parle d'une cinquantaine de morts à La Plata et dans ses environs. D'une soixantaine si on ajoute les victimes à Buenos Aires et dans sa petite couronne.

Parmi les zones les plus affectées de la capitale provinciale, se trouve la petite ville de Tolosa, où j'ai des amis que je ne parviens pas à joindre. Tolosa, ville natale de la Présidente Cristina de Kirchner, qui a visité hier les régions sinistrées pour organiser les secours, est aussi celle où vivait Alorsa et où ses parents, son frère et ses neveux habitent toujours. Tolosa semble aujourd'hui coupée du monde : pas d'eau potable, pas d'électricité (là où il fonctionnait techniquement, le courant a été interrompu pour éviter des courts-circuits et des électrocutions), pas de téléphone (ça sonne occupé en permanence), aucun service public en état de marche, les infrastructures les plus utiles (écoles, dispensaires, commerces) noyées sous le flot...

Hier, j'ai passé une partie de la journée à téléphoner là-bas pour prendre des nouvelles des uns et des autres. Il est probable que tant que je n'aurai pas pu entendre leurs voix au téléphone, ce blog ne sera guère alimenté. Priorité aux personnes.

Vous pouvez suivre l'actualité de cette catastrophe dans les journaux argentins, dont les liens sont en permanence dans la rubrique Actu de la Colonne de droite (partie basse).

Le Pape François a envoyé un message de réconfort aux sinistrés.
Ici, l'information (succincte) en français traitée par Radio Vatican.
Ici, l'information (plus développée) en espagnol, toujours sur le site écrit de Radio Vatican, avec le texte intégrale du message signé par le cardinal Bertone, actuel Secrétaire d'Etat (en attente des prochaines nominations).

mercredi 3 avril 2013

Graves inondations à Buenos Aires [Actu]


"Venise sans toi" (sous entendu Macri)

Hier, des pluies torrentielles, les plus importantes depuis un siècle en cette saison, sont tombées sur Buenos Aires en ce mois d'avril ordinairement assez humide (1). Elles ont provoqué des débordements des cours d'eau deltaïques enfouis sous la ville pendant l'urbanisation galopante des cinquante premières années du XXe siècle, notamment les arroyos Medrano et Vega, qui sont parmi les plus capricieux du réseau fluvial qui alimente le Río de la Plata. Les services météorologiques avaient bien annoncé un jour pluvieux mais prévoyaient des précipitations fréquentes et faibles.

Depuis l'arrivée au Gouvernement de la Ville de Mauricio Macri, les travaux d'urbanisation permanents (en tant que chef d'entreprise, Macri est lui-même un important acteur de travaux publics) et le manque de budget consacré à l'entretien des infrastructures y compris hydrauliques provoquent régulièrement des catastrophes de ce genre.

Cette fois-ci, c'est tout le nord de Buenos Aires et une bonne partie de l'ouest de la ville qui sont sinistrés, donc en bonne partie les zones résidentielles et chics où vivent les électeurs partisans de la politique menée par Mauricio Macri (Palermo, Recoleta, Belgrano, Nuñez...). Mais le sud de la ville a lui aussi été touché, comme Villa Lugano et Mataderos, quartiers des plus populaires. Les inondations ont fait six morts à Buenos Aires, dont un électricien du métro dans la station Los Incas, du côté de Villa Urquiza, et deux morts dans la petite couronne. En tout, onze quartiers (sur 48) sont affectées et plusieurs communes dans la banlieue nord-ouest. Près d'un demi-million de personnes sont touchés dans leurs biens et une bonne partie d'entre eux a dû être évacuée vers des zones encore sèches mais on prévoit que la pluie continue jusqu'à vendredi. Les transports publics sont très perturbés. Le métro a cessé de circuler sur plusieurs lignes. Le trafic aérien intérieur a même été interrompu, l'aéroport domestique (Aeroparque Jorge Newbery) se trouvant en zone inondable et inondée, entre Palermo et le fleuve. Les photos que j'ai vues dans la presse depuis hier soir sont spectaculaires : je connais quelque peu certaines zones affectées et elles sont méconnaissables...

Mauricio Macri est rentré précipitamment de ses vacances, cette fois-ci c'était au Brésil (il est souvent en vadrouille et prend en général ses vacances à l'étranger, notamment en Europe, une destination hors de prix pour les Argentins). Il a parlé de "catastrophe naturelle" (ben voyons !) et s'est défaussé une nouvelle fois sur le gouvernement national, déclarant en substance que l'inondation était due à l'absence d'autorisation de travaux dans les bassins de rétention du Medramo et du Vega. Il est à craindre que s'il avait eu ces autorisations, les travaux n'auraient de toute manière pas été faits puisque c'est ainsi qu'il procède depuis son entrée en fonction en décembre 2007. Par ailleurs, le bétonnage galopant de certains espaces verts qui étaient autant de zones capables d'absorber en partie les précipitations saisonnières ne sont pas le fait du Gouvernement national mais bien des choix politiques de sa part, dont il n'assume jamais les conséquences désastreuses lorsqu'elles adviennent.

A La Plata, on déplore vingt-cinq morts. De mémoire d'hommes, on n'avait jamais vu cela.

Les ONG locales s'organisent pour lever des fonds et venir en aide aux sinistrés.

Pour aller plus loin :
sur un ton très hostile à Macri
lire l'éditorial sur les causes du désastre dans Página/12

sur un ton moins hostile mais néanmoins critique
lire l'article de Clarín sur le retour précipité de Macri, dont Clarín ne craint pas de dire qu'il ne l'a pas décidé spontanément mais sur le conseil d'un de ses ministres (la remarque n'est pas tendre et elle peut être désastreuse si les Portègnes savent la lire à la lumière de la responsabilité politique en démocratie et elle est en pleine contradiction avec les déclarations faites par le Chef du Gouvernement à son retour en conférence de presse pleine de rodomontades).

L'humour ne perdant jamais ou presque jamais ses droits à Buenos Aires, qui en a vu d'autres, les deux dessins de Página/12 traitent du sujet ce matin.

Miguel Rep décline la version "Tout ça, c'est la faute au gouvernement" avec ce clin d'œil biblique


Bizarre, cet ordre divin !
J'en ai assez de tous ces gouvernants qui ne prévoient jamais rien, moi je te le dis...
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Paz et Rudy ont choisi un dialogue plus traditionnel entre têtes de turc habituelles.



Le fonctionnaire de Buenos Aires : Le TC 2000 (2) a gâché la tranquillité de beaucoup de gens à Recoleta, dans Barrio Norte et à Palermo.
Mauricio Macri : Tu vois ? Après ils vont encore dire que je n'embête que les pauvres.
(Traduction Denise Anne Clavilier)


(1) Le choix de ce jour pour publier une nouvelle polémique artificielle autour du soi-disant passé du Pape n'en est que plus étrange. Franchement, les Portègnes ont autre chose à faire aujourd'hui que de disserter sur le sexe des anges ou des rumeurs sans preuve.
(2) Course automobile traditionnelle qui s'est déroulée cette année dans les rues de Recoleta pendant la Semaine Sainte et a fait semble-t-il des gros dégâts dans l'environnement très verdoyant du quartier.

mercredi 17 février 2010

Y más allá la inundación... [Actu]

Une de ce matin

On croyait sans doute que l’inondation était une réalité perdue dans la mémoire poétique de Homero Manzi, à seule fin d’écrire l’un des plus beaux vers du tango qui se trouve dans ce chef d’oeuvre immortel, ce must du répertoire du tango, qu’est Sur...







San Juan y Boedo antigua, y todo el cielo,
Pompeya y más allá la inundación...
Tu melena de novia en el recuerdo
y tu nombre flotando en el adiós.
Homero Manzi

San Juan et la vieille Boedo, et tout le ciel
Pompeya et au-delà l’inondation.
Ta coiffure de mariée dans la mémoire
Et ton nom flottant dans un adieu
.
(Traduction Denise Anne Clavilier) (1)

Jusque dans les années 1920 dont se souvenait Homero Manzi, les inondations étaient le fait des crues des rivières deltaïques qui abondent dans et autour de Buenos Aires. Ces inondations font partie, grâce à Homero Manzi, de la mémoire collective des Portègnes, même de ceux qui n'en ont aucune expérience historique. Etaient particulièrement surveillés le Maldonado, le Vega et le Medrano, à présent canalisés et enfouis grâce à des ouvrages hydrauliques qui contribuent à résorber les colères de la nature. Et plus que tous les autres encore, on redoutait le Riachuelo, qui ceinture le sud de Buenos Aires, de Mataderos à La Boca. Le Riachuelo, d’ordinaire paresseux, est capable pourtant de faire plusieurs crues dans la même année et il était donc fréquent que les habitants de Mataderos, Nueva Pompeya et La Boca dans la capitale et les départements (partidos) de Lanús et Avellaneda de l’autre côté du cours d’eau eussent les pieds dans l’eau. Depuis, des travaux ont été réalisés qui permettent de contenir cette rivière.

Mais c’est compter sans les pluies diluviennes qui peuvent s’abattre sur le nord du Río de La Plata en été. Or depuis avant-hier, les orages ont déversé sur Buenos Aires des quantités d’eau qui ont déraciné des arbres, transformé des poubelles déposés sur le trottoir (à l’heure de la collecte des ordures) en radeaux livrés à eux-mêmes et couvert les rues de plusieurs décimètres d’eau qui font obstacle à la circulation.... Les feux rouges sont hors service, la ligne B du métro aussi et ainsi de suite comme toujours dans ce genre de circonstances. Le tout se passe pendant les deux jours fériés des Lundi et Mardi Gras où le Carnaval bat son plein.
Avant-hier, lundi, l’orage a déversé 88,5 mm de précipitation sur la ville en deux heures et hier encore un peu plus dans le même temps : 90 mm. Ces deux orages, d’une violence rare, ne sont pas non plus les premiers de la saison. On compte deux à trois gros orages par semaine depuis le début de l’été. Et les deux derniers ont causé des ruptures d’alimentation électrique en une saison où les Portègnes consomment beaucoup d’énergie pour faire tourner les appareils de climatisation. On évalue à 30 000 le nombre de foyers où l’on s’est réveillé ce matin privé d’électricité.

Les journaux posent sur l’événement un regard différent selon qu’ils sont de gauche ou de droite, hostiles ou favorables à la gestion libérale du Gouvernement de la Ville Autonome présidé par Mauricio Macri. Comme d’habitude, c’est le quotidien de gauche, Página/12, qui traite l’info en première page et qui réussit la une la plus rigolote (et la plus partiale aussi) avec un de ces montages photos dont la rédaction a le secret et le jeu de mots dont elle a l'habitude de régaler son lectorat (Macri Nada, c'est à la fois Macri Néant et Macri nage). Voir l’illustration ci-dessus (2).

Vous remarquerez en lisant ces articles que les choses se passent là-bas d’une toute autre manière qu’en Europe, où en pareil cas la presse commente en premier lieu la réactivité des pouvoirs publics sommés de déclarer dans l’urgence un état de catastrophe naturelle, pour déclencher les procédures d’indemnisation des particuliers et des entreprises par les compagnies d’assurance privées. Là-bas, ce qui est immédiatement scruté par les journalistes, c’est la mise en place d’un système d’indemnisation sur les deniers publics. En effet, assurer son logement n’est pas à la portée de tout le monde. Il y a donc bien des gens à Buenos Aires qui n’ont pas aujourd’hui de recours financiers privés face au sinistre.

C’est pourquoi le Gouvernement portègne a annoncé qu’il dégageait un budget pour les sinistrés à hauteur maximum de 5000 pesos par foyer affecté (3).

Les victimes des intempéries doivent se faire connaître aux services municipaux, en justifiant de leur identité et de la réalité du sinistre, au plus tard dans le délai de sept jours.

Imaginez qu’une partie des habitants est encore en vacances, sur la côte, à la montagne ou dans le nord du pays, et vous aurez un tableau assez réaliste d’une situation pas vraiment drôle...

Pour en savoir plus :
Lire l’article principal de Página/12
Lire l’article principal de Clarín d’hier soir (lui aussi dans l’opposition au Gouvernement portègne)
Lire l’article de Clarín de lundi
Lire l’article de La Nación (favorable au Gouvernement portègne).
Pour aller plus loin :
Lire mes articles liés à Nueva Pompeya et à la Esquina Homero Manzi.
Les Bares Notables, ce qui se passe dans le quartier de Boedo et le poète Homero Manzi disposent d’un raccourci à leur nom dans la Colonne de droite (partie haute, réservée aux liens internes).

(1) Sur (dont la musique est de Aníbal Troilo) fait partie des tangos traduits dans mon recueil bilingue à paraître en France début avril aux Editions du Jasmin (cliquez sur Ant Jasmin pour accéder à l’ensemble des articles consacrés à cet ouvrage sur le blog).
Dans cette citation qui reprend les 4 premiers vers de Sur, San Juan y Boedo sont les noms de deux avenues, qui appartenaient alors au quartier de Almagro et qui sont passées depuis dans celui de Boedo, de création plus récente (dans les années 1970 seulement). A l’angle sud-est de ce carrefour se trouve la Esquina Homero Manzi, tout à la fois Bar Notable où il fait bon aller prendre un verre dans la journée, cena-show à touristes à 21h30 tous les soirs, et authentique tanguería certains soirs après minuit (quand les touristes sont couchés et que les Portègnes restent entre eux).
Pompeya, c’est le quartier de Nueva Pompeya, où, adolescent, Homero Manzi a été mis en pension et dont il fait admirablement mémoire dans plusieurs tangos, notamment Sur, Barrio de Tango, Mi taza de café et Manoblanca, qui a donné son nom à un musée public d’art populaire portègne à deux pas de ce qu’il reste du bâtiment de l’ancien Colegio Luppi.
(2) La lutte pour le respect du droit international dont il est question dans la manchette du haut de page fait référence à une décision gouvernementale, expliquée en conférence de presse par le Premier Ministre, Aníbal Fernández : l’exploitation du pétrole des Malouines par les Britanniques vient de réactiver le contentieux anglo-argentin concernant ces terres de l’Antarctique. En réponse, l’Argentine vient de décider que tout navire à destination des Malouines souhaitant naviguer dans les eaux territoriales argentines (c’est-à-dire 100 % du trafic) devraient obtenir l’autorisation du pays pour entrer dans les eaux nationales. D’après A. Fernández, il s’agit de faire pression sur la Grande-Bretagne pour l’obliger à respecter une résolution de l’ONU qui a ordonné il y a de nombreuses années la tenue de négociations bilatérales entre les deux pays pour la possession des Malouines et des Iles Sandwich du Sud, négociations auxquelles, selon l’Argentine, le Royaume-Uni se refuse à participer.
(3) C’est une somme qui ne suffira pas à remeubler une maison et à la rééquiper à neuf si l’électroménager n’a pas survécu à l’eau qui s’est engouffrée dans l’habitat. Mais c’est tout de même une vraie enveloppe pour la ville car à Buenos Aires, les logements sont encore dans de très nombreux cas des maisons individuelles qui font rarement plus de deux étages. Nul doute donc qu’il y ait beaucoup de sinistrés à assister économiquement.