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lundi 2 avril 2018

Interview du poète et essayiste langagier Oscar Conde [Jactance & Pinta]

La couverture du livre emprunte
à la très emblématique signalétique urbaine de Buenos Aires

L'écrivain, poète et essayiste, Oscar Conde, membre de la Academia Porteña del Lunfardo, répond ce matin à un interview de Página/12 et donne son analyse de ce phénomène linguistique qu'est le lunfardo, la langue née dans les couches populaires de Buenos Aires (et de Montevideo) dès le début de la grande immigration, dans les années 1880.

Cette langue, très longtemps méprisée par les gens qui prétendaient appartenir à la société honorable, a nourri le répertoire du tango avec plusieurs grands poètes, dont les deux plus saillants sont sans doute Celedonio Flores et Enrique Discepolo, repérés par Carlos Gardel dès que celui-ci a versé dans le tango-canción en 1917, grâce à cet autre poète du lunfardo qu'était Pascual Contursi.

Autre grand symbole de la réalité sociale du lunfardo
les vieux pavés des quartiers du centre-ville
qui disparaissent progressivement

Aujourd'hui, le lunfardo a gagné toutes les classes sociales au point d'être en train de devenir la langue ordinaire de Buenos Aires et il se répand peu à peu dans tout le pays, dont elle est encore loin d'effacer la diversité idiomatique.

Pour en savoir plus :
lire la fiche de Oscar Conde sur le site de la Academia Porteña del Lunfardo, institution privée installée dans le quartier de Constitución.

vendredi 20 novembre 2015

La Academia Porteña del Lunfardo propose son premier festival langagier [Jactance & Pinta]


Il aura fallu que disparaisse son très médiatique (et très contesté) président (1) José Gobello pour que la Academia Porteña del Lunfardo lance son premier festival autour de cette langue populaire qui est sa raison d'être.

La manifestation, intitulée Lunfardazo (2), se tiendra au siège de l'institution, à Constitución (Estados Unidos, 1379), du 27 au 29 novembre 2015, en fin de journée, de 18h à 22h. Au programme, des concerts en appui des conférences, qui porteront sur :
  • l'immigration et le lunfardo le vendredi,
  • les poètes du lunfardo, le samedi
  • et le lunfardo au cinéma, au théâtre, à la radio et à la télévision au temps de la censure (3).
Parmi les intervenants, Oscar Conde, Gabriel Soria (qui est à la fois académicien du Lunfardo et président de la Academia Nacional del Tango), la chanteuse Viviana Scarlassa.

Affiche du concert de la chanteuse Viviana Scarlassa

Entrée libre et gratuite à toutes les manifestations.

La Academia Porteña del Lunfardo dispose d'une page Facebook.

Ajout du 27 novembre 2015 :
lire l'article de Página/12 sur la manifestation.



(1) José Gobello, admirable linguiste, était classé à l'extrême-droite et donc très contesté pour ses bienveillances envers les régimes antidémocratiques qui ont tant de fois sinistré l'Argentine.
(2) En Argentine, le suffixe nominal -zo est appréciatif, une nuance grammatico-lexicale inexistante en français.
(3) En sa qualité de langue populaire, issue des faubourgs (et non pas exclusivement des bas-fonds), le lunfardo a été en butte à bien des brimades depuis son apparition dans la ville de Buenos Aires à l'orée des années 1880. Il a même fait l'objet d'une censure totale entre 1943 et 1949, une censure qui a été levée par Perón, lorsqu'il a été assez assuré de son pouvoir en Argentine et qu'il pouvait se permettre de prendre ses distances avec le magistère catholique.

lundi 17 octobre 2011

Oscar Conde présente son ouvrage sur le lunfardo à la Academia Nacional del Tango ce soir [à l'affiche]

Le linguiste universitaire Oscar Conde, membre de la Academia Porteña del Lunfardo, présentera ce soir une somme qu'il a publiée il y a quelques mois sur le phénomène du lunfardo, ce langage populaire de Buenos Aires qui est en train de devenir une partie importante de la langue argentine tout court : Lunfardo, un estudio sobre el habla popular de los argentinos.

Je vous renvoie à l'article que j'avais déjà publié le 8 juillet 2011 lorsque le quotidien Página/12 avait consacré l'une de ses colonnes culturelles à cet ouvrage de 500 pages, que j'ai pu trouver sans difficulté à Buenos Aires mais que je n'ai pas encore eu le temps de lire.

La conférence, animée par Eduardo Bernal, en présence du Maestro Horacio Ferrer et du journaliste et collectionneur Gabriel Soria, premier Vice Président de la Academia, aura lieu ce soir, lundi 17 octobre 2011, à 19h30, au siège de l'institution, Avenida de Mayo 833, au premier étage. Entrée libre et gratuite comme d'habitude.

Le tango rituel de la soirée sera A Buenos Aires, dans un enregistrement qu'en fit le chanteur et compositeur Edmundo Rivero.

Pour aller plus loin :
lire mon précédent article, du 8 juillet 2011, qui renvoie lui-même à deux critiques parues en Argentine et en espagnol local.

vendredi 8 juillet 2011

Oscar Conde publie une nouvelle étude sur le lunfardo, langue contemporaine [Disques & Livres]

Oscar Conde est un éminent membre de la Academia Porteña del Lunfardo et c'est aussi un universitaire qui a enseigné le grec ancien à l'Université de Buenos Aires. Linguiste distingué, selon la formule consacrée, il vient de publier aux Editions Taurus un pavé de 500 pages intitulé Lunfardo. Un estudio sobre el habla popular de los argentinos, qui brise quelques idées toutes faites sur le sujet, des idées qui ont été mises dans la tête des Argentins par les tout premiers auteurs qui se soient penchés sur le phénomène, des policiers intrigués par ce langage bizarre qu'ils entendaient dans la bouche des gens qu'ils arrêtaient, crapules patentées, voleurs de pommes et grévistes considérés alors comme de dangereux fauteurs de troubles. En fait, le lunfardo est le produit du précipité babélien qui s'est produit à Buenos Aires et autour du Río de la Plata, à partir des années 1880, quand de très nombreux immigrants ne parlant pas espagnol affluaient à Buenos Aires, attirés par la propagande effrenée du Gouvernement pour peupler le pays, et adoptèrent l'espagnol qu'ils trouvèrent sur place tout en l'agrémentant de mots, d'expressions et de proverbes ou de dictons et de tournures idiomatiques venant de leur pays ou de leur région de naissance. Et il se trouve que ces immigrants et ces pauvres se sont trouvé arrêtés plus souvent qu'à leur tour par le système ultra-répressif mis en place par les gouvernements qui se sont succédés de 1880 à 1916. D'où l'idée fausse que ce langage était celui des voyous et des prisons.

Dans son travail, Oscar Conde étudie trois aspects du phénomène, ce qui donne un ouvrage parmi les plus complets sur le sujet à ce jour : les caractéristiques linguistiques du lunfardo, les modalités historiques et étymologiques qui ont formé le lexique lunfardo et l'utilisation de ce parler populaire et oral dans la littérature (notamment les textes de tango et de rock) et dans les médias (presse, radio, télévision) des origines (1880 environ) à nos jours.

Página/12 fait du livre l'objet de la une de ses pages culturelles aujourd'hui (exceptionnellement laide et à côté de la plaque, avec ce cliché, dans tous les sens du terme, de Caminito) avec un article de Silvina Fiera, qui est allée interviewer l'essayiste, un esprit passionné et touche-à-tout comme il en faut pour aborder ce sujet transverse et jusqu'à présent très délaissé par le monde universitaire. Comme le tango, d'ailleurs. Et c'est un très bon signe que des universitaires se penchent enfin sur ces questions. Ce sont les historiens qui ont ouvert la voie, en commençant à contester les analystes hyper-idéologiques des classes possédantes argentines, qui avaient comme fossilisé l'histoire, comme elles avaient figé le tango dans sa fausse identité de musique des bas-fonds (ce que plus un seul essayiste sérieux ne peut plus soutenir aujourd'hui), comme elles avaient figé le lunfardo dans sa tout aussi fausse identité d'argot du milieu qu'avait cru déceler le commissaire de police Antonio Dellepiane auteur du premier lexique de lunfardo, dans un livre de 1894 intitulé, d'une manière qui ne laisse place à aucune équivoque, El idioma del delito.

Pour aller plus loin :
lire la critique, toujours instructive, du blog de Pablo Peusner, el psicoanalista lector et Dieu sait si la psychanalyse a des choses à dire sur un langage qui fut longtemps honni et qui joue beaucoup avec les mots et les figures de rhétorique, comme Monsieur Jourdain fait de la prose, sans le savoir, comme c'est le cas de tous les parlers populaires oraux.
Voir aussi la page du livre sur la librairie en ligne argentine Mercado Libre. Il y ait vendu au prix de 79 $ pour le marché intérieur. Attention : depuis l'extérieur, les prix passent en dollars, la TVA devrait chuter mais le prix de l'envoi augmenter.

mercredi 24 mars 2010

Horacio Ferrer recevra la médaille du Bicentenaire demain [Troesmas]

Le 25 mai 2010, l’Argentine fêtera le bicentenaire de sa première déclaration d’indépendance (il y en eut deux), signée à Buenos Aires le 25 mai 1810. A cette occasion, la République argentine décorera 200 personnalités et institutions en leur remettant une médaille commémorative de ce grand événement national.

Or on a appris lundi dernier que le poète Horacio Ferrer figurait au nombre des 200 récipiendaires, choisis pour leur contribution à l’amélioration de la vie de leurs concitoyens et leurs qualités d’honnêteté, d’effort, de solidarité, d’honneur, de créativité, de courage, de loyauté, de conviction et de défense de leurs propres valeurs comme des valeurs partagées par tous.

Horacio Ferrer recevra la médaille du Bicentenaire le jeudi 25 mars à 19h30 au Pavillon du Bicentenaire, situé sur la Avenida del Libertador au numéro 3600, un pavillon qui a vocation à devenir un musée une fois passées les festivités commémoratives et où se tient actuellement une exposition sur les femmes et les rôles qu’elles ont joués pendant ces 200 ans de vie nationale.

Après la remise de médaille, Horacio Ferrer et Oscar Conde, membre de la Academia Porteña del Lunfardo, tiendront une conférence dialoguée sur le thème du Lunfardo, langue du tango.

Horacio Ferrer est le fondateur et le président de la Academia Nacional del Tango, il est aussi membre de la Academia Porteña del Lunfardo. Le lecteur de Barrio de Tango (le blog) peut trouver tous les articles que je lui ai déjà consacrés dans ces pages en cliquant sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou dans la rubrique Vecinos del Barrio, à la section des Poètes, dans la Colonne de droite, partie supérieure, sur fond gris (1).


(1) Je me suis efforcée de traduire en français quelques unes de ses oeuvres à plusieurs reprises et j’ai la chance et l’honneur d’avoir reçu là-dessus son accord sans réserve.
Mes premières traductions sont parues en juin 2008, sous la forme d’un hommage pour ses 75 ans, dans le numéro 20 de la Revue Triages, publiée par les Editions Tarabuste (rue du Fort, 36170 St-Benoît-du-Sault, France, tél. 00 33 (0)2 54 47 66 60, fax : 00 33 (0)2 54 47 67 65). Il s’agit des 15 pages centrales de ce numéro où vous trouverez 11 de ses poèmes et letras (dont Yo soy María, le grand air de l’opéra-tango María de Buenos Aires qu’il a signé en 1967 avec Astor Piazzolla).
Horacio Ferrer est également très présent dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, à paraître aux Editions du Jasmin, avec 12 de ses letras, dont Chiquilín de Bachín et Balada para un loco qui sont deux classiques que les Argentins connaissent par coeur.
Pour lire mes articles concernant Barrio de Tango, le livre, cliquez
sur ce lien.
Pour lire mes articles concernant María de Buenos Aires dont on a fêté les 40 ans de la création en 2008, cliquez
sur ce lien.
Pour lire mes articles concernant Balada para un loco dont on a fêté l’année dernière les 40 ans de la création, le 16 novembre 1969, cliquez
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