vendredi 7 février 2014

Une nouvelle identification chez Abuelas [Actu]

Estela de Carlotto, la présidente d'Abuelas,
pendant la conférence de presse, à côté du portrait des disparus
En cette période estivale, l'association Abuelas de Plaza de Mayo vient d'annoncer la 110ème identification d'un des cinq cents petits-enfants disparus sous la dictature militaire.

Il s'agit d'une femme de 37 ans qui, à la fin du mois d'octobre dernier, s'est présentée d'elle-même à l'association pour lui faire part des doutes qu'elle avait sur son identité de naissance. Elle n'a pas voulu rencontrer la presse ni donner des informations sur elle-même.

Sa mère adoptive lui avait un jour confié que la Police Fédérale l'avait remise à son mari, devenu son père adoptif, le 31 décembre 1976, en prétendant que le bébé avait été trouvé abandonné le long d'une route et comme ils avaient déjà adopté un premier enfant.... L'homme qui avait accepté cette nouvelle adoption que lui et sa femme savaient frauduleuse était lui-même policier. Et en effet, les analyses ADN ont permis d'identifier ses véritables père et mère, Oscar Rómulo Gutiérrez et Liliana Isabel Acuña. Lui était né le 17 avril 1951 à La Tablada et elle le 30 mai 1952 à Buenos Aires. Tous deux étaient des militants montoneros, la branche révolutionnaire du péronisme. Ils ont été arrêtés à 6h30 du matin le 26 août 1976, avec la sœur et le beau-frère de la jeune femme, par des assaillants lourdement armés et en tenue civile. Liliana en était alors à son cinquième mois de grossesse. On perd assez vite leurs traces après la naissance d'une petite fille, lorsque la police s'est rendu compte qu'un de ses agents avait donné, en cachette, des nouvelles de l'accouchée et du bébé à sa famille, ce en quoi bien entendu il avait eu le courage de contrevenir aux ordres, d'autant qu'il avait laissé entendre que les prisonniers étaient maltraités. Et on sait en effet qu'ils ont tous deux et sans doute tous les quatre été torturés dès leur arrestation, dans la voiture banalisée qui les conduisait au commissariat où ils ont été détenus dans la cave avec une douzaine d'autres personnes.

La conférence de presse, convoquée le 5 février, se tient alors que le pays est en deuil pour un incendie meurtrier qui s'est produit avant-hier, dans le quartier de Barracas, dans un entrepôt d'une multinationale nord-américaine visiblement abonnée aux incendies industriels puisque ses locaux ont subi ce même sort un peu partout dans le monde, ce qui indiquerait une faute de gestion délibérée dans la prévention du risque. Des soldats du feu ont trouvé la mort en luttant contre le sinistre, au nombre desquels la première femme à avoir jamais intégré le corps des pompiers de la Police fédérale. La bonne nouvelle de cette identification est donc traitée avec beaucoup plus de discrétion que d'habitude par Página/12.

Qui plus est, la grand-mère de la jeune femme, qui militait dans les rangs de Abuelas, est maintenant décédée : elle n'aura donc pas eu la joie de savoir ce qu'il était advenu de sa petite-fille née dans une prison clandestine du régime.

Photo Télam
Il reste encore environ 400 personnes enlevées en bas âge et sans doute vivantes à l'heure actuelle, dont les familles demeurent encore sans nouvelle de leur devenir.

Pour aller plus loin :
lire le communiqué publié par Abuelas, sur lequel vous pourrez accéder aux vidéos de la conférence de presse donnée hier midi.