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samedi 13 décembre 2025

Travail, éducation et culture : la gauche sonne le tocsin [Actu]

Une du 11 décembre 2025
Les articles ne sont plus disponibles en ligne
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Fort de son renforcement d’octobre dernier au Congrès, où LLA (La Libertad Avanza, le parti de Javier Mileí et de sa sœur damnée) est devenue le premier groupe minoritaire au sein de deux hémicycles où aucune formation n’est parvenue à disposer de la majorité arithmétique, le gouvernement argentin envoie au parlement deux projets de loi, l’un sur l’école publique et gratuite, menacée de perdre ses budgets au profit des écoles privées et payantes, l’autre portant une réforme du code du travail qui abolit la plupart des droits que les salariés avaient difficilement acquis tout au long de 110 ans de luttes dans une société où, en 1916, quand les premiers droits sociaux leur ont été accordés, l’esclavage n’était pas si lointain (il a été aboli par extinction en Argentine en 1813 mais il n’a disparu réellement que dans les années 1840 au décès des dernières victimes du système qui n’avaient pas encore eu la chance d’être affranchies).

Dessin de Páti dans Página/12 le 7 décembre 2025
Mileí au centre : "Ecris : Cher Père Noël..."
La femme à la porte : Trop mignon ! Il est en train d'écrire sa petite lettre ?
Son collègue : Non, c'est la lettre de licenciement
(Les licenciements sont signifiés par télégramme en Argentine)
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Or le nouveau code du travail, qui pourrait être rétroactif selon l’un des ministres, c’est-à-dire s’appliquer sur des faits antérieurs à son future entrée en vigueur, ce que l’état de droit interdit, menace aussi le secteur culturel que Javier Mileí voudrait anéantir depuis qu’il est entré en politique il y a quatre ans. Ce code du travail révisé pourrait même concerner les indépendants à faibles revenus, l’équivalent des auto-entrepreneurs français, or ils sont très nombreux en Argentine, y compris parmi les plus diplômés (je connais personnellement un architecte d’âge mûr qui a dû se résoudre à accepter ce statut).

Une de Página/12 hier
"Chau, les heures sup, le droit de grève,
les conventions collectives
les indemnisations [de licenciement,
les congés payés", dit le gros titre
Au-dessus, en rouge : le rêve de Mileí et de la CIA
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Selon des propos de l’ultra-droitière ex-ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, qui prend en ce moment ses nouvelles fonctions de chef du groupe LLA au Sénat, le PAMI, la branche santé de la sécurité sociale qui s’occupe des retraités défavorisés, est lui aussi menacé de dissolution. Le PAMI compte environ 5 millions de bénéficiaires. Il est donc bon de garder à l’esprit que dans sa jeunesse, sous la dictature militaire, Patricia Bullrich était une militante des Jeunesses Péronistes, ce qui l’inscrivait alors très à gauche dans le paysage politique argentin. Il est clair qu’elle ira jusqu’au bout de son évolution et finira dans les habits d’une fasciste consommée.

"Un film d'horreur", dit le gros titre d'aujourd'hui
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Alors que les syndicats préparent une journée de grève et de manifestations le 18 décembre prochain, Página/12 recense depuis quelques jours les dangers qui guettent les travailleurs du privé comme du public ainsi que les secteurs non marchands dans leur ensemble. A chaque thème, sa Une quotidienne dans la quasi-indifférence éditoriale des médias à la main des groupes économiquement puissants.

Dessin de une de Paz et Rudy, hier
Au téléphone : Macri à l'appareil...
Je t'appelle pour te féliciter pour tes deux ans [de présidence]
Mileí : C'est mon meilleure moment
Macri : Pour moi aussi, les deux ans, c'était le meilleur moment.
Mileí : J'ai gagné les élections de mi-mandat
Macri : Moi aussi
Mileí : Et Trump aussi ?
Macri : Oui, Trump aussi
Mileí : Et qu'est-ce qui s'est passé ?
Macri : Tu verras bien
Traduction © Denise Anne Clavilier
Macri s'est représenté à l'issue de son mandat.
Il a été battu sèchement par le candidat péroniste

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la réponse syndicale à la réforme du Code du Travail (l’article majeur est réservée en ligne aux abonnés du quotidien)
lire l’article de Página/12 sur les propos de Patricia Bullrich
lire l’article de Página/12 sur les dangers qui menacent maintenant le secteur de la culture
Les autres articles ne sont plus disponibles en ligne. C’est la nouvelle politique commerciale adoptée par le journal.

jeudi 29 septembre 2022

Les élèves et les étudiants se rebiffent à Buenos Aires [Actu]

"Répression à domicile", dit le gros titre
en faisant allusion aux visites de la police
chez les parents des jeunes manifestants
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A Buenos Aires, lorsque les collégiens, les lycéens ou les étudiants sont mécontents, ils occupent leur établissement. Que ce soit pour contester les méthodes d’enseignement, l’autoritarisme du chef d’établissement, des faits de maltraitance de la part de tel ou tel membre du personnel éducatif ou administratif, etc. Or depuis quelques jours, les occupations se multiplient. Actuellement, la Ville autonome de Buenos Aires compte entre onze et vingt-cinq écoles occupées (selon la couleur politique de la source), dont le prestigieux Colegio Nacional, situé à Monserrat, par lequel est passée toute l’élite portègne depuis l’époque coloniale, ainsi que plusieurs écoles supérieures, dont Lenguas Vivas, celle qui forme les professeurs de langue et les interprètes. Tout cela pose bien sûr des problèmes de sécurité, puisque les élèves empêchent alors le personnel de travailler, mais aussi de scolarité, notamment lorsqu’il s’agit de groupes scolaires qui réunissent deux niveaux, primaire et secondaire, et où les écoliers sont eux aussi privés de cours parce que les grands bloquent l’accès à l’établissement.

Adolescents et étudiants s’opposent actuellement à la politique scolaire du gouvernement municipal (droite libérale), qui passe son temps à prendre des mesures contraires à celles du gouvernement national (gauche péroniste).

Depuis cette années, les lycéens sont en particulier obligés de faire un stage en entreprise, pompeusement baptisé « stage de familiarisation avec le monde du travail ». Officiellement, l’objectif est de les aider à s’orienter dans la jungle des métiers. Or beaucoup des adolescents qui sont passés par ces stages s’y sont vus confier des tâches matérielles sans aucune dimension formatrice comme de laver la vaisselle ou de servir du café aux salariés. Bref, ils ont été utilisés comme des larbins, gratis en prime, et ils n’ont ni appris ni vu grand-chose d’intéressant sur ce qu’est le travail en entreprise (même s’il fait très peu de doute qu’il s’agit là de contraintes couramment imposées à de nombreux jeunes peu qualifiés lorsqu’ils entrent sur le marché du travail).

Elle passe le chapeau, dit le gros titre
avec ce montage à partir d'une photo de Soledad Acuña
qui ramasse la monnaie !
Une de Página/12 hier
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Excédée par ces occupations d’école qui progressent de quartier en quartier, la très contestée ministre de l’Éducation du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, Soledad Acuña, dont on ne compte plus les propos provocateurs hostiles aux classes populaires de la société portègne, a décidé de porter plainte contre les parents des élèves qui manifestent. Et les premiers parents ont reçu hier la visite des policiers qui les ont interrogés, avec, disent-ils, assez peu de délicatesse. Certains parents d’élèves entrent donc dans la contestation et soutiennent désormais d’autant plus ouvertement leurs enfants et la conscience politique dont ils font preuve.

Rappelons qu’en Argentine, depuis quelques années, les mineurs disposent du droit de vote dès l’âge de 16 ans, avec pour seule différence par rapport aux adultes que leur vote est facultatif alors que celui des majeurs est obligatoire (au moins en théorie, parce que le taux d’abstention est aussi fort qu’en France). Il n’est donc pas si mauvais que cela que ces jeunes électeurs fassent preuve de sens politique, même si certains d’entre eux sont à coup sûr manipulés par des formations politiques péronistes et des syndicats ultra-politisés. Mais cela ne veut pas dire que les manifestants n’aient pas de bonnes raisons de s’opposer à ce qu’on leur impose et ces tentatives de récupération font intégralement partie de toute initiation des jeunes à la vie politique.

Les parents des mineurs impliqués dans l’occupation des écoles encourent des amendes. Bien évidemment, dans le contexte actuel d’inflation géante, c’est une menace qui fait un peu peur pour le budget familial.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 qui fait sa une de cette information

lundi 2 août 2021

Délicate rentrée des classes après les vacances d’hiver [Actu]

"Retour polémique" dit le gros titre
sans photo d'illustration
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Ce matin, les petits Argentins sont retournés à l’école alors que le variant Delta est présent dans le pays et fait craindre une troisième vague au système sanitaire. La vaccination a été plus lente qu’en Europe, elle n’a commencé qu’à la mi-février et à cette heure, seulement 15 % de la population a reçu ses deux doses, soit le taux de la Martinique (1).

A Buenos Aires et à Mendoza, toutes deux gouvernées par des ténors de l’opposition qui jouent du coude entre eux pour gagner des voix aux prochaines élections de mi-mandat, les écoliers et les collégiens rentrent en classe dans des conditions normales, sans respect des distances physiques. Juste avec des masques.

L'information est traitée en bas à gauche
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Dans la province de Buenos Aires et dans d’autres districts, les établissements scolaires doivent organiser l’enseignement selon le principe de la bulle sociale, sans interaction entre les élèves de plusieurs classes, avec des roulements de présence et d’autres éléments de protocole sanitaire.

La Prensa en a fait sa une ce matin.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín, quotidien d’opposition qui donne pourtant la parole au ministre national de l’Éducation, lequel s’insurge contre l’attitude jugée irresponsable du chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires
lire l’article de La Nación, dont l’article de une ne se retrouve pas sur le site Internet.



(1) La vaccination y a été ralentie par des rumeurs folles sur les réseaux sociaux et une forte méfiance vis-à-vis des pouvoirs publics, le scandale sanitaire et environnemental du chlordécone étant passé par là.

jeudi 7 juillet 2016

Le nouveau Zamba est arrivé [à l'affiche]

En bas : la petite noire est pour une fois une dame de la haute société avec son peigne espagnol
et Zamba a coiffé le chapeau des vecinos (les propriétaires fonciers qui avaient le droit de vote)
En haut, au-dessus des autres personnages,
à gauche en uniforme, San Martín, à droite en civil, Belgrano

Le petit écolier argentin qui depuis plusieurs années enseigne sur la chaîne éducative Paka Paka à peu près tout le programme scolaire aux enfants argentins, Zamba, le petit Correntino qui aime goûter avec du chipá (le snack à la farine de manioc et au fromage de sa province), revient sur le devant de la scène à l'occasion des fêtes du Bicentenaire qui correspondent aussi aux vacances d'hiver.

Pendant l'ère kirchneriste, le petit écolier en blouse blanche n'a pas échappe à l'idéologisation de le secteur public. Il a été ici ou là un véritable support de propagande politique, notamment pour parler aux minots de personnages politiques comme Domingo Faustino Sarmiento, la bête noire des peronistes, qui en font un parangon de la droite libérale anglophile contre laquelle ils ont toujours lutté. D'après La Nación, le petit bonhomme, qui a conservé sa ligne picturale intacte, serait désormais débarrassé de ces oripeaux politiques et pourrait être mis sous tous les yeux, sans risquer de pré-conditionner les futures consciences politiques des têtes blondes. Je demande à voir, je suis comme saint Thomas sur ces affaires-là (il arrive qu'on remplace une idéologie par une autre, plus discrète mais non moins prégnante).

On retrouve les personnages habituels avec leurs caractéristiques picturales : Zamba lui-même, la petite esclave noire des temps coloniaux avec son fichu coloré sur la tête (à l'antillaise), l'institutrice en blouse blanche comme il convient, le bus scolaire orange qui permet aux enfants d'aller visiter tout le pays, les héros historiques de la Révolution de 1810 (San Martín, Belgrano, les grenadiers à cheval qui ici sont à pied, etc.) et les lieux emblématiques (le Cabildo de Buenos Aires, la Casa Histórica de Tucumán, très en vedette ces jours-ci, les Andes avec leurs neiges éternelles qui préparent déjà le programme de l'année prochaine)...

Capture d'écran

Reste à espérer que la créativité pédagogique et artistique qui a marqué de son empreinte cette formidable série est toujours là, derrière les pupitres de Paka Paka. Car grâce à ce programme, les enfants ont fait des progrès considérables dans la connaissance de l'histoire : lors des visites des musées, ils reconnaissent maintenant seuls les portraits des héros historiques, ce qui facilite grandement le travail des guides et enrichit le contenu muséologique qui peut leur être proposé. Et ce n'était pas du luxe !

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación, qui, fondée par Bartolomé Mitre, l'autre grand parangon de l'idéologie libérale anglophile, semble soulagée par ce changement que la rédaction appelait de ses vœux
consulter le site Web de Paka Paka, où l'on peut voir les différents épisodes du programme.

Ajout du 13 juillet 2016 :
lire l'article de La Nación sur la réouverture du parc pédagogiques d'attraction scientifique et technique Tecnópolis où Zamba retrouve sa place, alors qu'on l'en avait cru à jamais exilé... Zamba et d'autres succès de la période précédente, mais débarrassés (dit le quotidien) de la charge de propagande idéologique qui marquait la version kirchneriste.

mardi 18 février 2014

Retour en poste de Claudio Espector à titre conservatoire [Actu]

Photo Jorge Larrosa (Página/12)
Il y a deux jours, la justice portègne a prononcé une décision de réintégration dans ses fonctions du Maestro Claudio Espector, dont vous vous souvenez sans doute si vous suivez l'actualité culturelle argentine dans ces colonnes que, le 19 décembre dernier (voir mon article à ce sujet), le Ministère de l'Education portègne par le truchement d'une de ses sous-secrétaires l'avait révoqué, d'une manière arbitraire et discrétionnaire, sans pouvoir avancer la moindre faute professionnelle à son encontre et ce malgré son élection comme Personnalité de la Culture, en juin 2013 (voir mon article à ce sujet).

Certes la décision est prise à titre conservatoire. Il ne s'agit pas d'une décision de fonds pour laquelle Claudio Espector et les syndicats de musiciens et d'enseignants ont saisi les tribunaux : cette autre décision se prononcera sur la validité de la révocation et le droit du Gouvernement portègne de se défaire d'un fonctionnaire sans cause réelle et sérieuse, comme s'exprime le code du travail en France. Il se peut toutefois que le juge du fonds confirme la première décision puisque le ministère de tutelle n'a jamais procédé dans les formes, aucune notification écrite de révocation n'ayant jamais été adressée à l'intéressé. On croit rêver ! Ou plutôt cauchemarder.

Toujours est-il qu'exit pour le moment le nouveau Coordinateur nommé à la fin décembre (un obscur clarinettiste sans grand talent mais avec de grandes ambitions politiques et des copains d'école bien placés). Claudio Espector reprend sa charge aujourd'hui avec l'appui de nombreux parents d'élèves, du corps professoral et de plein d'élèves, dont il faut voir là-bas, à Buenos Aires, l'affection et la confiance qu'ils lui manifestent.

Vous pouvez manifester votre soutien au musicien et à l'enseignant qu'est Claudio Espector ainsi qu'à l'ensemble du Programme des Orchestres d'enfants qu'il a fondé à Buenos Aires et qu'il coordonne en vous connectant à la page Facebook du collectif militant. Vous pouvez aussi vous connecter à la page personnelle qu'il a créée en 2010.

Plus d'info :
lire l'entrefilet de Página/12 du 16 février 2014
lire l'article de Página/12 de ce matin sur le retour en poste de Claudio (avec les difficultés que le Ministère pourrait lui faire bien que ses conseils se soient montré fort empruntés dans leur défense à la barre).
Voir également mon article sur ma propre visite au programme le 31 août2013
et mon article concernant la matinée consacrée à ce programme d'enseignement dans Le Roman national argentin, voyage culturel,solidaire et humain, opéré par Human Trip.
Pour lire tous les articles sur Claudio Espector, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

mercredi 12 février 2014

Chacabuco, 1817, revu et corrigé par Billiken en 1967 [Histoire]

Cliquez sur l'image pour lire les légendes

Pour l'anniversaire de San Lorenzo, je vous ai fait faire un double voyage dans le temps, d'abord en vous proposant plusieurs articles sur l'événement de 1813 lui-même, ensuite en vous ramenant en enfance, mais dans une enfance argentine grâce à un numéro de juillet 1941 la revue emblématique Billiken, créée en 1919.

Je vous propose la même chose en ce jour anniversaire de la libération du Chili, jour anniversaire de la bataille de Chacabuco, menée sur le versant ouest des Andes, par San Martín, secondé par les généraux Soler (l'Argentin) et O'Higgins (le Chilien), le 12 février 1817.


Voici comment, dans son numéro du 8 août 1967, pour préparer le Día de San Martín du 17 août, Billiken proposait aux écoliers argentins de se représenter la célèbre bataille qui a donné son nom à plusieurs municipalités en Argentine et à un nombre de rues, avenues et autres artères incalculable...

Les forces en présence, la tactique, les uniformes
et tout ce qui tonne, détonne, galope et pétarade.
Cliquez sur l'image pour lire les textes

Comparez avec le documentaire que j'inclus dans mon autre article de ce jour sur cet événement d'il y a bientôt deux cents et vous verrez, c'est pas mal fait !

lundi 3 février 2014

Le combat de San Lorenzo ou San Martín raconté aux enfants (et à leurs parents) [Coutumes]

Maquette en papier à monter soi-même
livrée aux enfants dans l'édition du 11 août 1941 de Billiken
pour le Día de San Martín (17 août)

Febo asoma; (1) ya sus rayos
iluminan el histórico convento;
tras los muros, sordo ruido,
oír se deja de corceles y de acero.
Son las huestes que prepara
San Martín para luchar en San Lorenzo;
el clarín estridente sonó
y la voz del gran jefe
a la carga ordenó.

Phébus se montre. Dès ses rayons
éclairent le couvent historique
Derrière les murs, un bruit sourd
de chevaux-légers et d'acier se laisse entendre
C'est la cohorte que prépare
San Martín pour combattre à San Lorenzo.
Sonna le clairon strident
et la voix du grand chef
donna l'ordre de charger.

Avanza el enemigo
a paso redoblado,
al viento desplegado
su rojo pabellón.
Y nuestros granaderos,
aliados de la gloria,
inscriben en la historia
su página mejor.

L'ennemi avance
à pas redoublé
son rouge pavillon (2)
déployé au vent.
Et nos grenadiers
alliés de la gloire
inscrivent dans l'histoire
leur plus belle page.

Cabral, soldado heroico,
cubriéndose de gloria,
cual precio a la victoria,
su vida rinde, haciéndose inmortal;
y allí, salvó su arrojo
la libertad naciente
de medio continente,
¡Honor, honor al gran Cabral!
(Letra: Carlos J. Benielli - Música: Cayetano A. Silva)

Cabral, soldat héroïque
en se couvrant de gloire,
pour prix de la victoire
offre sa vie et se rend immortel.
Et là,  par son audace il sauva
la liberté naissante
d'un demi-continent.
Honneur, honneur au grand Cabral !
Paroles de Carlos J. Benielli – Musique de Cayetano A. Silva
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La seconde planche de la même maquette

Les chansons patriotiques argentines sont donc bien différentes de leurs homologues européennes, françaises en particulier. C'est qu'elles ne poursuivent pas le même but : nos chants patriotiques sont des morceaux historiques contemporains des faits qu'ils relatent ou qu'ils exaltent. Ces pièces ont été inventées les unes par des anonymes perdus dans les foules révolutionnaires (La Carmagnole par exemple) ou par des compositeurs qui prenaient part aux événements, comme c'est le cas pour La Marseillaise et, avant elle, le Ah ça ira !, qu'un musicien d'orchestre composa dans l'enthousiasme encore riant de la Fête de la Fédération en juillet 1790 avant qu'une période plus sombre modifie les paroles. Parfois, c'est le travail d'artistes combattants, comme Le Régiment de Sambre et Meuse (1870), La Madelon (créé en 1913 mais qui doit son succès à sa reprise en 1914 par un chansonnier mobilisé), Le Chant des Partisans (1941-1943) et aussi en Belgique, La Brabançonne, inventée, dans sa version originale, pour les besoins du soulèvement indépendantiste (1830). Tant et si bien qu'en général, les pacifiques chez nous font la grimace devant "cette musique qui marche au pas", selon la belle formule de Georges Brassens, et qui nous renvoie trop souvent à des images passablement bellicistes et pas toujours glorieuses.


La Marcha de San Lorenzo
jouée à l'accordéon par Juan Bussolini

En Argentine, les choses se sont passées différemment. Des chants révolutionnaires, il y en a eu et beaucoup. Pourtant de nos jours, on n'en connaît guère qu'un seul et c'est l'hymne national qui a été composé et écrit à la demande de l'Assemblée de l'An XIII à cet effet (voir mon article du 11 mai 2013 à ce sujet). Ces chants révolutionnaires, de la période indépendantiste ou de ses suites fédéralistes, ont été sciemment écartés de la mémoire nationale par la République dite "conservatrice" des années 1860-1870 qui savait qu'elle se détournait bon nombre des principes égalitaires et libérateurs qui avaient nourri la Révolution de Mai, de 1810 jusqu'à la déclaration d'indépendance le 9 juillet 1816 et qui animèrent ensuite une bonne part du courant fédéral jusqu'en 1860 environ. Hors de question, pour l'oligarchie unitaire qui venait d'accéder au pouvoir, d'entretenir des brûlots aussi subversifs...


La Marcha de San Lorenzo, arrangée en tango,
chantée par Hugo Marcel
sur des images d'Epinal et des photos de film

Aussi est-ce une tout autre préoccupation qui incita les gouvernements argentins à créer de toutes pièces un répertoire complet, d'une dizaine de morceaux : la nécessité d'inculquer aux enfants issus de la grande immigration pan-européenne des années 1880-1920 la fierté d'appartenir à la Nation argentine, la nécessité de donner de la cohésion à cet afflux démographique débordant. On fit donc des chansons à l'usage des écoles de l'enseignement public, puisqu'en 1884, l'instruction avait été rendue obligatoire jusqu'à l'âge de 12 ans. Et il n'a fallu qu'une ou deux générations pour atteindre le but : depuis presque 150 ans, les Argentins ont tous appris par cœur ce répertoire dans leur tendre enfance. Chanter ces chansons dégage donc pour eux un parfum de goûter et de cour de récré, de cahiers et de pages de Billiken, de craie et de tableau noir et c'est associé à des images que nous dirions "d'Epinal", de ces images exposées au Museo Histórico Nacional de Parque Lezama, à Buenos Aires, qui sont aux Argentins ce qu'est pour les Français l'image d'un saint Louis rendant la justice sous son chêne, celle d'un Guillaume Tell bandant son arc pour les Suisses et sans beaucoup d'équivalent pour les Belges, chacune des trois communautés linguistiques du pays ayant ses dates, ses événements et, du même coup, ses images patriotiques propres (3).

La Marcha de San Lorenzo
interprétée par la Fanfarria Alto Perú, la musique du RGC
Vous allez voir : ça va vous rappeler la Marche de Radetzky
le Jour de l'An, quelque part en Autriche

Ce caractère scolaire vous explique cette joyeuse participation de tout le monde dès qu'il s'agit de chanter à l'unisson ces hymnes et ces marches, dans un pays pourtant traumatisé par plusieurs dictatures militaires successives. Et c'est tant mieux, parce qu'appartenir à un pays ce n'est pas qu'une affaire d'idées politiques abstraites, c'est aussi et bien davantage le résultat de souvenirs communs chargés d'affects souriants, d'événements et de personnages, hissés au rang de mythes parce qu'ils sont partagés par tous... Or ce travail volontariste et délibéré de constitution du sentiment national est parfaitement contemporain de la formalisation du tango, dont l'identité s'est cristallisée dans ces mêmes années, essentiellement entre le début de la grande immigration, vers 1880, et les célébrations du Centenaire du pays, en 1910...

La même chanson, en version karaoké pour minots
grâce au Canal Paka Paka, la télévision publique scolaire et de divertissement
à l'intention des moins de dix ans
Oubliez le petit générique de début
et laissez-vous emporter par le pur style Goscinny-Uderzo
d'une bonne grosse bagarre entre les Gaulois et les Romains !
Cela pourrait être la plus réaliste des reconstitutions du combat
car il n'y manque pas même la vraie fin : les royalistes se jettent à l'eau...


Pour aller plus loin :
Connectez-vous à la page Facebook de la revue Billiken, véritable institution argentine. Il s'agit du plus vieux magazine enfantin de langue hispanique encore publiée. Depuis quelques années, malheureusement, sa ligne éducative cède du terrain devant les chimères de la mode et du marketing ciblant les enfants partout dans le monde, avec les personnages de la télévision et du cinéma nord-américain. Son premier numéro est sorti le 17 novembre 1919, alors que le flux migratoire reprenait de plus belle après l'interruption due aux quatre années de conflit mondial. C'est une publication de la maison d'édition Atlántida.
Visitez son site Internet (s'il veut bien s'ouvrir – il est un peu capricieux en ce moment).

Billiken de nos jours (couverture de l'édition du 22 juillet 2011)
San Martín, sur son cheval, brun d'un seul coup !
semble encore une fois s'être levé du pied gauche (4)
mais le petit grenadier, lui, a l'air tout réjoui !


(1) En Argentine, on a trop souvent omis d'expliquer aux bambins le sens de ces deux premiers mots. Or ils sont beaucoup plus difficile à comprendre qu'en Europe dans ce pays du Nouveau Monde qui n'a aucun lien direct avec l'Antiquité gréco-latine et où les grandes figures mythologiques romaines ou athéniennes ne disent strictement rien à la majorité. Nous, nous avons Versailles et Racine, la Renaissance dans toute l'Europe ou presque et les vestiges archéologiques mis en valeur dès le XVIIIème siècle... mais l'Amérique du Sud ! Tant et si bien que des générations entières d'Argentins traînent derrière elles quelques interprétations enfantines tenaces, parfois sous forme de vagues cauchemars ou d'impressions oniriques des plus farfelues. Certains chantent sans bien comprendre comme c'est parfois le cas à la messe, où certaines phrases de prière, malgré la traduction en langue vernaculaire, restent confuses dans l'esprit des fidèles les moins scolarisés. Quelqu'un comme Felipe Pigna se bat contre ces faux-sens, voire ces contresens, qui favorisent la diffusion d'un discours confus et fantaisiste dès qu'il s'agit de l'histoire du pays. Cependant, avec le renforcement de la démocratie, la prise de conscience pédagogique gagne du terrain chez les responsables de musées, les guides, les enseignants, les étudiants en histoire...
(2) Le drapeau espagnol en campagne se composait alors d'une croix rouge sur fond blanc, comme vous pourrez le voir reconstituer sur tous les documentaires sur ce combat que je mets à votre disposition depuis hier sur Barrio de Tango.
(3) Sauf jusqu'à la fédéralisation du royaume, il y a une vingtaine d'années, où les Belges avaient en commun cette image de la prestation de serment de Léopold 1er et surtout les images des tranchées visitées par la reine Elisabeth et celles d'Albert 1er, piétinant dans la boue avec son Etat-major ou juché sur son cheval, héroïque résistant encore et toujours à l'envahisseur allemand sur l'Yser. On en parlera beaucoup cette année...
(4) C'est d'autant plus injuste que le sourire et l'amabilité chaleureuse de San Martín étaient connus de tout le monde, pendant sa vie publique. Mais les graphistes s'appuient trop souvent sur la statuaire et les portraits qu'on a de lui, or à cette époque, les canons de la peinture interdisaient de représenter un personnage souriant (à cause de la denture, trop souvent gâtée par la mauvaise qualité de la farine et donc du pain, qui comportait beaucoup de sable). D'où le fait que sur ses portraits, le sourire de San Martín et son affabilité naturelle transparaissent très peu, sauf sur le portrait que François Joseph Navez peignit à Bruxelles vers 1825 (et qui a inspiré la couverture de mon prochain livre).

dimanche 29 décembre 2013

La révocation de Claudio Espector continue à faire des vagues [Actu]

Sur les réseaux sociaux comme dans la presse de gauche, l'éviction inattendue de Claudio Espector, fondateur et coordinateur général du Programa de Orquestas Infantiles, continue à faire du bruit.

Claudio Espector chez lui (photo Ezequiel Torres, pour Veintitrés)

Le jour de Noël, Claudio Espector a été interviewé sur les ondes de Fractura Expuesta, l'émission sur le tango et la culture populaire, dont je vous parlais souvent il y a quelques années (je dois avouer que le temps me manque parfois pour le faire avec la même régularité maintenant). Une interview d'une dizaine de minutes, avec quelques problèmes de communication au départ. Claudio Espector y déclare qu'il se maintient à la tête du programme et qu'avec le soutien des syndicats, il se prépare à attaquer en justice la décision du Gouvernement portègne, qui ne lui a toujours pas été formellement notifiée.

Tels que je les ai vus en août dernier, il est probable que le soutien de tous les enseignants lui est acquis et qu'aucun d'entre eux ne veut avoir affaire au clarinettiste de troisième zone que la secrétaire adjointe à l'équité musicale a nommé à sa place. La résistance peut donc durer longtemps, pour autant que la mobilisation des parents se maintiennent elle aussi.

Dans cet entretien, Claudio Espector expose les contradictions des explications que le Gouvernement portègne donne à l'arrêt du budget alimentaire du Programa. L'exécutif dit vouloir obliger les parents d'élèves à prendre en charge la nourriture des enfants (1) mais d'un autre côté, rappelle Claudio, dans le peu d'habitations que la Ville a fait construire dans ces quartiers populaires, les architectes ont omis d'intégrer une cuisine et pour ce qui est des meubles, ils n'ont même pas pensé qu'une famille avait besoin de chaises et d'une table.
On se croirait revenu en France au temps de l'épopée minière lorsqu'un patronat arrogant et méprisant justifiait l'absence de salle de bain dans les corons : "une baignoire, pensez-donc, ils y mettraient le charbon !". (2)

Cette interview décapante, vous pouvez l'écouter en ligne et même la télécharger gratuitement en cliquant sur le lien.

Deux jours plus tard, le 27 décembre, le magazine hebdomadaire Veintitres a consacré au musicien et enseignant un article élogieux. Le journaliste remarque que Claudio Espector a échappé au système des dépouilles qui existe en Argentine comme aux Etats-Unis et qui veut que chaque nouvel exécutif, au moment où il prend ses fonctions, renouvelle l'ensemble du personnel dépendant d'une nomination gouvernementale. Il rappelle le parcours de Claudio et la façon dont a surgi l'idée du Programme : lorsque le gouvernement de la ville, sous l'impulsion de Fernando de la Rúa (pourtant de sinistre mémoire), avait créé, sur le modèle français, des Zones d'Action Prioritaire, dans le but de combattre l'absentéisme scolaire et le fort taux de redoublement des enfants issus des populations les plus fragiles. C'est dans ce cadre que Claudio proposa de créer dans ces écoles des ZAP des orchestres pour redonner aux enfants le goût d'apprendre et des savoir-être socialisants, comme le fait de s'écouter mutuellement, de se respecter, de travailler en équipe. Il a fondé le premier orchestre dans le quartier de Villa Lugano, un quartier du sud-ouest de la capitale argentine. "[A Villa Lugano], aller à l'école avec un violoncelle, une flûte ou un violon, ça faisait son effet", raconte Claudio Espector, dans cet article interview que vous pouvez lire en cliquant sur ce lien.

“Me quieren hacer creer que me convierten en maestro de los maestros pero claramente me corren, eufemísticamente y mintiendo. Más allá de lo personal, es una decisión política. No les parece bien que visualicemos las carencias que existen. No acuerdan con que vayamos a los barrios y no le pongamos límites a la educación de los pibes, pensamos que los chicos pueden hacer todo. Ellos le ponen techo al desarrollo de los pibes. Cuando viajaron a Berlín les dijeron: ‘Esto es un privilegio para ustedes’, a lo cual una de las chicas de la orquesta les contestó: ‘Esto no es un privilegio, esto es un derecho’. Para el Pro, en un barrio pobre la educación tiene que ser pobre. Nosotros creemos que tiene que ser la mejor”.
Claudio Espector, dans Veintitres

Ils veulent me faire croire qu'ils me reclassent comme formateur de formateurs (3) mais il est bien clair qu'ils me foutent à la porte avec des euphémismes et des mensonges. Au-delà de l'aspect personnel, c'est une décision politique. Ils n'aiment pas que nous ayons identifié les éléments qui font défaut (4). Ils ne sont pas d'accord qu'on aillent dans les quartiers et qu'on ne mette pas de limite à l'éducation des gamins, que nous pensions que les mêmes peuvent tout faire. Eux ils mettent un plafond au développement des gamins. Quand ils sont allés à Berlin, ils leur ont dit : C'est un privilège pour vous. Ce à quoi une des gamines de l'orchestre leur a répondu : Ce n'est pas un privilège, c'est un droit (5). Pour le PRO (6), dans un quartier pauvre, l'éducation doit être pauvre. Nous, nous croyons qu'elle doit être la meilleure.
(Traduction Denise Anne Clavilier)


Pour en obtenir une traduction complète, utilisez le service Reverso, dont vous trouverez le lien dans la rubrique Cambalache en bas de la Colonne de droite de ce blog.


(1) En Argentine, l'école publique et obligatoire jusqu'à 12 ans prend en charge gratuitement les repas des enfants qui ne peuvent pas rentrer déjeuner à la maison, tout au long de l'année scolaire (et même parfois pendant les vacances). Ce service de cantine est suffisamment stigmatisant pour qu'aucun parent de la classe moyenne ne songe à essayer d'en profiter (et en plus, comme les moyens sont maigres, ce n'est vraiment pas fameux). Il s'agit de garantir que, dans la République argentine, tous les enfants bénéficient de bonnes conditions pour étudier même si leurs parents sont trop pauvres pour les nourrir convenablement. La politique de Mauricio Macri tend à tout individualiser, à dévitaliser la solidarité effective et il cherche donc à criminaliser la pauvreté et en particulier le fait que les parents n'assurent pas eux-mêmes un régime alimentaire équilibré à leur enfants, par manque de moyens matériels et de connaissance diététique. Lui et ses ministres insinuent ainsi que les pauvres vivraient en assistés aux crochets de la collectivité (c'est-à-dire de la classe moyenne où se recrute le gros de l'électorat macriste). Il prétend donc qu'il faut les obliger à s'occuper de leur progéniture. Voir à ce propos la letra de tango de Raimudo Rosales, Mañana Clara, que j'ai traduite dans Deux cents ans après, Tarabuste Editions, janvier 2011, sur la vie d'une cuisinière de cantine scolaire qui tous les matins fait la polenta pour les estomacs des écoliers qui arrivent à l'école à jeûn.
(2) N'oublions pas qu'à la même époque, dans nos pays, il existait aussi un patronat social, qu'on a plus tard taxé de paternaliste, que sa conscience obligeait à créer dans ses cités ouvrières une école (avant que l'instruction soit obligatoire), un dispensaire, une pouponnière dont l'accès était de droit pour leurs salariés et leurs familles. Une tendance patronale qui  n'a jamais existé significativement en Argentine.
(3) La secrétaire adjointe à l'équité musicale Soledad Acuña, en le recevant le 20 décembre, a proposé à Claudio Espector un poste d'enseignant pour former des professeurs de musique.
(4) Claudio fait ici référence aux  nombreux chapitres du budget de fonctionnement qui ne sont pas pourvus par le Gouvernement portègne : achat et entretien des instruments, matériels auxiliaires tels que sièges et pupitres, partitions et goûter des enfants.
(5) Qu'une gamine voie si clair dans leur jeu, ça n'a pas dû leur plaire, en effet. Et pourtant, la petite avait raison. Dans son interview, Claudio souligne que lorsque les enfant ont reçu des reconnaissances internationales après certains concerts, il n'y a jamais eu un seul représentant du Gouvernement portègne pour les féliciter ni par écrit ni par la moindre visite.
(6) Parti politique de Mauricio Macri, qui forme la majorité relative à la Legislatura de Buenos Aires et auquel tout le gouvernement municipal appartient, directement ou par alliance stratégique.

mardi 24 décembre 2013

Manifestation hier pour soutenir Claudio Espector [Actu]

Claudio Espector répondant à l'agence de presse argentine (Télam)

Hier, sur le Paseo Colón, à San Telmo, devant le ministère de l'Education du Gouvernement portègne, une foule d'enseignants, de parents, d'enfants et d'élus s'est rassemblée pour réclamer le retour dans son poste du Maestro Claudio Espector, révoqué la semaine dernière pour des motifs qui laissent sans voix en démocratie : 100% à la tête du client. Des motifs très arbitraires puisque la Secrétaire adjointe à l'équité pédagogique lui reproche pour l'essentiel d'avoir une personnalité qui lui déplaît à elle. Peu importe que les enfants lui sautent au cou à lui comme je le ai vu faire de mes propres yeux au mois d'août dernier à Buenos Aires.

Les manifestants portaient tous un petit autocollant bricolé à la va-vite : Claudio no se va (Claudio reste).

Claudio lui-même a été fort sollicité hier par les journalistes et la page Facebook de soutien au programme relaie les interviews écrites, télévisées et radiophoniques comme cette interview sur Radio Continental : 


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Parmi ses déclarations les plus importantes, la dénonciation du choix d'une date qui devait empêcher les gens de se mobiliser (entre la fin de l'année scolaire le 15 décembre et le début des fêtes de fin d'année), les motifs arbitraires et cyniques avancés par les responsables ministériels et la persécution idéologique dont il se voit l'objet depuis deux ans, c'est-à-dire depuis l'arrivée de Soledad Acuña au poste de secrétaire adjointe à l'équité pédagogique (1), sa récente élection, en juin, comme Personnalité de la Culture, grâce au vote de tous les groupes politiques de la Chambre législative de Buenos Aires (Legislatura). On le sent assez souvent ému. Il y a de quoi ! Seize ans de travail passionné et cette révocation brutale, humiliante et injuste...

Photo CTA

La manifestation a été appuyée par les syndicats, notamment la CTA (un syndicat radicalisé), Centrale des Travailleurs Argentins, et l'UTE, Union des Travailleurs de l'Education. Ils vont se mobiliser pendant l'été et revenir en force en février au moment de la négociation paritaire obligatoire de pré-rentrée. Les relations entre les syndicats et le Gouvernement de Mauricio Macri n'ont jamais été bonnes mais là, ça s'annonce explosif une nouvelle fois.

Reportage au journal de mi-journée de Canal 7 (la Tele Pública), hier (partie 1)

Sur Página/12, on trouve ce matin un reportage sur la manifestation d'hier et un billet d'opinion de Diego Fischerman qui compare les parcours de Claudio Espector et de son remplaçant aussitôt nommé (de toute évidence pour détruire le caractère social du programme). C'est saignant. Je vous le traduis ci-dessous, non sans déplorer auparavant que certaines accusations soient portées sans citation des sources ni aucune preuve à l'appui, ce qui fragilise l'argumentation, quand bien même celle-ci refléterait effectivement des comportements fort bien identifiés et fort habituels au sein de l'administration Macri (et ce n'est pas une raison pour s'abstenir de documenter un billet d'opinion).

OPINION

Vidas paralelas

Por Diego Fischerman
Uno de ellos es pianista. El otro tocaba el clarinete. El primero dirigió el Conservatorio Manuel de Falla y creó y coordinó el programa de orquestas infantiles y juveniles de Buenos Aires, por donde han pasado más de 15.000 alumnos a lo largo de 16 años, muchos de ellos sumamente humildes y una buena cantidad proveniente de villas de emergencia. El segundo se dedicó a negocios relacionados con la música, patentó varios dominios de Internet y desde la asunción de Macri como jefe de Gobierno de la Ciudad ha pasado por varios puestos de importancia. Claudio Espector, el primero, fue echado de su cargo. Eduardo Ihidoype, el segundo, es el reemplazante elegido por el gobierno porteño.

Opinion
Vies parallèles
par Diego Fischerman
L'un d'eux est pianiste. L'autre jouait de la clarinette. Le premier a dirigé le Conservatoire Manuel de Falla, créé et coordonné le programme des orchestres d'enfants et de jeunes de Buenos Aires, par où sont passés plus de 15 000 élèves en seize ans, beaucoup d'entre eux étant des gens très humbles et un bon nombre venant de bidonvilles. Le second s'est consacré à faire des affaires autour de la musique, a déposé des noms de domaines sur Internet et depuis l'arrivée de Macri à la fonction de Chef de Gouvernement de la Ville, il est passé par plusieurs postes importants. Claudio Espector, le premier, a été viré de son emploi. Eduardo Ihidoype, le second, a été choisi pour le remplacer par le Gouvernement portègne.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Este funcionario, hasta ahora “gerente” (sic) del programa Música para la equidad del Ministerio de Educación de la Ciudad, tiene un impactante currículum reciente: en 2008 fue ascendido por decreto, dentro de la planta de la Filarmónica de Buenos Aires, donde tocaba el tercer clarinete. Ese mismo año fue nombrado director ejecutivo de esa orquesta y entre 2010 y 2012 fue el director del Instituto Superior de Arte del Teatro Colón, cargo que, según fuentes fidedignas, debió abandonar tras haber participado en activas conspiraciones contra el director del teatro, Pedro Pablo García Caffi. En 2011 fue nombrado integrante de la Comisión Permanente del Estatuto del Docente para Areas de Enseñanza Específica, sin que eso significara que dejara de percibir el sueldo como director ejecutivo de la Filarmónica, que aún sigue cobrando aunque no desarrolla tal función. Y, por otra parte, sigue figurando en el padrón del Ente Autárquico Teatro Colón, conservando su cargo de clarinetista aunque ya no actúa en la Orquesta. Su antecedente más significativo, no obstante, es muy anterior: fue compañero de escuela del jefe de Gobierno.
Diego Fischerman

Ce dignitaire, jusqu'à présent directeur (2) du programme Musique pour l'équité du Ministère de l'Education de la Ville, a, ces derniers temps, un CV de poids : en 2008, il a été promu par décret, au sein du Philharmonique de Buenos Aires, où il était troisième clarinettiste. La même année (3), il a été nommé directeur exécutif de cet orchestre et de 2010 à 2012, il a été le directeur de l'Institut Supérieur des Arts du Teatro Colón, poste que, selon des sources dignes de foi, il a dû quitter après avoir participé à d'actives conspirations contre le directeur du théâtre, Pedro Pablo García Caffi. En 2011, il a été nommé à la commission permanente du Statut de l'Enseignant pour l'Enseignement spécialisé, sans que cela emporte qu'il arrête de percevoir son salaire de directeur exécutif du Philharmonique, qu'il continue même de toucher alors qu'il n'occupe pas cette fonction. Et d'autre part, il continue à figurer sur l'organigramme de la Société indépendante du Teatro Colón, où il conserve son poste de clarinettiste alors qu'il ne joue plus dans l'orchestre. Son antécédent le plus significatif date cependant de bien plus longtemps : c'est un camarade d'école du Chef du Gouvernement.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Reemplazar a un funcionario es una de las atribuciones de un gobierno. Podría ser que las autoridades del caso, expertas en la materia, desde ya, juzgaran la tarea de Espector insatisfactoria. O que Ihidoype, fruto del saber adquirido a lo largo de una profusa carrera educativa, hubiera presentado un nuevo proyecto, tan atractivo como superador. Las cosas, sin embargo, no fueron así. “Hubo una reunión con la subsecretaria de Equidad Educativa, Soledad Acuña, en la que también estuvo presente el jefe de Gabinete del Ministerio de Educación porteño, Diego Fernández, y ambos me notificaron que quedaba desvinculado de las orquestas juveniles”, contó Espector. Y los argumentos esgrimidos por su superior jerárquico fueron, por lo menos, curiosos: “Acuña dijo que no sabía si me separaban por un tema personal, ideológico o político”. Respaldado en una carta firmada conjuntamente por Daniel Filmus, Mariano Narodowski y Mario Giannoni, tres ex ministros de Educación de la Ciudad de distinto signo político, Espector fue apoyado ayer en un acto masivo donde tocaron los chicos de las orquestas. Premiado este año como personalidad destacada de la cultura por el mismo gobierno que ahora intenta echarlo, Espector venía denunciando la reducción de las viandas de los niños, la quita del subsidio de cooperadora con el que se compraban los instrumentos e insumos, la dilación y discriminación en el pase a Interinato de sus docentes, la falta de nombramientos y, últimamente, la misteriosa aparición del gerente de Música para la Equidad y de unas orquestas paralelas sobre las que no se le informaba. Acuña no “sabe” si las causas del despido –y el consiguiente reemplazo por Ihidoype– son “personales, ideológicas o políticas”. Sabe, eso sí, que no son profesionales.
Diego Fischerman

Remplacer un responsable est une des attributions d'un gouvernement. On pourrait comprendre que les autorités compétentes, expertes en la matière, aient jugé la prestation de Espector désormais insatisfaisante. Ou que Ihidoype, fruit d'un savoir acquis au long d'une longue et belle carrière pédagogique, ait présenté un nouveau projet, aussi séduisant que plus abouti. Toutefois, ce n'est pas ça qui s'est passé. "Il y a eu un rendez-vous avec la secrétaire adjointe de l'équité pédagogique, Soledad Acuña, auquel a aussi participé le Secrétaire général du Ministère de l'Education portègne, Diego Fernández, et tous deux m'ont notifié mon éloignement des orchestres d'enfants", dit Espector. Et les arguments que lui a servis sa supérieure hiérarchique ont été pour le moins curieux : "Acuña m'a dit qu'elle ne savait pas s'ils me congédiaient pour un motif d'ordre personnel, idéologique ou politique". Soutenu par une lettre signée conjointement par Daniel Filmus (4), Mariano Narodowski (5) et Mario Giannoni, trois ex-ministres de l'Education de la Ville de différentes couleurs politiques, Espector a reçu hier l'appui d'une manifestation massive où les gamins des orchestres ont joué. Distingué cette année en qualité de personnalité de la culture par ce même gouvernement (6) qui maintenant essaye de le virer, Espector ne cessait de dénoncer la réduction des goûters des enfants, la disparition des subventions d'achat des instruments et des consommables, le retard et la discrimination dans la titularisation des enseignants, les nominations restées en souffrance et, ces derniers temps, la mystérieuse apparition du directeur de Musique pour l'Equité et de certains orchestres parallèles sur lesquels il n'avait pas d'information. Acuña ne sait pas si les causes de la révocation et le remplacement par Ihidoype qui l'a suivie sont d'ordre personnel, idéologique ou politique. Mais il y a une chose qu'elle sait, c'est qu'elles ne sont pas d'ordre professionnel.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Reportage de Visión 7 d'hier (partie 2)

Pour aller plus loin :
lire le reportage de Página/12 sur la manifestation d'hier
lire et écouter le reportage de Radio Central (CTA)
lire la dépêche de Télam sur la lettre conjointe des trois ex-ministres portègnes de l'Education
Se connecter sur la page Facebook de soutien au programme


(1) La bureaucratie argentine n'a rien à envier à son homologue française. C'est une véritable armée mexicaine, avec des chefs et des sous-chefs de tout et de n'importe quoi à tous les étages et ce sont souvent autant de petits chefs hargneux et vindicatifs comme c'est le cas de cette femme.
(2) gerente est un substantif en usage dans le secteur marchand, dans les entreprises privées, il n'est pas en usage dans le service public et le secteur non marchand. Cela sonne comme directeur commercial. D'où le sic dont Fischerman l'affecte parce que c'est un terme tout à fait déplacé.
(3) 2008 est le début du premier mandat de Mauricio Macri.
(4) Daniel Filmus est aujourd'hui une des fortes pointures du Frente para la Victoria (le partie de la présidente Cristina Kirchner).
(5) Mariano Narodowski a été le premier ministre de l'Education de Macri. Il a été remplacé aujourd'hui par Bullrich, dont le journaliste de Radio Continental dit à Claudio au cours de son interview qu'il l'a lui-même entendu louer le travail qu'il réalisait à la tête de son programme pédagogique. Le fait que ces deux hommes aient signé ensemble une pétition commune est en soi un événement politique de première importance. Cela n'existe jamais dans la vie politique argentine où la conflictualité est presque érigée en règle de vie et de comportement.
(6) Erreur d'analyse : c'est la Legislatura qui lui a accordé ce titre honorifique et pas le Gouvernement. En revanche, les députés macristes ont voté cette distinction.