Actualité culturelle argentine, là-bas à Buenos Aires et sur le Río de la Plata, et ici, en Europe francophone.
Actualidad cultural, allá en Buenos Aires y su zona y acá en nuestras ciudades europeas franco-hablantes. Noticias en español si te gusta más así...
Cultural current affairs, there in Buenos Aires area and here, in French-speaking Europe. Depending on your demand...
Une du 11 décembre 2025 Les articles ne sont plus disponibles en ligne Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Fort de son renforcement
d’octobre dernier au Congrès, où LLA (La Libertad Avanza,
le parti de Javier Mileí et de sa sœur damnée) est devenue le
premier groupe minoritaire au sein de deux hémicycles où aucune
formation n’est parvenue à disposer de la majorité arithmétique,
le gouvernement argentin envoie au parlement deux projets de loi,
l’un sur l’école publique et gratuite, menacée de perdre ses
budgets au profit des écoles privées et payantes, l’autre portant
une réforme du code du travail qui abolit la plupart des droits que
les salariés avaient difficilement acquis tout au long de 110 ans de
luttes dans une société où, en 1916, quand les premiers droits
sociaux leur ont été accordés, l’esclavage n’était pas si
lointain (il a été aboli par extinction en Argentine en 1813 mais
il n’a disparu réellement que dans les années 1840 au décès des
dernières victimes du système qui n’avaient pas encore eu la
chance d’être affranchies).
Dessin de Páti dans Página/12 le 7 décembre 2025 Mileí au centre : "Ecris : Cher Père Noël..." La femme à la porte : Trop mignon ! Il est en train d'écrire sa petite lettre ? Son collègue : Non, c'est la lettre de licenciement (Les licenciements sont signifiés par télégramme en Argentine) Cliquez sur l'image pour une haute définition
Or le nouveau code du travail,
qui pourrait être rétroactif selon l’un des ministres,
c’est-à-dire s’appliquer sur des faits antérieurs à son future
entrée en vigueur, ce que l’état de droit interdit, menace aussi
le secteur culturel que Javier Mileí voudrait anéantir depuis qu’il
est entré en politique il y a quatre ans. Ce code du travail révisé
pourrait même concerner les indépendants à faibles revenus,
l’équivalent des auto-entrepreneurs français, or ils sont très
nombreux en Argentine, y compris parmi les plus diplômés (je
connais personnellement un architecte d’âge mûr qui a dû se
résoudre à accepter ce statut).
Une de Página/12 hier "Chau, les heures sup, le droit de grève, les conventions collectives les indemnisations [de licenciement, les congés payés", dit le gros titre Au-dessus, en rouge : le rêve de Mileí et de la CIA Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Selon des propos de
l’ultra-droitière ex-ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich,
qui prend en ce moment ses nouvelles fonctions de chef du groupe LLA
au Sénat, le PAMI, la branche santé de la sécurité sociale qui
s’occupe des retraités défavorisés, est lui aussi menacé de
dissolution. Le PAMI compte environ 5 millions de bénéficiaires. Il
est donc bon de garder à l’esprit que dans sa jeunesse, sous la
dictature militaire, Patricia Bullrich était une militante des
Jeunesses Péronistes, ce qui l’inscrivait alors très à gauche
dans le paysage politique argentin. Il est clair qu’elle ira
jusqu’au bout de son évolution et finira dans les habits d’une
fasciste consommée.
"Un film d'horreur", dit le gros titre d'aujourd'hui Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Alors que les syndicats préparent
une journée de grève et de manifestations le 18 décembre prochain,
Página/12 recense depuis quelques jours les dangers qui
guettent les travailleurs du privé comme du public ainsi que les
secteurs non marchands dans leur ensemble. A chaque thème, sa Une
quotidienne dans la quasi-indifférence éditoriale des médias à la
main des groupes économiquement puissants.
lire l’article
de Página/12 sur la réponse syndicale à la réforme du
Code du Travail (l’article majeur est réservée en ligne aux
abonnés du quotidien) lire l’article
de Página/12 sur les propos de Patricia Bullrich lire l’article
de Página/12 sur les dangers qui menacent maintenant le
secteur de la culture Les autres articles ne sont plus
disponibles en ligne. C’est la nouvelle politique commerciale
adoptée par le journal.
"Répression à domicile", dit le gros titre en faisant allusion aux visites de la police chez les parents des jeunes manifestants Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution
A Buenos Aires, lorsque les
collégiens, les lycéens ou les étudiants sont mécontents, ils
occupent leur établissement. Que ce soit pour contester les méthodes
d’enseignement, l’autoritarisme du chef d’établissement, des
faits de maltraitance de la part de tel ou tel membre du personnel
éducatif ou administratif, etc. Or depuis quelques jours, les
occupations se multiplient. Actuellement, la Ville autonome de Buenos
Aires compte entre onze et vingt-cinq écoles occupées (selon la
couleur politique de la source), dont le prestigieux Colegio
Nacional, situé à Monserrat, par lequel est passée toute l’élite
portègne depuis l’époque coloniale, ainsi que plusieurs écoles
supérieures, dont Lenguas Vivas, celle qui forme les professeurs de
langue et les interprètes. Tout cela pose bien sûr des problèmes
de sécurité, puisque les élèves empêchent alors le personnel de
travailler, mais aussi de scolarité, notamment lorsqu’il s’agit
de groupes scolaires qui réunissent deux niveaux, primaire et
secondaire, et où les écoliers sont eux aussi privés de cours
parce que les grands bloquent l’accès à l’établissement.
Adolescents et étudiants
s’opposent actuellement à la politique scolaire du gouvernement
municipal (droite libérale), qui passe son temps à prendre des
mesures contraires à celles du gouvernement national (gauche
péroniste).
Depuis cette années, les lycéens
sont en particulier obligés de faire un stage en entreprise,
pompeusement baptisé « stage de familiarisation avec le monde
du travail ». Officiellement, l’objectif est de les aider à
s’orienter dans la jungle des métiers. Or beaucoup des adolescents
qui sont passés par ces stages s’y sont vus confier des tâches
matérielles sans aucune dimension formatrice comme de laver la
vaisselle ou de servir du café aux salariés. Bref, ils ont été
utilisés comme des larbins, gratis en prime, et ils n’ont ni
appris ni vu grand-chose d’intéressant sur ce qu’est le travail
en entreprise (même s’il fait très peu de doute qu’il s’agit
là de contraintes couramment imposées à de nombreux jeunes peu
qualifiés lorsqu’ils entrent sur le marché du travail).
Elle passe le chapeau, dit le gros titre avec ce montage à partir d'une photo de Soledad Acuña qui ramasse la monnaie ! Une de Página/12 hier Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution
Excédée par ces occupations
d’école qui progressent de quartier en quartier, la très
contestée ministre de l’Éducation
du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, Soledad Acuña,
dont on ne compte plus les propos provocateurs hostiles aux classes
populaires de la société portègne, a décidé de porter plainte
contre les parents des élèves qui manifestent. Et les premiers
parents ont reçu hier la visite des policiers qui les ont
interrogés, avec, disent-ils, assez peu de délicatesse. Certains
parents d’élèves entrent donc dans la contestation et soutiennent
désormais d’autant plus ouvertement leurs enfants et la conscience
politique dont ils font preuve.
Rappelons qu’en Argentine,
depuis quelques années, les mineurs disposent du droit de vote dès
l’âge de 16 ans, avec pour seule différence par rapport aux
adultes que leur vote est facultatif alors que celui des majeurs est
obligatoire (au moins en théorie, parce que le taux d’abstention
est aussi fort qu’en France). Il n’est donc pas si mauvais que
cela que ces jeunes électeurs fassent preuve de sens politique, même
si certains d’entre eux sont à coup sûr manipulés par des
formations politiques péronistes et des syndicats ultra-politisés.
Mais cela ne veut pas dire que les manifestants n’aient pas de
bonnes raisons de s’opposer à ce qu’on leur impose et ces
tentatives de récupération font intégralement partie de toute
initiation des jeunes à la vie politique.
Les parents des mineurs impliqués
dans l’occupation des écoles encourent des amendes. Bien
évidemment, dans le contexte actuel d’inflation géante, c’est
une menace qui fait un peu peur pour le budget familial.
"Retour polémique" dit le gros titre sans photo d'illustration Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Ce matin, les petits Argentins sont retournés à l’école alors
que le variant Delta est présent dans le pays et fait craindre une
troisième vague au système sanitaire. La vaccination a été plus
lente qu’en Europe, elle n’a commencé qu’à la mi-février et
à cette heure, seulement 15 % de la population a reçu ses deux
doses, soit le taux de la Martinique (1).
A
Buenos Aires et à Mendoza, toutes deux gouvernées par des ténors
de l’opposition qui jouent du coude entre eux pour gagner des voix
aux prochaines élections de mi-mandat, les écoliers et les
collégiens rentrent en classe dans des conditions normales, sans
respect des distances physiques. Juste avec des masques.
L'information est traitée en bas à gauche Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Dans la
province de Buenos Aires et dans d’autres districts, les
établissements scolaires doivent organiser l’enseignement selon le
principe de la bulle sociale, sans interaction entre les élèves de
plusieurs classes, avec des roulements de présence et d’autres
éléments de protocole sanitaire.
lire
l’article
de Página/12 lire
l’article
de La
Prensa lire
l’article
de Clarín,
quotidien d’opposition
qui donne pourtant la parole au ministre national de l’Éducation,
lequel s’insurge contre l’attitude jugée irresponsable du chef
de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires lire
l’article
de La
Nación, dont
l’article de une ne se retrouve pas sur le site Internet.
(1) La
vaccination y a été ralentie par des rumeurs folles sur les réseaux
sociaux et une forte méfiance vis-à-vis des pouvoirs publics, le
scandale sanitaire et environnemental du chlordécone étant passé
par là.
En bas : la petite noire est pour une fois une dame de la haute société avec son peigne espagnol
et Zamba a coiffé le chapeau des vecinos (les propriétaires fonciers qui avaient le droit de vote)
En haut, au-dessus des autres personnages,
à gauche en uniforme, San Martín, à droite en civil, Belgrano
Le petit écolier argentin
qui depuis plusieurs années enseigne sur la chaîne éducative Paka
Paka à peu près tout le programme scolaire aux enfants argentins, Zamba, le petit Correntino qui aime goûter avec du chipá (le snack à la farine de manioc et au fromage de sa province), revient sur le devant de la scène à l'occasion des fêtes du
Bicentenaire qui correspondent aussi aux vacances d'hiver.
Pendant l'ère
kirchneriste, le petit écolier en blouse blanche n'a pas échappe à
l'idéologisation de le secteur public. Il a été ici ou là un
véritable support de propagande politique, notamment pour parler aux
minots de personnages politiques comme Domingo Faustino Sarmiento, la
bête noire des peronistes, qui en font un parangon de la droite
libérale anglophile contre laquelle ils ont toujours lutté. D'après
La Nación, le petit bonhomme, qui a conservé sa ligne picturale
intacte, serait désormais débarrassé de ces oripeaux politiques et
pourrait être mis sous tous les yeux, sans risquer de pré-conditionner les futures consciences politiques des têtes blondes. Je
demande à voir, je suis comme saint Thomas sur ces affaires-là (il arrive qu'on remplace une idéologie par une autre, plus discrète mais non moins prégnante).
On retrouve les
personnages habituels avec leurs caractéristiques picturales :
Zamba lui-même, la petite esclave noire des temps coloniaux avec son fichu coloré sur la tête (à l'antillaise), l'institutrice en blouse blanche comme il convient, le bus scolaire
orange qui permet aux enfants d'aller visiter tout le pays, les héros
historiques de la Révolution de 1810 (San Martín, Belgrano, les
grenadiers à cheval qui ici sont à pied, etc.) et les lieux
emblématiques (le Cabildo de Buenos Aires, la Casa Histórica de
Tucumán, très en vedette ces jours-ci, les Andes avec leurs neiges
éternelles qui préparent déjà le programme de l'année
prochaine)...
Capture d'écran
Reste à espérer que la
créativité pédagogique et artistique qui a marqué de son
empreinte cette formidable série est toujours là, derrière les
pupitres de Paka Paka. Car grâce à ce programme, les enfants ont
fait des progrès considérables dans la connaissance de l'histoire :
lors des visites des musées, ils reconnaissent maintenant seuls les
portraits des héros historiques, ce qui facilite grandement le
travail des guides et enrichit le contenu muséologique qui peut leur
être proposé. Et ce n'était pas du luxe !
Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación, qui, fondée par Bartolomé Mitre, l'autre grand parangon de
l'idéologie libérale anglophile, semble soulagée par ce changement
que la rédaction appelait de ses vœux
consulter le site Web de Paka Paka, où l'on peut voir les différents épisodes du programme.
Ajout du 13 juillet 2016 :
lire l'article de La Nación sur la réouverture du parc pédagogiques d'attraction scientifique et technique Tecnópolis où Zamba retrouve sa place, alors qu'on l'en avait cru à jamais exilé... Zamba et d'autres succès de la période précédente, mais débarrassés (dit le quotidien) de la charge de propagande idéologique qui marquait la version kirchneriste.
Il
y a deux jours, la justice portègne a prononcé une décision de
réintégration dans ses fonctions du Maestro Claudio Espector, dont
vous vous souvenez sans doute si vous suivez l'actualité culturelle
argentine dans ces colonnes que, le 19 décembre dernier (voir mon article à ce sujet), le Ministère de l'Education portègne par le
truchement d'une de ses sous-secrétaires l'avait révoqué, d'une
manière arbitraire et discrétionnaire, sans pouvoir avancer la
moindre faute professionnelle à son encontre et ce malgré son
élection comme Personnalité de la Culture, en juin 2013 (voir mon article à ce sujet).
Certes
la décision est prise à titre conservatoire. Il ne s'agit pas d'une
décision de fonds pour laquelle Claudio Espector et les syndicats de
musiciens et d'enseignants ont saisi les tribunaux : cette autre
décision se prononcera sur la validité de la révocation et le
droit du Gouvernement portègne de se défaire d'un fonctionnaire
sans cause réelle et sérieuse, comme s'exprime le code du travail
en France. Il se peut toutefois que le juge du fonds confirme la
première décision puisque le ministère de tutelle n'a jamais
procédé dans les formes, aucune notification écrite de révocation
n'ayant jamais été adressée à l'intéressé. On croit rêver !
Ou plutôt cauchemarder.
Toujours
est-il qu'exit pour le moment le nouveau Coordinateur nommé à la
fin décembre (un obscur clarinettiste sans grand talent mais avec de
grandes ambitions politiques et des copains d'école bien placés).
Claudio Espector reprend sa charge aujourd'hui avec l'appui de
nombreux parents d'élèves, du corps professoral et de plein
d'élèves, dont il faut voir là-bas, à Buenos Aires, l'affection
et la confiance qu'ils lui manifestent.
Vous
pouvez manifester votre soutien au musicien et à l'enseignant qu'est
Claudio Espector ainsi qu'à l'ensemble du Programme des Orchestres
d'enfants qu'il a fondé à Buenos Aires et qu'il coordonne en vous
connectant à la page Facebook du collectif militant. Vous pouvez aussi vous connecter à la page personnelle qu'il a créée en 2010.
lire
l'article de Página/12 de ce matin sur le retour en poste de Claudio
(avec les difficultés que le Ministère pourrait lui faire bien que
ses conseils se soient montré fort empruntés dans leur défense à
la barre).
Pour
l'anniversaire de San Lorenzo, je vous ai fait faire un double voyage
dans le temps, d'abord en vous proposant plusieurs articles sur
l'événement de 1813 lui-même, ensuite en vous ramenant en enfance,
mais dans une enfance argentine grâce à un numéro de juillet 1941 la revue emblématique
Billiken, créée en 1919.
Je
vous propose la même chose en ce jour anniversaire de la libération
du Chili, jour anniversaire de la bataille de Chacabuco, menée sur
le versant ouest des Andes, par San Martín, secondé par les
généraux Soler (l'Argentin) et O'Higgins (le Chilien), le 12
février 1817.
Voici
comment, dans son numéro du 8 août 1967, pour préparer le Día de San Martín du 17 août, Billiken proposait aux écoliers argentins de se
représenter la célèbre bataille qui a donné son nom à plusieurs
municipalités en Argentine et à un nombre de rues, avenues et
autres artères incalculable...
Les forces en présence, la tactique, les uniformes
et tout ce qui tonne, détonne, galope et pétarade.
Cliquez sur l'image pour lire les textes
Comparez avec le documentaire que j'inclus dans mon autre article de ce jour sur cet événement d'il y a bientôt deux cents et vous verrez, c'est pas mal fait !
Maquette en papier à monter soi-même
livrée aux enfants dans l'édition du 11 août 1941 de Billiken
pour le Día de San Martín (17 août)
Febo asoma; (1) ya sus rayos
iluminan el histórico convento;
tras los muros, sordo ruido,
oír se deja de corceles y de acero.
Son las huestes que prepara
San Martín para luchar en San Lorenzo;
el clarín estridente sonó
y la voz del gran jefe
a la carga ordenó.
Phébus se montre. Dès ses rayons
éclairent le couvent historique
Derrière les murs, un bruit sourd
de chevaux-légers et d'acier se laisse
entendre
C'est la cohorte que prépare
San Martín pour combattre à San
Lorenzo.
Sonna le clairon strident
et la voix du grand chef
donna l'ordre de charger.
Avanza el enemigo
a paso redoblado,
al viento desplegado
su rojo pabellón.
Y nuestros granaderos,
aliados de la gloria,
inscriben en la historia
su página mejor.
L'ennemi avance
à pas redoublé
son rouge pavillon (2)
déployé au vent.
Et nos grenadiers
alliés de la gloire
inscrivent dans l'histoire
leur plus belle page.
Cabral, soldado heroico,
cubriéndose de gloria,
cual precio a la victoria,
su vida rinde, haciéndose inmortal;
y allí, salvó su arrojo
la libertad naciente
de medio continente,
¡Honor, honor al gran Cabral!
(Letra:
Carlos J. Benielli - Música: Cayetano A. Silva)
Cabral,
soldat héroïque
en
se couvrant de gloire,
pour
prix de la victoire
offre
sa vie et se rend immortel.
Et
là, par son audace il sauva la liberté naissante
d'un
demi-continent.
Honneur,
honneur au grand Cabral !
Paroles
de Carlos J. Benielli – Musique de Cayetano A. Silva
(Traduction
Denise Anne Clavilier)
La seconde planche de la même maquette
Les
chansons patriotiques argentines sont donc bien différentes de leurs
homologues européennes, françaises en particulier. C'est qu'elles
ne poursuivent pas le même but : nos chants patriotiques sont
des morceaux historiques contemporains des faits qu'ils relatent ou
qu'ils exaltent. Ces pièces ont été inventées les unes par des
anonymes perdus dans les foules révolutionnaires (La Carmagnole par
exemple) ou par des compositeurs qui prenaient part aux événements,
comme c'est le cas pour LaMarseillaise et, avant elle, le Ah ça
ira !, qu'un musicien d'orchestre composa dans l'enthousiasme
encore riant de la Fête de la Fédération en juillet 1790 avant
qu'une période plus sombre modifie les paroles. Parfois, c'est le
travail d'artistes combattants, comme Le Régiment de Sambre et Meuse
(1870), La Madelon (créé en 1913 mais qui doit son succès à sa
reprise en 1914 par un chansonnier mobilisé), Le Chant des Partisans
(1941-1943) et aussi en Belgique, La Brabançonne, inventée, dans sa
version originale, pour les besoins du soulèvement indépendantiste
(1830). Tant et si bien qu'en général, les pacifiques chez nous
font la grimace devant "cette
musique qui marche au pas",
selon la belle formule de Georges Brassens, et qui nous renvoie trop
souvent à des images passablement bellicistes et pas toujours
glorieuses.
La Marcha de San Lorenzo
jouée à l'accordéon par Juan Bussolini
En
Argentine, les choses se sont passées différemment. Des chants
révolutionnaires, il y en a eu et beaucoup. Pourtant de nos jours,
on n'en connaît guère qu'un seul et c'est l'hymne national qui a
été composé et écrit à la demande de l'Assemblée de l'An XIII à
cet effet (voir mon article du 11 mai 2013 à ce sujet). Ces chants
révolutionnaires, de la période indépendantiste ou de ses suites
fédéralistes, ont été sciemment écartés de la mémoire
nationale par la République dite "conservatrice" des années 1860-1870
qui savait qu'elle se détournait bon nombre des principes
égalitaires et libérateurs qui avaient nourri la Révolution de
Mai, de 1810 jusqu'à la déclaration d'indépendance le 9 juillet
1816 et qui animèrent ensuite une bonne part du courant fédéral
jusqu'en 1860 environ. Hors de question, pour l'oligarchie unitaire qui
venait d'accéder au pouvoir, d'entretenir des brûlots aussi
subversifs...
La Marcha de San Lorenzo, arrangée en tango,
chantée par Hugo Marcel
sur des images d'Epinal et des photos de film
Aussi est-ce une tout autre préoccupation qui incita les
gouvernements argentins à créer de toutes pièces un répertoire
complet, d'une dizaine de morceaux : la nécessité d'inculquer
aux enfants issus de la grande immigration pan-européenne des années
1880-1920 la fierté d'appartenir à la Nation argentine, la nécessité de donner de la cohésion à cet afflux démographique débordant. On fit donc
des chansons à l'usage des écoles de l'enseignement public, puisqu'en 1884, l'instruction avait été rendue obligatoire jusqu'à l'âge de 12 ans. Et il n'a fallu qu'une ou deux
générations pour atteindre le but : depuis presque 150 ans,
les Argentins ont tous appris par cœur ce répertoire dans leur
tendre enfance. Chanter ces chansons dégage donc pour eux un parfum
de goûter et de cour de récré, de cahiers et de pages de Billiken,
de craie et de tableau noir et c'est associé à des images que nous
dirions "d'Epinal", de ces images exposées au Museo Histórico
Nacional de Parque Lezama, à Buenos Aires, qui sont aux Argentins ce
qu'est pour les Français l'image d'un saint Louis rendant la justice
sous son chêne, celle d'un Guillaume Tell bandant son arc pour les
Suisses et sans beaucoup d'équivalent pour les Belges, chacune des
trois communautés linguistiques du pays ayant ses dates, ses
événements et, du même coup, ses images patriotiques propres (3).
La Marcha de San Lorenzo
interprétée par la Fanfarria Alto Perú, la musique du RGC
Vous allez voir : ça va vous rappeler la Marche de Radetzky
le Jour de l'An, quelque part en Autriche
Ce
caractère scolaire vous explique cette joyeuse participation de tout
le monde dès qu'il s'agit de chanter à l'unisson ces hymnes et ces
marches, dans un pays pourtant traumatisé par plusieurs dictatures
militaires successives. Et c'est tant mieux, parce qu'appartenir à
un pays ce n'est pas qu'une affaire d'idées politiques abstraites,
c'est aussi et bien davantage le résultat de souvenirs communs
chargés d'affects souriants, d'événements et de personnages,
hissés au rang de mythes parce qu'ils sont partagés par tous... Or
ce travail volontariste et délibéré de constitution du sentiment
national est parfaitement contemporain de la formalisation du tango,
dont l'identité s'est cristallisée dans ces mêmes années,
essentiellement entre le début de la grande immigration, vers 1880,
et les célébrations du Centenaire du pays, en 1910...
La même chanson, en version karaoké pour minots
grâce au Canal Paka Paka, la télévision publique scolaire et de divertissement
à l'intention des moins de dix ans
Oubliez le petit générique de début
et laissez-vous emporter par le pur style Goscinny-Uderzo
d'une bonne grosse bagarre entre les Gaulois et les Romains !
Cela pourrait être la plus réaliste des reconstitutions du combat
car il n'y manque pas même la vraie fin : les royalistes se jettent à l'eau...
Pour
aller plus loin :
Connectez-vous
à la page Facebook de la revue Billiken, véritable institution argentine. Il s'agit du plus vieux magazine enfantin de langue hispanique encore publiée. Depuis
quelques années, malheureusement, sa ligne éducative cède du
terrain devant les chimères de la mode et du marketing ciblant les
enfants partout dans le monde, avec les personnages de la télévision et du cinéma
nord-américain. Son premier numéro est sorti le 17 novembre 1919,
alors que le flux migratoire reprenait de plus belle après
l'interruption due aux quatre années de conflit mondial. C'est une
publication de la maison d'édition Atlántida.
Visitez
son site Internet (s'il veut bien s'ouvrir – il est un peu
capricieux en ce moment).
Billiken de nos jours (couverture de l'édition du 22 juillet 2011)
San Martín, sur son cheval, brun d'un seul coup !
semble encore une fois s'être levé du pied gauche (4)
mais le petit grenadier, lui, a l'air tout réjoui !
(1)
En Argentine, on a trop souvent omis d'expliquer aux bambins le sens
de ces deux premiers mots. Or ils sont beaucoup plus difficile à
comprendre qu'en Europe dans ce pays du Nouveau Monde qui n'a aucun
lien direct avec l'Antiquité gréco-latine et où les grandes
figures mythologiques romaines ou athéniennes ne disent strictement
rien à la majorité. Nous, nous avons Versailles et Racine, la
Renaissance dans toute l'Europe ou presque et les vestiges
archéologiques mis en valeur dès le XVIIIème
siècle... mais l'Amérique du Sud ! Tant et si bien que des
générations entières d'Argentins traînent derrière elles
quelques interprétations enfantines tenaces, parfois sous forme de
vagues cauchemars ou d'impressions oniriques des plus farfelues.
Certains chantent sans bien comprendre comme c'est parfois le cas à
la messe, où certaines phrases de prière, malgré la traduction en
langue vernaculaire, restent confuses dans l'esprit des fidèles les
moins scolarisés. Quelqu'un comme Felipe Pigna se bat contre ces
faux-sens, voire ces contresens, qui favorisent la diffusion d'un
discours confus et fantaisiste dès qu'il s'agit de l'histoire du
pays. Cependant, avec le renforcement de la démocratie, la prise de
conscience pédagogique gagne du terrain chez les responsables de
musées, les guides, les enseignants, les étudiants en histoire...
(2)
Le drapeau espagnol en campagne se composait alors d'une croix rouge
sur fond blanc, comme vous pourrez le voir reconstituer sur tous les
documentaires sur ce combat que je mets à votre disposition depuis
hier sur Barrio de Tango.
(3)
Sauf jusqu'à la fédéralisation du royaume, il y a une vingtaine
d'années, où les Belges avaient en commun cette image de la
prestation de serment de Léopold 1er
et surtout les images des tranchées visitées par la reine Elisabeth
et celles d'Albert 1er,
piétinant dans la boue avec son Etat-major ou juché sur son cheval,
héroïque résistant encore et toujours à l'envahisseur allemand
sur l'Yser. On en parlera beaucoup cette année...
(4) C'est d'autant plus injuste que le sourire et l'amabilité chaleureuse de San Martín étaient connus de tout le monde, pendant sa vie publique. Mais les graphistes s'appuient trop souvent sur la statuaire et les portraits qu'on a de lui, or à cette époque, les canons de la peinture interdisaient de représenter un personnage souriant (à cause de la denture, trop souvent gâtée par la mauvaise qualité de la farine et donc du pain, qui comportait beaucoup de sable). D'où le fait que sur ses portraits, le sourire de San Martín et son affabilité naturelle transparaissent très peu, sauf sur le portrait que François Joseph Navez peignit à Bruxelles vers 1825 (et qui a inspiré la couverture de mon prochain livre).
Sur les réseaux sociaux
comme dans la presse de gauche, l'éviction inattendue de Claudio
Espector, fondateur et coordinateur général du Programa de
Orquestas Infantiles, continue à faire du bruit.
Claudio Espector chez lui (photo Ezequiel Torres, pour Veintitrés)
Le jour de Noël, Claudio
Espector a été interviewé sur les ondes de Fractura Expuesta,
l'émission sur le tango et la culture populaire, dont je vous
parlais souvent il y a quelques années (je dois avouer que le temps
me manque parfois pour le faire avec la même régularité
maintenant). Une interview d'une dizaine de minutes, avec quelques
problèmes de communication au départ. Claudio Espector y déclare
qu'il se maintient à la tête du programme et qu'avec le soutien des
syndicats, il se prépare à attaquer en justice la décision du
Gouvernement portègne, qui ne lui a toujours pas été formellement
notifiée.
Tels que je les ai vus en août dernier, il est probable
que le soutien de tous les enseignants lui est acquis et qu'aucun
d'entre eux ne veut avoir affaire au clarinettiste de troisième zone
que la secrétaire adjointe à l'équité musicale a nommé à sa
place. La résistance peut donc durer longtemps, pour autant que la
mobilisation des parents se maintiennent elle aussi.
Dans cet entretien,
Claudio Espector expose les contradictions des explications que le
Gouvernement portègne donne à l'arrêt du budget alimentaire du
Programa. L'exécutif dit vouloir obliger les parents d'élèves à
prendre en charge la nourriture des enfants (1) mais d'un autre côté, rappelle
Claudio, dans le peu d'habitations que la Ville a fait construire
dans ces quartiers populaires, les architectes ont omis d'intégrer
une cuisine et pour ce qui est des meubles, ils n'ont même pas pensé
qu'une famille avait besoin de chaises et d'une table.
On se croirait
revenu en France au temps de l'épopée minière lorsqu'un patronat arrogant et
méprisant justifiait l'absence de salle de bain dans les corons : "une
baignoire, pensez-donc, ils y mettraient le charbon !".
(2)
Cette interview décapante,
vous pouvez l'écouter en ligne et même la télécharger
gratuitement en cliquant sur le lien.
Deux jours plus tard, le
27 décembre, le magazine hebdomadaire Veintitres a consacré au
musicien et enseignant un article élogieux. Le journaliste remarque
que Claudio Espector a échappé au système des dépouilles qui
existe en Argentine comme aux Etats-Unis et qui veut que chaque
nouvel exécutif, au moment où il prend ses fonctions, renouvelle
l'ensemble du personnel dépendant d'une nomination gouvernementale.
Il rappelle le parcours de Claudio et la façon dont a surgi l'idée
du Programme : lorsque le gouvernement de la ville, sous
l'impulsion de Fernando de la Rúa (pourtant de sinistre mémoire), avait créé, sur le modèle
français, des Zones d'Action Prioritaire, dans le but de combattre
l'absentéisme scolaire et le fort taux de redoublement des enfants issus des populations les plus fragiles. C'est dans ce cadre que Claudio
proposa de créer dans ces écoles des ZAP des orchestres pour
redonner aux enfants le goût d'apprendre et des savoir-être
socialisants, comme le fait de s'écouter mutuellement, de se
respecter, de travailler en équipe. Il a fondé le premier orchestre dans le quartier de Villa Lugano, un quartier du sud-ouest de la capitale argentine.
"[A Villa Lugano], aller à l'école avec un violoncelle, une flûte ou
un violon, ça faisait son effet", raconte Claudio Espector,
dans cet article interview que vous pouvez lire en cliquant sur ce
lien.
“Me quieren hacer
creer que me convierten en maestro de los maestros pero claramente me
corren, eufemísticamente y mintiendo. Más allá de lo personal, es
una decisión política. No les parece bien que visualicemos las
carencias que existen. No acuerdan con que vayamos a los barrios y no
le pongamos límites a la educación de los pibes, pensamos que los
chicos pueden hacer todo. Ellos le ponen techo al desarrollo de los
pibes. Cuando viajaron a Berlín les dijeron: ‘Esto es un
privilegio para ustedes’, a lo cual una de las chicas de la
orquesta les contestó: ‘Esto no es un privilegio, esto es un
derecho’. Para el Pro, en un barrio pobre la educación tiene que
ser pobre. Nosotros creemos que tiene que ser la mejor”.
Claudio Espector, dans
Veintitres
Ils veulent me faire
croire qu'ils me reclassent comme formateur de formateurs (3)mais il est bien
clair qu'ils me foutent à la porte avec des euphémismes et des
mensonges. Au-delà de l'aspect personnel, c'est une décision
politique. Ils n'aiment pas que nous ayons identifié les éléments
qui font défaut (4). Ils ne sont pas d'accord qu'on aillent dans les
quartiers et qu'on ne mette pas de limite à l'éducation des gamins,
que nous pensions que les mêmes peuvent tout faire. Eux ils mettent
un plafond au développement des gamins. Quand ils sont allés à
Berlin, ils leur ont dit : C'est un privilège pour vous. Ce à
quoi une des gamines de l'orchestre leur a répondu : Ce n'est
pas un privilège, c'est un droit(5). Pour le PRO (6), dans un
quartier pauvre, l'éducation doit être pauvre. Nous, nous croyons
qu'elle doit être la meilleure.
(Traduction Denise Anne
Clavilier)
Pour en obtenir une
traduction complète, utilisez le service Reverso, dont vous
trouverez le lien dans la rubrique Cambalache en bas de la Colonne de
droite de ce blog.
(1) En Argentine,
l'école publique et obligatoire jusqu'à 12 ans prend en charge
gratuitement les repas des enfants qui ne peuvent pas rentrer déjeuner à la maison, tout au long de l'année scolaire (et même
parfois pendant les vacances). Ce service de cantine est suffisamment stigmatisant pour qu'aucun parent de la classe moyenne ne songe à essayer d'en profiter (et en plus, comme les moyens sont maigres, ce n'est vraiment pas fameux). Il s'agit de garantir que, dans
la République argentine, tous les enfants bénéficient de bonnes
conditions pour étudier même si leurs parents sont trop pauvres
pour les nourrir convenablement. La politique de Mauricio Macri tend
à tout individualiser, à dévitaliser la solidarité effective et il cherche donc à criminaliser la pauvreté et en particulier le fait que les
parents n'assurent pas eux-mêmes un régime alimentaire équilibré à leur enfants, par manque de moyens matériels et de connaissance diététique. Lui et ses ministres insinuent ainsi que les pauvres vivraient en assistés aux crochets de la
collectivité (c'est-à-dire de la classe moyenne où se recrute le gros de l'électorat macriste). Il prétend donc qu'il faut les obliger à s'occuper
de leur progéniture. Voir
à ce propos la letra de tango de Raimudo Rosales, Mañana Clara, que
j'ai traduite dans Deux cents ans après, Tarabuste Editions, janvier
2011, sur la vie d'une cuisinière de cantine scolaire qui tous les
matins fait la polenta pour les estomacs des écoliers qui arrivent à
l'école à jeûn.
(2)
N'oublions pas qu'à la même époque, dans nos pays, il existait
aussi un patronat social, qu'on a plus tard taxé de paternaliste,
que sa conscience obligeait à créer dans ses cités ouvrières une
école (avant que l'instruction soit obligatoire), un
dispensaire, une pouponnière dont l'accès était de droit pour
leurs salariés et leurs familles. Une tendance patronale qui n'a jamais existé significativement en Argentine.
(3) La secrétaire
adjointe à l'équité musicale Soledad Acuña, en le recevant le 20
décembre, a proposé à Claudio Espector un poste d'enseignant pour
former des professeurs de musique.
(4)
Claudio fait ici référence aux nombreux chapitres du budget de
fonctionnement qui ne sont pas pourvus par le Gouvernement portègne : achat et entretien des instruments, matériels
auxiliaires tels que sièges et pupitres, partitions et goûter
des enfants.
(5) Qu'une gamine voie si clair dans leur jeu, ça n'a pas dû leur
plaire, en effet. Et pourtant, la petite avait raison. Dans son
interview, Claudio souligne que lorsque les enfant ont reçu des
reconnaissances internationales après certains concerts, il n'y a
jamais eu un seul représentant du Gouvernement portègne pour les
féliciter ni par écrit ni par la moindre visite.
(6)
Parti politique de Mauricio Macri, qui forme la majorité relative à
la Legislatura de Buenos Aires et auquel tout le gouvernement
municipal appartient, directement ou par alliance stratégique.
Claudio Espector répondant à l'agence de presse argentine (Télam)
Hier, sur le Paseo Colón, à San Telmo, devant le ministère de l'Education
du Gouvernement portègne, une foule d'enseignants, de parents,
d'enfants et d'élus s'est rassemblée pour réclamer le retour dans
son poste du Maestro Claudio Espector, révoqué la semaine dernière
pour des motifs qui laissent sans voix en démocratie : 100% à
la tête du client. Des motifs très arbitraires puisque la Secrétaire adjointe à l'équité pédagogique lui reproche pour l'essentiel d'avoir une personnalité qui lui déplaît à elle.
Peu importe que les enfants lui sautent au cou à lui comme je le ai
vu faire de mes propres yeux au mois d'août dernier à Buenos Aires.
Les
manifestants portaient tous un petit autocollant bricolé à la
va-vite : Claudio no se va (Claudio reste).
Claudio
lui-même a été fort sollicité hier par les journalistes et la
page Facebook de soutien au programme relaie les interviews écrites, télévisées et radiophoniques comme cette interview sur Radio Continental :
.
Parmi ses déclarations
les plus importantes, la dénonciation du choix d'une date qui devait
empêcher les gens de se mobiliser (entre la fin de l'année scolaire
le 15 décembre et le début des fêtes de fin d'année), les motifs arbitraires et cyniques avancés par les responsables
ministériels et la persécution idéologique dont il se voit l'objet
depuis deux ans, c'est-à-dire depuis l'arrivée de Soledad Acuña au
poste de secrétaire adjointe à l'équité pédagogique (1), sa
récente élection, en juin, comme Personnalité de la Culture, grâce
au vote de tous les groupes politiques de la Chambre législative de
Buenos Aires (Legislatura). On le sent assez souvent ému. Il y a de
quoi ! Seize ans de travail passionné et cette révocation
brutale, humiliante et injuste...
Photo CTA
La
manifestation a été appuyée par les syndicats, notamment la CTA
(un syndicat radicalisé), Centrale des Travailleurs Argentins, et
l'UTE, Union des Travailleurs de l'Education. Ils vont se mobiliser
pendant l'été et revenir en force en février au moment de la
négociation paritaire obligatoire de pré-rentrée. Les relations
entre les syndicats et le Gouvernement de Mauricio Macri n'ont jamais été
bonnes mais là, ça s'annonce explosif une nouvelle fois.
Reportage au journal de mi-journée de Canal 7 (la Tele Pública), hier (partie 1)
Sur
Página/12, on trouve ce matin un reportage sur la manifestation
d'hier et un billet d'opinion de Diego Fischerman qui compare les
parcours de Claudio Espector et de son remplaçant aussitôt nommé
(de toute évidence pour détruire le caractère social du
programme). C'est saignant. Je vous le traduis ci-dessous, non sans déplorer auparavant que certaines accusations soient portées sans citation des sources ni aucune preuve à l'appui, ce qui fragilise l'argumentation, quand bien même celle-ci refléterait effectivement des comportements fort bien identifiés et fort habituels au sein de l'administration Macri (et ce n'est pas une raison pour s'abstenir de documenter un billet d'opinion).
OPINION
Vidas
paralelas
Por Diego
Fischerman
Uno
de ellos es pianista. El otro tocaba el clarinete. El primero dirigió
el Conservatorio Manuel de Falla y creó y coordinó el programa de
orquestas infantiles y juveniles de Buenos Aires, por donde han
pasado más de 15.000 alumnos a lo largo de 16 años, muchos de ellos
sumamente humildes y una buena cantidad proveniente de villas de
emergencia. El segundo se dedicó a negocios relacionados con la
música, patentó varios dominios de Internet y desde la asunción de
Macri como jefe de Gobierno de la Ciudad ha pasado por varios puestos
de importancia. Claudio Espector, el primero, fue echado de su cargo.
Eduardo Ihidoype, el segundo, es el reemplazante elegido por el
gobierno porteño.
Opinion
Vies
parallèles
par
Diego Fischerman
L'un
d'eux est pianiste. L'autre jouait de la clarinette. Le premier a
dirigé le Conservatoire Manuel de Falla, créé et coordonné le
programme des orchestres d'enfants et de jeunes de Buenos Aires, par
où sont passés plus de 15 000 élèves en seize ans, beaucoup
d'entre eux étant des gens très humbles et un bon nombre venant de
bidonvilles. Le second s'est consacré à faire des affaires autour
de la musique, a déposé des noms de domaines sur Internet et depuis
l'arrivée de Macri à la fonction de Chef de Gouvernement de la
Ville, il est passé par plusieurs postes importants. Claudio
Espector, le premier, a été viré de son emploi. Eduardo Ihidoype,
le second, a été choisi pour le remplacer par le Gouvernement
portègne.
(Traduction
Denise Anne Clavilier)
Este
funcionario, hasta ahora “gerente” (sic) del programa Música
para la equidad del Ministerio de Educación de la Ciudad, tiene un
impactante currículum reciente: en 2008 fue ascendido por decreto,
dentro de la planta de la Filarmónica de Buenos Aires, donde tocaba
el tercer clarinete. Ese mismo año fue nombrado director ejecutivo
de esa orquesta y entre 2010 y 2012 fue el director del Instituto
Superior de Arte del Teatro Colón, cargo que, según fuentes
fidedignas, debió abandonar tras haber participado en activas
conspiraciones contra el director del teatro, Pedro Pablo García
Caffi. En 2011 fue nombrado integrante de la Comisión Permanente del
Estatuto del Docente para Areas de Enseñanza Específica, sin que
eso significara que dejara de percibir el sueldo como director
ejecutivo de la Filarmónica, que aún sigue cobrando aunque no
desarrolla tal función. Y, por otra parte, sigue figurando en el
padrón del Ente Autárquico Teatro Colón, conservando su cargo de
clarinetista aunque ya no actúa en la Orquesta. Su antecedente más
significativo, no obstante, es muy anterior: fue compañero de
escuela del jefe de Gobierno.
Diego
Fischerman
Ce
dignitaire, jusqu'à présent directeur(2)du programme Musique pour
l'équité du Ministère de l'Education de la Ville, a, ces derniers temps, un CV de poids : en 2008, il a été promu par décret, au sein du
Philharmonique de Buenos Aires, où il était troisième
clarinettiste. La même année(3), il a été nommé directeur
exécutif de cet orchestre et de 2010 à 2012, il a été le
directeur de l'Institut Supérieur des Arts du Teatro Colón, poste
que, selon des sources dignes de foi, il a dû quitter après avoir
participé à d'actives conspirations contre le directeur du théâtre,
Pedro Pablo García Caffi. En 2011, il a été nommé à la
commission permanente du Statut de l'Enseignant pour l'Enseignement
spécialisé, sans que cela emporte qu'il arrête de percevoir son
salaire de directeur exécutif du Philharmonique, qu'il continue même
de toucher alors qu'il n'occupe pas cette fonction. Et d'autre part,
il continue à figurer sur l'organigramme de la Société
indépendante du Teatro Colón, où il conserve son poste de
clarinettiste alors qu'il ne joue plus dans l'orchestre. Son
antécédent le plus significatif date cependant de bien plus
longtemps : c'est un camarade d'école du Chef du Gouvernement.
(Traduction
Denise Anne Clavilier)
Reemplazar
a un funcionario es una de las atribuciones de un gobierno. Podría
ser que las autoridades del caso, expertas en la materia, desde ya,
juzgaran la tarea de Espector insatisfactoria. O que Ihidoype, fruto
del saber adquirido a lo largo de una profusa carrera educativa,
hubiera presentado un nuevo proyecto, tan atractivo como superador.
Las cosas, sin embargo, no fueron así. “Hubo una reunión con la
subsecretaria de Equidad Educativa, Soledad Acuña, en la que también
estuvo presente el jefe de Gabinete del Ministerio de Educación
porteño, Diego Fernández, y ambos me notificaron que quedaba
desvinculado de las orquestas juveniles”, contó Espector. Y los
argumentos esgrimidos por su superior jerárquico fueron, por lo
menos, curiosos: “Acuña dijo que no sabía si me separaban por un
tema personal, ideológico o político”. Respaldado en una carta
firmada conjuntamente por Daniel Filmus, Mariano Narodowski y Mario
Giannoni, tres ex ministros de Educación de la Ciudad de distinto
signo político, Espector fue apoyado ayer en un acto masivo donde
tocaron los chicos de las orquestas. Premiado este año como
personalidad destacada de la cultura por el mismo gobierno que ahora
intenta echarlo, Espector venía denunciando la reducción de las
viandas de los niños, la quita del subsidio de cooperadora con el
que se compraban los instrumentos e insumos, la dilación y
discriminación en el pase a Interinato de sus docentes, la falta de
nombramientos y, últimamente, la misteriosa aparición del gerente
de Música para la Equidad y de unas orquestas paralelas sobre las
que no se le informaba. Acuña no “sabe” si las causas del
despido –y el consiguiente reemplazo por Ihidoype– son
“personales, ideológicas o políticas”. Sabe, eso sí, que no
son profesionales.
Diego
Fischerman
Remplacer
un responsable est une des attributions d'un gouvernement. On
pourrait comprendre que les autorités compétentes, expertes en la
matière, aient jugé la prestation de Espector désormais
insatisfaisante. Ou que Ihidoype, fruit d'un savoir acquis au long
d'une longue et belle carrière pédagogique, ait présenté un
nouveau projet, aussi séduisant que plus abouti. Toutefois, ce n'est
pas ça qui s'est passé. "Il y a eu un rendez-vous avec la
secrétaire adjointe de l'équité pédagogique, Soledad Acuña,
auquel a aussi participé le Secrétaire général du Ministère de
l'Education portègne, Diego Fernández, et tous deux m'ont notifié
mon éloignement des orchestres d'enfants", dit Espector. Et les
arguments que lui a servis sa supérieure hiérarchique ont été
pour le moins curieux : "Acuña m'a dit qu'elle ne savait
pas s'ils me congédiaient pour un motif d'ordre personnel,
idéologique ou politique". Soutenu par une lettre signée
conjointement par Daniel Filmus (4), Mariano Narodowski (5) et Mario
Giannoni, trois ex-ministres de l'Education de la Ville de
différentes couleurs politiques, Espector a reçu hier l'appui d'une
manifestation massive où les gamins des orchestres ont joué. Distingué cette année en qualité de personnalité de la
culture par ce même gouvernement(6) qui maintenant essaye de le
virer, Espector ne cessait de dénoncer la réduction des goûters
des enfants, la disparition des subventions d'achat des instruments
et des consommables, le retard et la discrimination dans la
titularisation des enseignants, les nominations restées en
souffrance et, ces derniers temps, la mystérieuse apparition du
directeur de Musique pour l'Equité et de certains orchestres
parallèles sur lesquels il n'avait pas d'information. Acuña ne sait
pas si les causes de la révocation et le remplacement par Ihidoype
qui l'a suivie sont d'ordre personnel, idéologique ou politique.
Mais il y a une chose qu'elle sait, c'est qu'elles ne sont pas
d'ordre professionnel.
(1)
La bureaucratie argentine n'a rien à envier à son homologue
française. C'est une véritable armée mexicaine, avec des chefs et
des sous-chefs de tout et de n'importe quoi à tous les étages et ce
sont souvent autant de petits chefs hargneux et vindicatifs comme
c'est le cas de cette femme.
(2)
gerente est un substantif en usage dans le secteur marchand, dans les
entreprises privées, il n'est pas en usage dans le service public et
le secteur non marchand. Cela sonne comme directeur commercial. D'où
le sic dont Fischerman l'affecte parce que c'est un terme tout à
fait déplacé.
(3)
2008 est le début du premier mandat de Mauricio Macri.
(4)
Daniel Filmus est aujourd'hui une des fortes pointures du Frente para
la Victoria (le partie de la présidente Cristina Kirchner).
(5)
Mariano Narodowski a été le premier ministre de l'Education de
Macri. Il a été remplacé aujourd'hui par Bullrich, dont le
journaliste de Radio Continental dit à Claudio au cours de son
interview qu'il l'a lui-même entendu louer le travail qu'il
réalisait à la tête de son programme pédagogique. Le fait que ces
deux hommes aient signé ensemble une pétition commune est en soi un
événement politique de première importance. Cela n'existe jamais
dans la vie politique argentine où la conflictualité est presque
érigée en règle de vie et de comportement.
(6)
Erreur d'analyse : c'est la Legislatura qui lui a accordé ce
titre honorifique et pas le Gouvernement. En revanche, les députés
macristes ont voté cette distinction.
Cours du peso (ARS) : 1 € = 41 $ au 01.11.18 (1 $ = 100 centavos) Décalage horaire (Paris) : - 5 h Population BsAs : 3 millions Superficie BsAs : 202,4 km2 Pop. Gran BsAs : 12,5 millions Superficie Gran BsAs : 3833 km2
Population totale : 47 327 407 hab (mai 2022) Superficie Argentine : 2.780.400 km2
MONTEVIDEO : infos pratiques
Cours du peso (UYU) : 1 € = 37 $ au 01.11.18 (1 $ = 100 centesimos) Décalage horaire (Paris) : -5 h Pop. Montevideo : 1,3 million Superficie Montevideo : 193 km2 Pop. région Capitale : 2 millions Sup. région Capitale : 525,54 km2 Pop. Uruguay : 3,4 millions Superficie Uruguay : 176 220 km2
Asado : barbecue (du genre monstre, même en petit comité)
Baires : apocope de Buenos Aires
Boliche : tout établissement qui permet de se rencontrer autour d'une consommation solide ou liquide
Bombilla : pipette métalique ou végétale dont on se sert pour boire le mate (voir ce mot) en évitant d'avaler la poussière de yerba mate (voir ce mot). Lorsque le mate est partagé entre plusieurs convives, tous boivent à la même bombilla.
BsAs (ou BA) : initiales de Buenos Aires
Cambalache : Sens premier : dépôt-vente, brocante, voire mont-de-piété. D’où bazar, souk, bric-à-brac.
Candombe : musique d'origine afro-sud-américaine conçue pour les défilés festifs sans doute au 19e siècle au moment de la fin de l’esclavage. Cette musique est restée très populaire en Uruguay où elle est présente tout le temps.
Canyengue : caractéristique des faubourgs
Charla : conférence, causerie
Confitería : café-salon de thé et/ou pâtisserie-traiteur
Cuadra : portion de voie publique entre deux esquinas. Une cuadra faisant la plupart du temps 100 m, elle sert de mesure des distances dans la ville. Tel lieu se trouve à tant de cuadras de tel autre.
Empanada : chausson fourré à déguster chaud
Esquina : croisement de deux voies publiques (rues, avenues...) qui constitue un point de repère fixe dans la ville. On donne une adresse en indiquant sa cuadra (entre telle et telle rue) et sa distance par rapport à la esquina
GCBA : anagramme de Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires (Gouvernement de la Ville de Buenos Aires)
Gorra (a la) : littéralement "à la casquette". En français, "au chapeau". Il s'agit d'un mode de rémunération artistique traditionnel dans toute la région du Rio de la Plata
Guampa : récipient pour préparer, boire et partager le tereré (voir ce mot) quand on n'utilise pas un mate classique (voir ce mot). Le guampa est creusé dans une corne de vache.
Guita : l'argent en lunfardo. Désigne aussi la devise nationale (la guita nacional)
Legislatura : nom de l’assemblée législative unicamérale de la Ville Autonome de Buenos Aires
Mate : 1. boisson nationale argentine, uruguayenne, chilienne et paraguayenne, très appréciée aussi dans le sud du Brésil. La boisson est produite par l'infusion de la yerba maté. En Bolivie et dans certaines zones du Pérou, on boit un mate de coca. 2. récipient de toute forme, de toute matière et de différentes contenances dans lequel le mate se prépare, se boit et se partage. (Voir ce mot)
Milonga : 1- musique qui a précédé le tango, toujours très vivante (caractérisée de nos jours par un rythme vif et allègre quand bien même les paroles raconteraient un drame) ; 2- bal de tango argentin
Milonguero : l´homme qui vit la nuit dans le monde dominé par le tango. Contrairement à ce que pensent les Français, le mot ne sert que rarement à désigner le danseur de tango en tant que tel. Attention quand vous employez le mot au féminin : il a longtemps désigné une réalité sociale disparue à la fin des années 50, la cocotte qui dansait dans les cabarets et se faisait entretenir. Danseur se dit la plupart du temps bailarin (bailarina au féminin)
Murga : musique festive de défilé de carnaval et autres grandes fêtes collectives.
Orquesta típica : ensemble musical comprenant au minimum 1 piano, 1 violon, 1 bandonéon et 1 contrebasse.
Peso : devise nationale (non convertible). Sigle : $
Picada : assortiment de fromages et/ou de charcuterie
Plenario : réunions académiques que les Academias organisent dans le cadre de leurs activités culturelles publiques
Porteño : gentilé de Buenos Aires. Se dit de toute personne née à BsAs. Nul n’est jamais vraiment porteño s’il est né hors de la Ville. Sauf à s’appeller Carlos Gardel, et ce quel que soit le lieu de sa naissance.
Show : tout concert, récital, tour de chant, spectacle. Le mot n’est pas réservé aux spectacles de revue ni aux grand événements ultra-marketés drainant des milliers de spectateurs.
Tango baile : le tango dans sa dimension dansée, une dimension parmi d’autres.
Tango salón : tango qui se danse en société (par opposition au tango professionnel, pour la scène)
Tereré : mate préparé avec de l'eau froide ou à température ambiante ou du jus d'orange ou de citron, parfois de pamplemousse, très apprécié par grandes chaleurs.
Troesma : verlan de Maestro (maître)
Yerba mate : feuilles d'un arbuste de la famille du houx, originaire du Paraguay et du nord de l'Argentine et de l'Uruguay. Séchées à l'air chaud ou au four, fermentées puis hachées, elles forment l'ingrédient essentiel du mate et du tereré.
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