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dimanche 22 décembre 2019

Le ministre de la Culture expose son programme [Actu]

Prestation de serment de Tristán Bauer le 10 décembre après-midi

Tristán Bauer, le nouveau ministre de la Culture, a accordé jeudi dernier deux interviews, l’une à Página/12, l’autre à La Nación, et il y a exposé les grandes lignes de ce qu’il veut développer à la tête de son ministère : faire revivre les deux canaux culturels de l’audiovisuel public, Pakapaka, pour les petits, et Canal Encuentro, la chaîne des documentaires, faire revivre le cycle de Zamba, garçonnet intrépide qui servait de support à des incursions pédagogiques dans tous les domaines du savoir (un peu à la manière de C’est pas sorcier, à la télévision française).

En parcourant Tecnópolis, Bauer, sur l'image, a eu la désagréable surprise
de retrouver l'effigie de Belgrano décapitée
Or nous sommes à la veille de l'année du bicentenaire de sa mort et des 250 ans de sa naissance !

Il reprend en main le CCK (Centro Cultural Néstor Kirchner) et Tecnópolis, le parc thématique et pédagogique sur la science et la technologie, passablement vidé de son contenu par le gouvernement antérieur et où il a été très choqué de trouver les effigies de San Martín et Belgrano (1) vandalisées et gisant au sol.

Zamba revient / Interview de Tristán Bauer

L’interview de Página/12 a été enregistrée au Museo Histórico Nacional, à San Telmo, et offre une belle photo du ministre admirant le sabre de San Martín visible de tous les côtés dans sa vitrine située, tel un tabernacle, au fond d’un couloir plongé dans la pénombre.

Bauer a aussi retrouvé à terre l'effigie de San Martín

Pour aller plus loin :



(1) Il s’agissait des statues issues des dessins animés de Zamba, grâce auxquels la série avait permis de faire aimer l’histoire et les pères fondateurs à des milliers de bouts-de-chou à travers tout le pays et dont le gouvernement précédent s’est détourné dans ce qui ressemble beaucoup à une volonté politique de détruire le lien affectif du peuple avec son histoire, tant ce secteur a été délaissé. Symboliquement, Mauricio Macri avait d’ailleurs fait décrocher des murs de la Casa Rosada la galerie de portraits des grands héros révolutionnaires et indépendantistes offerts à l’Argentine par les différents pays d’Amérique latine en 2010 à l’occasion du bicentenaire de la Révolution de Mai.

mercredi 6 mai 2015

Les honneurs de Canal Encuentro pour Güemes avec visite ministérielle à Salta [à l'affiche]

Canal Encuentro, la chaîne culturelle de la télévision publique argentine, présente ce soir, mercredi 6 mai 2015, à 22h, le premier épisode d'un docu-fiction en quatre parties filmé dans la Province de Salta sur le grand héros, Martín Miguel Güemes qui a conduit la Guerra Gaucha dans tout le Nord-Ouest argentin au moment de l'indépendance et qui est mort au cours de ce conflit de partisans contre l'armée institutionnelle envoyée par le vice-roi du Pérou le seul de tous les héros de l'indépendance à avoir trouvé la mort pendant une campagne militaire.

Chaque épisode dure un peu moins d'une demi-heure. Le premier repasse les événements de la jeunesse du héros, né à Salta en 1785. Ce soir, on ira jusqu'en 1814 lorsque, après avoir fait ses armes à Buenos Aires, pendant les deux incursions militaires britanniques de 1806 et 1807, sous les ordres de Santiago de Liniers (l'avant-dernier vice-roi), il prend la tête d'une armée populaire de partisans pour repousser les corps expéditionnaires absolutistes envoyés vers Salta, par les pro-espagnols du Pérou. Les épisodes suivants seront consacrés à la période 1814-1815, celle qui va de 1816 (année de la déclaration d'indépendance) à 1820 (lorsque Güemes engagea une vaste opération de diversion pour soutenir San Martín qui lançait alors depuis Valparaíso l'expédition libératrice du Pérou qui cinglait vers Lima) et enfin l'année 1821, au cours de laquelle, à seulement trente-six ans, Martín Miguel de Güemes a été assassiné, alors qu'il s'apprêtait à lancer une nouvelle offensive, par surprise et par félonie.

Lorsqu'on a appris sa mort à Buenos Aires, le gouvernement unitaire patricien alors en place, et entré deux ans auparavant en guerre civile déclarée contre les fédéraux, dont Güemes était l'une des figures de proue, fit publier dans la gazette officielle un article qui se réjouissait de cette bonne nouvelle et assimilait Güemes à un sauvage inculte qui mettait le pays à feu et à sang, tout simplement parce qu'il s'opposait à la volonté d'hégémonie intérieure de la capitale du pays.

Hier, le ministre de l'Education nationale, Alberto Sileoni, dont dépend Canal Encuentro, s'est rendu à Salta pour assister, dans un théâtre de Salta, à l'avant-première de la série aux côtés du Gouvernement local, qui vient d'être partiellement confirmé par les PASO d'il y a un mois (1).

Quelques acteurs et figurants posent pendant le tournage avec le réalisateur

Cette Guerra Gaucha, une guérilla de partisans, appelée aussi la guerra montonera, qui a inspiré toute la gauche nationaliste (le radicalisme puis le péronisme et aujourd'hui le kirchnerisme) (2), a profondément marqué l'identité culturelle et politique du Nord-Ouest argentin. On peut en découvrir la trace dans l'un des contes qui constituent mon prochain recueil, Contes animaliers d'Argentine : j'ai en effet repris une variante venant d'un conteur de Jujuy sous le titre français de La guerre des griffes et des piques (pages 37 à 44 du recueil à paraître) (3).

Il est prévu que la série documentaire, intitulée Güemes, Historia de la Gesta de la Independencia (4), soit accessible via le site Internet de la chaîne d'ici peu comme presque toutes les productions de la télévision publique. La série est une co-production de Canal Encuentro et de la Province de Salta, avec un réalisateur saltègne, dont on peut voir déjà sur Youtube plusieurs bandes-annonces et autres making of du tournage. Régalez-vous avec les paysages somptueux de cette région des Andes, les cris de guerre, les costumes d'époque, la musique... Tout cela est réalisé avec beaucoup de soin et de patriotisme.

L'image traditionnelle de Güemes,
barbe fournie, regard sombre et uniforme clair des latitudes tropicales

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Gaceta de Salta, qui inclut l'une des bandes-annonces
lire les fiches consacrées à la série sur le site de Canal Encuentro
lire le communiqué officiel du Gouvernement argentin sur le début du tournage l'année dernière
lire le communiqué officiel de la Province de Salta sur la présentation d'hier.
Vous pouvez aussi visionner la bande-annonce du making of élaborée par le gouvernement provincial de Salta, tant qu'elle sera disponible sur Youtube.



(1) Salta a été la première province à organiser les élections primaires ouvertes et obligatoires (PASO) et les candidats Frente para la Victoria sont arrivés en tête de toutes les autres listes. Il est donc probable que dans deux mois l'actuel Gouverneur kirchneriste sera reconduit dans ses fonctions et qu'il obtiendra une majorité à la Chambre provinciale.
(2) Les Kirchner, Néstor puis Cristina, sont des péronistes de vieille date. Néanmoins on peut aujourd'hui parler d'une variante de ce courant dans la mesure où ils ont ajouté aux principaux éléments du péronisme une lutte intense pour imposer le respect des droits de l'Homme dont Perón lui-même ne pouvait s'encombrer dans le contexte très difficile et dangereux de la Guerre froide avec des Etats-Unis qui, aidés par l'oligarchie locale, se seraient emparés du pays sans coup férir s'il était venu à quiconque l'idée alors saugrenue d'y instaurer une démocratie telle qu'elle pouvait exister en Europe. L'expérience n'aurait pas tenu trois mois !
(3) Pour rendre ces contes accessibles non seulement aux adultes mais aussi aux enfants, il m'a fallu modifier les titres académiques et analytiques que leur avait donnés la philologue Berta Elena Vidal de Battini pour qu'ils correspondent non pas aux caractéristiques ethnographiques du conte mais à l'histoire qu'il raconte. Le conte pris dans le répertoire saltègne s'intitule La grande faim du renard. En ouverture du recueil, il nous raconte comment la présomption des ceux qui se croyaient les plus malins peut se retourner contre eux au profit des gens qu'ils prennent pour des imbéciles. Il y est aussi question de la grande spécialité de Salta : l'empanada à la viande et aux œufs, qui fait saliver le renard affamé.
(4) L'épopée de Güemes a inspiré déjà de multiples films, dont La Guerra Gaucha de Homero Manzi et Ulises Petit de Murat (scénario, d'après l'œuvre de Leopoldo Lugones) et Lucas Demare (réalisation).

mercredi 9 juillet 2014

Mythomanies argentines sur Canal Encuentro en ce 9 de Julio [à l'affiche]


Ce soir, 9 juillet 2014, après le match, à 23h30, la chaîne culturelle de la télévision de service public argentine, Canal Encuentro, diffuse le premier épisode d'une série documentaire au sujet des idées reçues, des phrases toutes faites, des proverbes et blagues de la vie quotidienne portant sur l'identité argentine, sur le pays et son image intérieure et extérieure, bref, toute cette accumulation de mythes en plein processus d'élaboration disséquée par l'anthropologue Alejandro Grimson, l'auteur d'un livre sur la question, qui a adapté au petit écran son travail publié aux Ediciones Siglo XXI.

L'émission est illustrée de sketch, interprétés par un acteur, et de monologue d'un humoriste que mes lecteurs connaissent bien, Rudy, le complice de Daniel Paz, pour la vignette de manchette de l'édition quotidienne de Página/12.



Si l'Argentine gagne ce soir à Sao Paolo, nul doute que l'émission aura du succès ! Sinon, on peut craindre un bide de première !

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le documentaire
lire la critique du livre dans Tinta Roja, la revue de tango alternative (octobre 2012)
voir la page de l'émission sur le site Internet de Canal Encuentro

mardi 14 mai 2013

Canal Encuentro à la recherche des petits-enfants [Actu]



Pour la deuxième année consécutive, Canal Encuentro, l'équivalent argentin de France 5, propose, en prime-time pour la première diffusion, Acá estamos – Historias de nietos recuperados (1), une émission co-produite avec l'ONG Abuelas de Plaza de Mayo autour des récits, à la première personne, des personnes qui se sont vu restituer leur identité de naissance, après la découverte du caractère frauduleux de leur adoption sous la Dictature, qui a fait disparaître leurs parents biologiques au moment de leur naissance ou lorsqu'ils étaient en bas âge.

Témoignage avec thermos et mate

Cette émission familiarise le public argentin avec un phénomène qui gangrène profondément la société nationale, qui reste bien sûr un tabou dans au moins plusieurs centaines de familles, celles qui ont mis la main sur les bébés volés. Il faut donc en parler et en parler toujours pour renforcer la légitimité de cette recherche familiale.
L'émission se donne l'objectif d'inciter les quatre cents adultes qui manquent encore à l'appel sur la liste établie par Abuelas à se manifester auprès de cette ONG pour signaler les doutes qui sont les leurs sur les conditions de leur naissance et partant sur la vérité de leur identité. La plupart des personnes identifiées à ce jour ont eu des doutes plus ou moins prononcés à un moment ou à un autre. Pour qu'ils se manifestent maintenant qu'ils sont des adultes dans la force de l'âge, souvent eux-mêmes parents de jeunes enfants, il faut que ces personnes aient relevé des indices leur permettant d'envisager autre chose que la fiction inventée autour de leur intégration dans leur famille adoptive et qu'ils puissent de surcroît franchir la frontière idéologique, invisible mais bien réelle, entre les valeurs dans lesquelles ils ont été élevés (c'est rarement celles de la démocratie) et ce que représente une cause comme celle défendue par Abuelas : pour les tenants de la Dictature, Abuelas, c'est la pensée subversive par excellence et c'est le cas de toutes les ONG des droits de l'homme, associées à la gauche actuellement au pouvoir.

Témoignage dans le patio, à l'argentine, là aussi

Il est donc possible que ses recherches familiales se heurtent à cette barrière invisible et non pas seulement à l'habileté avec laquelle l'imposture a été montée il y a quelque trente ans par les sbires de la Junte militaire. La télévision est donc un média indispensable pour sensibiliser la population, au moins la part qui accepte de regarder Canal Encuentro (considéré comme l'une des voix asservies au Gouvernement en place), et grâce à elle, ces documentaires sortent des frontières. Le site Internet est consultable en tout coin de la planète et You Tube abrite des extraits de la série d'émissions (en espagnol, une langue qui est parlée largement dans le monde y compris et de plus en plus aux Etats-Unis).

L'émission est multidiffusée. Ses différents épisodes sont visibles à la demande sur le site de Canal Encuentro.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur l'émission
vous connecter à la page de l'émission sur le site de Canal Encuentro.


(1) Nous voici – Histoires de petits-enfants retrouvés.

vendredi 12 avril 2013

Un concours de documentaires pour fêter les trente ans de la Démocratie [Actu]


Pour les trente ans de la démocratie (1) que l'Argentine fêtera le 10 décembre prochain, anniversaire de l'arrivée en fonction (asunción) de Raúl Alfonsín après le retrait de l'affreux Galtieri, la télévision publique et le secrétariat d'Etat à la Culture, dont le titulaire est un artiste de l'audiovisuel, Jorge Coscia, dont le talent et la compétence n'ont jamais été mis en doute par les "professionnels de la profession", viennent de lancer un concours de documentaire relatif à la vie en démocratie. Les œuvres primées seront diffusées en prime time sur Canal 7 en décembre.

Le concours est ouvert à tous les producteurs du pays qui ont des projets sur la démocratie, qu'il s'agisse de l'étude de grands évènements, des éléments de la vie quotidienne ou de portraits de personnalités qui ont marqué les trente dernières années, la plus longue période de continuité politique et institutionnelle que l'Argentine ait connue.

Les projets doivent correspondre à des moyens métrages de 26 minutes. Ceux qui seront retenus se verront attribuer un budget de 142 000 pesos pour le tournage

Les dossiers de candidature seront reçus jusqu'au 10 mai prochain.

Le jury qui les sélectionnera n'est encore ni connu ni constitué. La sacro-sainte improvisation argentine !

Pour en savoir plus :
lire l'annonce de Canal 7, avec toute la documentation du concours
lire l'article de Página/12 d'hier sur la mesure (en passant en revue les autres journaux, je n'y ai pas vu d'écho à ce concours).


(1) Je classe cet article à nouveau sous le mot-clé Jubilé démocratie que j'avais inauguré pour les manifestations liées aux vingt-cinq ans de la démocratie. En cliquant sur ce terme dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, vous pouvez donc accéder aux articles d'il y a cinq ans.

lundi 6 août 2012

99,99 por ciento, la ciencia de las Abuelas, une série documentaire sur Canal Encuentro [Actu]


Capture d'écran du site de Canal Encuentro le 6 mai 2012

Ce soir et pour 4 lundis de suite et en multi-diffusion, la chaîne culturelle du service publique de télévision argentine, Canal Encuentro, diffuse un documentaire sur les techniques de procédure judiciaire, de police scientifique et d'analyse génétique qui ont été recherchées, encouragées et mises en pratique par l'ONG Abuelas de Plaza de Mayo (Grand-Mères de la Place de Mai) pour établir avec sûreté l'identité des adultes que sont devenus les enfants volés sous la Dictature, dont on évalue le nombre entre 400 et 500 personnes et dont seule à peine plus d'une centaine a pu connaître à ce jour son identité de naissance.

La série documentaire est animée par Leonardo Sbaraglia et passe en revue toutes les problématiques relatives à cette lutte et cette recherche de l'association, avec la participation de plusieurs de ces dames, dont la plus médiatique est l'actuelle présidente, Estela de Carloto.

Canal Encuentro peut être regardé en direct via le streaming disponible sur son site Internet, très bien fait (mais tout en espagnol, ce qui est bien normal).

Pour aller plus loin :
visiter la page de l'émission sur le site de Canal Encuentro sur laquelle l'émission est téléchargeable gratuitement (à condition que vous créez un compte pour que la chaîne puisse comprendre les choix des internautes).

lundi 16 avril 2012

Miguel Rep sur Canal Encuentro le lundi soir [à l'affiche]

Le dessinateur et peintre Miguel Rep, qui tient l'un des deux dessins de la une de Página/12, inaugure ce soir une émission didactique sur les peintres latino-américains sur le canal culturel de la télévision publique argentine, Canal Encuentro.

Dans cette émission, il présentera ses artistes préférés et au-delà des questions techniques qu'il abordera, il analysera aussi la portée historique, politique et idéologiques des oeuvres choisies.

Deux émissions sont déjà tournées. La série pourrait en compter jusqu'à six. Et plus si affinités.

Les deux premières émissions de Arte Rep seront consacrées l'une au peintre argentin Antonio Berni et au Mexicain José Clemente Orozco. La seconde se penchera sur les tableaux du Cubain Wilfredo Lam et du Chilien Roberto Matta.

Hier, dimanche 15 avril 2012, Miguel Rep a donc donné une interview à son propre journal, dans les pages culturelles de Página/12 où il s'explique sur ce nouveau projet.

A lire sous le lien (en VO, mais vous disposez d'un traducteur en ligne, Reverso, dans la partie basse de la Colonne de droite de Barrio de Tango) !

vendredi 3 décembre 2010

Cours de cuisine juive pour fêter Hanouka à l'argentine [Coutumes]


L'association culturelle juive libérale Yok, de Buenos Aires, s'associe en fin d'après-midi, aujourd'hui, vendredi 3 décembre 2010, quelques heures avant que le Chabbat commence, à l'émission de télévision Cocineros Argentinos, à 18h, pour présenter quelques recettes juives, de tradition ashkénaze (c'est d'Europe de l'Est qu'est arrivée en Argentine la majorité des immigrants juifs des années 1880-1930), à l'occasion de la fête de Hanouka (Januka), qui a commencé mercredi soir et prendra fin le 9 décembre.

On dit de la fête de Hanouka qu'elle est celle des lumières, parce que le rite veut que l'on allume un chandelier rituel à 9 branches qui doit éclairer pendant 30 minutes une fois la nuit tombée et que l'on garnit la table familiale d'une multitude de bougies tous les soirs tout au long de la semaine. De même, la Chandeleur est dite fête des lumières par les catholiques (et non par les protestants) à cause de la procession des cierges que prévoit la liturgie romaine de ce jour, alors qu'en fait la solennité fait mémoire de la présentation de l'Enfant Jésus au Temple pour les relevailles de sa mère. Ainsi le vrai motif de la fête de Hanouka (ou Hanoucca) est la mémoire de l'Edification. Cette semaine festive commémore la consécration du second Temple de Jérusalem, après la victoire des Maccabées sur le régime d'hellénisation forcée décidé par le roi séleucide d'origine grecque Antiochos IV, au IIIe siècle avant JC. Les Maccabées, en revenant dans le Temple, qui avait été profané par les païens et désaffecté, y auraient trouvé une petite fiole d'huile avec laquelle ils purent allumer la Menora, le grand chandelier à sept branches qui était l'un des très rares objets de culte du judaïsme du Temple.

Avec le temps, des traditions culinaires se sont imposées sur les tables de cette semaine d'entrée dans l'hiver. Et comme le chandelier doit être garni d'huile (d'olive de préférence) et de mèches de laine, la traduction culinaire de la fête s'est portée sur les beignets... Ainsi la cuisine ashkénaze a-t-elle adopté des beignets traditionnels polonais, qu'elle a rebaptisés latkes (beignets à base de pomme de terre très semblables aux rösti suisses) et soufganiot et ça c'est pour le dessert : des beignets fourrés à la confiture et décorés de sucre glace ou de vermicelles de sucre (enfin, là dessus, vous faites comme vous voulez).

Et comme vous le voyez sur l'affiche de Yok ci-dessus (il faut juste savoir lire la transcription hispanique), latkes et soufganiot sont au menu de ce cours de cuisine ouvert auquel participeront trois des chefs de la célèbre émission, Cala (Guillermo Calabrese), le jovial et rondouillard animateur de l'émission, Juan (Juan Braceli, qui n'a pas de petit nom pour qu'on ne le confonde pas avec son collégue et néanmoins ami, Juanito, de son nom complet Juan Andrés Ferrera) et Xime (Ximena Sánchez, vous aviez déjà deviné), à Nucha, rue Arménie 1540 (c'est dans le quartier de Palermo, comme à peu près tout ce que propose Yok). En plus, on vous apprendra à faire le gâteau aux pommes (tarta de manzana) de cette fête d'hiver (en Pologne, en Russie, en Ukraine, en Biélorussie, bref dans des pays où, à cette saison, il ne fait ni le même temps ni la même température qu'à Buenos Aires au début décembre, où c'est bientôt la saison des cerises et des abricots !)

Capture d'écran sur le site de Cocineros Argentinos

Pour en savoir plus, connectez-vous au site Internet de Canal 7, la chaîne généraliste de la télévision publique argentine, à la page de l'émission ou au site de l'émission (vous y trouverez des vidéos, des recettes, tout en espagnol bien sûr, vous pouvez laisser un message, en espagnol aussi, rejoindre les animateurs sur Facebook ou Twitter, bref, c'est Noël !)
Et pour rejoindre l'association culturelle juive Yok à distance, il suffit de vous connecter à leur site grâce au lien qui précède.

samedi 19 juin 2010

25 regards/200 minutes ou le Bicentenaire célébré en courts-métrages [à l’affiche]

Jeudi soir, le 17 juin 2010, a commencé à Buenos Aires une manifestation cinématographique consacrée à la célébration du bicentenaire de l'indépendance du pays.

L'idée a été de donner à 25 réalisateurs et réalisatrices argentins (pour symboliser le 25 mai 1810) toute liberté pour raconter leur vision des 200 ans d'histoire de l'Argentine sous la forme d'un film de 8 minutes. Ce qui mis bout à bout nous donnera 200 minutes de pellicule filmé.

Les 25 courts-métrages seront projetés dans une centaire de salles de tout le pays et par le réseau des Espaces de l'INCAA (l'institut national des arts audiovisuels en Argentine) et un peu plus tard, ils passeront aussi sur les deux chaînes publiques de télévision, Canal 7, la chaîne généraliste, et Encuentro, la chaîne culturelle et éducative.

Vous en saurez plus grâce à l'article (la fête continue) que César Ranzani a consacré jeudi à la une du supplément culturel de Página/12 à ce cycle national, qui répond à une initiative du Secrétariat d'Etat à la Culture, dont le titulaire est un ancien directeur de l'INCAA.

dimanche 7 mars 2010

Un reportage sur Alorsa téléchargeable sur Canal Encuentro - Article n° 1200

Para Juan y Olga, para Guillermo, para Sebastián, Fernando y Leonardo

Alorsa au 1er anniversaire de El Tango vuelve al Barrio
au Bar El Faro, à Buenos Aires
en août 2008
racontant Vuelve el Tango




Tocá Tango (Touche du bois) est une série d'émissions documentaires conçue et montée par Rodrigo de la Serna et son partenaire, Juan Hermelo Díaz, sur la musique populaire du Río de la Plata : tango, murga, candombe et milonga.

Rodrigo de la Serna est un acteur très populaire en Argentine, un brillant jeune premier du petit écran. Beau gosse, bon interprète, il s'est lancé, il y a quelques années, dans le tango comme chanteur et leader du groupe El Yotivenco qui interprète un répertoire ancien et qui comporte quelques tangos peu chantés de nos jours. Il utilise la notoriété que lui vaut ses rôles à la télévision pour faire un travail très appréciable et très apprécié au service d'artistes moins célèbres que lui et très talentueux. Il était présent le 3 octobre à la présentation du 2ème disque de La Guardia Hereje, à peine plus d'un mois après le décès du leader du groupe (lire mon article à ce sujet).

Vous identifierez assez vite l'acteur à la fréquence de ses apparitions à l'écran. La vedette connue du grand public, c'est lui et ça se voit.

Sur le site de Canal Encuentro, la chaîne publique culturelle argentine, vous pouvez visionner en ligne ou télécharger gratuitement les 12 numéros de cette série consacrée à 25 artistes et groupes du tango d'aujourd'hui, qui pour beaucoup d'entre eux appartiennent à la génération montante.
Un peu plus de six mois après la brutale disparition, le 30 août dernier, de l'auteur-compositeur-interprète Alorsa, qui animait à La Plata le groupe La Guardia Hereje, lui qui aurait sans doute participer avec tant de plaisir au 1er Festival de Tango indépendant qui s'est ouvert hier soir à Buenos Aires (lire mon article d'hier), j'ai choisi de lui consacrer cet article à numéro, le 1200ème que je publie dans Barrio de Tango, blog ouvert le 19 juillet 2008.
Son amitié, sa gentillesse et son talent, énorme, le méritaient largement, lui qui ne verra pas la sortie de mon livre et qui l'avait déjà annoncée, espérée, fait attendre en Argentine...

L'émission qui lui est consacrée est la 9ème de la série, elle s'intitule La Guardia Hereje - Murgas de La Plata. Elle intéressera donc aussi tous ceux de mes lecteurs qui sont curieux du carnaval argentin, du carnaval de Buenos Aires, des carnavals qui se tiennent sur les rives du Río de la Plata : vous y découvrirez trois murgas de la capitale provinciale.

L'émission elle-même dure en tout une demie-heure. Retirez la minute et demie où Rodrigo de la Serna et Juan Hermelo Diaz racontent comment l'idée de la série leur est venue et les buts qu'elle poursuit et vous voilà débouchant dans une La Plata de plein été, en plein carnaval.
Il y a à La Plata une douzaine de murgas distinctes. Rodrigo de la Serna a choisi d'en présenter trois : Los Sospechosos del barrio (les suspects ou les dingos du quartier), Los Descarrilados del compás (les déraillés du tempo) et Parando en todas (On mise dans toutes les courses). Vous les reconnaîtrez chacune à ses couleurs et à son type de costume, comme c'est le cas de toute murga digne de ce nom.
Bien sûr, l'émission est conçue pour le public argentin, et non pour un public étranger : il y a donc bien des points qui ne sont pas approfondis tout simplement parce qu'ils relèvent là-bas de l'évidence la plus basique. Ainsi l'accent argentin des interviewés ne se laisse pas oublier. Les passages dansés sont brefs (tout le monde sait ce qu'est la danse des murgas, inutile d'insister dans un petit format comme celui-là). La plus longue séquence est très belle et particulièrement bien choisie, y compris pour nous, en Europe : il s'agit de la récitation d'une glosa, ces textes poétiques et farfelus que les murgas récitent en plein air, dans une tradition purement carnvalesque. Alorsa était passé maître dans l'art de la glosa : il en parsemait ses spectacles et vous en entendrez une, la plus connue sans doute, Vuelve el Tango, au début de la séquence consacrée à la Guardia Hereje. En écoutant bien cette glosa de carnaval, vous pourrez percevoir d'où vient l'art si particulier de dire la poésie inventé par Horacio Ferrer, qui lui est propre et qu'on entend dans les enregistrements qu'il a faits des glosas qui parsèment María de Buenos Aires et de nombreux grands tangos comme Balada para un loco (1) ou Yo payador, qu'il écrivit pour et avec Osvaldo Pugliese et dont celui-ci n'acheva jamais tout-à-fait la partition... (pour lire mes articles sur María de Buenos Aires et sur Balada para un loco, cliquez sur les liens constitués par les titres de ces oeuvres).

La séquence sur les murgas de La Plata dure 10 minutes et présente un assez joli échantillon de ce que peut être un carnaval du côté du Grand Fleuve.

La partie consacrée à Alorsa et La Guardia Hereje s'ouvre avec Vuelve el tango (le tango est de retour) dit par Alorsa. Ne tenez pas compte du sous-titre qui annonce Al pan pan, une autre glosa que l'on entend pas dans l'émission (pourtant excellente elle aussi). Vuelve el tango sera bientôt disponible en français dans un second ouvrage, que je publierai prochainement, sur 10 poètes populaires argentins d'aujourd'hui.

Vous entendrez dans ces 20 minutes La Pesadilla (dont j'avais cité le refrain pour vous annoncer le décès de notre ami, dans mon article du 1er septembre dernier : la pesadilla, ça veut dire Le cauchemar), Para verte gambetear (que j'ai traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, à paraître à mi-avril 2010 aux Editions du Jasmin), qui célèbre Maradona sans chercher à dissimuler les failles du personnages, et El Pelado y la mocosa (le chauve et la mignonne).

L'émission a été enregistrée pendant l'été 2007. J'ai fait moi-même connaissance avec Alorsa à Buenos Aires quelques mois après, grâce à son DVD Tangos y otras yerbas (Tangos et autres plantes, expression qui copie la formule de composition de certains paquets de yerba maté aromatisée, puisque l'on peut la vendre mêlée à de la menthe ou de la verveine ou d'autres plantes qui ne sont pas consommées en Europe).

L'émission comporte une assez longue interview des quatre musiciens du groupe. Vous entendrez donc parler Alorsa, les deux guitaristes, Sebastián Marin et Fernando Tato, et le percutionniste, qui était un ami de très longue date d'Alorsa, Leonardo Gianibelli. Cet article leur est dédié à eux trois et aux parents d'Alorsa, qui veillent aujourd'hui, avec amour et admiration, sur l'oeuvre de leur fils, ainsi qu'à son frère.

L'émission est téléchargeable gratuitement. Il vous suffit pour cela de vous enregistrer sur le site de Canal Encuentro, en donnant une adresse mail valide et un mot de passe que vous construirez vous-même. Cela permet à Canal Encuentro de suivre les consultations des internautes et donc d'en savoir un peu plus sur les attentes du public. L'émission est disponible en format complet (d'environ 170 Ko) ou en plages prédécoupées avec lesquelles vous pouvez monter votre propre DVD.



Les autres émissions de la série portent à chaque fois sur deux artistes ou groupes et prouve un véritable intérêt pour l'influence noire dans la musique populaire de la région, ce qui est le signe d'une démarche très authentique et courageuse de la part de Rodrigo de la Serna (2) :

n° 1 : Ramiro GalloNegros de Miércoles
n° 2 : Coco RomeroLa Chicana
n° 3 : Alfredo Tape Rubín et son groupe, Las Guitarras de Puente AlsinaCentro de Murga de Buenos Aires
n° 4 : Juan Tata CedrónJavier Ortuño et Herbert Piritz
n° 5 : Victor ParmaCosa de Negros
n° 6 : Carlos QuiliciÁlvaro OrtuñoMurgas en Estación de Tren
n° 7 : Agarrate CatalinaCuareim 1080
n° 8 : Producto Malena MulayaTabaré Cardoso
n° 9 : La Guardia Hereje – Murgas de La Plata
n° 10 : Gustavo MozziLa candela de San Telmo
n° 11 : Hugo Rivas CuartetoAfrocandombe
n° 12 : Los InevitablesOrquesta Típica Astillero Tango


(1) Vous découvrirez cette manière de dire dans le disque Melopea qui accompagne mon recueil bilingue de tango argentin, sur la table des matières duquel je publierai prochainement un article (c'est prévu pour demain si l'actualité ne m'oblige pas à retarder cette parution) et plus tard, je ferai de même avec le contenu du disque. Pour ces articles, j'attendais de disposer de facsimilés jpeg des pages du livre. Pour lire l'ensemble de mes articles sur l'ouvrage, cliquez sur ce lien et pour en savoir plus sur la souscription (ouverte jusqu'au 30 mars), cliquez sur ce second lien.
(2) Rodrigo de la Serna a tourné l'année dernière un téléfilm pour le Bicentenaire où il incarne ni plus ni moins que José San Martín, le Père de la Patrie, dont le film raconte la traversée des Andes, un épisode particulièrement glorieux des guerres d'indépendance de l'Argentine, du Chili et du Pérou. Lire
mon article sur ce tournage.

mercredi 11 novembre 2009

Tango de Horacio Ferrer : huit émissions sur Canal Encuentro pour aller jusqu'à la fin de l'année [à l'affiche]

Image extraite du site de Canal Encuentro

Canal Encuentro est la chaîne culturelle de la télévision publique argentine. Elle est placée sous la responsabilité du Ministère de l'Education nationale, qui est aussi l'autorité de tutelle de la Academia Nacional del Tango.
Depuis hier soir, Canal Encuentro propose une série documentaire très complète, conçue et animée par Horacio Ferrer, qui y travaillait d'arrache-pied en août, septembre et jusqu'au début octobre (1). Chaque partie est diffusée une première fois le mardi à 21h30 (heure de Buenos Aires) puis est rediffusée le mardi à 3h et 5h30 du matin, le mercredi à 17h, le samedi à 11h30 le samedi et à minuit le dimanche soir (attention : il y a 4 heures de décalage horaire entre l'Europe atlantique et Buenos Aires quand la première est à l'heure d'hiver. L'Argentine a renoncé le 16 octobre à passer à l'heure d'été).

L'émission de cette semaine porte sur le thème Tango et la Ville (Tango y Ciudad). Les thèmes suivants seront de semaine en semaine :
Tango y Baile (tango et danse)
Tango y Bandoneón (ça se passe de traduction)
El Gardelazo (une émission consacrée à Gardel, à son héritage, au mythe qu'il est devenu, avec un néologisme typiquement ferrerien)
Tango y renovación (tango et renouveau)
Tango y sus grandes temas (les grands thèmes du tango)
Tango y Mundo (le tango et le monde)
Tango y noche (le tango et la nuit) (2)
L'émission parle des grands maîtres qui nous ont précédés mais aussi des artistes d'aujourd'hui et de toutes les générations parmi lesquels le compositeur et bandonéoniste Leopoldo Federico, les danseurs et chorégraphes Juan Carlos Copes et Miguel Ángel Zotto, le compositeur-auteur et chanteur Guillermo Fernández, le bandonéoniste Horacio Romo (de la formation de Fabián Bertero) y le pianiste et compositeur Julián Peralta qui anime et dirige la orquesta típica Astillero.

Pour aller plus loin :
En cliquant sur les mot-clés télé et radio, en haut, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ou sur le côté dans la Colonne de droite, vous pouvez accéder à tous les articles publiés dans Barrio de Tango (y compris celui-ci) sur ces deux thèmes. De même si vous cliquez sur le mot clé ou le raccourci Horacio Ferrer (dans la rubrique Vecinos del Barrio, de la Colonne de droite).
Vous pouvez accéder aux sites de la Academia Nacional del Tango et de Juan Carlos Copes grâce aux liens permanents disponibles dans la Colonne de droite, en partie basse, dans les rubriques Les Institutions et Troesmas.
Visiter le site de Canal Encuentro (pour le moment, Tango ne fait pas partie des programmes téléchargeables mais en invoquant Pugliese trois fois, selon le rite, et en y croyant fort, ça finira peut-être par arriver, mais sans doute pas avant l'année prochaine... Laissons à la diffusion télévisée de Canal Encuentro le privilège de l'exclusivité jusqu'à la fin de l'année).

Visiter les sites des autres artistes cités dans cet article :
Miguel Ángel Zotto
Guillermo Fernández
Fabián Bertero
Astillero
(1) C'est de cette manière que le Maestro Horacio Ferrer s'est lancé et s'est fait connaître dans le monde du tango, lorsqu'il était tout jeune homme, dans les années 50, qu'il vivait encore dans sa ville natale de Montevideo et qu'il était un des rares connaisseurs de la tradition tanguera à comprendre le rôle révolutionnaire qu'allait jouer dans l'histoire de la musique populaire un Astor Piazzolla. Horacio Ferrer anima pendant plusieurs années toute une série d'émissions radiophoniques puis de radio et de télévision mais cette fois-ci des deux côtés du Río de la Plata. En 1960, il a publié El tango, su historia y evolución, le premier essai d'histoire du tango (au sens classique du mot histoire, celui qui correspond à la méthogologie historique et non au simple souvenir des acteurs ou des témoins, comme c'était le cas jusqu'alors). En 1970, il publie un autre ouvrage fondateur, El Libro del Tango, formidable somme alphabétique du tango depuis les origines jusqu'au présent presque exhaustive (mais il y a quelques personnes qui ne s'y retrouve pas et chez qui bien sûr cela passe mal...). Il en a fait paraître une deuxième édition, largement augmentée en 1980. Malheureusement, El Libro del Tango est aujourd'hui épuisé et eu égard à la taille de l'ouvrage (trois tomes d'un total de 9 kg), on n'est pas prêt de le revoir dans les librairies. Horacio Ferrer n'a jamais quitté le monde audio-visuel, menant de front depuis les début de sa collaboration littéraire avec Piazzolla en 1967, une quadruple carrière d'écrivain, d'homme de scène, d'historien et d'animateur audiovisuel... de luxe. Sans parler de son rôle depuis près de vingt ans maintenant à la tête de la Academia Nacional del Tango.
(2) La nuit, c'est le royaume d'Horacio Ferrer. Le moment qu'il préfère dans les 24 heures qui composent une journée terrestre. Vous pouvez aussi retrouver le poète et un bon nombre des artistes du tango actuel dans la série de DVD Buenos Aires Días y noches de Tango, publié en coffret ordinaire ou en version colector dans une maquette très réussie de bandonéon, aux éditions DVD Tango (avec des soustitres en 8 langues, dont le français, l'allemand, le chinois et le japonais).

vendredi 17 juillet 2009

Un film pour le Bicentenaire [Actu]

Statue de San Martín à Buenos Aires

San Martín: el cruce de los Andes (San Martín, la traversée des Andes), tel est le titre du film dont Rodrigo de la Serna, chanteur de tango à ses moments perdus, au sein du groupe El Yotivenco, vient d’achever le tournage pour la télévision et pour l’année prochaine, celle du Bicentenaire.
Il y tient le rôle que tout acteur argentin rêve un jour d’incarner : José de San Martín, el Padre de la Patria, el Libertador, le général en chef des armées insurgées qui combattirent l’empire colonial espagnol en Argentine, au Chili et au Pérou.
Le téléfilm est une coproduction de Canal Encuentro (une chaîne de télévision privée), Canal 7 (la chaîne publique argentine), l’INCAA (l’institut argentin du cinéma), la TVE (la télévision publique espagnole), la Province de San Juan et l’Université de San Martín. Un certain nombre de scènes de batailles historiques ont été tournées en décor naturel dans les montagnes pré-andines de la Province de San Juan pendant trois semaines.

Rodrigo de la Serna a dû s’astreindre pour les besoins du rôle à des heures d’équitation et d’escrime. Il s’est égosillé pendant trois semaines à crier Viva la Patria à toutes les prises. Bref, il est ravi.

Le film, quant à lui, se veut fidèle à la réalité historique des batailles, des événements politiques et de la figure qui fut celle du Général San Martín, même si les auteurs reconnaissent ici et là avoir un peu fait un sort à cette réalité pour des raisons dramaturgiques (il faut bien de temps en temps tordre un peu les choses pour pouvoir raconter une histoire qui tienne la route et tienne en haleine le téléspectateur).

Espérons que les prochains spectacles de Yotivenco se ressentiront de cette plongée dans l’histoire nationale, puisque si je vous parle de Rodrigo de La Serna, c’est aussi bien sûr parce qu’il s’est pris de passion pour le tango il y a quelques temps et qu’il partage depuis lors sa carrière de jeune premier à succès entre plateaux de télé et scènes de différents théâtres et auditoriums un peu partout dans le pays.

Il était, il y a quelques mois au Tango Criollo Club de la Guardia Hereje à La Plata (il lui arrive même de chanter de temps en temps une des chansons d’Alorsa). Il figure en bonne place sur le tout nouveau disque de Acho Estol (voir l’autre article de ce jour sur cet album : Buenosaurios). Bref, c’est une vraie vedette du petit écran, avec un côté gendre idéal pas piqué des hannetons, et maintenant, il va même pouvoir se prendre pour San Martín jusqu’à la fin de l’année prochaine... Cela le changera de Carlos Gardel...

En savoir plus :
lire l’article de Clarín sur ce tournage (édition du 15 juillet 2009).

lundi 8 décembre 2008

Televisión para la Identidad récompensé par un Emmy Award [actu]

Couverture du cahier Culture et Spectacles du 7 décembre 2008


C’est la première fois qu’un programme de télévision latino-américaine reçoit un Emmy. Et cette première récompense va à une mini-série de 3 épisodes de la chaîne argentine Telefé pour l’année 2008. Televisión para la Identidad est une série de fiction, façon docu-fiction, montée avec le concours de l’association de Las Abuelas de Plaza de Mayo (les Grands-mères de la place de Mai) sur 3 histoires de rapt d’enfant pendant la dictature. Las Abuelas ont soutenu ce programme et ont fourni aux scénaristes et réalisateurs de véritables éléments d’histoire d'enlèvements divers qui ont ensuite été réaménagés pour construire des histoires fictives mais parfaitement vraisemblables.

Cette série d’émissions a provoqué en Argentine une réaction très forte. De nombreux trentenaires en proie à des doutes sur leur identité se sont adressés à l’association pour savoir s’ils n’étaient pas l’un de ces enfants que les militaires au pouvoir entre 1976 et 1983 avaient enlevés à leurs parents, arrêtés pour leur militance politique et assassinés par la suite dans des circonstances dont seulement une petite partie est connue à ce jour. L’association des grands-mères a aussi constaté que le passage de Televisión para la Identidad a fait prendre conscience à une plus grande partie de la population argentine de la tragédie, de son ampleur, de sa nature de traumatisme national. Selon Estela de Carlotto, la dynamique et toujours souriante Présidente des Abuelas de Mayo, l’Argentine est passés d’une conscience distanciée de type "ça n’arrive qu’aux autres" à la conscience d’une atteinte à l’identité individuelle de tout un chacun et d’une atteinte à l’identité collective, à l’identité nationale, à une culture propre à ce pays, que la junte au pouvoir a effectivement cherché à déstructurer, voire à éradiquer, ce qui explique que certaines personnes aujourd’hui parlent des criminels de la Dictature comme de "génocidaires", terme évidemment impropre au regard de la jurisprudence internationale (1) mais que justifie la répression de la culture argentine (ce n’est pas pour rien que les artistes se sont exilés en aussi grand nombre que les militants politiques et syndicaux).

Au cours de l’année 2008, les Grands-Mères ont identifié 7 petits-enfants (Barrio de Tango a rapporté les 4 retrouvailles qui se sont produites au cours du second semestre). En tout, les Grands-mères ont identifié 92 personnes depuis 30 ans que l’association existe. Estela de Carlotto pense que Televisión para la Identidad est sans doute pour quelque chose dans le record de 2008. Il reste encore un peu plus de 400 enfants dont on ne sait toujours pas ni qui ni où ils sont. C’est donc en tout au moins un demi-millier de personnes, des tout petits enfants allant du nourrisson au bambin de moins de 5 ans (2) qui ont été arrachés à leur famille légitime dans une Argentine qui, à l’époque de la Dictature militaire, ne comptait pas encore 30 millions d’habitants.

Les Abuelas de Plaza de Mayo sont très actives dans le domaine de la culture parce qu’elles estiment que la culture est le meilleur outil pour faire prendre conscience à la population du drame qui s’est joué pendant ces 8 années terribles (3) et parce que le retour de la démocratie doit s’accompagner d’une restauration et du développement de l’identité culturelle. Sans identité culturelle forte, il ne saurait y avoir de démocratie solide nulle part au monde.

C’est sans doute pourquoi on voit sur les murs de Buenos Aires se multiplier à l’infini les plaques commémoratives en l’honneur de toute sorte d’artistes et d’hommes politiques. Il est urgent d’inscrire dans les murs même de la ville l’histoire vivante de ces rues et de ces gens. Et puis ça compliquera la tâche à ceux qui seraient tentés à nouveau de s’en prendre à cette culture. Retirer une belle grande plaque commémorative, photographiée par tous les touristes de passage et reproduite à des centaines d’exemplaires sur le Web, ne peut plus se faire discrètement. De même, il sera plus difficile de tenter d’éradiquer le tango s’il faut démantibuler pour cela la Academia Nacional del Tango et le Museo Mundial del Tango. De là sans doute cette vitalité artistique et culturelle qui caractérise la ville de Buenos Aires, ce volontarisme que l’on ne peut que constater chez les artistes et le fait que même la pression économique des bulldozers hollywoodiens ne parvient pas à les réduire au silence...

Ainsi l’association Las Abuelas de Plaza de Mayo organise elle aussi et soutient toutes sortes d’événements culturels avec toujours ce même titre, "para la identidad", formule qui est comme leur signature : concours de tango, de chanson, d’écriture, d’arts plastiques, prix littéraires, musicaux, picturaux, cinématographiques, expositions, concerts, festivals, ateliers pour les enfants et les adolescents, etc. Aujourd’hui une grande partie de leur activité culturelle passe par la télévision.

Lire à ce sujet l’intéressante interview de Estela de Carlotto, Se logró romper un cerco (on est arrivé à casser une barrière) dans Página/12 de ce dimanche. Elle y expose en détail le labeur de son association.

L’autre grande association s’occupant aussi des disparus de la Dictature, Las Madres de Plaza de Mayo, a elle aussi une forte activité culturelle, possède une antenne de radio (La voz de las Madres, qui diffuse l’émission hebdomadaire de tango Fractura Expuesta) et un centre culturel, Espacio Cultural Nuestros Hijos (EsCuNhi, pour les intimes). Une troisième association, plus récente et moins couverte médiatiquement, H.I.J.O.S. rassemble des enfants de disparus à la recherche de traces de leurs parents ou de nouvelles de leurs jeunes frères ou soeurs enlevés.

(1) Il n’y a pas en en Argentine de génocide entre 1976 et 1983, même si un verdict judiciaire argentin a utilisé un jour cette notion (dans un contexte qui tient plus à un besoin de reconnaissance de la tragédie qu'à une réalité de droit international). Il y a eu une répression sanglante avec des disparitions massives de personnes dont on a perdu la trace et dont on ne sait exactement ni le lieu ni la date ni même les circonstances de la mort. Cette perte de la trace provoque chez les proches des assassinés (on dit "desaparecidos" en Argentine) le même type de traumatisme psychique que ceux qu’ont subis les survivants de la destruction des Juifs et des Tziganes d’Europe par les nazis. Les arrestations se faisaient sur la foi ou le ouï-dire d’un engagement militant et en aucune façon sur l’origine de naissance ou l’appartenance à une ethnie ou la couleur de peau. Il s’agissait d’une répression politique qui an aujourd’hui encore en Argentine, 25 ans après la fin de cette dictature, des répercutions trans-générationnelles qui ne disparaîtront pas de sitôt. Il y a même de grandes probabilités que la prise de conscience nationale atteigne son paroxysme d’ici 15 ou 20 ans, 40 ans après la fin des faits, quand les enfants de ces enfants d’assassinés, devenus eux-mêmes parents d’enfants questionneurs, interrogeront les actes de la génération de leurs grands-parents.
(2) Au-delà de 5 ans, les enfants n’ont pas été adoptés, ils auraient eu des souvenirs et la supercherie de la fausse adoption ou de l’accouchement fictif n’aurait pas pu marcher. Les adultes qui douté de leur identité et ont ainsi pu retrouver leur véritable histoire ont acquis leurs doutes, aux dires des personnes identifiées bien sûr, au fur et à mesure qu’en grandissant ils interrogeaient leurs parents adoptifs sur leur venue au monde. Beaucoup de ces enfants qui ont pu être identifiés racontent que les réponses parentales comportaient des incohérences minimes ou monstrueuses qui ont éveillé progressivement et douloureusement leurs soupçons. Il est bien entendu probable que certaines des 400 personnes recherchées par Las Abuelas de Plaza de Mayo ne se manifestent pas tout simplement parce que leur famille a su admirablement protéger le secret de leur rapt et de leur adoption clandestine.
(3) Pendant la Dictature et juste après, une grosse partie de la population argentine, se sentant peu concernée par les questions politiques ("la politique, moi, bof !"), a bien sûr tout fait pour se protéger de cette réalité, allant jusqu’à nier l’existence du drame, attitude dont on a pu constater l’existence dans tous les pays que de semblables tragédies ont pu affecter. Il n’est que de voir l’exubérance fofolle du Consulat après la Révolution française, celle des Années Folles après la boucherie de la Première Guerre Mondiale ou la multiplication des boîtes de nuit moscovites aussitôt tombé le Mur de Berlin. Il faut plusieurs dizaines d’années pour que les gens puissent regarder en face la réalité historique dans ces cas d’extrême violence. Ce n’est sûrement pas un hasard si la télévision argentine peut proposer, avec un vrai succès populaire, une série sur les enlèvements d’enfants l’année même où le pays célèbre les 25 ans du retour de la Démocratie et va jusqu’au bout d’un certain nombre de procès contre quelques tortionnaires (qu’on appelle là-bas des "represores").