mardi 8 juillet 2025

Les Églises évangéliques dénoncent un discours clivant de Mileí [Actu]


Dimanche, dans la province de Chaco, Javier Mileí est allé haranguer les participants à une rencontre religieuse évangélique. Il a profité de l’occasion pour vomir ses insultes démentes contre l’État et en particulier contre tout ce qui ressemble à une politique sociale, dont il a osé affirmer qu’elle était par nature « contraire au respect de la propriété » et par conséquent contraire aussi aux principes fondateurs du « judéo-christianisme » (un concept qui n’existe ni en théologie ni en histoire socio-culturelle). C’est ainsi qu’il voue aux flammes de l’Enfer la doctrine sociale de l’Église (de quoi je me mêle ?) et son initiateur, le pape Léon XIII, ce prédécesseur lointain dont Léon XIV entend s’inspirer à l’heure du changement climatique et des ravages du capitalisme sauvage, précisément dérégulé par des gens comme Mileí.

Or il se trouve que le président argentin, qui se dit proche d’une obédience ultra-politisée et ultra-réactionnaire du judaïsme new-yorkais, le tout en dépit du fait qu’il n’a jamais eu le courage de se convertir et qu’il ne respecte même pas les devoirs élémentaires imposés par sa supposée foi (se marier, avoir des enfants), Mileí donc s’identifie volontiers et en toute modestie à Moïse, parce qu’il vient libérer le peuple opprimé par le socialisme ! Sa diatribe de dimanche, bileuse, enragée et écœurante, n’a donc pas manqué de faire réagir les autorités chrétiennes du pays et notamment un certain nombre d’organisations évangéliques qui s’étranglent devant l’outrecuidance dont fait preuve cet homme impie et cruel qui s’improvise théologien. En se proclamant croyant, l’homme blasphème sciemment les vérités révélées qu’il prétend honorer. La lettre ouverte que trois organisations viennent de publier est donc intitulée : « Ce n’est pas Moïse… Ce serait plutôt Pharaon ».

Quant au pasteur qui l’avait invité à conclure ce symposium et qui l’a reçu dans son lieu de culte, modestement baptisé Iglesia Portal del Cielo, il n’est pas piqué des hannetons lui non plus ! Le bonhomme prétend qu’un miracle est à l’origine de la construction du fameux temple qui peut abriter jusqu’à 15 000 fidèles dans l’une des provinces les plus pauvres de toute l’Argentine. Un jour, il aurait rangé ses économies dans un placard, soit 100 000 pesos argentins. Déjà, ce n’est pas très malin d’« enterrer cette somme », comme on dit dans la parabole des deniers, « au lieu de la placer à la banque » pour lui faire faire des petits (toujours la même parabole), surtout quand on connaît l’inflation permanente qui affecte l’économie argentine ! Or, lorsque, longtemps après, il a ouvert son placard pour « reprendre son bien » (même parabole) en vue de bâtir un modeste lieu de culte, les pesos argentins s’étaient transformés, à coup sûr par la grâce du Saint-Esprit, en autant de dollars US ! C’est-i pas émouvant, ça ?

Quel est l’imbécile qui va croire ou faire semblant de croire à cette histoire à part Mileí, toujours escorté de son éternelle frangine ?

Toujours est-il qu’hier la coupe était pleine et des évangéliques ont pris, les uns la plume les autres la parole, pour dénoncer les propos odieux du président, ses contresens, ses contre-vérités haineuses, son absence manifeste d’empathie et de compétence, ses mensonges et son instrumentalisation de la foi au profit d’une idéologie destructrice du lien social et de la solidarité qui ont toujours distingué la religion chrétienne parmi toutes les religions depuis l’origine, à la fondation de l’empire romain...


En Argentine, on se croirait maintenant vraiment aux États-Unis : Trump fait le même cirque avec les mêmes obédiences chrétiennes dont les fidèles, éructant de haine, n’ont probablement jamais lu les Écritures dont ils prétendent s’inspirer.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire le texte complet du discours de Mileí tel que La Nación l’a reproduit
lire l’article de Clarín sur le miracle des pesos transformés en dollars
lire l’article de La Nación sur ce même étrange miracle
lire le texte complet de la lettre des organisations évangéliques, sur le site de l’Église méthodiste argentine
lire l’article de Página/12 sur cette réaction de ces autorités protestantes
lire l’article de Clarín sur le même sujet
lire l’article de La Nación sur les déclarations, dans le même sens, d’un pasteur de Buenos Aires


Mise à jour du 9 juillet 2025 :
La justice fédérale dans la province de Chaco a décidé d’aller regarder d’un peu plus près les comptes miraculeux du pasteur. Le procureur fédéral soupçonne une manœuvre de blanchiment d’argent. Mais quel esprit mal tourné !
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12

Un nouveau petit-enfant retrouvé [Actu]

"L'identité fleurit toujours", dit le slogan de Abuelas


Un homme de 48 ans, qui n’a pas voulu révéler son identité, a retrouvé il y a quelques jours l’histoire de sa naissance. Sa sœur, Adriana, l’attendait depuis tout ce temps, depuis qu’une survivante des tortures subies sous la dictature avait pu annoncer à sa grand-mère que sa mère, Graciela Romero, née en 1952, avait accouché d’un petit garçon, en détention dans un camp clandestin de Bahía Blanca, après son arrestation arbitraire à Neuquén, en Patagonie.

Graciela était mariée à Raúl Metz, d’un an plus jeune qu’elle. Ensemble, ils avaient une petite fille, Adriana, aujourd’hui âgée de 50 ans.

Comme d’habitude, Abuelas de Plaza de Mayo a donné une conférence de presse pour commenter la nouvelle mais contrairement à la coutume, l’association n’a pas tenu cette rencontre à son siège mais à la Casa de la Identidad, son centre culturel au sein de l’ex-ESMA, à Palermo, ce grand complexe culturel que Javier Mileí veut fermer pour rendre les locaux aux forces armées afin de détruire la mémoire des crimes de la Dictature que cette ancienne école supérieure de mécanique de la Marine a abrités pendant les sept ans du régime putschiste.

"La vérité l'emporte à nouveau sur l'oubli",
titre Página/12 sur cette photo de Adriana, avec Estella de Carlotto,
en citant une phrase de la conférence de presse
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La conférence de presse a été l’occasion de redire la nécessité absolue de protéger et de maintenir les outils de la recherche des enfants enlevés à leurs familles par la dictature militaire, des institutions que Mileí menace aussi : la CONADI (commission qui avait pour mission d’enquêter sur ces sujets) et la Banque de données génétiques qui permet les rapprochements entre les familles qui recherchent une personne et les hommes et femmes qui ont des doutes sur leur identité. Dans les deux cas, Mileí veut détruire ces outils qui font pourtant référence dans le monde entier.

Les retrouvailles d’hier marquent la découverte du 140e petit-enfant sur les 300 bébés volés entre 1976 et 1983.

© Denise Anne Clavilier


Pour en savoir plus :

lundi 7 juillet 2025

L’Argentine façon Texas ou Colorado [Actu]

En français, pour rendre l'effet de l'expression
idiomatique qui sert de gros titre, on pourrait traduire :
"Ma Dalton" sur cette photo de la ministre Patricia Bullrich
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C’était l'une de ses promesses électorales : Mileí voulait libéraliser la vente d’armes, puisque les armes, après tout, c’est comme les bonbons, c’est des produits qui se vendent.

Il est en train de passer aux actes. Il a commencé à baisser l’âge minimum pour l’achat d’une arme, qui est passé au début de son mandat de 21 à 18 ans. Maintenant, il supprime l’organisme d’État qui contrôlait et enregistrait les permis de port d’arme et leur possession effective chez les particuliers, l’Agence nationale des matériels contrôlés (ANMAC), pour faire renaître un organisme antérieur qui avait prouvé son manque d’efficacité, le RENAR (Registro Nacional de Armas).

Le RENAR new-look dépendra du ministère de la Sécurité, dirigé par Patricia Bullrich, la créatrice de la doctrine Chocobar, qui prétend que tout policier qui fait usage de son arme est a priori considéré comme en légitime défense, ce qui inverserait la charge de la preuve (cela reste un slogan, la loi n’a pas évolué à ce propos). Selon le décret signé par Javier Mileí, le RENAR n’aura aucune compétence pour contrôler la détention des armes, il ne fera qu’enregistrer leur existence et leurs propriétaires.

C’est un demi-siècle de patient travail législatif pour discipliner la vente, la détention et l’usage des armes que le président entend envoyer en l’air.

Les associations qui luttent contre le développement de la violence dans la société argentine sont vent debout et font pression sur les parlementaires pour qu’ils annulent le décret présidentiel. Davantage d’armes en circulation, c’est plus de suicides, plus de féminicides, plus de meurtres en général et un risque considérable de voir arriver sur le sol argentin les meurtres de masse comme ils existent aux États-Unis dans les écoles, les universités, les centres commerciaux et en général partout où du monde se rassemble et où un dingue peut tirer dans le tas pour faire des morts.

Aujourd’hui, Página/12 semble le seul quotidien à s’émouvoir de ce décret.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12

samedi 5 juillet 2025

Mileí met la science sous surveillance [Actu]

Une cage pour la science, dit le gros titre
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En parfait imitateur de Donald Trump, Javier Mileí et son gouvernement viennent de mettre un terme à la liberté de la recherche en prenant sous leur contrôle étroit l’agence qui distribue les fonds publics aux organismes de recherche.

Désormais, les subventions iront à des projets ou des thèmes qui auront l’agrément du pouvoir politique alors que jusqu’à présent, cette agence était dirigée par onze professionnels capables de déterminer le professionnalisme d’un projet et de distribuer les fonds selon des critères scientifiques. C’est l’un des piliers méthodologiques de la recherche : les travaux doivent être évalués par des collèges de pairs, des confrères et des consœurs qui connaissent la réalité des pratiques et l’état d’avancement des savoirs dans la discipline concernée. Au lieu de ces onze personnes rémunérées, il n’y aura plus qu’un directeur, assisté de deux personnes qui exerceront leurs fonctions bénévolement et distribueront donc les crédits de manière discrétionnaire.

Le financement de la recherche qui devrait être de 0,45 % du PIB n’en représente plus aujourd’hui que 0,15 %, soit moins de ce qui existait en 2002, au lendemain de la terrible faillite de toute l’économie nationale à Noël 2001. Depuis que Mileí est arrivé au pouvoir, une bonne partie du budget alloué par la loi à la recherche publique n’a jamais été exécutée.

On peut craindre pour de nombreux sujets en recherche médicale, notamment les vaccins et les handicaps, quelle que soit leur origine (Mileí est antivax et méprise les situations de handicap), en climatologie, notamment ceux portant sur le changement climatique (Mileí est climatosceptique), en biologie, en particulier tout ce qui touche à la biodiversité, en histoire, en économie et en sociologie, des disciplines que Mileí rêve de transformer en outils de propagande, et la liste n’est pas exhaustive. Seule la recherche appliquée et immédiatement industrialisable semble trouver grâce aux yeux de ces imbéciles qui gouvernent actuellement l’Argentine parce qu’ils se sont persuadés que ce type de recherche est rentable alors que l’autre ne le serait pas. Or tout doit être rentable et d’une rentabilité compatible avec un tableau Excel. Si on parle de soft-power, de développement à long terme, d’économie du savoir, Mileí et consorts tournent les talons en injuriant tout le monde.

Il faut donc encore et toujours rappeler qu’il n’y a pas de recherche applicable, traduisible en produits et en services, sans une recherche fondamentale sur laquelle s’appuyer et que la recherche fondamentale ne peut exister qu’avec des chercheurs libres de leurs sujets et de leurs méthodes. La recherche fondamentale est celle dont ceux qui n’y connaissent rien disent qu’ils aimeraient voir des chercheurs qui trouvent au lieu de chercher. Ce « bon mot » les fait beaucoup rire et amuse aussi les chroniqueurs économiques dans les médias mais il fait surtout la preuve d’une ignorance considérable concernant le fonctionnement de la recherche. La plupart des grandes découvertes doivent autant à la solide méthodologie de leurs auteurs qu’au hasard, au débat souvent très vigoureux entre pairs et à l’audace d’aller là où personne n’a jamais eu l’idée de s’aventurer.

De grandes voix dans le milieu scientifique s’élèvent pour condamner cette évolution réglementaire et administrative contraire aux intérêts du pays et au développement de sa place dans le monde. La fuite des cerveaux est déjà une réalité et ces décisions suicidaires vont l’accélérer encore même si la concurrence des chercheurs des États-Unis, qui fuient la fascisation de plus en plus visible dans leur pays, va augmenter la concurrence sur le peu de postes immédiatement disponibles dans les pays démocratiques où la recherche n’est pas sous surveillance politique. De notre côté, notamment en Europe, il va falloir que l’on fasse des efforts considérables dans les années à venir pour récupérer ce flot de chercheurs formés et de qualité, qu’ils viennent du nord ou du sud.

Rappelons qu’en Argentine, il n’y a pas de recherche financée sur des fonds privés contrairement à ce qui existe aux États-Unis où toutes les grandes universités sont des organisations privées qui ne dépendent que partiellement de l’État.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12

vendredi 4 juillet 2025

Le triomphe christique de Cristina [Actu]

"Lula lui aussi a été persécuté et il est revenu
grâce au vote populaire", dit le gros titre
sur l'une des deux photos publiées par Cristina Kirchner
Au-dessus : le froid intense à Mar del Plata (au sur de Buenos Aires)
"Et maintenant la tronçonneuse a coupé le gaz"
Il n'y a plus de chauffage dans la station balnéaire
symbolisée par ce morse exceptionnellement enneigé
sur la promenade maritime.
Les écoles ont été fermées
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Il l’avait annoncé. Il l’a fait. Hier midi, Lula a profité de la réunion du Mercosur à Buenos Aires pour la passation de témoin entre Mileí et lui à la présidence tournante de l’alliance pour rendre visite à Cristina, détenue chez elle depuis l’arrêt contesté de la Cour suprême. Le juge d’application des peines n’avait pas osé lui refuser l'autorisation de visite d’un homme aussi charismatique dans les milieux populaires sud-américains.

"Mileí menace le Mercosur : assouplissement ou on s'en va",
dit le gros titre sur cette photo où Mileí est le seul renfrogné
En bas : "Continue à te battre", semble dire Lula
en serrant Cristina dans ses bras
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Dans le froid intense qui règne actuellement sur les rives du Río de la Plata (1), la voiture du président brésilien a dû se frayer un passage dans une foule très dense, répartie des deux côtés de cette rue assez étroite, jusqu’à la porte d’entrée de l’immeuble. Les images sont là. Elles ont tourné sur toutes les chaînes de télé, argentines et étrangères… Celles-là même que la droite argentine s’est bataillée pour qu’elles n’existent pas, celles qui prouvent la popularité intacte de Cristina Kirchner. Encore raté !

"On prévoit une inflation de 22,7% par an
et le dollar à 1229 pesos en décembre"
En-dessous, l'une des deux photos de la rencontre
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Et pendant que Mileí, flanqué de son éternelle sœur-épouse, faisait étalage de sa hargne toujours aussi immature et de sa haine démentielle envers le Mercosur, n’hésitant pas dans son dernier discours de président de l’alliance à menacer de la quitter si ses caprices déréglementariens n’étaient pas satisfaits, Lula, sans dire un mot, rendait espoir à la gauche argentine par sa seule présence, pendant une heure, chez la madone toute de blanc vêtue du péronisme modernisé, dans un appartement meublé d’une manière simple, de bon goût et sans ostentation, au deuxième étage de cet immeuble typique d’un quartier ordinaire du centre historique de Buenos Aires.

"La crise de fourniture de gaz est de plus en plus aigüe :
il y a de plus en plus de coupure dans la distribution",
dit le gros titre
En-dessous, La Nación, journal de droite,
met en regard l'attitude renfrognée de Mileí
et les chaleureuses retrouvailles de Lula et Cristina
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Lui aussi a été condamné à de la prison et il s’est retrouvé littéralement derrière les barreaux pour des histoires de corruption dont il a été établi plus tard qu’elles étaient un tissu de mensonges, une conspiration de la droite brésilienne pour l’écarter du scrutin présidentiel où sa victoire s’annonçait. Puis il a fini par retrouver sa liberté et son éligibilité et il a de nouveau et brillamment été porté à la tête de son pays !

Dessin de Daniel Paz et Rudy, hier, à la Une de Página/12
Le jeune à gauche : Qu'est-ce qu'il fait froid !
L'oligarche à droite : ll faut voir le bon côté des choses.
Cristina ne sortira pas sur son balcon
Traduction © Denise Anne Clavilier
Encore raté !
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De l’entretien lui-même, on n’a presque rien : deux photos publiées sur le compte X de l’ex-présidente, avec un commentaire combatif et rudement bien tourné, et le tour est joué. Une sobriété à toute épreuve.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación



(1) Et nettement au-delà. Très au nord de Buenos Aires, dans la province subtropicale de Corrientes, on a photographié des carpinchos (les plus gros rongeurs au monde, ils ont la taille d’un gros chien) patiner sur la glace exceptionnelle des étangs de Iberá, immense réserve naturelle qui est l’un de leurs habitats ordinaires. Comme dans un dessin animé de Walt Disney de la grande époque, ils ont l’air de ne pas en croire leurs yeux ! Pauvres bêtes qui payent les pots cassés de nos bêtises humaines...

mercredi 2 juillet 2025

L’affaire YPF relance le débat public en Argentine [Actu]

Un "aigle" à deux têtes : celle de ce vautour (carancho)
et de la juge new-yorkaise Preska
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Le discours quelque peu discordant du président Javier Mileí (1), qui interjette appel du jugement exigeant de l’Argentine l’abandon à un plaignant institutionnel de 51 % du capital de YPF, laisse dubitatifs les juristes, les observateurs et de nombreux acteurs politiques : en effet, Mileí fait porter à un gouvernement précédent, celui de Cristina Kirchner, la responsabilité, voire la faute originelle. Ce qui revient à l’attribuer au pays lui-même et par conséquent à fragiliser la position en défense que les avocats de l’Argentine vont devoir développer devant la cour d’appel. Le chef de l’État devrait au contraire avoir à cœur de montrer la continuité de l’action publique argentine et l’unité de la nation dans la défense de sa souveraineté, de sa liberté d’action économique et du respect de ses lois démocratiquement établies.

Qui plus est, on découvre que l’un des avocats qui représente les intérêts de l’Argentine est aussi l’un de ceux qui travaillent pour Donald Trump ! Sans parler des honoraires exorbitants qu’il facture (jusqu’à 1 796 dollars de l’heure, selon Clarín).

"Le gouvernement ne cède pas devant Preska", dit le gros titre
avec cette photo de la juge, cette fois de face
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Répondant aux insultes du président, le gouverneur de la Province de Buenos Aires, Axel Kiciloff, qui était ministre de l’Économie lors de la nationalisation de YPF en 2012, a répliqué fortement : il annonce lancer un enquête sur les conflits d’intérêts probables de Mileí dans cette histoire. En effet, il soupçonne le président d’avoir des liens avec la société bénéficiaire de l’absurde décision de la juge new-yorkaise, en paiement d’une condamnation elle-même très discutable. On ne prête qu’aux riches et Mileí a déjà démontré qu’il avait conservé dans l’exercice de son mandat présidentiel des intérêts contraires à ceux du pays.

Tout le monde a désormais compris en Argentine que, par les temps qui courent, maîtriser l’extraction, le raffinage et la distribution des combustibles fossiles avantage le pays et sa population, même si à la pompe, le carburant reste trop cher à cause de l’inflation qui ne cède pas (contrairement à ce que Mileí veut faire croire au monde entier avec la complicité de journalistes qui ne connaissent pas l’Argentine). A peu près tous les Argentins conviennent maintenant qu’il s’agit de faire respecter la souveraineté nationale. Et ils ont tous un exemple en tête : il y a plusieurs années, toujours sous la présidence de Cristina Kirchner, des créanciers, qui ne parvenaient pas à obtenir satisfaction devant les tribunaux, avaient exigé du Ghana la saisie du navire-école de la Marine argentine, qui venait de faire escale dans un port de ce pays, au cours d’un voyage de formation de son équipage. Christina Kirchner avait porté l’affaire devant la justice internationale et obtenu que celle-ci ordonne au Ghana de libérer la frégate, un outil de souveraineté insaisissable par nature.

"YPF : le gouvernement demande à la juge Preska
de suspendre son arrêt et dit qu'il ne négociera pas",
dit le gros titre, sans photo cette fois-ci
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Cette fois-ci, c’est la justice d’un État fédéré, dépourvu de compétences régaliennes, qui s’en prend à un autre bien argentin, dont le caractère souverain sera plus difficile à argumenter dans le droit new-yorkais et washingtonien (et non pas encore devant la justice internationale).

"Le gouvernement demande la suspension de l'arrêt Y.PF :
C'est inapplicable", dit le gros titre
En-dessous : le même fait divers affreux
(une famille est morte cette nuit à Villa Devoto,
à Buenos Aires, à cause d'une fuite de monoxyde de carbone
alors qu'un froid polaire règne sur la région depuis plusieurs jours
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L’intrication des affaires judiciaires lancées par de multiples investisseurs institutionnels et racheteurs sériels de dettes publiques ou privées, autour des nationalisations et des renégociations successives de la dette argentine, permet de faire porter une accusation grave contre Cristina dont la condamnation définitive et la mise en résidence surveillée il y a quelques semaines n’ont en rien diminué le prestige, la popularité et l’influence politique, contrairement à ce que la droite espérait. Il faut donc lui taper dessus encore et encore, devoir dont un éditorialiste de La Nación s’acquitte ce matin avec une perversité écœurante. Comme Mileí, il s’efforce en effet de démontrer que Cristina porte la responsabilité ultime de la décision de la juge new-yorkaise, qui, de toute évidence, a pourtant outrepassé ses compétences territoriales en traitant un pays souverain en simple justiciable qui aurait le devoir de répondre de ses actes devant la justice de l’État de New-York.

C’est la loi de la jungle qui règne désormais un peu partout et certaines personnalités en Argentine en profitent pour se faire mousser. Or ce sont des dirigeants comme Mileí, Trump et Poutine qui permettent que cela existe.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Une de Página/12
lire cet article de Página/12 sur les déclarations de Kiciloff
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de Clarín sur les propos de Kiciloff
lire l’éditorial ultra-partisan de La Nación



(1) Mileí vient de se faire publiquement renier par son « copain » Elon Musk à qui il avait offert une « magnifique » tronçonneuse plaquée en métal précieux (qui a payé ?) lors d’une rencontre du CPAC (le forum des droites) aux États-Unis. Menacé de se faire expulser du pays par Donald Trump, Musk, qui, on l’a vu, ne respecte aucun principe éthique, vient de jeter Mileí sous le bus, comme on dit en anglais, en reconnaissant avoir fait preuve d’un « manque d’empathie » lorsque, sur scène, il avait brandi le cadeau que le président argentin, qu’il traitait en faire-valoir, venait de lui remettre. Musk était alors à la tête du DOGE, que tout le monde vomit chez l’Oncle Sam, à part quelques MAGA irrécupérables, et qu’un Mileí mégalomane prétendait tout droit inspiré de sa propre politique de destruction du budget de l’État en Argentine.

mardi 1 juillet 2025

El Tango pide pista de retour à Pista Urbana [à l’affiche]


El Tango pide pista (le tango demande la piste) est un festival alternatif qui se tient tous les ans, depuis dix ans, dans un très sympa et très typique modeste café du quartier de San Telmo, dans la rue Chacabuco, dénommé Pista Urbana. Pista Urbana est une institution sans but lucratif, gérée par une association, et qui s’est donné pour mission d’accueillir tous les musiciens et tout le public, indépendamment de la taille du portefeuille.

Pendant tout le mois de juillet, en plein hiver austral, Pista Urbana proposera trente spectacles différents dans à peu près toutes les disciplines du tango, avec des chanteurs, des compositeurs, des instrumentistes, des danseurs, du cinéma. Le café ouvre sa piste et sa scène à des artistes authentiques qui ont bien souvent beaucoup de mal à se produire, en particulier depuis l’arrivée de Javier Mileí au pouvoir.

L’entrée est libre. La participation aussi et le programme est somptueux, même s’il est très difficile maintenant de rassembler du public en soirée, notamment dans cette petite rue secondaire, qui ne bénéficie pas de l’éclairage public abondant qui existe dans les avenues du voisinage. Sans parler des difficultés pour se garer si vous venez d’un peu loin... Les gens ont peu d’argent à consacrer aux loisirs et ils ont très peur de la violence qui monte très concrètement dans les quartiers même les plus paisibles depuis que le gouvernement a fait le choix de bannir toute politique sociale et de lui préférer la violence institutionnelle et économique. Et en plus, il fait un froid de canard en ce moment sur toute l’Argentine !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, qui donne la parole aux organisateurs du festival
lire l’article de Fractura Expuesta, le média spécialisé dans le tango alternatif, qui détaille le programme jour après jour
visiter le site Internet de Pista Urbana

YPF ferait l’union sacrée ? On rêve ! [Actu]

"Ordre est donné de livrer 51% de YPF
à cause de l'expropriation kirchneriste", dit le gros titre
La Nación jette sur la Une ce ce qui ressemble à
une authentique colère et donne aussi un petit coup
de griffe pour faire bonne mesure !
Il ne faudrait pas que le lecteur les croit acquis à Cristina...
En-dessous : une image rare, la neige
sur la plage de Miramar, dans la Province de Buenos Aires
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YPF est la société pétrolière nationale argentine qui exploite les gisements (yacimientos) de pétrole découverts en Patagonie en 1907, depuis l’extraction jusqu’à la distribution aux clients finaux des produits raffinés. Sa création comme société nationale date de 1922, sous la première présidence de gauche de l’histoire du pays, celle de Hipólito Yirigoyen (1852-1933).

En 1991, dans la grande et catastrophique vague de privatisation voulue par Carlos Menem, le président préféré de Javier Mileí, son modèle vénéré, YPF a été livré au marché et tous les profits de cette part considérable du sous-sol argentin ont fini par partir en Espagne, dans les caisses de Repsol, qui avait intégré l’entreprise argentine dans le périmètre de sa holding. En 2012, la présidente Cristina Kirchner a renationalisé l’entreprise. Axel Kiciloff, qui est aujourd’hui le très combatif gouverneur de la Province de Buenos Aires, était son ministre de l’Économie et c’est sous sa direction que l’opération technique a été menée de bout en bout, avec un vote conforme au Congrès. Depuis 2012, les anciens détenteurs privés du capital de YPF poursuivent l’Argentine sous toutes les formes possibles.

"L'héritage maudit du kirchnerisme", dit le gros titre
méchant, mais consterné lui aussi !
A gauche, le journal de l'extrême-droite catholique
choisit de clouer au pilori les socialistes espagnols.
Cela doit leur faire du bien de taper sur la gauche...
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Aujourd’hui, l’État argentin détient 51 % du capital de YPF et il n’y a plus de différent avec Repsol depuis longtemps. Le pétrolier espagnol a signé avec la République Argentine un accord qui n’a jamais été contesté depuis.

Cependant, deux sociétés d’investissement privé, qui ne réalisent en fait que des achats spéculatifs, notamment sur les titres de dette d’autres sociétés, sans aucun égard pour les enjeux industriels des entreprises dont ils se font les prédateurs, se sont tournées vers la justice de l’État de New York, aux États-Unis, où elles sont enregistrées, pour faire rendre gorge à l’Argentine, pays souverain, que les deux juges locaux successifs traitent comme n’importe quel acteur économique privé, déniant à ce pays étranger et démocratique sa liberté de disposer de son sous-sol selon les règles de sa constitution. La gauche argentine, alors encore au pouvoir, a surnommé ces deux sociétés les fonds vautours (fondos buitre), une expression qui a fait florès dans toute la gauche occidentale. Ce qui est intéressant, c’est de constater que ce terme s’est maintenant imposé dans toute la presse argentine, y compris très loin à droite.

"Aux Etats-Unis, on ordonne que YPF cède
51% de ses actions", dit le gros titre
au-dessus d'une autre photo de plage enneigée
au sud de Buenos Aires
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En première instance, il y a deux ans, la justice new-yorkaise a prétendu imposer à l’Argentine le paiement de compensations faramineuses aux « propriétaires lésés » par la nationalisation et hier, la juge a décidé que ces compensations seraient réglées sous la forme d’une cession de 51 % du capital aux deux sociétés plaignantes.

Et ô miracle !, Mileí, qui veut pourtant tout livré au marché, vient d’annoncer son intention de faire appel de ce jugement, tout en prenant soin de rejeter la faute, comme une partie de la presse de droite, sur Kiciloff, qu’il appelle le « soviétique de La Plata ». On est en campagne électorale et à La Plata, l’actuel président ne parvient pas à bien se placer pour le scrutin d’octobre, or la Province de Buenos Aires est la plus peuplée du pays.

Malgré ces tartarinades électoralistes, une certaine unanimité semble se dessiner dans la presse contre ce jugement grossier qui bafoue une nouvelle fois la souveraineté argentine. On n’en était vraiment pas là il y a un peu plus de dix ans lorsque cette bataille judiciaire interminable s’est engagée !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Página/12
lire l’article principal de La Prensa
lire l’article de Clarín qui réserve à ses abonnés son article de Une
lire l’article principal de La Nación