vendredi 20 mai 2022

Devant Lavrov, l’Argentine demande un cessez-le-feu en Ukraine [Actu]

"L'Argentine à la Russie : Arrêtez la guerre", dit le gros titre bleu
En bas, un édito sur Vladimir Poutine ("un ours en papier ?"
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L’Argentine, qui fait partie du G20, a été invitée par la Chine à participer aux travaux de cet autre groupe informel que ses membres fondateurs ont baptisé les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). L’Argentine souhaite intégrer durablement les BRICS. Hier se tenait en visioconférence une réunion des ministres des Affaires étrangères de ces pays.

Le ministre argentin, Santiago Cafiero, y a pris la parole pour demander un cessez-le-feu en Ukraine, alors que Sergueï Lavrov représentait la Russie. L’Argentine, qui fait partie des pays qui ont empêché le G20 d’exclure la Russie mais qui a condamné l’invasion de l’Ukraine et voté l’exclusion de la Russie du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, reste donc fidèle à sa ligne de crête, bien digne d’un pays neutre mais si difficile à tenir. L’Inde a elle aussi appelé au cessez-le-feu et la Chine a réclamé le respect des territoires des pays souverains.

Le ministre argentin se trouve au troisième niveau depuis le haut
tout à gauche
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Página/12 et La Nación n’ont pas consacré d’article particulier à cette position ; les deux quotidiens tiennent un journal des événements sur leur site en ligne, sous une seule et même adresse numérique. La Prensa et Clarín ont introduit l’information dans leur édition papier.

La guerre en Ukraine continue à intéresser l’opinion publique argentine. En trois mois, Zelensky a réussi à maintenir ce conflit dans l’actualité de nombreux pays, ce que ses prédécesseurs n’avaient pas fait : on avait oublié la guerre dans le Donbas et l’annexion de la Crimée à la Russie était devenue une affaire entendue pour les opinions publiques hors de la plupart des pays de l’ancien Pacte de Varsovie (eux n’ont jamais fait passer cette histoire par pertes et profits).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

jeudi 19 mai 2022

Hommage à Tanguito un demi-siècle après sa mort [Actu]


Tanguito, surnom de José Alberto Iglesias, fut l’un des pionniers du rock argentin à l’orée des années 1960. Il fit partie d’un groupe où brillait aussi Litto Nebbia, qui allait bientôt lui faire de l’ombre, et fit une courte carrière solo. Il est mort il y a cinquante ans, à l’âge de 26 ans.

On attribue souvent à Tanguito la co-composition avec Litto Nebbia de la première chanson rock à texte de langue espagnole, La Balsa (le radeau) (1), mais ce morceau est enregistré à la SADAIC (la société des auteurs et compositeurs argentine) sous le seul nom de Nebbia.

Né dans un foyer très modeste, à Caseros, dans la banlieue ouvrière au sud de Buenos Aires, et sans doute mal armé pour affronter le succès phénoménal de son groupe, il a très vite dévissé. Il s’est éloigné de ses amis musiciens et s’est noyé dans la drogue et les troubles mentaux. Dans une Argentine alors ultra-répressive, il a atterri en prison puis en hôpital psychiatrique.

Un disque posthume d'enregistrements de studio datant de 1967
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C’est en tentant de s’évader d’hôpital sinistre (aujourd’hui le très moderne et très efficace Hospital Borda), qu’il a trouvé une mort horrible, écrasé par un train alors qu’il traversait la voie pour rejoindre Caseros.

Il a laissé dans la mémoire de la musique populaire argentine le souvenir d’un Arthur Rimbaud. Trois quotidiens d’envergure nationale rappellent son souvenir et sa courte trajectoire ce matin.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación, richement illustré en ligne par des enregistrements du musicien.



(1) La Balsa est présentée avec sa traduction en français dans Deux cents après, le Bicentenaire de l’Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango (Tarabuste Éditions).

L’ouverture de Cannes n’a pas échappé à l’Argentine [ici]

"A visage découvert", dit le gros titre
en faisant allusion à l'absence du masque enfin à Cannes
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Le festival de Cannes ne passe jamais inaperçu dans la presse argentine mais cette année, avec le retour après le covid de la manifestation au palais cannois et cette spectaculaire adresse du président ukrainien Volodymyr Zelensky aux festivaliers, l’attention des journalistes monte d’un cran.

D’autant que bientôt, sur un service de télévision privée, et donc payante, HBO Max (1), les Argentins pourront voir la première saison de la série Serviteur du peuple, où Zelensky incarne un professeur d’histoire patriote qui devient président d’une Ukraine dont il parodie, avec gravité et burlesque à la fois, tous les travers visibles pour le citoyen de base.

Cela se comprend tout seul !
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Clarín s’intéresse à cette ouverture par son côté people et tapis rouge avec une galerie de photos sur les tenues extravagantes des stars (sur le site internet) et à Forest Whitaker, en photo dans l’édition imprimée d’hier (ci-dessus), posant avec sa palme d’or d’honneur remise la veille, tandis que La Nación arrête surtout son regard sur Tom Cruise, la suite de Top Gun et le salut de la Patrouille de France sur la Croisette.

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Seul Página/12 prend le temps de relater [et surtout de critiquer (2)] le discours de Volodymyr Zelensky (3), en reprenant les citations cinématographiques et le parallèle entre son destin et celui de Charlie Chaplin, suggéré par l’orateur lui-même (pour qui c’est une référence clé dans sa trajectoire de vie). Tandis que la une du supplément culturel quotidien, Cultura y Espectáculos, reproduit simplement l’affiche du festival, en pages intérieures, l’article quant à lui s’ouvre sur la photo du gigantesque Zelensky sur grand écran, avec ce titre façon feu d’artifice : « Festival de Cannes 2022 avec accent français et président ukrainien ».

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) C’est dans cette annonce que La Nación évoque, en un paragraphe de trois phrases, l’allocution présidentielle à Cannes. Zelensky ne s’est pas encore adressé au Congrès argentin (ni au parlement uruguayen d’ailleurs, pourtant à majorité de droite). Il est fort probable que Cristina Kirchner, en sa qualité de présidente du Sénat, ne souhaite pas accueillir cette parole (à bas bruit, elle semble bien continuer à soutenir Poutine, à tout le moins, elle en a toute l’apparence) et comme Sergio Massa, président de la Chambre, l’a ralliée en politique intérieure, il n’y a guère de chance que cela se produise prochainement.

En France, comme dans d’autres pays européens qui participent à Arte, la première saison de la série, intégralement et très bien sous-titrée en français (et dans les autres langues de la maison), est disponible sur le site Internet d’Arte et visionnable gratuitement jusqu’à la fin de l’année 2022.
(2) Dans le sillage partisan (et passablement sectaire au détriment des intérêts de la gauche et du pays) de Cristina Kirchner et plus généralement de la gauche sud-américaine, Página/12 se montre assez critique, pour ne pas dire sévère, envers Zelensky tout en reconnaissant tout de même que dans la situation présente, ce n’est pas vraiment lui qui tient le rôle du méchant. Mais qui fait donc le méchant ? Cela n’a pas l’air très clair. Ce qui ne manque pas de sel puisque ces journalistes se réclament à cors et à cris du nunca más concernant la dictature militaire de 1976-1983 en Argentine, de la stricte indépendance de leur pays et de la fin du colonialisme sous toutes ses formes (et Dieu sait qu’il en a puisque quand on le chasse par la guerre, il revient par le commerce, la dette nationale ou le vote à l’ONU). Or lorsque la Russie est la puissance colonisatrice et qu’en plus, elle est dirigée par un bon vieux dictateur de derrière les fagots qui censure, déporte, emprisonne et empoissonne à qui mieux mieux, leur sévérité disparaît comme par enchantement !
(3) Dans Clarín, le même événement occupe un paragraphe de deux phrases toutes simples.

mercredi 18 mai 2022

Le seuil de pauvreté a augmenté plus que l’inflation [Actu]

Infographie de synthèse du rapport
établie par l'INDEC


Hier, avant que tout le pays se fige aujourd’hui pour faire les opérations manuelles du recensement général national (1), l’INDEC (institut national argentin des statistiques), a publié son rapport mensuel sur les seuils de pauvreté et d’indigence qu’il mesure grâce à deux paniers de base dont les prix sont relevés à Buenos Aires et dans sa banlieue, la zone du pays la plus densément peuplée. Le panier exclusivement alimentaire permet de mesurer le seuil d’indigence. L’autre panier, celui qui combine produits alimentaires et services de base, sert à mesure celui de la pauvreté.

Dans un cas comme dans l’autre, le taux d’augmentation dépasse celui de l’inflation pour le même mois d’avril. 6 % d’inflation, 6,2 % de hausse du seuil de pauvreté et 6,7 de hausse pour le taux d’indigence.

Ce qui donne dans les deux cas des variations annuelles largement supérieures à 50 %.

Il faut à présent un revenu de 33 856 pesos argentins à un foyer de trois personnes pour sortir de l’indigence et pouvoir simplement manger. Inutile de préciser que cela représente pas mal d’argent et que beaucoup de gens ne sont pas en capacité d’en gagner autant dans une activité déclarée et pleinement intégrée au système social officiel.

Bref, c’est une catastrophe sans surprise certes mais une catastrophe tout de même, à l’heure où la quatrième vague de covid montre le bout de sa courbe exponentielle.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Pour tous ceux qui ne peuvent pas ou ne savent pas faire les opérations en ligne, 600 000 recenseurs parcourent aujourd’hui les villes et les campagnes en porte à porte. Le dernier recensement en date avait été réalisé en 2010. Il avait montré que l’Argentine avait 40 millions d’habitants. Des évaluations intermédiaires permettent d’évaluer aujourd’hui la population autour de 45 millions.

mardi 17 mai 2022

Excellent bilan pour la Feria del Libro [Disques & Livres]

Photo Fernando de la Orden


Avec plus d’un million trois cent mille entrées, la Feria del Libro 2022 est un succès inespéré après deux ans sans manifestation présentielle. Ce plus grand salon du livre d’Amérique du Sud a fermé ses portes hier, lundi. Il y a eu près de 150 000 entrées de plus que lors de la dernière édition.

D’après les premiers chiffres collectés, le chiffre d’affaires des exposants aurait augmenté entre 10 et 25 % par rapport à la dernière édition présentielle, en 2019. Le phénomène est donc peut-être similaire à ce que la France a connu : après les confinements, les lecteurs se ruent sur les livres et reviennent à l’objet traditionnel. Le bon vieux bouquin à tenir en main et à feuilleter. Une excellente nouvelle puisqu’il y a eu des craintes fortes dans le secteur de voir ce marché s’effondrer à jamais.

Pendant toute la durée du salon, les photos montraient en effet une foule dense dans les allées de parc des expositions de Palermo. Et ce dès les toutes premières journées, traditionnellement réservées aux professionnels.

Les activités annexes, présentations, conférences, tables-rondes, ateliers, récitals, semblent elles aussi avoir fait le plein.

Un succès dont toute la presse se réjouit. Ce n’est pas tous les jours qu’un sujet rencontre une telle unanimité. Étrangement, c’est Página/12 qui manque à l’appel (mais le site Internet du journal semble connaître des dysfonctionnements majeurs depuis la fin de la semaine dernière).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lundi 16 mai 2022

La première sainte uruguayenne, qui venait d’Italie [Actu]

Une religieuse prend en photo l'écran
au moment où le pape prononce la phrase rituelle en latin
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Hier, à Rome, sur une place Saint-Pierre où on n’aurait pas pu glisser une aiguille, le pape François a donné à l’Église universelle dix nouveaux saints (il a rattrapé le temps perdu pendant la pandémie). En France, on n’a parlé que de Charles de Foucauld. Mais en Uruguay, c’est une Piémontaise qui était à l’honneur : sainte Francisca Rubatto, née en 1844, près de Turin, et morte à Montevideo, en 1904, alors qu’elle venait de Gênes pour visiter l’un des couvents qu’elle avait fondés dans le nouveau monde.


L'info est traitée à droite, à mi-hauteur
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Franciscaine et disciple de saint Jean Bosco (comme il est connu en français), autre Italien dont l’œuvre (éducative) s’est abondamment répandue en Amérique du Sud, elle repose aujourd’hui dans la capitale uruguayenne, là où elle est décédée et où elle a été ensevelie, un couvent dont la chapelle est devenue un sanctuaire dédié à sa mémoire.


La sépulture de la sainte, près de l'autel du sanctuaire
où elle est vénérée
Image Archidiocèse de Montevideo
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Les Montévidéens ont dû se lever bien avant l’aurore pour assister en direct, soit de chez eux, soit au sanctuaire même, à la messe de canonisation qui a commencé à 9h50 à Rome.


La cellule de la sainte a été transformée en musée

C’est une grande fête pour l’archidiocèse de Montevideo et au-delà pour l’ensemble de l’Uruguay, y compris une partie de la population qui se détourne ordinairement de l’Église. El Diario La R. Digital en porte témoignage : l’information figure en titre secondaire à la une et une page entière lui est consacrée à l’intérieur. Le quotidien, anciennement La República, appartient pourtant à une gauche très fâchée avec ce courant de la tradition nationale.

En Argentine, La Prensa est le seul journal
à mettre l'info à la une mais c'est discret
(Au centre tout en bas)
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Le lieu du décès étant en droit canon celui qui détermine la compétence territoriale pour l’introduction de la cause en béatification et en canonisation, la nouvelle sainte est considérée comme uruguayenne et c’est la première fois qu’un diocèse de ce pays peut offrir à l’édification du peuple une personne canonisée. Pour un pays aussi attaché à la tradition catholique, cette élévation sur les autels revêt donc une grande importance patriotique, à tel point que le parlement rendra hommage demain à la toute neuve sainte.

Le Chambre des Représentants rendra hommage
à la sainte demain à 18h
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Le cardinal Daniel Sturla, archevêque de Montevideo et premier cardinal uruguayen, était à Rome pour concélébrer avec le Saint-Père, avec lequel il a de très bonnes relations personnelles.

La page de Diario La R. Digital de ce matin
En haut à droite, Daniel Sturla pendant la messe
de canonisation
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

en Argentine :
lire l’article de La Prensa (journal de la droite catholique)
lire l’article en ligne de Clarín (il ne figure pas dans l’édition imprimée)
lire l’article de La Nación
à Rome (service de presse du Saint-Siège) :
lire l’article en italien sur la sainte
lire l’article en espagnol

L’Argentine fait face à une nouvelle vague [Actu]

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Avec une augmentation spectaculaire des cas déclarés de covid-19, l’Argentine voit arriver une nouvelle vague d’infection au moment où la vie reprenait presque normalement (comme le prouve le succès de la Feria del Libro qui s’achève aujourd’hui) et où l’hiver pointe le bout de son nez.

Un grand classique observé dans de nombreux pays, notamment ceux au climat tempéré et avec quatre saisons, depuis deux ans et quelque que dure cette pandémie.

Après un été tranquille et le retour à la normale, sans masque ni distanciel, dans les écoles un peu partout dans le pays, la population a l’impression que le cauchemar est derrière elle. Les gestes-barrière sont délaissés. Le rythme de la vaccination a baissé. Toutes les troisièmes doses nécessaires n’ont pas toutes été réalisées alors que les premiers vaccins qui ont été proposés aux Argentins n’étaient pas les plus efficaces : Sputnik-V, dont les doses n’arrivaient pas à temps faute d’une capacité de production adéquate à Moscou, et Sinopharm (puis Sinovac), les sérums chinois dont les résultats ne sont pas très satisfaisants. Or comme la quasi-totalité des pays disposant de peu de ressources financières, l’Argentine a dû accepter la « diplomatie des vaccins » de deux puissances politiques en délicatesse avec le respect des droits de l’homme. Le fait qu’à la fin du mois de février, le gouvernement argentin ait dénoncé, non sans courage, l’invasion de l’Ukraine par la Russie va sans doute entraver la livraison de vaccins autres que ceux des firmes états-uniennes.

Au cours des deux dernières semaines, le nombre de cas a été multiplié par trois par rapport à la quinzaine précédente et les chiffres de la semaine dernière à elle seule représentent le double de ceux enregistrés au cours de la précédente. L’Argentine se trouve donc à nouveau devant une courbe exponentielle (1).



L'info est traitée tout en bas
La photo est consacrée au succès public
de l'éclipse lunaire
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Pour le moment, les pouvoirs publics n’ont pas annoncé de mesures particulières. On s’attend cette semaine à ce que certaines dispositions reviennent perturber la vie quotidienne des Argentins, surtout dans les zones les plus densément peuplées : Buenos Aires et sa banlieue, Rosario et ses environs, pour ne citer que deux d’entre elles.

On enregistre le même phénomène dans les pays limitrophes.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :


Ajout du 17 mai 2022 :
La ministre de la Santé,
masque noir sur le visage, a annoncé officiellement l’arrivée de la quatrième vague sans parler de retour de mesures sanitaires particulières. Elle a seulement appelé les Argentins à la prudence.
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación



(1) Tant en France qu’en Argentine, la pandémie nous aura au moins donné quelques notions de mathématiques qui faisaient défaut à la population générale.

samedi 14 mai 2022

La presse dit adieu au Marché de Liniers [Actu]

"I'm a poor lonesone cowboy", non ?
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Il aura fallu attendre ce matin, après les dernières enchères sur le territoire de Buenos Aires dans la journée d’hier, pour que Página/12 et La Prensa s’intéressent à cet événement qui marque un avant et un après dans l’histoire de Buenos Aires.

Quant aux deux autres quotidiens d’envergure nationale, qui ont accompagné l’événement pendant la semaine, ils mettent l’info à la une ! Les articles imprimés sont à peu de choses près ceux qu’ils avaient publiés en ligne ces derniers jours.

Dans Clarín ce matin !

La Nación consacre au défunt marché aux bestiaux deux pages complètes de son édition de ce matin. Clarín lui accorde six colonnes et la photo occupe plus de la moitié d’une des deux pages concernées.

On ne peut pas ne pas penser à l’indicible nostalgie qui saisit les Parisiens dans les années 1970 lorsque les Halles, qui avaient inspiré Émile Zola et de nombreux cinéastes, quittèrent les pavillons Baltard pour rejoindre Rungis et devenir un M.I.N, fonctionnel, commode, moderne, mais sans plus aucun lien avec la culture du pays ou de la ville.

A Cañuelas, l’historique Mercado de Hacienda deviendra le M.A.G. Tout aussi désenchanté qu’un M.I.N. Plus aucun fantôme littéraire ne hantera les lieux. Mais ce sera plus propre, plus large, plus confortable pour tout le monde et plus agréable pour travailler.

"Le Marché de Liniers a fermé et on cherche à éviter
une occupation illégale des lieux", dit le gros titre
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Ce matin, le Marché aux bestiaux de Liniers est devenu un univers de cartes postales anciennes. Comme dit Horacio Ferrer, le voilà « tombé dans le souvenir » (1).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Très beau tango sur la nostalgie de la Buenos Aires de son enfance et de sa adolescence : El tranvía que se cayo en el recuerdo, que j’ai traduit dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l’Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, Tarabuste Éditions, 2010.

La Ópera de retour sur Corrientes [Actu]


Après des travaux d’embellissement qui ont duré six mois, un bar historique, fondé en 1928 (à Buenos Aires, c’est déjà une antiquité), vient de rouvrir ses portes dans un carrefour mythique de la capitale argentine : Corrientes y Callao.

Un coin dont il est question dans un des tout premiers tangos du tandem Astor Piazzolla-Horacio Ferrer : Balada para un loco (1). « No ves que va la luna rodando por Callao »… Autre maître du tango qui fréquenta le lieu : Enrique Santos Discépolo, qui possédait un appartement à cette hauteur de l’avenue Callao. Un des grands créateurs du répertoire des années 1930 et 1940.

Le bar La Ópera est relancé ce week-end par le même patron qui a rouvert aussi La Giralda, autre établissement très connu du quartier et qui avait dû baisser le rideau au moment de la crise de 2018 (quand l’Argentine s’est à nouveau précipitée dans les bras pas très sympa du FMI). La même famille possède les deux établissements depuis une cinquantaine d’années.

A La Giralda, la spécialité est un chocolat chaud de type espagnol (mais très différent, il faut le reconnaître, de ce qu’on vous sert en Espagne). Les fondateurs voulaient rappeler Séville et Séville, c’est « chocolate con churros ».

L'intérieur de la salle avec vue sur Corrientes
On aperçoit la bouche de métro de la station Callao

A La Ópera, on fait plutôt dans la pizza portègne (la cheffe, issue du Sofitel de Buenos Aires, nous en promet 16 déclinaisons) et la paupiette de poulet farcie aux champignons (un plat de saison, on est en automne).

Pendant le week-end, la cuisine fonctionne non-stop toute la journée. En semaine, l’établissement sera ouvert seulement, si l’on ose dire, de 7 h à 1 h du matin. Ne dit-on pas que Corrientes ne dort jamais ?

Buenos Aires renoue avec ses traditions après les sinistres que le covid a semés dans son sillage. Cela va redonner du travail à pas mal de gens.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Ce classique d’entre les classiques, malgré une date récente (1969), est inclus dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, que j’ai publié aux Éditions du Jasmin avec les encouragements du poète qui avait aimé ma traduction. Je n’en étais pas peu fière, comme vous pouvez l’imaginer.

vendredi 13 mai 2022

Mercado de Liniers : un dernier au revoir au dernier jour du fonctionnement [Actu]

Carlos Durand est retraité mais il travaillait toujours


Aujourd’hui, vendredi 13 mai 2022, le marché aux bestiaux de Liniers ferme ses derniers stands pour rouvrir définitivement à Cañuelas.


Oscar Badolato était le vendeur de café officiel
du marché.
On le voit là avec tout son équipement de thermos en tout genre
En ville, ces marchands ambulants ont leur matériel
sur un petit chariot. On les hèle directement au passage

A cette occasion, Clarín dressait hier sur son site Internet le portrait de deux modestes travailleurs du marché : le vendeur de café ambulant qui sert depuis 44 ans petits noirs et demi-crèmes dans les allées qui séparent les enclos et un bouvier à cheval, qui a fière allure en haut de sa monture.

Un bouvier

Aujourd’hui, ce sont d’autres portraits plus pittoresques les uns que les autres que proposent le site du journal.

Un contremaître

Avant-hier, le quotidien s’arrêtait sur les activités qui se tiennent autour du marché et qui risquent de disparaître : restaurants, taxis

Photo d'archive non datée
Visite des clients à cheval avant les enchères

Nostalgie, nostalgie !

Une équipe de commissaires-priseurs de nos jours

C’était le dernier lieu de culture authentiquement rurale qui résistait dans une capitale argentine qui a vécu de l’activité agricole pendant les quatre premiers siècles de son existence depuis sa fondation en 1580. La mégapole sera désormais exclusivement urbaine. Ce sont des racines culturelles qu’on arrache au profit d’une organisation plus fonctionnelle.

Luciano Louge, patron éleveur de la ville de Olavarría
à environ 300 km de Buenos Aires

Les 43 hectares du marché devraient faire l’objet d’un vaste chantier immobilier, selon une loi votée par la Legislatura en 2019, à moins que différents collectifs locaux ne viennent dès ce soir les occuper façon ZAD : les organisations de sans-abris, les coopératives de travail populaire, les associations culturelles et artistiques ne manquent pas dans ce coin pauvre de Buenos Aires, laissé pour compte par le gouvernement local qui n’aspire qu’à faire des affaires partout et à tout gentrifier en faisant fuir les habitants les plus modestes, au lieu d’améliorer leurs conditions de vie. Clarín se fait même l’écho de ces revendications des habitants du quartier.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín d’avant-hier
lire l’article de Clarín hier
lire l’article de Clarín d’aujourd’hui
lire le dossier de La Nación en ligne aujourd’hui (il est riche d’archives photographiques).