samedi 8 juin 2024

Mileí reconnaît qu’il veut détruire l’État [Actu]

Javier Mileí interviewé par Bari Weiss, de The Free Press


Dans une interview donnée en espagnol à un média des États-Unis, The Free Press, Javier Mileí reconnaît qu’il s’est installé à la tête de l’État comme une cinquième colonne qui a mission de « détruire l’ennemi ».

Il hait l’État, il y voit une organisation criminelle qui vole les citoyens et veut sa disparition. Dans cet entretien, il fait étalage d’une insensibilité devant la misère que sa politique génère, qui laisse la journaliste perplexe -et pourquoi ne pas le dire ?- il exprime sans aucune pudeur un degré de cruauté narcissique qu’on rejetterait s’il venait à l’idée d’un scénariste d’en doter le comportement du méchant du film.

Cette interview où le président argentin ose se poser, contre tout ce dont il a a fait preuve pendant ces six premiers mois de mandat, comme un dirigeant responsable fait pas mal de remous dans la classe politique argentines. Certains élus commencent à envisager de lancer un procès en destitution contre ce mandataire qui a juré, le 10 décembre à son investiture, de servir l’État et qui annonce maintenant, sans aucune retenue, vouloir le faire disparaître.

Par ailleurs, Mileí déclare également : « J’ai décidé que mes alliés sont les États-Unis et Israël ». Phrase lunaire, pleinement anti-démocratique, où la décision est prise par un homme seul, de manière discrétionnaire et à son profit (« mes alliés »)… De surcroît, un tel choix est idiot : les principaux alliés d’un pays en paix et qui veut assurer sa prospérité sont d’abord nécessairement les pays voisins d’autant plus qu’e Amérique du Sud, ceux-ci sont liés à l’Argentine par l’alliance économique du Mercosur. Les pays limitrophes sont toujours les premiers partenaires économiques, c’est même ce pourquoi le Brexit était un suicide.

Bref, cet homme n’est pas seulement dingue : il a démontré qu'il est dangereux. Il veut faire disparaître l’institution qui permet de tout temps à toute société de vivre dans la paix civile au lieu d’être soumise la loi de la jungle (celle contre laquelle la Torah, qu'il dit étudier et révérer, lutte depuis des millénaires pour imposer des relations humaines où les forts prennent soin des plus faibles).

Lui ne jure que par la loi du plus fort, c'est celle qu’il veut mettre en place là où il vit et ailleurs aussi, comme il l’a montré il y a quelques semaines à Madrid. Son intérêt pour l'Ukraine ne repose sans doute sur aucune conviction personnelle un tant soit peu sincère.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clar॓ín
lire l’article de La Nación
lire l’interview de The Free Press avec la vidéo incluse.
Página/12 en parle aussi mais l’accès à l’article en ligne est réservé aux abonnés.

vendredi 7 juin 2024

Une autre grande figure des droits de l’homme contre la dictature disparaît (Article n° 7500) [Actu]

En haut, l'hommage à la disparue
En gros titre, le nouveau scandale au
ministère du Capital humain : un marché passé
discrétionnairement par la ministre seule
(ce qui est irrégulier : les marchés publics
exigent l'intervention de plusieurs personnes)
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Lita Boitano est décédée hier à l’âge de 92 ans. Née à Buenos Aires de père inconnu et d’une mère tout récemment arrivée d’Italie, elle a été élevée par le couple que sa mère a formé en Argentine avec un maçon rencontré à Buenos Aires.

Lita Boitano a perdu ses deux enfants pendant la dictature. Sa fille avait été enlevée dans la rue sous ses yeux. Elle n’a jamais récupéré leurs corps.

Dans les années 50, Lita Boitano fréquentait divers artistes qui ont marqué la vie intellectuelle et culturelle des années heurtées d’après le coup d’État contre Perón (1952). Elle était elle-même une péroniste engagée, comme une grande majorité des personnes qui ont été dans le viseur de la dictature militaire des années 1976-1983.

Lita Boitano était la présidente de l’association des membres des familles de disparus et détenus pour raison politique.

Aujourd’hui, seul Página/12 évoque ce matin cette disparition qui risque fort pourtant de s’inscrire dans une longue liste : ces personnes sont très âgées et elles vivent très mal les déclarations favorables à la dictature ou à la réhabilitation des criminels contre l’humanité que font de nombreux membres de l’équipe gouvernementale en place depuis le 10 décembre.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

dimanche 2 juin 2024

Le Caras y Caretas de juin est consacré à Carlos Mugica [Disques & Livres]

L'auréole du prêtre est en fait le Soleil de Mai
celui qui brille au centre du drapeau argentin
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Le mensuel Caras y Caretas, du groupe médiatique Octubre, consacre son numéro de juin à la figure du prêtre assassiné à l’aube de la dernière dictature militaire, Carlos Mugica, dont l’Église catholique a commémoré il y a quelques jours les cinq ans de la mort.

Carlos Mugica, qui a donné son nom à un bidonville de Buenos Aires, qui aspire au statut de quartier à part entière, est un exemple de l’engagement social et spirituel au service des valeurs de l’Évangile : ce fils de famille avait reçu sa vocation et compris qu’il se devait aux pauvres de son pays pour contribuer à amorcer le cercle vertueux du développement culturel et économique.

Le 26 mai, le quotidien du catholicisme réactionnaire, La Prensa, a publié un article qui dénonce ce que l’éditorialiste présente comme un récit mensonger et propagandiste de l’Église sur ce prêtre qui n’aurait pas été le pasteur dévoué à sa mission que l’on présente aujourd’hui mais un suppôt de la gauche, etc., etc. Aucun scrupule, aucune honte !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Scandale alimentaire : un fusible qui saute au ministère et perquisition dans les entrepôts [Actu]

En photo centrale, l'intérieur d'un des entrepôts
dépendant du Ministère du Capital humain
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Le ministère du Capital humain n’a pas obtempéré dans les temps impartis à l’ordre reçu de la justice : à la fin des 72 heures accordées par le magistrat fédéral, le ministère n’avait pas l’intention de lui fournir le moindre inventaire et encore moins un plan de distribution de la nourriture contenue dans les deux entrepôts de Buenos Aires et de Tucumán. Le ministère a toutefois convenu que les vivres existaient bien, qu’ils étaient destinés aux soupes populaires et qu’il entendait les faire distribuer par l’armée.

Au-dessus : "Scandales et plaintes en justice contre
des contrats de complaisance au ministère de Pettovello"
En-dessous : reportage exclusif sur un porte-avions US
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Et la ministre de se défausser sur l’un de ses secrétaires d’État qui a été limogé sur le champ et contre lequel ses services se payent le luxe de porter plainte pour de supposées pratiques illégales qui ne sont même pas en rapport avec les vivres et leur non-distribution aux ayant-droits.

Entre temps, il a tout de même bien fallu fournir des informations au tribunal mais elles étaient si confuses, si incomplètes et si contradictoires que les juges ont fini par ordonner une perquisition dans chacun des deux entrepôts et qu’ils vont peut-être s’occuper de faire distribuer cette nourriture dont une partie a dépassé ou est sur le point de dépasser sa date de péremption (en particulier du lait en poudre dont la date était en janvier et une préparation pour riz aux légumes qui arrive à échéance dans un mois).

Le gouvernement donne ici un spectacle affligeant : impéritie, incompétence, lâcheté et chaos institutionnel, ce qui rappelle les débuts de Trump à la Maison Blanche (et le reste du mandat).

"Le gouvernement réduit de 14% les dépenses
destinées aux politiques alimentaires", dit le gros titre
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Pendant ce temps, devant un auditoire de l’Université de Standford en Californie, Mileí a prétendu qu’il n’avait pas à intervenir dans cette affaire parce que « les gens ne sont pas bêtes » : avant « de mourir de faim », ils vont s’organiser pour « faire quelque chose » afin d’échapper à la mort. La solution se trouvera donc toute seule. L’État n’a qu’à attendre et à observer. Voudrait-il que les gens se précipitent sur les grandes surfaces pour tout casser et tout piller qu’il ne s’y prendrait pas autrement. D’autant qu’il aurait ainsi un bon motif de tous les envoyer derrière les barreaux où il faudrait tout de même les nourrir aux frais de l’État !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le limogeage de Pablo de La Torre, secrétaire d’État en charge de l’Enfance et de la Famille
lire l’article de La Prensa sur le même sujet
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
lire l’article de Página/12 sur la ministre du Capital humain dans cette affaire
lire l’article de Clarín sur la perquisition
lire l’article de La Nación sur le même sujet

L’Argentine a désormais son propre vaccin anti-covid [Actu]

Photo institutionnelle


Dès le début de la pandémie, les chercheurs du CONICET ont travaillé à sortir un vaccin national pour que l’Argentine ne dépende plus des laboratoires internationaux qui profitent de leur monopole pour vendre à prix d’or leurs produits. On se souvient du cauchemar qu’a été en Amérique latine la recherche de doses à des prix raisonnables et en quantités suffisantes et l’obligation dans laquelle se sont trouvés les Etats d’accepter la diplomatie vaccinale de la Russie et de la Chine dont les sérums se sont révélés inefficaces et inadaptables dès les premières mutations du virus.

L'équipe Arvac, chercheurs du CONICET et l'UNSAM
(Universidad nacional San Martín, dans la banlieue de Buenos Aires)

Depuis hier, les pharmacies argentines disposent toutes du vaccin Arvac que les patients peuvent se procurer sur ordonnance de leur médecin. Plus besoin de dollars pour protéger la population do covid et de ses mutations les plus récentes.

Aujourd’hui la recherche scientifique argentine est menacée par le retrait du financement public aux universités et au CONICET (le centre national de recherche scientifique et technologique).

© Denise Anne Clavilier


Pour en savoir plus :

Un petit village de Chubut dit adieu à son facteur [Actu]

La population locale entoure son facteur (au centre)
Peut-être sa fille dans les bras de sa maman à sa gauche (en rose)


Dans un petit village de la province de Chubut, en Patagonie, un petit village vient de perdre son antenne de Correo Argentino, la poste publique. Les deux premiers agents ont été licenciés peu après l’arrivée de Mileí au pouvoir, sous la forme d’un licenciement sec du jour au lendemain. Le facteur, qui était donc le dernier employé local de cette institution nationale, a été licencié à son tour. Pour le dire plus exactement au regard du droit appliqué, il a été (assez fermement) invité à faire valoir son souhait d’une rupture de son contrat de travail (retiro voluntario). C’est la solution que Correo Argentino et les autres services publics visés par la politique de rigueur de Mileí imposent à la plupart des agents qu’ils mettent à la porte. Mercredi dernier, en fin de journée, après son service et devant quelques habitants venus le soutenir, l’homme a tourné la clé du petit local où il travaillait au service des habitants de la localité, il a remis cette clé à la maire du village venue l’embrasser (le chalet appartient à la mairie qui le mettait gratuitement à la disposition de la poste) puis, après une photo souvenir devant l’ex-bureau de poste au milieu des villageois, il est parti en emportant avec lui le vélo à remorque avec lequel il a fait sa tournée pendant ses 25 années de travail à Correo Argentino.

La vidéo de ce départ, sous les applaudissements des villageois, a connu un succès certain sur les réseaux sociaux. Il faut dire que l’image de ce monsieur plus très jeune, dans sa tenue de travail, qui essuie ses larmes en quittant son lieu de travail, a de quoi vous nouer l’estomac. Rogelio Hube ne part pas à la retraite. Il se retrouve au chômage. Il a une petite fille de trois ans et à peu près aucune perspective de retrouver près de chez lui un travail salarié. Quand bien même il en trouvera un, il a définitivement perdu les droits sociaux qui s’attachent à la belle ancienneté qui était la sienne (en Argentine, le droit à congés payés par exemple dépend de l’ancienneté dans l’entreprise et les entreprises publiques offrent d’autres avantages sociaux : des droits à la protection sociale contre la maladie et la vieillesse par exemple).

L’émotion a dépassé et de loin les limites du hameau et même de la province de Chubut, à tel point que Victor Hugo Morales, un grand journaliste, connu pour sa passion savante pour le football, sa grande culture générale et la beauté littéraire de ses commentaires, aujourd’hui éditorialiste engagé sous la bannière kirchneriste (donc une bête noire de la droite), l’a interviewé lors de son émission quotidienne sur la 750 AM, la radio du groupe Octubre, qui possède aussi Página/12.

Au regard de la réduction de personnel draconienne subie par Correo Argentino, que le gouvernement veut privatiser à court terme et qu’il vide donc à dessein pour s’en débarrasser, probablement à vil prix en plus, les syndicats font savoir que l’institution aura du mal l’année prochaine à assurer la tenue des élections de mi-mandat (la poste argentine joue un rôle important dans la logistique et l’organisation du scrutin).

Seul Página/12 a fait écho à cet événement provincial si symbolique de la situation à laquelle il donne une chair humaine au-delà des statistiques et des données chiffrées.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 du 31 mai 2024 sur la fermeture du petit bureau de poste de Gualjaina
lire l’article de Página/12 du 31 mai 2024 sur Rogelio Hube, ce facteur limogé du jour au lendemain après 25 ans de bons et loyaux services
lire l’article de Página/12 du 1er juin 2024 sur l’interview menée par Victor Hugo Morales

vendredi 31 mai 2024

L’Argentine des droits de l’homme pleure Nora Cortiñas [Actu]

"L'éclair qui ne disparaît pas", dit le gros titre
sur cette photo d'archive :
un défilé du 24 mars il y a plusieurs années
Nora Cortiñas est encore debout, sur ses jambes
Il y a quelque temps qu'elle était en fauteuil roulant
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Nora Cortiñas avait 94 ans. Cette psychologue de formation avait perdu son fils aîné pendant la Dictature militaire de 1976 et avait alors fondé l’association des Mères de la Place de Mai (Madres de Plaza de Mayo). Elle était la présidente de Madres de Plaza de Mayo Línea Fundadora, celle des deux associations issues de la scission du mouvement pendant la démocratie qui fait le plus consensus (celle qui a conservé la dénomination originelle divise beaucoup la société argentine à cause des prises de position politique et idéologique très clivantes de son ancienne présidente).

Nora Cortiñas n’a jamais su ce qu’était devenu son fils. On n’a jamais à ce jour retrouvé ses traces ni dans les archives ni physiquement.

Ce matin, toute la presse lui rend hommage avec décence. Página/12 consacre une grande part de son édition du jour à la disparition de cette figure solaire d’une militante de tous les droits des personnes (elle avait pris fait et cause pour la légalisation de l’avortement). Sur Whatsapp, je reçois des statuts de plusieurs de mes contacts argentins qui publient des photos d’elle.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


P. S. : Comme d’ordinaire dans ce blog lorsqu’il y a un deuil significatif dans la vie culturelle du pays, je ne publierai rien d’autre aujourd’hui. Les autres faits qui méritent qu’on s’y arrête feront l’objet d’articles que je mettrai en ligne demain.

mercredi 29 mai 2024

Canción Nuestra : une série de récitals dominicaux de folklore à Palermo [à l’affiche]

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Canción nuestra, que l’on pourrait traduire par « notre bonne vieille chanson » pour rendre le caractère sentimental de l’expression, est une série de concerts qui se donneront tous les dimanches soir du mois de juin au Centro Cultural Nueva Uriarte, Uriarte 1289, dans le quartier de Palermo.

Le cycle sera inauguré par Juan Falú, auteur-compositeur interprète, qui est l’un des artistes iconiques de la musique du nord-ouest argentin avec une carrière de plus de trente ans derrière lui. Il est aussi l’un des porte-voix de la profession et c’est bien en cette qualité officieuse mais reconnue par tous qu’il s’exprime ce matin dans les colonnes de Página/12 en ces temps où le gouvernement argentin mène la vie dure aux artistes et au monde de la culture en général.

Entrée : 8 000 $ ARG

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
se reporter à la présentation sur le site de vente en ligne des places de spectacle Livepass.

mardi 28 mai 2024

Des réserves alimentaires gardées en cas de catastrophe [Actu]

"Notre pain de ce jour", titre Página/12
en citant un verset du Notre Père
En haut : la crise gouvernementale
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Depuis plusieurs jours, la presse se fait l’écho d’un scandale social qui met en lumière le caractère volontaire, d’aucuns disent cruel ou sadique, de la politique menée par Mileí contre les plus précaires partout en Argentine : cinq mille tonnes de nourriture (farine, lait en poudre, sucre, conserves, yerba mate, huile, etc.) seraient conservées dans deux entrepôts nationaux, l’un dans la banlieue de Buenos Aires, l’autre dans celle de Tucumán. Les explications données par le ministère du Capital Humain et d’autres autorités nationales n’ont pas cessé de se contredire. La dernière en date est particulièrement cynique : ces denrées seraient destinées à une intervention de secours en cas de crise majeure, la faim qui sévit un peu partout dans les secteurs pauvres du pays n’étant donc pas considérée comme répondant à cette définition.

Au-dessus de la photo de Nadal quittant Roland Garros,
le remaniement gouvernemental expédié par le président
avant un énième voyage aux USA
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Or des « crises majeures », inondations, tempêtes catastrophiques, il y en a bien eu : dès le 16 décembre, six jours après l’investiture du président, une tempête a ravagé Bahía Blanca, sur la côte au sud de la Province de Buenos Aires, puis ce fut le tour de Corrientes et de la capitale elle-même d’être balayées par des vents qui ont laissé les villes sens dessus-dessous, sans oublier de graves inondations dans le nord-est du pays, dans la continuation territoriale de celles, exceptionnelles par leur amplitude, qui ont affecté le sud du Brésil. Et pourtant, aucun déstockage n’a été ordonné ni opéré. Il n’y a aucune distribution de vivres dans les zones affectées, à part deux petites livraisons anecdotiques sans aucun rapport avec l’ampleur des sinistres en cours.

Lors du traditionnel Te Deum du 25 mai, l’archevêque de Buenos Aires a dit son fait au président et à son gouvernement, assis au premier rang, au grand complet, dans la cathédrale métropolitaine comme l’exige la coutume depuis le 25 mai 1811. Le prélat a même élevé la voix assez fort pour que toute la presse s’en fasse l’écho le lendemain. Il a parlé d’une situation d’« urgence alimentaire » pour le pays. En pure perte : ses réclamations n’ont nullement troublé l’autosatisfaction que Mileí étale partout où il passe et qu’avec son sourire carnassier, il a exhibée l’après-midi même à Córdoba, où une foule clairsemée était venue pour acclamer son discours. A tel point que le lendemain, dimanche de la Sainte-Trinité, une semaine après la Pentecôte, le président de la Conférence épiscopale d’Argentine, ancien responsable de la politique sociale de l’Église au sein de l’institution, y est allé de sa propre déclaration sur les réseaux sociaux, avec vidéo sur Youtube. Pour marteler la même chose que l’homélie de la veille.

En une, la photo de l'attaque contre le camp de réfugié à Rafah
En haut : la crise gouvernementale
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Dimanche soir, même la très conservatrice animatrice d’un talk-show très suivi d’une chaîne commerciale, Mirtha Legrand, qui porte allègrement ses plus de 90 printemps sur les plateaux de télévision, s’est émue du scandale au sujet duquel elle a parlé d’attitudes « criminelles » de la part des autorités qui retiennent ces aliments, alors que, parmi ses invités d’un soir, se trouvait l’actuelle ministre des Affaires étrangères, Diana Mondino, qui a donné sa propre explication en contradiction avec les précédentes : il y aurait trop de corruption dans le réseau caritatif des associations qui animent les soupes populaires auxquelles il semblerait que ces vivres aient été bel et bien destinés. Cette réserve alimentaire a été constituée et entretenue par le précédent gouvernement qui distribuait régulièrement des secours alimentaires aux organismes d’assistance sociale, privés depuis décembre de subventions financières et de livraisons en nature. Ce qu’il y a dans les hangars était là pour faire la soudure au moment où les équipes changeaient.

Hier, un juge fédéral a ordonné en référé au ministère du Capital Humain de produire dans les 72 heures un inventaire précis des réserves disponibles puis de publier un calendrier de livraison aux soupes populaires qui attendent. Le ministère en question a aussitôt interjeté appel. Tant que cette procédure n’aura pas abouti, ces gens ne bougeront donc pas le petit doigt pour venir en aide à ceux de leurs compatriotes qui ont faim.

Même dans la presse de droite, on commence à se demander quel est le but réel de cette politique qui accumule les « impairs » diplomatiques et qui s’acharne contre les plus pauvres alors que leur nombre aurait augmenté de 18 % au cours des deux derniers mois selon une étude de la très conservatrice (elle aussi) Université catholique d’Argentine, à Buenos Aires. D’autant qu’on a aussi découvert que le gouvernement sortant avait acheté une cinquantaine d’utilitaires neufs pour aider les provinces à effectuer des distributions sur leurs territoires. Ces camionnettes, qu’il n’a pas eu le temps de livrer à leurs bénéficiaires, attendent depuis dans un garage et s’abîment lentement au lieu d’être utiles là où on les attend.

En haut : la crise politique
En bas, un accident de montagne à San Juan
a fait un mort
Cliquez sur l'image pour une haute résolutio

Tout cela n’a pas empêché le président de reprendre un avion hier pour se rendre en Californie où il entend rencontrer Mark Zuckerberg et à nouveau Elon Musk, avec prise de photo pour ses réseaux sociaux personnels, et où il doit recevoir un énième prix d’un énième obscur think-tank libertarien ou ultra-libéral sans la moindre reconnaissance internationale. Juste avant de s’embarquer dans l’avion présidentiel pour un énième voyage privé, avec sa frangine, aux frais du contribuable, il a viré l’équivalent du Premier ministre et laissé le gouvernement en plein remaniement-déménagement. Au bout de six mois de mandat, cela laisse à penser qu’il se contrefiche complètement de son pays, de la politique et de la diplomatie. Tout ce qui semble l’intéresser, c’est sa propre notoriété et la jouissance d’un train de vie dispendieux. Comme un candidat de téléréalité qui ne rêve que d’être connu et riche ! Pour en faire quoi ensuite, c’est le dernier de ses soucis.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 hier
lire l’article de La Prensa hier (sur Mirtha Legrand, qui a aussi plaidé la cause de la Casa del Teatro, une institution caritative professionnelle fondée par la femme d’un président des années 1920, qui était cantatrice : la Casa del Teatro vient en aide aux anciens de la scène dont les vieux jours sont difficiles)
lire l’article de Página/12 d’aujourd’hui sur la décision du juge de première instance
lire l’article de La Prensa sur le même sujet
lire l’article de Clarín sur l’appel interjeté par le ministère.


Ajout du 29 mai 2024 :
Ce matin, à la une de Página/12, ce dessin de Daniel Paz et Rudy

La réceptionniste : Monsieur Musk, vous avez commandé du lithium ?
Musk : Oui.
Elle : Le livreur est arrivé
(Traduction © Denise Anne Clavilier)
Le livreur en question n'est autre que Mileí
(un peu difficile à reconnaître pour nous, c'est vrai)

lire aussi cet article de Página/12 sur les explications que la Casa Rosada a soufflé à quelques journalistes amis, alors que le président est à l’étranger, pour expliquer le limogeage du Premier ministre… cela vaut son pesant de cacahuètes !

Bullrich fait tout pour empêcher l’identification des enfants volés [Actu]

"Quand on ne cherche pas, on ne trouve pas", dit le gros titre
En haut : le visage du Premier ministre limogé par Mileí
qui, comme Trump, ne sait pas à qui confier quoi
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Patricia Bullrich, la ministre de la Sécurité (ce qui correspond au ministère de l’Intérieur en Europe), vient d’annoncer qu’elle interdisait aux agents de l’INADI d’accéder aux dossiers des militaires et des policiers alors que ce service est chargé depuis 1993 de les éplucher pour y chercher des indices permettant d’identifier les 400 bébés volés à leur famille par la dictature militaire puis de donner à ceux qui ont survécu à la séparation une identité falsifiée.

Bullrich prétend que ces enquêtes sont une atteinte au droit à l’intimité des agents de son ministère. Les motifs qu’elle avance sont particulièrement ridicules : elle dénonce notamment que l’INADI ait été créé par décret présidentiel et non par la loi votée au Congrès. Par conséquent, prétend-elle, la définition de ses tâches ne serait pas valide. Or elle sert un président qui menace à tout bout de champ de gouverner par décret si le Congrès ne vote pas ses projets de loi. Cherchez l’erreur !

Qui plus est, le président qui a créé cette agence en 1993 n’est autre que… Carlos Menem, le « meilleur président » qu’ait eu l’Argentine, d’après les mots de Javier Mileí à la Casa Rosada, il y a quelques jours, lorsqu’il a inauguré un buste super-moche de son idole politique en présence de la fille de ce dernier !

Les agissements du gouvernement dans ce domaine des droits de l’homme et des réparations à donner aux victimes du terrorisme d’État commencent à être sérieusement inquiétants même s’ils ne surprennent pas vraiment. La vice-présidente est une négationiste des crimes de la dictature militaire à laquelle son propre père a participé ! Il y a quelques semaines, le ministre de la Défense, ancien candidat à la vice-présidence auprès de la candidate Patricia Bullrich, a démantelé le service d’analyse chargé de trouver dans les archives militaires les preuves de tout ce qui touche aux crimes contre l’humanité commis par la dictature de Videla et consorts, : disparitions forcées, tortures, exécutions extra-judiciaires, accouchements clandestins, vols d’enfants en bas-âge et falsification de l’état-civil.

L’attitude de plus en plus hargneuse et les déclarations fracassantes de Bullrich deviennent si excessives et si haineuses que ressort dans la presse (et pas seulement dans les colonnes de Página/12) quelque chose dont les journalistes ne faisaient guère état jusqu’à présent : dans sa jeunesse, ce bulldog de l’extrême-droite argentine militait dans les rangs des montoneros, l’extrême-gauche péroniste révolutionnaire dont certains membres sont allés jusqu’à mettre des bombes sous les voitures ou aux portes des domiciles des dignitaires du régime putschiste, ceux pour lesquels la vice-présidente actuelle réclame réparations et honneurs publics…

La lumière dont Bullrich ne veut absolument pas qu’elle soit faite, c’est celle qui permettrait de savoir ce que sont devenus ses propres compagnons de lutte ou les enfants qu’ils avaient conçus, souvent dans des épousailles clandestines, et qu’ils auraient aimé élever eux-mêmes !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 22 mai 2024

Un nouveau dino patagonien ! [Actu]


Une équipe scientifique internationale de 70 personnes, dont des paléontologues argentins du CONICET, et des chercheurs appartenant à des institutions des États-Unis (National Geographic Society) et de Hong-Kong, vient de rendre publique la découverte, à La Colonia, dans la province de Chubut, d’une espèce de dinosaure carnivore encore inconnue à ce jour.

La bêbête mesurait ses cinq mètres de long et vivait il y a environ 69 millions d’années dans ce coin qui appartenait alors au Gondwana, un continent austral qui s’est désintégré pour donner l’Afrique, l’Australie, l’Amérique du Sud, l’Antarctique et l’Inde qui, en rejoignant l’hémisphère nord, nous a donné l’Himalaya.

De cet animal, il ne reste que fort peu de choses mais assez pour que les spécialistes puissent calculer son apparence complète, comme dans la reconstitution qui illustre les articles grand public de ce matin : plusieurs os du crâne, une épaule presque complète, une hanche complète, plusieurs os de la queue et la presque totalité des pattes.

Ses découvreurs ont baptisé l’animal Koleken Inakayali en employant pour se faire l’héritage telhueche de la région : Koleken, le nom de cette famille de dinosaures, désigne une origine argileuse et aquatique tandis que Inakayali, le nom propre de cette espèce, rend hommage au cacique tehuelche Inakayal (1833-1888), l’une des victimes de la « Campagne du Désert », cette opération militaire génocidaire organisée par Buenos Aires à la fin du 19e siècle pour s’emparer des terres australes du continent et les intégrer au territoire national argentin avant que les Chiliens n’aient la même idée. Inakayal est mort à Buenos Aires, dans des circonstances jamais élucidées et loin des terres où il était né. Il y a quelques années, son corps a été restitué au petit reste de son peuple qui a pu se maintenir à Chubut.

La découverte de ce nouveau dino a déjà fait le tour du monde des passionnés de paléontogie. Ce genre de programme de fouilles est actuellement en danger de disparition si Mileí parvient à ses fins et privatise le CONICET.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Et maintenant Mileí va faire son grand cirque au Luna Park ce soir [à l’affiche]

Lui : Mileí va chanter
Elle : Oui. Moi, je l'ai vu dans une vidéo en
train d'imiter Leonardo Favio
Lui : Je préfère encore quand il imite Menem
Traduction © Denise Anne Clavilier
Dessin de une de Página/12 ce matin
A noter que Favio et Menem descendaient l'un et l'autre
d'immigrants syriens. Sur le dessin, ça les rapproche


Après la quasi-rupture d'hier avec l’Espagne, qui est entièrement due à l’attitude irrespectueuse de Mileí envers le gouvernement du pays dans lequel il se trouvait, voici qu’il s’apprête, comme promis, à investir la scène du Luna Park pour une présentation histrionique de son bouquin, qu’il n’a pas pu présenter à la Feria del Libro.

Entouré par son porte-parole présidentiel et un député ultra-libéral qui n’a jamais été très représentatif du paysage politique argentin mais qui est devenu une voix indispensable pour amoindrir l’ampleur de la minorité de Mileí au Congrès, le chef d’État va chanter ce soir. Et ce n’est pas une blague. Le mélange des genres non plus.

Mileí s'est déjà essayé à la chanson en imitant un chanteur très populaire, Leonardo Flavio (1938-2012), auquel il avait emprunté un couvre-chef emblématique. Même pas capable de faire quelque chose de personnel, d'original, avec son propre style. Mileí aime à se présenter comme un ancien chanteur de rock dont il a gardé la dégaine et le blouson de cuir. Pourtant il chante comme un pied et s’il avait eu du talent, ça se serait su, sans aucun doute. Il se présente aussi comme un ancien gardien de but mais le silence qui entoure ses exploits de cage dément cette affirmation et la photo de lui qu’il a fait prendre pour prouver la chose pendant sa campagne électorale n'était qu'un trucage minable révélé, vidéo à l’appui, il y a quelques jours. Tout a l’air en toc chez ce type.

Ce soir, au Luna Park, où il avait fait ses soirées électorales, l’entrée est gratuite mais le protocole d’accès est très compliqué : il faut aller chercher les places dans l’après-midi et se présenter à 18h au palais des sports, même si le spectacle, puisque c’est de cela qu’il s’agit, doit commencer vers 20h. La soirée devrait durer environ trois heures. Il paraît que cette fois-ci, ce n’est pas le roi de Prusse mais bel et bien Planeta qui régale (nul doute que le géant de l’édition en a les moyens).

A bon entendeur…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 21 mai 2024

Le voyage de Mileí tourne à la crise diplomatique grave [Actu]

Jeu de mot habituel : "Très franc",
titre Página/12 sur un montage qui dit
tout autre chose
Tous les lecteurs du journal reconnaissent
le dictateur espagnol Franco
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Invité d’honneur à Madrid du grand raout de l’extrême-droite européenne, tous courants confondus, qui s’est tenu dimanche dans le cadre de la campagne électorale pour les élections parlementaires du 9 juin, Javier Mileí commet offense diplomatique sur offense diplomatique. La plupart de ses insultes, il les a réservées à l’Espagne, le pays qui l’accueillait, ses dirigeants et ses institutions mais il a aussi arrosé d’autres pays de l’Union européenne et l’Union elle-même, censée être dominée par le « cancer du socialisme ».

Du jamais vu d’une part entre des démocraties et d’autre part entre les pays hispanophones ! Lundi, le ministère des Affaires étrangères espagnol a donc convoqué l’ambassadeur argentin et rappelé, sine die, son ambassadrice, pour sonsultation, en attendant des excuses publiques de la part des autorités argentines. Dans les protocoles diplomatiques, le rappel d’un ambassadeur constitue l’avant-dernière étape avant la rupture des relations diplomatiques lorsqu’un pays retire tous ses diplomates et son personnel consulaire et confie la sauvegarde de ses intérêts à l’ambassade d’un pays tiers. Or de retour dans son pays, Mileí a repris de plus belle ses insultes et ses accusations absurdes, gratuites et tous azimuts.

"Dure condamnation de Mileí par les entreprises
espagnoles : il a recommencé à critiquer Pedro Sánchez",
dit le gros titre de La Nación

En Espagne, les chefs d’entreprise, tous investisseurs en Argentine et fort peu suspects d’être « socialistes », qui avaient rencontré Mileí durant son séjour et avaient posé avec lui pour une photo souvenir, ont critiqué durement ses prises de position et ses déclarations contre le gouvernement « de notre pays ». Or ils représentent des entreprises qui comptent en Argentine. C’est par exemple le cas de Telefónica, l’un des principaux fournisseurs de téléphonie portable. Dans cette réunion, il y avait aussi des industriels et des acteurs d’import-export entre l’Argentine et le marché européen. Ces sociétés donnent du travail à beaucoup de gens, à un moment où les licenciements collectifs se succèdent dans tout le pays. Il se trouve qu’en l’espèce, ces hommes d’affaire se sont montrés plus patriotes et plus fidèles aux institutions démocratiques que le chef de l’opposition parlementaire, le président du Partido Popular (la droite constitutionnelle) aigri par son incapacité à organiser une coalition qui l’aurait porté à la tête du gouvernement l’année dernière : il a rejeté sur les autorités en place l’origine de la crise (1).

Depuis six mois, cette conflictualité permanente qu’entretient Mileí à coup d’insultes et d’accusations délirantes contre les dirigeants des principaux voisins ou partenaires politiques ou économiques de l’Argentine (Cuba, Nicaragua, Venezuela, Mexique, Brésil, Colombie, Chili, Chine et maintenant Espagne), on avait tendance à l’attribuer tantôt à une pathologie ou une immaturité psychique dont il souffrirait (ce qui n’est pas exclu), tantôt à son incompétence ou son ignorance et celle de plusieurs personnes de son entourage institutionnel (sa sœur, sa ministre des Affaires étrangères, son porte-parole, etc.). A présent, les observateurs envisagent que le président argentin pourrait bel et bien être en train de mettre en œuvre un programme politique préconçu et poursuivi en toute connaissance de cause, d’abord pour faire parler de lui sur la scène internationale, ce qui flatte son ego démesuré (comme Trump), et ensuite pour combattre partout dans le monde la démocratie et l’État garant du bien-vivre (2) qui est une réalité en Europe et une aspiration dans de très nombreux pays, les uns issus du système communiste et les autres, dont l’Argentine, du système colonial.

"Mileí a traité Sánchez de lâche et l'a accusé
de travailler avec les K [kirchneriste] pour
saboter son gouvernement", titre La Nación
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Aujourd’hui, en début d’après-midi, Madrid a annoncé que l’Espagne retirait définitivement son ambassadrice. La diplomate, désormais de retour en Espagne, ne retournera pas à Buenos Aires. Quant au reste du personnel qui travaille à la représentation officielle espagnole en Argentine, il y reste jusqu’à nouvel ordre mais sous l’autorité d’un simple chargé d’affaires. En diplomatie, les usages étant la réciprocité, si le gouvernement argentin persiste à ne pas vouloir rappeler son ambassadeur, il est possible que celui-ci soit bientôt déclaré persona non grata à Madrid. Il vient d’être nommé et d’arriver en poste et la fête nationale argentine tombe samedi prochain !

Quant à Mileí, qui avait annoncé dimanche un nouveau voyage en Espagne, pour recevoir l’un de ces prix qu’il affectionne et que lui remettent des instistutions confidentielles un peu partout dans l’hémisphère nord, il est plus que probable qu’il en sera empêché : il sera très certainement déclaré lui-même persona non grata.

L’ambassadeur précédant, Ricardo Alfonsín, le fils de Raúl Alfonsín, président du retour à la démocratie en 1983, a publiquement fait part de sa stupeur devant le comportement absurde du président argentin dans le pays que l’Amérique hispanique continue d’appeler la « Madre Patria ».

C’est la première fois depuis la reconnaissance de l’indépendance de l’Argentine par l'Espagne en 1863 que les deux pays n’ont plus d’échange d’ambassadeurs.

Ce qui reste incompréhensible et rend l’intempérance de Mileí d’autant plus inquiétante, c’est qu’il prétende accélérer l’accord UE-Mercosur, soutenir l’Ukraine (il veut faire ça en s’en prenant à un gouvernement engagé dans les coalitions d’aide militaire à ce pays ?) et faire adhérer l’Argentine à l’OTAN, alors que, géographiquement, le pays se situe en Atlantique sud et que politiquement, il est en train de s’éloigner des stricts critères de respect de l’État de droit et de lutte contre la corruption qui sont des préalables à l’adhésion ! La même chose peut être dite de la candidature de l’Argentine à l’OCDE...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 ce matin, avant l’annonce du ministre des Affaires étrangères espagnol, comme tous les autres articles cités ici
lire l’article de La Prensa (le journal n'a pas traité l'affaire en une, la rédaction n'a pas dû comprendre la gravité de l'incident)
lire l’article de La Nación sur la réaction de Alberto Fernández, non moins stupéfait que son ancien ambassadeur à Madrid. L’ex-président a d’ailleurs lui aussi fait les frais des aboiements de son successeur auxquels il a répondu avec beaucoup de calme et de dignité, malgré l’acharnement de Mileí contre lui.
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(1) Ce n’est pas sérieux : le ministre des Transports espagnol, sur le sol national, a récemment traité Mileí de « fou » qui avait « sans doute fumé la moquette ». Ce n’est pas amical, c’est entendu, mais c’est un ministre de second rang, qui n’a aucune compétence en matière de diplomatie et qui s’exprimait dans son pays, hors de toute rencontre internationale. Dimanche, Mileí s’exprimait à l’étranger, comme chef d’État, sur le sol du pays dont il insultait les gouvernants. Mettre les deux choses sur le même plan, c’est de la mauvaise foi pure et simple.

(2) Je préfère cette expression à celle d’« État Providence » qui donne l’idée d’un État tout puissant, ce qu’il n’est pas, bien sûr. Les Argentins traduisent l’expression anglophone Welfare State (Estado del Bienestar).