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"Le péril violet", dit le gros titre du seul quotidien de gauche à l'échelle nationale Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution |
Il y a 79 ans, l’ambassadeur
des États-Unis en
Argentine, un homme d’affaires que n’étouffaient pas les
scrupules, un certain Braden, osait ouvertement fédérer tout l’arc
politique qui n’adhérait pas aux positions de Perón sur une seule
candidature à l’élection présidentielle et Perón a été
triomphalement élu avec 56 % des voix dès le premier tour
puisque l’élection se résumait, comme disait le slogan de ses
partisans, à « Braden ou Perón ». En 1946, les
Argentins ont choisi l’indépendance et la souveraineté nationale
et ils ont pu les conserver au moins jusqu’en septembre 1955 et le
coup d’État contre Perón réélu, organisé par la Marine avec
l’aide et le soutien de la CIA.
Cette année, en toute
connaissance de cause, avec près de deux ans d’expérience de la
dérégulation à la sauce Mileí, avec la dépression qui s’annonce
à l’horizon et des pertes d’emplois abyssales dans la fonction
publique, les services et l’industrie, les Argentins viennent de
choisir la soumission aux États-Unis
de Donald Trump. Ils viennent de renoncer à leur souveraineté
proclamée en 1816 et à la solidarité envers les plus vulnérables,
au premier chef les malades et les handicapés, au plus grand profit
des plus grosses fortunes du pays et des investisseurs/prédateurs
étrangers. Ce triomphe de Mileí surprend tout le monde y compris
dans son propre camp. Lui-même n’y croyait pas. La presse
argentine, y compris celle de droite, reste bouche bée.
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"La Libertad Avanza a fait un carton", dit le gros titre Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Il n’y a pas grand-chose à
dire de plus devant ces résultats que sur place, mes amis argentins
eux-mêmes ont bien du mal à comprendre. Malgré les scandales qui
ont éclaté tout au long des deux ans et singulièrement depuis juin
dernier, Mileí et sa clique emportent au moins un tiers des sièges
à pourvoir au Congrès, ce qui aura pour effet de bloquer
systématiquement toutes les tentatives de rejet des veto
présidentiels, empêchera de toutes manières le vote de quelque loi
que ce soit qui redistribue un tant soit peu les richesses du pays et
financent la culture et l’économie du savoir ou, enfin, consacre
le refus du président de mettre en œuvre les lois récemment votées
pour maintenir en fonctionnement l’hôpital des enfants malades, le
Garrahan, un établissement de pointe que toute l’Amérique du Sud
enviait jusqu’à présent à Buenos Aires, ainsi que les
universités nationales, à bout de souffle à cause du manque de
budget.
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"Mileí fait un carton, laisse le peronisme KO et appelle les gouverneurs à faire un accord", dit le gros titre Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Avec 99,3 % des bureaux de
vote dépouillés, vers 4h du matin heure locale, à l’heure où la
plupart des quotidiens de presse écrite bouclaient leurs éditions
d’aujourd’hui, on obtenait les résultats provisoires suivants :
A la Chambre des députés, qui
devait être renouvelée de moitié, LLA (Mileí) remporte 40,7 %
des voix et Fuerza Patria (courage, Patrie, ou vas-y, Patrie),
regroupant tous les courants du peronisme de gauche unis pour
présenter des candidatures communes, 34,9 %.
Au Sénat, dont un tiers des
sièges était en jeu, LLA remporte 42 % et Fuerza Patria
36,9 %.
Dans un pays où le vote est
obligatoire, seuls 68,4 % des électeurs se sont déplacés, un
des chiffres les plus bas depuis le retour à la démocratie en
décembre 1983.
Dans certaines provinces, les
deux partis arrivent au coude à coude.
Pour les élections à la chambre
basse, tel est le cas de la province de Buenos Aires (qui ne comprend
pas la ville homonyme qui a largement plébiscité LLA), la province
de Chubut en Patagonie, la province viticole et andine de La Rioja
(où Fuerza Patria arrive en tête pour quelques décimales), La
Pampa, au sud de la Province de Buenos Aires, et enfin Santa Cruz, le
fief des Kirchner dans le sud de la Patagonie, où une étiquette
locale, Fuerza Santacruceña, arrive en tête. Là aussi, quelques
décimales la séparent de LLA (32,1 contre 31,7).
A Corrientes, dans le nord-est du
pays, la province des agrumes et de la yerba mate, c’est un parti
local qui obtient la première place, devant les mileistes puis
Fuerza Patria.
A Formoza, dans l’extrême-nord
argentin, les péronistes l’emportent très largement sous une
étiquette locale, Frente para la Victoria (une étiquette peroniste
qui date d’élections précédentes).
A San Juan, dans les Andes, la
gauche de gouvernement, sous l’étiquette locale Fuerza San Juan,
arrivent en tête avec un peu plus de 2 points d’avance sur le
second, un parti local, tandis que LLA enregistre un peu plus de 8
points de retard sur les péronistes de Fuerza San Juan.
Dans la province de Tucumán où
fut proclamée l’indépendance en 1816 et où est né le père de
la Constitution, Juan Bautista Alberdi, une formation locale, Frente
Tucumán Primero, devance de loin LLA, par 50,6 % contre 35,1.
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"Mileí obtient un incontestable succès et appelle à chercher des accords", dit le gros titre Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
L’actuel ministre de la
Défense, Luis Petri, est élu député avec une marge de presque 28
points sur les suivants. Il faudra donc le remplacer à la tête des
armées. Ce pour quoi Mileí vient d’annoncer qu’il prendrait son
temps pour remanier son gouvernement et d’ailleurs, le ministre de
la Justice, qui avait annoncé son départ jeudi sur les réseaux
sociaux, est tout près de se raviser : il se dit ce matin
« indéfectiblement lié à l’aventure politique » de
LLA.
Dans les mois qui viennent, il
est à craindre que Mileí, encouragé par ce succès et par le
soutien de son ami Trump, accorde une amnistie complète à tous les
bourreaux de la dictature militaire de 1976-1983, qu’il fasse
libérer ceux des condamnés qui restent incarcérés, qu’il
détruise les outils de recherche des survivants, les enfants volés
sous cette même dictature et que recherche l’association Abuelas
de Plaza de Mayo, ces outils qui ont montré la voie à tant d’autres
pays où des phénomènes similaires ont existé avec la population
autochtone comme en Irlande ou en Espagne ou avec la population des
colonies ou ex-colonies (la France est d’ailleurs concernée avec
le cas de très nombreux enfants réunionnais) et qu’il fasse
fermer les lieux de mémoire dédiés aux victimes de cette terrible
Junte ou qu’il les vende au plus offrant comme du foncier ou de
l’immobilier quelconque.
Voyons aussi comment se
développera, si elle se poursuit, l’instruction concernant le
député mileiste José Luis Espert, impliqué dans un immense
scandale de trafic de drogue et de financement de sa campagne par un
criminel que la justice du Texas veut juger pour ce type de trafic
ainsi que l’enquête internationale (Argentine - États-Unis)
sur le scandale de la crypto-monnaie $ Libra dans lequel Mileí et sa
sœur sont tous deux fortement impliqués.
Leur pays, sa réputation sur la
scène internationale et leur propre vie personnelle s’en vont à
vau-l’eau mais les Argentins s’en moquent ! Ils ne se
mobilisent même pas pour voter.
© Denise Anne Clavilier
Pour aller plus loin :