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vendredi 15 mai 2015

El Tangauta rend hommage à Ben Molar et à Juan Carlos Cáceres [Actu]


La revue mensuelle El Tangauta rend ce mois-ci hommage aux deux disparus récents du monde du tango : un grand personnage traditionnaliste, Ben Molar, décédé il y a quelques jours presque centenaire, et un trublion provocateur, le compositeur, chanteur et artiste plastique Juan Carlos Cáceres, mort en région parisienne le jour de Pâques.


El Tangauta est un magazine gratuit (d'où le nombre de pages de publicité), distribué sous forme imprimée (sur papier glacé) un peu partout dans Buenos Aires (écoles de danse, milongas et certaines salles accueillant des concerts), publié en version bilingue (espagnol-anglais) et consultable intégralement en ligne.


Une mine d'informations pour connaître les cours et les professeurs, les milongas, leurs adresses, leurs agendas et découvrir les nombreux artistes de toutes les disciplines et même pour connaître certains magasins de chaussures (attention toutefois : ceux qui font de la publicité sont ceux qui travaillent pour le touriste, pas les artisans modestes à la clientèle locale. Bling bling très souvent au rendez-vous dans ce domaine).

Un lien avec le site de la revue est disponible en permanence dans la Colonne de droite de ce blog, à la rubrique Eh bien, dansez maintenant !

Pour consulter le numéro de mai 2015, cliquez sur le lien.

mercredi 15 avril 2015

Hommage à Juan Carlos Cáceres à Paris [ici]

Cliquez sur l'image pour lire le texte au complet

Les amis musiciens de Juan Carlos Cáceres, décédé dimanche 5 avril, se réuniront demain, jeudi 16 avril 2015, à 20h, à l'Espace Tango Negro pour lui dire au revoir en musique et ils invitent tous ceux qui l'ont aimé et qui ont aimé sa musique et sa peinture à les rejoindre pour l'occasion...

La salle du 71 rue de Rochechouart, Paris 9, est petite. Il convient donc de réserver. Et puis cela permettra aussi d'organiser le buffet amical et traditionnel du lieu...

Pour réserver, reportez-vous à l'affiche ci-dessus.

lundi 13 avril 2015

El Tangauta rend hommage à Juan Carlos Cáceres sous la plume de Makaroff [Actu]

La revue de Buenos Aires, El Tangauta, rend hommage à Juan Carlos Cáceres, décédé la semaine dernière, avec la publication de diverses vidéos en ligne, d'une discographie très étendue et du texte que Eduardo Makaroff, le guitariste de Gotán Project, avait écrit, il y a plusieurs années, pour présenter le musicien dans le catalogue de Mañana, sa maison de disques parisienne.

Visuel inerte.
Pour accéder aux liens, voir en bas de l'article

Poseído por una suerte de magnetismo telúrico, Cáceres ha estado siempre en el ojo del huracán.
Llegó a Paris -¿casualidad?- en mayo del ’68. No buscaba la playa bajo los adoquines, pero la encontró. Antes, en su Buenos Aires natal, había sido el factótum de la escena existencialista. Estudiante de Bellas Artes durante el día, pianista y trombonista por la noche, agitador, fenómeno de la naturaleza, se convirtió en el Alma Mater de la mítica cueva de Pasarotus, club de jazz y epicentro de las tendencias revolucionarias. Ahí se mezclaban ‘beatniks’, cachorras de la oligarquía y futuros guerilleros maoístas, muchas veces en la misma persona.
Cáceres, tsunami de magma y champagne, llevaba la batuta. Hasta que un día oyó la llamada. En París acompañó a Marie Laforet, fundó los grupos Malón y Gotán, pintó, expuso, enseñó Historia del Arte y profundizó en las raíces de la música rioplatense. Hoy da conferencias sobre el tema, pero sobre todo compone y canta, con voz de león, las canciones más representativas del imparable resurgir del tango, el candombe, la murga y la milonga. Cáceres es el más inspirado, el más impetuoso, el más apasionado y el más ardiente. Este joven nacido en 1936 es la referencia obligada para los creadores, dentro y fuera de Argentina y Uruguay.
El Río de la Plata, el más ancho del mundo, separa a estos dos países que una vez fueron uno. Cáceres se bebe de un trago esas aguas y se escucha un rugido: es la tormenta de ritmos africanos y europeos que trae del pasado para conmover el presente y preparar el futuro.
La modernidad está en los orígenes.
(Eduardo Makaroff, pour Mañana, cité par El Tangauta)

Possédé par une sorte de magnétisme tellurique, Cáceres a toujours été dans l'œil du cyclone.
Il est arrivé à Paris (par hasard ?) en mai 1968. Il ne cherchait pas la plage sous les pavés mais il l'a rencontrée. Auparavant, dans sa Buenos Aires natale, il avait été un acteur de la scène existentialiste (1). Etudiant en beaux-arts le jour, pianiste et tromboniste la nuit, agitateur, phénomène de la nature, il devint l'âme du mythique caveau Pasarotus, club de jazz et épicentre des tendances révolutionnaires. Là se mêlaient des beatniks, des filles à papa de l'oligarchie et de futurs guerilleros maoïstes, bien souvent en une seule et même personne.
Cáceres, raz de marée de magma et de champagne, menait le bal. Jusqu'à un jour où il entendit l'appel. A Paris, il a accompagné Marie Laforêt, il a fondé les groupes Malón et Gotán, il a peint, exposé, enseigné l'histoire de l'art et s'est plongé dans les racines de la musique du Río de la Plata. Aujourd'hui, il donne des conférences sur ce thème mais surtout il compose et il chante, avec une voix de lion, les chansons les plus représentatives du jaillissement imparable du tango, du candombe, de la murga et de la milonga. Cáceres est le plus inspiré, le plus impétueux, le plus passionné et les plus fervent. Ce jeune homme né en 1936 (2) est la référence obligée pour les créateurs, en Argentine et en Uruguay comme en dehors de ces pays (3).
Le Río de la Plata, le fleuve le plus large au monde, sépare ces deux pays qui n'en formèrent qu'un naguère (4). Cáceres se désaltère dans ces eaux et l'on entend un rugissement : c'est l'orage de rythmes africains et européens qu'il apporte du passé pour émouvoir le présent et préparer le futur.
La modernité est dans les origines.
(Traduction © Denise Anne Clavilier, pour Barrio de Tango)

Pour aller plus loin :
voir l'hommage sur le site de El Tangauta.



(1) Ce qu'il raconte d'ailleurs dans certaines parties de Tango Negro, son manifeste sur l'apport afro-américain dans le tango, paru en français aux Editions du Jasmin. Car le document tient de l'essai de musicologie, du manifeste politique et des souvenirs autobiographiques...
(2) Juan Carlos allait vers ses soixante-dix ans lorsque ce texte a été rédigé.
(3) C'est une affirmation qui n'est pas partagée par tout le monde en Argentine. En revanche, en Uruguay, le public et les mélomanes sont moins partagés autour de la personne, des théories et de la musique de Cáceres, qui ne s'en est jamais pris aux artistes uruguayens comme il a attaqué, vent debout, la majorité des artistes argentins.
(4) Juan Carlos Cáceres faisait souvent allusion à cette séparation en deux Etats indépendants de l'Argentine et de la Banda Oriental, comme on appelait alors le futur Uruguay, par un long processus d'une guerre bâtarde, entre civile et indépendantiste, de 1810 à 1830. Juan Carlos désignait cette date comme celle de la "perte de l'Uruguay" comme certains nostalgiques français parlent encore de la "perte de l'Algérie".

mardi 7 avril 2015

Página/12 rend hommage à Juan Carlos Cáceres [Actu]

Página/12 a titré avec cette onomatopée qu'aimait tant Juan Carlos
Tangó tangó....
L'imitation primaire du tambour du candombe noir dans les rues de Buenos Aires

Avec émotion et admiration, Karina Micheletto rend hommage ce matin, dans Página/12, à Juan Carlos Cáceres, décédé dimanche, chez lui, en région parisienne. C'est le seul journal à mentionner ce décès d'un artiste qui avait su diviser profondément le public et la profession à son égard par ses prises de position sans nuance et son éloignement géographique (1).

Elle rappelle sa passion pour la négritude du tango et son style qu'elle situe avec grâce "entre le voyou et le sophistiqué, le faubourien (canyengue) et l'exquis, le jazz et la murga"... Elle a raison.

Elle rappelle aussi l'hommage que lui avait rendu mercredi dernier Ariel Prat entouré d'un grand nombre d'amis et d'admirateurs de sa musique à l'Auditorium de Radio Nacional, dont l'orchestre féminin China Cruel, les chanteurs Nicolás Choco Ciocchini et Juan Seren, le compositeur et pianiste Julián Peralta (fondateur et directeur musical de Astillero Tango, une des rares formations contemporaines qui trouvaient grâce aux yeux de Juan Carlos), la murga Garufa de Constitución, etc... La journaliste y reprend les quelques mots émus de Ariel Prat qui considère Juan Carlos Cáceres comme "son maître musical".

L'affiche du concert de Radio Nacional
Cáceres mon amour, signé par Alicia Zadán, l'épouse de Juan Carlos

Página/12 a fait de son hommage l'article phare de ses pages culturelles du jour, avec, comme illustration, une excellente photo de l'artiste, peut-être la préférée de la rédaction car je l'y ai vue plus d'une fois, où il a ce regard et ce sourire légèrement goguenard et une allure bonhomme et joviale.

Pour aller plus loin :
lire la présentation du concert du 1er avril à Radio Nacional (visiblement rédigé par Ariel Prat et qu'a illustrée Alicia Zadán, l'épouse de Cáceres, elle-même peintre de talent).



(1) Les musiciens argentins restés vivre au pays n'apprécient que fort peu qu'on débarque à Ezeiza d'un avion Air France ou Iberia pour leur expliquer doctement ce qu'est le tango ou leur culture. Après tout, ce sont bien eux qui se retroussent les manches pour construire le pays et non pas ceux qui se sont exilés ailleurs, surtout si cet ailleurs est un pays développé de l'hémisphère nord, et ce quelle qu'en soit la raison. En l'occurrence, Juan Carlos avait choisi de quitter l'Argentine sans y être contraint par la situation politique. Il n'était pas persécuté au contraire de personnalités comme Susana Rinaldi, Alfredo Arias, Mercedes Sosa ou Atahualpa Yupanqui, dont la vie ou la liberté auraient été menacées s'ils étaient restés en Argentine. Pour parler de l'Argentine aux Argentins quand on vient d'Europe, il faut y mettre certaines formes que Juan Carlos évitait délibérément avec ce sens de la provocation qui était le sien et qui explique qu'aujourd'hui, en dépit de son talent, sa mort passe tant inaperçue. Je trouve cela infiniment triste...

lundi 6 avril 2015

Adieu à Juan Carlos Cáceres [ici]

La couverture de Tango Negro, dans les deux versions argentines et françaises,
est un tableau de Juan Carlos Cáceres.
C'est lui qui l'avais choisi dans les deux cas.

C'est une nouvelle qui ne surprendra pas ceux qui le connaissaient personnellement puisqu'il était malade depuis quelques années : Juan Carlos Cáceres est décédé hier, dimanche de Pâques, en France, dans ce pays où il avait choisi de vivre depuis 1968.

Il était né à Buenos Aires en 1936. Il avait les deux nationalités.

Depuis ses vingt ans, il déployait ses talents dans de nombreuses disciplines, étant à la fois artiste plastique, musicien et enseignant. Il aura marqué le monde du tango par la vigueur avec laquelle il défendait, de manière très polémique et souvent agressive, la négritude du tango, dont il avait entièrement investi son travail musical, comme compositeur, pianiste, tromboniste, percussionniste et chanteur...

Ariel Prat a mis en ligne aujourd'hui même cet hommage
qu'il lui a rendu le 1er avril dernier à Radio Nacional,
à Buenos Aires

En mai 2010, il avait publié à Buenos Aires une monographie sur le sujet où il avait rassemblé la matière de plusieurs de ses conférences, sous le titre emblématique de Tango Negro (Editions Planeta Argentina). Ce manifeste a été publié en version francophone aux Editions du Jasmin. Je l'avais connu à Paris à la rentrée 2009, pour lui demander l'autorisation d'intégrer deux de ses pièces dans mon premier livre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins. Plus tard, il m'a demandé d'être l'adaptatrice de son livre argentin et ensuite, j'ai dû m'éloigner de lui, à mon grand regret. Juan Carlos avait beaucoup de talent et je me souviens aussi qu'il supportait difficilement qu'on soit d'un autre avis que lui. Il était entier, obsessionnel, dominateur et peu capable de faire des concessions y compris dans des domaines dans lesquels il n'était ni versé ni formé. J'ai eu avec lui des non-discussions épiques sur San Martín dont il était mécontent que je le décrive comme un homme fidèle en amour et surtout un descendant d'Espagnols, ses parents légitimes, et par conséquent sans une once de "sang" indien, car il était partisan de cette fable argentine qui fait du général un invraisemblable métis. Cela va ensemble, il était aussi un grand séducteur, et cette propension à s'imposer aux autres l'a fâché à plusieurs reprises avec tel ou tel de ses partenaires, musiciens ou autres, avec lesquels il avait pu travailler parfois pendant plusieurs mois ou plusieurs années.

En ce lundi de Pâques, beaucoup, et peut-être tous, doivent éprouver ce regret qui m'habite en ce moment qu'il se soit avéré impossible de développer avec lui une amitié dont tous les participants se respectent mutuellement, telle comme j'ai pu l'expérimenter avec un géant de la taille de Horacio Ferrer, qui nous a quittés le 21 décembre dernier.
Au moment où nous disons adieu à Juan Carlos, voilà un véritable crève-cœur : avec son talent et un brin de souplesse, il aurait eu, en France et ailleurs, la carrière d'un Paolo Conte, qui lui aussi chante en "étranger", au lieu de celle, confidentielle, qu'il a connue tant en Europe qu'en Argentine. Je dois à l'honnêteté d'ajouter qu'il ne m'a jamais semblé en éprouver le moindre regret (mais il savait cacher, ô combien, ses déceptions en tout genre).

En 2009, Juan Carlos Cáceres interprète au piano sa Murga Argentina

Alors, qu'il repose en paix et en musique, entouré des bombos noirs de son pays rioplatense avec lequel il entretenait des relations si compliquées, si douloureuses...

Juan Carlos Cáceres en 2010 au Centro Cultural Borges, à Buenos Aires
à l'inauguration d'une exposition de peinture qui lui était consacrée dans sa ville natale

mardi 27 août 2013

Tango Negro (version française) à Buenos Aires [Disques & Livres]


Tango Negro, de Juan Carlos Cáceres, Traduction et Commentaires de Denise Anne Clavilier, paru en avril 2013 à Paris, aux Editions du Jasmin, peut être désormais consulté à Buenos Aires à la bibliothèque du Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, Corrientes 1543, et à la bibliothèque de la Academia Nacional del Tango, Palacio Carlos Gardel, Avenida de Mayo 833.

La versión francesa de este manifiesto o ensayo de Juan Carlos Cáceres (primera edición en Buenos Aires, en Planeta, 2012), salió en Francia en abril del 2013, en Editorial Editions du Jasmin.
El libro se encuentra en las bibliotecas porteñas siguientes :
Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, Corrientes 1543
Academia Nacional del Tango, Palacio Carlos Gardel, Avda de Mayo 833.

mercredi 17 avril 2013

Tango Negro est sorti en français et en France [Disques & Livres]



Tango Negro est un manifeste (selon la classification en vigueur en France) que Juan Carlos Cáceres a rédigé et conçu en espagnol et qu'il a fait paraître en Argentine en mai 2010 comme essai, selon la terminologie employée par les Editions Planeta Argentina (voir mon article du 26 juin 2010).

Il y expose et y défend avec son opiniâtreté ordinaire ses théories, souvent polémiques, parfois subjectives et dans tous les cas délibérément anticonformistes, sur les racines afro-américaines du tango argentin, théories élaborées à partir de ses recherches empiriques de musicien et de compositeur formé par le jazz avant qu'il n'aborde les rivages du tango en France où il s'est installé en mai 1968 et où il a découvert comme tant de ses compatriotes l'importance que le genre revêt pour sa propre identité d'Argentin Anclao en París (1). Cette recherche expérimentale nous vaut une analyse ultra-fouillée des entrecroisements musicaux, rythmiques et harmoniques, entre le jazz et le tango mais aussi le tango et toute la famille des musiques de l'Afrique de l'ouest, des Caraïbes et de l'Amérique latine (Brésil compris). Rien que pour cette analyse-là, il fallait absolument mettre l'ouvrage à la portée du public francophone.

Ailleurs dans ce blog et en particulier à travers plusieurs articles relatif au Bicentenaire de l'Argentine (voir le raccourci situé dans la partie médiane de la Colonne de droite), j'ai tâché de montrer combien là-bas l'historiographie est marquée par de vigoureux enjeux idéologiques qui fracturent le pays et cet état de fait durera sans doute encore quelques décennies. Peu d'historiens y pratiquent leur discipline avec le souci d'objectivité qui caractérise la démarche herméneutique de leurs homologues en Europe ou en Amérique anglo-saxonne. Et c'est une singularité de l'historiographie en Argentine que j'ai soulevée aussi dans les annexes de San Martín, à rebours des conquistadors (2). En ce sens, l'édition originale de Tango Negro (Planeta) n'échappe pas à la règle. Elle regorge de prises de position aussi passionnées et intéressantes que méthodologiquement discutables, comme il est inévitable d'en trouver chez les penseurs argentins qui se sont formés en Argentine (3). Chez un lecteur francophone, imprégné du cartésianisme qui caractérise notre culture, ce phénomène provoque des surprises et des réticences intellectuelles qui auraient condamné le livre s'il avait été jeté tel quel sur le marché français, d'autant plus que notre approche se heurte au peu de connaissance que nous avons de l'histoire de l'Amérique du Sud en général et de celle de l'Argentine en particulier.

Dans cet ouvrage, qui est le quatrième que je publie et le troisième aux Editions du Jasmin, j'ai donc dû m'aventurer bien au-delà de la simple traduction et concevoir un ensemble de commentaires pluridisciplinaires, allant de l'histoire à la littérature, pour situer les propos de l'auteur initial dans leur contexte politique et philosophique et indiquer aux lecteurs les événements factuels que Juan Carlos n'avait pas pris la peine d'exposer lorsqu'il s'adressait à des Argentins dotés d'une certaine perception de leur passé national (4).

Tango Negro se compose donc de deux parties distinctes, la traduction du texte original (5) et un corpus de notes, numérotées chapitre par chapitre, rassemblées en fin de volume. Certaines sont de simples indications de dates, de titres d'œuvre ou d'instrument (pour vous aider à situer tel ou tel artiste cité sans plus de détail par l'auteur en première partie). D'autres sont des explications critiques plus approfondies sur telle légende appelée à la rescousse par Juan Carlos Cáceres à l'appui de ses thèses (les mythes de José de San Martín, Manuel Dorrego, Juan Manuel de Rosas ou Juan Lavalle) ou tel épisode historique, que les Argentins connaissent bien (ou croient connaître) mais qui ne nous évoquent rien (la Campagne du Désert, la guerre du Paraguay, le ponceau de la Fédération, la Década Infame, l'époque d'Alvear...). Pour ma part, j'aurais préféré restructurer complètement l'ouvrage initial pour l'adapter d'emblée aux exigences du public européen et lui proposer un travail d'un seul tenant, mais Juan Carlos en a écarté l'idée alors que je venais de terminer la phase préparatoire (qu'il ne nous restait plus qu'à réorganiser le matériel ainsi élaboré) et, devant son refus, pour ne pas abandonner un travail déjà fort avancé, je me suis résolue à ce plan dual qui frustre mon goût de l'exposé pédagogique simple et fluide mais qui a au moins le mérite de faire la part de ce que chacun de nous a mis dans l'ouvrage commun, sans qu'aucune confusion ne soit possible entre l'un et l'autre co-auteur.


Le livre de 236 pages (24,90 €) peut être commandé sans difficulté dans toutes les librairies de la zone euro (6). Hors de la zone euro, dans des pays ayant des accords avec l'Union Européenne, cela ne pose pas de problème majeur non plus (en Suisse par exemple). Cela peut être un peu plus complexe en dehors de l'Union Européenne mais le livre ne tardera pas à être référencé comme tous les titres du Jasmin sur les grands sites de vente en ligne. Il sera bien entendu disponible sur le stand de l'éditeur dans tous les salons sur lesquels il expose (voir son actualité sur son site internet).

Juan Carlos Cáceres en parlera aussi lors de ses concerts, à travers les festivals et autres manifestations auxquelles il participe si souvent (Tarbes notamment tous les mois d'août et tout prochainement un salon consacré à la musique latino-américaine à Deauville). A ces occasions, vous devriez pouvoir vous procurer le livre directement auprès de lui ou sur un stand dédié, comme vous pouvez lui acheter ses disques ou même la version originale de cet essai (en espagnol). Il est probable aussi qu'il organisera prochainement une présentation à Paris dans son studio de l'Espace Tango Negro.

De mon côté, il va sans dire que je présenterai Tango Negro, comme mes autres ouvrages, à toutes mes séances de dédicace que je tiens en général sur le stand du Jasmin, dans les prochains salons du livre auxquels je participerai (Le Plessis-Robinson, Saint-Malo, Le Chesnay...) et à l'issue de mes conférences (à Toulouse, Roquebrune-sur-Argens, Nice...) (7). Donc rendez-vous au plus tôt pour les Parisiens et les Franciliens au Plessis-Robinson, samedi 20 avril 2013 (voir mon article du 8 avril 2013) où je ferai moi aussi la connaissance du bouquin dûment imprimé (je n'aurai pas le temps d'ici là de faire un saut chez mon éditeur qui m'a appelée ce matin pour m'annoncer cette parution avec un jour d'avance sur le calendrier fixé par l'imprimeur).


(1) Anclao en París est un tango de Enrique Cadícamo (paroles) et Guillermo Barbieri (musique) écrit pour Carlos Gardel, qui en 1931 séjournait à Paris. Il est traduit à la page 284 de Barrio de Tango, recueil bilingue des tangos argentins, le premier des ouvrages que j'ai publié aux Editions du Jasmin en mai 2010... Je vous laisse aller y découvrir l'histoire.
(2) Editions du Jasmin, décembre 2012.
(3) Et le malheur veut que les intellectuels argentins qui se sont formés à l'étranger renient souvent leur argentinité dans ce qu'elle a d'irréductible au profit d'une imitation de l'Europe et des Etats-Unis, ce qui donne à leurs travaux un ton suffisant peu agréable, quelque soit l'intérêt du contenu qu'ils développent.
(4) Connaissance elle-même très fragmentaire et passablement erronée comme vous le savez si vous lisez mes articles sur l'histoire dans ce blog. En effet, l'enseignement scolaire reste très marqué par l'idéologie anglophile et libre-échangiste de Bartolomé Mitre (1821-1906) tandis qu'un autre courant monte dans la société, une lecture péroniste, sociale et souverainiste (avec des personnalités médiatiques dont je vous parle parfois, comme Felipe Pigna et Norberto Galasso). A cette querelle qui divise le pays en deux, s'ajoute une opposition secondaire, qui pèse moins dans la politique actuelle, le courant dit conservateur-catholique (traditionnellement assez présent au sein de el Instituto Nacional Sanmartiniano par exemple) contre le courant anarchiste, dont la figure de proue est l'historien Osvaldo Bayer et auquel Juan Carlos Cáceres se rallie (sans lui appartenir vraiment puisqu'il n'est pas du tout historien). Il en ressort que Tango Negro est un livre très orienté et même tendancieux pour les Argentins eux-mêmes, mais ils ont à leur disposition tout ce dont ils ont besoin pour prendre leurs repères et se construire leur propre opinion, dans leur propre langue et leur propre pays, avec profusion de livres, d'articles, de conférences et même d'émissions de radio et de télévision. Contrairement aux Européens qui ne disposent que d'une documentation très réduite, très parcellaire, y compris en Espagne, les productions argentines de toute nature étant peu diffusées en dehors de l'Amérique Latine.
(5) Très légèrement amendée pour lui faire respecter les règles minimales qui s'imposent en France (et en Europe en général). Si l'argentin et l'espagnol supportent les répétitions lexicales, la langue française, depuis Louis XIII au moins, en a une sainte horreur et il était donc indispensable de toiletter le texte original et de le débarrasser aussi de ses redites qui ne choquent personne en Argentine mais qui, passées dans notre langue, se révélaient aussi hideuses que les répétitions de vocabulaire. J'ai néanmoins dû maintenir, à la demande insistante de l'auteur, différents éléments qui restent le péché mignon de la plupart des essayistes en Argentine : des affirmations péremptoires qui ne s'appuient sur aucune argumentation et des digressions, que nous avons tous vu nos enseignants stigmatiser comme hors sujet barrés d'un gros trait de stylo rouge sur nos copies d'écolier, de collégiens et de lycéens (et parfois encore au-delà !). Il m'a toutefois autorisée à remettre dans l'ordre chronologique un petit chapitre consacré à l'histoire de l'Argentine depuis la Révolution de Mai en 1910 jusqu'à l'âge d'or du tango dans les années 1940 qui, dans l'édition originale, donne tous les événements dans le plus grand désordre (cela n'est nullement gênant quand on connaît l'histoire mais quand elle est inconnue !)
(6) Pour autant que vous ayez affaire à un libraire qui fait correctement son métier et il y en a beaucoup. Je constate cependant sur les salons qu'un petit nombre de libraires indépendants et peu consciencieux préfèrent répondre à leurs clients qu'un livre est épuisé plutôt que de le commander à un éditeur indépendant (ce qui n'est pas plus compliqué qu'auprès d'un gros diffuseur), comme ce libraire de Saint-Jean-de-Luz qui a répondu récemment à quelqu'un que San Martín, à rebours des conquistadors n'était pas disponible tout en lui parlant des autres ouvrages dans la même collection qu'il voyait apparaître sur son écran d'ordinateur (et qui portent le même nom d'auteur mais un autre prénom, donc qui ne sont pas de moi et qui n'ont rien à voir avec mes sujets de prédilection) et en lui communiquant le numéro de téléphone de l'éditeur. Et débrouille-toi avec ça ! C'était pourtant bel et bien à lui, le libraire professionnel, de passer ce coup de fil et cette commande ! Que ce genre de commerçant ne vienne pas geindre ensuite dans les médias en se plaignant que les géants comme Amazon ou la FNAC leur dévorent leurs parts de marché. Ils l'auront bien cherché.
(7) En dehors des annonces que je fais dans ce blog au fur et à mesure que les manifestations s'approchent, vous pouvez connaître les dates et lieux de mes rencontres publiques en consultant mon agenda sur mon site Internet.

lundi 24 décembre 2012

jeudi 8 mars 2012

Juan Carlos Cáceres présente Noche de Carnaval à Notorious [à l'affiche]

Ce samedi 10 mars 2012, le compositeur, chanteur et multi-instrumentiste Juan Carlos Cáceres présentera son nouveau disque, sorti l'année dernière, Noche de Carnaval, chez Mañana Music (Paris), à Notorious, Callao 966, à Recoleta, à 21h30.

Pour l'occasion, il a invité le chanteur Nicolás "Choco" Ciocchini et Rubén "Mosca" Bloise à partager la scène avec lui.

Comme à Clásica y Moderna, l'autre grande adresse musicale du même coin, les prix sont indiqués au client lors de la réservation des places. Pour avoir plus d'informations sur le programme et le restaurant, consulter le site Internet.

vendredi 25 novembre 2011

Impro à l'Espace Tango Negro pour commencer décembre [ici]

Affiche diffusée et réalisée par Alicia Zadan

Le jeudi 1er décembre 2011, à 20h, Juan Carlos Cáceres et Hugo Díaz Cardenas uniront une nouvelle fois leurs talents pour une soirée d'improvisation de milongas...

Espace Tango Negro, 71 rue Rochechouart, Paris 9 (M° Anvers ou Barbès-Rochechouart).

Participation aux frais : 10 € par personne.
Informations et réservations : 06 29 63 65 76 ou 01 73 75 05 42.

Pour en savoir plus sur les artistes, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Vous ferez ainsi remonter en page d'accueil l'ensemble des articles les concernant dans ce blog en français sur l'actualité du tango argentin.

lundi 6 juin 2011

Présentation du nouveau disque de Juan Carlos Cáceres le 7 juin à Paris [Disques & Livres]


Le chanteur, pianiste et compositeur argentin Juan Carlos Cáceres, installé depuis des lunes à Paris, présentera demain soir, le mardi 7 mai 2011, à partir de 19h, son nouveau disque, intitulé Noche de Carnaval (nuit de carnaval), à l'Espace Tango Negro, 71 rue Rochechouart, 75009 Paris, M° Anvers ou Barbès-Rochechouart.

Ce disque est un voyage musical à travers ses souvenirs de jeunesse et de jazz à Buenos Aires, à travers son propre parcours de compositeur entre jazz, charleston, tango et murga, tous genres musicaux très marqués par des racines afro-américaines. Le disque sort officiellement le 14 juin chez Mañana. Il sera comme d'habitude distribué chez un bon nombre de disquaires en France et en Europe, notamment les grandes enseignes.

Verso du disque

Pour ma part, j'ai signé les traductions de tous les textes en espagnol, la présentation de l'album lui-même et les textes des 13 chansons qui le compose, que le label Mañana tient pour le moment à la disposition des journalistes. Dans un deuxième temps, on verra l'usage qui sera fait de ces traductions. Elles pourraient paraître en ligne, sur un site ou sur un autre, sous le contrôle de la maison de disques (site Internet de Mañana, site Internet de Juan Carlos, Barrio de Tango... Suspense !).

On vous attend nombreux après de nombreux incidents techniques qui semblent avoir retardé l'annonce de cette fête au pied de la Butte Montmartre...

lundi 14 février 2011

Saxophone tanguero à Tango Negro le 24 février [ici]

Le saxophoniste argentin David Marcos, accompagné par Juan Carlos Cáceres (piano) et Hugo Díaz Cardenas (guitare), ouvrira la saison 2011 de l'Espace Tango Negro avec son concert, le jeudi 24 février à 19h30.

Entrée : 10 €.

Réservation par téléphone au 01 73 75 05 42 ou au 06 29 63 65 76
ou par mail : aliiciaa@aol.com ou tangocaceres@aol.com

Affiche diffusée par Tango Negro et par David Marcos

Espace Tango Negro, 71 rue Rochechouart, Paris 9ème (M° Anvers). J'y ferai moi-même demain, mardi 15 février 2011, à 20h, la présentation de ma deuxième anthologie, Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, Supplément 2010 Triages, Tarabuste Editions (janvier 2011).

David Marcos, je vous en avais déjà parlé il y a un mois au sujet de l'émission qu'Arièle Butaux a consacrée au tango sur France Musique avec, là aussi, la participation de Juan Carlos Cáceres (voir mon article du 12 janviers 2011 à ce propos).

Pour en savoir plus sur David Marcos, connectez-vous à son site Internet (en espagnol).
De même pour Juan Carlos Cáceres dont vous trouverez le site (trilingue) sous le lien et pour Hugo Díaz Cardenas (en français)

mercredi 12 janvier 2011

Le tango est l'invité d'Arièle dimanche midi [ici]

Une heure et demie de tango dimanche 13 janvier 2011, à midi et demi, avec des musiciens majoritairement français, issus de la tradition classique, dans l'émission Les invités d'Arièle, animée par Arièle Butaux, voilà ce que nous propose France Musique à l'heure du prochain déjeuner dominical (pour ce qui est de la première diffusion).

Si vous décidez d'écouter l'émission sur le site, ce sera à l'heure que vous choisirez, à travers le service d'écoute à la demande. Ce sera mon cas, d'ailleurs.

Sur le territoire français et dans les pays limitrophes, France Musique s'écoute en direct par les ondes en FM. Pour le reste du monde, la station de radio publique dispose de son propre streaming sur son site Internet.

Au menu : du Piazzolla classique, en bando solo, et on repassera le plat. Ensuite, du Piazzolla en cordes et en archet et, pour continuer, du Piazzolla au saxophone pour le dessert et on le dégustera encore en digestif... dans un beau verre à cognac préalablement chauffé pour exalter tous les parfums.

Heureusement pour la diversité du répertoire tanguero, de temps en temps, on quitte le grand Astor pour aller grapiller ici du Vicente Greco, là du Horacio Salgán ou, ailleurs encore, quelques minutes de Julio De Caro. Et comme Juan Carlos Cáceres fait partie des invités, vous pourrez entendre aussi quelques pièces de sa composition, dont un cadeau qu'il vous fait, un morceau inédit de son prochain disque qui sortira en mars chez Mañana (1).

Au cours de cette matinée musicale, Arièle Butaux a fait appel pour l'essentiel à des musiciens classiques dont, hier, lors du filage puis de l'enregistrement, la jeunesse m'a surprise. Des musiciens à qui l'on peut donc souhaiter en cette période de voeux une très belle année 2011, prémisse d'une belle carrière.

L'émission s'ouvrira avec Juan Carlos Cáceres, accompagné du clarinettiste et saxophoniste argentin (lui aussi) David Marcos. Les autres invités sont l'Ensemble Contrastes, un quatuor de cordes et piano à qui est revenu l'honneur de clore l'émission sur un excellent arrangement, plein d'humour et de virtuosité, de La Cumparsita, puis le saxophoniste Carl Emmanuel Fisbach qui s'est fait accompagné d'un de ses amis au piano (deux musiciens d'une finesse exceptionnelle) et enfin le bandonéoniste norvégien Per Arne Glorvigen, qui a inclus dans son programme un psaume de Grieg pour rappeller que le bandonéon a aussi servi d'instrument d'église dans sa Saxe natale.

Carl Emmanuel Fisbach, le plus jeune de tous les invités puisqu'il est encore élève au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris, a déjà enregistré un disque en Argentine. Il cherche actuellement un distributeur pour le diffuser en France et en Europe. Je ne dispose pas du disque mais si c'est aussi bon que ce que j'ai entendu hier, il faut qu'un distributeur se manifeste rapidement de ce côté-ci de l'Atlantique...

L'émission était donc enregistrée en public, hier soir, au studio 105 de la Maison de Radio France (2). J'ai eu la chance (c'en est une, croyez-moi) de pourvoir assister aux répétitions dans l'après-midi et je me suis mêlée au public le soir, pour le concert. C'est donc en toute connaissance de cause que je vous invite à l'écouter lorsqu'elle passera. Les Argentins ont beau y être minoritaires, l'émission vaut assurément le coup !

Pour en savoir plus sur l'émission, visitez la page des Invités d'Arièle.
Le site de France Musique fonctionne avec Les invités d'Arièle presque comme avec Etonnez-moi Benoît que vous connaissez déjà grâce à la chronique qu'y tient Jean-Louis Mingalon une fois par mois (le podcast par téléchargement automatique n'existe pas pour des raisons liées à la gestion par France Musique des droits d'auteur et d'interprète mais l'écoute libre non téléchargeable pendant 30 jours suivant la diffusion, si).

(1) Pour la première fois, cette sortie s'accompagnera, sous une forme qui reste à déterminer, de la traduction en français des textes des chansons. Je viens d'achever ce travail, qui faisait partie de mon programme de devoirs d'été, et nous réfléchissons à la meilleure manière de le mettre à disposition du public, sans renchérir le prix d'achat de l'album. Je vous en reparlerai donc en temps utile.
(2) Juste une petite précision : Arièle Butaux a la langue qui fourche lorsqu'elle lance l'enregistrement. Elle cite comme du poète Ernesto Sábato la célèbre définition du tango : le tango est un sentiment triste qui se danse. En fait, de nombreux auditeurs vont rétablir d'eux-mêmes : la phrase est en fait attribuée à un autre poète, qui fut aussi compositeur, acteur, comédien et réalisateur, Enrique Santos Discépolo. En outre, cette définition a de fortes chances d'être une invention apocryphe, car on ne trouve nullle trace nulle part dans les oeuvres de Discépolo d'une phrase semblable.

vendredi 31 décembre 2010

Les voeux renversés de Tango Negro [ici]

Tango Negro est l'association fondée à Paris par Juan Carlos Cáceres pour gérer un petit espace où le compositeur donne et fait donner concerts et conférences au pied de la Butte Montmartre.

Cliquez sur l'image pour obtenir la résolution originale

J'ai trouvé cette carte si jolie et si jubilatoire que je fais une entorse à mes principes habituels (1) pour vous la partager ! A près tout, c'est la fête, non !

(1) En général sur Barrio de Tango, je ne parle guère de ce que font les artistes installés en Europe. Pour une raison toute simple : les journées n'ont que 24 heures et il faut bien que je me donne des limites si je veux tenir la route sur ce blog, dont l'objectif principal est de vous faire découvrir le tango tel qu'il se vit en Argentine et en Uruguay et de partager avec vous l'enthousiasme que cela suscite en moi...

samedi 27 novembre 2010

Juan Carlos Cáceres et le Trio Norberto Pedreira à Bron et à Villeurbanne la semaine prochaine [ici]

L'auteur-compositeur-interprète Juan Carlos Cáceres et les guitaristes du Trio Norberto Pedreira se produiront la semaine prochaine en région lyonnaise, à Bron jeudi 2 décembre 2010 et à Villeurbanne samedi 4 décembre.

Tout est sur l'affiche qui n'a pas besoin d'être traduite puisque ça se passe ici...

Affiche communiquée par Taquetepa

Bons concerts aux amis lyonnais et rhodaniens, avec ou sans beaujolais nouveau !

Pour en savoir plus sur Juan Carlos Cáceres, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Vous trouverez dans la sélection d'articles que ce clic fera remonter en page d'accueil ceux que j'ai consacrés à son livre sur l'histoire méconnue du tango, qu'il a publié en juin à Buenos Aires (chez Planeta).
C'est pour l'heure le premier article dans Barrio de Tango sur Norberto Pedreira. Merci à Taquetepa qui m'a transmis l'info complète.

jeudi 11 novembre 2010

Musique expérimentale post-moderne à Tango Negro à Paris [ici]

Diego Losa et Juan Carlos Cáceres donneront le jeudi 18 novembre à 20h un concert de musique expérimentale post-moderne à l'Espace Tango Negro, 71 rue Rochechouart, à Paris (9ème arrondissement), métro Anvers ou Barbès et bus 85.

Entrée : 10 €.

Un des plus grands musiciens argentins installés en France, depuis 40 ans. Cela vaut le coup d'y aller.

Renseignement par téléphone : 06 60 63 01 44
Renseignement par mail : tangocaceres@aol.com

samedi 10 juillet 2010

L'article de Clarín et de Tangauta sur le livre de Juan Carlos Cáceres [Disques & Livres]

Après Página/12, qui a réagi dès la fin juin à la parution du livre du compositeur, peintre et chanteur Juan Carlos Cáceres aux éditions Planeta (filiale argentine), c'est le quotidien Clarín et le mensuel portègne gratuit El Tanguata qui s'intéressent aujourd'hui à cet ouvrage consacré à l'histoire méconnue du tango, ses racines noires et les influences complexes et multi-géographiques qui ont permis en quelques décennies l'élaboration de ce genre, à la fin du 19ème siècle, à Buenos Aires et sur les deux rives du Río de la Plata : Tango negro, la historia negada: origenes, desarollo y actualidad del tango (comprenez Tango noir, l'histoire niée : origines, développement et actualité du tango).

L'article de Gustavo Varela n'apporte rien de plus que l'interview de Página/12, il y a dix jours (voir mon article du 26 juin 2010) mais il a le mérite d'exister et de montrer à travers sa rédaction et l'angle d'attaque choisi combien aujourd'hui encore en Argentine il est difficile de concevoir que le tango puisse être aussi profondément marqué par la culture afro-argentine, toujours pour la même raison que j'ai exposée à plusieurs reprises au cours de cette année, notamment autour des questions relatives à la célébration du Bicentenaire de l'indépendance : l'histoire officielle, celle qui a été enseignée dans les écoles depuis que l'école est obligatoire (en 1883), nie complètement la réalité sociologique que fut, pendant près de 300 ans, l'existence de l'esclavage et de la traite des Noirs en Argentine et singulièrement à Buenos Aires, grand port négrier de destination. Ces fêtes du Bicentenaire m'ont permis de vous montrer à plusieurs reprises la difficulté de la démarche historique actuelle en Argentine, avec ces a priori et cette nécessité de construire une vision populaire, vraie ou fausse, du passé national : rappelez-vous, en particulier, le dessin à rebrousse-poil de Miguel Rep à la une de Página/12, le 26 mai dernier...

Ce que Clarín, oubliant finalement de parler vraiment du travail de Juan Carlos Cáceres, expose ainsi :

La idea de encontrar una esencia inalterable que defina y ordene el sentido de todo el tango deja a la influencia negra, a veces como una cita sin despliegue posterior y otras, olvidada y sin presencia. Las razones de este “olvido” exceden la historia del tango y responden más a la necesidad de conformar un relato sobre la identidad nacional en el momento de la gestación del Estado moderno argentino. Hacia 1880 el proyecto de Nación requería de una genealogía occidental, europea y blanca que no incluía la presencia ni de los indios ni de los negros. El tango no quedó al margen de este proceso de “higienización” nacional e incluso su historia es contada a partir de una doble depuración: moral, cuando se explica el pasaje de su origen prostibulario y lúbrico al tango que canta penas y traiciones de amor; y étnica, cuando la influencia negra se torna invisible debido a la necesidad de identificar al tango como una música auténticamente nacional.
Gustavo Varela, dans Clarín

L'idée de trouver une essence inaltérable qui définisse et ordonne le sens de tout le tango laisse de côté l'influence noire, parfois comme une rencontre sans déploiement postérieur et à d'autres moments comme une rencontre oubliée et sans conséquence aujourd'hui. Les raisons de cet "oubli" dépassent l'histoire du tango et correspondent plus au besoin de bâtir un récit sur l'identité nationale au moment de la gestation de l'Etat moderne argentin. Vers 1880, le projet de Nation demandait une généalogie occidentale, européenne et blanche (1) qui excluait la présence des Indiens et des Noirs. Le tango n'est pas resté en marge de ce processus d'"hygiénisation" nationale. Au contraire, son histoire est racontée à partir d'une double épuration : morale, lorsqu'on explique le passage de l'origine prostitutionnelle et lubrique au tango qui chante des chagrins et des trahisons d'amour, et ethnique, lorsque l'influence noire se fait invisible à cause de ce besoin d'identifier le tango à une musique authentiquement nationale.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Jeudi, à Toulouse, j'ai pu donner une conférence sur ces origines très mêlées du tango et qui remontent bien avant la date conventionnelle de 1880 comme naissance du tango. Dans mon introduction, j'ai présenté cette donnée historique des années 1840 à 1880 comme mal connue et peu reconnue. José María Kokubu, chanteur et musicologue membre de la Academia Nacional del Tango, venait d'arriver dans la salle pour écouter ma causerie, lui qui devait prendre la parole hier à 18h, à la Médiathèque José Cabanis, pour une autre conférence sur l'histoire du tango, dans le cadre du même festival Tangopostale, qui se termine demain. Et comme je disais que cette histoire était mal connue chez nous, il a aussitôt commenté à haute voix, dans son impeccable français, appris au Lycée français de Buenos Aires : "En Argentine, non plus, on ne le sait pas".
L'article de Clarín, tel qu'il est rédigé ce matin, nous le prouve.

Capture d'écran du pdf du numéro 189 de El Tanguata
(pour mieux voir, consulter leur site)

El Tanguata est,quant à lui, plus dissert : le mensuel gratuit consacre en effet deux pages illustrées en couleurs de son numéro de juillet, les pages 14 et 15, avec une assez longue interview, pas très éloignée de celle parue le 26 juin dans Página/12, un entrefilet sur l'arrivée de Juan Carlos le 14 mai 1968 dans un Paris que Daniel Cohn-Bendit et ses copains venaient de mettre sens dessus dessous, un entrefilet sur son travail de peintre et quelques mots sur la série de cinq concerts que le musicien a donnés à Buenos Aires à l'occasion de la sortie de son disque sur ses 40 ans de carrière.

Les articles de El Tanguata sont lisibles gratuitement sur le site de la revue. Vous pouvez même télécharger l'intégralité de tous les numéros en pdf. Il vous suffit pour cela de vous inscrire sur le site en donnant un nom, une adresse mail et en vous définissant un login, informations qui vous seront demandées systématiquement à chaque connexion au site par la suite. Le dossier intégral est en espagnol. L'interview seule est bilingue (espagnol et anglais).

Voir mon autre article de ce jour sur cette édition de El Tanguata, un numéro passionnant pour les amateurs de culture en général, dans un magazine qui est plus volontiers tourné vers la danse (pour l'essentiel).

Pour en savoir plus :
lire l'article complet de Clarín situé dans la rubrique Société du journal (et non dans les pages culturelles en tant que telles) et reportez-vous au site de El Tanguata dans la Colonne de droite
consulter la page du livre sur le site de Planeta (filiale argentine)

(1) Ce processus de construction de l'identité nationale à ce moment-là n'exigeait pas nécessairement une généalogie de ce genre (et à un autre moment non plus d'ailleurs). C'était bel et bien un parti-pris des élites libérales et pro-européennes au pouvoir à l'époque (Urquiza en 1852, après la défaite de Rosas qui avait pratiqué la politique opposée, en promouvant et en développant une société au contraire très métissée, puis Mitre de 1862 à 1868, puis Sarmiento de 1868 à 1874 et Avellaneda de 1874 à 1800 , immédiatement suivi par les dignitaires pâles et corrompus de la Generación del 80, oligarchie ploutocratique qui accéda au pouvoir cette année-là et accentua encore cette européanisation factice de l'Argentine officielle). Voir la succession des faits dans mon Vademecum historique, dont vous trouverez le raccourci dans la rubrique Petites chronologies, dans la partie médiane de la Colonne de droite. Il est très intéressant de constater que le journaliste de Clarín tient cette prétendue nécessité de l'européanisation de la société argentine pour une donnée objective et acquise, qu'il ne critique pas (à l'inverse du livre qu'il est en train de présenter). On a vu que la position de Página/12 est à l'opposée de celle-ci, par exemple dans mon article du 22 juin 2010 sur le nouvel essai de l'historien argentin Norberto Galasso qui porte précisément sur cette partie de la controverse savante. De même, l'emploi,sous la plume de Gustavo Varela des guillemets pour signaler, comme un fait incident et sans importance réelle, l'impropriété de deux mots, oubli et higiénisation, est très intéressant aussi : nulle part, le journaliste ne prend la peine d'expliquer lui-même ou de signaler en quoi et comment Juan Carlos Cáceres dénonce l'imposture qui se cache dessous. Là encore, c'est l'inverse de la démarche intellectuelle du journal concurrent. On constate ainsi combien cette controverse reste d'actualité 140 ans après l'élaboration de cette vision fortement idéologique de l'histoire nationale, celle de Bartolomé Mitre et de ses disciples historiens.
Et c'est d'autant plus étonnant que Gustavo Varela est lui-même l'auteur d'un essai de 196 pages sur l'histoire du tango, intitulé Mal de tango, historia y genealogía moral de la música ciudadana, aux éditions Paidós, Buenos Aires, 2005 (collection Diagonales). Dans cet essai, l'auteur ne dissimule pas du tout que le tango peut avoir des racines noires (la couverture faisant foi en la matière). Il fait néanmoins naître le tango dans les bordels comme musique lascive et pornographique, ce qui correspond à la caricature d'un cliché très répandu à Buenos Aires et que les Portègnes aiment bien (mais dans une version plus soft)  parce que, conscients qu'ils sont du caractère de liturgie culturelle civique que revêt toute manifestation de tango, ils ne détestent pas cette association paradoxale, subversive et mal pensante du symbole millénaire du péché qu'est la maison close et de la fonction métaphysique que remplit le tango dans la ville de Buenos Aires. Et ce cliché, très éloigné de la genèse du genre telle qu'on peut la reconstituer dans sa réalité historique, Juan Carlos Cáceres passe son temps à le démonter. Gustavo Varela est professeur de philosophie à l'Université de Buenos Aires et il est aussi musicien. Son essai est rédigé comme son article : le lecteur peine à comprendre ce qu'il cherche à démontrer.

samedi 26 juin 2010

Interview de Juan Carlos Cáceres dans Página/12 [Disques & Livres]

C'est une interview passionnante et tous azimuts que Juan Carlos Cáceres accorde à un Cristian Vitale qui reconnaît avoir quelque peine à le suivre dans les circonvolutions de ses propos et de son érudition. Nous sommes là en pleine querelle récurrente en Argentine entre histoire déniée et histoire officielle.

Comme je l'ai expliquée à d'autres occasions en cette année où l'Argentine célébre les deux cents ans de sa fondation mythico-historique du 25 mai 1810, il y a deux histoires antagonistes du pays : d'un côté l'histoire qui s'est imposée comme l'histoire officielle et qui a été élaborée dans les années 1860 par des hommes politiques eux-mêmes journalistes et historiens, qui étaient habités par le projet politique d'une Argentine à construire sur le modèle de l'Angleterre victorienne, puissance commerciale qui dominait le monde ; de l'autre côté, ce que le peuple a vécu et qui est resté dans l'ombre, voire qui a été nié par la classe dominante, notamment l'existence de l'esclavage (aujourd'hui encore, plus de 25 ans après le retour de la démocratie, de nombreux Argentins ignorent qu'il y a eu des esclaves noirs sur le territoire de leur pays), l'apport culturel afro-américain, la réalité de l'immigration pan-européenne des années 1880-1930, l'existence de courants de pensée européen ou autochtone comme l'anarchisme (autour du Río de la Plata, l'anarchisme russe a rencontré l'anarchisme pampero), les théories socialistes, le marxisme, etc. En parallèle à cet antagonisme entre les deux histoires, il y a l'antagonisme entre les deux visions de l'Argentine : d'un côté une Argentine qui serait un pays d'Europe comme un autre, malgré la réalité géographique, de l'autre, une Argentine proprement sud-américaine avec une culture et une société originales et une automonie économique à construire pour faire basculer le pays d'une économie coloniale (production de matières premières et achat à l'étranger de produits manufacturés) à une économie de production complète, de matières premières et de produits manufacturés, pour une balance commerciale en équilibre. Sur ces questions lancinantes, je vous renvoie notamment à mon article du 22 juin 2010 sur l'historien Norberto Galasso et à de nombreux articles référencés sous le mot-clé histoire (dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus ou dans la partie haute de la Colonne de droite).

Le travail de Juan Carlos Cáceres, qui vit à Paris depuis 1968, appartient sans aucune hésitation possible à la vision d'une Argentine résolument sud-américaine, à l'Argentine piétinée par la morgue des élites intellectuelles et économiques auxquelles Bartolomé Mitre (1821-1906) et Domingo Sarmiento (18/11-1888) ont donné un lustre culturel incontestable.

Dans le tango, cet antagonisme historique et politique se décline en acceptation, voire revendication, et refus de la composante noire dans la genèse du genre. Le tango for export, celui qui est utilisé par l'industrie du show-business et du tourisme de masse à l'intention d'un public étranger qui n'y connaît rien ou pas grand-chose, est un tango totalement négateur de la négritude argentine. Dans le tango authentique, il existe, encore aujourd'hui, un mur invisible qui sépare les deux tangos. La séparation de Buenos Aires en deux entre les admirateurs de Juan D'Arienzo et ceux de Osvaldo Pugliese dans les années 30, 40 et 50 fut très symptômatique de cet antagonisme politico-culturel : D'Arienzo ignore les racines noires, Pugliese les interroge à sa façon et compose plusieurs morceaux qui font référence à cette négritude alors tout à fait souterraine et même clandestine... Dans cette interview comme dans tous ses propos ent toutes circonstances, Juan Carlos Cáceres (et il n'est pas le seul) assimile ceux qui ne veulent pas entendre parler de la négritude du tango à des négationistes.

Le compositeur, pianiste, chanteur et artiste-peintre, vient de publier, à Buenos Aires, un ouvrage de recherche sur l'histoire du tango, une commande des éditions Planeta, groupe éditorial majeur du monde hispanique, qui souhaitaient le voir écrire le contenu des conférences qu'il donne un peu partout dans le monde, et qu'il distille aussi auprès d'un public intime plusieurs fois par mois dans son studio de la rue Rochechouart, dans le 9ème arrondissement de Paris. Ce travail de recherche ultra-poussée porte un titre long comme le bras : Tango negro, la historia negada: orígenes, desarrollo y actualidad del tango (Tango noir, l'histoire niée : origines, développement et actualité du tango). Ceux qui connaissent déjà un peu Juan Carlos Cáceres reconnaissent immédiatement les thèmes qui traversent son oeuvre depuis des années, au point d'en indisposer plus d'un. Car ici aussi la querelle existe, entre ceux qui s'intéressent à cette histoire cachée et ceux qui préfèrent s'en tenir à un tango monolythique, pas trop compliqué à comprendre, pas trop éloigné finalement des clichés imposés par l'exploitation commerciale du genre. Dans le même temps, pendant ces deux mois passés en Argentine, Juan Carlos Cáceres a sorti à Buenos Aires un nouveau disque, intitulé Cáceres 40 ans pour ses 40 ans de carrière, passés essentiellement en France.

Verbatim de cette interview fleuve :

“Cuando regresé a Francia, entusiasmado por todo lo que había visto y vivido allí, empecé a tener el afán de mostrar la música de mi país y noté la ausencia de tambores en el tango. Me pregunté por qué en la Argentina no se usaba el tambor en el género, por qué a los músicos les costaba entrar en la percusión. ¿Tal vez porque se había perdido la espontaneidad ligada al ritmo candombero original o a la improvisación cuando estallaba la verdura rabiosa?”, copia hablando lo escrito en la página 50. [...]
Juan Carlos Cáceres, cité par Cristian Vitale dans Página/12

Quand je suis rentré en France [d'une rencontre internationale d'artistes au Mexique en 1973], enthousiasmé par tout ce que j'avais vu et vécu là-bas, j'ai commencé à sentir une grande envie de montrer la musique de mon pays et j'ai remarqué l'absence de tambours dans le tango. Je me suis demandé pourquoi en Argentine, on ne se servait pas du tambour dans ce genre, pourquoi les musiciens avaient tant de mal à se mettre à la percussion. Peut-être parce qu'on a perdu la spontanéité liée au rythme du candombe originel ou à l'improvisation où éclatait une verdeur enragée ? (1) dit-il en répétant ce qu'il a écrit à la page 50.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Cáceres derriba de varios plumazos a los negacionistas [...], hermana al género con el ragtime, la habanera y el jazz, y defiende su postura oponiendo con argumentos sólidos ciertas frases hechas del tipo “el tango de negro no tiene nada”, “los negros vinieron, se fueron y se llevaron su música”, “la percusión nunca fue utilizada en el tango”, “el tango nació por generación espontánea” o “el tango no se improvisa”. “¿De dónde salió eso de que en el tango no se improvisa? ¿Quién lo inventó?”, interroga en voz alta. “Es cierto que no todos los músicos del género tenían esa disponibilidad de espíritu para lanzarse a la improvisación, pero había muchos más de los que uno cree. Bandoneonistas como Troilo o Ruggiero eran tipos que zapaban, que improvisaban, y el más grande de todos fue Roberto Pansera, que llegó a tocar en jam session de bebop con el Gato Barbieri y Lalo Schifrin. Así que no me vengan a decir que con el bandoneón no se puede improvisar”, se exaspera.
Juan Carlos Cáceres, cité par Cristian Vitale dans Página/12

Cáceres démolit de quelques traits de plume les négationistes, [...] fait du genre le frère du ragtime, de la habanera et du jazz et défend sa position en s'opposant avec de solides arguments à certaines phrases toute faites du type : "le tango des noirs n'a rien à dire", "les noirs sont venus, sont partis et ont emporté leur musique", "la percussion n'a jamais été utilisée dans le tango", "le tango est né par génération spontanée" ou "le tango ne s'improvise pas" (2). D'où sort cette histoire que le tango ne s'improvise pas ? Qui a inventé ce truc ? demande-t-il à haute voix. Il est évident que tous les musiciens du genre n'avaient pas la disposition d'esprit de se lancer dans l'improvisation mais il y en avait beaucoup plus que ce que l'on croit. Des bandonéonistes comme Troilo et Ruggiero étaient des types qui partaient à l'aventure, qui improvisaient, et le plus grand de tous fut Roberto Pansera, qui a même jouer en jam sessions de bebop avec el Gato Barbieri et Lalo Schifrin. Alors qu'on ne vienne pas me dire qu'au bandonéon, on ne peut pas improviser, s'exaspère-t-il.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Quién fogoneó esa postura, según su visión?
–Creo que es un fenómeno de las nuevas generaciones que salen de las academias, de músicos jóvenes que son más papistas que el Papa (risas). Pueden tocar muy bien imitando a Pugliese, pero escarbando un poco tienen una actitud de jóvenes viejos.
Juan Carlos Cáceres, cité par Cristian Vitale dans Página/12

- Qui a mitonné cette position, à votre avis ?
- Je crois que c'est un phénomène des nouvelles générations que sortent des académies (3), de musiciens jeunes qui sont plus papistes quele Pape (rires) (4). Ils peuvent jouer très bien en imitant Pugliese mais si vous fouillez un peu, ils ont une attitude de jeunes vieux.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Eso se condice con su frase de batalla: “La modernidad está en los orígenes”.
–Es obvio. Y es algo que no digo solamente yo. Ya lo había dicho Norberto Gandini, el hermano de Gerardo, que era un genio tocando la corneta en La Porteña Jazz Band. El decía que en el jazz evolucionar era retroceder. Bueno, Wynton Marsalis, que es una de las figuras centrales del jazz de hoy, empezó a escarbar en el jazz tradicional pre Armstrong.
Juan Carlos Cáceres, cité par Cristian Vitale dans Página/12

- Cela va avec votre cri de guerre : La modernité est dans les origines.
- Cela coule de source. Et c'est quelque chose que je ne suis pas le seul à dire. Déjà Norberto Gandini, le frère de Gerardo, l'avait dit, qui était un génie pour jouer du piston dans la Porteña Jazz Band. Lui, il disait que dans le jazz, évoluer c'était aller en arrière. Tiens, Wynton Marsalis, qui est une des figures centrales du jazz d'aujourd'hui, a commencé par fouiller dans le jazz traditionnel pré-Armstrong.
(Traduction Densie Anne Clavilier)

[Cáceres] se las arregla con rigurosidad de fundamentos para detectar los estilos musicales que dieron origen al tango (habanera + milonga surera + candombe urbano + “el elemento europeo”) y lo enmarca en una historia política, social y económica que lo envuelve. Por ejemplo, todo el período de Juan Manuel de Rosas y su vinculación con la cultura afro. “Hay un trabajo esencial sobre esto, que incluso está escrito por alguien de la contra, que es Ramos Mejía. Me refiero a Rosas y su tiempo, un libro que leí al detalle, y que tiene un pasaje referido al candombe, encerrado dentro de un capítulo que se llama ‘Rosas y las mujeres’. Mejía describe a las mujeres del primer círculo, a las guarangas, que son como las nuevas ricas, el medio pelo de la época, y luego a la chusma, que incluye a las negras, el candombe y la descripción de esos ritos similares a la santería, al vudú, que luego van a estar presentes en el primer tango”
Juan Carlos Cáceres, cité par Cristian Vitale dans Página/12

[Cáceres] compense [sa difficulté à écrire] (5) avec des bases de grande rigueur pour détecter les styles musicaux qui ont donné naissance au tango (habanera + milonga susera + candombe citadin + l'élément européen) et l'intègre dans une histoire politique, sociale et économique qui l'enveloppe. "Il y a un travail essentiel à ce sujet, qui est même écrit par quelqu'un de l'avis contraire, qui est Ramos Mejía (6) . Je veux parler de Rosas et son époque, un livre que j'ai lu en détail et où il y a un passage sur le candombe, pris dans un chapitre qui s'appelle Rosas et les femmes. Mejía décrit les femmes du premier cercle, les guarangas, qui sont comme les nouvelles riches, c'était les parvenus de l'époque, et après la populace, qui inclut les noires, le candombe et la description de ses rites similaires au chamanisme, au vaudou, qui seront présents ensuite dans le premier tango.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿En qué sentido, en concreto?
–Bueno, si uno estudia la cultura popular de barrios como Montserrat o San Telmo en esa época, va a darse cuenta de que hay una música que persiste en el tiempo, una tradición oral que se transmite de generación en generación y llega hasta el primer tango. Incluso muchos negros lo bailan, lo que pasa es que lo hacen encerrados y a oscuras, muy dentro de sus casas. Aquí aparecen las raíces negras, que son el ritmo fundamental del tango, aparecen el encuentro y el mestizaje de las diferentes tradiciones africanas, que después van a ser parte del tango, en el que el bandoneón en un principio era una curiosidad. Hay un dato contundente: en 1907 aparecen dos grabaciones cantadas por Villoldo y Arturo de Nava, que se llaman “El negro alegre” y “Tango de los negros”.
Juan Carlos Cáceres, cité par Cristian Vitale dans Página/12

- Dans quel sens, concrètement ?
- Hé bien, si on étudie la culture populaire de quartiers comme Monserrat ou San Telmo à cette époque-là, on va se rendre compte qu'il y a une musique qui persiste à travers le temps, une tradition orale qui se transmet de génération en génération et qui aboutit au premier tango. Et même beaucoup de noirs le dansent. Ce qui arrive, c'est qu'ils le font enfermés et dans l'obscurité, bien à l'intérieur de leur maison. C'est là qu'apparaissent les racines noires, qui sont le rythme fondamental du tango, là qu'apparaissent la rencontre et le métissage des différentes traditions africaines, qui plus tard seront partie intégrante du tango, dans lequel le bandeonéon au départ était une bizarrerie. Il y a un fait incontournable : en 1907, apparaissent deux enregistrements chantés par Villoldo et Arturo de Nava (7), qui s'appellent El negro alegre (le joyeux noir) et Tango de los negros (tango des noirs) (8).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dernier extrait pour finir de se rattacher au thème de l'année, qui est cette grande interrogation des penseurs argentins sur ces 200 ans de construction si difficile de ce pays très complexe :

–Todo es político, al cabo...
–Es un problema vasto. El negacionismo no solamente alcanza a lo afroargentino. Es investigar un poco y encontrarse con un paquete de prejuicios que siguen programándose después de varias generaciones, fuera y dentro del tango, ¿no? Porque el tango es un epifenómeno que aparece en nuestra cultura como una manifestación que genera la expresión cabal de lo que es el pueblo rioplatense. Luego existen otras cosas que tienen que ver con la cultura general del pueblo entre las que el tango figura como una excrecencia más para las posiciones negacionistas que se perfilan desde fines del siglo XIX y que quieren contar y hacer el país según sus caprichos.
Juan Carlos Cáceres, cité par Cristian Vitale dans Página/12
(ci-contre photo de Sandra Cartasso)

- Tout est politique, en somme...
- C'est un vaste problème. Le négationisme ne touche pas seulement l'afro-argentin. Il faut chercher un peu et trouver un tas de préjugés qui continuent à être programmés après plusieurs génération, hors et dans le tango, n'est-ce pas ? Parce que le tango est un épiphénomène qui apparaît dans notre culture comme une manifestation générée par la parfaite expression de ce qu'est le peuple rioplantense. Après il existe d'autres choses qui ont à voir avec la culture générale du peuple parmi lesquelles le tango fait figure d'une excroissance de plus pour les positions négationistes qui se profilent depuis la fin du 19ème siècle et qui veulent raconter et faire le pays en fonction de leurs caprices.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'intégralité de l'article sur Página/12 (édition d'hier)

(1) "La verdeur enragée" dont il est question ici est à prendre au sens sexuel de l'expression. La dimension érotique propre à la danse et à la musique que les esclaves noirs ont apportées avec eux lors de leur déportation en Amérique du Sud et qui a tant choqué les Européens jusqu'à il y a très peu de temps, quand on y pense. Les déhanchements d'Elvis Presley dans les années 50 ont beaucoup choqué les Américains blancs pour deux raisons : ils y voyaient une obscénité d'autant plus insupportables qu'ils appartenaient traditionnellement au vocabulaire chorégraphique noir, donc à des sauvages incapables de respecter la pudeur puritaine propre à la société blanche des Etats-Unis. Jusqu'où va se nicher ce racisme bien pensant typique de la civilisation occidentale dominatrice du 19ème siècle !
(2) Ce qui est une contre-vérité monumentale puisque tous les musiciens de tango savent qu'un des grands axes historiques de la musique du tango, c'est le jeu a la parilla (jeu sans partition), ce qui implique nécessairement une part non négligeable d'improvisation. Le jeu a la parilla était sans doute une des grandes vertus d'un Eduardo Arolas qui a longtemps joué et composé sans connaître l'écriture musicale et s'il n'avait joué que de mémoire, il n'aurait pas composé l'oeuvre qu'il nous a laissé. Mais cette idée permet aux partisans du tango 100% blanc d'en faire une musique qui n'ait rien à voir ni avec le jazz, ni avec le blues, ni avec la musique cubaine.
(3) Une académie en Argentine, cela peut-être une école de proximité, type patronage, comme une institution culturelle de très haut niveau, selon le sens qu'a ce mot en Europe.
(4) Là, je vous soumets une traduction littérale. En bon français, on dit "plus royaliste que le roi".
(5) Un peu plus haut dans l'entretien, Juan Carlos dit qu'il n'avait pas l'intention d'écrire un livre parce qu'il ne sait pas écrire et qu'il a cédé en fait aux instances de Planeta. Ceci dit, Juan Carlos Cáceres est aussi letrista de nombres de ses propres oeuvres, dont une, Tocá Tangó, figure dans mon anthologie bilingue, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, aux éditions du Jasmin (mai 2010).
(6) José María Ramos Mejía (1842-1914) est un psychiatre, un sociologue et un historien argentin, qui fut l'un des pionniers de la psychiatrie en Argentine, bien avant l'arrivée en grand nombre des psychanalyses autrichiens fuyant l'Anschluss de 1938. Il est aussi l'un des ouvriers qui participèrent à sacraliser la vision mitriste de l'histoire argentine. Des hôpitaux, des écoles et des universités portent son nom un peu partout dans le pays. La ville de Ramos Mejía dans le Gran Buenos Aires ne lui doit rien. Elle porte en fait le nom de sa famille (les Ramos Mejía), à laquelle a appartenu cette zone des rives du Río de la Plata à l'époque coloniale.
(7) Tous deux exerçaient alors l'art du payador. L'Argentin Angel Villoldo (1861-1919) est le compositeur de El Choclo et de La morocha argentina, le premier tango arrivé en Europe, à Barcelone, en 1903. L'Uruguayen Arturo De Nava (1876-1932) a laissé son nom à l'histoire uniquement comme celui d'un payador remarquable, juste un peu moins connu que Gabino Ezeiza et José Betinotti qui étaient deux géants de la payada.
(8) Vous pouvez écouter cet enregistrement de El negro alegre, sur le site encyclopédique argentin sur le tango, Todo Tango, dont vous trouverez le lien dans la rubrique Ecouter, dans la partie inférieure de la Colonne de droite.