mardi 18 novembre 2014

Taquetepa revient en orchestre au Petit Bouchon [ici]

Eux mêmes se présentent comme "un groupe de malfaiteurs qui interprètent de la musique argentine sans aucun respect des traditions" (1). A leur répertoire, de la musique de Daniel Perez pour l'essentiel, avec de la chacarera, de la zamba, du tango, de la murga et d'autres rythmes du Cône Bleu.


Le groupe se compose de Daniel Pérez à la guitare électrique, Marie Crouzeix à la flûte alto, Didier Audinet au bugle, François Arbon au saxo basse et Gary Kiser au tuba. Un tel orchestre est pour le moins insolite dans le paysage argentin. Raison de plus pour vous précipiter si vous êtes du côté de Michelin-City !

Vendredi 21 novembre 2014, au Bar Le Petit Bouchon, 18 avenue Marx Dormoy à Clermont-Ferrand.
Entrée libre et gratuite (mais n'oubliez pas de consommer).



(1) Ce n'est pas parce qu'ils le disent qu'il faut les prendre au pied de la lettre. Pour faire ce qu'ils font, il faut en connaître un morceau sur la tradition.

Sonia Ursini présente son nouveau disque au Palacio Carlos Gardel [Disques & Livres]


La Academia Nacional del Tango vous invite à venir découvrir le nouveau disque de la compositrice, pianiste et chanteuse Sonia Ursini, une artiste à part dans le monde du tango nuevo.

Elle travaille le tango avec toute la tradition de la musique classique, dans laquelle elle a été formée au plus haut niveau et qu'elle enseigne elle-même en conservatoire. Ses admirateurs disent d'elle qu'elle est un orchestre à elle toute seule et il y a du vrai.

Beaucoup de Piazzolla dans ce nouveau disque ainsi que des morceaux originaux de sa composition.

A découvrir, à n'en pas douter.

La présentation aura lieu jeudi 20 novembre 2014, à 19h, dans le Salón de los Angelitos Horacio Ferrer, au premier étage du Palacio Carlos Gardel, le siège de l'institution, avenida de Mayo 833.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

Et pour découvrir l'artiste, rendez-vous sur son site. Attention, la page d'accueil est musicalisée.

Raquel Buela présente son nouveau disque au Tasso [Disques & Livres]


Demain soir, mercredi 19 novembre 2014, à 21h, la chanteuse Raquel Buela présentera son nouveau disque, Y voy cantando al andar (et je chante en chemin), au Centro Cultural Torcuato Tasso, Defensa 1575.

Elle sera accompagnée à la guitare par Osvaldo Burucuá et Pancho Rodríguez et elle a invité plusieurs artistes surprise.

Droit au spectacle : 70 $.

Comptez en plus les consommations. Le CC Torcuato Tasso propose un service de bar et une restauration simple (grillades, pâtes, pizzas, salades, croque-monsieur qu'on appelle tostadas en Argentine).

El Balcón demain soir à Circe [à l'affiche]


Le dúo El Balcón se produira ce mercredi, 19 novembre 2014, au bar Circe, avenida Córdoba 4335, à 21h30. Ce duo chanteuse-guitariste proposera son répertoire original de chansons portègnes mêlé à quelques classiques du tango.

Le même soir, le chanteur-guitariste Guille Airoldi partagera la même scène avec eux. Son répertoire, original, puise dans la tradition du folclore argentin mais aussi d'autres pays d'Amérique Latine, comme le Mexique et l'Equateur.

Entrée : 60 $ ARG.

lundi 17 novembre 2014

Compte-rendu de la Noche de los Museos à faire pâlir la Nuit Blanche [à l'affiche]


Fête éminemment que cette nouvelle Nuit des Musées qui s'est tenue ce week-end dans la capitale argentine. Elle aurait réuni 880 000 personnes (1), de tous âges, dans toute la ville, qui est immense. Le ton est très différent entre l'article, à forte symbolique nationaliste (2) et péroniste, de Página/12, qui fait la part belle à l'affluence dans les espaces culturels et muséographiques de l'ex-ESMA et un clin d'œil à une image historique (celle des péronistes installés dans la fontaine de Plaza de Mayo le 17 octobre 1945) (3), et celui, plus réduit, de La Nación, qui préfère parler d'abord du Museo Nacional de Bellas Artes et du Malba (musée d'art latino-américain de Buenos Aires), mais finit tout de même par mentionner le succès spectaculaire des propositions développées à l'ex-ESMA.

Pour en savoir plus :


(1) Rappelons que Buenos Aires stricto-sensu compte 3 millions d'habitants. C'est donc considérable.
(2) Attention : en Argentine, le nationalisme est une valeur de gauche. Il existe à droite une exaltation patriotique que l'on peut difficilement appeler du même nom et qui n'a guère d'équivalent en Europe. Cette disposition se caractérise par un haut degré d'hostilité ou de dédain pour les pays limitrophes et/ ou par un fort mépris pour la manière dont le pays fonctionne, doublé d'un regret clairement exprimé qu'il ne ressemble pas aux Etats-Unis ou à l'Europe.
(3) Dans la soirée du 17 octobre 1945, une foule immense s'assembla à Buenos Aires sur Plaza de Mayo pour réclamer le retour au gouvernement de Perón qui venait d'être déposé par une révolution de palais. Le groupe des officiers unis (GOU) qui avait fait le coup d'Etat de 1943 pour maintenir la neutralité d'une Argentine soumise à très forte pression par les Etats-Unis, qui voulaient coûte que coûte la voir entrer en guerre du côté des Alliés. Aussitôt la guerre achevée sur les deux fronts, les différences idéologiques qui avaient toujours existé entre les officiers putschistes, qui n'avaient d'uni que le nom qu'ils s'étaient donné, éclatèrent au grand jour et plusieurs courants firent alliance pour tenter d'écarter le beaucoup trop populaire et charismatique Juan Domingo Perón. En pure perte. Devant la marée humaine qui, quelques heures plus tard, avait envahi la place devant le palais présidentiel, les conjurés durent rappeler Perón du bagne militaire dans lequel ils venaient de le jeter et le secrétaire d'Etat au Travail apparut vers minuit au balcon de la Casa Rosada. C'est sans doute dans cette nuit du 17 octobre 1945 que Perón conquit son écrasante victoire électorale de l'année suivante, où il fut élu président de la Nation au premier tour avec 56% des voix, au cours d'élections libres et sincères. Depuis le 17 octobre est une grande fête péroniste, c'est le Día de la Lealdad (fête de la loyauté).

samedi 15 novembre 2014

Le Pape François ne viendra pas à Tucumán fêter le Bicentenaire [Actu]


En décembre de l'année dernière, la joie avait été grande lorsque l'équipe de football du Club San Lorenzo de Almagro avait annoncé la venue du Saint Père en Argentine, à Tucumán, en juin ou juillet 2016, pour le Bicentenaire de l'Indépendance du pays. C'était à l'issue d'une audience au Vatican après la victoire historique du Club à la Copa Libertadores (voir mon article du 13 décembre 2013 à ce sujet).

Une du site de l'AICA ce matin

Hélas, la déception est grande. L'information n'avait jamais été confirmée par le Vatican et il y a un mois, la Conférence épiscopale d'Argentine avait fait savoir que le Pape lui annoncerait en novembre s'il pouvait maintenir ou non ce voyage. La nouvelle est tombée hier : il n'y aura pas de visite pontificale en Argentine de toute l'année 2016, l'agenda du Saint-Père ne le permet pas, et aucune date n'a été fixée pour les années suivantes.

La nouvelle se retrouve dans tous les journaux ce matin. C'est Página/12 et Clarín qui mettent en avant l'information. Sur La Prensa ou La Nación, il faut vraiment la chercher pour la trouver et pourtant La Prensa met la nouvelle en une. On sent que la nouvelle affecte la presse, qui se préparait peut-être déjà à faire des tirages exceptionnels en juillet 2016. Et il est vrai aussi qu'une telle visite à une telle date aurait aussi aidé l'Argentine à faire connaître un peu son histoire au reste du monde. En ce sens, au-delà des intérêts économiques des périodiques argentins, qui y perdent beaucoup en "vaches, cochons, couvées", c'est une véritable occasion manquée pour le pays tout entier, dont le Bicentenaire en 2010 n'avait eu que très peu de retentissement en dehors du continent. On ne peut avoir que des regrets.

La nouvelle arrive alors que Clarín, qui n'a aucun scrupule à exploiter le filon commercial, distribue avec son journal une série de fascicules d'éducation spirituelle pour les petits, intitulée Avec François à mes côtés. On en est au cinquième numéro, qui est porte sur l'estime de soi. La série a même son propre site Internet. Et on peut gagner un voyage à Rome. On ne recule devant rien pour faire de l'argent et attirer le bambin !

Copie d'écran du site Internet Con Francisco a mi lado

Pour aller plus loin :

La Noche de los Museos au Museo Casa Carlos Gardel [à l'affiche]


Le Museo Casa Carlos Gardel propose comme les années précédentes une nuit de musique, de chant et de tango pour cette Noche de los Museos 2014, ce soir, samedi 15 novembre 2014.

Le visiteur pourra regarder les trois expositions de l'heure : Gardel et la Buenos Aires de son temps (tango, cinéma et société), le tango dans la société portègne de 1880 à 1820 et Pichuco, 100 ans au rythme du 2x4.

Les artistes invités : la chanteuse Lulú (une habituée de la maison), le duo Musas Orilleras (qui était là il n'y a pas longtemps), Lali Martínez, le Trio Cuozzo-Rossi-Ponieman et Canacho Tango.

Il est prévu qu'en cas de pluie, les concerts soient annulés (sans doute à cause du bruit de la pluie sur le toit du patio – je n'ai jamais entendu ça en huit ans de séjours à Buenos Aires mais ça doit être quelque chose). En revanche le spectacle programmé à 22h serait maintenu.

Entrée libre et gratuite.

Le Museo Casa Carlos Gardel dispose d'une page Facebook.

La Legislatura est aussi de la partie [à l'affiche]

Pour lire l'affiche, cliquez sur l'image

La Legislatura porteña (1) propose ce soir, samedi 15 novembre 2014, dans le cadre de la Noche de los Museos, une milonga avec musiciens de 20h à 3h du matin, dans ses salons pourvus de somptueux parquets historiques.

L'entrée est libre et gratuite, au n° 160 de la rue Perú.

Trois ensembles animeront cette nuit festive : la Orquesta Típica Los Indios, le Quinteto Negro La Boca et le Sexteto Visceral.

En plus de la milonga, la Legislatura propose des visites commentées de ses locaux, une exposition de peinture et une autre sur des romans photos.

Pour en savoir plus, consulter le site Internet de l'institution.



(1) Comme le savent mes lecteurs fidèles, la Legislatura porteña est la chambre législative de la Ville Autonome de Buenos Aires, qui fonctionne non pas comme une municipalité mais comme une Province, avec son chef de gouvernement (on parle de gouverneur dans les Provinces) et sa chambre unique.

La France pourrait extrader un binational accusé de torture sous la Dictature [Actu]

Le Conseil constitutionnel de la République française vient d'autoriser en dernière instance l'extradition en Argentine d'un citoyen français, né dans ce pays et soupçonné d'y avoir pratiqué la torture lorsqu'il exerçait des fonctions policières dans le gouvernement anticonstitutionnel de 1976-1983, communément baptisé Junte militaire.

Voilà deux ans que Mario Alfredo Sandoval, qui s'est réfugié en France après le retour de la démocratie dans son pays et qui a été naturalisé français en 1996, sous le septennat de Jacques Chirac, est sous mandat d'arrestation Interpol.
Comme c'est son droit le plus strict, il a fait jouer tous les ressorts de la procédure française pour échapper à l'extradition, la dernière tactique étant de s'abriter derrière la règle qui veut que la France n'extrade jamais ses propres ressortissants. Mais les Sages ont considéré que les faits dont doit répondre Sandoval devant la justice argentine sont antérieurs à sa naturalisation et que par conséquent sa qualité de citoyen français ne saurait être opposée au pays qui le réclame (et où il ne risque pas la peine de mort, qui n'y est plus en vigueur).

Seul maintenant le gouvernement français peut ordonner et faire exécuter cette décision. Ceci dit, on voit mal Laurent Fabius, Christiane Taubira ou François Hollande s'y opposer. Pendant la Dictature, Sandoval est soupçonné d'avoir appartenu, avec le surnom de Churrasco (Côtelette ou Barbecue), à un groupe de barbouzes qui œuvraient entre les murs de l'ex-ESMA, l'école de mécanique de la Marine qui s'était transformée en centre de détention et de torture clandestin en plein Palermo, à Buenos Aires. Le nommé Churrasco, qui a été identifié comme étant Sandoval par des témoins, a laissé à ses victimes le souvenir d'un homme intellectuellement mal préparé à cette sale besogne. Il dénotait parmi ces officiers sans foi ni loi.

A Paris, Sandoval a entamé une carrière de consultant dans le domaine de la défense. Selon Página/12, il aurait même eu ses entrées au Ministère de la Défense sous la présidence de Sarkozy !

Seul de tous les grands quotidiens nationaux argentins, Página/12 se fait ce matin l'écho de cette décision d'hier à Paris.
En français, on trouve sur le Web une dépêche Reuters datée d'hier soir.

Mes recherches m'ont permis de retrouver un article du 15 mars 2012 dans Página/12, qui a pris dès le début fait et cause pour les parties civiles et attaque violemment la présidence Sarlozy, un article de L'Express du 6 juin 2014 lorsque Sandoval a fait appel de la décision d'extradition et un peu plus tôt encore, un communiqué de l'ACAT France, du 22 avril 2014, qui se solidarisait avec les parties civiles.

Noche de los Museos : les conseils de Clarín [à l'affiche]

Le journal Clarín propose aujourd'hui dix parcours dans cette Buenos Aires en fête durant la Noche de los Museos, qui s'ouvre ce soir à 20h et se prolongera bien après minuit.

Parmi ces circuits, il y en a un pour chacun des deux centenaires de l'année : Julio Cortázar (1) et Aníbal Troilo.

Les amateurs de football, un thème auquel Clarín fait toujours une très large place dans ses colonnes, auront aussi leur parcours à travers la ville.

Pour vous donner des idées si vous êtes dans la capitale argentine et que l'épais programme officiel (de 208 lieux) vous laisse dans l'embarras du choix.




(1) Ce vendredi, les adhérents de la Société des Gens de Lettres sont invités à une après-midi consacrée à l'auteur argentin, au siège de l'institution, à Paris. J'y serai !

La Noche de los Museos au Museo de la Ciudad [à l'affiche]


La Noche de los Museos au Museo de la Ciudad, Defensa 217-219, sera placée cette année sous le sceau de l'art nouveau.

On pourra visiter l'exposition temporaire actuelle. Il y aura une conférence sur le sujet.

La nuit sera aussi l'occasion d'écouter des concerts, comme celui de Lucrecia Merico, qui viendra du Museo Mundial del Tango (au nord), et de Lulú, qui viendra elle du Museo Casa Carlos Gardel (à l'ouest).


Une bonne occasion pour vous de découvrir un musée qui va connaître des modifications profondes dans les années à venir : il a beaucoup de matériel et pour l'heure peu de place pour l'exposer. Un remaniement capital est en cours pour gagner de l'espace muséographique et déplacer les bureaux de l'administration.

Le Museo de la Ciudad dispose d'une page Facebook où vous pouvez suivre son actualité.

Décès d'un grand historien antipéroniste [Actu]

Tulio Halperín Donghi, que de nombreux historiens argentins considèrent comme un maître à penser, est décédé hier, à Berkeley, en Californie, où il vivait et où il a enseigné à partir de 1972. Après une formation à Buenos Aires, à Turin et à Paris et un début de carrière en Argentine, qu'il avait quittée en 1966 pour fuir un énième coup d'Etat militaire, il avait enseigné à Oxford avant de rejoindre la célèbre université californienne.

Il venait d'avoir 88 ans et restait dans la pleine possession de ses moyens intellectuels. Il a été l'un des historiens et l'un des intellectuels argentins les plus en vue, notamment du fait de cet exil aux Etats-Unis qui lui a donné un grand prestige mais n'a pas pour autant fécondé en retour (1) la recherche historique dans le pays : ce secteur des sciences humaines y est demeuré très enfermé dans ses frontières linguistiques et dans celles du continent, avec très peu de contacts un tant soit peu soutenus avec l'Espagne et un niveau d'échange très insuffisant avec les pays d'autres langues (comparé aux échanges universitaires qui existaient déjà à la même époque dans les pays industrialisés).

Chose étonnante : alors que Tulio Halperín Donghi a toujours été viscéralement antipéroniste et que cette position politique lui a inspiré des phrases passablement scandaleuses (2), sa mémoire est saluée aujourd'hui de tous les côtés, y compris dans les colonnes de Página/12 qui lui consacre une nécrologie développée et un billet d'opinion très élogieux, alors que La Nación et La Prensa traitent l'information de manière si discrète qu'il faut vraiment chercher l'article dans leurs sites Internet respectifs. C'est d'autant plus inattendu que l'on s'attendrait à ce que l'idéologie libérale du disparu corresponde plutôt au marbre de ces rédactions.

Par ailleurs, ce respect que manifestent les adversaires idéologiques de Halperín Donghi est à marquer d'une pierre blanche : le phénomène est rare en Argentine, surtout pour une personnalité qui a autant revendiqué que lui le caractère polémique de ses prises de position. Je ne reviens pas sur l'étrangeté que constitue pour un Européen le fait qu'un historien se réclame ouvertement d'une idéologie X ou Y, puisque c'est incompatible avec l'attitude scientifique : mes lecteurs savent qu'en Argentine, pour l'heure et pour de longues décennies sans doute, l'histoire n'est pas encore sortie de la gangue de l'historiographie ou peine toujours beaucoup à s'en extirper.

Pour ma part, j'avoue humblement que je n'ai jamais pu lire un ouvrage de cet auteur : ses livres me sont toujours tombés des mains. Je ne parviens pas à apprécier son style. Je suis donc fort mal placée pour en parler (3). Je préfère donc vous renvoyer aux journaux et aux autres témoignages qui parlent de lui aujourd'hui, certains avec une affection marquée.

Pour en savoir plus :
lire la nécrologie de Página/12 (la plus longue dans la presse du jour)
lire le billet d'opinion publié par ce journal
lire l'interview de Tulio Halperín Donghi par Felipe Pigna, historien ultra-médiatique et compagnon de route du péronisme (sur le site El historiador, qu'il anime)
lire le communiqué de l'éditeur Siglo XXI, qui est l'un de ceux de l'historien (la photo ci-dessus a été empruntée à ce communiqué)



(1) C'est toujours comme ça avec les intellectuels argentins qui s'exilent, surtout s'ils partent vivre en Amérique du Nord. L'intelligentsia argentine a tendance à s'en gargariser mais il n'y a aucun bénéfice pour le pays, dont les écoles et les universités ont pourtant formé ces personnes. C'est une réalité politique que je trouve désolante, car elle maintient le pays dans une forme de néo-colonisation intellectuelle et personne ne devrait pouvoir se réjouir d'une telle injustice culturelle.
(2) Un de ses propos les plus politiquement incorrects dans l'univers intellectuel argentin a été de minorer la signification des pertes en vies humaines pendant le coup d'Etat militaire contre Perón en septembre 1955 : plus de 300 citoyens argentins ont péri sous les bombardements de Buenos Aires le jour où Perón, président constitutionnellement élu, a été déposé dans une opération montée avec l'aide presque ouverte de la CIA, c'est-à-dire avec l'ingérence d'un pays étranger dans les affaires intérieures d'un pays souverain membre de l'ONU. C'est tout de même particulier de la part d'un historien.
(3) Ce n'est toutefois pas la raison pour laquelle je ne respecte pas ma coutume de ne publier aucun autre article que l'hommage au disparu aujourd'hui dans Barrio de Tango. C'est que ce soir c'est la Noche de los Museos et que je ne peux pas faire l'impasse sur l'actualité culturelle du jour. Notamment lorsque je constate le peu de place que les journaux accordent ce matin à cette disparition.

La Noche de los Museos à la Manzana de las Luces [à l'affiche]


Toutes sortes de musique, le rock comme la musique baroque latino-américaine (1), un atelier de danse et beaucoup de théâtre cette nuit à la Manzana de las Luces, dans le quartier de Monserrat. Il y aura même un cours de théâtre sur le coup d'1h du matin.

Toutes les salles historiques du complexe sont mises à contribution. Je vous recommande particulièrement la très émouvante Sala de los Representantes, qui fut le premier hémicycle législatif en Argentine, et la Sala Ranchería qui rappelle le souvenir du tout premier théâtre de Buenos Aires, où on ne jouait pas par temps de pluie. Le théâtre n'était pas étanche. C'est le même bâtiment qui servit ensuite de caserne au premier escadron des Grenadiers à cheval, pendant les trois premiers mois de l'histoire du régiment, de mars à juin 1812, avant qu'il n'investisse une ancienne caserne (2) dans l'actuel quartier de Retiro, autour de ce qui est aujourd'hui la Plaza San Martín. A minuit, cette salle de la Ranchería accueillera une représentation des Précieuses Ridicules de notre Molière à nous !

Les activités sont libres et gratuites, comme tout ce qui se fait cette nuit.

Pour aller plus loin :
consulter le site de la Manzana de las Luces, qui dispose en plus d'une page Facebook
consulter le site de La Noche de los Museos, qui dispose elle aussi de sa page Facebook.


(1) Ce sont les jésuites qui ont introduit la musique baroque en Amérique du Sud. Or la Manzana de las Luces n'est autre que leur historique maison provinciale pour le sud de l'Amérique australe, dont ils furent chassés en 1768 lors de l'expulsion de la Compagnie de Jésus de tout l'Empire espagnol par le roi Carlos III, avant que le Pape ne la dissolve quelques années plus tard (son successeur devait la rétablir en 1814, au moment des restaurations royales, après l'épisode des guerres napoléoniennes ; on en fête le bicentenaire cette année).
(2) que son régiment titulaire avait déserté au début des guerres napoléoniennes, rappelé en Espagne péninsulaire où la situation se fit très vite dramatique.

vendredi 14 novembre 2014

Grande milonga avec musiciens au Fondo Nacional de las Artes [à l'affiche]


La Casa del Fondo Nacional de las Artes, située rue Rufino de Elizalde 2831, face ou presque à la statue du Monumento al Abuelo Inmortal (1), place Grand-Bourg, à Palermo, propose pour la Noche de los Museos une alléchante milonga avec plusieurs groupes de musiciens de 21h à 2h du matin environ (2).

Entrée libre et gratuite comme toutes les activités de cette Nuit du 15 au 16 novembre 2014, à Buenos Aires (la manifestation se déroule aussi dans d'autres villes du pays, soit simultanément soit à une autre date). Voir la page Facebook de la Noche de los Museos.


(1) Une statue de San Martín qui le représente assis, dans sa vieillesse, entouré de ses deux petites-filles, alors qu'il vivait en France, du côté d'Evry. Le monument date de 1950 et constitue l'une des premières tentatives de redonner un visage humain au mythe, figé dans l'impavidité du bronze. Voir mes propositions de voyages culturels à Buenos Aires. L'endroit fait partie des lieux qui nous parlent le mieux de l'identité argentine et du rapport encore tumultueux à l'histoire du pays.
(2) Les noms de ces groupes méritent au moins la traduction : Chifladas Tango (Tango des Toquées ou Cinglées), La Hoguera (le bûcher). Quant à l'Ensamble de Tango del DMAus, il s'agit d'un orchestre de jeunes musiciens qui étudient à l'IUNA, l'institut universitaire national des Arts, à Buenos Aires.

Programme chargé à la Academia pour la Noche de los Museos [à l'affiche]

A la Academia Nacional del Tango, Avenida de Mayo 833, au premier étage (au-dessus du Gran Café Tortoni), la nuit des musées commence à 20h avec des mini-concerts d'une demi-heure qui s'enchaîneront sans pause jusqu'à minuit passé.

On retrouvera successivement le chanteur Pepe Kokubu, le duo de guitare Il faut, le Sciammarella Tango Quinteto, le duo Musas Orilleras, les chanteuses Liliana Manski puis Lucrecia Merico, le groupe Sueño de Bandoneón, le duo Insaurralde Esquina Alem, le groupe Quintetotin et deux danseurs de Inncrea Tango, du Ballet Universidad Tres de Febrero...

Entrée libre et gratuite, comme toutes les activités de la Noche de los Museos.