mardi 19 janvier 2016

Semaine de rentrée au Torquato [à l'affiche]


Les vacances d'été auront été courtes au Centro Cultural Torquato Tasso, la salle de concerts de la rue Defensa, à San Telmo, dans le sud de Buenos Aires. Dès ce jeudi 21 janvier 2016, voilà que la programmation reprend et sur une note bel et bien engagé : la présentation du nouveau disque de Bruno Arias, intitulé Le droit de vivre en paix. Inutile de le nier : il risque d'y avoir un parfum assez politisé dans la salle, eu égard aux remous politiques actuels à la suite de l'alternance et du train d'enfer auquel le Président Macri tente de mener les réformes (très contestées à gauche). Il n'est pas impossible qu'il y soit fait allusion aux événements en Europe, notamment aux attaques perpétrées contre Charlie Hebdo et peut-être aussi, car elles ont eu un retentissement particulier là-bas, celles du 13 novembre. Et il faudra alors y inclure toutes les autres, sur tous les continents où cela s'est produit.

Vendredi, c'est le chanteur Cucuza Castiello qui occupera cette scène et le lendemain, le Torquato enchaîne avec un concert du trio Rodolfo Mederos. A voir et à écouter de toutes ses oreilles si vous êtes à Buenos Aires en ce moment !
Et à déguster, car la cuisine proposée est plus qu'agréable (pizzas, grillades, salades et assiettes froides).

lundi 18 janvier 2016

Dédicace à Saint-Mandé le dernier week-end de janvier [ici]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Le dernier week-end de janvier 2016, les 30 et 31 janvier, de 10h à 18h, je serai présente au salon du livre de Saint-Mandé, qui se tient dans la mairie de cette commune en bordure du bois de Vincennes (M° Saint-Mandé). Ce salon accueille une trentaine d'exposants, la plupart éditeurs (mais il y a aussi quelques auteurs).

Je dédicacerai mes ouvrages sur la culture argentine sur le stand des Editions du Jasmin. Comme d'habitude, le mate sera de la partie (dégustation gratuite). Et si j'en ai la disponibilité la veille, je préparerai aussi des spécialités argentines (solides). Vu la quantité de travail de coulisse que j'ai en ce moment, c'est vraiment sous réserve.

Nous serons deux sur le stand. Je partagerai ces deux journées avec Didier Paquette qui publie en ce moment même un roman dans la collection de littérature générale Jasmin Littérature, un roman intitulé Le Saut de l'escargot, qu'il présentera le mardi suivant au Café de la Mairie, à Paris (6), sur la place St-Sulpice.


Le salon du livre de Saint-Mandé est une petite manifestation qui bénéficie d'un très beau décor, une grande salle de bal de l'Hôtel de Ville, située au premier étage, en haut de l'escalier d'honneur.

Pour avoir plus d'informations sur mes ouvrages, cliquez sur leur couverture dans la Colonne de droite de ce blog. Vous pouvez aussi écouter les présentations que j'en ai faites, en français et en espagnol, au micro de différentes radios et dans des conférences, à écouter en ligne sur mon site Internet.

Página/12 se souvient de Edmundo Rivero [Troesma]

L'une des anthologies d'enregistrements de Edmundo Rivero, dans une collection très répandue

Il y a trente ans, le chanteur, guitariste et compositeur Edmundo Rivero, grand artiste du tango, grand défenseur et promoteur du lunfardo, cette langue alors propre aux villes du Río de la Plata (1), quittait ce monde à l'âge de 74 ans. Il avait fondé une tanguería très bohème, El Viejo Almacen, qui est devenue maintenant un cena-show à touristes et à banquets d'affaires qui n'a plus rien d'authentique et dont les prix sont inabordables. Il faut passer dans la rue pour voir le lieu, très joli et très émouvant, et passer son chemin après avoir lu pieusement les plaques d'hommage dont les murs sont couverts...

Rivero a aussi publié plusieurs livres sans prétention et très intéressants
sur le tango.
Ici, le titre cite un ver de Barrio de Tango, de Homero Manzi
(un poète qui n'écrivait pas en lunfardo, mais ce tango, Rivero l'a chanté si bien !)

Página/12 lui fait une petite place ce matin dans ses pages culturelles, ne perdant pas une occasion de rappeler l'importance de la part populaire dans l'édification du patrimoine culturel du pays, en ces temps où la rédaction craint que le nouveau Gouvernement, de centre-droit bien qu'à dominante néolibérale, ne la réduise à la portion congrue.

Son hommage à Gardel
Cliquez sur l'image pour lire la 4ème de couverture

Pour aller plus loin :
consulter les pages que Todo Tango, l'encyclopédie en ligne du tango argentin, consacre à l'immense artiste, au Troesma (maestro, en verlan).



(1) Le lunfardo a à présent débordé ce territoire géographique et social. Il gagne peu à peu les couches sociales supérieures de l'Argentine et étend son influence bien au-delà des rives du delta, à l'intérieur des terres.

Un musée à La Boca pour Juan de Dios Filiberto [Troesma]

Comme on le voit, la maison a beaucoup souffert du temps qui passe
Photo La Nación (Fernando Massobrio)

La République argentine va consacrer un musée au compositeur de tango Juan de Dios Filiberto, à qui l'on doit Caminito (1) et Quejas de Bandoneón, pour n'en citer que deux.

Juan de Dios Filiberto (1885-1964) est l'une des figures emblématiques de ce quartier du sud de la capitale argentine : un Italien anarchiste qui anima la vie culturelle de ce faubourg ouvrier main dans la main avec le peintre Benito Quinquela Martín, qui dispose déjà de son propre musée, sa maison, sur le port, qu'il avait destiné à cet usage par testament.

Reproduction de la partition tirée de Todo Tango
En général, Todo Tango publie des réductions pour piano
Traditionnellement dans l'univers du tango, chaque interprète qui s'empare d'un morceau
fait son affaire de l'arrangement et de l'orchestration

C'est aussi dans la maison de Filiberto que l'Etat va établir son musée comme La Nación nous le raconte ce matin. La République argentine, par décision du Sénat, a exproprié la bâtisse, qui tombait en ruine et que son propriétaire, petit-fils du compositeur, aurait pu vouloir se séparer. Un groupe d'habitants s'est constitué en association pour protéger le lieu dès 2007. Le projet a d'abord été proposé à la ville de Buenos Aires mais Mauricio Macri avait mis son veto à la loi votée en ce sens par la Legislatura porteña. La mission d'en faire maintenant un musée revient au nouveau ministre de la Culture, Pablo Avelluto. La Boca attend qu'il agisse...

Pour en savoir plus :
consulter les pages qui sont consacrées au maître dans l'encyclopédie en ligne Todo Tango (en espagnol)


(1) C'est ce morceau qui a donné son nom à ce bout de rue qui s'appelle aujourd'hui Caminito et qui est hélas devenu un hideux attrape-nigauds à touristes. Un décor en carton-pâte. A rayer de votre programme à Buenos Aires par respect pour les vrais artistes qui habitent le quartier.

samedi 16 janvier 2016

De la démocratie, de l'argent et du pouvoir, par Raúl Zaffaroni [Actu]

Photo extraite du site Internet
de Pensamiento Penal (.org)
Avec des accents qui ne seront pas sans rappeler aux Français (humour compris) le regretté Bernard Maris, porte-parole de l'économie hétérodoxe en France et martyr de la liberté d'expression dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, le juge Raúl Zaffaroni, ex-membre de la Cour Suprême argentine et prochain magistrat à la Cour Inter-américaine des Droits de l'Homme répondait dimanche dernier à une interview dans les pages de Página/12 : avec la lucidité et la capacité à argumenter que mes lecteurs assidus lui connaissent déjà, il analyse la nouvelle situation politique en Argentine en prenant garde, comme il l'a toujours fait, de ne pas verser dans les attaques ad hominem.

Larges extraits

–Después de la represión a los trabajadores de Cresta Roja también fueron reprimidos con balas de goma a corta distancia los estatales de La Plata. ¿Es un plan?
–Ante todo, los Estados modernos debemos cuidar a las burocracias. Si uno presume que hay “ñoquis” hay que poner a todo el mundo a trabajar y al que no trabaja se lo echa. No se echa a todos indiscriminadamente porque de esa manera se destruyen burocracias que ha costado mucho dinero construir: no se “fabrican” funcionarios de un día para el otro. Provocar cesantías masivas para meter luego a los propios es cosa de hace un siglo, no de un Estado contemporáneo, que necesita burocracias fuertes y consolidadas. En cuanto a la represión, es una torpeza política peligrosísima. Van a matar a alguien, no sean brutos. Están generando una masa de gente con bronca. ¿O acaso es una provocación? ¿Quieren que alguien se descontrole para justificar un homicidio? Eso, además de ser un crimen, tendría un alto costo político. El campo popular debe hacerse cargo urgentemente de conducir a esa gente, de contenerla. Hay que evitar que respondan a esas provocaciones. Nadie debe caer en esa trampa mortal.
Página/12

- Après la répression des travailleurs de Cresta Roja, les employés publics de La Plata ont eux aussi subi la répression à coup de balles en caoutchouc tirées à distance courte. Est-ce planifié ?
- Avant tout, nous devons, nous les Etats modernes, prendre soin de nos administrations. Si on présume qu'il y a des tire-au-flanc, il faut mettre tout le monde au travail et virer celui qui ne travaille pas. On ne vire pas tout le monde de manière non discriminée parce que comme ça, on détruit les administrations qui ont coûté beaucoup d'argent à mettre en place. On ne fabrique pas de la fonction publique du jour au lendemain. Provoquer des ruptures de contrats de travail massives pour mettre ensuite les siens en place c'est une chose d'il y a un siècle, pas d'un Etat contemporain, qui a besoin d'administrations fortes et consolidées. Quant à la répression, c'est une maladresse politique extrêmement dangereuse. Ils vont finir par tuer quelqu'un. Il ne faut pas qu'ils se comportent comme des brutes. Ils sont en train de créer une foule de gens enragés. A moins que ce ne soit une provocation. Est-ce qu'ils veulent que quelqu'un perde la tête pour que ça justifie un homicide ? Cela, en plus d'être un crime, ça aurait un coût politique élevé. Le secteur populaire doit de toute urgence se charger d'encadrer ces gens, de les calmer. Il faut éviter de répondre à ces provocations. Personne ne doit tomber dans ce piège mortel.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–¿De qué modo?
–Ni la más mínima violencia como respuesta. Esa debe ser la consigna. Seguir protestando cuando corresponde, pero aguantar de pie. No cortar calles ni rutas, dejar pasar los vehículos, ocupar una parte nada más. No dar pretexto a la criminalización. Pero estar, protestar con la presencia, con lo que sea, de pie y firmes. Sin violencia. Sin dar excusas a la represión. Si alguno lo intenta, o es un infiltrado o es alguien a quien se debe contener de inmediato. Cuidado que en eso va la vida.
Página/12

- Comment faire ?
- Il ne faut pas répondre par la moindre violence. C'est ça qui doit être la consigne. Continuer à manifester quand il le faut mais rester impeccable. Ne pas couper les rues ni les routes, laisser passer les véhicules, occuper une partie [de la chaussée] et pas plus. Ne pas donner un prétexte à la criminalisation [des manifestations]. Mais être là, manifester par sa présence, comme on peut, debout et droits. Sans violence. Sans donner des motifs à la répression. Si quelqu'un s'y essaie, c'est que c'est un infiltré ou quelqu'un qu'il faut calmer sur le champ. Attention parce qu'il en va de la vie [des gens].
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–Resistencia pacífica.
–Que, como toda resistencia pacífica, tiene su precio: consiste en aguantar las provocaciones que buscan lograr que quienes protestan ejerzan la violencia. A veces es difícil, pero siempre es posible. Al final se gana. Gandhi independizó a la India. Puede haber incluso una dictadura terrorífica, pero si un día la población decide simplemente no salir más de sus casas, la dictadura se cae. No necesitamos mártires. Tenemos demasiados. Necesitamos personas racionales y luchadoras, pero vivas, bien vivas.
Página/12

- La résistance pacifique.
- Ce qui, comme toute résistance pacifique, a son prix : ça consiste à ne pas réagir aux provocations qui cherchent à obtenir que les manifestants exercent la violence. Des fois c'est difficile, mais c'est toujours possible. A la fin, on gagne. Gandhi a obtenu l'indépendance de l'Inde. Même s'il y a une dictature terrible, et qu'un jour la population décide simplement de ne plus sortir de chez soi, la dictature tombe. Nous n'avons pas besoin de martyrs. Nous en avons déjà trop. Nous avons besoin de personnes rationnelles, de personnes qui luttent, mais vivantes, bien vivantes.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–Los decretos de necesidad y urgencia transformaron a los ciudadanos en constitucionalistas. ¿Cómo hay que leer e interpretar la Constitución?
–Con sentido común, que es la famosa “racionalidad”. Las autoridades democráticas pueden hacer muchas cosas. Pueden elegir hacer unas cosas y no hacer otras. Esto se llama política. Pero lo que no pueden hacer es justamente “hacer cualquier cosa” y menos invocar necesidades que no existen. ¿Qué urgencia más que la de Clarín hay en desarticular la ley de medios y los organismos creados por ella?
Página/12

- Les décrets de nécessité et urgence ont transformé les citoyens en constitutionnalistes. Comment faut-il lire et interpréter la Constitution ?
- Avec du bon sens. C'est ça la fameuse rationalité. Les pouvoirs publics démocratiques peuvent faire beaucoup de choses. Ils peuvent choisir de faire certaines choses et de ne pas en faire d'autres. Cela s'appelle la politique. Mais ce qui ne peut pas se faire, c'est justement faire n'importe quoi et encore moins invoquer des nécessités qui n'existent pas. Quelle autre urgence y avait-il à démanteler la loi des médias et les organismes qu'elle a mis en place sinon l'urgence de Clarín ?
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–¿Qué urgencia hay?
–Yo no lo sé. ¿Qué necesidad y urgencia pública hay en hacer eso? ¿Me puede alguien decir qué urgencia pública hay en pasar la interceptación de comunicaciones telefónicas de la Procuración a la Corte Suprema? ¿Acaso no se están realizando correctamente como lo solicitan los jueces? ¿Ha habido denuncias de jueces porque la Procuración no intervino los teléfonos solicitados? ¿Se escapan los delincuentes porque el servicio no funciona? Es claro que no hay urgencia, al punto que la propia Corte resolvió postergar todo hasta febrero. Entonces, ¿no podía discutirlo el Congreso en marzo si la Corte no lo hace efectivo hasta febrero? El sentido común es el que señala cuándo algo es racional aunque no me guste. Y cuándo no lo es, aunque me guste. La necesidad y la urgencia no se inventan: deben responder a realidades. No se pueden invocar cuando alguien tiene ganas de hacer lo que le gusta. Si con el mismo criterio se manejarán en el futuro, me temo que puedan invocar la urgencia a los efectos de aplicar el artículo 23 de la Constitución.
Página/12

- Quelle urgence y a-t-il ?
- Qu'est-ce que j'en sais, moi ! Quelle nécessité, quelle urgence de faire ça y a-t-il ? Est-ce que quelqu'un peut me dire quelle urgence publique il y a à transférer les écoutes téléphoniques du Parquet général à la Cour suprême ? Est-ce que par hasard elles ne seraient pas réalisées conformément à ce que demandent les juges ? Est-ce que des juges ont porté plainte contre le Parquet général parce qu'il n'a pas ordonné les écoutes demandées ? Est-ce que les criminels échappent à la justice parce que le service ne fonctionne pas ? C'est clair qu'il n'y a pas d'urgence, à tel point que la Cour [suprême] elle-même a pris la résolution de remettre tout jusqu'en février. Alors, le Congrès ne pouvait pas en débattre en mars si la Cours ne le rend pas effectif avant février ? Le bon sens c'est ce qui indique quand quelque chose est rationnel même si je n'aime pas ça. Et quand ça ne l'est pas, même si j'aime ça. La nécessité et l'urgence ne s'inventent pas, ça doit correspondre à la réalité. On ne peut pas les invoquer quand quelqu'un a envie de faire ce qui lui plaît. Au train où vont les choses, si ça ne change pas à l'avenir, j'ai bien peur qu'ils puissent invoquer l'urgence aux fins d'appliquer l'article 23 de la Constitution (1).
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–La potestad del Presidente de establecer el estado de sitio y suspender garantías constitucionales.
–Claro, es un artículo de la Constitución. Pero eso no quiere decir que se puede inventar una realidad para que en cualquier momento nos metan en estado de sitio en cualquier momento. Ahí sí que estaríamos todos en libertad condicional. El tono usado para la reforma por DNU de la Ley de Servicios de Comunicación Audiovisual me recordó al decreto 4161 dictado por Pedro Eugenio Aramburu en marzo de 1956. Lo que están haciendo me hace pensar que desde el gobierno creen que son la “fusiladora” y que derrocaron a la “dictadura cristinista”. Sólo les falta ese decreto que penaba a todo el que nombrase al peronismo o cantase la marcha. Cuando un decreto de necesidad y urgencia no responde a ninguna necesidad ni urgencia no es constitucional, porque es una simple ley dictada por el Poder Ejecutivo, al que le está prohibido legislar. Hemos visto una maniobra muy peligrosa: por un lado la multiplicación de decretos sin necesidad ni urgencia, o sea, de decretos-leyes al estilo de los regímenes “de facto” y, por otro, la tentativa de introducir por vía de decreto a dos jueces en la Corte Suprema, con el obvio objetivo de que se los declaren constitucionales o, por lo menos, que demoren cualquier decisión que les haga perder vigencia. Creo que no les resultó del todo bien, pero la intención se mantiene.
Página/12

- Le pouvoir du Président de déclarer l'état de siège et de suspendre les garanties constitutionnelles.
- Exact. C'est un article de la Constitution. Mais ça ne veut pas dire qu'on peut inventer une réalité pour qu'on nous flanque en état de siège pour un oui ou pour un non. Pour le coup, nous serions tous en liberté conditionnelle. La manière dont s'est faite la réforme par DNU [Décret de Nécessité et d'Urgence] de la Loi des Services de Communication Audiovisuelle [ley de medios] m'a remis en mémoire le décret 4161 dicté par Pedro Eugenio Aramburu (2) en mars 1956. Ce qu'ils sont en train de faire me fait penser qu'au gouvernement, ils croient qu'ils sont la "fusiladora" et qu'ils viennent de renverser la "dictature cristiniste". Il ne leur manque plus que d'émettre le décret qui interdisait sous peine de sanction pénale toute personne qui prononçait le nom de Perón ou qui chantait la Marche [Marcha Peronista]. Quand un décret de nécessité et d'urgence ne correspond à aucune nécessité et aucune urgence, il n'est pas constitutionnel, parce que c'est une simple loi dictée par le pouvoir exécutif, qui a l'interdiction de légiférer. Nous avons assisté à une manœuvre très dangereuse : d'un côté, la multiplication de décrets sans nécessité ni urgence, c'est-à-dire des décrets-lois dans le style des gouvernements anticonstitutionnels et de l'autre, la tentative de faire entrer à la Cour suprême deux juges par voie de décret, dans le but évident de les faire déclarer constitutionnels ou, peut-être, de retarder quelque décision que ce soit jusqu'à ce qu'ils cessent d'être valides (3). Je crois qu'ils n'y ont pas trop bien réussi mais l'intention y était.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–Ante la pregunta de por qué invocar la urgencia y la necesidad, la respuesta podría ser sencilla: porque a primera vista el Gobierno tiene el Congreso en contra.
–Claro, pero la necesidad constitucional no puede ser entendida como la necesidad política de “obviar” al Congreso. Eso es una enormidad. Si el Ejecutivo legisla por decreto-ley porque el Congreso no le sancionaría la ley que quiere, ¿por qué no lo clausura y asume la suma del poder? La necesidad constitucional debe ser una necesidad republicana y no otra: hay necesidad cuando hay peligro de algo para la República, para el país. Debo ascender a un oficial porque puede haber un problema de defensa nacional. Debo nombrar a un embajador porque está en riesgo una negociación clave. Debo nombrar un juez porque la justicia no se mueve y no pone un subrogante y hay delincuentes que pueden quedar sueltos. Pero no hay ninguna necesidad republicana si asciendo a general a mi primo subteniente, o si quiero nombrar embajador en Siria a mi cuñado para mandarlo lejos. O si quiero nombrar ministros de la Corte a mis compadres y sé que el Senado no daría el acuerdo. Eso no es ninguna necesidad republicana, es esquivar lisa y llanamente el sistema de pesos y contrapesos de la Constitución. No se necesita ser un jurista para entenderlo. El sentido común lo indica.
Página/12

- A la question pourquoi invoquer l'urgence et la nécessité, la réponse pourrait être simple : parce que le Gouvernement, à première vue, fait face à un Congrès qui lui est opposé.
- Exact, mais on ne peut pas comprendre la nécessité constitutionnelle comme le besoin politique de court-circuiter le Congrès. C'est énorme, ça ! Si l'Exécutif légifère par décret-loi parce que le Congrès ne sanctionnerait pas la loi qu'il veut, pourquoi ne pas le dissoudre et prendre la totalité du pouvoir ? La nécessité constitutionnelle doit être une nécessité républicaine (4) et pas une autre. Il y a nécessité quand il y a un danger pour la République, pour le pays. Je dois donner de l'avancement à un officier parce qu'il peut y avoir un problème de défense nationale. Je dois nommer un ambassadeur parce qu'une négociation clé court un danger. Je dois nommer un juge parce que la Justice est paralysée, qu'elle ne désigne aucun substitut et qu'on pourrait faire la levée d'écrous de hors-la-loi. Mais il n'y a aucune nécessité républicaine si je nomme général mon sous-lieutenant de cousin ou si je veux nommer ambassadeur en Syrie mon beau-frère pour m'en débarrasser (5). Ou si je veux nommer juger à la Cour à des potes et que je sais que le Sénat ne donnera pas son accord (6). Ça, ce n'est de la nécessité républicaine ni de près ni de loin. Ça, ça s'appelle déjouer purement et simplement le système des pouvoirs respectifs fixé par la Constitution. Et il n'y a pas besoin d'être juriste pour le comprendre. Le simple bon sens suffit.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–¿A qué objetivo apunta la presencia masiva en el Estado de cuadros que fueron gerentes generales o vicepresidentes ejecutivos de transnacionales?
–Sinceramente creo que no es un plan. Es más simple: se trata de una forma que adquiere la etapa superior del colonialismo que vivimos. Hoy se acabó el neocolonialismo. En el mundo mandan y compiten las corporaciones en el mundo. Ni Mr. Obama ni Frau Merkel están haciendo lo que quieren, sino que el poder político en todo el planeta está sitiado por corporaciones transnacionales a cargo de burócratas que son los CEOs. No son los dueños del capital. No son Henry Ford ni el gordo con cadena de oro y habano de las caricaturas de La Vanguardia de hace cien años. Son gerentes, burócratas que tienen por misión obtener la mejor renta en el menor tiempo para su corporación. Si no lo hacen serán desplazados y sustituidos por otros que esperan su turno. Por eso digo que no es un plan sino una nueva forma de virreinato. Simple y sencillamente. Mandan ellos, es decir las corporaciones transnacionales con sus agentes en funciones políticas. No hay un partido político en combinación con el “establishment” y que funciona como fusible. No. Directamente han tomado el poder, sin mediación política. Ya no nos ocupan por medio de oligarquías ni por nuestras propias Fuerzas Armadas alienadas en Panamá o en cursos dictados por fascistas franceses. Lo que sucede es que las corporaciones toman el comando de la economía y de la política a través de sus CEOs. Es un fenómeno nuevo dentro del marco del colonialismo, que debe leerse en clave mundial. Mientras analizamos este fenómeno pienso que debemos ser profundamente autocríticos con algo que falla. No nos hemos ocupado de las instituciones. No les dimos pelota. El campo popular no pensó en eso y el campo jurídico tampoco, y no sé cuál es más responsable de los dos. Los políticos tienen la disculpa de que su actividad es sumamente competitiva, propia del día a día, pero los juristas tenemos el deber de pensar porque estamos más lejos de la competencia cotidiana. No podemos confundir una democracia republicana con una democracia plebiscitaria. Si las confundimos llegaríamos a la conclusión de que Hitler y Mussolini eran demócratas. No es así: el que gana debe respetar a la minoría, porque debe dejar intangible el derecho de la mayoría a cambiar de opinión. Y esto debe estar establecido claramente en una ingeniería institucional que impida que la mayoría coyuntural haga cualquier cosa. Esto que está pasando nos pone sobre el tapete la realidad de que no tenemos la mejor Constitución del mundo, sino un texto de 160 años remendado a los ponchazos, en forma inconstitucional en 1957 y en forma constitucional en 1994, pero con urgencia para garantizar una reelección, sin mayor reflexión institucional ni valorización del parlamentarismo, por ejemplo. Hoy pagamos las consecuencias. Por eso digo que el campo político popular debe hacer su autocrítica. Es indispensable.
Página/12

- Quel est l'objectif visé par la présence massive dans l'Etat (7) de responsables qui ont été cadres supérieurs ou dirigeants de multinationales ?
- Sincèrement, je ne crois pas que ce soit planifié. C'est plus simple : c'est une des formes qu'a pris l'étape ultime du colonialisme que nous vivons. Aujourd'hui, le néocolonialisme, c'est fini. Ceux qui commandent et qui sont en compétition dans le monde, ce sont les entreprises. Ni Mister Obama ni Frau Merkel ne font ce qu'ils veulent. Mais le pouvoir politique sur l'ensemble de la planète est assiégé par les multinationales, qui sont aux mains d'administrateurs qu'on appelle PDG. Ils ne sont pas les propriétaires du capital. Ils ne sont pas Henry Ford ni même le gros bonhomme avec sa chaîne en or et son havane comme dans les caricatures de La Vanguardia d'il y a cents ans. Ce sont des directeurs, des administrateurs qui ont pour mission d'obtenir le plus de bénéfice dans le temps le plus court possible pour leur entreprise. S'ils ne le font pas, ils sont révoqués ou remplacés par d'autres qui attendent leur tour. C'est pour ça que je dis que ce n'est pas planifié, c'est au contraire une nouvelle forme de vice-royauté (8). Purement et simplement ! C'est eux qui gouvernent, c'est-à-dire les multinationales à travers leurs agents dans des emplois publics. Il n'y a pas un parti politique en cheville avec l'establishment et qui fonctionne comme un fusible. Non. Ils ont pris le pouvoir, directement, sans médiation politique. Ils ne nous occupent plus par le moyen d'oligarchies ou par nos propres forces armées envoyées au Panamá ou en formation donnés par des réactionnaires français (9). Ce qui arrive, c'est que les entreprises prennent les commandes de l'économie et- de la politique à travers leurs PDG. C'est un phénomène nouveau à l'intérieur du cadre du colonialisme, qui doit être considéré à l'échelle mondiale. Lorsque nous analysons ce phénomène, je pense que nous devons faire notre autocritique en profondeur sur ce qui ne va pas. Nous ne nous sommes pas occupés de nos institutions. Nous ne leur avons pas passé le ballon. Le secteur populaire n'y a pas pensé et le secteur judiciaire non plus et je ne sais pas lequel des deux est le plus responsable. Les politiques ont l'excuse que leur activité est hautement compétitive, ce qui vient du nez dans le guidon, mais nous les juristes, nous avons le devoir de penser parce que nous sommes plus loin de la compétition quotidienne. Nous ne pouvons pas confondre une démocratie républicaine avec une démocratie plébiscitaire. Si nous les confondons, nous pourrions arriver à la conclusion que Hitler et Mussolini étaient des démocrates. Et ce n'est pas le cas : celui qui gagne doit respecter la minorité, parce que il doit laisser intact le droit de la majorité à changer d'opinion. Et ça doit être établi clairement grâce à une ingénierie institutionnelle qui empêche que la majorité conjoncturelle fasse quoi que ce soit. Ce qui est en train de nous arriver met sur le tapis cette réalité que nous n'avons pas la meilleure constitution du monde, mais plutôt un texte qui a 160 ans, qui a été ravaudé comme une vieille chaussette, de façon inconstitutionnelle en 1957 et de façon constitutionnelle en 1994 mais en urgence, pour garantir une réélection, sans beaucoup de réflexion ni de valorisation du parlementarisme, par exemple. Aujourd'hui, nous en payons les conséquences. C'est pour ça que je dis que le secteur politique populaire doit faire son autocritique. C'est indispensable.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'article complet sur le site Internet de Página/12
accéder au texte de la constitution argentine sur le site Internet du Sénat.




(1) L'article 23 en question établit les cas où l'état d'urgence peut être déclaré, dans le premier chapitre de la constitution (qui peut être consulté en intégralité sur le site Internet du Sénat de la République argentine). En voici le texte intégral :
Art. 23.- En caso de conmoción interior o de ataque exterior que pongan en peligro el ejercicio de esta Constitución y de las autoridades creadas por ella, se declarará en estado de sitio la provincia o territorio en donde exista la perturbación del orden, quedando suspensas allí las garantías constitucionales. Pero durante esta suspensión no podrá el presidente de la República condenar por sí ni aplicar penas. Su poder se limitará en tal caso respecto de las personas, a arrestarlas o trasladarlas de un punto a otro de la Nación, si ellas no prefiriesen salir fuera del territorio argentino.
Article 23 : En cas de désordre intérieur ou d'attaque extérieure qui mette en danger l'exercice de la présente Constitution et des autorités qu'elle établit, sera déclaré en état de siège la province ou le territoire où existe la perturbation de l'ordre public, ce qui y suspendra les garanties constitutionnelles. Cependant, durant cette suspension, le Président de la République ne pourra pas par lui-même prononcer des condamnations ni appliquer aucune peine. Dans ce cas, son pouvoir vis-à-vis des personnes se limitera à les faire arrêter ou les faire déplacer d'un point à un autre de la Nation, à moins qu'elles ne préfèrent quitter le territoire argentin.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)
Le lecteur aura remarqué que dans ce texte, qui est la source du droit en Argentine, on confond encore la notion de nation et celle de territoire (on ne peut déplacer que sur un territoire). Dans ces circonstances, la confusion, qui règne dans l'esprit de tous les Argentins entre la notion d'état et celle de gouvernement, n'est pas bien grave, au regard de celle qu'on trouve dans la Constitution elle-même. Et comme vous pouvez aussi le constater, les conditions qui entourent le passage à l'état de siège sont pour le moins très peu précises. Il n'y a même pas de limites dans le temps ni dans les formes, on ne dit pas ce que devient le corps législatif pendant ce temps... Comme on le voit, la constitution argentine est encore faible en matière de garantie démocratique. Elle n'a pas beaucoup bougé depuis l'époque de sa toute première rédaction, par Juan Bautista Alberdi et ses collaborateurs, en 1853 !
(2) Un chef d'Etat imposé par un coup d'Etat, en l'occurrence celui qui, avec l'appui de la CIA, a mis fin au second mandat, constitutionnel, de Perón en septembre 1955.
(3) Ce décret de nomination a été retiré dans les jours qui ont suivi et les deux nominations ont repris le chemin ordinaire, pour aboutir sur le bureau du Congrès qui les examinera à la rentrée de mars, selon les formes habituelles.
(4) Les Argentins sont comme les Français : ils confondent le sens de l'adjectif républicain avec avec celui de l'adjectif démocratique.
(5) Raúl Zaffaroni est quelqu'un qui pratique l'humour anglais. Très froid, très détaché. Il se trouve que le beau-frère de Macri, le frère de sa femme, est un acteur kirchneriste. Et en ce moment, s'il l'envoyait en Syrie, il en serait en effet débarrassé pour un bon moment. Ceci dit, je n'ai pas encore lu ou entendu dire que les relations entre les deux hommes étaient mauvaises. Peut-être y a-t-il de la place pour un désaccord politique pacifique en famille ?
(6) La situation réelle, même s'il n'est pas totalement établi que les deux juristes nommés par Macri soient ses affidés. Ce ne sont pas des kirchneristes résolus non plus !
(7) Autre bel exemple de la confusion entre Etat et Gouvernement. Les cadres en question sont tous des ministres, des secrétaires d'Etat et des directeurs de service, sachant que, contrairement à ce qu'il se passe dans de nombreux Etats en Europe, les directeurs de service dans les ministères sont nommés par le ministre et ne sont pas issus des grands corps de l'Etat. Ce ne sont pas des fonctionnaires de carrière (on commence à parler de mettre en place des filières professionnelles pour améliorer la qualité du service public et de la gestion de l'Etat). Les seuls corps de l'Etat qui existent vraiment en Argentine, ce sont les militaires, les magistrats et en partie, mais en partie seulement, les diplomates. Le reste, non. Même les conservateurs de musées nationaux ne font pas partie d'un corps constitué. Tous n'ont pas la formation adéquate, même si la situation est en progrès.
(8) Raúl Zaffaroni use ici d'une référence à la période coloniale. En Amérique du Sud, le roi d'Espagne faisait administrer ses possessions par des vice-rois. Aux Philippines aussi, d'ailleurs.
(9) Probablement une allusion aux prétendues collaborations militaires entre la France et l'Argentine avant l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand, qui semble avoir eu une attitude moins ambiguë que ses prédécesseurs sur ce plan. En Argentine, les fascistes, à l'extérieur des frontières, ce sont des réactionnaires. A l'intérieur, ce sont des politiques en cheville avec le milieu. Le mot ne recouvre pas vraiment une idéologie particulière mais bien davantage une modalité d'exercice du pouvoir politique.

Claudio Avruj reçoit aussi les victimes de la guerrilla [Actu]

Profil Facebook de Claudio Avruj
Avant-hier, le Secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme et au pluralisme culturel de la Nation (son titre complet), Claudio Avruj, a reçu l'association des familles de victimes de la guerrilla des années 1970, victimes civiles et militaires, qui ont été abattues par les mouvements de lutte armée, qu'il s'agisse d'une résistance en faveur de la démocratie ou d'une lutte d'inspiration révolutionnaire, qu'il s'agisse de courant stalinien, trotskiste, maoïste ou cubano-guévariste.... C'est la première fois en quarante ans que ces personnes sont reçues au niveau institutionnel.

L'association en question est passablement hostile aux autres ONG qui défendent, quant à elles, la mémoire des victimes des crimes d'Etat, de ce qu'elles désignent comme le terrorisme d'Etat, et la tenue de procès contre les criminels en question, qui ont impliqué l'appareil de l'Etat avec une répression qui violaient les engagements internationaux de l'Argentine.

Les deux causes ont donc des fondements juridiques très différents. Néanmoins, la souffrance psychique de ces victimes de la violence politique est très comparable et cela peut entretenir une certaine confusion que cherche à exploiter l'association en question, le CELTYV (un sigle qui cache une dénomination équivoque, Centre d'Etudes Légales sur le Terrorisme et ses Victimes), en affirmant qu'il est injuste qu'elle n'ait pas bénéficié du même traitement que les autres, en face. Le CELTYV a d'ailleurs poussé le mimétisme jusqu'à élire à sa tête une femme, de sorte à présenter un visage très similaire à celui de Abuelas, Madres, Madres Linea Fundadora ou Familiares de Desaparecidos y Detenidos.

Dans les heures qui ont suivi cette réunion piégeuse, Claudio Avruj a accepté de répondre à quelques questions de Página/12, dont le lectorat est très susceptible de prendre fort mal cette marque d'égard envers une organisation qui traite les disparus de la Dictature d'agitateurs subversifs. Dans ses réponses, le Secrétaire d'Etat a donc pris soin de souligner les différences de traitement entre cette association et les autres, celles qui militent pour les droits de l'Homme et défendent une conception démocratique de l'Argentine sur la base de la Déclaration Universelle des droits de l'Homme de 1946.

Extraits

“Fue una reunión pedida por ellos y nuestra política, igual que en la gestión en la ciudad, es recibir a todos los que piden audiencia. Veníamos de una polémica porque me criticaron cuando repudié la liberación de militares en Entre Ríos y La Pampa, por lo cual les planteé de entrada la decisión y el compromiso de la Secretaría de Derechos Humanos en el proceso de lesa humanidad y en el cumplimiento de las penas. No me muevo ni un ápice de ahí”, señaló Avruj a Página/12.
Página/12

"La rencontre s'est tenue à leur initiative et notre politique, comme on l'a fait à Buenos Aires (1), c'est de recevoir tous ceux qui demandent audience. On sortait d'une polémique parce qu'ils m'ont critiqué quand j'ai condamné la libération de militaires dans les provinces de Entre Ríos et La Pampa (2). Et c'est pour ça que d'emblée, j'ai affirmé le ferme engagement du secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme dans le processus [de répression judiciaire] contre les crimes contre l'Humanité et [le caractère effectif] des peines prononcées. Je n'en retire pas un iota", a déclaré Avruj à Página/12.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

“No pidieron nada en concreto, sólo me presentaron un libro, me comentaron sobre la charla que dieron con (Elisa) Carrió y (Graciela) Fernández Meijide, y plantearon que para ellos es un problema la invisibilización de los casos de civiles asesinados. Agradecieron el hecho de ser recibidos porque nunca habían sido atendidos. Pero no se asumió ningún compromiso, en absoluto”, aseguró Avruj, y apuntó que la ONG pedirá entrevistas con otros funcionarios del gobierno de Mauricio Macri.
Página/12

"Ils n'ont rien demandé de concret, ils se sont contentés de me présenter un livre, ils m'ont parlé de la conférence qu'ils ont donnée avec Elisa Carrió et Graciela Fernández Meijide (3) et m'ont fait savoir que pour eux, c'était un vrai problème que les cas de civils assassinés n'aient aucune visibilité. Ils m'ont remercié de les avoir reçus parce qu'on ne les a jamais écoutés. Mais il n'a été pris aucun engagement, absolument aucun."
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–¿Se habló sobre los juicios por delitos de lesa humanidad en curso?
–No, no, porque les planteé nuestra posición de entrada, fui claro y categórico.
Página/12

- A-t-il été question des procès pour crimes contre l'humanité en cours ?
- Non, non, parce que je leur ai affirmé notre position d'emblée, j'ai été clair et catégorique.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–Después de la reapertura de los juicios hubo intentos de reabrir causas por asesinatos y otros delitos comunes en los años 70, que fueron rechazados por jueces y fiscales, bien porque ya había habido condenas, bien porque ya habían prescripto. ¿Le hablaron de la batalla que libran por la imprescriptibilidad de esas causas?
–No, no plantearon el tema.
Página/12

- Après la réouverture des procès, on a tenté de rouvrir des dossiers pour des assassinats et d'autres crimes de droit commun [commis] dans les années 1970, ce qui a été rejeté par des juges et des parquets, soit parce qu'ils [avaient déjà fait l'objet de] condamnations, soit parce qu'ils étaient prescrits. Vous ont-ils parlé de la bataille qu'ils livrent pour que ces causes deviennent imprescriptibles ? (4)
- Non, ils n'ont pas abordé le sujet.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–¿Y cuál es la posición de la actual Secretaría?
–No hay posición tomada, no es tema de análisis. Pero no hay cambio de rumbo.
Página/12

- Et quelle est la position du Secrétariat d'Etat actuel ?
- Il n'y a pas de position à prendre, ce n'est pas un sujet de discussion. Parce qu'il n'y a pas de changement de politique là-dessus.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

–El Celtyv celebró que “por primera vez en 30 años de democracia un funcionario nacional recibe a la ONG de las víctimas del terrorismo”. ¿Lo enorgullece el reconocimiento?
–No, mi política fue siempre atender los reclamos de la sociedad, así recibí a los pueblos originarios y a los familiares de víctimas de Cromañón.
Página/12

- Le CELTYV s'est félicité que pour la première fois en trente ans de démocratie, un ministre national reçoive l'ONG des victimes du terrorisme. Etes-vous fier de cette reconnaissance [de leur part] ?
- Non, j'ai toujours eu pour politique d'écouter les demandes de la société, c'est comme ça que j'ai reçu les peuples originaires et les familles des victimes de Cromañón. (5)
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

En revanche, le compte-rendu publié par la présidente du CELTYV est plus ambigu. Certes, aucune de ses déclarations ne vient contredire les affirmations du ministre mais elle s'efforce de faire de cette réunion une reconnaissance politique de l'analyse qu'elle fait des actes de violence commis contre les parents des membres de l'association. Elle prend soin d'utiliser un vocabulaire très similaire à celui de Madres et Abuelas et elle cherche à compromettre Macri et Avruj, en faisant semblant de croire que leur positionnement a été légitimé par le Gouvernement. Très belle technique de manipulation, comme nous en avons connue en Europe avec les mouvements héritiers de la collaboration et le négationnisme des années 1970.

Cependant, Página/12 est presque seul à mentionner cette réunion. Ni La Prensa, ni Clarín ne s'y sont intéressés parmi les titres nationaux. Et La Nación s'est contenté d'un entrefilet de cinq phrases qui montrent que l'association est à peine connue de la rédaction, qui se rapporte à la page Facebook de celle-ci. Une telle indifférence médiatique tendrait à prouver que le CELTYV ne représente guère que lui-même et que la cause qu'il défend n'a en Argentine aucune légitimité, ni politique, ni même compassionnelle. Dans le cas contraire, on aurait vu les trois titres de la presse, qui soutiennent la nouvelle majorité, s'engouffrer dans cette brèche et embrayer sur des propos revanchards comme dans l'une ou l'autre tentative que l'on a vu poindre au lendemain de la victoire électorale de Mauricio Macri mais elles n'ont alors recueilli que de rares soutiens individuels, aussitôt dénoncés par une majorité de gens de tous bords.

Cela n'empêche pas les ONG des droits de l'Homme de prendre peur et de faire des déclarations que ce matin Página/12 reproduit sans prendre ses distances (c'est encore et toujours un journal engagé). On sent tous ces militants aux aguets et prêts à tout interpréter contre le Gouvernement auquel il semble qu'ils aient vraiment du mal à faire confiance. Il n'est visiblement pas encore temps pour eux d'entamer une authentique démarche de réconciliation nationale comme elle a pu être tentée en France sous Georges Pompidou (sans vraiment réussir) (6) ou, plus récemment, en Afrique du Sud lorsque Nelson Mandela a été porté à la tête du pays. Il est possible aussi que Página/12 garde ce fer au feu pour ne pas baisser la garde pendant l'été, qu'il veuille entretenir la méfiance de son lectorat à l'égard d'un gouvernement dont l'état de grâce ne faiblit pas selon ce qu'indiqueraient les premiers sondages.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 d'hier avec l'interview de Avruj
lire l'article de Página/12 aujourd'hui
Vous pouvez aussi aller sur la page Facebook personnelle du secrétaire d'Etat : elle reproduit bon nombre de ses prises de position officielles.



(1) Allusion au fait que, jusqu'au 9 décembre dernier, Mauricio Macri était le Chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, toujours tenue par la même famille politique. C'est son premier ministre d'alors qui a aujourd'hui les rênes en main, Horacio Rodríguez Larreta.
(2) D'après ce que j'ai pu lire, ces hommes sont sortis de prison sans bénéficier d'aucun passe-droit ni même d'une mesure de grâce. Ils étaient simplement arrivés au bout de leur peine. Ce serait donc une malheureuse coïncidence calendaire qui les fait sortir en même temps que s'installe un nouveau Gouvernement national, dont on pouvait soupçonner qu'il allait se désengager des droits de l'homme à cause de propos électoralistes très démagogues tenus, il y a plusieurs mois, sans doute pour se concilier cette petite frange de la population qui reste attachée à la période dictatoriale et que Mauricio Macri a dû estimer plus importante en nombre qu'elle se révèle maintenant.
(3) Deux femmes politiques très différentes l'une de l'autre et qui ne partagent, à ce qu'il m'apparaît, qu'une profonde aversion pour le système politique des Kirchner, mari et femme. La première est toujours en activité, elle déploie dans le paysage politique argentin un comportement incohérent, imprévisible, agressif et insupportable pour ses alliés successifs et affiche une haine plutôt violente contre les Kirchner. La seconde a été une activiste non péroniste des droits de l'Homme. Ce professeur de français de l'école secondaire a perdu son fils de 17 ans pendant les années de plomb puis au retour de la démocratie, sous la présidence du radical Raúl Alfonsín, elle a siégé dans la toute première commission qui s'est penchée sur les crimes de la Dictature. Son opposition aux Kirchner est beaucoup plus rationnelle et argumentée que celle de Carrió.
(4) Ces crimes sont prescriptibles parce qu'ils ont été commis par des individus privés, certes embrigadés dans des organisations de lutte armée, mais sans qu'un Etat soit engagé dans leur action, bien au contraire. Seuls sont imprescriptibles, et c'est une règle pour tous les Etats membres de l'ONU, les crimes commis par des organisations d'Etat, dans le cadre d'une politique conduite par un Etat. Les crimes de la Dictature sont donc imprescriptibles et les crimes des différentes guerrillas sont prescrits comme n'importe quel crime de droit commun. Il ne peut plus y avoir de procès. Les demandes portées par cette association sont donc juridiquement irrecevables et elle fait semblant de ne pas le comprendre.
(5) Un dancing qui a brûlé une nuit de la Saint-Sylvestre. L'incendie, provoqué par des fumigènes employés par le groupe de rock sur scène, a fait des centaines de morts et de blessés parce que les gérants de la boîte de nuit avaient bloqué les sorties de secours pour mettre en échec les resquilleurs.
(6) Quand, avec des mines dégoûtées, Pompidou parlait de "ce temps où les Français ne s'aimaient pas". Quelle périphrase pour désigner l'Occupation ! Cependant, dans les universités, la recherche historique a alors commencé à prendre ses distances avec la lecture gaulliste de la période (tous les Français résistants contre une poigne de traîtres collabos) et ces analyses progressivement dégagées du prêt-à-penser idéologique a peu à peu gagné les médias puis les programmes d'enseignement secondaire. Mais il a fallu pour cela cinquante ans bien tassés. On n'y est pas encore en Argentine et en Amérique latine en général.

mardi 12 janvier 2016

Une vedette de la radio limogée presque en direct [Actu]

En gros titre : "C'est la liberté d'expression qui est attaquée"
Dans la manchette du haut,
la fin de la cavale des deux fugitifs qui restaient dans la nature
mais qui ne pouvaient plus bouger. Ils ont été cueillis sans résistance,
là où leur complice l'avait été 48 heures avant.
Ils étaient épuisés, assoiffés, morts de faim...

Cela s'est passé hier matin, vers 8h40 (heure argentine), au prix d'un évident manque de tact (pour ne pas dire plus) de la part de Radio Continental : vingt minutes avant qu'il ne s'installe au micro pour son marathon quotidien qu'il anime chaque matin en direct depuis neuf ans, de 9h à 13h, le journaliste argentino-uruguayen Victor Hugo Morales a vu entrer dans le studio un huissier de justice, accompagné d'un représentant de l'actionnaire, qui a aussitôt demandé au cameraman qui filme l'émission d'arrêter de tourner sous prétexte qu'il s'agissait d'une affaire privée. On entend quelqu'un répliquer qu'il s'agit au contraire d'une chose très publique et on voit alors arriver près du petit bonhomme d'huissier dans ses petits souliers le géant qu'est Victor Hugo Morales, qui comprend déjà ce qui se trame. Horriblement gêné, l'huissier lit alors d'une voix à peine audible l'acte officiel, qui fait office de lettre de licenciement, mettant ainsi fin, sans préavis, au contrat du journaliste, qui travaille depuis 30 ans sur cette antenne.

Victor Hugo Morales, c'est un géant de la radio argentine, une grande vedette médiatique (et je ne parle par seulement de sa taille physique), un homme passionné et très cultivé, capable de parler d'histoire, de musique, de littérature comme de football. C'est lui, l'auteur du commentaire légendaire de ce but mythique que Diego Maradona marqua de la main en 1986 au Mexique (Goooooooooooooooooooooooooolll). L'huissier n'a pas fini de parler que Victor Hugo, comme l'appellent ses nombreux admirateurs, se précipite dans un studio voisin et interrompt l'émission en cours pour annoncer en direct son licenciement. Une tranche de publicité est lancée à l'antenne et couvre alors ses paroles. On le voit attendre au milieu de confrères et collègues éberlués et très affectés puis à la fin de la publicité, il reprend la parole pour donner sa version des faits, pendant 13 minutes. C'est une logorrhée quelque peu répétitive, où l'on perçoit l'émotion de l'homme et sa colère et où les accusations pleuvent contre le Gouvernement en place, contre le groupe Clarín, contre le danger qui menacerait la démocratie et la liberté d'expression.

Le journal de Montevideo titre (à droite)
"Limogeage de Victor Hugo : on soupçonne de possibles pressions de Macri"
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

En Argentine, le scandale est immense. L'émission était l'une des plus écoutées dans la grille de Radio Continental et l'homme, qui est victime de ce mauvais procédé, est une référence de l'antenne.

Sur le plan politique, Morales est proche du kirchnerisme, il est plus sympathisant de la cause que militant au sens propre, et il n'a pas ménagé ses critiques contre Mauricio Macri depuis l'élection de celui-ci. Dans l'opposition, on a donc tôt fait d'attribuer cette expulsion de l'antenne à une pression exercée par le Président Macri sur les dirigeants de la radio (bien entendu, rien n'est prouvé). Au cours de la dernière année, Victor Hugo s'est en aussi pris dans un livre au journal Clarín, dont le groupe était visé par la loi des médias (ley de medios), destinée à interdire la constitution de groupes médiatiques si puissants qu'ils écrasent la liberté et la diversité de l'information.

Le journaliste se déclare donc victime d'une répression idéologique et il est vrai qu'en plus d'être brutal et vexatoire, son licenciement est très mal justifié : de prétendus manquements aux obligations contractuelles alors qu'il a assuré son émission tous les jours pendant neuf ans et que son contrat n'arrivait à échéance que le 31 décembre 2016 (1). Dans la foulée de l'humiliante lecture du billet de licenciement devant témoins, le journaliste a affirmé que dès le lendemain du second tour de l'élection présidentielle, donc à la fin novembre, la direction de la station lui avait offert sept millions de pesos en guise d'indemnité contre sa démission (une somme astronomique). Il a refusé le marché mais, du coup, il ne peut se dire surpris de la cessation du contrat, mais seulement des formes, exécrables, et du moment choisi, qui est non seulement un manque de respect à Victor Hugo Morales, à ses invités du jour et à l'équipe technique, mais également aux auditeurs fidèles qui attendaient leur rendez-vous quotidien.

La Nación a préféré un petit titre, en bas, au centre
La vedette est pour la capture des deux fugitifs,
et en haut à gauche, la manchette est consacrée à David Bowie
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Ce départ contraint est-il, comme croit le comprendre l'intéressé, une conséquence de l'absorption de Radio Continental par la chaîne de télévision privée Canal 9 ? Est-ce, comme il le claironne, le pendant à la radio de la fin de l'émission ultra-kirchneriste 678 sur TV Pública ? Est-ce, comme il l'affirme, le tocsin pour la liberté d'expression des journalistes en Argentine ? (2) Serait-ce le résultat, comme il le suggère, d'un vaste complot entre Clarín, le gouvernement national, celui de Córdoba et celui de Mendoza, et une partie de la magistrature pour le mettre sur la paille, façon Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais ? (3) Après avoir vu et écouté ce qu'il s'est passé, je n'en mettrais tout de même pas ma main au feu. En effet, il a pu tout de même s'exprimer encore pendant un quart d'heure sur le temps d'antenne d'un autre producteur auquel il n'a pas demandé la permission de prendre la parole. Et ce quart d'heure est mis en ligne, en écoute libre, directement sur le site du journal Clarín, pourtant ouvertement accusé par Victor Hugo d'être derrière tout ça...

Il se trouve que la grossière et brutale décision de Radio Continental tombe en plein milieu d'un fait divers qui a beaucoup occupé les médias pendant plus d'une semaine, une spectaculaire évasion dont je vois mal comment on pourrait l'attribuer au nouveau gouvernement (qui n'était pas en charge de l'administration pénitentiaire dans la Province de Buenos Aires), où je vois mal comment on peut reprocher  à la ministre de la Sécurité une bavure de communication ce week-end comme s'il s'agissait d'un crime scandaleux (4) ni que la capture des trois fugitifs soit présentée comme une victoire contre le trafic de stupéfiants (5). Il tombe aussi en plein milieu de la querelle sur la dissolution par décret de l'AFSCA, la haute autorité créée par la ley de medios, une dissolution que plusieurs référés judiciaires contestent formellement sans que l'Exécutif en ait tenu le moindre compte dans ses dernières décisions (voir mon article du 31 décembre 2016). Or d'après les propos à chaud du journaliste viré, son licenciement pourrait être une diversion à tout cela et correspondre à une volonté de le faire taire pour qu'il ne puisse plus dénoncer ces mascarades... Cela me paraît bien léger !

De nombreuses personnalités marquées à gauche, dont Estela de Carlotto, la pourtant conciliante présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, pour qui la coupe semble être sur le point de déborder, et le très peu contestable prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel, ont fait connaître publiquement leur soutien au journaliste viré avec aussi peu de respect humain. Christina Kirchner et son fils, Máximo, aujourd'hui député national pour la Province de Santa Cruz, ont exprimé aussi leur émotion depuis leurs vacances en Patagonie.
L'opposition appelle à une manifestation sur Plaza de Mayo aujourd'hui à 18h. Le scandale est d'autant plus fort qu'on se trouve en plein été, une époque de l'année où il est difficile de mobiliser les gens et que le Congrès ne siège pas non plus, ce qui rend l'opposition institutionnellement muette. Tout cela fait décidément très mauvais genre.

Miguel Rep a signé la dernière page de Página/12
Le dessinateur reprend le slogan de la campagne contre la violence faite aux femmes
Ni una menos (pas une de moins)
La pancarte dit : "Pas un(e) journaliste de moins"

Cet arrêt soudain d'une émission très populaire n'a pas pris de court le journaliste seul mais tout le monde, y compris des quotidiens peu susceptibles d'être anti-macristes, comme La Nación. L'affaire se retrouve même à la une des quotidiens uruguayens, puisque Victor Hugo est né dans la République orientale. La décision est d'autant plus choquante que cette émission matinale était celle qui avait la plus forte audience. On peut même parler d'une véritable institution dans le pays.

Pour aller plus loin :
lire l'article de une de Página/12 qui consacre à l'affaire cinq articles ce matin, dont un sur les soutiens apportés au journaliste et un autre sur les décisions de justice contre la dissolution de l'AFSCA
lire l'article de Clarín, qui donne in extenso les 13 minutes d'explications fournies en direct à l'antenne de Radio Continental par Victor Hugo Morales (difficile dans ce cas de parler de censure anti-démocratique de Clarín que le journaliste dénonce si vertement. De deux choses l'une, ou c'est très habile de la part de Clarín pour ne pas donner raison à son accusateur ou c'est l'analyse de Victor Hugo Morales qui est fausse). Il y eu un temps où la rédaction de ce journal se serait ouvertement félicité de son éviction avec des arguments du type "bien fait pour lui". Rien sur cette affaire à la une de ce matin.
lire l'article de La Nación, qui rapporte les déclarations de Victor Hugo Morales sans les commenter. Le journal ne fait même pas mine de justifier la décision de Radio Continental et publie lui aussi, comme Página/12, un article neutre sur les décisions judiciaires concernant l'AFSCA, sans accuser les juges de partialité contre le Gouvernement (ce que le titre n'hésite pourtant pas à faire dans d'autres cas). C'est aussi ce quotidien qui se fait l'écho d'un moment de panique chez les salariés de la Casa Rosada, empêchés d'entrer dans les locaux hier matin... Plus de peur que de mal : le système de sécurité va changer et l'interdiction n'était qu'un dysfonctionnement dû à ces opérations techniques pendant le week-end. Mais il y a une telle psychose du licenciement des salariés embauchés sous Cristina que certains ont cru qu'ils avaient été renvoyés sans même le savoir...
lire l'article de El País, qui incorpore la vidéo du studio où Victor Hugo comprend qu'il est remercié et se précipite dans le studio voisin (où le cameraman le suit en courant du mieux qu'il peut)
lire l'article de El Observador.

Ajout du 13 janvier 2016 :
Lire l'article de Página/12 sur le succès de la manifestation en faveur de Victor Hugo Morales hier sur Plaza de Mayo.

Ajouts du 16 janvier 2016 :
Lire la longue interview que Hernán Lombardi a accordée il y a quelques jours, une nouvelle fois, à La Nación sur sa politique à l'égard de Radio Nacional, au cours de laquelle il a annoncé que Victor Hugo Morales allait continuer à animer ses émissions sur Radio Clásica, la station consacrée à la musique classique du groupe Radio Nacional.
Cela lui a valu une réplique verte de Morales, qui le traite d'hypocrite. La raison ? Voilà quinze ans qu'il anime ces émissions de Radio Nacional sans toucher un sou... La réplique est à lire,elle aussi, dans La Nación.

Ajout du 17 janvier 2016 :
La Nación nous raconte que Victor Hugo Morales vient de donner sa version des faits au micro de la 11.10, la radio généraliste publique de la Ville autonome de Buenos Aires (donc sous tutelle d'un gouvernement macriste), et qu'avec un sens non dissimulé de la provocation, il a lancé un défi à Hernán Lombardi : il annonce son retrait de Radio Nacional, sur l'antenne Clásica de laquelle il animait depuis plusieurs années une émission à titre gracieux (il ne veut pas être la caution de Lombardi et d'un pluralisme dont il nie l'existence effective), et promet d'accepter toute proposition d'émission quotidienne en prime-time sur TV Pública dès lors qu'il pourra l'animer avec les journalistes de 678, le talk-show hyper-kirchneriste qui n'existe plus depuis la fin de l'année dernière et qui donne des boutons à tous ceux qui ont voté pour l'alliance Cambiemos menée par Mauricio Macri (entre autres, parce qu'ils en avaient ras-le-bol de cette émission).


(1) Lui aurait-on donné des consignes sur le contenu politique de son émission ou demandé de modérer son ton, délibérément polémique, et aurait-il refusé de se plier à un tel changement ? Il ne me paraît pas douteux qu'il ne soit pas homme à accepter de recevoir des consignes sur le contenu de son émission. Aurait-il reçu des injonctions paradoxales comme le pratique souvent un patron qui veut se séparer d'un salarié et cherche à le pousser à la faute ? Il n'est pas interdit d'y penser lorsqu'on écoute la manière dont il explose.
(2) Personnellement, lorsque je lis la presse, je n'ai pas l'impression qu'il y ait une censure. Je vois des articles qui critiquent le pouvoir en place et pas seulement dans Página/12 (qui ne critiquait jamais l'ancienne majorité). En revanche, ce qui a changé, c'est que dans La Nación, la critique de l'opposition est moins virulente qu'elle n'était quand cette opposition était la majorité. J'ai l'impression de retrouver dans un journal comme celui-là quelque chose qui ressemble davantage qu'auparavant à un quotidien de vieille démocratie, comme il en existe chez nous. Comme si les journalistes retrouvaient ou trouvaient un certain équilibre.
(3) Dans une affaire de droits de retransmission d'un match de foot qui remonte à Mathusalem, le journaliste a été poursuivi par le groupe Clarín d'une manière très exagérée et le groupe médiatique a obtenu sa condamnation à une indemnisation démesurée, qu'il ne sera sans doute jamais en capacité de payer. Un peu comme la Société Générale contre Jérôme Kerviel. Est-ce pour cette raison que le journaliste n'a pas voulu quitter son poste lorsque la radio lui proposait un pont d'or, parce qu'il a besoin de continuer à gagner sa vie pour faire face à ces échéances disproportionnées ? Dans ce cas on pourrait comprendre ce que ses déclarations ont de confus après la lecture par le petit huissier qui regarde le bout de ses chaussures puis son interminable diatribe au micro du collègue...
(4) L'un des trois fugitifs a été repris ce week-end et on a cru pendant quelques heures que la capture concernait les trois détenus en cavale. Il semble qu'il y ait eu un raté dans la transmission d'information entre les forces de police sur le terrain et le ministère de la Sécurité dont elles dépendent. Mais ce n'est pas non plus le mensonge du siècle !
(5) C'en est une. Toute petite. Mais qu'on le veuille ou non, remettre la main sur des évadés est une victoire de l'Etat de droit même s'il vaudrait mieux que les évasions n'aient pas lieu. Pourtant il y aura toujours des évasions, partout où il y aura des prisons. Le 0 défaut n'existe pas plus que le 0 risque. Et reprocher à un gouvernement de se féliciter de voir reconduits en prison des malfaiteurs évadés, c'est de la mauvaise foi.