jeudi 10 décembre 2020

Salon du livre à ciel ouvert [à l’affiche]


Ce week-end passé était un long week-end de quatre jours. La Fondación El Libro et la Ville de Buenos Aires en ont profité pour organiser au soleil et en plein air leur Feria del Libro dans le quartier de El Abasto au plus grand plaisir des lecteurs portègnes qui ont pu sortir et flâner dans les allées au milieu des tables des exposants.

Le monde du livre passe un très rude moment en Argentine pendant cette pandémie. De nombreuses librairies ont déjà fermé leurs portes, comme la Librería de las Luces, une boutique de livres anciens et solderie de fonds de catalogue, sur Avenida de Mayo. Une librairie où je m’arrêtais à chaque fois que je passais par cette avenue, en général sur le chemin d’une visite à la Academia Nacional del Tango, surtout si j’avais un quart d’heure devant moi… J'y ai trouvé des merveilles à tout petits prix... Je me demande quelle Buenos Aires je retrouverai lorsqu'il sera possible de refaire le voyage.

Lundi, Página/12 avait mis ce salon à la une de ses pages culturelles quotidiennes.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le salon du livre
lire l’article de Página/12 sur la Librería de las Luces

Caras y Caretas consacre son numéro de décembre à Pino Solanas [Disques & Livres]


Un mois après la disparition à Paris du cinéaste-diplomate, le mensuel Caras y Caretas, du groupe Octubre, consacre la plus grosse partie de son édition de décembre à Pino Solanas (1936-2020).

Beaucoup de points sont abordés et sous des angles différents : les thèmes traités dans ses films, ses engagements politiques (qui vont de l’économie sociale à l’écologie en passant par les droits des femmes et notamment la question au cœur de l’actualité aujourd’hui : l’avortement), sa lutte contre les politiques libérales (de Carlos Menem à Mauricio Macri), sa relation avec Juan Domingo Perón et son souvenir (voire son culte), le tango enfin qu’il a travaillé avec les plus grands, Astor Piazzolla et Roberto Goyeneche, entre autres autour de la figure de Carlos Gardel.

Le mensuel ressort des interviews et sollicite des témoignages exclusifs.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

mercredi 9 décembre 2020

Le football argentin une nouvelle fois en deuil [Actu]


Début d’été décidément bien noir pour le Río de La Plata… Hier, le dernier entraîneur national argentin qui ait emmené l’équipe en finale d’une coupe du monde est mort dans une clinique cardiologique de Buenos Aires. Alejandro Sabella y avait été admis le 25 novembre : il avait fait un accident cardiaque chez lui en apprenant la mort de Diego Maradona.

"Prof dans son pays"
Profeta et profesor en espagnol permettent un jeu de mot
que l'orthographe interdit en français
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Alejandro Sabella avait soixante-six ans. Il souffrait de multiples problèmes cardiovasculaires et il y a plusieurs années, il avait traversé un cancer qu’il l’avait laissé très affaibli.

L'info est traitée à droite
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Après une brillante carrière qui l’avait lui-même conduit à porter le maillot albiceleste au début des années 1980 et à jouer successivement dans les clubs de River Plate à Buenos Aires, de Sheffield United en seconde division britannique avant de passer à Leeds, en première division, il était revenu en 1981 à Estudiantes avant de gagner le Mexique pour une fin de carrière à Irapuato en 1989.

Hommage en bas de page
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Retraité des crampons, il revint à son cher club de Estudiantes qu’il allait conduire en 2009, en tant qu’entraîneur, à la victoire dans la Copa Libertadores où s’affrontent les meilleurs clubs d’Amérique du Sud.

L'info est traitée en bas à droite
Le gros-titre est réservé au nombre de morts du covid dans le pays
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Même l’Université nationale de La Plata, la ville du club Estudiantes, lui avait rendu hommage en août 2018.

Quand Sabella portait le numéro 10 de l'équipe nationale

Ce matin, la presse le salue des titres de maestro et de profe (maître et prof.). Les footballeurs qu’il a coachés ont toujours apprécié son sens de l’humain et le respect qu’il portait à tout le monde.

Sa veillée funèbre se tient dans le domaine officiel de la fédération nationale de football (AFA).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lundi 7 décembre 2020

Au lendemain des obsèques de Tabaré Vázquez [Actu]

"Merci Tabaré. L'histoire t'inscrira
dans les pages des livres qui parleront
des meilleurs moments du pays"
Une banderole du Frente Amplio le long du parcours
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Poster dans les pages intérieures de La República (édition du matin)
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Ce matin, les journaux uruguayens ont pu rendre compte de l’émotion populaire qui a submergé Montevideo au moment de rendre hommage à cette haute figure de la gauche qu’était et que demeurera Tabaré Vázquez, premier président de gauche du pays, mais aussi ancien maire de la capitale et même ancien président d’un club de foot puis de la fédération universitaire (c’était sous la dictature militaire).

"Il est entré dans l'histoire"

"Ballon en deuil"
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Malgré les recommandations de la famille, les Uruguayens se sont déplacés en masse et rassemblés en grand nombre le long du parcours que devait emprunter le cortège funéraire. Tout au long de la route, impressionnant déploiement de drapeaux aux couleurs du Frente Amplio (bleu, blanc et rouge), la fédération qui rassemble tous les courants de la gauche ou peu s’en faut, et à celles (rouge et jaune) du C.A. Progreso de Montevideo, le club qu’il avait présidé.

"Tabaré Vázquez, la plus importante figure
de l'histoire de la gauche"
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Le quotidien le plus marqué par l’événement est bien entendu le journal de gauche, La República, dont le directeur général se présente comme un ami personnel du défunt et signe un important éditorial ce matin.

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La República a aussi consacré la une de son quotidien sportif, Tribuna, à la disparition d’un grand dirigeant du football national. En signe de deuil, toutes les rencontres sportives et en particulier le championnat national de football ont été annulées

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Tabaré Vázquez dans la presse argentine [Actu]

Le gros titre est pour l'actualité argentine
la photo pour l'enterrement à Montevideo
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Seul Página/12 a publié dans son édition de ce matin d’autres articles que ceux mis en ligne sur son site Internet hier dimanche.

La rédaction rend ainsi compte des obsèques hier à Montevideo et du grand concours populaire qui a accompagné le cercueil jusqu’au cimetière de La Teja.

En haut : les élections au Venezuela (environ 70% d'abstention)
En bas : "Un gentleman de la politique"
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Pour les autres titres, la situation est étrange : les unes de l’édition imprimée tiennent compte de ce qu’il s’est passé hier mais ce n’est pas le cas des sites Internet. Et en ce qui concerne La Nación, c'est encore plus étrange : les articles de la version imprimée, qui sont différents des articles numériques d'hier, étaient introuvables sur le site Internet ce matin lorsque j'ai préparé cette note.

Même structure que pour La Prensa :
en haut, le Venezuela
en bas, l'Uruguay
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© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 qui n’a toutefois pas fait l’information principale de sa une de ce lundi.

dimanche 6 décembre 2020

Trois jours de deuil national en Uruguay [Actu]

Une belle photo ! et si typiquement uruguayenne !
Tan oriental...

Aujourd’hui, l’Uruguay dit adieu à son premier président de gauche. La mort de Tabaré Vázquez, à 3h cette nuit (heure uruguayenne), n’est pas du tout une surprise : la famille avait annoncé il y a une dizaine de jours que sa santé s’était brutalement dégradée et que le cancer dont il souffrait avait méchamment métastasé. Le 15 novembre, il avait enregistré sa dernière interview, diffusée seulement il y a quelques jours, à travers laquelle tout le monde avait pu comprendre la gravité de la situation dont il était parfaitement conscient.

La très belle photo choisie par son fils, Alvaro Vázquez Delgado,
pour annoncer la mort de son père très tôt ce matin sur Twitter

Les quotidiens avaient déjà bouclé leurs éditions papier lorsque la nouvelle a été connue. Les unes ne reflètent donc pas cette actualité mais ni le dimanche ni la proximité de la solennité mariale de mardi n’empêchent les rédactions d’être actives sur la toile : tous les journaux uruguayens se sont remplis au fil des heures d’articles nécrologiques et de messages des personnalités et des chefs d’État qui affluent vers Montevideo. Les journaux argentins sont moins réactifs, y compris Página/12 pour laquelle Vázquez était une des grandes figures politiques du continent (tout le monde est en long week-end en Argentine).

Tabará Vázquez sur les gradins d'un stade.
Il venait d'une famille ouvrière et n'avait pas oublié ses racines populaires

Comme l’épidémie de covid-19 frappe fortement le pays, qui s’était tiré à moindre frais de la première vague, la famille a décidé de ne pas faire la moindre veillée. Un cortège réduit devait se former à 13h, sur le parvis de la mairie de Montevideo (dont Vázquez fut le maire), pour emporter le corps jusqu’à sa dernière demeure et les Uruguayens étaient invités à y assister au mieux sur le trottoir sans créer d'attroupement ou, faute d'habiter le long du parcours, de leur salon, à travers le direct que les chaînes de télévision ont retransmis. Le cortège s'est rendu au cimetière de La Teja où l’inhumation s'est tenu dans la plus stricte intimité, comme il convient dans les circonstances sanitaires présentes.

Demain, les journaux feront leur une sur le disparu, qui aura brisé le plafond de verre qui avait empêché depuis l’indépendance à une formation de gauche de prendre les rênes du pays. Tabaré Vázquez aura été président à deux reprises, de 2005 à 2010 puis en 2015 jusqu’à la fin février de cette année lorsqu’il a transmis le pouvoir au champion de la droite, Luis Lacalle Pou, qui a tenu à aller s’incliner devant le cercueil à midi.

Un message d'une famille d'origine grecque
"Bon voyage, président. Pour toujours, Tabaré"

Même élu à la tête du pays, il n’avait pas renoncé à exercer son métier de médecin, qu’il considérait comme une seule et même vocation avec l’engagement politique : s’occuper des gens. C’était un éminent oncologue qui s’était notamment formé à Gustave Roussy, à Paris. Souriant, affable, fraternel, calme et d’une honnêteté qui dénote dans le paysage politique sud-américain où la relation à l’argent est généralement assez malsaine, c’était aussi un fervent catholique qui avait tenu à confesser sa foi et à manifester ses convictions après le premier vote de dépénalisation de l’avortement par le parlement en Uruguay, ce qui obligea son successeur, Pepe Mujica, à relancer le débat quelques années plus tard, alors que l’idée avait fait son chemin.

Le cortège funéraire avec beaucoup de drapeaux du Frente Amplio
aux couleurs choisies par le héros révolutionnaire et indépendantiste Artigas
Sur cette photo, on ne voit pas de drapeau national

Tabaré Vázquez aurait eu quatre-vingts ans le 17 janvier prochain.

Avec beaucoup de dignité, le président en fonction a décrété un deuil national jusqu’à mardi prochain. Les deux communiqués successifs de ses services insistent sur le fait qu’il s’agit pour « tout le pays » d’honorer la mémoire d’un « président de tous les Uruguayens ». En Uruguay, à droite, il reste encore en effet une tentation de rejeter le défunt pour des raisons bêtement et bassement partisanes et idéologiques comme l’ont montré certains commentaires en ligne, assez hideux, à sa si digne dernière interview télévisée.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
dans la presse uruguayenne
lire l’article principal de El País
lire l’article principal de La República (qui a annoncé le décès en publiant le communiqué officiel du Frente Amplio)
sur le site Internet de la Présidence uruguayenne
lire le communiqué sur les trois jours de deuil national
lire le communiqué sur les propos de Luis Lacalle Pou au sortir du domicile des Vázquez

samedi 5 décembre 2020

Felipe Pigna aborde le mythe et l’histoire de Gardel [Disques & Livres]

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L’historien revisionista (1) Felipe Pigna a sorti, il y a moins d’un mois, une biographie de Carlos Gardel à travers laquelle il entend présenter aussi un tableau du tango qui arrive à l’âge adulte grâce notamment à un artiste comme ce chanteur et compositeur génial.

Página/12 propose ce matin, en tête de son supplément culturel quotidien, une interview de l’auteur qui tient une place importante dans le groupe Octubre dont ce journal fait partie. Felipe Pigna est en effet le directeur général de Caras y Caretas, une revue mensuelle (2) et un centre culturel appartenant au même groupe. Pourtant, ce n’est pas là que Felipe Pigna présentera son nouvel ouvrage samedi mais avec Alejandro Dolina, dans l’émission de radio que l’humoriste anime sur la 750 AM, la radio du groupe, toutes les nuits du mardi au samedi, La venganza será terrible (la vengeance sera terrible). Felipe Pigna sera son invité jeudi 10 décembre 2020 et vous pourrez l’écouter en replay sur le site Internet de la radio.

"Un autre Gardel", titre Página/12
sur une photo du reflet de l'auteur

La maison d’édition, Planeta Argentina, propose le livre en format papier et en Ebook.

Certaines plateformes européennes commercialisent la version digitale.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire la présentation sur le site de la maison d’édition qui propose aussi gratuitement la lecture d’une vingtaine de pages au début de la biographie.

Mise à jour du 12 décembre 2020 :
lire cette interview de Felipe Pigna dans Clarín au sujet de Gardel dont on fêtait hier l'anniversaire de naissance.



(1) Felipe Pigna est l’une des grandes figures de ce courant, une lecture péroniste et de plus en plus kirchneriste de l’histoire argentine. En histoire événementielle, très peu d’acteurs argentins savent séparer en eux le citoyen, qui a des prises de positions idéologiques et partisanes, et le chercheur, qui, en bonne méthodologie, devrait garder ses distances avec cette actualité brûlante. Ce livre comme les autres n’échappe pas à cette règle qui est le propre de tous ces pays neufs qui forment l’Amérique latine. A noter que si aux États-Unis, l’histoire événementielle a su accéder à une méthodologie scientifique rigoureuse, c’est parce que la puissance économique du pays lui a permis de laisser au cinéma et aux arts en général le soin de développer le « roman national » indispensable pour constituer la nation.

(2) Sans rapport historique avec l’hebdomadaire illustré des années 1890-1930 dont le groupe Octubre a récupéré le titre, tombé dans le domaine public faute d’un héritier légal.

La UCA suit la ligne du pape François [Actu]

"64% des enfants argentins sont pauvres"
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L’Observatoire de la Dette Sociale de l’université catholique argentine (UCA) a présenté avant-hier son nouveau rapport sur la pauvreté et l’indigence dans le pays.

Pour la période qui va de juin à octobre 2020, l’organisme universitaire relève un taux de 44,1 % de pauvreté dans le pays, soit 20 millions de personnes, et de 10,1 % d’indigence, ce qui recouvre 4,1 millions d’individus, dans un pays de 46 millions d’habitants. En ville, le taux est encore plus élevé. Pour la pauvreté, il s’élève à 44,2 %, soit un total de 18 millions d’individus.

Six enfants sur dix souffrent du phénomène d’appauvrissement généralisé.


"La pauvreté touche 44,2% de la population
et 64,1% des gamins, selon la UCA"
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Dans un pays dont les habitants ont toujours eu beaucoup de ressources pour trouver ou créer de l’activité, quand bien même ce serait de façon informelle et dans le système D, on compte aujourd’hui 14,2 % de chômeurs. Pour les travailleurs, le pourcentage de personnes qui occupent des postes précaires a notablement augmenté dans l’intervalle étudié. Seuls 74,1 % des gens qui avaient un emploi stable au début de l’année ont conservé à la fin de la période une situation semblable.

L’étude observe que 55,5 % de la population a touché au moins une aide publique depuis le début de la crise sanitaire. Sans ces mesures sociales, le taux de pauvreté serait aujourd’hui de 53,1 % et celui de l’indigence de 27,9 %.

Clarín a préféré traiter l'info en titre très secondaire
(dans la colonne droite, au milieu)
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Même les journaux de droite relèvent ce détail, ce qui n’allait pas de soi avant la pandémie. Doit-on voir là une prise de conscience d’une nécessaire intervention de l’État pour amoindrir les effets de la crise sur les plus fragiles ?

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire le rapport de l’observatoire de la UCA (téléchargeable en quatre documents pdf).

L’ISF one-shot est adopté, la loi contre les incendies de promoteurs aussi [Actu]

La session d'hier, en visioconférence comme d'habitude
Photo Sénat de la Nation argentine


Hier, juste avant que le pays ne plonge dans le pont du 8 décembre, le Sénat a adopté deux mesures emblématiques de l’actuelle majorité : une contribution exceptionnelle sur les gros patrimoines et une loi qui interdit de modifier l’affectation des terres après qu’elles auront été détruites par un incendie.

Les deux nouvelles lois font grincer des dents à droite. Pourtant, dans la triple crise, financière, sanitaire et climatique, qui met le pays à genoux, elles paraissent relever du simple bon sens.

La contribution sur le patrimoine va toucher de 10 à 12.000 personnes qui ont déclaré un patrimoine supérieur à 200 millions de pesos. A priori, pas vraiment des gens qui ont été comptabilisés dans le récent rapport de l’Observatoire de la Dette Sociale de la UCA ! Cela n’empêche pas l’opposition de préparer des recours judiciaires contre ce qu’elle qualifie de frein à l’investissement. Aucune pudeur !

Ce que voit la présidente ! Cela ne doit pas être facile tous les jours...
Photo Sénat de la Nation argentine

La loi qui empêche la spéculation foncière répond, quant à elle, à une situation catastrophique depuis plusieurs années où de gigantesques incendies, presque incontrôlables, ont détruit une quantité astronomique d’hectares de forêt, de garrigue ou de steppe dans le nord du pays, à l’est comme à l’ouest. La province de Córdoba a été la plus récemment sinistrée. Il s’agit de protéger ces terres, avec la biodiversité animale et végétale qu’elles abritent, épargner à l’atmosphère de se charger de fumées polluantes et éviter que les pompiers mettent en danger leur vie ou leur santé simplement parce que des propriétaires peu scrupuleux désirent lancer sur les territoires ainsi dévastés d’ambitieux projets immobiliers ou agricoles très rémunérateurs dans les deux cas (culture de soja transgénique à grand renfort d’intrants chimiques, par exemple). Les terrains incendiés cette année sont concernés par l’interdiction.

Espérons que la mesure sera efficace. En France, dans les années 1970, la Côte d’Azur a été protégée d’innombrables feux de forêts estivaux dès que la législation a interdit aux promoteurs de construire sur les terrains incendiés. Comme par hasard, d’une année sur l’autre, après ce vote, les Provençaux et les touristes ont beaucoup moins entendu hurler les sirènes de tous les villages à trente kilomètres à la ronde et quand ils les entendaient encore, le feu n’était pas aussi systématiquement en train de ravager d’admirables coteaux plongeant dans la mer et de faire partir en fumée tout un patrimoine végétal de conifères et de chênes verts. Quelle coïncidence, non ?

Toujours est-il que là encore l’opposition argentine hurle à la mort et crie à l’inconstitutionnalité de la mesure. Il est donc probable que les parlementaires de la majorité ont visé juste. La pire réaction est le titre pernicieux que La Prensa a donné à son article sur le sujet : « Approbation d’une loi que le kirchnerisme a présentée sous prétexte d’éviter les spéculations sur les champs incendiés ». On ne fait pas plus cynique !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

sur la contribution exceptionnelle
lire l’article de Página/12
sur la loi contre les incendies
lire l’article de La Prensa

Alberto Fernández clôt la Conférence industrielle de la UIA [Actu]

"C'est un moment pour refonder notre pays", cite le gros-titre

Le président Alberto Fernández a tenu à rencontrer une nouvelle fois les entrepreneurs de la UIA (union industrielle argentine) en allant clore leur vingt-sixième conférence annuelle.

Il est allé leur rappeler que le relèvement économique du pays est en bonne partie entre leurs mains. Il a insisté sur le caractère sanitaire et planétaire de la crise traversée en 2020 en leur faisant remarquer, et il semble qu’il faille le dire à tous les dirigeants économiques partout dans le monde, que pour une fois, elle n’était ni conjoncturelle ni seulement nationale.

Il a rappelé l’état socialement et financièrement catastrophique dans lequel il a trouvé le pays en prenant ses fonctions il y a un an et tenté de les convaincre que l’Argentine a besoin d’un État social, qui soutienne les plus démunis et les chômeurs, et aussi, surtout, d’un entreprenariat patriote et inventif qui investisse et embauche. Ce qui est étonnant, c’est de constater que ce matin, la plupart des journaux titrent en reprenant cette partie du discours au lieu d’aller chercher la bagarre comme le font d’ordinaire les quotidiens mainstream… Pourtant, le président de l’UIA avait au cours de cette dernière soirée dit son refus de l’impôt sur la fortune, en discussion finale au Sénat, dont il prétend qu’il pénalise la production (autrement ce qu’on appelle industria en Argentine) et qui a été effectivement voté le lendemain.

Seul Página/12 a toutefois titré sur la volonté du président de faire surgir de la crise un pays nouveau. Il est aussi le seul à traiter l’information sur sa une, tandis que La Prensa a préféré faire allusion sur sa première page à l’intervention pas vraiment aimable d’Angela Merkel, qui faisait partie des invités de clôture et qui a exigé que l’Argentine envoie un signe politique, usant à nouveau envers ce pays de la violence qu’elle avait su montrer en son temps à l’égard de la Grèce. Quand on voit comme elle a changé son fusil d’épaule en Europe, c’est à n’y pas croire !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire le communiqué officiel de la Casa Rosada
voir l’ensemble des interventions sur le site Internet de la UIA