mercredi 9 février 2022

Spinetta occupe un numéro de Caras y Caretas [Disques & Livres]

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Au lendemain du dixième anniversaire de la disparition de Luis Alberto Spinetta, l’un des rockeurs iconiques de l’Argentine, Página/12 met en ligne la une de son numéro de Caras y Caretas, un magazine culturel mensuel qui s’approprie ainsi le prestige historique d’un hebdomadaire illustré disparu à la fin des années 1930.

Ce numéro de février 2022 est donc consacré au chanteur et créateur qui contribua à faire du rock nacional un genre qui compte dans la culture populaire argentine.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Del Potro fait ses adieux à la compétition à l’Open d’Argentine [Actu]

"Au milieu d'une profonde émotion, Delpo a eu sa nuit inoubliable",
dit le titre sous la photo
En haut, un gros titre sur le plafond à 40% que
le gouvernement voudrait imposer aux hausses de salaire
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Il y a quelques jours, le champion de tennis Juan Martín Del Potro a annoncé l’imminence de son retrait des courts. Son genou droit lui fait souffrir le martyre depuis deux ans et demi. Au bout de deux sets, avec un score de 6-1 et de 6-3, le champion vient d’être éliminé par abandon par son compatriote Federico Delbonis, à l’Open d’Argentine, dont les phases éliminatoires se disputent en ce moment au Lawn Tennis Club de Buenos Aires.

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Les deux adversaires s’affrontaient sur le court Guillermo Vilas, du nom d’un autre très grand champion qui a fait honneur au pays sur toute la planète dans les années 70.

Del Potro, que les Argentins surnomment affectueusement Delpo, a donc fait ses adieux hier et prononcé un discours ému et émouvant que toute la presse relève ce matin. C’était son premier match de compétition depuis 2019. Il était inscrit à un autre tournoi qui doit se tenir à Rio de Janeiro mais il ne s’y présentera pas. Il raccroche définitivement la raquette. Il est parvenu « au moment dont [il] voulait qu’il n’arrive jamais » pour citer l’une de ses phrases d’hier. Il souhaitait que cet adieu se fasse sur le court, en Argentine, et non dans le décor sans âme d’une simple conférence de presse. C’est peu dire que ce caractère combatif plaît au public argentin.

La photo de une pour Del Potro
Le gros titre pour l'entrisme de la Chine
en Amérique du Sud qui inquiète les Etats-Unis
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Ce dernier lui a d’ailleurs fait une très longue ovation sous les yeux de sa mère, qu’il a étreinte devant tout le monde.

La Prensa fait partie des journaux qui ont choisi la discrétion
mais il y a tout de même une photo (en haut à gauche)
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Après avoir lâché le micro, sous un tonnerre d’applaudissements, Del Potro est allé déposer son bandeau sur le filet. Plusieurs rédactions ont choisi cette photo pour saluer sa sortie en une de l’édition papier. Plusieurs d’entre eux titrent : « Cayo de pié » (il est tombé debout, une expression qui s’applique aux soldats qui meurent au combat).

Página/12 se montre encore plus discret
(un titre secondaire en bas au centre, sans photo)
Il faut qu'une autre information régale davantage la rédaction :
une plainte contre l'une des leaders de la droite, Patricia Bullrich,
pour prévarication lorsqu'elle était ministre de la Sécurité
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Nombreux sont les quotidiens qui lui consacrent plusieurs articles aujourd’hui.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Olé, le quotidien sportif argentin (groupe Clarín).

mardi 8 février 2022

Dix ans après sa mort, la presse rend hommage à Luis Alberto Spinetta [Troesmas]

"Continuer à vivre grâce à son amour"
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Luis Alberto Spinetta était l’un des très grands du rock argentin d’expression hispanophone : auteur, compositeur et interprète d’un répertoire que de nombreux artistes, tous genres confondus, ont adopté comme il est de tradition dans la musique populaire en Argentine.

Spinetta, malade, est décédé il y a dix ans aujourd’hui. Il n’avait que soixante-deux ans.

Aujourd’hui la presse lui rend hommage avec parfois, dans Clarín et dans La Nación, un accès audio ou vidéo à plusieurs de ses chansons. A découvrir pour ceux de mes lecteurs arrivés sur ces pages depuis moins de dix ans. Les autres avaient appris sa disparition dans Barrio de Tango.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 qui fait de son hommage la une de son supplément culturel quotidien (ci-dessus)

lundi 7 février 2022

A Buenos Aires, la rentrée scolaire fera comme si ou presque [Actu]

Arrivée à l'école sous protocole covid à Buenos Aires
Photo Caroline Camps pour Página/12


Dans la capitale fédérale comme dans deux provinces gouvernées à droite (Mendoza et Corrientes), la rentrée scolaire sera avancée sur la date traditionnelle du 1er mars. A Buenos Aires, ce sera dans deux semaines, le 21 février (comme à Mendoza) 1. Dans tous les cas, il s’agit de récupérer les temps de confinement complet ou partiel de 2020 et de 2021.

A Buenos Aires, cette rentrée se fera sans protocole sanitaire. Toutes les activités et tous les espaces des établissements scolaires seront désormais partagés par tous les enfants, que ce soit pour l’apprentissage, l’éducation physique et la récréation. Les enfants cas-contact resteront à l’école, qu’ils soient vaccinés ou non. Tous les enfants arrivent à l’école en même temps, sans échelonnement pour limiter les cohues à l’entrée des établissements. Aucun passe sanitaire ou vaccinal ne sera requis pour entrer dans l’école. Les parents sont libres de juger de la pertinence ou non de faire vacciner leur progéniture.

Seul le masque restera obligatoire pour les adolescents mais il est abandonné dans les petites classes. Les gestes barrière sont recommandés mais nullement imposés.

C’est la politique scolaire privilégiée depuis longtemps par la Ville. Il n’est pas sûr qu’elle n’ait pas favorisé l’épidémie sur le territoire municipal, l’un des plus denses du pays sur le plan démographique et donc l’un des plus touchés par la maladie. Une partie des parents d’élèves et une majorité du personnel scolaire dit et redit son désaccord avec cette façon de faire dans un pays qui reste moins vaccinés que les nôtres en Europe, faute d’un accès aussi fluide aux sérums validés.

Il y a de la grève dans l'air.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :



(1) A Corrientes, l’année scolaire commence la semaine prochaine, le lundi 14 février.

Succès pour Macri : l’affaire des écoutes illégales est dépaysée [Actu]

"Sous la garde d'experts", dénonce le gros titre
qui reproche à Macri de bénéficier d'une armée
de juristes qui arrangent les dossiers à son bénéfice
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La persévérance aura gagné : Mauricio Macri (photo ci-dessus à la une de Página/12) a obtenu de la cour de Cassation qu’elle renvoie l’affaire des écoutes illégales conduites sous sa présidence contre certaines familles de l’équipage du ARA San Juan qui s’étaient portées partie civile pour savoir comment l’explosion du sous-marin a pu se produire et quels en sont les responsables.

Le juge d’instruction du tribunal fédéral siégeant à Dolores, en province de Buenos Aires, où le sous-marin était basé, a préféré remettre son dossier, devant les attaques dont il était l’objet de la part des magistrats de cassation.

C’est donc un tribunal réputé acquis à Mauricio Macri qui reprend l’affaire et il y a fort à parier que l’ancien président n’aura qu’à s’en féliciter. Le caractère partisan de ce tribunal fédéral siégeant à Buenos Aires est connu de tous et il faut une bonne dose de mauvaise foi pour prétendre le contraire. D’ailleurs, Macri n’aurait pas déployé autant d’efforts si cela n’avait pas été le cas. Une portion considérable du monde judiciaire argentin continue à défendre avec acharnement des intérêts de classe. Le milieu demeure encore beaucoup trop endogamique. Qui plus est les magistrats sont formés dans le même moule que les avocats (il n’existe qu’une seule filière universitaire de droit pour les deux métiers, l’un relevant de la fonction publique, l’autre d’une activité libérale avec dimension commerciale et lucrative). Il n’existe rien qui ressemble à une école de la magistrature.

Sans surprise, l’information n’a que fort peu retenu l’attention des journaux mainstream. Il est vrai que depuis plusieurs jours, l’actualité a été dominée par une affreuse affaire de cocaïne adultérée qui a fait de nombreux morts, le tout en pleine saison estivale, pendant les vacances.

Página/12, qui a traité ce retournement judiciaire dès le 2 février, en remet une couche ce matin en y consacrant sa une. De la sorte, les Argentins qui achètent leur quotidien en kiosque, quand bien même ils ne seraient pas lecteurs de celui-ci, savent que ce sujet est d’actualité. Après quoi ils sont libres de l’ignorer délibérément, notamment s’ils sont persuadés que Página/12 ment (c’est un argument d’autorité que j’ai très souvent entendu dans la bouche de personnes qui ne lisent jamais ce journal et ont de fortes convictions sinon de droite du moins anti-kirchneristes).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 le 2 février, sur son site et en version imprimée
lire l’article de Clarín, publié sur son site le 1er dès la nouvelle connue mais difficile à retrouver le lendemain matin
lire l’article de une de Página/12 ce matin : un éditorial qui résume toutes les affaires judiciaires qui impliquent l’ancien président (qui n’est pas sans nous rappeler Sarkozy, ses casseroles et son système de défense qui fait appel à un prétendu acharnement politico-judiciaire qui reste à prouver)

mercredi 2 février 2022

Manifestation contre la partialité de la Cour suprême [Actu]

"Ces juges doivent partir", dit le gros titre
en citant l'un des slogans des manifestants
dont la foule occupe ici Plaza Lavalle, devant le palais de justice
En haut, le nouveau chef du groupe kirchneriste
à la Chambre des Députés
Il remplace le fils de Cristina Kirchner,
qui a démissionné parce qu'il rejette l'accord avec le FMI
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Vivement indisposées par la tendance difficilement contestable des quatre juges qui, à eux seuls, forment actuellement la Cour suprême à tomber du côté où ils penchent, c’est-à-dire à s’efforcer de pourrir la vie de l’actuel exécutif fédéral, des foules ont répondu à divers mots d’ordres d’organisations politisées péronistes (kirchnéristes) à manifester hier dans la capitale fédérale et les grandes villes partout dans le pays.

Ces manifestations ont connu un indéniable succès, même si les quotidiens de droite sont discrets sur le sujet (il faut sérieusement fouiller les sites pour les trouver, même pour les quotidiens qui ont réservé une petite place à ce sujet sur leur une du jour). Voilà un bon moment qu’ils dénoncent ce qu’ils estiment être un acte anti-démocratique. On a même lu qu’il s’agissait d’une tentative de coup d’État, rien que ça !

En position principale : le remplaçant de Máximo Kirchner
à la tête du groupe de la majorité présidentielle à la Chambre
La manifestation est traitée en haut à droite, en bleu
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En fait, la Cour suprême ne compte plus que 4 magistrats, tous nommés par la droite, et ce n’est pas assez, surtout pour la masse des dossiers qui remontent jusqu’à eux, souvent pour faire traîner les affaires. Actuellement, ces juges suprêmes sont quatre hommes d’âge mûr et issus du même milieu social. Comme aucune limite d’âge ne leur est opposable, ils sont là pour un bon moment. Ils n’ont aucune intention de quitter leurs fonctions. Or le président Alberto Fernández va avoir du mal à nommer quelqu’un pour remplacer la magistrate qui a pris volontairement sa retraite à la fin de l’année dernière. En effet, il n’a plus la majorité au Congrès qui doit valider les nominations. Les manifestants ont donc exprimé leur hostilité par des accusations graves (corruption, prévarication) et des insultes franches.

Il se trouve que l’on vient de découvrir que lorsqu’elle était au pouvoir, de 2015 à 2019, la droite (droite libérale avec l’appoint du parti radical), qui dispose d’une courte majorité au Sénat national, n’hésitait pas à créer de toutes pièces des dossiers pénaux pour faire condamner les animateurs de la gauche de gouvernement, syndicale et politique. La gauche soupçonne depuis toujours que c’est ainsi que la justice fonctionne non seulement en Argentine mais dans beaucoup de pays de la région. Pour se convaincre que tel est bien le cas en ce moment, il suffit d’examiner la manière dont les dossiers judiciaires ont été montés et conduits contre des personnalités comme Lula au Brésil, Correa en Équateur ou Cristina Kirchner en Argentine. Certaines preuves présentées devant les tribunaux sont les unes peu convaincantes, les autres absurdes et quelques unes seulement relèvent de la réalité pénale (dossiers López ou Jaime par exemple en Argentine). Le mécanisme a été complètement et officiellement mis à jour au Brésil dans l’affaire Lula, désormais reconnu innocent et bientôt candidat ultra-favori à la prochaine élection présidentielle.

La manifestation est annoncée dans la colonne de droite
C'est le titre central
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Depuis quelques semaines, les Argentins ont trouvé à leur tour les preuves incontestable de ce système sous la forme d’une vidéo d’une réunion complotiste entre des membres d’un gouvernement provincial de droite et certains représentants du patronat, le tout dans les locaux d’une banque équipés de caméras dissimulées dans les plafonds par les services de renseignement fédéraux, placés sous les ordres d’un président lui-même de droite qui se méfiait de la charismatique gouverneure de droite qui aurait pu devenir sa concurrente. Qui plus est, le pays voit s’accumuler des affaires plus graves les unes que les autres sur cet ex-président (Mauricio Macri), objet de plaintes et de mises en cause pour toutes sortes d’agissements ayant tous pour objectif ou conséquence délibérés la dégradation (voire la destruction) du fonctionnement de l’État de droit : opposition bloquée ou discréditée par des poursuites artificielles, détournement d’argent public au profit d’intérêts privés, en particulier ceux de la holding familiale, mise sous écoute illégale, hors de toute procédure judiciaire, d’opposants (des élus, des artistes, des syndicalistes, sa propre sœur, l’un de ses cousins germains) et de plusieurs parties civiles ayant perdu un conjoint, un parent, un enfant lorsque le sous-marin ARA San Juan a disparu en mer au cours d’une mission.

La manifestation a droit ici à la photo principale
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La manifestation d’hier, en plein été, semble donc montrer que la gauche ne s’est pas laissé décourager par la défaite sévère subie en novembre aux élections de mi-mandat. Le covid et l’inflation ont beau se liguer contre elle, elle est loin d’être démobilisée. De plus, en dépit des désaccords qu’il provoque et qui, depuis lundi, éclatent au grand jour au sein de la majorité gouvernementale, le récent accord obtenu par le ministre de l’Économie avec un FMI qui a enfin renoncé à son habitude de détruire les économies de ses créanciers pourrait bien rassembler son électorat. C’est sa partie militante qui s’est sans doute mobilisée hier dans les rues des grandes villes. Cela suffira-t-il à vaincre les résistances classistes, historiques et idéologiques des membres de la Cour, à assainir le système judiciaire pour en faire une vraie branche de la démocratie argentine, dans une authentique séparation des pouvoirs ? C’est loin d’être gagné !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :


Ajout du 4 février 2022 :
Des partisans du système tel qu’il fonctionne aujourd’hui, principalement anti-kirchneristes, ont appelé à une contre-manifestation qui n’a connu qu’un succès des plus modérés (quelques dizaines de personnes très excitées agglutinées sur le trottoir du palais de justice, plaza Lavalle).

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
Les autres quotidiens n’en parlent même pas.

Ajout du 5 février 2022 :
La Cour Suprême réagit à la manifestation du 1er février et annonce des auditions publiques.
Pour aller plus loin :

lundi 31 janvier 2022

La petite-fille de Mercedes Sosa entame une carrière artistique [Disques & Livres]

a
Araceli Matus aujourd'hui
(photo issue de la promotion du disque)


Elle ressemble à sa grand-mère comme deux gouttes d’eau et préside la fondation qui porte son nom, Fundación Mercedes Sosa, consacrée au souvenir de la grande artiste du folklore du nord-ouest argentin.

Après une carrière de thérapeute (elle enseignait la musicothérapie à l’université), Araceli Matus vient de publier son premier disque conçu après un divorce survenu il y a cinq ans, à la quarantaine. Ce n’est donc pas une jeunette qui fait un caprice pour suivre un chemin risqué. Dans ce premier disque de soliste (elle a été choriste dans son adolescence et sa jeunesse), elle chante de la musique latino-américaine et rend ainsi hommage à ses deux grands-parents paternels : Mercedes Sosa et son compagnon, le guitariste et producteur Oscar Matus.

Araceli Matus dans les bras de sa grand-mère

Le talent n’est pas héréditaire mais il faut écouter l’album pour en juger. Celui-ci est disponible sur toutes les plateformes spécialisées.

Jaquette du disque

Página/12 consacre à la nouvelle artiste une chronique dans ses pages culturelles de ce lundi : le journal la présente à l’intersection entre son héritage artistique et une voie personnelle qu’elle n’a pas encore pleinement ouverte.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui a interviewé Araceli Matus

Au milieu de l’été, la nouvelle campagne de Abuelas s’ébauche [Actu]

"Absences", dit le gros titre
sur cette image du foulard des Grands-Mères
sur lequel est écrit : Nous continuerons à vous chercher
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Malgré l’été qui calme l’actualité en dépit de la pandémie, Página/12 choisit de soutenir la démarche de Abuelas de Plaza de Mayo dont les membres, toutes plus qu’octogénaires à présent, persistent à rechercher les enfants nés sous la dictature militaire (1976-1983) et arrachés à leurs familles pour être confiés à des institutions ou à des couples, complices ou non du régime.

Dans cette perspective, le quotidien propose en une de ce 31 janvier 2022 une interview de la très dynamique et vaillante présidente de l’association, désormais nonagénaire, Estela de Carlotto. Elle y expose les projets de l’association pour renouveler à partir de la rentrée prochaine les vecteurs de sensibilisation du public à ce problème de l’identité de naissance à rétablir pour environ 300 personnes désormais adultes et qui ignorent encore leur histoire.

Cette année, 800 personnes se sont présentées auprès de l’association ou d’autres institutions en charge de la même quête pour les faire part de leurs doutes mais ces 800 tests ADN n’ont pas fait apparaître de relation avec les profils des familles qui recherchent quelqu’un. Il faut donc ne pas lâcher l’affaire et continuer à en appeler à la conscience des quarantenaires actuels, qu’ils vivent en Argentine ou dans n’importe quel autre pays.

Rappelons à cette occasion que les ambassades d’Argentine relaient elles aussi la démarche de Abuelas et que les personnes concernées peuvent s’adresser à elles pour entreprendre les démarches officielles d’identification.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

dimanche 30 janvier 2022

Une expo sur le rock argentin comme témoin de l’histoire [à l’affiche]

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Le Museo Histórico Nacional de Buenos Aires, installé dans une ancienne et superbe demeure patricienne du Parque Lezama, à San Telmo propose en ce moment une exposition sur le rock argentin dans les années 1980 (de 1982 à 1991 pour être plus précise, c’est-à-dire à la sortie de la dictature et de la guerre des Malouines, qui a eu lieu en avril et mai 1982).

Il s’agit d’une exposition gratuite puisqu’au retour de la gauche au pouvoir, la gratuité publique des musées nationaux a été rétablie (elle avait été abolie par le gouvernement ultra-libéral de Mauricio Macri).

L’exposition présente plus de 800 objets et documents, qui vont d’instruments de musique à des affiches, des disques vinyle ou des affiches de spectacle en passant par des vêtements de scène. Deux panneaux sont même consacrés au rock underground et contestataire de ces années de revanche sur la bien-pensance militaro-dictatoriale.

Les deux panneaux consacrés au rock contestataire
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Cette exposition temporaire ne fermera ses portes qu’à la fin du mois de mai, après la fête nationale du 25 mai.

Du mercredi au dimanche et les jours fériés, de 11h à 19h et une nocturne jusqu’à 22h chaque vendredi. Attention toutefois : quelques jours fériés sont aussi des jours de fermeture pour le musée.

Le même thème sera repris à travers des programmations diversifiées par d’autres musées nationaux comme la Manzana de las Luces (ancienne maison provinciale des jésuites d'avant 1767) ou le Museo Malvinas e Islas del Atlántico Sur (très à l'honneur en cette année dédiée au souvenir de la guerre des Malouines, il y a quarante ans).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire la présentation proposée par le musée lui-même, actuellement dirigé par Gabriel Di Meglio, un authentique historien auquel on doit aussi une extraordinaire série de documentaires de vulgarisation pour enfants autour d’un personnage, prénommé Zamba, qui a fait son apparition au MHN depuis que son papa en a pris les commandes.

samedi 29 janvier 2022

Accord conclu avec le FMI [Actu]

"Les clés de l'accord", dit le gros titre
sur cette photo du gouvernement éteignant la mèche à main nue
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Hier, dans la journée, le gouvernement argentin a annoncé qu’il avait obtenu un accord de rééchelonnement de la dette avec le FMI (soit 44 milliards de dollars US, ce qui excédait d’ailleurs ce que l’organisme international avait le droit de prêter à un pays).

D’après ce qu’en a dit le président Alberto Fernández dans son discours retransmis depuis les jardins ensoleillés de sa résidence de Olivos, cet accord permet à l’Argentine de laisser en l’état les retraites, de ne pas dévaluer, de pas être contrainte d’entreprendre une réforme du marché du travail et de continuer à investir dans le développement du pays (travaux publics, services publics, recherche, enseignement, culture, santé...).

L’accord va maintenant faire l’objet d’un débat au Congrès qui doit le ratifier pour qu’il soit valide. Cela promet une rentrée parlementaire des plus agitées. D’autant que l’extrême gauche a annoncé dès hier que ses élus voteraient contre. Ce courant politique souhaitait en effet que le gouvernement refuse de rembourser, ce qui aurait mis l’Argentine au ban des nations et l’aurait exclue ipso facto du G20, ce dont l’extrême gauche se serait réjouie, puisqu’elle souhaite que ces affreux capitalistes qui oppriment les pauvres gens s’entre-dévorent tandis que le pays regarderait en comptant les points.

"Le gouvernement a payé, accepté de baisser le déficit
et le FMI lui demande de réduire les subventions",
dit le gros titre sur cette image du discours présidentiel
Vous aurez remarqué cette confusion permanente entre
"gouvernement" et "Etat", commun à tout le continent du nord au sud
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De son côté, l’opposition de droite cherche ce qu’elle pourrait bien critiquer dans l’accord obtenu (on peut lui faire confiance, elle va trouver). Pour le moment, faute de grain à moudre, elle se contente de reprendre une récente petite phrase de l’ancien président, Mauricio Macri, qui a prétendu qu’il ne lui aurait fallu à lui que cinq minutes pour s’entendre avec le FMI au lieu des longs mois pris par son successeur. Macri était pourtant encore resté dix-huit mois au pouvoir après la signature du prêt et cet accord de remboursement si facile à négocier, il a quitté le pouvoir, le 10 décembre 2019, sans l’avoir conclu. Bizarre ! A la droite de la droite, parmi les ultra-libertaires, conduits au Congrès par Espert et Millei (deux fous furieux qui éructent des diktats déconnectés de la réalité économique et diplomatique), on a déjà condamné l’accord avant même d’en examiner les termes.

L’union patronale industrielle (UIA) quant à elle ‑c’est assez rare pour qu’il faille le souligner‑ a tès rapidement exprimé son soutien au gouvernement (pourtant de gauche) puisque le pays peut continuer à aller de l’avant.

"Le gouvernement évite le default et accepte
la réduction du déficit demandé par le FMI" dit le gros titre
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La plupart des journaux consacrent leur une et de nombreux articles à cette affaire qui engage le pays pour plusieurs années et largement au-delà de l’actuel mandat mais dans des conditions de dignité pour l’État que l’Argentine avait jusqu’ici rarement conquises.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire l’article principal de La Nación
lire le communiqué offiicel de la présidence (la vidéo du discours est intégrée comme elle l’est à plusieurs articles de presse cités ci-dessus)

Ajout du 30 janvier 2022 :
La Nación a réussi à trouver les arguments pour disqualifier la victoire diplomatique du gouvernement en faisant valoir que c’est Biden qui serait intervenu pour établir l’accord, qui, par ailleurs, aurait été combattu de l’intérieur par laa vice-présidente argentine, Cristina Kirchner :

lire l’article principal d’aujourd’hui, qui fait la une du quotidien de droite (ci-dessous)

"FMI : les Etats-Unis qualifient l'accord
de "très positif" et espèrent qu'il sera respecté", dit le gros titre
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Ajouts du 31 janvier 2022
lire cet entrefilet de La Prensa sur les récentes et faraudes déclarations de l’ancien ministre de l’Économie, Nicolás Dujovne. Il a négocié le prêt avec le FMI et revendique aujourd’hui la légitimité de ce recours à un emprunt démesuré (et qui n’a jamais été débattu au Congrès, ce qui étaot anticonstitutionnel)
lire cet article de La Nación sur le même sujet

Ajout du 2 février 2022 :
lire
cet entrefilet de Página/12 sur l’approbation publiée par la chambre des entrepreneurs de la construction. A remarquer que, sans surprise, les organismes patronaux qui accueillent favorablement l’accord avec le FMI représentent les secteurs assez peu prestigieux dans l’échelle des valeurs existant dans la culture traditionnelle sud-américaines. Le secteur agraire, placé tout en haut de la pyramide sociale symbolique, n’y figure pas.

Ajout du 9 février 2022 :
L’extrême-gauche argentine manifestait hier contre l’accord avec le FMI sous le slogan : Les escroqueries, ça ne se paye pas ! Seul
Página/12 s’en est fait l’écho ce matin. Il faut dire que l’actualité sportive en plein été (le retrait définitif de Juan Martín Del Potro) suffit à remplir quelques pages imprimées.
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12

Ajout du 11 février 2022 :
L’Église catholique joint sa réflexion au débat : la commission sociale demande que les solutions retenues ne soumettent pas les questions sociales à la résolution de la dette extérieure.
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire la dépêche de l’agence catholique argentine (AICA)

lundi 24 janvier 2022

Hernán Lucero en tournée de promotion [Disques & Livres]

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A la rentrée, au mois de mars, le chanteur Hernán Lucero présentera son nouveau disque, intitulé Las noches que han pasado (les nuits qui ont passé).

Pendant l’été, il le présente en avant-première lors d’une tournée en Argentine. Les soirs prochains, il sera dans la province de Cordóba puis dans celle San Luis avant de chanter dans un mouchoir de poche sur la côte atlantique, en province de Buenos Aires (Villa Gesell, Mar Azul et Mar del Plata, l’étape indispensable de l’été).

Ce nouveau disque est déjà disponible sur Youtube et sur différentes plateformes payantes.

Il contient quelques grands classiques du répertoire tanguero des années 30 et 40 comme Escolazo et Milonguita, mais également une chanson de Atahualpa Yupanqui, le grand compositeur du folklore du nord-ouest dont l'Argentine commémore cette année les quarante ans de la disparition, Nostalgías tucumanas (Nostalgies de Tucumán). Lucero sort aussi des frontières en chantant une marinera péruvienne de sa propre composition.

Bref, un disque à découvrir pour apprécier un artiste connu pour ses interprétations classiques et sobres du tango, le genre dans lequel il est le plus chez lui.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación qui combine des nouvelles estivales de différents musiciens.

vendredi 21 janvier 2022

Karina Beorlegui combine fado et tango ce soir au CCK [à l’affiche]

Photo CCK


Ce soir, vendredi 21 janvier 2022, à 20h, dans la Sala Argentina du Centro Cultural Kirchner, la chanteuse Karina Beorlegui et le guitariste Alejandro Bordas donneront un récital qui mêle le fado et le tango.

Cela fait une bonne vingtaine d’années que Karina Beorlegui s’est spécialisée dans ce dialogue musical entre deux genres similaires, l’un né au Portugal et l’autre en Argentine, à la charnière entre le 19e et le 20e siècle, et dans les mêmes milieux sociaux urbains et périphériques. L’invitation au CCK tendrait à prouver que tant de persévérance se voit enfin reconnue...

L’entrée est libre et gratuite. Les places étaient à retirer depuis mardi au guichet du CCK.

Les deux artistes ont invité Nacho Cabello qui jouera de la guitare portugaise.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Un ex-jésuite uruguayen dénonce le double langage de l’Église catholique [Disques & Livres]

Me connaître m'a rendu libre, dit le titre
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Página/12 a choisi aujourd’hui de consacrer la une de son supplément de culture contestataire Soy (je suis) à un élu municipal de Montevideo, la capitale de l’Uruguay voisin (1). Avant de retrouver son actuel état laïc, l’homme a été jésuite et, à ce titre, il a vécu à Rome où il est allé faire des études de théologie. Dans la compagnie de Jésus, c’était donc un homme brillant auquel était promise une trajectoire intellectuellement des plus riches.

Homosexuel, il a pu constater que, dans la capitale du pape, son orientation sexuelle était largement partagée par de nombreux clercs réguliers et séculiers, tout comme, en français, Frédéric Martel l’a lui aussi décrit il y a plusieurs années dans Sodoma.

En août dernier, Julio Boffano a donc publié un ouvrage autobiographique où il assume son homosexualité et revendique sa liberté dans ce domaine. Comme Martel, il fait état des mêmes rendez-vous clandestins de la gare de Termini et d’autres anecdotes tout aussi sordides. Le livre est sorti chez Planeta Uruguay qui en propose les premières pages en lecture gratuite. Comme on peut l’imaginer aisément, Boffano dénonce, de l’intérieur cette fois (2), le double langage du magistère catholique sur la sexualité et la discordance entre l’écheveau de règles strictes et d’interdits de toutes sortes et les mœurs cachées de nombreux prélats et autres responsables de haut niveau qui sont, selon son témoignage, les premiers à les enfreindre.

Après le récent scandale chilien de pédo-criminalité qui a impliqué de près ou de loin tous les évêques du pays, dont les prédécesseurs étaient eux-mêmes fortement suspects de complicité avec la dictature de Pinochet, c’est un gros pavé dans la marre !

Une du supplément de Página/12
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Pourtant, cet ouvrage a beau avoir été soutenu par la municipalité de Montevideo, il n’a fait que très peu parler de lui dans la presse en Uruguay, comme ailleurs dans le monde hispano-américain. D’où cette mise en lumière brutale par un Página/12 de tradition anticléricale bien ancrée et qui s’attarde aussi aujourd’hui sur les soupçons pesant sur le pape émérite depuis la découverte il y a quelques jours de plusieurs crimes contre des mineurs dans le diocèse de Munich à l’époque où Benoît XVI en était l’archevêque.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui interviewe Julio Boffano
lire l’article de El País en date du 20 septembre 2021 (l’un des très rares quotidiens uruguayens à avoir abordé le sujet dans ses colonnes) : il y dénonce le silence qui règne sur ce thème en Uruguay tout en assurant que son cas n’y est pas une exception
lire la présentation de Planeta Uruguay (on peut acheter le livre directement sur le site, où les prix s’affichent en pesos uruguayens)
lire (et écouter) la présentation que Boffano a faite de son livre en septembre dernier sur le site de la Ville de Montevideo



(1) Dirigée par une maire du Frente Amplio (l’ensemble des partis de gauche), soutenue par le Parti Communiste uruguayen, dans un pays centralisé gouverné depuis deux ans à droite toute. La maire de Montevideo est une ancienne ministre des trois gouvernements successifs du Frente Amplio qui ont dirigé le pays pendant 15 ans jusqu’en 2019.

(2) Frédéric Martel, pour revenir à lui, est tout à fait extérieur à l’Église dont manifestement il connaît et comprend de manière très superficielle l’histoire (récente comme ancienne), les dogmes et les pratiques sacramentelles. Il fait ici et là d’énormes contresens.