dimanche 14 mars 2021

FMIgate : tel est pris qui croyait prendre [Actu]

Une de Pagina/12 hier
"La meilleure équipe des 50 dernières années",
la formule de Macri pour présenter son gouvernement en 2015
En haut, l'autre retournement du "lawfare" :
l'inculpation de Jeannine Añez en Bolivie


Lorsqu’il est arrivé à la Casa Rosada, en décembre 2015, Mauricio Macri s’est empressé de créer un Office de répression de la Corruption dans le but clamé de lutter contre ce fléau mais avec pour arrière-pensée vraisemblable d’enquiquiner l’opposition autant qu’il lui serait possible en poursuivant Cristina Kirchner et ses suiveurs de toutes les manières possibles de telle sorte qu’elle soit empêchée de se représenter à la fin du mandat de la droite. Sur ce plan, ça a parfaitement réussi. Et c’est à travers cet Office anti-corruption que l’actuel gouvernement porte plainte au pénal contre lui et son équipe ministérielle dédiée à l’économie pour avoir contracté un emprunt faramineux auprès du FMI (57 000 millions de dollars US), emprunt qui n’a pas été ratifié par le Congrès et dont l’argent a été employé sans que l’on sache à quoi. De mauvaises langues prétendent qu’il a facilité l’évasion de capitaux de certaines grandes fortunes et d’entreprises liées aux responsables politiques alors en place.

En décembre de l’année dernière, le FMI avait déjà mis à la disposition de l’Argentine près de 45 000 millions en plusieurs versements. En arrivant au pouvoir, Alberto Fernández avait refusé celui de la dernière tranche afin de limiter l’endettement du pays et de pouvoir mieux négocier la restructuration de cette dette gigantesque.

Cette plainte et cette constitution de partie civile avaient été annoncées il y a deux semaines dans le discours du président au Congrès. Elles ne constituent donc pas une surprise mais produisent néanmoins leur effet puisqu’elles renversent l’ordre du « lawfare » traditionnellement anti-gauche et s’appuient sur un acte politique connu de tous : ce recours au FMI qui est toujours détesté par l’opinion publique des pays de moindre développement. Plusieurs départements de l’administration publique ont constitué un dossier qui devait être déjà très avancé le 1er mars lorsque le président a fait son annonce.

La justice va devoir ouvrir une instruction et celle-ci a de fortes chances de durer très très longtemps, plus longtemps que ne dure un mandat présidentiel, et connaître des rebondissements au minimum procéduriers à répétition, les défendeurs ayant d’amples moyens économiques pour se payer les services des meilleurs avocats qui feront traîner la procédure autant qu’ils le pourront. Mais c’est tout de même un premier pas pour en finir avec cette politique qui consiste à droite à endetter sans fin le pays qui n’a ainsi jamais la liberté de sortir de l’ornière ni les moyens de sa souveraineté intérieure et extérieure.

Les échos dans la presse sont divers : Página/12 se frotte les mains. Les trois autres titres, qui appartiennent au courant dominant, traitent l’information avec beaucoup de discrétion. Ni Clarín ni La Nación n’en parlent à la une. D’ailleurs La Nación a beaucoup tardé à en parler sur la page d’accueil de son site. Quant à La Prensa, sa une n’est toujours pas en ligne au moment où je rédige cet article.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’artilce de Clarín
lire l’article de La Nación

Ajout du 15 mars 2021 :
Dans un éditorial, Página/12 analysait samedi matin les techniques de désinformation employées dans le "Sarlogate".