dimanche 22 novembre 2009

Enfin la rubrique Festivals dans la Colonne de droite et quelques remerciements avant le n° 1000

Voilà longtemps que je voulais dégager la sous-section des Festivals de la rubrique Cambalache (casi ordenado) dans la Colonne de droite. Voilà qui est fait depuis cet après-midi : les Festivals ont désormais leur rubrique en propre.
Les artistes argentins qui consultent ce blog de l'autre côté de l'Atlantique trouveront désormais dans une rubrique autonome les liens à un bon nombre de festivals existant dans l'Europe francophone et à partir desquels ils pourront rechercher quelques idées au moment de monter une tournée européenne...

Par ailleurs, je prends prétexte de cette brève, qui est aussi l'article n° 999 (ce qui annonce un article un peu particulier demain), pour remercier quelques sites qui ont eu, depuis le dernier article de remerciements, la gentillesse (et la bonne idée) de renvoyer leurs lecteurs vers Barrio de Tango, grâce à un lien ou à un flux RSS : l'association de Dijon, en Côte d'Or, la capitale de la Bourgogne, Tango d'Or, un très mystérieux blog à accès restreint, Elenaris.blogspot (ils ne m'ont pas avertie de leur initiative, je n'ai donc pas d'autre moyen de les en remercier que de le faire, à tout hasard, à travers cet article).
Et enfin, je veux remercier Pierre-Olivier et Françoise Bonnet, les co-présidents de l'association Les Trottoirs de Buenos Aires, dans la petite ville de Sierre, dans le Valais, en Suisse, avec lesquels se sont établis en peu de temps des échanges épistolaires cordiaux et très enrichissants. Leur site figure depuis ce dimanche après-midi dans la rubrique Eh bien dansez maintenant !

vendredi 20 novembre 2009

Litto Nebbia, c'est ce soir ou demain à Madrid... ou alors l'année prochaine [ici]

Les deux derniers concerts de la tournée européenne de l'auteur-compositeur-interprète argentin Litto Nebbia (1), au cours de laquelle il était venu en France pour trois concerts en septembre, à Ploërmel et à Paris, auront lieu, ce soir et demain, à 21h à Madrid, à La Cueva del Bolero, calle Cid au numéro 1, et la chanteuse Mariel Martínez et le guitariste Alejandro Picciano l'accompagneront sur scène, comme ils l'ont déjà fait à plusieurs reprises, en Espagne et en Argentine.


Si vous ne savez pas qui est Litto Nebbia, ce n'est pas très étonnant mais ça veut dire que vous êtes un tout nouveau lecteur de ce blog. Pour rattraper tout ça, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search (ci-dessus) ou dans la rubrique Vecinos del Barrio (les habitants du quartier), dans la Colonne de droite : ces raccourcis vous ouvriront l'ensemble des articles que j'ai déjà écrits sur ce grand musicien argentin.

Même chose en ce qui concerne Mariel et Alejandro, qui ont déjà fait l'objet de nombreux articles dans Barrio de Tango. Ils sortiront au printemps leur second disque ensemble, enregistré à Buenos Aires, dans le studio de Melopea, la maison de disques fondée par Litto Nebbia il y a maintenant 21 ans !

Vous trouverez dans la partie basse de la Colonne de droite, dans la rubrique Les commerçants du quartier, le lien avec ce label indépendant argentin, qui a un très riche catalogue en rock, jazz, blues, folklore argentin, musique uruguayenne, tango et même flamenco...
(1) Pour la petite histoire, et parce qu'il n'en fait pas mystère : Litto Nebbia est le petit-gendre de Libertad Lamarque. Clin d'oeil à propos d'un article que j'ai publié hier, 19 novembre, sur un hommage qui sera rendu à la grande chanteuse, sous forme d'une comédie musicale, à la Academia Nacional del Tango et la Casona del Teatro, à Buenos Aires...

Dema et La Petitera seront la nuit prochaine au Torcuato [à l'affiche]

Le chanteur (compositeur et parolier) Dema et ses musiciens, La Petitera, donneront un concert le samedi 21 novembre aux douze coups de minuit, au Centro Cultural Torcuato Tasso, Defensa 1575, face au Parque Lezama, un espace vert très emblématique du quartier de San Telmo.

Prix de l'entrée : 20 $ (voir le taux de change dans la partie médiane de la Colonne de droite, dans la rubrique Buenos Aires : Infos pratiques).
Les autres articles sur ces artistes sont accessibles sous les mot-clés du bloc Pour chercher, para buscar, to search ou les raccourcis de la rubrique Vecinos del Barrio (habitants du quartier), dans la Colonne de droite.

Pour écouter leur musique, connectez-vous à leur page Myspace.

jeudi 19 novembre 2009

Comédie musicale en hommage à Libertad Lamarque [à l’affiche]

Image extraite du blog du spectacle

Il s’agit d’une comédie musicale en deux actes, qui évoque la vie de la chanteuse et actrice argentine Libertad Lamarque, qui partagea sa carrière entre l’Argentine et le Mexique, où elle se vit offrir de belles opportunités au cinéma, ce qui en fit une vedette dans toute l’Amérique latine. Elle était née à Rosario, le 24 novembre 1908, et elle est décédée le 12 décembre 2000.

Ce spectacle complet, qui comporte même des extraits vidéo issus de la filmographie de Libertad Lamarque, est construit autour de la chanteuse, danseuse et comédienne Victoria de los Ángeles, qui assume le rôle de la grande chanteuse disparue.

Les prochaines représentations de ce Tributo a Libertad Lamarque sont prévues à la Academia Nacional del Tango vendredi 20 novembre à 20h30 (avda de Mayo 833, 1er étage), le samedi 28 novembre à 21h à la Casona del Teatro (Corrientes 1975) puis à nouveau à la Academia le vendredi 18 décembre prochain, à 20h30 et ce sera certainement l’une des toutes dernières manifestations publiques de la Academia qui ferme ses portes peu avant Noël, pour les réouvrir en mars, suivant en cela le calendrier scolaire (la Academia a pour ministère de tutelle l’Education Nationale).

L’année dernière, à la même époque, la Academia avait consacré son dernier Plenario à cette chanteuse (voir mon article d’il y a un an).

Pour en savoir plus sur le spectacle, connectez-vous au blog de Tributo a Libertad Lamarque et au site de Victoria de los Ángeles.

Et autrement vous pouvez aussi écouter Libertad Lamarque elle-même, dans un des tangos qui firent sa gloire : Besos brujos, ici en 1937, avec l'orchestre de Alfredo Malerba, qui en est le co-auteur avec Rodolfo Sciammarella.

Nouveautés dans le Code Pénal argentin [Actu]

A l’issue de quelques jours de débat à la Chambre puis au Sénat, le Congrès argentin vient d’approuver un changement que les organismes de droit de l’homme réclamaient depuis de nombreuses années dans le code pénal. C’est le premier coup marquant du nouveau ministre de la Justice, Julio Alak, qui, après avoir été maire de La Plata, avait passé un an à la tête de Aerolineas Argentinas, récemment récupérée par l’Etat, avant d’atterrir, à la surprise générale, au Ministère de la Justice et de l’Intérieur après les élections législatives du 28 juin 2009.

Les nouvelles dispositions changent les règles de prélèvement d’échantillons pour les tests ADN nécessaires à l’identification des personnes disparues ou dont l’identité a été falsifiée à la naissance ou pendant la petite enfance, tandis qu’on les arrachait à leurs parents pour les confier en adoption à des familles affidées à la Dictature militaires. C’était l’une des grandes revendications des associations de Madres de Plaza de Mayo, qui recherchent les adultes disparus sous la Dictature, Abuelas de Plaza de Mayo, qui recherchent les enfants volés à ces adultes disparus, et H.I.J.O.S., qui recherchent leurs parents et/ou leurs frères et soeurs, pour ne citer que les trois ONG les plus emblématiques de ces combats.

En effet, jusqu’à présent, seule était recevable le test génétique effectué sur un prélèvement sanguin. Ce qui impliquait que la personne soupçonnée d’avoir une identité falsifiée souhaitait l’établissement de la vérité de sa propre histoire. Or la vie psychique des hommes est un peu plus complexe que cela, comme l’a bien montré le parcours psychologique de Alejandro Sandoval Fontana tout au long du procès de son père, qui s’est terminé fin avril 2009 (lire mon article à ce sujet). Ce jeune homme, très attaché à son père adoptif, auquel il voulait éviter la prison et qui, malgré cela, se montra particulièrement odieux envers lui au cours des audiences, avait refusé de donner son sang. On avait alors procédé au prélèvement de son ADN sur une brosse à dent et un peigne, saisis dans sa salle de bain, un test dont la défense avait eu beau jeu de contester la fiabilité.

Bien entendu, l’identification toute récente de Martín Amarilla Molfino (lire mon article à ce propos) a apporté de l’eau au moulin des partisans d’une modification de la procédure, qui ont pu emporter le vote au Sénat hier haut la main (1) : 57 voix pour et seulement une contre.

La Banque Nationale de Données Génétiques qui vivait jusqu’à présent sous double tutelle, ce qui en rendait la gestion fort complexe, est désormais placée sous l’autorité du Ministère des Sciences et des Technologies, un portefeuille réé en décembre 2007 lors de l’entrée en fonction de l’actuelle Présidente, soucieuse d’armer son pays avec une politique de développement et de recherche digne de ce nom (2). L’institut est doté d’une direction jouissant désormais d’une grande autonomie. Le vote a été plus serré : 38 pour et 20 contre.

Troisième modification de taille, les ONG pourront désormais se constituer partie civile dans un procès contre un criminel de la Dictature, en tant que telles, sans pour cela avoir besoin de représenter l’une ou l’autre partie à l’affaire. Jusqu’à présent, par exemple, Abuelas (les grands-mères de la Place de Mai) était partie aux procès au nom des parents disparus ou des grands-parents, vivants ou décédés, qui avaient engagé une procédure pour retrouver leur petit-enfant. Sur ce point, le Sénat se partage en 50 voix pour et 7 contre.

Enfin le délit contre l’honneur, que les journalistes appellent le délit de calomnie (ce qui nous fait bondir, nous autre, pour qui la calomnie reste un délit à bon droit, mais ce n’est pas la même), cesse d’exister. En fait, la présence de ce délit dans le code pénal argentin empêchait les journalistes et les militants des droits de l’homme de publier tranquillement le résultat de leurs enquêtes lorsque celles-ci conduisaient à révéler des manquements de l’Etat dans l’exercice des pouvoirs régaliers de la justice et de la répression. C’était une mention anti-J’accuse d’Emile Zola en quelque sorte (lequel fut d’ailleurs effectivement poursuivi et condamné par la justice de la IIIème République, parce qu’il avait attenté à l’honneur des Corps constitués). En Argentine, le délit contre l’honneur a été utilisé contre la liberté d’expression, pendant et après la Dictature.
Ces trois projets constituaient une promesse que la Présidente avait faite en septembre dernier lors d’un hommage aux membres de la Commission Internationale des Droits de l’homme pour leur dénonciation en 1979 des crimes de la Dictature militaire de 1976 à 1983.

Le jour même, on apprenait que l’actuelle Directrice des Droits de l’Homme au ministère argentin des affaires étrangères était nommée juge à la Cour pénale internationale qui juge, à La Haye, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Elle remplace un juge de la Guyana qui a renoncé à sa charge pour raisons personnelles. C’est une avocate de formation qui a fait ses études à Córdoba (la plus vieille université d’Argentine) et à Buenos Aires. C’est une spécialiste reconnue du droit international et elle a aujourd’hui 54 ans.

Pour aller plus loin, il est intéressant de lire, sur le site de Página/12, un extrait d’un ouvrage qui sera présenté samedi prochain en fin de matinée, au Congrès de la Santé Mentale et des Droits de l’Homme organisé par l’association Madres de Plaza de Mayo : il s’agit d’un livre collectif sur les troubles psychiques dont souffrent les personnes aujourd’hui adultes dont les parents ont disparu pendant la dernière Dictature, alors qu’ils étaient de jeunes enfants. Le traumatisme ne s’efface pas plus qu’il ne s’efface chez nous chez les enfants des déportés morts dans les camps nazis pendant l’Occupation.

Pour aller plus loin :
Lire l’article de Página/12 sur le vote au Sénat
Lire l’article de Página/12 sur la nomination de Silvia Fernández à la Cour pénale internationale et celui de Clarín sur le même sujet.
Lire l’extrait de Subjetividad y contexto - Matar la muerte, publié par Página/12 de ce jour.

(1) Et ne voyez là aucune allusion à certain geste de Thierry Henry qui a permis hier à la France de se qualifier sur le fil pour la Coupe du Monde de Football en Afrique du Sud l’année prochaine, au détriment de la verte Eirin, qui ne décolère pas et on les comprend. Il y a 23 ans, c’était un autre joueur, dont le nom m’échappe à l’instant même mais qui a encore bien fait parler de lui ces derniers temps, un joueur qui a inspiré des tangos et des chansons à n’en plus finir en Argentine, qui avait « inventé » ce coup fumant et strictement interdit par le règlement mais c’était contre l’Angleterre et à l’époque, l’Argentine et l’Angleterre avaient comme un contentieux armé à régler par terrain de foot interposé. Ce qui n’a jamais été le cas entre la France et l’Irlande. Alors parler de main de Dieu comme le font les commentateurs et les internautes de tout poil depuis hier soir, c’est un peu fort de café... Et à propos de foot, vous serez ravis d'apprendre, j'en suis sûre, que l'Uruguay aussi vient de se qualifier, difficilement comme la France, mais c'est le résultat qui compte, n'est-ce pas ?
(2) Même si bien entendu, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, il y a loin de la coupe aux lèvres, que le nerf de la guerre reste encore et toujours l’argent et qu’il est rare.

Lucrecia Merico et Daniel Pérez à la Feria de Mataderos pour le Jour de la Musique [à l’affiche]

Le jour de la musique, c’est la sainte Cécile, patronne des musiciens, le 22 novembre. Pour l’occasion, la chanteuse Lucrecia Merico et le guitariste Daniel Pérez seront à la Feria de Mataderos à 15h30.
La Feria de Mataderos est une grande fête de la rue tous les dimanches comme celle, plus connue des touristes, de San Telmo.
Pour mieux connaître la chanteuse et le musicien, il vous suffit de cliquer sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search (en haut, sous le titre), ou dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite, pour accéder à l’ensemble des articles (y compris celui-là), que je leur ai consacrés (en français donc).

18% d’augmentation pour les employé(e)s de maison [Actu]

Bien entendu, statistiquement, cette hausse ne va toucher que des femmes ! A tel point que dans son article de Página/12 de ce matin, le journaliste emploie directement le féminin. Quand on sait à quel point en espagnol, le masculin l’emporte sur le féminin dès qu’il s’agit d’une formule au pluriel...

Bref, le Bulletin officiel de la République argentine vient de publier un décret du Ministère du travail à effet immédiat : le salaire horaire minimum d’une employée de maison payée à l’heure passe de 8,70 $ à 10,27 $. Pour une femme de ménage qui fait 4 heures par jour chez un même patron, le salaire minimum du mois passe donc de 571 $ (ce n’est pas suffisant pour vivre, surtout dans une ville, en Argentine) à 673,78 $ (ce qui n’est pas plus suffisant, même si à la campagne, une famille peut s’en sortir mieux en cultivant ses propres légumes dans son jardin et en élevant quelques poules, voire une ou deux têtes de petit bétail). Généralement, une femme de ménage se partage entre plusieurs employeurs pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Personnellement, je connais une femme, charmante, qui se partage là-bas entre deux patrons, sans s'accorder aucun jour de repos dans la semaine. Elle est à son travail à peu près de 10 à 12 heures par jour et touche environ 1000 $ par mois. Si vous lisez mes articles sur le panier de la ménagère, publié en septembre 2008 et en octobre 2009 (sous le mot-clé Economie), vous pourrez constater qu’avec ça, on ne va pas bien loin.

Dans des professions qualifiées, telles que dame de compagnie, gouvernante, majordome..., dans lesquelles les salarié(e) sont mensualisé(e)s, le salaire minimum (pour 8 h/jour, c’est-à-dire un temps plein) est de 1846,70 $ si les salariés doivent pourvoir à leur propre système de prévoyance et de 1347,56 $ pour les salariés les moins qualifiés ou les plus débutants et que l’employeur inscrit à un système de prévoyance, qui n’est pas obligatoire pour cette catégorie de travailleurs. (Dans la Colonne de droite, en partie médiane, dans la rubrique Buenos Aires : infos pratiques, je m’efforce de tenir à peu près à jour le taux du peso argentin, $, avec l’euro. La monnaie argentine n’est pas convertible).

Aujourd’hui, 370 000 employés de maison sont déclarés auprès de l’administration. On estime néanmoins à 1 million le nombre de travailleurs dans ces métiers dans un pays dont la population atteint à peine 40 millions d’individus, en projection des chiffres du dernier recensement en 2005. Les employés de maison ont désormais droit à leur propre régime de Sécurité sociale : pour une cotisation totale de 81,75 $, payée en partie par l’employeur, en partie par la salariée, dont 35 $ de cotisation retraite et 46,75 $ de protection santé, une employée de maison peut être couverte pour la santé, la retraite et les risques de décès-invalidité. La salariée qui veut étendre la couverture médicale à ses ayant-droits (enfants mineurs et parents à charge) doit acquitter la somme supplémentaire de 39 $.

Il faut avoir cotisé 30 ans pour partir à la retraite avec la pension minimum, qui est aujourd’hui de 827 $.

Les employés de maison ont désormais droit de toucher aussi les allocations familiales qui leur étaient inaccessibles jusqu’à il y a peu (les allocations familiales faisaient partie uniquement du système de couverture des salariés d’entreprises).

Pour encourager les particuliers employeurs à déclarer leurs employés de maison et donc à leur payer tout ce qu’ils leur doivent (niveau de salaire + protection sociale), le gouvernement a mis en place une incitation fiscale d’un maximum de 9000 $ par an, déductibles de la base d’imposition de l’impôt sur le revenu.

Pour aller plus loin : lire mes articles sur les niveaux successifs de salaire minimum, d’allocations familiales et de pensions de retraite, sous le raccourci Economie, dans la rubrique Quelques rubriques thématiques dans la Colonne de droite (vous obtiendrez aussi l’ensemble de ces articles en cliquant sur le mot-clé dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut de l’article, entre le titre et le texte).

Lire l’article que Clarín consacre au sujet de son édition du 18 novembre 2009.

Paternal rend hommage au Pibe du même nom [à l’affiche]

Couverture de la partition originale (extrait du site Todo Tango)

Le quartier de la Paternal, situé plutôt dans la partie ouest de Buenos Aires, et dont le nom est peut-être connu des amateurs de foot (c’est le quartier du premier club professionnel de Maradona, à la toute fin des années 70), est aussi celui du Maestro Osvaldo Fresedo, un musicien important dans l’histoire du tango, né à Buenos Aires le 5 mai 1897 et dont on a commémoré hier les 25 ans du décès.

A cette occasion un groupe d’associations, d’institutions, de centres culturels, de salles de spectacles réunis en Comisión de Homenaje a Osvaldo Fresedo (une pratique courante à Buenos Aires) organise ces jours-ci tout un programme en son honneur :

Le samedi 21 novembre 2009, on inaugurera une plaque toponymique sur la contre-allée qui borde la Avenida del Campo. Cette partie, qui va de la rue Paz Soldán jusqu'à la voie de chemin de fer qui mène à la gare devant l'entrée du cimetière de la Chacarita, s’appellera désormais boulevard Osvaldo Fresedo, comme l’établit la loi n° 1552 votée par la Legislatura de Buenos Aires. Il s'agit d'une section d'avenue qui longe le mur ouest du cimetière.

Le 5 décembre, une Gran Milonga Popular s’organisera esquina Avenida San Martín et A. Magariños Cervantes, sur la limite entre les quartiers Paternal et Villa General Mitre, à partir de 19h.

Et bien sûr, pour rendre hommage à Osvaldo Fresedo, il faut d’abord écouter sa musique. Je vous propose donc de cliquer sur le lien qui vous permettra d’entendre, grâce à Todo Tango, sa version de El Marne, un tango de Eduardo Arolas en hommage aux combattants français de la Bataille de la Marne, ici enregistré par Osvaldo Fresedo en 1980.

Et on ne peut pas oublier le tango que lui dédia Carlos Di Sarli, plus jeune que lui et qui devait le précéder dans la mort si tôt : Milonguero Viejo (toujours grâce à Todo Tango), ici dans une version par Fresedo lui-même en 1928 et ici dans une version par Di Sarli en 1944.

mercredi 18 novembre 2009

Le Trio Cardenal, Argañaraz et Reinaudo font leur fête de fin d’année ce soir à la Peña del Colorado [à l’affiche]

Affiche officielle du concert

Après une année qui les aura vu enregistré leur premier disque à trois, le chanteur Javier Cardenal Domínguez et les deux guitaristes Ariel Argañaraz et Hernán Reinaudo donneront un dernier concert ensemble avant les grandes vacances ce soir, à 21h30, à la Peña del Colorado, Güemes 3657. Entrée 25 $.

Les trois artistes sont des habitués de ce blog. Vous pouvez consulter l’ensemble des articles (celui-ci y compris) qui les concernent en cliquant sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, sous le titre de l’article, ou dans la rubrique Vecinos del Barrio (habitants du quartier), parmi tous les raccourcis qui, en Colonne de droite, vous permettent de naviguer au milieu des 990 articles que compte déjà Barrio de Tango.

Dans la partie inférieure de la Colonne de droite, vous trouverez les sites extérieurs à ce blog, dont la page Myspace de Hernán Reinaudo et Ariel Argañaraz.

mardi 17 novembre 2009

Lidia Borda au Shakespeare de Rosario [à l’affiche]

La chanteuse Lidia Borda, accompagnée au piano par Daniel Godfrid et à la guitare par Ariel Argañaraz, sera à 22h, au Shakespeare, une salle de la rue España (au numéro 445), à Rosario, la grande ville du Paraná, dans la Province de Santa Fe. Entrée : 33 $.

Jeudi dernier, elle se produisait à No Avestruz (Palermo) dans le cadre du 1er Festival Coopératif Pitucos y Malevas dont j’ai eu l’occasion de parler ici, dans Barrio de Tango. Et le samedi 28, à 22h, elle sera à nouveau à Clásica y Moderna, dans le quartier de la Recoleta (Callao 892). Entrée : 50 $. Elle sera accompagnée des mêmes musiciens.

Pour en savoir plus :
Visiter le site de la chanteuse.
Le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut de l’article, et les raccourcis classés dans les différentes rubriques de la Colonne de droite vous permettent de naviguer dans les presque mille articles que compte déjà ce blog.

Les 20 ans de Color Tango ce soir au Club Gricel [à l’affiche]

L’orchestre Color Tango, fondé par Roberto Álvarez, un ancien bandonéoniste de l’orchestre d’Osvaldo Pugliese, qui a quitté cette formation quelques années avant la mort du compositeur (mort le 24 juillet 1995), fêtera ce soir, au Club Gricel, à 23h, les 20 ans de sa fondation et en profitera pour présenter son nouveau disque.
Le Club Gricel est une milonga, située rue Rioja, à la hauteur du n° 1170, dans le quartier de San Cristobal. Il y aura donc aussi des danseurs pour venir faire des démonstrations.
Color Tango est une formation musicale qui joue à la manière de Pugliese.
A Buenos Aires, il existe aussi un groupe qui joue à la manière de D’Arienzo, un autre à la manière de Di Sarli et un autre enfin qui joue à la manière de Canaro. Il y a aussi, bien entendu, une multitude de formations, un peu partout dans le monde, qui tâchent d’imiter le style de Piazzolla avec des bonheurs variables.

Toutes ces formations "à la manière de" ne doivent pas être confondues avec le projet poursuivi par la Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce qui, comme son nom l’indique, est essentiellement composé de musiciens en formation et où l’exercice de reproduction, voire d’imitation extrêmement fidèle et précise, a une visée exclusivement pédagogique et conservatoire (il s’agit de préserver, de transmettre pour les enseignants et d’acquérir pour les élèves un savoir-faire à partir duquel chaque jeune musicien trouvera ses marques personnelles). De plus, la OET s’attache à travailler tous les grands musiciens qui ont créé un style qui a fait date dans l’histoire du tango (Troilo, Di Sarli, Salgán, Piazzolla, Caló, Pugliese, Canaro, D’Arienzo, etc.) alors que Color Tango et les autres cultivent un style exclusif.

Sur le thème des milongas à Buenos Aires, se reporter à mon article n° 500 Danser le tango argentin à Buenos Aires.

Adry Cortese samedi 28 novembre à Afiche [à l’affiche]

Voilà une info de première qualité puisque c’est Amelita Baltar qui me l’a communiquée avant même de me parler de son propre spectacle (qu’elle donne tous les soirs jusqu’à la fin de la semaine avec Susana Rinaldi et Marikena Monti à Clásica y Moderna)... Et j’ai trouvé ça plutôt drôle puisque la chanteuse Adry Cortese (tango, blues, jazz, chanson française à texte) qu’elle me présentait ainsi se partage entre deux capitales, Buenos Aires et Paris. Une artiste qui a donc sa place toute prête dans Barrio de Tango, qui s’efforce de faire un lien entre le Río de la Plata et l’Europe francophone.
En ce moment, Adry (pour Adriana) Cortese se trouve au printemps (donc là-bas) pendant que nous regardons nostalgiquement tomber les pluies d’automne (1).
Elle se produira le 28 novembre à Afiche, un restaurant-bar situé esquina Marcelo T. de Alvear y Uriburu, dans le quartier de la Recoleta. Elle y donnera un récital de tango et de blues en français. Elle assure elle-même une bonne part des traductions des chansons qu’elle interprète.

Son blog, que je vous invite à visiter en cliquant sur le lien, la montre dans des lieux très authentiquement portègnes comme le Café La Forja, dont j’ai eu quelques fois l’occasion de vous parler pour un ou deux spectacles auxquels j’ai fait écho, ou le Bar Sur à San Telmo. Ce blog sobre, sur fond noir, est un joyeux mélange de grands textes français, d’autres espagnols, de photos, le tout dans un style aussi décontracté que possible... A découvrir avec les yeux et les oreilles (Adry Cortese a aussi une page Myspace dont vous trouverez le lien en haut de son blog, baptisé J’ai deux amours, mon pays et Paris.)

(1) En ce moment, il pleut aussi beaucoup à Buenos Aires. De gros orages, qui font parfois des dégâts considérables, avec des inondations impressionnantes et de terribles destructions sur les logements de fortune dans les villas miseria de la périphérie des grandes villes.

Lucrecia Merico et Daniel Pérez ce soir à la Milonga Tango Queer [à l’affiche]

Voilà une occasion qui s’est agrégée récemment au calendrier déjà chargé de la chanteuse Lucrecia Merico et du guitariste Daniel Pérez qui l’accompagne habituellement (voir son programme de novembre, tel qu’il était publié fin octobre).

Ils seront tous les deux ce soir à 23h45 à la Milonga Tango Queer, Perú 571. Entrée 10 $.
Ils interpréteront le tour de chant qu’ils ont déjà présenté ce week-end pendant la Noche de los Museos au Museo Casa Carlos Gardel et à la Academia Nacional del Tango (voir le raccourci sur cet événement, dans la rubrique Grands Rendez-vous, dans la Colonne de droite).

La Milonga Tango Queer, en plein centre de Buenos Aires, est l’une des rares milongas à accepter des couples de danseurs de même sexe. Bien évidemment, du coup, c’est aussi l’un des points de rassemblement des homosexuels de Buenos Aires et de toute sa région, eu égard à la faible tolérance de la population locale envers l’homosexualité, qui heurte de front une culture qui reste très machiste, même si c’est d’une manière assez différente de celle que l’on imagine généralement depuis l’Europe. C’est aussi une milonga peu représentée dans les outils de partage de la communauté des danseurs qui est organisée sur une base exclusivement hétérosexuelle. En dépit d’une législation à faire pâlir les plus libéraux de nos pays européens en la matière, les homosexuels vivent d’une manière très marginale en Argentine et leur communauté est très ghettoïsée. C’est la raison pour laquelle vous ne trouverez pas trace de ces rares milongas dans mon article Danser le Tango argentin à Buenos Aires. De temps à autre, Tango Queer, qui organise aussi une compétition et un festival de tango parallèle, invite des musiciens de grand talent, chanteurs et musiciens, qui ont l’ouverture d’esprit d’accepter.
Ces derniers jours, à Buenos Aires, un juge a ordonné aux pouvoirs publics de procéder au mariage d’un couple d’hommes, comme la loi le permet expressément dans cette Ville autonome depuis plusieurs années. Et cela fait beaucoup, beaucoup jaser...

Pour en savoir plus à travers Barrio de Tango :
Les artistes, ici Lucrecia Merico et Daniel Perez, disposent de raccourci à leur nom dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite. Vous y trouverez tous les articles parlant d’eux, déjà parus dans ce blog, y compris celui-ci.
Tout ce qui touche la danse est regroupé sous ce terme aussi bien dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut de l’article, que dans la rubrique Les artistes, dans la Colonne de droite.
Dans la partie inférieure de la Colonne de droite, vous trouverez l’ensemble des liens vers les sites extérieurs, ceux des artistes, des institutions, des magazines, de quelques professeurs de tango soit ici, en Europe francophone, soit là-bas à Buenos Aires.
Sur l’affaire du mariage homosexuel ordonné par la justice, vous pouvez vous informer presque au jour le jour sur le site du quotidien argentin Página/12, qui soutient la cause des deux tourtereaux (partie basse de la Colonne de droite, rubrique Actu).

lundi 16 novembre 2009

Las tardecitas de Buenos Aires tienen ese ¿qué sé yo? [Troesmas]

Jacquette de disque

C’était il y a 40 ans jour pour jour, au Luna Park en public et en direct à la télévision argentine. Amelita Baltar entre en scène et démarre un invraisemblable récit tandis qu’à côté d’elle, Astor Piazzolla et son orchestre ne bougent pas.

C’était le concours de la chanson de Buenos Aires, l’orchestre restait immobile et la chanteuse causait en racontant une histoire sans queue ni tête.
Las tardecitas de Buenos Aires tienen ese qué sé yo, ¿viste? Salgo de mi casa por Arenales. Lo de siempre, en la calle y en mí... Cuando de repente, de atrás de ese árbol me aparece él...
(Horacio Ferrer)

Le soir, à Buenos Aires, il flotte... comment dire ?... Tu vois ? Je sors de chez moi et je prends la rue Arenales. Comme d'habitude, quoi ! Au milieu dans la rue et de mes pensées. Quand tout d’un coup, de derrière cet arbre, le voilà qui surgit devant moi...
(Traduction Denise Anne Clavilier)

En novembre 1969, Neil Amstrong venait de mettre le pied sur la lune, en direct à la télévision devant le monde entier (enfin, tous ceux qui pouvaient avoir accès à un poste). La suite parle d’un voyageur clandestin embarqué dans un voyage pour Vénus, avec en guise de chapeau la moitié d’un melon sur la tête, une chemise idéale peinte sur la peau et un fanion de taxi libre dans chaque main. Il soulève son demi-melon, offre un fanion à sa belle, rencontrée au hasard de son errance dans les quartiers nord de Buenos Aires, et se met à chanter à tue-tête, avec l’orchestre qui balance enfin toute sa puissance :

Ya sé que estoy piantao, piantao, piantao...
(Horacio Ferrer)

Oui, je sais, je suis à l’ouest, à l’ouest, à l’ouest (1)
(traduction Denise Anne Clavilier)

Puis -le vers est devenu célèbre aujourd’hui, pour ne pas dire qu’il est proverbial- il est question de la lune qui se promène en vélo sur l’avenue Callao (¿no ves que va la luna rodando por Callao?) et toute la suite est à l’avenant. (2)
L’accueil du public fut houleux. La salle se sépara en deux. D’un côté, ceux qui aimaient et qui applaudissaient à tout rompre, de l’autre ceux qui n’avaient pas aimé, mais alors pas aimé du tout, qui avaient même ostensiblement ouvert leur journal aux pieds de Amelita Baltar (la version portègne du jet de tomates sur la scène, ça a l’avantage d’épargner les frais de nettoyage mais c’est aussi vexant) et qui poussèrent des cris de singe pour couvrir les applaudissements. Mais encore y eut-il un accueil ce soir-là ! Quelques jours auparavant, Astor Piazzolla et Amelita Baltar (et Horacio Ferrer avec eux) avaient un peu triché (3) en jouant pour la première fois ce morceau lors d’un concert au Michelangelo, une salle, qui existe toujours, à San Telmo (en face de la Trastienda). Cela avait fait un flop total. Ni un cri, ni un applaudissement. Rien ! Les gens n’avaient même pas eu l’air d’entendre qu’il y avait de la musique. Au point que Astor Piazzolla avait pensé se retirer de la compétition. Et puis Horacio Ferrer était arrivé avec une autre fin, une espèce de cri de guerre de conclusion : ¡Loco él y loca yooooooooooo! (qui sert, mais dans l’autre sens, de titre à son plus récent livre, un recueil d’une centaine de ses poèmes publié en Italie et en italien la semaine dernière, voir cet article dont la deuxième partie s'intéresse à cette sortie en librairie à Sanremo et dans toute l'Italie).

Quelques minutes après la fin mouvementée du morceau, Horacio Ferrer reçoit un coup de fil. C’est Aníbal Troilo qui l’invite à passer chez lui. Il se rend donc chez Pichuco qui l’accueille avec ces mots : "Je vous félicite ! A vous deux [Piazzolla et Ferrer], vous venez d’inventer la deuxième Cumparsita".

Cela tombait bien ! C’était justement ce dont rêvait Astor Piazzolla depuis qu’il était tout petit (4) : composer un morceau si emblématique du tango qu’il le symbolise à lui tout seul et sur toute la planète.
Quelques jours après, Roberto Goyeneche el Polaco intervient en demandant à Horacio Ferrer d’adapter un peu son texte pour lui. Il veut l'inscrire à son répertoire et comme il est sous contrat avec la même maison de disques que Piazzolla, ils vont faire d’une pierre deux coups et le porter pour la première fois au disque tous les deux ensemble (5). Ferrer est surpris (ou feint la surprise heureuse) : "Ah bon ! Parce que toi aussi tu penses que c’est un tango, ça ?" - "Un tango !? lui répond le chanteur. Un peu que c’est un tango. Un tango de chez tango même !"

Ferrer s’est exécuté et vous savez tous ce que ça a donné....
"Las tardecitas de Buenos Aires tienen ese qué sé yo, ¿viste? Salis de tu casa por Arenales. Lo de siempre, en la calle y en vos... Cuando de repente, de atrás de ese árbol, me aparezco yo... Mezcla rara de penúltimo linyera y de primer polizonte en el viaje a Venus: medio melón en la cabeza [...]"

Au palmarès cette année-là, le premier prix a été emporté par Hasta el último tren, un tango bien classique, empreint d’une nostalgie plan plan (ou tchou tchou, comme vous préférez), pas mauvais mais à côté de l’autre ! Assez oublié aujourd’hui au demeurant. Quant à Balada para un loco (vous l’aviez nommé dès la première citation bien sûr), elle a reçu le deuxième prix. Comme quoi, devant sa télé, Pichuco avait eu plus de flair que tout le jury réuni...

L’autre qui a eu lui aussi plus de flair que le jury de cette année-là, c’est le grand public. Ce grand public qui, dès la sortie du disque de Goyeneche courant décembre s’est arraché ce 45 tours, faisant de Balada para un loco le tube de l’été 1970. Au point qu’à Mar del Plata, tout au long de janvier et de février, non pas parce que c’était la ville natale de Piazzolla mais parce que c’est la plus grande station balnéaire de toute l’Argentine et qu'elle fait le plein tout l'été jusque très tard dans le mois de mars, on a vendu, en plus des disques, des milliers de petites figurines représentant le fou de la chanson à l’invraisemblable accoutrement, sorti tout habillé de la tête d’Horacio Ferrer. Balada para un loco est ainsi devenu, grâce à Amelita Baltar et à Roberto Goyeneche, tous les deux en même temps, le tout premier succès populaire d’Astor Piazzolla, un compositeur et un musicien qui était resté jusqu’alors l’apanage d’une frange de tangueros très à l’affût de tout ce qui bougeait et doté d’assez d’audace esthétique pour sentir là où se préparait l’avenir du genre.

En 40 ans, Balada para un loco a connu tous les arrangements possibles et imaginables, des bons, des excellents, des géniaux et des encore plus nuls que nuls. On peut en citer un qui sort particulièrement de l’ordinaire, celui de Osvaldo Pugliese, dès 1970 chez Phonogram (aujourd'hui dans la compilation Osvaldo Pugliese, Bien de Abajo, 40 obras fundamentales, Universal Music) : il s’agit d’une version instrumentale (il fallait oser !).
Une autre version, très émouvante, très instructive aussi, chantée (sic) par Horacio Ferrer lui-même avec Astor Piazzolla au bandonéon (disponible aujourd'hui dans la compilation Piazzolla-Ferrer Songbook, El músico y el poeta, BMG-RCA, photo en illustration).
Et dans les arrangements qui ne sortiront pas en disque (ils ne veulent pas) mais qui valent vraiment d’être écoutés sur scène, celui de Mariel Martínez et Alejandro Picciano, qui se produisent un peu partout en Espagne, du nord au sud et d’est en ouest : une chanteuse mezzo-soprano (comme la créatrice) et une guitare qui tient à elle toute seule la place de tout l’orchestre. Une merveille...

Pour aller plus loin :
Ecouter Balada para un loco dans la version originale, presque celle du 16 novembre 1969 au Luna Park, les cris de singe en moins, avec Amelita Baltar.
Ecouter Balada para un loco dans la version créée par Roberto Polaco Goyeneche en décembre 1969, toujours grâce à Todo Tango.
Ecouter Hasta el último tren, toujours sur Todo Tango et en 1969, pour vous faire votre propre idée.

Aller voir dans la Colonne de droite les raccourcis vers mes articles sur Amelita Baltar (actuellement sur scène pour la reprise d’un grand succès des années 70, Tres Mujeres para el show, à Clásica y Moderna), Horacio Ferrer, Roberto Goyeneche, Astor Piazzolla, Mariel Martínez et Alejandro Picciano (dans les différentes sections de la rubrique Vecinos del Tango).
Et puis attendez la sortie de mon livre, d’ici quelques mois : dedans, je reviens sur ce tango fondateur ou refondateur (l’annonce du bouquin est à la discrétion de l’éditeur, j’attends son feu vert et il n’a pas qu’un livre à la presse en cette veille de Noël).
Enfin, pour ceux qui se demandent d’où je peux bien tirer ma science, toutes ces histoires du Michelangelo, du Luna Park et de Troilo entre sa téloche et son bigophone, mon secret est tout simple : docta cum libro comme on dit en latin (savante avec un livre). Et ce livre s’intitule Los tangos de Piazzolla y Ferrer, sous titre : 1967-1971, Quereme así piantao, Collection Biblioteca La Siringa, Ed. Peña Lillo, Ediciones Continente, 2000, p 63 (l’adresse de la maison d’édition, c’est Pavón 2229, Buenos Aires). Et tout est écrit dedans mais todo en español, of course ! (6)

(1) jeu de mot que j’ai trouvé impossible à traduire de manière vraiment satisfaisante à mon goût : piantar (ou piantarse à la forme pronominale), en lunfardo, c’est se faire la malle, se tirer, se tailler, calter. Mais quand c’est la raison qui se fait la belle, l’homme devient fou (piantado, participe passé de piantar, ici avec l’élision du d, habituelle lorsque la prononciation est trop rapide). Or l’énergumène dont il est question s’est bel et bien échappé. Echappé d’un asile de fous comme on disait alors, une maison de fous qu’on appelait encore Vieytes (De Vieytes nos aplauden: "¡Viva! ¡Viva! / los locos que inventaron el Amor) et qui, alors que c’était déjà un vrai hôpital moderne, conservait à la fin des années 60 sa sinistre réputation de mouroir pour aliénés. Les poètes Pascual Contursi et Dante A. Linyera y sont morts dans une misère psychique épouvantable dans les années 30, sans doute victimes soit de la syphilis soit de l’absinthe, un alcool très addictif qui provoquait de graves dommages neurologiques, soit des deux à la fois. Aujourd’hui, le même établissement, fondé en 1860, est connu sous le nom d’Hospital Borda et c’est un institut psychiatrique de pointe qui délivre essentiellement des soins ambulatoires et qui souffre, comme tout le système hospitalier public de Buenos Aires, d’un manque chronique de moyens financiers. Le poète Alejandro Szwarcman y anime un atelier d’écriture poétique auquel participent patients et bien portants et le travail des stagiaires fait de temps en temps l’objet d’une présentation en public qui rencontre un franc succès... L’hôpital Borda est situé dans le quartier de Barracas, un quartier pauvre du sud de Buenos Aires.
(2) Vous pouvez aussi y voir la lune rouler comme un ballon dans l’avenue. Mais l’image a été suggérée (la légende le veut ainsi en tout cas) par le spectacle d’un cycliste dans cette artère nord-sud, qui croise Arenales dans le quartier de la Recoleta, si cher au coeur d’Horacio Ferrer et de Amelita Baltar. C’est le quartier de leur enfance...
(3) Le concours de la chanson n’acceptait que des morceaux inédits. Il fallait que la soirée du concours soit aussi celle de la création de la chanson. Pour que les membres du jury n’aient pas d’idée préconcue. Mais Piazzolla n’a jamais aimé respecter ce genre de règlement...
(4) Et celui d’Horacio Ferrer aussi, j’en suis sûre !
(5) L'enregistrement avec Amelita Baltar se fera en 1970 alors que celui du Polaco a lieu le 4 décembre 1969 ! Et sur les archives de la télévision, c'est Amelita Baltar. Droite dans ses bottes devant la salle pas totalement acquise... Amelita Baltar est alors une jeune chanteuse encore très peu connue(María de Buenos Aires, dont elle a créé le rôle titre en mai 1968, est passé largement inaperçu du grand public, cet opéra-tango s'est rattrapé depuis) et Goyeneche est déjà une très grosse vedette, qui est passé successivement de l'orchestre de Horacio Salgán à celui de Aníbal Troilo, avant de se lancer dans une carrière de soliste en 1965.
(6) Le 1967-1971 constitue naturellement le volume n° 1 et il y a en deux en tout. Ce sont deux petits libres qui se glissent facilement dans un sac. De ces petits livres et très belle facture mais bon marché que vous vous procurerez facilement dans une bonne librairie à Buenos Aires, chez Zivals par exemple (sur place et en ligne sur leur site, voir la Colonne de droite, partie basse), à Gandhi, à El Ateneo (peut-être il faudra demander à un vendeur) et naturellement à la Academia Nacional del Tango. Là, c’est sûr.

La Nuit des Musées à Buenos Aires : le bilan par Página/12 [Actu]

Pour ceux de mes lecteurs que la Noche de los Museos a intéressés (elle avait lieu samedi dernier, 14 novembre, cette année, à Buenos Aires), voici un article qui n’a pour seule ambition que de les inviter à aller jeter un coup d’oeil sur le bilan qu’en dresse ce matin Facundo García dans le quotidien de gauche Página/12.

La maison de Carlos Gardel (Museo Casa Carlos Gardel) rue Jean Jaurés dans le quartier de l’Abasto et le futur musée Borges, à la Recoleta, ont visiblement attiré beaucoup de visiteurs et connu un succès non négligeable.
Le Musée des Marionnettes a lui aussi fait salle comble, comme tous les ans depuis 6 Nuits des Musées. Les Argentins adorent les spectacles de marionnettes et ont un théâtre très développé en la matière.