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mercredi 3 juin 2015

Le mois Horacio Ferrer a commencé hier [à l'affiche]


Hier, mardi 2 juin 2015, pour l'anniversaire de la naissance du poète Horacio Ferrer, décédé le 21 décembre dernier, à l'âge de 81 ans, la Ville de Buenos Aires a inauguré une statue du maestro érigée au pied du Palacio Carlos Gardel, siège de la Academia Nacional del Tango qu'il a fondée en juin 1990. C'était à 17h30, devant l'entrée du célèbre Gran Café Tortoni, juste avant le vernissage de l'exposition, un étage plus haut, un travail collectif rassemblant divers témoignages d'artistes sur l'œuvre du disparu et sa personne : la manifestation s'intitule Vení, volá, vení, une citation ultra-célèbre du refrain de Balada para un loco (1). Elle comporte entre autres onze images illustrant la biographie du Maestro écrite par Gabriel Soria, son successeur à la tête de l'institution depuis la rentrée de mars, des croquis originaux que le Maestro avait réalisés pour illustrer ses propres textes, plusieurs de ses distinctions (dont la médaille de la Sorbonne et celle du Bicentenaire dont il était si particulièrement fier) et autres documents originaux... L'exposition est à visiter au siège de l'ANT, Avenida de Mayo 833.


Le 8 juin à 19h30, le Cuadro de Amigos, la réunion des Amis de l'ANT, verra la présentation du livre écrit par le vice-président de l'Académie, Gustavo Provitina, La Palabra Prendida – Conversaciones con Horacio Ferrer (La Parole allumée, conversations avec Horacio Ferrer), un livre que son auteur a déjà eu l'occasion de présenter à la Feria del Libro de La Plata.

Le 15 juin à 19h30 aura lieu le second Plenario du mois, entièrement consacré à l'œuvre du Maestro Ferrer avec la participation de dix poètes contemporains qui animent les Ateliers d'écriture Homero Expósito, dont Marcela Bublik, Raimundo Rosales, Héctor Negro et Alejandro Swarcman dont j'ai intégré une dizaine de textes, à côté de ceux de Horacio Ferrer, dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango (Tarabuste Editions) (2).

Le lendemain à la même heure, on projettera dans le Salón de los Angelitos du Museo Mundial del Tango Horacio Ferrer plusieurs documentaires tournés sur le poète.

Le 22 juin à 19h30, un autre hommage sera rendu, dans le cycle Quiero al Tango (j'aime le tango), par des jeunes artistes du genre.

Extrait du site Internet de Clarín

Le 24 juin, le quatre-vingtième anniversaire de la mort de Carlos Gardel donnera lieu à la projection d'un autre documentaire qui porte lui sur l'oratorio profane que Horacio Ferrer avait écrit et Horacio Salgán composé en souvenir du Zorzal, Oratorio Carlos Gardel. La projection sera tout à fait exclusive, elle n'a pas vocation à se répéter. Au générique du film, on trouve outre Horacio Salgán et Horacio Ferrer eux-mêmes les danseurs Milena Plebs, Osvaldo Zotto et son frère Miguel Angel Zotto, ainsi que l'épouse de Horacio Ferrer, l'artiste peintre Lulú Michelli.


Le lendemain, 25 juin, toujours à 19h30, présentation d'un nouvel ouvrage, cette fois-ci d'un auteur uruguayen, Ruberto Long, intitulé Piantao – Balada para Horacio Ferrer, paru chez Aguilar (3). Le site Internet Prisa Ediciones en donne les premières pages et la table des matières en format pdf... Régalez-vous !

Enfin, le 30 juin 2015, à 19h30, la chanteuse Patricia Barone, qui fut l'une des interprètes de María de Buenos Aires, la comédie musicale que Horacio Ferrer a signée avec Astor Piazzolla en 1968 et qui a lancé leur partenariat créatif, donnera une conférence intitulée Tango: un camino para seguir creando (Tango : un chemin pour continuer à créer).

Toutes ces activités sont en accès libre et gratuit au siège de la Academia Nacional del Tango.

A cela s'ajoutera une soirée différente pour saluer les cinquante ans de l'orchestre fondé par le bandonéoniste et compositeur Osvaldo Piro, père du chanteur Alfredo Piro et sa sœur la rockeuse et jazzwoman Ligia Piro (fils et fille de Susana Rinaldi, aujourd'hui attachée cultuelle à l'Ambassade d'Argentine à Paris). Ce sera le 11 juin 2015. Entrée libre et gratuite également.


Ici, en France, au Festival Tangopostale de Toulouse, il y aura aussi un hommage au Maestro. Ce sera le dimanche 28 juin 2015, où je consacrerai l'intégralité de mon second atelier littéraire de tango au grand poète qui révolutionna la tradition de la letra de tango en 1968, que j'ai eu l'honneur de connaître et pour qui je continue d'avoir une profonde affection... Ce jour sera aussi l'anniversaire exact de la fondation de la Academia Nacional del Tango, son premier quart de siècle...

Ce matin, Clarín a rendu compte de l'inauguration de la statue, qui ne semble pas être hélas le plus réussi de tous ces hommages... On verra sur place en août ce que cela donne.

Pour suivre les hommages, le mieux est de vous connecter à la page Facebook qu'animent avec affection et tendresse les ayant-droits du poète.


(1) Mes lecteurs trouveront une traduction de Balada para un loco dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, que j'ai publié aux Editions du Jasmin, en mai 2010.
(2) Ces deux ouvrages que j'ai consacrés à la poésie du tango et où j'ai traduit une vingtaine de textes du Maestro Ferrer seront en vente au Marché de la Poésie à Paris où je dois faire deux séances de dédicace (voir mon article du 1erjuin sur le sujet).
(3) Le titre est aussi un clin d'œil à Balada para un loco. Piantao est l'un des mots-clés de cette chanson. Un peu comme si en français on disait "Ne me quitte pas" pour évoquer le souvenir de Jacques Brel.

mardi 31 mars 2015

Lundi prochain, le premier Plenario sans Horacio Ferrer [à l'affiche]

Capture d'écran de Tango Trazo
Horacio Ferrer (au micro) récitant Lulú, accompagné par le compositeur, Raúl Garello
(Si mes souvenirs sont bons, il s'agit de la soirée de ses 80 ans)

Lundi prochain, 6 avril 2015 (le lundi de Pâques n'est pas férié en Argentine), la Academia Nacional del Tango ouvrira sa nouvelle année de rencontres publiques avec un Plenario chargé en émotion : ce sera le tout premier sous la présidence de Gabriel Soria, après la disparition du fondateur, Horacio Ferrer, le 21 décembre dernier.

Sept minutes d'interview sur TV Pública
Horacio Ferrer parle de Preludio para el Año 3001
Il est assis sur sa chaise attitrée,
dans ce Salón de los Angelitos
qu'il doit encore habiter par l'esprit et par l'humour...

L'espace central de la soirée sera exceptionnellement consacré à des remises de brevets honorifiques dans plusieurs classes et de prix décernés l'an passé.
Parmi les trois académiciens honoris causa qui seront créés à cette occasion, nul doute qu'il s'élèvera une longue salve d'applaudissements, pleine d'affection et de tendresse, quand la Maestra Lucía Michelli montera sur la petite estrade d'où son mari a si longtemps présidé, avec patience et humour, ces réunions académiques bon enfant. Lulú Michelli a été sa compagne pendant plus de trente ans et elle s'est si souvent tenue à ses côtés dans cette petite salle tout en longueur qu'il animait de son talent. Elle était près de lui à la clinique lorsqu'il s'en est allé en tournée, comme disent les Argentins (se fue de gira). Il lui avait dédié de très nombreux poèmes et letras de tango, dont la valse Lulú, qu'il avait été si ému de trouver dans mon manuscrit de Barrio de Tango lorsque je le lui avais présenté en août 2007 (1).

La salle des conférences académiques a d'ailleurs été rebaptisé pour lui rendre un hommage définitif. Elle est maintenant le Salón de los Angelitos del Museo Mundial del Tango Horacio Ferrer.

Dans le programme musical prévu pour cette soirée très particulière, à côté du tango rituel qui saluera Alfredo Gobbi (à cause de la remise des prix Gobbi 2014 qui n'a pas pu être réalisée en décembre à cause de ce deuil cruel), il y aura un Horacio Ferrer Eterno : on écoutera un enregistrement de Preludio para el año 3001 (où il décrivait sa renaissance dans le Río de la Plata, un matin d'hiver 3001), récité par lui-même avec l'accompagnement au piano de Juan Trepiana.

Horacio Ferrer récite Lulú

Puisqu'il nous faut bien lui dire adieu...

J'y serai par la pensée : lundi 6 avril 2015, 19h30, Avenida de Mayo 833, 1er étage.
Entrée libre et gratuite comme à l'ordinaire.



(1) J'ai traduit encore un autre texte dédié à Lulú dans les pages centrales de la revue Triages, n°10, parue en juin 2008 (Tarabuste Editions). Les quinze pages du cahier central sont un hommage au poète en onze textes peu connus, présentés sous forme bilingue, que j'avais choisis pour retracer son parcours de vie en ce mois où il fêtait ses 75 ans.

samedi 27 décembre 2014

L'hommage de Tele Sur à Horacio Ferrer [Troesma]


Tele Sur, la chaîne de télévision du Venezuela, co-productrice, avec Nocaut Contenidos, de Ferrer, Tangamente, vient de mettre en ligne sur Youtube (le 22 décembre) l'intégralité de ce documentaire admirable de 25 petites minutes, dirigé par Juan Pablo Méndez Restrepo.

Version intégrale et originale du documentaire (25 mn)
pour la durée que Tele Sur accordera à ce film sur Youtube

On y voit le Maestro Horacio Ferrer sur scène et en coulisses.
On l'y entend raconter son enfance et sa passion pour la fabuleuse bibliothèque de son père, où il s'est forgé les bases d'une culture générale phénoménale.
On le regarde déambuler dans les quartiers de Recoleta (2) et de San Telmo, le long de la rue Defensa, et sur les bords du Río de la Plata, sur la Costanera.
Il y évoque ses rencontres avec Aníbal Troilo et Astor Piazzolla, la création de Balada para un Loco (1) et de María de Buenos Aires (2), le film de Philippe de Brocca, Le Roi de Cœur qu'il tourna en 1966 en France.
Il évoque aussi les périodes dictatoriales et leurs effets catastrophiques sur la capitale argentine et sa vie intellectuelle, artistique et culturelle. Il s'exprime sur les bienfaits de la démocratie et de la liberté regagnée depuis 1983.
On y entend sa femme, Lulú Michelli (avec une faute d'orthographe dans le patronyme), y raconter , avec émotion et beaucoup d'esprit, leur rencontre, qu'il a lui-même esquissée dans une très belle valse, Lulú, mise en musique par Raúl Garello (1). On les accompagne tous les deux jusqu'à l'aéroport d'Ezeiza, d'où ils partent vers un horizon onirique sur des vers qui portent son sceau...

Superbe moyen métrage de 2008 dont je me souviens d'avoir vu, à ses côtés, le toute première projection privée du montage final dans le Salón de los Angelitos "Horacio Ferrer" de la Academia Nacional del Tango, parce qu'il avait tenu à m'y inviter, à l'improviste, comme toujours. Nous étions une dizaine tout au plus, dont toute l'équipe de production ou peu s'en faut... Un beau souvenir !


Horacio Ferrer, Plaza Dorrego, un dimanche au marché de San Telmo
en pleine discussion avec un bouquiniste qui hésite à le reconnaître.
La scène est tirée du film et placée dans le générique du début.

Le film est visible sur Vimeo, sur le site Internet de Nocaut et sur le canal Youtube de Tele Sur, à chaque fois en version originale sans sous-titres. Mais, en cas de difficulté linguistique, vous pouvez le voir et le revoir, le temps pour vous de vous habituer à la diction rioplatense si elle ne vous est pas encore familière. Encore faut-il bien sûr maîtriser un peu l'espagnol...

Vous pouvez aussi le voir avec des sous-titres en anglais sur un canal Youtube sans lien avec les co-producteurs.

Sur mon site Internet, vous trouverez un autre hommage, avec un texte différent (il y a tant de choses à dire), publié hier, 26 décembre 2014.


(1) Balada para un loco et Lulú font partie des douze letras de Horacio Ferrer traduites dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru en mai 2010 aux Editions du Jasmin.
(2) Yo soy María, l'air emblématique de María de Buenos Aires, est traduit dans le cahier central de la revue Triages, n° 20, juin 2008, paru chez Tarabuste Editions. Il en va de même de la letra intitulée Recoleta, où Horacio Ferrer décrit, avec sa poésie fantasque, ce quartier où il passait ses vacances pendant son enfance, dans la famille maternelle, les Ezcurra, une famille historique de Buenos Aires, qui s'est particulièrement illustrée dans les premiers temps de l'indépendance et sous Juan Manuel de Rosas (1835-1852).

lundi 3 juin 2013

¡Feliz cumpleaños, Maestro! [Troesmas]


Hier, dimanche 2 juin 2013, le Maestro Horacio Ferrer, notre cher Président de la Academia Nacional del Tango, le poète fou des Ballades et autres Chiquilín de Bachín, "El Duende" comme l'avait surnommé son ami et complice Astor Piazzolla, lui qui a su chanter la Buenos Aires du renouveau tanguero, à partir de 1968, fêtait ses quatre-vingts apriles, comme disent les Argentins (1).

Depuis la France, c'est une grande joie pour moi de participer, même de loin et en pensée, aux réjouissances de ce soir à la Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo 833, au premier étage, dans les locaux du Museo Mundial del Tango, où sera inaugurée une exposition De Lulú à Horacio, pour ses quatre fois vingt ans, en douze affiches de la main de l'artiste peintre Lulú Michelli, sa femme, qui repasse douze de ses plus beaux poèmes et letras de tango :
Balada para un loco (2), Chiquilín de Bachín (2), Mi loco bandoneón, Balada para mi muerte, Preludio para el año 3001 (3), La bicicleta blanca (4), Lulú (2), Fábula para Gardel (3), El Gordo triste (2), La última grela, María de Buenos Aires (5), Soy un circo.

Le Plenario de ce soir, lundi 3 juin 2013, première réunion publique du mois de juin, sera entièrement consacré à cette belle fête, qui commence, comme tous les Plenarios, à 19h30.

Tango rituel : Poema a los zapatos de Lucía (6), dit par Horacio Ferrer accompagné au piano par Juan Trepiana (extrait du disque Flor de tangos y poemas).

Participeront à l'hommage les chanteurs Carlos Rossi, Carlos Varela et Hernán Genovese, le poète Héctor Negro, le tangologue (et notaire de son état) Natalio Etchegarray, le fondateur-directeur du Festival Internacional de Tango de Granada (Espagne), l'Argentin Tato Rebora et beaucoup d'autres, dont des représentants de la Academia Porteña del Lunfardo, dont Horacio Ferrer est un membre éminent...

Au cours de ce Plenario, notre Président recevra une récompense de la Legislatura Porteña des mains du député Oscar Moscariello...

¡Feliz cumpleaños, muy querido Maestro ! y ¡viva el Tango!

Horacio Ferrer et Raúl Garello, au Sommet mondial du Tango de Bariloche en 2010,
interprétant ensemble El Gordo Triste, en mémoire de leur maître commun, Aníbal Troilo.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín (édition d'hier) avec une riche interview que je me promets de vous traduire au cours de cette belle semaine printanière (je parle pour la façade atlantique orientale, qu'un soleil timide sort enfin de son long hiver)
visitez la page Facebook de l'artiste (il a même un compte Twitter, notre octogénaire préféré)
Et puis on ne va pas se quitter comme ça... Ecoutons-le en personne récitant Existir (7), son grand poème sur les mille et un secrets, petits et grands, de la vie humaine, tandis que les Copes père et fille nous le commentent en dansant !



(1) april = avril. En fait quand on les compte, mieux vaut, en français, traduire par printemps. Seul souci : Horacio Ferrer est né au début de l'hiver, le 2 juin 1933, à Montevideo. Ce n'est pas grave : accordons-lui aujourd'hui 80 printemps, El Duende les mérite amplement !
(2) Balada para un loco, Chiquilín de Bachín, Lulú, El Gordo Triste appartiennent à Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, où je les présente en version bilingue traduits par mes soins respectivement en pages 316, 156, 258 et 302 (Editions du Jasmin, mai 2010)
(3) Preludio para el año 3001 et Fábula para Gardel sont dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, là encore en version bilingue dans une traduction personnelle, en pages 70 et 72, Tarabuste Editions, janvier 2011 (cette anthologie de dix poètes contemporains forme le numéro spécial 2010 de la revue Triages).
(4) La Bicicleta blanca s'est vue traduite dans ce blog, un Vendredi Saint (allez savoir pourquoi !), le 2 avril 2010.
(5) María de Buenos Aires, l'air le plus célèbre de l'opéra-tango homonyme qui révéla la chanteuse Amelita Baltar en 1968 et reste l'œuvre musicale de scène argentine la plus jouée au monde, a été intégré dans le tout premier hommage bilingue que j'ai publié autour de l'œuvre du poète : Le Lutin de Montevideo à Buenos Aires, constituant le cahier central du °20 de la revue Triages, Tarabuste Editions, juin 2008 (pour ses 75 ans).
(6) Ce très joli tango, qui date pour le texte du 5 août 1982, rend hommage à l'amour de toute une vie, Lulú Michelli, quelques semaines après leur rencontre au Café La Poesía (comme il le raconte lui-même avec des vers exceptionnellement simples dans Lulú). J'ai traduit ce poème dans Le Lutin de Montevideo à Buenos Aires, comme cadeau d'anniversaire en juin 2008 (ouvrage déjà cité, chez Tarabuste Editions).
(7) Existir fait partie du petit cahier hommage que j'ai publié en juin 2008, dans la revue Triages n° 20 déjà citée (Tarabuste Editions).

vendredi 15 mai 2009

Plenario cannois à la Academia Nacional del Tango [à l’affiche]

Pochette du disque

D’ordinaire, la Avenida de Mayo affecte des airs de Champs Elysées. Heureusement, elle ne s’y prend pas très bien et "ça la fait pas". Mais grâce à ses à-peu-près, elle réalise un tour de force qui est bien plus intéressant : la Avenida de Mayo ressemble surtout à... la Avenida de Mayo. (1)

Cependant lundi, Mayo va prendre une petite allure de Croisette du côté du numéro 835, quelque part pas loin de la esquina Mayo y Piedras. Même la montée des marches est prévue : l’entrée du Palais (2) est dotée de 3 marches, très belles, en marbre. Mieux encore : le grand escalier qui mène au Museo Mundial del Tango côté Rivadavia (derrière), au numéro 830. Et là, vous avez besoin de plusieurs fois vos deux mains pour les compter, les marches !

Lundi soir, donc (trêve de plaisanteries douteuses !), se tiendra, comme un lundi sur deux, une réunion publique (plenario) offerte par la Academia Nacional del Tango et le thème de la conférence sera Tango et Cinéma. Et il y en a des choses à dire là-dessus !

A commencer par tous les artistes de tango qui ont fait du cinéma comme acteurs (Carlos Gardel, dès 1917 et jusqu’en 1935, à Paris et à New York, Libertad Lamarque au Mexique, Tita Merello, Hugo del Carril, Enrique Santos Discépolo, Roberto Goyeneche, tous en Argentine, Horacio Ferrer en France, j’en passe et pas que des mauvais), comme réalisateurs et/ou scénaristes (Alfredo Le Pera, Enrique Santos Discépolo, Homero Manzi, Hugo del Carril...), comme auteurs de bandes-son (Carlos Gardel, Homero Manzi, Enrique Santos Discépolo, Juan D’Arienzo, Astor Piazzolla ou Litto Nebbia lui-même, artiste si à part dans l’univers musical argentin dont il renverse toutes les barrières en pratiquant tous les genres....).

Sans oublier l’innombrable liste de documentaires, dont les récents Café de los Maestros ou Si sos brujo (dont Barrio de Tango a déjà parlé, voir le raccourci Cinéma, dans la rubrique Tangoscope, dans la Colonne de droite) et de métrages de fiction (longs, courts ou moyens) comme le film de Carlos Saura, Tango, ceux (plus authentiques et plus profonds) de Pino Solanas, Sur, El Exilio de Gardel..., et tous ces films qui prennent le tango pour prétexte et le mangent à n’importe quelle sauce, même la moins digeste (Tango Assasination, Le Dernier tango à Paris, Je ne suis pas là pour être aimé, pour citer trois titres bien connus des francophones).

Sans compter que le cinéma a inspiré lui-même plusieurs morceaux : Charlie Chaplin par exemple avec Un tango para Chaplin de Alfredo Gobbi fils, le compositeur-violoniste, ou Señor del Galerita (le monsieur au petit chapeau) de Marsilio Robles y Ghino Corrali, que chanta et enregistra la grande Nelly Omar ou, nettement moins connu, La pena de James Dean de Ferro et Roverano (volume 13 du Buenos Aires Tango Club, Jorge Caldara Años 57 al 60). Et plus proche de nous encore, Woody Allen.

Mais je n’ai ni les moyens, ni les ressources, ni la place de faire moi-même ici en français la conférence que donnera Pedro Ochoa lundi à 19h30 dans le Salón de los Angelitos Horacio Ferrer (vous connaissez tout ça par coeur, vous, les lecteurs fidèles, c’est pour les nouveaux que je précise tout ça).

Le titre de la causerie se passe de traduction : El Tango en el cine Mundial (avec une majuscule à Tango et une autre à Mundial).

Pedro Ochoa est danseur, musicien et écrivain. A la Academia,dont il est membre de plein droit (Miembro titular), il enseigne au Conservatorio de Estilos Tangueros Argentino Galván, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler à la fin de l'année dernière et à la rentrée scolaire argentine (qui a lieu tous les ans au mois de mars). Il a écrit un livre sur le sujet, Tango y cine mundial, qui a été publié en 2003 aux Ediciones del Jilguero et a même été récompensé par le Fondo Nacional de las Artes d'Argentine.

Pour l’occasion, le tango rituel de la soirée sera Woody Allen, de Raúl Garello et Horacio Ferrer, dans l’un des très rares enregistrements qui en existent, celui qui a été réalisé en 1992 par Raúl Garello et son grand orchestre. Un texte admirable et touffu, fondé dans le talent de jongleur verbal du poète et son immense culture cinématographique. Une musique valsante d’un des plus grands compositeurs actuels de l’univers du tango. Et la voix, très belle, d’un grand chanteur uruguayen, trop tôt disparu, Gustavo Nocetti (1959-2002).

Le disque, dont vous voyez la jacquette (3) en illustration de cet article, est sorti chez Melopea (comme par hasard !), dont le directeur n’est autre que Litto Nebbia (vous saviez aussi, depuis le temps que je vous en parle), lequel a épousé une petite-fille de... je vous le donne en mille ! Libertad Lamarque, la chanteuse, l’actrice, la comédienne dont cela m’étonnerait qu’on ne dise rien lundi soir (lire l'article de Barrio de Tango sur le dernier plenario consacré à Libertad Lamarque).

L’espace artistique sera confié au sextette de Mendoza Colectivo Tango dans lequel chante et joue Mariano Dalla Torre, qui est Académico Correspondiente dans la ville de Mendoza (chant et percussions, en l’occurrence le bongó et la caisse péruvienne, en espagnol cajón peruano). Les autres musiciens de la formation sont Carlos Acosta (piano électrique), Gustavo Bruno (guitare classique), Jorge Hernaez (contrebasse), Daniel Lewin (bandonéon) et Walter Casciani (saxophone).

Bien sûr, à la sortie du Palais, il n’y aura pas la vue sur la Méditerranée mais avouez que la soirée va tout de même valoir le coup (surtout que c’est gratuit. Alors qu’à Cannes, pas vraiment !)

Pour aller plus loin :
Découvrir Colectivo Tango sur sa page My space.
Le groupe se produit le 16 mai à 23h45 à Clásica y Moderna, Callao 892, à Buenos Aires.
Puis le 17 mai à 20h en plein air (et gratuit) à l’angle (esquina) entre Avenida de Mayo et rue Santiago del Estero, dans le cadre de la Gran Via de Mayo dont on a déjà parlé ici (cliquez sur Avda Mayo, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut de l’article).
Enfin le 19 mai à 21h au Teatro Presidente Alvear, Corrientes 1659, où le sextette aura pour invités l’auteur-compositeur interprète et pianiste Claudia Levy (voir rubrique Vecinos del Barrio en Colonne de droite), la bandonéoniste Carla Algeri (regarder ou écouter ce clip très sombre mais avec interview et couple de danseurs sur You Tube) et les danseurs Rosalia et Alejandro.
Le lendemain, Colectivo Tango sera de retour à Mendoza, sur la scène du Teatro Quintinilla à 21h30.
Vous pouvez aussi vous connecter à la page My Space de Walter Casciani, le saxophoniste de la bande, et au site de Jorge Hernaez, le contrabassiste.

(1) Sinon, qu’irons-nous faire à Buenos Aires, nous les Européens, si c’était pour retrouver Londres ou Paris ?
(2) El Palacio Carlos Gardel, nom dont Horacio Ferrer a baptisé l’hôtel particulier typiquement alvearien dans lequel il est parvenu, non sans mal, à loger son Académie en janvier 2002. A côté et au dessus du Gran Café Tortoni.
Et si l’immeuble est alvearien, c’est qu’il date de la mandature municipale de Torcuato de Alvear, qui, à la fin du 19ème siècle, s’est rêvé en rebâtisseur du centre de Buenos Aires.
(3) Cette jacquette a été dessinée par Jorge Muscia pour toute la partie de filete (cet art orné typique de Buenos Aires). Le portrait de Woody Allen est l’oeuvre de Lulú Michelli, l’épouse de Horacio Ferrer, qui illustre la plupart des livres de son mari.
Pour aller plus loin : voir les articles rassemblés sous le raccourci Les artistes plastiques, de la rubrique Les artistes, dans la Colonne de droite, ou le raccourci Jorge Muscia dans la rubrique Vecinos del Barrio, section Les peintres, ainsi que tous les articles rassemblés sous le mot-clé Melopea, en haut de l’article, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search.