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mercredi 11 janvier 2023

Découvrez María Elena Walsh grâce à Caras y Caretas [Disques & Livres]

"Le monde merveilleux de María Elena"
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María Elena Walsh, née en 1930 et disparue en janvier 201, fut l’une des très grandes artistes de la musique populaire argentine même si elle n’eut pas le même succès international qu’une Mercedes Sosa ou un Atahulapa Yupanqui (pour ne pas mentionner Astor Piazzolla). Elle a particulièrement marqué le folklore (musique rurale), la chanson enfantine et même le tango ! Parolière, conteuse, compositrice, chanteuse et instrumentiste, le legs qu’elle a laissé lui survivra durablement.

Elle est apparue dans les années 1960 qui, en Argentine comme ailleurs, ont bousculé beaucoup de préjugés et fait évoluer nos sociétés judéo-chrétiennes. Ses albums restent aujourd’hui encore très présents dans les bacs des disquaires du pays.

Le mensuel culturel Caras y Caretas (groupe médiatique Octobre) lui consacre donc son premier numéro de l’année avec des articles qui repassent toute sa carrière et analysent son œuvre.

A découvrir !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’éditorial de présentation de Caras y Caretas
lire l’article de Página/12 sur les tangos que l’on doit à María Elena Walsh dans la page de Radio Malena (vidéos incluses).

samedi 7 novembre 2015

Le festival María Elena Walsh à Palermo [à l'affiche]


Pour la cinquième année consécutive, le Centre culturel Nos Enfants (ECuNHi), de l'ONG Madres de Plaza de Mayo, propose une demi-journée festive pour les enfants en hommage à María Elena Walsh, une très grande auteur argentine de chansons, théâtre et contes pour enfants.

Ce mini-festival se tient cet après-midi, le 7 novembre 2015, à 14h, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau. L'année dernière, 7500 enfants sont venus, une foule considérable dans cet ancien hangar de mécanique perdu au milieu du gigantesque campus de l'ex-ESMA, une école de la marine qui abrita un centre de détention et de torture sous la Dictature, avant d'être démilitarisée par le gouvernement démocratique puis transformée il y a quelques années en centre de la Mémoire et des Droits de l'Homme, avec un bâtiment affecté à chaque ONG qui opére dans ce domaine ainsi qu'au Secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme (le Centro para la Memoria Haroldo Conti).

L'entrée est libre et gratuite. Le programme diversifié : théâtre, clowns, acrobatie, musique, chanson, mime et un petit salon du livre, du disque et de l'instrument de musique.


L'événement a toujours été conçu comme un lieu de rencontre ouvert à tous, un lieu d'accès à la culture pour tous les enfants, quel que soit leur statut social, alors que le centre est situé en plein Palermo, dans la Buenos Aires patricienne et bourgeoise par excellence. L'ONG Madres de Plaza de Mayo a voulu, depuis très longtemps, que sa lutte autour de la recherche des disparus de la Dictature et de la conduite des procès contre les bourreaux débouche sur une action sociale, sur une lutte contre la discrimination et la pauvreté, contre l'illettrisme et l'exclusion culturelle.

Ce cinquième festival MEW prendra donc une signification particulière aujourd'hui, au surlendemain de l'identification d'un nouveau petit-fils de Abuelas et en pleine campagne électorale entre ce qui apparaît comme deux modèles de pays, l'un tâchant d'élever le niveau de vie des couches populaires et de la classe moyenne et l'autre ne faisant de la loi du marché le parangon de l'ordre du monde.

Pour aller plus loin :
lire l'article d'hier dans Página/12 avec interview de la co-directrice de ECuNHi, qui est aussi la fille de la ministre de la Culture, un népotisme qui est fortement reproché au Gouvernement sortant
se connecter à la page Facebook de l'institution.

vendredi 30 septembre 2011

Le retour de Vos y yo à Clásica y Moderna [à l'affiche]

En octobre, les quatre premiers samedis, les 1er, 8, 15 et 22 octobre 2011, à 22h, la chanteuse Susana Rinaldi et le compositeur et bandonéoniste Leopoldo Federico sont de retour au Bar Notable Clásica y Moderna, Callao 892, avec leurs musiciens invités, Nicolás Ledesma au piano et Horacio Cabarcos à la contrebasse.

Ils présenteront leur disque sorti en mai dernier, Vos y yo (voir mon article du 10 mai 2011 à ce sujet).

Et tous les dimanches de ce même mois d'octobre, la chanteuse Marikena Monti donnera, quant à elle, à 20h30, un tour de chant intitulé De París à Pehuajó, composé de chansons de María Elena Walsh (décédée au début de cette année, voir mon article du 12 janvier 2011 à ce sujet) et de chansons françaises, qu'elle interprète à la perfection (Piaf, Ferré, Brel, Aznavour...). Elle sera accompagnée au piano par Oscar Laiguera.

jeudi 26 mai 2011

Echos d'une fête populaire sur la Plaza de Mayo hier [à l'affiche]

Hier après-midi, la Fête Nationale a été célébrée avec un grand spectacle qui a duré plusieurs heures sur Plaza de Mayo juste devant la Casa Rosada, le palais officiel de la Présidence de la République. Un hommage a été rendu à María Elena Walsh, auteur, compositeur, chanteuse et écrivain, disparue en janvier dernier dans une grande émotion populaire.

Le chanteur pour enfants, qui s'adonne maintenant à la musique pour adultes, Pipo Pescador était présent (1). Il a enchanté les petits et les grands d'après le chroniqueur de Página/12. Le spectacle a aussi fait sa place à l'histoire, avec l'épopée de la traversée des Andes par José San Martín, un grand épisode de la guerre d'indépendance, les luttes ouvrières qui ont elles aussi profondément marqué l'histoire du pays et la dette extérieure qui est le boulet du pays depuis surtout 10 ans (le Gouvernement actuel mène une action prioritaire sur son règlement).

Ce fut une fête très péroniste... On n'est pas pour rien en campagne électorale en Argentine !

Pour aller plus loin :

(1) Pipo Pescador a été une grande vedette des années 70. Alorsa y faisait allusion dans l'une de ses chansons, Clase 70, que j'ai traduite dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, publié en janvier 2011 chez Tarabuste Editions.

mercredi 12 janvier 2011

Les adieux à María Elena Walsh [Actu]

Tápenme cuando me muera
con una manta tejida
por mis paisanas.

No se acaben todavía,
angelitas de las guardas,
ay, madres mías.
María Elena Walsh, La Paciencia Pobrecita
(musique : Oscar Alem)

Recouvrez-moi, quand je mourrai,
avec un châle tissé
par mes payses.

Ne disparaissez pas si vite,
Petites anges gardiennes
oh ! Mes mères...
(Traduction Denise Anne Clavilier)


C'est d'après ces vers que la poète et compositrice María Elena Walsh avait demandé à la compagne de sa vie, la photographe Sara Facio, d'organiser ses obsèques. Et c'est ce qui fut fait. Un châle tissé aux motifs typiques des campagnes du nord de l'Argentine reposait sur le cercueil qui a été déposé, hier midi, dans le caveau de la Sadaic, la société des auteurs et compositeurs argentins, au cimetière de la Chacarita. María Elena Walsh repose désormais à côté d'autres très grands artistes créateurs qui ont tous contribué comme elle à construire la culture de leur tout jeune pays.

De très nombreuses personnalités sont venues rendre leurs derniers devoirs à l'artiste lorsque son cercueil était encore, jusqu'à hier matin, dans la chapelle ardente montée à la Sadaic : parmi les musiciens, on y a vu Jairo, Amelita Baltar, Victor Heredia, Susana Rinaldi, Teresa Parodi et Pipo Pescador, autre grand musicien qui a travaillé pour les enfants (1) avant de s'adresser, à présent, au public des adultes. Eduardo Falú, grand artiste folkloriste et vice-président de la Sadaic, agissait en qualité de maître de cérémonie.

Pour les droits de l'homme, on a vu à la chapelle ardente Estella de Carlotto, présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, et la vice-présidente, Rosa Roisinblit. Et les politiques sont venus eux aussi, avec quelques arrière-pensées électoralistes qui se sentent à des kilomètres à la ronde : Hernán Lombardi, le ministre de la culture du Gouvernement Portègne (lui, il ne pouvait pas faire autrement, mais on n'a pas vu son patron), Ricardo Alfonsín, le fils de Raúl, le président du retour à la démocratie en décembre 1983, actuellement probable candidat à la présidence de la république pour l'UCR (le parti radical), Felipe Solá qui est le chef d'un courant du Partido Justicialista (le parti péroniste de l'actuelle présidente) qui a fait alliance l'année dernière avec le PRO (le parti de Mauricio Macri), et du côté du Gouvernement national, Jorge Coscia, le Secrétaire d'Etat à la Culture, et la Présidente elle-même, venue discrètement, à 23h passées, présenter ses condoléances à la famille et repartie sans faire de déclaration publique.

Página/12 consacre une bonne part de ses pages culturelles à cet adieu et publie le dernier reportage en date qui fut consacré à la disparue de son vivant. C'était en 2008 dans les pages du supplément Яadar.

Pour aller plus loin :
lire le supplément Cultura y Espectaculos de Página/12 aujourd'hui.

(1) Alorsa y fait allusion dans l'une de ses chansons rioplatense, Clase 70. Clase 70 est intégré dans le chapitre que j'ai consacré à cet auteur-compositeur-interprète trop tôt disparu, dans 200 ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango (revue Triages, ed. Tarabuste, à paraître en janvier 2011).

mardi 11 janvier 2011

Une grande dame s'en est allée : María Elena Walsh [Actu]

C'est une très grande dame de la culture argentine que sont en train de veiller les auteurs et compositeurs au siège de la Sadaic, leur société, fondée par Francisco Canaro en 1936, et au Conseil d'Administration de laquelle elle avait encore des fonctions qu'elle ne remplissait plus guère depuis que la maladie avait eu raison de son énergie...

María Elena Walsh, écrivain, parolière, conteuse, chanteuse, compositrice, guitariste, s'est éteinte hier, dans une clinique de Buenos Aires, à l'âge de 81 ans (elle était né le 1er février 1930, dans la banlieue de la capitale), après avoir, comme le titre si joliment Clarín "appris [aux Argentins] à être des enfants et les avoir fait grandir".

C'est aussi une militante politique qui disparaît, une militante de la démocratie, hostile à tout autoritarisme. Même pendant la dernière dictature, elle a eu le courage d'ouvrir la bouche, tout en écrivant et en chantant pour les enfants. Au milieu des années 50, pour fuir le péronisme dont elle considérait qu'il s'agissait d'une dictature (1), elle était venue se réfugier à Paris où elle se mit à travailler avec son homologue, la poétesse chilienne Violeta Parra. Marquée dans l'enfance par le goût anglais de son père et l'influence andalouse de sa mère, à Paris, elle fréquenta Saint-Germain des Près, Jacques Prévert, Pablo Picasso et Charles Aznavour et publia entre autres Sous le ciel d'Argentine, dans la langue de Molière.

Le tango de la deuxième moitié du 20ème siècle lui doit aussi beaucoup. En particulier ce qui fut l'un des grands succès de Susana Rinaldi, Magoya. Et ce qui fut un pied de nez à la censure anti-péroniste qui interdisait même de prononcer le nom du général : El 45 (l'année où Domingo Perón avait gagné, d'avance, son élection au fauteuil présidentiel, en se faisant acclamer, de retour d'une brève détention, par une foule immense sur la Plaza de Mayo : sans citer le nom interdit, elle parvient à évoquer l'événement de manière plus claire encore). Une liste de 10 letras de tango est disponible actuellement sur le site encyclopédique de Ricardo García Blaya, Todo Tango, dont Como la cigarra (comme la cigale), une belle habanera très souvent inscrite au répertoire des chanteurs d'aujourd'hui et que l'on trouve sur de nombreux disques, y compris ceux des grandes voix consacrées.

María Elena Walsh avait inventé des petits personnages dont les enfants d'aujourd'hui et ceux d'hier ont suivi avidement les aventures : Liso le petit singe, Jacinta la guenon, et Manuelita, la gentille tortue verte...

Photo datant du 24 octobre 2008 (archives La Nación)
Mon premier article sur María Elena Walsh, en octobre 2008, avec Jairo, portait sur cette manifestation.

Le corps de María Elena Walsh sera porté en terre tout à l'heure, au cimetière de la Chacarita, à 11h du matin, heure de Buenos Aires. Il y a 5 heures de décalage avec l'heure de l'Europe de l'ouest.

Pour a ller plus loin :
lire l'article de Página/12, qui consacre à cette disparition l'intégralité de sa une de ce matin
lire l'article de Clarín qui, malgré un très joli titre, relègue l'info dans le corps de sa page d'accueil
lire l'article de La Nación, qui traite l'information avec un beau dossier multimédia qu'il faut néanmoins chercher un peu.

(1) Et la question mérite en effet d'être posée, car il y avait peu de liberté de la presse sous le gouvernement de Perón et les opposants avaient la vie dure. On était alors en pleine guerre froide et la démocratie telle que nous la connaissons en Europe était impraticable dans des pays qui étaient trop fragiles pour ne céder aux pressions d'aucun des deux blocs qui se les disputaient. Ce qui fait que la démocratie n'a jamais existé sur le continent pendant toute la durée de la Guerre froide et jusqu'à ce que les Etats-Unis commencent à pouvoir envisager la chute du régime soviétique, après l'élection de Jean-Paul II et l'apparition de Solidarnosc en Pologne.

jeudi 15 juillet 2010

Parution d’une anthologie argentine de poésie nationale pour le Bicentenaire [Disques & Livres]


Ce soir à la Biblioteca Nacional, dans la rue Agüero, aura lieu la présentation d’une monumentale anthologie de poésie argentine intitulée 200 años de poesía argentina et constituée par Jorge Monteleone (éditions Alfaguara). En 970 pages, cet énorme travail présente 218 poètes, hommes et femmes, depuis les auteurs de l’hymne national, écrit en 1812, jusqu’à aujourd’hui (le poète le plus jeune est né en 1959).

Chose importante et qui constitue peut-être une première dans un ouvrage répondant à ce genre de circonstance historique : les artistes de tango et les poètes du lunfardo ont leur place dans le volume, à côté de poètes dits cultos (appartenant à la grande littérature), comme Leopoldo Lugones (1874-1938), un véritable contempteur du tango, Victoria Ocampo (1890-1979) et José Luis Borges (1899-1986), qu’on reconnaît en haut à gauche sur la Une du supplément culturel de Página/12 d’aujourd’hui (en illustration), lui qui n’a pas vraiment été favorable au tango même s’il a daigné en écrire une poignée avec Aníbal Troilo d’une part et Astor Piazzolla d’autre part (1).

Parmi les poètes populaires présents dans cette somme historique :

- les trois fondateurs de la poésie nationale que furent José Hernández (1834-1886), l’auteur des deux épopées en octosyllabes que sont Martín Fierro et La Vuelta de Martín Fierro, Almafuerte, de son vrai nom Pedro Bonifacio Palacios (1854-1917), le poète autodidacte de la Province de Buenos Aires qu’on apprend par cœur à l’école, et Evaristo Carriego (1883-1912), le poète de Palermo qui inspira si fort tant Jorge Luis Borges que Homero Manzi ;

- des poètes de tango comme Pascual Contursi (l’auteur, entre autres, de Mi noche triste et de la première letra de La Cumparsita), Celedonio Flores, Enrique Cadícamo, Enrique Santos Discépolo, Homero Manzi… (2)

- des poètes de lunfardo, comme Carlos de la Púa ou Raúl González Tuñón.

Atahualpa Yupanqui (en bas à gauche sur la Une) est là aussi, le grand créateur du folklore argentin au 20ème siècle, María Elena Walsh également, connue pour son travail au théâtre, dans la chanson enfantine et la chanson populaire tout public et enfin Juan Gelman (en haut à droite, sur la Une), un poète marxiste qui est aussi chroniqueur à Página/12.

C’est donc une belle soirée patriotique et littéraire qui se prépare pour ce soir à 19h à la Biblioteca Nacional.

Pour aller plus loin :

(1) De Jorge Luis Borges, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, ed. du Jasmin (mai 2010) présente deux morceaux du disque enregistré en 1965 avec Edmundo Rivero et Astor Piazzolla : le très célèbre Jacinto Chiclana et Alguien le dice al tango, et une milonga écrite en 1968 avec Aníbal Troilo, admirablement bien chantée entre autre par Susana Rinaldi : Milonga de Manuel Flores, qui raconte les derniers moments d’un condamné à mort va être fusillé à l’aube.
(2) Tous les cinq font naturellement partie des 76 auteurs traduits dans Barrio de Tango, le livre, chacun d’entre eux pour plusieurs textes (23 pour le seul Homero Manzi, dont on célébrait le centenaire de la naissance lorsque je bâtissais cette anthologie bilingue, écrite en majeure partie au long de l’année 2007).

vendredi 12 décembre 2008

Bouquet final pour la saison 2008 du Complejo Teatral de BsAs [à l’affiche]

Pour clore sa saison 2008, le Complejo Teatral de Buenos Aires, qui se compose du Teatro Presidente Alvear (Corrientes 1659) et du Teatro General San Martín (Corrientes 1530) auquel est couplé le Centro Cultural San Martín (accès par la rue Sarmiento, derrière, à la même hauteur), organise tout ce week-end un vrai festival de spectacles et de concerts, tous gratuits, dans l’ensemble de ses salles et à plusieurs créneaux horaires, en matinée et en soirée.

De ce programme touffu, je choisis de vous présenter une sélection complètement subjective, donc parfaitement injuste et j’assume...

Au Teatro General San Martín (qui dispose d’une impressionnante collection de salles toutes très bien équipées, sur plusieurs étages et qui abrite, à l’un d’eux, les studios des deux radios publiques de Buenos Aires, la 11.10 et la 2x4), dans le Hall Carlos Morel, en matinée les deux jours, à 17h, un spectacle de théâtre intitulé María Elena, écrit et mis en scène par Héctor Presa, joué par la compagnie La Galera Encantada (la galère ravie), rend hommage à l’écrivaine, poétesse et chanteuse María Elena Walsh (à qui l’on doit quelques tangos qui ont fait date).

Dans ce même Hall Carlos Morel, samedi, à 20h, un concert de tango par le trio du bandonéoniste Walter Ríos (à 21h, lui succédera une représentation de la pièce de théâtre autrichienne Heldenplatz, Place des Héros, de Thomas Bernhard sur l’Anschluss de 1938).

Enfin toujours dans ce Hall Carlos Morel, à 22h45 samedi, un concert de musique klezmer (musique des juifs d’Europe centrale et orientale), par Marcelo Moguilevsky et César Lerner, dont les prénoms indiquent clairement qu’ils ne sont pas exactement des immigrés de la première génération. Buenos Aires est une des rares villes du monde où le yiddish est toujours parlé (il y a en particulier à Buenos Aires un théâtre yiddish qui perpétue la tradition de ce répertoire dramatique, fortement politisé, qui connut en Europe occidentale entre les deux guerres un développement extraordinaire).

Au Teatro Presidente Alvear, ce seront les dernières représentations de Las Mujeres Sabias (voir l’affiche ci-dessus), une comédie satyrique française du Grand Siècle : Les Femmes Savantes, de Molière dans une mise en scène argentine (1) de Willy Landin (et une traduction en espagnol, bien sûr). Les jeudis et vendredis, la place était à 30 $. Les samedis et dimanches, c’était déjà gratuit pendant toute la durée des représentations...

Et dire que les Portègnes croient que pour la culture, vaut mieux vivre à Paris qu’à Buenos Aires... Ils sont fous, ces Portègnes, dirait Obélix...

(1) La perruque blanche, anachronique, en fait foi, sur l'affiche. Les personnages de Molière porte la perruque brune à la mode du temps de Louis XIV. La perruque blanche n'est arrivée que sous Louis XV, du temps de son règne personnel (après la Régence).

lundi 27 octobre 2008

Hommage à María Elena Walsh [actu]

Photo publiée par Pagina/12 le 25.10.08


Vendredi, le Circolo Italiano, institution socio-culturelle d’origine italienne, a rendu, lors d’une grande fête en plein air, un hommage vibrant à une artiste complète, la Maestra María Elena Walsh, dramaturge, romancière, compositrice et poète de tango qui a à son actif plus de 50 livres dans des genres très variés.

Le tout premier, Otoño Imperdonable (automne impardonable), elle l’a éditée avec ses propres sous en 1947, elle avait alors une petite quinzaine d’années. Parmi ses oeuvres anciennes les plus connues, Canciones para mirar (1962) et Doña Disparate y Bambuco (1963), pièces de théâtre pour les enfants. Pour les adultes, Página/12 cite Fantasmas en el parque. Les trois oeuvres font partie des rééditions partielles que sort en ce moment en deux volumes la Editorial Alfaguara.

En présence d’un certain nombre de personnalités du monde artistique, dont le président de l’Académie Argentine des Lettres, le chanteur et compositeur Jairo (voir photo ci-jointe, extraite de Página/12) lui a rendu hommage en chansons, lui qui passé une bonne partie des mauvaises années en Espagne, en même temps que María Elena Walsh, puis en France où il fit une jolie carrière de chanteur latin lover exotique et qui est considéré aujourd’hui en Argentine comme un grand de la variété nationale. María Elena Walsh est l’auteur-surprise d’une de ces premières chansons à succès, composée et écrite en Espagne : el valle y el volcan (la vallée et le volcan). En fait il était venu la voir pour qu’elle l’aide un peu à se faire connaître, il lui avait montré une mélodie de son cru et elle l’avait gentiment mis à la porte. En fait, elle s’était enfermée pour lui écrire un texte qu’il trouva tout rédigé en revenant un peu plus tard à l’heure qu’elle lui avait indiquée en l’éjectant de chez elle...

María Elena Walsh s’est élevée pour les droits de l’homme et contre la dictature militaire, à la manière des artistes, avec des sous-entendus transparents, des métaphores, des allégories. Toute sa vie, elle a su mener des combats difficiles, en matière politique comme dans d’autres circonstances. L’un des orateurs de vendredi a souligné qu’elle avait survécu à un cancer des os, ce qui n’est pas si fréquent pour une personne de sa génération.

Côté Tango, à cette grande dame qui siège à l’actuel Conseil d’Administration de la Sadaic (société des auteurs et compositeurs argentins), le public doit Como la cigarra (comme la cigale), Oración a la justicia (prière à la justice) et le très célèbre El 45 (l’année 1945) où, partant d’une citation archi-connue d’un célèbre tango de Francisco Canaro (1), elle décrit avec nostalgie l’année de ses 15 ans, rappelle la sortie triomphale de Perón, après une brève relégation, sur le balcon de la Casa Rosada, acclamé par 150 000 manifestants venus en contrebas réclamer son rappel au Secrétariat d’Etat au Travail, portefeuille créé pour lui, elle y rappelle en termes forts le traumatisme des bombes d’Hiroshima et Nagasaki (eh oui, en Argentine aussi, on a perçu l’horreur) et dépeint les côtés insouciants de la vie quotidienne dans une Buenos Aires qui avait été préservée du conflit mondial et qui aimait prendre le thé à la confitería El Galeón, en admirant les élèves du Lycée militaire (cadetes) sanglés dans leur seyant uniforme alors très à la mode tandis que les électrophones diffusaient la voix de velours de Bing Crosby... Ce tango date de 1968. Et c’est en soi déjà un acte de résistance que de l’avoir écrit, chanté et enregistré.. Elle y parle, oh, sans le nommer bien sûr ! -c’était formellement interdit alors-, mais d’une manière absolument transparente pour le public, d’un homme politique passablement charismatique et alors en exil en Espagne. Peut-on imaginer une censure plus crétine que celle d’interdire de prononcer un nom propre ? Voilà ce qu’elle en dit (et maintenant je n’aurai pas besoin, moi non plus, de vous en dire plus) :


Te acordas hermana qué tiempos aquellos...
Te acordas de la Plaza de Mayo
Cuando él que te dijé salía al balcón
Tanto cambió todo que el sol de la infancia
De golpe y porrazo se no alunó [...]

Tu te souviens, ma soeur, quelle belle époque c’était ¡
Tu te souviens de la Plaza de Mayo
Quand celui que je t’ai dit est sorti sur le balcon...
Il a tellement tout changé que le soleil de l’enfance
D’un seul coup d’un seul nous a filé entre les doigts [...]
(Traduction Denise Anne Clavilier)


(1) ¿Te acordas hermano? (te souviens-tu, mon frère?), qu’elle transforme en ¿Te acordas hermana? Chacun le sien comme ça, les hommes ont le vieux, les femmes le nouveau. Et toc !
Hermano (comme hermana), ici, c’est frère (ou soeur) dans le sens amical et non pas familial du terme. En français, on dirait volontiers : Mon vieux, mon pote...