vendredi 15 août 2008

China Cruel [disques & livres]

China Cruel donnait ce midi un concert dans le cadre du programme du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires (GCBA) Todas las músicas 2008. Concert gratuit dans la salle sobre et habitée du Teatro Alvear, l’un des deux grands théâtres subventionnés par le GCBA, dans l’avenue des artistes par excellence, la avenida Corrientes dont vous entendez parler à longueur de tango, si vous écoutez les paroles...

China Cruel est une formation musicale traditionnelle de tango mais composé uniquement de femmes (ce qui l’est moins, traditionnel...). C’est une orquesta típica. Ceux qui lisent ce blog depuis sa création, notamment ceux qui ont déjà lu mon article de juillet sur Néstor Tomassini, savent désormais très bien ce qu’est una orquesta típica. Pour les autres, j’explique : c’est un ensemble composé au minimum d’un piano, d’une contrebasse, d’un violon et du célèbre et emblématique bandonéon (bandoneón, pour les puristes).

C’est donc le cas : Verónica Bellini (piano), Carolina Cajal (contrabajo), Valeria Collante (violin) et Paula Liffschitz (bandoneón). A quoi s’agrègent la guitare (électrique) de María Laura Santomil et la voix (très belle) de Viviana Scartassa.

Ce sextuor féminin qui a choisi de se baptiser d’un titre de tango, ce qui est depuis plusieurs décennies, devenue une véritable tradition, présente un répertoire qui mêle les grands classiques (ce midi, Che Bandoneón de Troilo et Manzi, La Trampera de Troilo, Libertango de Piazzolla pour ne citer que quelques morceaux) et des pièces de música propia (de leur composition). Ce matin (13h, ici, c’est le matin), nous avons donc entendu plusieurs morceaux de Verónica Bellini (paroles et musique) et un de María Laura Santomil. Personnellement, j’ai été bluffée par leur talent, leur dynamisme, leur modernité et leur respect de la tradition... J’ai en particulier aimé beaucoup le tango de Verónica Bellini Tu Muñequita verde, qui reprend dans l’univers des rencontres par chat le thème éternel du tango, l’amour n’est pas aimé (le titre fit régérence à l petite silhouette du correspondant dans les sites de chat, verte qund le correspondant est en ligne, rouge lorsqu'il ne l'est pas). Une manière de renouveler le genre particulièrement audacieuse et qui ne cherche à aucun moment à "faire moderne" et me s'amuse pas non plus à se la jouer anachronique.
De très grandes dames et, comme le veut une tradition constante en tango, elles sont fort jeunes...

Viviana Scartassa a annoncé en fin de concert le prochain enregistrement d’un disque (pour une sortie cet été, a-t-elle annoncé, entendez donc soit pour Noël soit vers février-mars). Et un DVD est aussi en projet. Quelques plans ont été filmés ce midi. Je vais surveiller cela de près et je vous tiens au courant. Je suis en train de faire ce qu’il faut pour qu’elles me communiquent leurs infos au fil de l’eau....
En Buenos Aires, es la medianoche y picos.

mercredi 13 août 2008

A l’affiche ces jours-ci [à l’affiche]

Juste une toute petite sélection de ce qui se passe en ce moment dans les différentes salles de Buenos Aires... On ne sait jamais où donner de la tête dans cette ville...

Hier à Catedral, rue Sarmiento à la hauteur 4006, le chanteur guitariste compositeur Ángel Pulice donnait un show vers minuit, une heure de plus ordinaires ici pour le tango...

Ce soir, au CCC, le chanteur et guitariste Gastón Pose presentera son nouveau disque : Vida y obra de la Chitrula. Il sera accompagné de 2 guitaristes, Javier Ruiz y Renzo Baltuzzi. L’entrée est ce soir fixée à 12 $.
Demain, comme déjà annoncé dans le programme des concerts gratuits du mois d'août, l'orchestre féminin China cruel au Teatro Alvear, avenida Corrientes, à 13h...

La semaine prochaine, dans ce même cadre du Tango de Miercoles de la Ciudad del Tango au CCC Floreal Gorini, c’est Alorsa qui s’y collera (voir les liens à droite)... Miam miam pour rappeler l'un de ses textes les plus drôles que je vous servirai un jour en bilingue : Te morfaste las facturas (tu t'es boulotté les viennoiseries).

Ce dimanche, à l´heure fort inhabituelle de 16h, La Biyuya (voir les liens à droite) présentera un concert au Complejo cultural Chacra de los Remedios dans le quartier Parque Avellaneda, entrée libre et gratuite... (Le week-end prochain sera un long week-end pour les Portègnes... Pas à cause de la Vierge Marie comme en France et en Belgique. A cause d'un día patrio, dont il faut que je vous cause prochainement et sans tarder même...)

Ce qui m’émerveille toujours dans cette ville, c’est qu’on ne peut jamais faire le tour de tous les lieux de culture qui y fourmille. Il y en a partout, dans tous les quartiers, même les plus excentrés, même les plus pauvres. Et n’allez pas croire que ce sont, comme en France, des réduits vaguement aménagés, d’anciennes salles de patronage... Ce sont de beaux centres, qui peuvent accueillir un public important...

Message personnel désormais : je l’ai promis hier à Néstor Tomassini, je vais mettre plus d’illustrations sur ce blog et en particulier sur les Chroniques de Buenos Aires. Mais a posteriori... Quand je retrouverai chez moi une configuration me permettant de décharger et de travailler les photos que je prends de cette ville somptueuse et passionnante... D’autant que Néstor compte bien me transmettre des photos de son show au CCC il y a quelques semaines.

En Buenos Aires, son las 9 :25 de la mañana. La hora de las facturas y del mate para los turistas de vacaciones. Los porteños estan laburando...

mardi 12 août 2008

Les transports publics... en portègne dans le texte [Jactance & pinta]

Subte: métro. Apocope de subterráneo (souterrain).

Les lignes passent sous les grandes avenues, la A sous Rivadavia, la B sous Corrientes. Elles ne sont jamais très éloignées de la surface. Chaque escalier donne directement sur le quai. Attention donc à ne pas vous tromper de direction quand vous êtes dans la rue, sinon vous êtes bon pour remonter l’escalier, aller jusqu’au feu rouge, attendre, traverser la rue et redescendre de l’autre côté ! Il y a en tout 8 lignes, très courtes, numérotées de A à H et chacune en moyenne compte une douzaine de stations. Trois de ces lignes sont en cours de création, elles ne fonctionnent pas encore.

Combinación : correspondance (2 entre 2 lignes et 2 stations, et 2 entre 3 lignes et 3 stations)

Remolino : tourniquet (en l’occurence le tourniquet automatique de contrôle du titre de transport, situé à même le quai, entre la boletería et la rame qui arrive (toutes les 5 mn).

Boleto . ticket (de métro, de train, de loterie, de théâtre, de pari hippique, de tout...)

Boletería : guichet. S’emploie aussi pour le théâtre. Au théâtre, on parle de "exito de boletería", ce qui veut dire que le spectacle "se joue à guichet fermé" (la boletería se cerraba al agotarse la venta de entradas).
En francés, hay dos traducciones para boleto : "ticket" si se trata de un transporte público ciudadano adentro de la ciudad o en el conurbano. También se dice "ticket" para estacionamiento, en las apuestas de carrera de caballos, en una fila de espera y por la entrada en el biografo...
Para los transportes públicos de larga distancia como el tren o el avión, se dice "billet" así como para las entradas en teatros y canchas...

Subtepass, Subtecard : deux formes d’achat de titres de transport en grand nombre. Le pass est un carton magnétisé au dos duquel le remolino inscrira à l’encre date, lieu, heure de passage et solde de voyages. Il existe sous forme de 2, 10 ou 30 viajes. La card est un support informatique de type Navigo (les Parisiens comprendront) rechargeables à volonté à partir de terminaux installés dans différentes stations... Pour les touristes, le pass 30 ne se vend que dans certaines stations supposées stratégiques pour les étrangers (Florida par exemple, la grande rue commerçante où les envoient tous les hôtels de la ville). Le pass n’a pas de date de validité, il sera toujours valable l’année prochaine quand vous reviendrez épuiser les 2 ou 3 voyages que vous n’aviez pas consommés.

Colectivo : bus

Colectivero . chauffeur de bus.
La voz tecníca francesa es "machiniste" pero sólo los profesionales la usan. Todos los demas dicen "chauffeur".
En Argentine, comme partout en Amérique du Sud, le véhicule appartient presque plus à son chauffeur qu’à l’entreprise... Un colectivero aménage donc son bus à sa façon, surtout son poste de conduite. A Buenos Aires, les chapelets sont de sortie, comme l’éternelle image de la Vierge de Luján et la non moins obligatoire image de Carlos Gardel !
Cette manie de la personnalisation du véhicule était telle qu’il y a plusieurs décennies, la Ville a dû interdire aux colectiveros de confier leur machine aux mains d’un fileteador, ce peintre populaire maître d’un art propre à Buenos Aires et qui remplit la ville. Une peinture très vive, très colorée, caractérisée par un jeu de volutes et d’arabesques à perte de vue. Du coup sur un bus, les informations pratiques n’étaient plus discernables : nº de ligne, destination finale... Les colectiveros ont conservé le droit de faire peindre sur l'avant de leur engin ou ses flancs un petit filete de rien du tout. Alors quand vous le repérez, le petit filete de rien du tout, et qu’il vous voit armer votre appareil photo, le colectivero se rengorge derrière son volant, il va même jusqu’à ralentir pour vous laisser prendre la photo. J’en ai même vu un qui s'est arrêté devant moi et m'a saluée d’un grand sourire...

Un grand chanteur de tango a été colectivero : Roberto Goyeneche, el Polaco. Il put abandonner son volant lorsqu’il fut engagé dans l’orchestre de Horacio Salgán en 1952.

Metrovías : organisme directeur des transports publics de Buenos Aires. Gère les infrastructures et le personnel du métro et des lignes de bus.

Remis : voiture de remise. Il s’agit d’une voiture banalisée qui charge une clientèle de particuliers pour les trajets intra- ou inter-urbains contre un montant forfaitaire établi à l’avance. On commande un remis par telephone. Les remis sont réglementés et surveillés comme les taxis avec lesquels ils se partagent le marché sans chamaillerie. Ils sont particulièrement intéressants pour se rendre de la ville à l’aéroport international. Dans l’autre sens, c’est le taxi que votre portefeuille vous conseillera... Mais ce que vous verrez en premier en débarquant, ce sont les 5 comptoirs des compagnies remiseras installées dans le hall de l’aéroport, juste à la sortie de la livraison bagages.

Et pour finir, un mot-vestige d’un métier disparu : el mayoral...
En français, c’est le receveur du bus ou du tramway, voire le poinçonneur de l’entrée du quai à Paris jusqu’aux années 50. Le tango parle beaucoup du mayoral. C’est qu’ils avaient fière allure dans l’uniforme de leur compagnie (généralement anglaise)... Pour faire pendant au désespoir du Poinçonneur des Lilas de Serge Gainsbourg, Buenos Aires a la sémillante Milonga del Mayoral d’Aníbal Troilo et Cátulo Castillo....

lundi 11 août 2008

Otro domingo en Buenos Aires

Un autre dimanche à Buenos Aires...

Oración criolla

Outre ce que ce dimanche a de particulier, être el día del niño (la fête des enfants), c’est comme tous les dimanche un jour de visite au cimetière pour aller fleurir la tombe d’un être cher. J’ai donc fait comme tout le monde : je suis allée ce matin me recueillir sur la tombe de Carlos Gardel au cimetière de la Chacarita. Pedibus jambus pour une bonne partie du chemin. Il n’y a qu’ainsi qu’on peut connaître, sentir, apprendre une ville et surtout celle-ci... Et puis je voulais en profiter pour passer esquina Corrientes y Scalabrini. Je voulais voir le monument à Osvaldo Pugliese tout récemment restauré et présenté au public fin juillet. L’artiste, Paula Franzi, a réalisé un très beau travail, avec un Pugliese affable devant son piano quart de queue ouvert, portant l’un de ces smokings blancs immaculés qu’il aimait revêtir pour ses concerts. Il est même plus ressemblant en smoking derrière le piano que dans le buste très solennel, pourtant la pièce maîtresse de l’ensemble... Il est vrai que la figurine du pianiste est traitée avec humour -et il en avait à revendre, le croque-note bigleux et tout frêle, sans cesse souriant, même après un enième séjour arbitraire en prison. Alors que le buste est d’un sérieux qui frise le sinistre et ça lui va plutôt mal au teint...

Quand on arrive au cimetière de la Chacarita, trouver la tombe de Gardel est un jeu d’enfant et pourtant elle n’est indiquée nulle part. Pas de parcours flêché contrairement à ce à quoi s’attend le touriste européen. Et pourtant même moi, qui n’ai guère le sens de l’orientation, je la trouve sans difficulté. Elle se trouve dans la section 1 (des plans à l’entrée vous indiquent où se trouvent les sections), au croisement de la diagonale 115 avec les calles 6 et 17. Pour trouver la calle 6 (la rue 6), il vous suffit d'arriver par l’entrée principale (face à la gare Federico Lacroze) et de prendre la grande allée latérale, aussitôt sur votre gauche, dès que vous êtes en bas des marches. Passez le monument au syndicaliste Augusto Vandor puis celui dédié au pionnier de l’aviation Jorge Newberry (1875-1914) et face à l’indication (que vous lirez à main gauche) “Acceso a Galerias 10”, bifurquez à 90º sur votre droite : c’est la calle 6. La tombe est à 300 m environ tout droit. Impossible de la rater...
Impossible aussi de rester neutre devant l’énorme quantité d’ex-votos de toute sorte, dont certains proprement religieux, qui couvrent littéralement chaque centimètre carré disponible du monument. On lit ici et là : "Carlitos, merci pour les grâces reçues"...
Parmi les plus émouvantes de ces plaques, celles que l’on ne remarque pas tout de suite, les plus anciennes, les plus intimes... Celle de son chauffeur, une petite plaque en façade, apposée en 1944, signée el Aviator et dédiée autant à Gardel qu’à sa maman, morte en juillet 1943, huit ans après son fils, et enterrée là elle aussi (il les avait servi tous les deux et il faut savoir que c’est de lui car il n’a signé son offrande que de son seul surnom, celui dont son patron l’avait affectueusememt affublé). Celle d’Azucena Maizani, sur le mur du fond, grande chanteuse et compositrice de tango très amie avec Carlitos, un homme aussi doué pour l’amitié masculine et féminine que guigneux en amour. Mais Gardel a toujours expliqué qu’il avait renoncé à tout bonheur à deux après ses noces avec la musique. Il n’aurait pas pu se partager entre le tango et une femme. Alors il a eu des amis, intimes ou moins proches, beaucoup d’amis et il semble, à voir l’émotion des pélerins qui se rendent sur sa tombe, qu’il inspire encore l'amitié au-delà de sa mort si tragique, le 24 juin 1935, sur cet aéroport de Medellín.

Et avant de quitter Gardel, avec ou sans signe de croix, avec ou sans allumage rituel de cigarette dans la main de la statue au sourire éternel, il faut visiter, à 50 m environ, la tombe d’un ami cher à Gardel, Celedonio Esteban Flores, l’auteur de ce Por la pinta que Gardel découvrit en cherchant les pronostics hippiques du lendemain dans le journal Crítica et dont il fit le tango Margot, l’auteur de Corrientes y Esmeralda, l’auteur de El bulín de la calle Ayacucho, l’auteur de Pan... Dans cet imposant mausolée, il dort de son dernier sommeil veillé par les plaques que firent poser son épouse, ses neveux et plusieurs amis proches... C´était Homero Manzi, alors président de la Société des Auteurs et Compositeurs Argentins (Sadaic) qui avait prononcé l’éloge funèbre le jour de ses obsèques, en 1947...

On sort de cette ville des morts, paisible et apaisante, avec l’impression de les voir croisés... Et c’est vrai, on les a croisés dans ce lieu... Dans le carré des personnalités, presque à l’autre extrémité du cimetière, sur la tombe de Pichuco, à l’arrière du monument, il y a une phrase qui exprime cette expérience mieux que tout : ici vit Aníbal Pichuco Troilo pour toujours dans le souvenir des ses amis...

San Telmo le dimanche...

Après déjeuner et surtout s’il fait beau, ce qui est souvent le cas en cette période de l’année, il faut se rendre à San Telmo dans la rue Defensa devenue piétonne pour la journée et flâner pour découvrir ce qu’est à Buenos Aires el arte callejero (l’art qu’on pratique dans la rue). On a du mal à imaginer en Europe le nombre d’artistes qui vivent et créent dans cette ville. Cela fourmille, il y en a partout, dans tous les genres, pour tous les goûts. Il faut donc prendre son temps et regarder passer un quatuor métissé de tambours traditionnels avançant au pas cadencé et lourd si typique du candombe de défilé (juste retour d’un peu de négritude dans cette rue qui était au 19e siècle le chemin de toutes les processions des noirs de Buenos Aires), écouter ici un petit ensemble de jazz, admirer ailleurs un mime ou une statue vivante, et plaza Dorrego, il faut chercher (on trouve très vite) deux danseurs portant beau, plus très jeunes –mais est-ce que ça veut encore dire quelque chose quand il s’agit d’eux ?- deux authentiques tangueros qui sont tout entiers tango et qui dansent de l’intérieur d’eux-mêmes... L’anti-Tanguera de la rentrée au Châtelet, le vrai de vrai tango arrabalero, le tango canyengue, le tango des faubourgs, des titis et des gens simples qui expriment le plus profond d’eux-mêmes dans une danse... Pochi et Osvaldo Boó... Lui invite les spectatrices à danser et ce n’est que du bonheur si vous acceptez l’invitation, même si vous détestez, et c’est mon cas, savoir les yeux de tous fixés sur vous... Ils aiment danser le tango simple et bien marqué de D’Arienzo. Ils enseignent et doivent être d’excellents pédagogues, si j’en crois les quelques conseils qu’il m’a glissés à l’oreille tandis que nous dansions et tout ce qu’elle m’a confié sur ce qui fait l’essentiel du tango pour elle, dans sa vie de porteña.
Tous deux figurent au programme des réjouissances diurnes de la usina tanguera que sera l’ancien magasin Harrods dans la rue Florida pendant le Festival de Tango, à la fin du mois. Tailler une bavette avec Pochi pendant qu’Osvaldo invite tout son monde à tour de bras. Danser avec un bailarín de ley (un vrai danseur). Faire la connaissance de tous leurs amis qui passent là pour les saluer...
Bonheur d’être partie à l’autre bout de la Terre et de faire là de vraies rencontres avec les vrais gens...

Autre découverte fortuite de cette balade au fil de l’eau, celle d’une jeune Orquesta Típica, La Ciudad Baïgon, jouant sur un bout de trottoir pour un public averti. 4 bando, 3 violons, 1 alto, 1 violoncelle, la contrebasse et le piano droit (complètement déshabillé pour mieux sonner) et 1 chanteur (Alejo Raimondi. Avec un nom pareil, il ne peut que bien chanter et c’est ce qu’il fait). Quand je suis passée là, je l’ai entendu interpréter Mi tango triste, simplement, sans chercher l’effet, en suivant juste ce que les auteurs ont dit avec les vers de l’un (José María Contursi) et les notes de l’autre (Aníbal Troilo)...
Le grand chanteur Roberto Goyeneche a raconté un jour les consignes que Pichuco lui donnait quand il était chanteur de son orchestre : ²ce qu’il faut, c’est que le chanteur raconte l’histoire au public. Chanter, c’est l’orchestre qui s’en charge².
Ciudad Baïgon, qui doit son nom à un celèbre morceau de rock argentin, a déjà enregistré un disque (disponible chez Zivals) : Ciudad Baïgon Orquesta Típica, ed. Babayaga. Ils sont aussi présents sur Internet, avec leur site, actuellement en cours de relooking donc temporairement peu et mal accessible, et sur Myspace :

Leur site : http://www.ciudadbaigon.com.ar/, et aussi www.myspace.com/ciudadbaigon

Autre bavette, cette fois avec le violonceliste Julián Peña, pour apprendre que Ciudad Baïgon est attendu à Paris début octobre pour un concert organisé par le DJ de milonga Matias (bien connu des danseurs de tango parisiens) puis à Bruxelles et dans d’autres villes d’Europe. Auparavant, ils auront apporté leur écot au Festival lors d’un concert au Centro Cultural Julián Centeya de Boedo...

Pochi et Osvaldo Boó, quant à eux, bien que largement septuagénaires l’un et l’autre, sont attendus à la rentrée à Rome et passeront peut-être par la France ensuite...

Ils me tiendront tous au courant puisque nous avons échangé nos emails. Je vous informerai en temps et en heure du moindre mouvement des uns et des autres...
En Buenos Aires son las 22.30

dimanche 10 août 2008

Feliz Día del Niño

Tous les 2èmes samedis d’août, les Argentins célèbrent la Fête des Enfants, comme, un peu plus tard, la Fête des Mères (Día de la Madre).

El Día del Niño tombe donc cette année le 10 août et donne lieu ce week-end à de nombreuses manifestations, les unes à connotation conviviale (fète de patronage, de paroisse, de club de quartier, d’entreprise type arbre de Noël...), les autres à caractère nettement plus mercantile, comme les promotions qu’ont offertes ce samedi ou toute cette semaine la plupart des magasins de jouets et les boutiques de bonbons. Dans les boutiques de jouets sur l’avenue Rivadavia, j’ai pu constater cette aprés-midi une effervescence peu habituelle. Rien à voir cependant avec le déferlement consumériste qu’une telle fête entraînerait sous nos latitudes (souvenons-nous de ce que fut il y a quelques années le lancement d’Halloween dans nos pays francophones).
Et Buenos Aires y est allée de sa propre fête pour les petits : 100 Obeliscos para los chicos. Le long d'une portion de l'avenue 9 de julio, le Gouvernement de la Ville a fait disposer une centaine de reproductions de l'Obélisque pour que tous les gamins donnent libre cours à leur imagination et leur créativité sur les 2 m de hauteur de ces modèles réduits. El Obelisco, le vrai, lui, en mesure 30, à l'intersection de Corrientes et 9 de Julio, et depuis son érection en 1936, il est à Buenos Aires ce que l'Atomium est devenu à Bruxelles en 1960 et la Tour Eiffel à Paris en 1889.

Alors bonne fête à tous les enfants d’Argentine.
(En Buenos Aires son las 21:47...)

vendredi 8 août 2008

Lexicón de las vacaciones [Jactance & pinta]

Lever le pied (pop) : [literalmente: subir el pie... es decir dejar de pisar el accelerador. Vocabulario de coche] Significa: empezar a trabajar menos, ponerse a trabajar con un ritmo más lento, con menos estrés

Ne pas en faire lourd (pop), ne pas en faire une louche (une rame) (argot) : no trabajar mucho

Farniente (pop) : descanso (del italiano)

Ne rien faire de ses 10 doigts (pop) : [literalmente: no hacer nada con los 10 dedos] Significa: no hacer nada

Avoir les doigts de pied en éventail (pop) : [literalmente: tener los dedos de los pies abiertos en forma de abanico]. Significa:no hacer nada (descansar panza arriba)

Se la couler douce : aprovechar el tiempo de descanso sin hacer ningun esfuerzo

Faire des bulles, buller (pop) : [Literalmente: faire des bulles se puede traducir hacer pompas de jabón. Lo que es muy útil del punto de vista económico... Buller es el verbo de la voz bulle (pompa)]. Significa: no hacer nada, no trabajar.

Se coucher à pas d'heure (pop) : [literalmente: ir a la cama a no hora]. Significa acuestarse muy tarde (o muy temprano) después de trasnochar

Roupiller, pioncer, en écraser (argot) : dormir

Faire / piquer un somme (pop), faire / piquer un roupillon (argot) : hacer una siestita

Faire la grasse matinée (pop) : [literalmente: hacerse la mañana gorda]. Significa: quedarse en la cama hasta muy tarde por la mañana.

Lézarder (pop) : quedarse tranquilo tomando el sol o aprovechando el calorcito de este, hasta en la sombra... Es el verbo de la voz lézard, subst. m. (largato)

Bronzer idiot (pop) : se dice de la gente que pasa todas las vacaciones tomando el sol en la playa sin tener ninguna actividad intelectual, cultural ni artistica (dando que las ciudades balnearias en Europa son las más de las veces muy cerca de una cantidad tremenda de cosas culturales: antiguas ciudades del Imperio Romano o de Grecia antigua, ciudades pre-romanas, museos de todo tipo, muestras de arte, festivales). Se podría traducir como broncear a tal punto que te quedas la cabeza vacia por tanto tostado...

Piquer une tête dans l'eau (pop) : [literalmente: tirarse la cabeza en el agua]. Significa bañarse y nadar.

Prendre l’apéro, se prendre un petit apéro (pop. Se dice "prendre l’apéritif" en el francés elegante). Es una de las actividades rituales del verano en Francia: tomar una copa antes de la comida o la cena...

Jouer aux boules : un juego muy social oriundo del sur de Francia que ahora se juega en todo el territorio y hasta afuera del país. Hay dos grandes tipos de juego, les boules (principalmente en Lyon) y la pétanque (principalmente en Provenza). Se juega con pelotas metalicas lo bastante pesadas y una pelotita muy ligera, blanca, que se llama le cochonnet. Se tira el cochonnet lo más lejos posible y el juego consiste en tirar dos pelotas (boules de pétanque) por cada jugador lo más proximo al cochonnet, hasta desalojar el cochonnet o las pelotas de los adversarios. La diferencia entre Lyon y Provenza se queda en la tecnica para tirar: en Lyon se corre antes de tirar la pelota, en Provenza se queda muy fijo, sin desequilibrarse.

Le tout arrosé d’un petit rosé : le rosé es el vino rosado, muy en voga hoy en día por todo el país en cada verano. Primero era un vino de Provenza, muy popular, sin exito comercial afuera de la región (districtos administrativos del Var, Bouches du Rhône, Hérault, Alpes Maritimes...) Ahora casí todas las regiones viticolas del país producen Rosés. Tiene la reputación de ser bajo en alcohol (es una mentira...) y de salir bien con casí todo tipo de comida y cocina, con carne, con pescado, y eso es cierto. Se dice que es la mejor elección de vino para beber con la cocina china y la cocina vietnamita...

jeudi 7 août 2008

El día de San Cayetano

Aujourd’hui, à Buenos Aires, on vénère le saint patron du pain et du travail (el Patrono del Pan y el Trabajo), San Cayetano (illustre inconnu sous nos latitudes francophones), dans son sanctuaire du quartier de Liniers (sud-ouest de Buenos Aires).

Imaginez-vous que cette nuit, il y avait une file d’attente de 20 cuadras pour entrer dans le sanctuaire... Quand on sait qu’une cuadra (1) mesure environ 100 mètres !
Depuis plusieurs semaines, des fidèles campent aux alentours de la Basilique pour entrer dans l’église à l’ouverture des portes le 7 août à minuit. La nuit, il fait un petit 5° en cette saison à Buenos Aires.

Pour s’occuper de tout ce monde, le diocèse a mobilisé 200 prêtres pour répondre aux demandes spirituelles et 1200 volontaires pour veiller sur les personnes et distribuer pain, bouillon et mate cocido (une infusion revigorante qu’on obtient à partir de la yerba mate séchée et déjà cuite, dans le breuvage rituel consommé sous sa forme traditionnelle, calebasse et paille de métal, la yerba est séchée mais encore crue...).

Entre 4h ce matin et 23h ce soir, il y aura une messe toutes les heures. Le Cardinal Jorge Bergoglio s.j., archevêque de Buenos Aires et Primat d’Argentine, préside la messe solennisée de 11h du matin.

San Cayetano, canonisé en 1671, s’appelait en fait Gaetano da Thiene (Gaëtan de Thienne en français). Il était né dans une grande famille de l’aristocratie financière de Vicenza en Italie du nord, en 1480. Un personnage à la saint François d’Assise mais un peu plus arrondi dans les angles... A l’issue de brillantes études de droit canon et de droit civil à l’Université de Padoue, il devint clerc, bâtit une église dédiée à Sainte Marie-Madeleine sur les terres de sa famille (un peu comme St François) afin d'y faire fonder une paroisse, qui existe toujours aujourd'hui. Sa haute naissance et ses compétences juridiques lui valurent alors de devenir secrétaire d’un Pape. Puis ayant enfin accepté de devenir prêtre, ce dont il s’était longtemps senti indigne, il retourna en Vénétie où il fonda un hôpital pour les incurables. Avec un ami évêque, il fonda plus tard la congrégation des théatins, qui se sont consacrés à la liturgie tout en donnant aux yeux du monde un modèle de vie bâtie sur l’idéal de pauvreté évangélique, dans cette Italie de la Renaissance dominée par les intérêts financiers des grands marchands. Il est mort en 1547, sur un grabat, volontairement, comme les gueux qu’il avait choisi de servir, refusant les soins du médecin particulier auquel son rang lui donnait droit, à Naples, dont il est devenu le co-patron avec San Genaro.

Son culte est arrivé sur les bords du Río de La Plata dans le balluchon des immigrants napolitains, les Tanos, comme on les appelle en lunfardo (2) et on l’ a installé dans un sanctuaire, loin du centre, dans un faubourg tourné vers la cité mariale de Luján. C’est de ce sanctuaire que partent les pèlerinages mariaux chaque 1er samedi d’octobre et chaque 8 décembre (80 km à pied). C’est assez récemment que San Cayetano est devenu en Argentine le Saint Patron du Pain et du Travail : en 1929, quand la crise économique mondiale a frappé tout le pays, et avec quelle violence, produisant partout un chômage tel qu’on n’en avait encore jamais connu.

[...] Soñé que yo iba a la cancha y no había más choripanes
Que cuatro viejos echaban a Maradona de los mundiales
Soñé que te ibas muy lejos, que ya no podía verte
Soñé que haciendo el amor uno se podía contagiar de muerte
Soñé que san Cayetano junaba contento el mundo
Porque el día que todos trabajen él va a tener que buscar laburo
Ay, ay, ay, ay, qué pesadilla, mamá, no me dejes solo! [...]

La Pesadilla (le cauchemar), d’Alorsa et La Guardia Hereje
Tango Criollo Club à La Plata

[...] J’ai rêvé que j’allais au stade et qu’il n’y avait plus de sandwich aux merguez (3)
Que quatre vieux avaient sorti Maradona du Mundial (4)
J’ai rêvé que tu t’en allais loin, que je ne pouvais plus te voir.
J’ai rêvé qu’en faisant l’amour, on pouvait se contaminer à mort.
J’ai rêvé que San Cayetano biglait le monde d’un oeil ravi
Parce que le jour où tout le monde travaillera, lui, va falloir qu’il cherche du boulot.
Oh là là ! quel cauchemar, Maman, me laisse pas tout seul ! [...]
Traduction Denise Anne Clavilier

La Pesadilla, de et par Alorsa accompagné de ses musiciens de la Guardia Hereje (cartouche de trois chansons, à droite de l’écran) : http://www.myspace.com/laguardiahereje
Prochainement, au Tango Criollo Club de La Plata, on attend le chanteur Dema et son ensemble la Petitera ainsi que la Orquesta Típica Fernández Fierro. Mais ce n’est pas pour tout de suite...
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Et pendant que les Portègnes et les banlieusards de Buenos Aires réclament du travail et du pain à San Cayetano, ici, en Europe, on fait pendant au moins 15 jours la fête à Saint Farniente, sous la canicule ou les orages. Même les ministres sont en vacances, avec, en ce qui concerne les membres du gouvernement français, un disque de Carla Bruni dans leurs bagages, cadeau présidentiel offert au cours du dernier Conseil des Ministres (si, si !). Peut-être même qu’il y a interrogation écrite à la rentrée, ces messieurs-dames los funcionarios galos (5) ont sans doute intérêt à bien l’écouter. Qui sait si leur maintien en poste n’en dépend pas...

Tous ceux qui en ont les moyens, Belges, Suisses, Français ou Luxembourgeois et tous les autres de toutes les autres langues (il y en a 23 dans l'Union européenne), tout le monde se la coule douce à la plage, au bord de la piscine ou sur les routes du vin (rien qu’en France, il y a en plusieurs)... Et pour tous les Franciliens qui ne peuvent pas partir en vacances, de plus en plus nombreux, comme partout dans le pays, hélas, Paris a dressé pour un mois sa fausse plage désormais annuelle sur les quais de la Seine...
(1) cuadra : portion de rue qui s’étend entre deux croisements avec deux autres rues perpendiculaires. Comme toutes les villes de l’Empire colonial espagnol, Buenos Aires est construite sur un plan à l’antique (façon Rome impériale) : toutes les rues se croisent à angle droit. Le centre s’orne néanmoins de 2 Diagonales et c’est tellement exceptionnel qu’elles prennent toutes les deux un D majuscule. Elles ont été percées au tout début des années 30, dans le cadre des grands aménagements qui marquèrent le 4ème centenaire de la fondation (1936). Le tango Anclao en París (Guillermo Barbieri-Enrique Cadícamo) y fait allusion...
(2) Tano : abréviation de Napolitano. C’est le surnom qui fut donné au chanteur Ignacio Corsini, contemporain de Carlos Gardel. C’est celui de la grande chanteuse Susana Rinaldi La Tana (née à Noël 1936).
(3) Choripán (contraction de chorizo y pan) : sandwich garni d’une saucisse grillée au barbecue, le chorizo argentin, qui ressemble un peu à notre saucisse de Toulouse.
(4) Alorsa, qui est fan de Maradona comme 99,99% de ses compatriotes, fait ici allusion à un épisode de la Coupe du Monde de 1994, aux Etats-Unis. Les autorités de la FIFA ont exclu Maradona, pour résultats douteux (et non pas positifs) à un contrôle anti-dopage. Beaucoup d’Argentins pensent que la FIFA n’avait fait qu’appliquer une mesure de représailles du pays hôte contre un joueur fort en gueule qui n’hésitait pas (et n’hésite toujours pas) à proclamer son admiration pour un certain Fidel Castro...
(5) ministres français (en portègne dans le texte)

Tanguera, au Théâtre du Châtelet, à Paris, pour la rentrée [ici]

Cette comédie musicale du compositeur et arrangeur Gerardo Gardelin, sur des chansons écrites par Eladia Blázquez, se donnera à Paris, au Théâtre du Châtelet, du 2 au 21 septembre prochain. La chorégraphie du spectacle est de Mora Godoy, une chorégraphie réputée du tango escenario (sans doute la meilleure derrière Juan Carlos Copes), et la mise en scène est de Omar Pacheco. Le spectacle est parrainé par le chef d’orchestre classique argentino-israëlien (et même palestinien depuis quelques mois) Daniel Barenboïm, ce qui est un gage de qualité.

Le texte de présentation du spectacle pourrait néanmoins faire craindre le pire, tant il accumule les clichés racoleurs et creux, dignes des pires slogans publicitaires du tango à touristes :

"Une comédie musicale où la passion et la sensualité s'incarnent dans la danse et le chant : Tanguera offre un retour aux racines du tango et nous plonge dans l'ambiance électrique des quartiers populaires de Buenos Aires. Un spectacle argentin incandescent !"

L’argument, annoncé par le théâtre, dit :

"Une jeune française, Giselle, débarque à Buenos Aires avec la première vague d'immigration du début du 20e siècle. Appâtée par les belles promesses de Gaudencio, tenancier d'un cloaque de bas étage, elle devient danseuse et se retrouve entraînée dans la prostitution. Elle est maintenant une "Tanguera", dépendante du tango, vivant sous la menace des hommes de main de Gaudencio. Très vite, son talent en fait la meilleure danseuse du cabaret. Lorenzo, docker rencontré sur le port lors de son arrivée, s'est épris d'elle. Il va tout faire pour conquérir son amour et la sortir de cet endroit sordide, au risque d'y laisser sa vie.

Vu les costumes portés sur l’affiche, si Giselle est venue avec la première vague d’immigration au début du 20e siècle, elle est sérieusement en avance sur son temps, point de vue vestimentaire. Quant au vocabulaire de cette présentation, il est aussi anachronique que les calembours dans Astérix : les demi-mondaines qui dansaient avec la clientèle masculine riche des cabarets s’appelaient des milongueras, abrégé parfois en milongas (et non pas tangueras). Qui plus est, les cabarets étaient certes des lieux de mauvaise vie mais en aucun cas des bouges sordides. Bien au contraire, c'était des endroits très chics, façon One Two Two ou Chabanais. Les bouges existaient mais les filles n'y dansaient guère... Quant à l'histoire, elle semble réduire ici à un schéma mélodramatique vaguement populiste et hyper-sentimental le sacro-saint trio milonguera-protecteur-amant. Or ce trio est en fait dans le répertoire du tango un archétype qui sert de support à une contestation sociale et politique particulièrement riche bien plus qu'à un quelconque érotisme, qu'il soit langoureux ou enflammé...

Une fois exprimées ces réserves sur la présentation officielle du spectacle, tous ceux qui aiment les chapeaux portés de guingois par des rouleurs de mécaniques, les longues cuisses dénudées de filles sculpturales, lees morceaux de bravoure chorégraphiques, les ganchos ébouissants à la hauteur de la taille et les concours de vitesse dans l’exécution des tours en auront pour leur argent... Qu'ils ne se privent donc pas...

5 catégories de places, de 17,50 € (au poulailler, comme on dit dans les Enfants du Paradis, ici le 5ème étage biais) à 80,50 € à l’orchestre, au 1er étage face et biais et au 2ème étage (2 premiers rangs face et premier rang biais).

On peut réserver ses places en ligne sur le site du théâtre du Châtelet :
http://www.chatelet-theatre.com/2008-2009/index.php#/tanguera-267-fr/

Noelia Moncada et Tangoloco au Velma Café [à l’affiche]

Noelia Moncada, chanteuse de tango et professeur de chant, se produit sur la scène du Velma Café, dans le quartier de Palermo, mardi 19 août à 21h30 (entrée : 30 $)

Elle y donnera un concert de tangos, valses et milongas...

Noelia Moncada a participé au dernier disque du Maestro Raúl Garello, Tocata para Sexteto (Pichuco Records), où elle reprend ¡Viva el tango! (après Roberto Goyeneche et Gustavo Nocetti) et a enregistré la première version chantée de Homero en Flor (deux morceaux dûs à la plume du Maestro Horacio Ferrer).

Une belle voix, profonde, abyssale et pourtant claire, des interprétations lyriques. Une grande chanteuse de tango, une personnalité qui s'entend...

Pour éviter d’être tout à fait frustrés de ne pas pouvoir aller là-bas l’écouter (si ça peut vous consoler, le Velma Café, c’est une des tanguerias les moins données de Buenos Aires !), vous pouvez l’entendre et la voir sur son site : http://www.noeliamoncada.com.ar/
Vous pouviez y décharger des documents de toute beauté...

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Le samedi, Tangoloco, le sextuor conduit par Daniel García, continue sa présentation de son disque Tangos de Liverpool où il a tanguisé, avec grand talent, quelques standards immortels des Beattles.
Ce samedi, 9 août, à 21h (entrée 35 $), Tangoloco aura comme invitée d’honneur la chanteuse Julia Zenko, qui a été l'une des 3 titulaires du rôle de María dans María de Buenos Aires, l’opéra-tango emblème de la capitale argentine, la première oeuvre commune d'Astor Piazzolla et Horacio Ferrer, dont c'est cette année les 40 ans de la création...

Daniel García et Julia Zenko interprétant ensemble Con las alas del alma, de Daniel García et Eladia Blázquez (tango datant de 1995) sur Youtube (il n’y a pas grand-chose à voir mais en revanche, on entend bien) : http://www.youtube.com/watch?v=yponswCi9NM

ETvaB, ne pas être déçu du voyage, pile, donner sa langue au chat [Jactance & pinta]

E.T.v.a.B : acronyme (totalement incompréhensible à Buenos Aires, c’est un code pour initiés) de la phrase "El Tango vuelve al Barrio" (en français : "le tango revient dans le quartier" o, al francés más popular: "le tango se ramène dans le coin"). El Tango vuelve al Barrio est le nom sous lequel Cucuza et Moscato se produisent ensemble. C’est aussi l’adresse email qu’ils se sont créée.

Parlure (pop. parisino) : habla.
En los suburbios de París, se dicen varias cosas así, que no existen en las demas regiones del país. "A la revoyure" es "au revoir" (adiós o hasta luego).

Ne pas être déçu du voyage : se traduce "no salir desilusionado por el viaje" y significa exactamente el contrario. Una forma de eufemismo al revés muy frecuente en el francés oral. Se dice cuando se siente una desilusión fuerte después de algo muy esperado, algo que resultó difícil de alcanzar, algo que costó mucho, algo en que se pusó mucha ilusión que se derrumbó...
De la misma manera, se dice "pas mal" para decir bárbaro, "pas mauvais" para decir excelente, "pas rien" para decir algo muy grato, muy importante, muy impresionante. Pero "pas terrible” significa muy mal, horrible y "terrible" es bárbaro, extraordinario, bellisimo...

Pile : en punto (en cuanto a la hora), exactamente, con precisión

Donner sa langue au chat : significa dejar todo esfuerzo para adivinar un enigma

Meugnon : pronunciación mala de mignon, adj. masc. (lindo, gracioso, agrabable, amable...)

L’Hexagone : es para Francia lo que el Cono Azul es para la Argentina. Un apodo.

Cucuza et Moscatel reviennent dans le quartier ! [à l’affiche]

Le titre n’est pas de moi, en tout cas pas tout à fait. C’est avec cette information complètement déjantée ("bien piola", dirait-on à Buenos Aires) que le chanteur Hernán Castiello et son pote, le guitariste Maximiliano Luna, annoncent leur prochain concert (leur "show", en parlure locale) le vendredi 22 août à 21h, au Bar el Faro, dont ils donnent la date de fondation (1931) et dont ils oublient de rappeler l’adresse !!!!

En revanche, ils pensent à indiquer le nombre de places assises qui furent occupées il y a un an dans la salle (50 à 60), et le nombre de places debout au comptoir (100 et des poussières... Et on dit que ce sont les Marseillais qui sont des esagérateûrs !). Ils indiquent aussi le prix de l’entrée (18 $).

La place me manque dans ce blog pour vous traduire la logorrhée délirante et amphigourique de leur annonce. C'est à mourir de rire... Mais je me fais une raison (me resigno), la traduction en tuerait la verve, en massacrerait la folie douce... C’est écrit en portègne 100% pur jus. Comment voulez-vous que ça passe en français !

Je répercute juste quelques infos utiles :

1) Hernán Castiello s’est produit avant-hier et hier (5 et 6 août) et se produira à nouveau le 21 août avec la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires au Cine-Teatro 25 de Mayo et au Teatro Alvear, dans le cadre des concerts thématiques de cet orchestre (ça vous garantit un talent de chanteur). Et si jamais il vous restait l'ombre d'un doute, sachez qu'en 2007, il a remporté le Prix Hugo Del Carril (un très grand chanteur des années 40 et 50), avec Amparo González (catégorie voix féminine), avec laquelle ces trois jours-là il partage l’affiche sous la direction des Maestros Garello et Marconi. Pas rien non plus ! Cucuza, c’est lui... C’est meugnon, comme surnom, vous ne trouvez pas ?
Le concert au sein de la Orquesta de Tango de la Ciudad de BsAs s'appelle Todo Canto.

2) Quant à Maximiliano Luna, surnommé Moscato et qui s’est auto-surnommé Moscatel rapport à son actuel voyage en Europe ("vida trasnochada en el Viejo Mundo"... 'Pourraient rester polis, tout de même : le vieux monde, c’est nous, l’Europe !). Moscato est donc actuellement chez nous et même plus précisément pile dans l’Hexagone, et il est censé en revenir juste pour le concert, en fils prodigue, avec les 16 heures de vol dans les pattes, le décalage horaire et le choc thermique en prime, mais passé au moule ("rafinado", dit Cucuza dans son mail) par l’air, la cuisine, le boire et les coutumes françaises (je ne fais que traduire)...

Il ne doit pas être déçu du voyage, le pauvre... Ils se font une idée merveilleuse de la France, les Argentins, et elle ressemble si peu à leurs rêves...

Ce sera donc la fête à E.T.v.a.B (je vous laisse deviner ce que veut dire ce sigle cabalistique mais si vous donnez votre langue au chat, la réponse sera dans la prochaine entrée de Jactance & pinta, je vous expliquerai tout). Donc c’est la fête à E.T.v.a.B qui célèbrera son premier anniversaire avec "un répertoire composé de la crème des tangos" ("Tangos de los buenos") avec une grande quantité d’artistes invités d’honneur ("con artistas invitados especiales : creemos que un montón").

mardi 5 août 2008

Apprendre le tango argentin à Buenos Aires

Amateurs, vous avez évidemment l’embarras du choix...

Vous vous méfierez seulement des professeurs qui ne vivent que du tourisme -il y a mieux comme garantie de qualité...- et de ceux qui exercent dans le sillage d’un commerce (comme les marques de chaussures de tango).

Pour prendre quelques repères :

. Academia Nacional del Tango (cours de tango-baile + Liceo superior del Tango)
. Casa de la Cultura de la Ciudad de Buenos Aires (cours de tango-baile et de musique), toutes les deux situées avenida de Mayo
. Casa de tango, fondée par Osvaldo Pugliese en 1967, pour être un lieu de toutes les rencontres, un centre de répétitions, de cours (de tout), d’expositions, de conférences, aujourd’hui située calle Guardia Vieja
. Museo Casa Carlos Gardel (cours de tango-baile, de guitare et de chant), situé calle Jean Jaurés
Attention : l’Academia Nacional del Tango suit les rythmes scolaires et ferme pendant les vacances d’été (de Noël à la fin février).
Pour les avides de fortes chaleurs en plein milieu de notre hiver, ça ne marchera pas...

Les quatre institutions ci-dessus dispensent des cours de danse, d’instruments et de chant, ainsi que des formations de culture générale, sous forme de conférences isolées ou organisées en cycle. Cette conjonction est toujours bon signe (les touristes ne s’intéressant qu’aux cours de danse et ne touchant pas au reste, si une école s’intéresse à tout, c'est qu'elle cible la clientèle locale, moins facile à duper que les touristes).

L’Academia Nacional del Tango propose même (mais pas aux touristes de passage et pour cause !) un cycle étalé sur deux ans qui couvre tous les domaines du tango : écriture et littérature, composition, interprétation, direction d’orchestre, histoire, arts plastiques (Liceo Superior del Tango).

Parmi les autres écoles de qualité, on peut citer la Escuela Argentina de Tango (EAT), belle institution aujourd’hui installée sur 2 lieux d’enseignement :

. Le Sede Centro, installé au 1er étage des Galerias Pacificos, côté rue Viamonte, un somptueux et immense bâtiment encadré par les rues Viamonte, Córdoba, Florida et San Martín, qui abrite un centre commercial très chic et très touristique, la fondation artistique Julio Bocca (danse classique) et le Centro Cultural Borges, dans les locaux duquel l’EAT dispose de deux salles qui tournent quasiment en permanence avec des cours de 90 minutes, du lundi au samedi de 9h à 22h et le dimanche de 13h à 21h ;

. la Sede Rodríguez Peña, dans la rue du même nom à la hauteur du n° 1074 non loin du carrefour entre Callao y Santa Fe, avec la même amplitude horaire ;

+ un petit quelque chose à San Telmo...

Tout s’y enseigne :
la musique (piano, bandoneón, violon, contrebasse, guitare, composition, interprétation orchestrale, chant)
et la danse (tango tradicional, nuevo, milonguero, salón, canyengue, vals, milonga lisa, milonga traspié, techniques de guidage, technique homme et technique femme).

Parmi les professeurs de musique : Néstor Marconi (bandoneón), Leonardo Marconi (piano), Aníbal Arias (guitare). Rien que ça !

Parmi les professeurs de danse : Aurora Lubiz (l’une des meilleures professeurs au monde pour les cours de technique femme), Hugo Daniel (tango, milonga et technique sur l’axe et l’équilibre), Gabriela Elias pour la milonga con traspié (la plus difficile à capter pour les Européens).

Pour les amateurs, les cours sont répartis en 3 niveaux : débutants, intermédiaires et avancés. Attention à ne pas se surévaluer ! Nous avons souvent cette tendance ici, en Europe...

Des cours collectifs sont aussi dispensés au niveau professionnel.
Par exemple, à l’occasion du Festival de Tango, l’EAT dispensera un cycle spécial de cours destinés aux professeurs de tango baile, 7 jours d’enseignement et 42 heures de cours...

Les professionnels peuvent aussi apprendre à Buenos Aires, soit dans le cadre de formations collectives assez longues (dépassant le cadre des vacances) soit dans le cadre de cours privés intensifs sur mesure. Le Liceo Superior de Tango de l’Academia, la Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce sont des institutions qui attirent des étudiants du monde entier... Il y a un bon nombre de japonais actuellement derrière les pupitres de l’OET Emilio Balcarce...

Les concerts gratuits de Buenos Aires en août [à l'affiche]

Tout plein de choses !

Tango :

Cristian Zárate Sexteto,
. vendredi 1er à 20h, Espacio Cultural Resurgimiento,
. samedi 2, 19h, Centro Cultural Julián Centeya

María Estela Monti
. Samedi 2, à 20h30, Espacio Cultural Plaza Defensa
. Vendredi 8, 16h, Espacio cultural Chacra de los Remedios
Le site de la chanteuse María Estela Monti, avec des extraits de ses disques (disponibles) à écouter : http://www.mariaestelamonti.com/home.php

China Cruel (1)
. Dimanche 10, à 21h, dans le studio n° 1 de Radio Ciudad, retransmis en direct sur les ondes de la 11.10, l'une des deux radios publiques de la ville de Buenos Aires
. Jeudi 14, à 13h, Teatro Presidente Alvear
Ecouter et voir le groupe China Cruel sur Youtube
El Yotivenco (2)
Ce groupe animé par le comédien, compositeur, chanteur et guitariste Rodrigo de la Serna s'attache à retrouver l'esprit du tango originel, un tango métissé et compadrito (titi). Ils s'inspirent du grand guitariste de tango Roberto Grela. Leur concert mêlera milonga, candombe et tango.
. Mardi 26 à 21h, Teatro Presidente Alvear. Entrée symbolique à 2 $.

Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce, dir. Néstor Marconi
. Vendredi 8, à 18h30, Bolsa de Comercio
. Jeudi 21, à 20h, Salón Harrods dans le cadre du Festival

Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires
. Mercredi 6 à 20h30, Cine-Teatro 25 de Mayo, concert thématique "Todo Canto". Dir. Raúl Garello et Néstor Marconi. Chanteurs : Amparo González, Hernán Castellio et Marcelo Tommasi
. Jeudi 7 à 13h, Teatro Presidente Alvear. Dir. Raúl Garello et Néstor Marconi. Chanteur : Marcelo Tommasi
. Mardi 19, à 21h, Teatro Avenida, dans le cadre du Festival. Dir. Juan Carlos Cuacci
. Jeudi 21 à 13h, Teatro Presidente Alvear. Concert thématique "Todo Canto". Dir. Raúl Garello et Néstor Marconi. Chanteurs : Amparo González, Hernán Castellio et Marcelo Tommasi
. Jeudi 28 à 13h, Teatro Presidente Alvear, Dir. Juan Carlos Cuacci. Chanteur : Marcelo Tommasi.

Voilà pour le tango. Mais il y en a aussi pour toutes sortes d'autres musiques...

Andrés Herera Sexteto
Andrés Herera est un saxophoniste. Il donnera ici un concert de murga, une musique populaire cousine du tango. La murga est née comme une musique profondément marquée par l'influence afro-rioplatense, une musique de cortège festif, les cortèges qui parcourent les villes d'Argentine et d'Uruguay aux fêtes de l'Epiphanie, pendant les 3 semaines du Carnaval et durant les fêtes nationales (même si elles tombent en hiver) surtout du côté uruguayen du Río de la Plata.
. Samedi 9, à 20h30, Espacio cultural Plaza Defensa
Ecouter Andrés Herera et son Sextuor dans Esperame en el cielo, sur Youtube
http://www.youtube.com/watch?v=1oKNhXioXj0&feature=related

La musique classique sera représentée par la Banda Sinfónica de la Ciudad de Buenos Aires (1er, 2, 8, 15, 23, 29) et par Trio Luminar (concert retransmis en direct depuis le studio 1 de Radio Ciudad, le 17 à 21h heure locale),
le rock par Viejos Macabros au studio 1 de Radio Ciudad, avec retransmission en direct (le 3),
le jazz par la Buenos Aires Swing Band (le 11 à 19h) et par Laura Hatton le 24 à 21h (heure locale) avec retransmission en direct depuis le studio 1 de Radio Ciudad
et enfin le folklore par La Clave Santiagueña le mercredi 27 à 20h30.

Pour écouter les concerts en direct depuis le Studio n°1 de Radio Ciudad :
ajouter 5 h à l'horaire du concert (soit 1 h du matin, mais quand on aime, on en compte pas !) et cliquez sur le cartouche En vivo de http://www.radiodelaciudad.gov.ar/


(1) quelque chose comme "Une jolie fleur dans une peau d’vache, une jolie vache déguisée en fleur" (vers de Georges Brassens). Au 19ème siècle, les gauchos, très isolés dans la campagne, appelaient les femmes des chinas (dont le sens premier est chinoise). Chino/china en Argentine désigne d’abord les Indiens. Et les seules femmes avec lesquelles les gauchos pouvaient espérer fonder un foyer, dans les étendues de la pampa, c’étaient les indiennes, que ce mode de vie, frustre, rude, presque nomade, ne rebutait pas. Ensuite, sous l’influence de l’exode rural et l’arrivée en ville des payadores des campagnes, le terme china servit à désigner les femmes en général dans le petit peuple de Buenos Aires, majoritairement masculin, du fait de l’immigration. Mi china, cela voulait donc dire "ma chérie", "ma môme", "ma compagne"... "Mon gouvernement" dit l’argot parisien. La china cruel est un stéréotype du tango des années 10, 20 et 30, lorsque les coquettes pouvaient s’amuser à frustrer les passions qu’elles inspiraient aux hommes, en forte compétition pour les séduire. China cruel est le nom sous lequel se produit cette orchestre de tango exclusivement féminin.
(2) El Yotivenco : c'est du verlan. Entendre El conventillo. Le conventillo ("le petit couvent"), c'est le nom que les immigrants ont donné aux logements spartiates et miséreux qu'ils parvenaient à louer dans les faubourgs de Buenos Aires. Le raz-de-marée d'Européens très pauvres sur la capitale argentine fit jaillir des constructions anarchiques, faites de tout et de n'importe quoi (tôles, bois, briques...), des habitations fragiles, humides, sans aucun confort, sans aucune intimité d'une mansarde à une autre. Le conventillo est l'un des berceaux de la culture tanguera, le lieu par excellence où les immigrants se sont croisés, où ils ont construit un nouveau vivre ensemble en dépassant toutes les barrières linguistiques, où ils ont inventé la langue portègne et le lunfardo, où ils ont inventé le tango, où ils ont fait naître une conscience ouvrière et des mouvements sociaux remuants...

Tango Jazz à Genève pour les lève-tôt ou les couche-tard [ici]

Pour le week-end de l'Assomption :

Conciertos del Alba, à cinq heures du matin, aux Bains des Pâquis, à Genève (entrée gratuite)

Vendredi 15 août, Flor de Lino, par et avec Eduardo Kohan (saxo) et María Grand (chant).

Samedi 16 août, Tango Nomade, par et avec Eduardo Kohan (saxo) et Juan María Solare (piano).

Pour en savoir plus sur ces deux concerts hors-normes : http://www.myspace.com/eduardokohan.
Source : Luis Lazaro

Pour tout connaître sur le tango en Suisse Romande, rendez-vous sur le site de Luis, http://tango-sr.com/

lundi 4 août 2008

Exposition photographique sur la Buenos Aires pré-tanguera [à l’affiche]

Buenos Aires, memoria antigua
Cronología fotográfica del sigle XIX: primer periodo (1850-1880)

Du vendredi 1er au dimanche 31 août, une exposition présente d’anciennes photographies de la ville de Buenos Aires alors en pleine mutation sociologique et urbanistique, au sous-sol de la Casa de la Cultura (située au débouché de l’Avenida de Mayo sur la Plaza du même nom).

Cette exposition est la première partie d’une manifestation en 3 volets qui montrera par des documents d’époque comment Buenos Aires est passée en 50 ans de la Gran Aldea (le gros village) à la mégalopole qui vit fleurir le tango à l’aube du 20ème siècle. De 1870 à 1895, soit en un quart de siècle, du fait de l’immigration européenne et, dans une moindre mesure, d’un fort exode rural, la capitale a vu croître sa population de 370%. Et ce, malgré l’épidémie de fièvre jaune qui ravagea la ville pendant l’été 1871 ( de janvier à mai), tuant 7,3% de la population.

L’exposition actuelle a été organisée par le photographe, historien et directeur d’édition Luis Priamo (né à Santa Fe, en 1941). Il est l’auteur ou l’éditeur de nombreux ouvrages sur l’histoire de la photographie et sur l’histoire par la photographie.
L’exposition est ouverte tout le mois d’août, du mardi au vendredi de 14h à 20h et le week-end de 11h à 20h (entrée libre et gratuite).

La période couverte par les 3 volets (1850-1900) est une époque de leur histoire qui obsède les Portègnes. Elle ne cesse de hanter toute la vie culturelle : histoire universitaire, expositions de documents historiques ou d’art plastique, littérature... L’histoire officielle, celle transmise par les programmes scolaires définis en 1883, quand l’école est devenue obligatoire et qu’une école publique, gratuite et laïque a été mise en place (très lentement), l’histoire scolaire (comme toutes les histoires scolaires) a falsifié et lissé cette période, elle en a effacé le rôle de la population noire, elle a ignoré l’effervescence idéologique de ce vrai bouillon de culture socio-politique. Aujourd’hui, plus la démocratie s’enracine dans la société argentine, plus les historiens interrogent cette période et la distinguent des images d’Epinal qui tapissent la pensée collective (comme en France l’histoire du pays racontée aux enfants par les instituteurs de la IIIe République).
1850-1900, c’est le berceau des Argentins d’aujourd’hui, qui, selon la blague latino-américaine désormais éculée, descendent tous du bateau.

1850 - 1880 : une période charnière pour Buenos Aires.
Elle s’étend de la fin du gouvernement de Juan Manuel de Rosas (3 février 1851) à l’arrivée au pouvoir de la Generación del Ochenta en 1880 ; elle va de la défaite militaire d’un caudillo s’efforçant de développer l’indépendance économique et diplomatique de l’Argentine (ou tout au moins de la Province de Buenos Aires) et pratiquant une forme d’égalité sociale entre noirs et blancs exceptionnelle à son époque (1835-1851) à la prise du pouvoir par une oligarchie dont l’histoire se rappelle surtout la corruption, qui n’eût d’égal que le népotisme, et la reddition sans condition de l’Argentine et de sa modernisation industrielle à l’empire commercial britannique, dont les capitaux s’investirent dans le pays au bénéfice exclusif de Londres et de la coterie au pouvoir (1880-1916).

Dans la capitale, cette période a été marquée par cinq grands faits historiques :
l’adoption d’une Constitution en 1853,
l’ouverture des frontières à l’immigration européenne à partir de 1856,
la "Peste de 1871" (en fait une épidémie de fièvre jaune)
et la présidence de Domingo Faustino Sarmiento (1811-1888), écrivain, scientifique, ingénieur et homme politique d’une immense probité, resté dans la mémoire collective comme la plus haute figure d’homme d’Etat après le fondateur de l’indépendance argentine, José San Martín. Sarmiento -et ce n’est pas fréquent- est une figure qui ne souffre pratiquement aucune contestation, ni à droite, ni à gauche.
Enfin, ces 30 ans virent le début de la grande vague d’immigration qui commença vers 1876 pour se tarir dans les années 1930, avec la dépression économique et le renforcement des régimes totalitaires en Europe.

Sur le plan artistique, la période est celle du premier peintre académique qui se soit intéressé à la vie du peuple, dans la campagne et dans les faubourgs, Prilidiano Pueyrredón (1835-1870), le fils d’un officier des guerres d’indépendance, formé à l’Ecole Polytechnique et à l’Ecole des Beaux Arts de Paris.
Elle voit aussi la publication des deux volumes de l’épopée rurale Martín Fierro, de José Hernández, qui est à l’Argentine et à l’Uruguay ce que Don Quijote est à l’Espagne ou Les Trois Mousquetaires à la France (El Gaucho Martín Fierro, 1872 ; La vuelta de Martín Fierro, 1879). Cette épopée héroïse un gaucho rebelle, seul contre tous dans l’immensité de la pampa, et chante une Argentine rurale, à l’opposé de la politique d’industrialisation à l’européenne qui prévaut alors à la tête de l’Etat, provoquant un début d’exode rural.
C’est la grande époque des payadores, ces poètes-improvisateurs, parfois illettrés, qui parcouraient la campagne, s’arrêtant pour la nuit de campement en campement, de hameau en hameau, de ferme en ferme, y animant, accompagnés de leur seule guitare, toute une vie culturelle faite de chansons (des milongas), de musique et de poésie improvisée à partir de la vie locale, et qui jouaient le rôle, très politique, de colporteur de nouvelles. La plupart d’entre eux était des anarchistes, fins observateurs de leurs contemporains et définitivement méfiants face à l’ordre établi. Ils sont à l’origine d’une des composantes de l’anarchisme argentin, métissage entre cette tradition des payadores et les apports théoriques européens (Bakounine et consorts) et l’une des sources de ce qui se cristallisera sous le nom de tango vers 1880, lorsque l’exode rural les implantera en grand nombre dans la ville où ils se mêleront aux immigrants piémontais et napolitains, galiciens et basques, aquitains et ashkénazes, scandinaves et polonais... Le plus grand payador dont l’histoire ait retenu le nom est un citadin de Buenos Aires, un descendant d’esclaves né à San Telmo et mort à Flores, Gabino Ezeiza (1858-1916).

C’est aussi l’époque d’un autre grand poète et penseur citadin mais qui ne mit presque jamais les pieds à Buenos Aires, que ses poèmes atteignirent néanmoins par le biais de la presse : Almafuerte, nom de plume de Pedro Bonifacio Palacios (1854-1917) dont tous les enfants d’Argentine et d’Uruguay apprennent les vers par coeur, comme de ce côté-ci de l’Océan ils apprennent ceux de Victor Hugo (1802-1885) et d’Emile Verhaeren (1855-1916)...