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mercredi 6 mai 2026

Un miel est le premier produit argentin certifié conforme à l’« Accord Mercosur » [ici]

Photo EFE


C’est un miel de Concordia, dans la Province de Entre Ríos, dans le nord du pays, qui a obtenu le premier certificat commercial argentin lui permettant d’être exporté sans droit de douane sur le territoire de l’Union européenne selon les conditions de l’accord avec le Mercosur que Ursula von der Leyen a fait entrer en vigueur « temporairement », sans attendre que le Parlement européen se prononce comme celui-ci l’avait exigé.

Il s’agit d’un chargement de 20 tonnes à destination de l’Allemagne. Cela marque une étape importante pour les Argentins qui attendaient l’entrée en vigueur de cet accord avec impatience.

Un certificat historique, publié sur ses réseaux
sociaux par le ministre des Affaires étrangères argentin

Pour ma part, j'ose espérer qu’il ne nous vaudra que des produits de cette qualité et non pas du grand n’importe quoi et du très bas de gamme pourri aux pesticides dissimulé dans notre nourriture industrielle et dans la restauration, qu’elle soit collective ou commerciale...

Un miel historique, dit le titre sur fond rose pâle
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La Prensa en parle en Une mais, comment souvent, l’article est introuvable sur le site du quotidien.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
lire l’article de Ambito, un quotidien économique

mardi 10 février 2026

C’est carnaval de part et d’autre du Río de la Plata [à l’affiche]

Photo officielle du carnaval de Concordia
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Depuis hier, Página/12 nous emmène au Carnaval qui vient de débuter de part et d’autre du Río de la Plata. Le quotidien argentin met l’accent sur les racines afro-américaines remises en valeur cette année par les différentes comparsas qui animent les rues nocturnes de Montevideo, Concordia (dans la province de Entre-Ríos, dans la région nord-est de l’Argentine et même de Lincoln, petite cité de la province de Buenos Aires.

Photo officielle du carnaval de Lincoln
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Si la composante afro-américaine est très présente dans la culture uruguayenne (comme dans la culture brésilienne voisine), elle est restée beaucoup plus discrète dans celle de l’Argentine dont les classes dominantes l’ont durement combattue tout au long du 19e siècle et jusqu’il y a quelques années seulement. Sous Javier Mileí, l’Argentine officielle renoue avec un racisme presque assumée, comme à la Maison Blanche, et s’efforce à nouveau d’étouffer cette réalité historique indéniable.

Le carnaval est donc toujours ce lieu où le peuple défie les puissants et critiquent les gouvernants.

Une du supplément culturel quotidien de Página/12 d'hier
sur le Carnaval de Montevideo
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Le carnaval va se déployer jusqu’à la fin du mois même si la tradition voudrait qu’il s’arrête le Mardi-Gras mais cela fait longtemps que l’arrivée du Carême (mercredi, la semaine prochaine) ne joue plus aucun rôle dans ce calendrier festif.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 d’hier sur l’entrée en carnaval de Montevideo
lire l’article de Página/12 d’hier sur l’entrée en carnaval de Lincoln
lire l’article de Página/12 d’aujourd’hui sur l’entrée en carnaval de Concordia

dimanche 27 août 2023

Fleurs Noires en tournée en Argentine [à l’affiche]


Fleurs Noires est un orchestre féminin fondé en France en 2003 par une pianiste et compositrice argentine, Andrea Marsili, qui a suivi une formation musicale à Rosario, dont elle est native, puis s’est perfectionnée en France, où elle a aussi fait un cursus universitaire de haut niveau.

Les dix musiciennes présentent depuis hier leur nouveau disque, le quatrième de l’orchestre, Tangos en Aleph, en Argentine avec un demi-douzaine de concerts dans plusieurs villes.

Le premier de ces spectacles a été donné hier à la Casa de Tango de Rosario, à 300 km au nord de Buenos Aires, dans la province de Santa Fe. Ce soir, elles seront au Centro Cultural Torcuato Tasso, Defensa 1575 dans le sud de San Telmo, à 21 h.

Puis elles descendront à San Pedro, dans l’extrême sud de la Province de Buenos Aires, avant de changer de cap pour se rendre au nord-ouest, à San Juan, au pied des Andes, dans la province homonyme, où elles se produiront dans le prestigieux et magnifique Teatro del Bicentenario. Elles sont attendues le 2 septembre à Río de la Paz, dans la province de Entre Ríos, où elles joueront dans le cadre d’un festival. La tournée se terminera le lendemain, à Buenos Aires, dans le prestigieux cadre de la Manzana de las Luces, tout récemment réouverte au public après de longues années d’un interminable et chaotique chantier de restauration et de réhabilitation de ce site historique fondé par la Compagnie de Jésus au 17e siècle.

Tout au long du circuit, nos Fleurs Noires seront accompagnées sur scène par le percussionniste argentin établi en France et très connu dans son pays d’origine Minimo Garay et le chanteur Aureliano Marín.

Le disque bénéficie quant à lui de surcroît de la participation de Daniel Melingo, bien connu du public argentinophile français.

A cette occasion, qui ne se présente pas tous les jours, Página/12 publie aujourd’hui une interview de Andrea Marsili dans les pages de son supplément culturel quotidien, Cultura & Espectáculos.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

samedi 9 avril 2022

Condamné pour corruption, un homme politique démissionne [Actu]

Sergio Urribarri a été le gouverneur de la province de Entre Ríos, au nord du pays, de 2007 à 2015. Depuis l’année dernière, il était ambassadeur de l’Argentine en Israël. Politiquement, c’est un kirchneriste.

Avant-hier, en première instance et pour des faits de corruption, la justice de sa province vient de le condamner à une très lourde peine : il écope de 8 ans de prison ferme et il est déchu à vie du droit d’exercer une charge officielle. Il vient donc de démissionner de son poste à Tel-Aviv et le ministre des Affaires étrangères a accepté ce retrait. Sa charge sera assumée par intérim par son second, en qualité de chargé d’affaires.

Urribarri a aussitôt annoncé qu’il allait faire appel en s’appuyant sur la légèreté des preuves que selon la défense l’accusation a produites. Sur les réseaux sociaux, l’ancien gouverneur a publié de longs plaidoyers où il n’a pas ménagé ses critiques à la justice pour la manière elle a mené ce procès.

Ce n’en est pas moins la première fois qu’un haut commis de l’État appartenant à la majorité se trouve condamné alors qu’il est en fonction et qu’il doit pour cela se retirer.

Cela ne manque pas de nourrir les commentaires, surtout dans la presse de droite (opposition).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :


Ajout du 31 mai 2022 :
C’est seulement aujourd’hui qu’officiellement paraît la décision gouvernementale qui écarte définitivement l’ex-gouverneur Sergio Urribarri de son poste d’ambassadeur argentin à Tel-Aviv.

Sa présence très visible lors de la commémoration du 25 mai à l’ambassade la semaine dernière a provoqué un véritable esclandre, parfaitement justifié, après sa condamnation et sa démission. D’autant que la procureure qui avait déclenché l’affaire en le poursuivant a eu depuis le jugement les pires ennuis professionnels, et ce pour un seul motif : sa position courageuse devant les faits de corruption sur lesquels elle avait enquêté.
La position du gouvernement apparaît donc comme très ambiguë et dans la situation actuelle, avec une division profonde au sein de l’alliance politique au pouvoir et la perte de la majorité au Congrès, cette ambiguïté est pour le moins malvenue.
Pour aller plus loin :
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
Página/12 reste muet sur cette affaire.

Ajout du 1er juin 2022 :

lundi 28 juin 2021

Un fossoyeur de village qui en sait long sur les vols de la mort [Actu]

"Je ne vais pas emporter ça avec moi", dit le gros titre
en citant le témoin en photo


Dans la province de Entre-Ríos, à Paranacito, une modeste bourgade sur la rivière Paraná, un fossoyeur à la retraite vient de raconter à Página/12 tout ce dont il a été témoin sous la dernière dictature militaire qui précipitaient les opposants, drogués et entravés mais vivants, depuis les avions dans les énormes cours d’eau qui sillonnent le pays, le Río de la Plata, le Paraná ou l’Uruguay.

Ce monsieur, qui a aujourd’hui 77 ans, a dû inhumer des cadavres anonymes qu’on lui apportait en lui donnant l’ordre de les enterrer et de ne rien dire. Il a souhaité soulager sa mémoire de ces cauchemars. Ses confidences pourront peut-être faire avancer la cause des disparus et permettre d’identifier certains d’entre eux. Elles apporteront à coup sûr des informations nouvelles sur ce que fut cette méthode de suppression des opposants qu’étaient ces vols militaires et policiers.

Página/12 a fait sa une sur cette interview émouvante et éclairante.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

mardi 18 mai 2021

En Argentine, les courbes menacent la fête nationale [Actu]

L'incidence sur les deux dernières semaines
Infographie La Nación
(capture d'écran)
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Après de légers signes d’amélioration il y a dix jours en province de Buenos Aires, les chiffres sont à nouveau à la hausse dans plusieurs régions : à Buenos Aires intra-muros, dans sa banlieue, plus largement dans la province homonyme mais aussi à Córdoba, à Río Negro, à Catamarca, à Chaco, à Entre Ríos, à Formosa, à La Pampa et à San Juan. La carte d’incidence montre un Cône Bleu devenu tout rouge (1).

Données totales depuis mars 2020
De gauche à droite
Nombre de personnes touchées, nombre de personnes symptomatiques,
nombre de patients guéris; nombre de décès
Capture d'écran La Nación
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Hier, le nombre de morts a à nouveau dépassé le chiffre symbolique de 500. Quant aux cas dépistés, on en comptait hier 28 680, ce qui est très élevé pour un pays de 44 millions d’habitants.

"Vers une fermeture totale pour un temps plus délimité"
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Devant cette catastrophe pourtant prévisible, Horacio Rodríguez Larreta, qui tenait tant à maintenir ouvertes les écoles malgré une décision contraire au niveau fédéral, est en train d’envisager de les fermer. Il était temps.

Le gouvernement fédéral lui aussi laisse fuiter qu’il va prendre de nouvelles mesures de restrictions qui devraient être annoncées vendredi. Autrement dit, c’est raté cette année encore pour la fête nationale qui se tiendra mardi prochain, le 25 mai. Le pont accordé en début d’année a même déjà été annulé à la fin de la semaine dernière pour éviter de trop amples déplacements pendant le week-end prolongé.

Et pendant ce temps-là, les doses de vaccins atterrissent les unes derrière les autres à l’aéroport international de Buenos Aires : Sputnik V, Sinopharm et depuis peu Astra Zeneca mais les difficultés sont les mêmes qu’ailleurs sur la planète. Les quantités ne suffisent pas à compenser la vitesse de propagation du virus.

"On cherche à freiner l'augmentation des cas
par des mesures plus dures auxquelles la Ville s'associerait"
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Presque tous les journaux ce matin détaillent la situation en trois articles : l’un porte sur les hésitations du chef de gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, un autre sur les mesures envisagées par le président, le troisième fait le point sur les chiffres.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

A la Casa Rosada :
A Buenos Aires (ville autonome)
Les chiffres :
lire l’article de La Nación



(1) Le Cône Bleu, c’est l’Argentine. Comme on dit l’Hexagone pour désigner la France.

mercredi 28 octobre 2020

Quand Martín Fierro s’en mêle [Humour]

Pendant qu’une bonne partie de l’Argentine, ployant sous le poids de la pandémie, attend la décision en appel sur l’occupation de l’estancia Casa Nueva à Santa Elena, dans la Province de Entre Ríos (audience retransmise en direct sur la chaîne Youtube de la justice provinciale), quand Luis Miguel Etchevere, ancien ministre de l’Agriculture du gouvernement de Mauricio Macri (2015-2019), poursuit sa propre sœur pour une histoire, passablement sordide, d’héritage et de gros sous (par foncier interposé), Daniel Paz et Rudy ont résumé de main de maître, à la une de Página/12, l’actualité fraternelle qui fait exploser la droite et le monde des affaires depuis quelques semaines.


Mauricio Macri (au téléphone) : Cher Etchevere, comme dit le poète (1) «  que les États soient unis car c’est là le premier des commandements »
Etchevere, à l'autre bout du fil : C’est « les frères » (2)
Macri : Oh ! Les frères, c’est la plaie !
Etchevere : Tu as raison
Traduction © Denise Anne Clavilier

Les deux hommes sont en conflit ouvert l’un avec un frère, l’autre avec une sœur, pour des motifs similaires : le frère et la sœur révèlent au grand public des malversations que les grandes familles tenaient secrètes, sous le couvert d’une solidarité de classe qui est en train de voler en éclats sous les coups du grand ras-le-bol des peuples devant la corruption qui empêche les États de fonctionner au profit du développement général et devant le machisme qui broie les femmes dans nos cultures.


Joli montage avec le sixain complet et la photo de José Hernández en prime


© Denise Anne Clavilier

Pour suivre les nouveaux épisodes de ce Dallas des pampas argentines :



(1) José Hernández, auteur de El gaucho Martín Fierro (1872) et La vuelta de Martín Fierro (1879). Ces deux épopées en octosyllabes sont à l’Argentine ce que le Don Quichotte est à l’Espagne ou l’œuvre de Molière à la France.
(2) « Los hermanos sean unidos / Porque esa es la ley primera ». Deux vers où Martín Fierro, le pauvre gaucho analphabète, donne un avertissement à ses enfants.

mardi 27 octobre 2020

Paz et Rudy résument l’affaire Etchevere [Humour]

Le gros oligarque : Quelle horreur ! L’Argentine, la Bolivie, le Chili, l’Espagne,
ça se trouve, les
États-Unis aussi... Je veux m’en aller.
Son caddie derrière lui : Pour aller où ?
L’oligarque : Je ne sais pas. Un pays sans péronisme.
Traduction © Denise Anne Clavilier

L’occupation par le Proyecto Artigas de l’estancia de Dolores Etchevere et la violence avec laquelle réagissent ses frères, sa mère et leurs amis (voir mon article d'hier) se trouvent résumée ce matin dans la vignette de Daniel Paz et Rudy, à la une de Página/12.

Au fond du fond, cette réaction n’est rien d’autre que le refus pur et simple de la part de l’oligarchie droitière du retour de la gauche au pouvoir sur le continent, à l’état d’ébauche à ce jour : la gauche est revenue en Argentine (et les estancieros y sont en majorité hostiles), elle vient de revenir en Bolivie d’une façon incontestable, la victoire écrasante du référendum pour une nouvelle constitution au Chili semble lui ouvrir la voie des urnes, lors des prochaines échéances électorales. La gauche gouverne en Espagne depuis un bon moment, grâce à l’appui de la gauche radicale, et les États-Unis pourraient basculer la semaine prochaine dans le camp du progressisme si les sondages ne se trompent pas et si un système électoral fédéral arriéré ne détourne pas le résultat du vote individuel comme cela s’est produit il y a quatre ans.

Dans la dispute familiale et patrimoniale autour de Santa Elena dont je vous parlais hier, le ton continue de monter. Dolores annonce que ses frères sont prêts à l’empoisonner en envoyant les avions d’épandage survoler la propriété et y répandre des produits phytosanitaires, qui sont très toxiques en Argentine (c’est bien pire qu’en Europe). Ses partisans se sont manifestés dans la province de Entre Ríos et jusque dans l’enceinte portègne de la Sociedad Rural (l’institution du patronat agraire), qui sert de parc des expositions à la capitale argentine.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 sur la mobilisation en faveur de Dolores Etchevere et du Proyecto Artigas à Santa Elena
lire l’article de Página/12 sur les craintes exprimées par Dolores Etchevere, qui a répondu par Zoom à la convocation de la justice puisqu'elle est retenue contre son gré chez elle par ses frères qui assiègent son domicile
lire l’article de Página/12 sur la manifestation en faveur du Proyecto Artigas à Buenos Aires
lire l’entrefilet de La Prensa sur la manifestation à Buenos Aires
lire l’article de Clarín sur la famille Etchevere et son histoire.

lundi 26 octobre 2020

Santa Elena, c’est « Dallas » ! [Actu]

"Bande de hooligans VIP", dit le gros titre
sur cette photo de Luis Etchevere au geste menaçant
Une de Página/12 hier

Luis Etchevere, ancien ministre de l’agriculture (dans le gouvernement de Mauricio Macri), appartient à une richissime famille de propriétaires fonciers. Il a trois frères et une sœur. Celle-ci, Dolores, en révolte contre la famille (1), aurait renoncé à ses droits de succession devant notaire (affirme ledit tabellion) à moins qu’elle n’ait revendu ses parts aux autres héritiers (si l'on en croit sa mère). Il y a quelques temps, elle s’est installée sur l’immense domaine familial de Santa Elena, dans la très fertile province agricole de Entre-Ríos, dans la grande boucle du Paraná, au nord du pays. Elle affirme en être la propriétaire et en tant que telle, elle a installé dans cette estancia un projet d’économie agraire, solidaire et durable, le Proyecto Artigas, porté par des paysans sans terre organisés sous des drapeaux associatifs, politiques et syndicaux.

Considéré comme le père de l’indépendance de l’Uruguay, José Gervasio Artigas (Montevideo, 1764 – Asunción, 1850) est une immense figure de la gauche. Il a soulevé et organisé le nord-est de l’Argentine en la liant à l’actuel Uruguay (Banda Oriental) pour en faire le territoire de la très fédéraliste Ligue des Peuples Libres qui s’opposait les armes à la main au centralisme de Buenos Aires. La Ligue des Peuples Libres fut la seconde manifestation d’irrédentisme au sein des Provinces-Unies qui ont succédé en 1810 au vice-royaume du Río de la Plata (2). Inutile de vous préciser que cet intitulé, Proyecto Artigas, est une véritable provocation pour la famille Etchevere, enracinée dans ses convictions de droite réactionnaire, dominatrice, affairiste, inégalitaire et profondément machiste.

Grosses bagnoles d'estancieros assiégeant la propriété
où se déploie le Proyecto Artigas à Santa Elena
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Soutenus par leur mère, particulièrement remontée et très hostile à sa fille, Luis Etchevere et ses frères ont fait appel à la justice, laquelle n’est pas à leurs ordres. Elle ne bouge donc pas assez vite à leur goût et ne vas pas dans leur sens. Depuis quelques jours, avec des amis du secteur du patronat estanciero venus dans leurs gros quatre-quatre polluants, ils font le siège de la propriété, empêchant le ravitaillement d’entrer et menaçant d’y pénétrer par la force à tout moment. Avec des trognes patibulaires qui respirent la vindicte politique, ces millionnaires meuglent leur rage et leur hargne devant la clôture du domaine, sur laquelle flotte la bannière de la Ligue des Peuples Libres (le drapeau de la toute première déclaration d’indépendance, celle de 1815). Ils se donnant ainsi l’apparence des « sauvages » fédéraux qui suivaient Artigas en son temps et pour lesquels cette droite professe, depuis toujours, le plus ignominieux mépris.

Contrairement aux apparences,
ce ne sont pas des cow-boys sous la pluie
mais tout plein de JR dans la pampa argentine !
"Escalade dans le conflit pour l'occupation à Entre Ríos :
grand concours de drapeaux et menace de barrages routiers"
dit le gros titre
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La dispute familiale tourne à présent au défi manu militari à l’ordre public de la part de cette partie de l’élite argentine qui, au pouvoir pendant quatre ans jusqu’à la fin de l’année dernière, a prétendu incarner ce même ordre contre le « bazar péroniste » (pour le dire en termes plus polis que les siens). Même la presse de droite reste bouche-bée devant la dérive impudente et cynique de cet étalage de violence verbale et de moins en moins symbolique et de ces menaces d’employer bientôt la force illégale contre cette femme qui squatterait le lieu.

Le juge en charge de l’affaire a convoqué la famille à une audience de conciliation. Les quatre hommes n’ont pas daigné s’y présenter, comme s’ils revenaient au « bon vieux temps » de la tristement célèbre Generación del 80, longue période où le pouvoir oligarchique a fait régner la loi de la jungle sur toute l’Argentine, de 1880 à 1916, et où il était de bon ton pour les grands propriétaires d’ignorer la justice ou d’acheter les juges.

"Nous n'avons pas peur" dit le gros titre
reprenant les slogans des JR de Santa Elena
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Ce sont donc deux familles tenantes de grandes richesses productives qui sont en train de se déchirer devant le public et les médias : la famille Macri, active dans les travaux publics, la finance et les concessions de service public (notamment les autoroutes et la poste nationale argentine) et la famille Etchevere, protagoniste du monde rural, représentante de la vieille oligarchique traditionnelle dont les us et coutumes remontent à l’époque coloniale, avec tout ce que cela charrie de pratiques anti-républicaines et anti-démocratiques.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 aujourd’hui (pour le journal de gauche, le rassemblement patronal d’hier devant la porte d’entrée du domaine a été minable)
lire l’article de Clarín (pour lequel le rassemblement patronal a été très important – un récit des faits à l’opposé de celui de Página/12 comme c’est souvent le cas)



(1) Dolores Etchevere donne volontiers des interviews à Página/12 où elle déverse sur ses frères des accusations sordides : ils n’auraient jamais travaillé de leur vie et se seraient toujours organisé pour gagner beaucoup d’argent en contournant la loi, en pratiquant l'évasion fiscale et en ne payant jamais les biens dont ils se rendaient acquéreurs. Des propos que La Prensa reprend ce matin.
(2) Le premier mouvement a réussi, il a donné l’indépendance du Paraguay, dès 1811, comme je l’ai raconté dans Manuel Belgrano – L’inventeur de l’Argentine (Éditions du Jasmin). Le troisième détachera le Haut-Pérou des Provinces-Unuies : il deviendra la Bolivie en 1825. Le quatrième, qui est la suite de la Ligue, donnera l’indépendance de l’Uruguay en 1830.

lundi 3 août 2020

Émission en ligne pour fêter la Pachamama [à l’affiche]

Capture d'écran (chaîne You Tube du Folklore Club)

Un nombre considérable de musiciens de tout le nord de l’Argentine, est et ouest confondus, se sont réunis pour enregistrer une émission de télévision, grâce au soutien de la Fundación Atahualpa Yupanqui (du nom d’un des plus grands auteurs-compositeurs-interprète du folklore argentin), puis la mettre en ligne, gratuitement et pour le monde entier, sur la chaîne You Tube de Folklore Club.

Il s’agit d’une réalisation très professionnelle, un long-métrage d’un peu plus d’une heure et demie qui rassemble interviews et prestations musicales et permet de vivre la fête « comme si vous y étiez ». Les artistes y exposent leur vécu et ce que signifie pour eux cet intense rendez-vous de la vie culturelle et cultuelle de la grande région septentrionale, qui est aussi le berceau d’une bonne partie de la tradition rurale argentine.

La manifestation est aussi une prise de parole politique contre toutes les activités qui dégradent l’environnement de ces régions : mines à ciel ouvert ultra-polluantes, incendies volontaires de la forêt subtropicale sous prétexte de dégager du terrain agricole, utilisation massive de produits phytosanitaires chimiques qui font grimper en flèche le taux de cancer et autres maladies dans les populations humaines qui vivent à proximité des gigantesques champs de soja transgénique avec lequel les riches propriétaires terriens se font des fortunes insolentes en dollars US.

Página/12 ne pouvait pas manquer une telle initiative et lui consacre un bel article dans ses pages culturelles de ce jour.

Sur la page You Tube, les organisateurs ont publié les coordonnées du compte bancaire sur lequel les téléspectateurs peuvent faire un don en pesos argentins. Citer la devise nationale est une autre façon de resserrer les liens de la communauté culturelle qui se reconnaît dans cette démarche et dans cette fête populaire. Cela a tout de même meilleure allure que de quémander des dons en dollars ou en euros !

Pour aller plus loin :
visiter la chaîne You Tube du Folklore Club.

samedi 29 février 2020

Paraná commence l’année avec la Fiesta Nacional del Mate [à l’affiche]

Cliquez sur le programme pour une meilleure résolution

Le week-end prochain, les 7 et 8 mars 2020, la ville de Paraná, capitale de la province de Entre Ríos, propose la Fiesta Nacional del Mate, un grand festival qui permettra à de nombreux artistes de folklore de se produire devant 17.000 visiteurs attendus, si le Covid 19 ne vient pas jouer les troubles-fêtes ! Les infrastructures hôtelières sont déjà remplies à 80 % d’après le directeur du tourisme de la province.

Pendant toute la semaine, des animations auront lieu chez les commerçants pour préparer cette fête qui succède aux festivités du carnaval.

Des activités rassemblées sous le nom de Matecito (le petit maté) seront aussi proposées aux plus petits.


Le clou des concerts aura lieu le dimanche, c’est-à-dire le 8 mars : les femmes seront donc à l’honneur. Parmi les artistes attendues, l’auteur-compositeure interprète de la province limitrophe de Corrientes, Teresa Parodi, et plusieurs ensembles féminins locaux.

Un grand patio de comida (des stands de restauration), à prix modérés, sera animé par les clubs athlétiques locaux (les clubs de foot) et un concours de service du maté (cebadores de mate) aura lieu comme les années précédentes (à qui saura mieux verser l’eau chaude à la température optimale pour faire ressortir toute la richesse gustative de la yerba mate utilisée : ça a l’air de rien comme ça pour des Européens mais c’est un art, comme celui de tirer la bière).


La province et la municipalité ont ajouté au programme des visites guidées du centre historique de la ville (qui a vu passer Manuel Belgrano en 1811) (1) et de nombreuses activités nautiques, qui sont l’un des atouts de la région et de la boucle du Paraná qui sépare les deux provinces voisines, Entre Ríos et Santa Fe.

Pour en savoir plus :
lire l’article de Clarín ce matin.



(1) Je vous recommande l'épisode épique de la traversée du Paraná dans la biographie que je viens de sortir aux Editions du Jasmin. J'ai même pu trouver une illustration où l'on voit les techniques de traversée de ces fleuves immenses en l'absence de pont ! Digne des effets spéciaux de Hollywood.

lundi 15 janvier 2018

L'épopée sud-américaine des jésuites dans L'Osservatore Romano [Histoire]

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A la veille du départ du Pape François pour un voyage au Chili et au Pérou, le quotidien du Vatican, L'Osservatore Romano, a publié samedi dernier une double page sur l'histoire de la Compagnie de Jésus dans le sud du sous-continent : c'est en effet une histoire exceptionnelle qui concerne l'Argentine, le Paraguay, l'Uruguay, le Chili, la Bolivie et le Pérou, sur les thèmes de la culture des peuples originaires et l'éducation, dont les jésuites ont été souvent les seuls acteurs dans tous ces pays, jusqu'à l'expulsion des jésuites en 1767, sur ordre du roi Carlos III.

L'aventure missionnaire, économique, politique et culturelle avait duré plus de cent-cinquante ans.


Dans le haut, à droite, de la double page, L'Osservatore Romano
a publié une traduction en italien d'un poème de Gabriela Mistral,
poète et écrivaine chilienne qui a obtenu le Prix Nobel et donné son nom à une décoration

En Argentine, trois sites historiques jésuites sont devenus des musées : à Buenos Aires, la Manzana de las Luces et à Córdoba, la Manzana Jesuítica et la Estancia Jesús María. De plus, les vestiges des anciennes missions dans le nord-est du pays, là où se tient actuellement le Festival du Chamamé, sont inscrites au Patrimoine de l'UNESCO. C'est dans une ancienne ville jésuite que San Martín a vu le jour, le 25 février 1778, à Yapeyú (province de Corrientes).