jeudi 20 novembre 2008

Mardi dernier, Tangozando avait pour invité el Ponja Malevo [à l’affiche]



C’était le 18 novembre, à 21h (entrée 10 €), dans la rue Bartolomeo Mitre, au n° 1525 (Bartolomeo Mitre fut un président de la République au 19e siècle). J’étais prise aux Barytons. Peux pas être partout à la fois...

Tangozando est un sextuor típico, composé d’un violon, Maximiliano Zenarola, un bandonéon, Santiago Cirmi Obon, un piano, Ursula Leal Capria, une guitare, Alejandro Alustiza, une contrebasse, Pedro Ochoa et un chanteur, Leandro Tagliaferro.

Le 15 novembre, ils s’étaient déjà fait entendre (et applaudir, je suis sûre) à la Academia Nacional del Tango à 22h, au cours de la Noche de los Museos.

Au Bartolomeo Bar, ils avaient donc invité un chanteur académicien et plein d’autres titres divers et variés, qui arbore avec une visible fierté ce surnom de Ponja Malevo. El Ponja Malevo est par ailleurs, le jour, le très honorable Directeur du développement sur l’Asie du Sud-Est, associé d’un cabinet de consultants portègne de communication interculturelle (1) avec derrière lui des études et un début de pratique de... médecine dentaire.

Ce surnom incompréhensible pour des étrangers comme nous mélange le verlan et le lunfardo de base.
Malevo, ça veut dire "voyou", dans tous les sens du terme, du simple traîne-savate inoffensif mais mal élevé au vrai de vrai gangster issu du vrai de vrai milieu (hampa, en lunfardo). C’est un terme que vous trouvez partout dans les letras de tango.
Ponja, c’est "japonais" (je dis bien japonais, le gentilé), mais à l’envers (Japón : vous y êtes ?).
Comme son nom vous l'indique, José María Kokubu est d’ascendance japonaise, c'est pourquoi il parle le japonais. C'est donc très logiquement qu'il développe son activité commerciale d’analyste de communication interculturelle du côté de l’Empire du Soleil Levant... Encore un autre apport à la culture portègne, dont je n'ai pas encore traité ici : l'immigration japonaise. Elle a été forte après la Seconde Guerre Mondiale, mais existait déjà bien avant, comme le prouve, à Palermo, l'existence du Jardín Japonés dont j'ai mis une photo en tête de cet article et qui a été offert à la ville par la communauté japonaise à la fin du 19ème siècle...

Or donc Pepe Kokubu (vous suivez ? Pepe c’est le diminutif de José. María, c’est le second prénom : aux oubliettes !) était l’invité de nos six musiciens et vous pouvez les découvrir chacun sur sa page internet respective...

Tangozando, qui tire son nom d’un disque de Piazzolla, est présent sur My Space.

Pepe Kokubu a préféré s’installer sur l’espace Google où il s’est construit une page japonisante, comme de bien entendu. Dans l’article qu’il lui consacre, Todo Tango décrit par le menu la carrière tous azimuts de ce martien tanguero (médecin, consultant, romancier, chanteur, pianiste, producteur... Fermez le ban !). Maintenant vous allez m’écouter ça.
Belle voix, hein ?
Avec le culot renversant qui caractérise tout titi portègne qui se respecte (lequel, comme vous vous en doutez, en matière d’humilité, ne craint personne), il se présente lui-même comme le Gardel des Relations Publiques... Et quand on sait qu'il est natif de la Recoleta, le quartier le plus chic de Buenos Aires, avant que le vieux port soit retapé et devienne Puerto Madero, on goûte le sel de la blague et de la voix... Allez, on se le remet ...

(1) Imaginez un cabinet qui s’appellerait Cafetière Consulting ou Pilier-de-comptoir Consulting ~ Communication interculturelle. Je ne suis pas sûre que nous aurions assez d’humour, de ce côté-ci du Charco, pour que ça passe... (Le Charco, la Flaque d’eau).

Tango for export pour les fêtes de fin d’année [ici]

Tango for export, ça pourrait être une expression à classer dans Jactance & Pinta. Cela se situe quelque part entre "tango pour ces gogos de touristes" (1) et "tango pour se faire un max de blé" (1). C’est le tango que produisent ceux qui ayant trouvé un filon bien rentable l’exploitent sans scrupule ou ces artistes qui, pour mettre un peu de beurre dans les épinards (1) ou pour mettre des sous de côté -si vous avez lu mes articles de la rubrique Economie, vous avez compris qu’en Argentine, mettre des sous de côté pour ses vieux jours, (1) ce n’est pas de la tarte !- (1), se résignent à courir le cacheton (1) en fermant les yeux et en se pinçant le nez. J’ai entendu un grand Maestro me parler avec amertume d’un tango prostitué... Le mot est fort et il vient de quelqu’un qui en a bavé pour faire la carrière irréprochable qu’il a faite et qu’il poursuit.
On est humain et, comme disait l’Empereur Vespasien, "l’argent n’a pas d’odeur".

Le Théâtre des Champs Elysées, magnifique théâtre en pur style Art Déco, situé au coeur des beaux quartiers de Paris, à quelques pas des boutiques de haute couture, va très probablement envahir le métro avec une grosse campagne de publicité pour son spectacle de danse de fin d’année. C’est une compagnie qui s’appelle Tango Pasión (le nom à lui tout seul est déjà tout un programme) et ce nouveau spectacle s’appelle El último tango (¡ojalá!). Ceci n’empêche pas que l’orchestre soit dirigé par un bon musicien, loin, très, très loin d’avoir démérité des mannes des grands qui reposent au cimetière de la Chacarita. Il dirigera un groupe de 7 musiciens (+ lui, ça fait 8) : deux bandonéons, une guitare, une contrebasse, deux pianistes (un des deux joue aussi du synthé), une batterie et un violon (le seul dont on n’ait pas encore le nom dans le programme, sans doute encore à recruter). Sur scène, 14 danseurs (7 hommes et 7 femmes, cela va sans dire) avec sans doute quelques doublures dans le lot et un certain degré d’alternance entre eux le week-end car chaque samedi et chaque dimanche, il y aura matinée à 17h et soirée à 20h. Une chanteuse et un chanteur complète la distribution.

Pour un prix allant de 15 à 58 € la place, réparti en 5 catégories (sauf pour la nuit de la Saint Sylvestre où le spectateur va casquer sec : de 18 à 85 €), vous allez en avoir plein la vue. Non pas des effets de manche bien sûr mais bien des effets de projecteurs, de jupes fendues jusqu’aux hanches, découvrant généralement de belles jambes gainées d’effets moirés ou de bas résille, et des effets de galurins (1) négligemment jetés par terre avant d’empoigner la danseuse dans une mâle assurance (c’est récurrent dans ce genre de spectacle). Suivra ensuite un festival de pirouettes, de tours, de ganchos, de saccadas, des ochos atras (2) pour aller en avant, des tours si rapides que vous aurez du mal à suivre conclus sur des arrêts d’un seul coup d’un seul, spectaculaire nez à nez ou face à face d’un danseur et d’une danseuse qui se toiseront avant de recroiser le fer, alors qu’ils feraient tellement mieux de savourer jusqu’à l’ultime seconde cette étreinte de trois minutes qu’est un tango.

Si le coeur vous en dit...

Et ne comptez pas voir grand-chose à 15 €, dans un théâtre à l’italienne, ce sont des places sans visibilité. En revanche, l’acoustique des Champs-Elysées, avec ou sans sono, étant excellente et le chef et arrangeur étant, je le répète, un musicien de qualité, il est probable que vous entendrez bien. Et avant de sortir votre carte bancaire et devous précipiter sur le site du théâtre pour réserver vos places, sachez que les Portègnes ne voient pas et, pour la grosse majorité d’entre eux, n’ont même jamais entendu parler de ce genre de spectacle. 1) C’est beaucoup trop cher pour eux. 2) Ça n’a pas grand-chose à voir avec la danse, la musique, la poésie, le langage qui les touche, qui les fait vibrer, pleurer, rire, s’embrasser, crier ¡Otra! ¡Otra! ¡Otra! et surtout, surtout, surtout, qui les fait applaudir avant la fin. Un Portègne qui attend la dernière note pour applaudir, ou il a mal aux mains ou il n’aime pas !!!!

(1) gogo (argot) : tonto, otario
un max de blé (argot) : todo el trigo que se puede cosechar. Mucha biyuya, mucha guita. Giro argótico oriundo del campo donde se hacía rico él que tenía una buena cosecha de trigo.
Mettre du beurre dans les épinards (popular) : poner manteca en las espinacas. Cobrar lo suficiente como para tener la vida un poco o mucho más cómoda.
Mettre des sous de côté (popular) : poner unos cobres por al lado. Ahorrar dinero.
El sou era una moneda de poco valor vigente antes de la Revolución Francesa y la adopción del sistema métrico en todo el país y el franc (dividido en 100 centimes) como divisa nacional
Pour ses vieux jours (colloquial) : para cuando uno será un viejito (una viejita). Giro popular que apareció con anterioridad a la creación del sistema de pensiones por reparto obligatorio y universal.
C’est pas de la tarte (popular, hasta argot) : no es una torta. No es simple, no es fácil. Es muy complicado, muy difícil.
Morder en la torta o cortarla es algo fácil que se hace sin esfuerzo.
Courir le cacheton (teatro) : prestar todo tipo de actuaciones, aunque malas, para cobrar. Cachet : paga del artista de teatro, músico, bailarin. Cacheton es la forma despectiva.
Galurin (argot) : sombrero (funyi)
(2) gancho, saccada, ocho : trois éléments du tango baile.
En tango, le concept de figure n’existe pas. Une figure, c’est un enchaînement fixe de mouvements liés les uns aux autres et formant un tout indivisible. Le rock, les valses anglaise, musette ou viennoise, la rumba, le fox-trot, le paso-doble, le tango standard (dit aussi international) sont construits à base de figures qu’il faut apprendre à exécuter par coeur et à guider (danseur), à reconnaître (danseuse).
Or, sauf quand il s’agit d’un spectacle de scène, nécessairement fixée au long des répétitions par un chorégraphe qui est aussi l’auteur du spectacle, le tango argentin se fonde sur l’interprétation musicale et l’improvisation de tous les mouvements et déplacements. Il existe une structure (pas avant, pas arrière, pas latéral, pivot) et un "code de la route" de la piste, à partir de quoi le danseur invente ce que va faire le couple en fonction de la musique et des obstacles qui existent sur la piste (autres couples, colonne, table...).
Un gancho (crochet) c’est guider un pas avant ou arrière de la danseuse ou (pour le danseur) faire un pas avant ou arrière et interrompre ce pas dans l’élan, de telle sorte que la jambe libre, celle sur laquelle ne repose pas le poids du corps, revient en accrochant, en enveloppant au passage l’une des jambes du partenaire.
Une sacada (de sacar : repousser, faire dégager), c’est un pas en avant (ou en arrière pour les très doués), le plus souvent effectué par le danseur, entre les jambes de la danseuse de sorte à chasser, à lui faire dégager sa jambe en arrière. (dégage de là que je m’y mette !)
Un ocho (huit), c’est un pas avant (adelante) ou arrière (atras) suivi d’un pivot : après avoir guidé la danseuse sur le côté ou être allé lui-même sur le côté, le danseur ramène la danseuse face à lui ou revient face à elle, ce qui dessine un huit sur le sol. Le ocho atras pour aller en avant ou le ocho adelante pour aller en arrière oblige celui qui fait le ocho à des torsions spectaculaires avec une forte dissociation torse - hanches. A ne pas tenter avant d’avoir acquis réellement une excellente technique. Beaucoup de danseurs amateurs européens souffrent de lombalgies tenaces pour avoir voulu imiter ce qu’ils voient faire sur scène alors qu’ils n’ont ni les capacités musculaires, ni la souplesse articulaire ni l’endurance physique de ces professionnels qui s’entraînent plusieurs heures par jour tous les jours...

mercredi 19 novembre 2008

Les Barytons : retour sur images [ici]







Photos prises le 18.11.2008 aux Barytons

Les Barytons, c’est cette agréable pizzeria que j’ai découverte, par hasard (1) il y a quelques semaines, dans le quartier du Centre Culturel Georges Pompidou, plus connu sous le nom de Centre Beaubourg, dans le coeur historique d’un Paris architecturalement et urbanistiquement préservé (à part le Centre lui-même, diront ses détracteurs) et où je viens d’organiser un premier "show" Barrio de Tango, avec, pour et grâce à Mariel Martínez et Alejandro Picciano.

Café Pizza Les Barytons
160 rue Saint Martin, Paris 3ème
Tel : 01 42 77 69 74 (00 33 1 42 77 69 74)
M° Hôtel de Ville, Rambuteau, Les Halles, Etienne Marcel ou Châtelet
Parking Hôtel de Ville ou Saint Eustache

Les Barytons (cf. les articles dans Barrio de Tango) est un restaurant situé à 100 mètres du parvis de Beauboug, dans la rue Saint-Martin (avec un nom pareil, on se croirait en Argentine), une rue si tranquille qu’on pourrait la prendre pour une rue piétonnière le jour et encore plus la nuit. A l’intérieur, un décor sans chichi, qui ne cherche pas l’italianisme artificiel mais qui préfère mettre l’accent sur la musique avec, accrochés aux murs, quelques partitions et plusieurs tableaux évoquant jazzmen et jazz-bands noirs. Ces jours-ci, on pose de jolies appliques très discrètes dans la salle du fond pour un éclairage en douceur. La patronne est toute en sourire, elle a la légendaire gentillesse des orientaux (2), c’est généralement elle qui tient le bar et la caisse à midi et elle veut développer sa clientèle en offrant aux dîneurs de bons concerts en provenance du monde entier (et pas des retransmissions de match sur écran plat : cette dame est cultivée, puisqu’elle parle couramment trois langues, sa langue maternelle, le français et l’anglais, elle est anti-conformiste, prudente et audacieuse à la fois). Le personnel de salle est courtois, mélomane et ne se départit jamais de son calme et de vrais musiciens (à lunettes) s’y dissimulent.
Le cuistot, tout en jovialité méditerranéenne et pas le dernier à s’arrêter pour écouter la musique, vous propose une huitaine de pizzas généreuses entre 9 et 13 €, les unes classiques les autres plus originales, autant de salades, les suggestions du jour inscrites sur l’ardoise (3), une demi-douzaine de vins, surtout français et un peu italiens, servis en bouteille, en demie ou au verre - généreux lui aussi (à 3 €), et une carte de desserts traditionnels (à 5 €) dont la crème brûlée et le tiramisu sans lequel une pizzeria ne serait pas une pizzeria de quartier à Paris... Pizzas et pâtes à emporter si vous voulez, midi et soir.

Si vous allez y déjeuner ou y dîner un de ces jours, dites-leur que c’est de ma part. Je crois que cela leur fera plaisir.

Les Barytons (leer los articulos vinculados al lugar) es una pizzeria sincera y tranquila muy bien ubicada a una media cuadra del Centro cultural Georges Pompidou, llamado también Centre Beaubourg (el nombre del barrio). En una callecita con tanto calma que se puede creer que en esta altura (160) es peatonal la rue Saint Martin (el de Tours aunque sea una tentación tremenda disfrazar este nombre en algo más criollo). Partituras y cuadros evocando varios jazz-bands negros están colgados en la pared. Una dueña muy sonriente que se hace cargo ella misma del servicio del bar y la caja durante el almuerzo, con la amabilidad tan típica de los chinos (se apodare muy pronto la china de París ella). Habla corrientemente el francés y el inglés además de su idioma materno. El personal es muy amable, tiene mucho amor a la música y hasta verdaderos músicos (con anteojos) trabajan en el local. El cocinero, un hombre cordial bien mediterraneo y aficionado a la música, propone una selección de 8 pizzas riquisimas y baratas (con respecto del nivel de vida en Francia), ensaladitas, menú del día (tiza en la pared) (3), vinos franceses y italianos (3 € la copa grande). Entre los postres clásicos bajo este cielo francés hay crème brûlée y tiramisu sin los cuales ninguna pizzeria podría seguir con vida en París. Hay también pizzas y pastas para llevar (almuerzo y cena).

Hier, Mariel Martínez (chant) et Alejandro Picciano (guitare) sont venus y présenter leur disque, De mi barrio (ed. Melopea Discos, Buenos Aires, octobre 2008) et ont remporté un vif succès.
J’en ai été ravie pour eux, ravie pour la patronne et tout le personnel et ravie pour les autres artistes, ceux de mes amis pour lesquels j’espère avoir l’honneur, la chance et le plaisir d’organiser un jour d’autres petits concerts du même style, comme il y en a beaucoup là-bas dans les boliches, bares, pizzerias y confiterías de Buenos Aires, quand ils viendront en tournée sous nos latitudes...

Vendredi prochain, 21 novembre en soirée, Les Barytons accueilleront un trio de musique cubaine.

(1) or "le hasard fait souvent bien les choses", même si, pour signifier la même chose, on dit aussi parfois qu’il "n’existe pas".
Casualidad hace muy bien las cosas. No hay ninguna casualidad.
(2) cet adjectif renvoie ici à l’Asie et non à l’Uruguay, dont les habitants sont charmants eux aussi, (lo obvio). Ce n’est tout de même pas aujourd’hui que je vais dire le contraire !
(3) Hier soir, le plat du jour était un magret de canard à l’orange.
Para describirlo a Alejandro Picciano, guitarrista y concinero (intercambiamos recetas los dos) y a mis queridos amigos de Buenos Aires, Walter Alegre del CCC, Juan Espósito el conductor de Tango City Tour, Vicky de Alposta (los tres también excelentes cocineros) : filete magro de un pato especialmente cebado para hacer el foie gras (que sí, es difícil encontrar lejos de Francia, hasta no tan lejos...). El filete tiene un sabor distinto y fino y una capa de grasa impresionante bajo la piel. Tradicionalmente se cuece sin grasa, directamente en una sartén bien caliente, con la piel en contacto con la sartén y la carne al dar la vuelta, con cortes hondos a cuchillo en la piel para derretir la grasa y se sirve con salsa de naranja, es decir : 25 cl jugo de naranja exprimido, 3 cl cointreau, 15 cl miel, se liga con la grasa del pato (unos ligan con manteca, un poco raro !), sal y pimienta al final. La gastronomía bien francesa, puede servirse durante las fiestas de fin de año con vino tinto un poco tánico como bordeaux. Les Barytons tiene un Saint Emilion que sale bárbaro con este plato.

Page sportive [jactance & pinta]

"Page sportive, comme annoncent toujours les journalistes de radio et de télévision, un peu trop souvent (à mon goût) à l’ouverture de leur flash d’info ou de leur journal... Comme si le football gouvernait le monde. Quoique ! comme disait Raymond Devos (1).

En effet, ce soir, la sélection d’Uruguay va jouer un match amical contre la sélection française, au Stade de France, dans la ville tout à la fois royale et populaire de Saint-Denis (no muy lejos de la cancha, se encuentra la Basílica Saint Denis, necrópolis gótica de los reyes de Francia) ce stade mythique où les Bleus furent un jour, il y a déjà 10 ans, champions du monde contre un voisin de ceux de ce soir, un voisin nordiste et lusitanophone. Cette rencontre amicale fait partie de la préparation des deux équipes aux épreuves éliminatoires de la Coupe du Monde.

Souhaitons la bienvenue aux joueurs et à la hinchada oriental (2). Espérons que le Stade de France saura les accueillir avec l’hospitalité qu’ils méritent, qu’on n’entendra aucun sifflet sur aucun des deux hymnes nationaux (odieuse habitude qui s’est répandue depuis peu, et espérons-le pour peu de temps, dans les stades de ce pays) et que tout le monde sera content de sa soirée (couvrez-vous bien, les sudistes : il fait froid à Paris !).

Si vous souhaitez en savoir plus (en castellano) sur les redoutables adversaires des Bleus (ils ont déjà 4 étoiles ! deux fois plus que l’Argentine, pour un pays nettement plus petit ! C’est même eux qui ont été les premiers champions du monde, en 1930, à domicile, contre... l’Argentine), allez visiter le site de l’AUF (Asociación Uruguaya de Fútbol) qui dispose bien sûr d’une page spéciale sur le match de ce soir (18h pour les Uruguayens, 21h pour les Français) et d’une page générale consacrée à l’équipe nationale.

Y si los uruguayos se interesan por los azules (sólo una estrellita), la dirección del sitio de la FFF (Fédération de Football Française) está acá.

Pendant ce temps-là, l’équipe argentine (los blancocelestes), pour la première fois sous la direction technique de Diego Maradona, nommé il y a trois petites semaines à la surprise générale, dispute un match amical avec l’Ecosse, à Glasgow (bon courage, les gars, parce que gla gla gla !) (3).
Les infos sur cette grande première sont bien sûr sur le site de la AFA (Asociación de Fútbol Argentina). Le match est à 21h pour les Français, les Belges et les Suisses, 18h pour les Argentins. Pour les Ecossais, ce sera à 20h. Une de moins que sur le continent. Alors bien sûr, si là-dessus, j’ajoute qu’à midi aujourd’hui même, à Glasgow, selon le site de la SFA (Scottish Football Association), il restait encore des places à vendre pour ce match historique, vous allez tous croire comme un seul homme que je prête foi à la réputation d’avarice des Ecossais. Eh bien, non ! c’est juste que les Ecossais ne causent pas le Diez dans le texte (4) et qu’ils ont peut-être une dent contre lui (5). Les deux Directeurs Techniques de ce soir, l’Ecossais et l’Argentin, se sont en effet déjà affrontés. Pas sur le banc de touche. Sur un terrain. A Mexico. C’était lors de la Coupe du monde de 1986, il y a 22 ans, pendant ce match dont les Argentins ne se lasseront jamais et où le plus célèbre volante au monde (volante : joueur rapide capable de couvrir tout le terrain et de tenir plusieurs postes de jeu, en défense, en attaque, sur les flancs, pendant un même match) avait traversé d’une traite tout le terrain en dribblant pour, au terme de cette course d’anthologie, marquer un but de la main (pas la sienne, celle de Dieu), qui vengea momentanément mais somptueusement l’Argentine de la victoire militaire (et politique) de la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher aux Malouines.

Sur ce, à Paris comme à Glasgow, selon la formule consacrée et avec une petite pensée pour l’ami Cucuza qui doit être devant un poste à l'heure qu'il est (je suis prête à le parier et il ne sera pas le seul ; je pense à Alorsa, à Alejandro Szwarcman, à Javier González, au Maestro Héctor Negro, aux enfants des uns et des autres...), que le meilleur gagne ! Et puisque je suis très, très, très, très chauvine (vous l’aviez deviné à la lecture des autres articles de ce blog), je ne traduis pas...

(1) Raymond Devos (1922-2006), poeta y artista cómico, malabarista del verbo (un jongleur du verbe), de nacionalidad belga. Se puede leer y saborear unos de sus textos en su sitio (haciendo clic en el enlace citations). "Quoique, quoique" ("no obstante", "al mismo tiempo" como concesión) es el estribillo de un sketch surrealista y absurdo, como a él le gustaron más, Mon chien, c’est quelqu’un (mi perro es una persona o mi perro es cabrero), donde poco a poco, a lo largo del texto y al cabo de varios desplazamientos semánticos y desvíos de giros populares, termina con intercambiar completamente los roles de amo y perro.
(2) La hinchada : le groupe de supporters (hincha). Vient d’un verbe, hinchar, qui se traduit "gonfler" et qui s’applique à la baudruche qu’on remplit d’air, à la brioche qui lève dans le four, au cours d’eau en crue... Sans doute parce que les supporters gonflent leurs poumons pour crier très fort.
Le dernier film d’Enrique Santos Discépolo, tourné en 1951, celle de sa mort, s’intitule El hincha et raconte les aventures d’un supporter si entiché de son équipe de foot qu’il en perd le sens commun. L’équipe, professionnelle, est celle de son club de quartier en pleine Bérésina (derrota terrible, por la derrota napoleónica en Rusia) financière et donc sportive et le brave garçon fait des pieds et des mains (hacer todo lo posible con mucho esfuerzo) pour sauver el equipo au besoin contre les joueurs eux-mêmes, désabusés par plusieurs mois sans salaire et passablement retirés des voitures (alejados de la cancha - en el caso). Le pauvre fou rend complètement chèvre tout son entourage. Enrique Santos Discépolo déploie une dernière fois devant la caméra, celle d’un honnête cinéaste sans génie particulier, ses dons de comédien quasi-burlesque, avec un jeu de jambes, de bras et de voix dévastateur. L’acteur, réalisateur, compositeur et poète est décédé d’une crise cardiaque le 23 décembre 1951, moins d’un an après la sortie de ce film, le 13 avril 1951. El Hincha est disponible en format VHS et DVD, ed. Cine del Mundo qui tient boutique sur Corrientes (mais casette et DVD sont difficiles à se procurer par correspondance, même sur Internet, je dois bien le reconnaître et c’est dommage). Sur le cinéma argentin, et en particulier ce film, renseignez-vous -en VO- sur le site de Cinenacional.
Oriental : des Uruguayens, on dit toujours qu’ils sont "orientales" quel que soit l’endroit du globe où ils se trouvent, tout simplement parce que leur pays (capitale : Montevideo) est situé à l’est du río Uruguay. Evidemment, dit comme ça chez nous, en Europe, ça fait un peu cancre en géo !
(3) gla gla gla : onomatopea francofona para el frio (imitación del castañeteado de dientes).
(4) El Diez, l’un des surnoms de Diego Maradona en Argentine. Je vous ai déjà souvent renvoyés à la page My Space de La Guardia Hereje pour écouter le très bel hommage que Alorsa et ses musiciens rendent à Diego dans cette chanson, Para verte gambetear (Pour te voir dribbler). Mais quand on aime, on ne compte pas, donc c’est reparti pour un clic... Mais je ne vous avais encore jamais parlé du poème que Horacio Ferrer (si, si, Horacio Ferrer himself et en personne) a dédié au héros du terrain... Or il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Con las manos se hace el arte
la pasión y la oración;
suerte que nos diste el fútbol
hecho con los pies, Señor.
[...]
En lunfardo diez es diego
y es de diez el que es mejor,
diez, sensualidad, maestría
maradónica explosión

(extrait de Horacio Ferrer, Versos del Duende, ed. Corregidor, BsAs, 2003, p 92)

C'est avec les mains que se fait l'art
la passion et la prière ;
Une chance que tu nous aies donné le football
fait avec les pieds, Seigneur.
[...]
En lunfardo, 10 se dit Diego
et celui qui est le meilleur il est en 10,
10, sensualité, maestria,
explosion maradonique.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et Horacio Ferrer n’est pas le seul. Alejandro Szwarcman, Héctor Negro, entre autres, ont aussi leur tango ou leur poème sur el Diez. Vous pouvez lire à ce sujet l'anthologie d'Héctor Negro, El lenguaje y la poesía del fútbol, ed Corregidor, Buenos Aires 2005 et d'écouter Pompeya para Diego era París, d'Alejandro Szwarcman et Javier González, chanté par Patricia Barone, dans Gestación (CD autoproduit), Buenos Aires, 2004.

En outre, Maradona a aussi inspiré à trois honorables citoyens de Rosario la création d’une parodie d’église (cachant sous une couche d’humour très inventif une expression politique symbolique forte, anti-colonialiste et altermondialiste, dont il faut savoir décrypter le langage organisé selon un code typiquement rioplatense), la Iglesia de la Mano de Dios, de son nom officiel (qui parodie les noms de sectes protestantes nord-américaines), plus communément connue néanmoins comme Iglesia Maradoniana, avec tout un rituel complet pour l’initiation du fidèle (il faut marquer un but de la main dans une cage dépourvue de gardien pour être admis au baptême au sein de l’Eglise, dont tous les fidèles, hommes et femmes, porte en deuxième prénom celui de Diego), l’office liturgique avec autel et communion, le mariage (les deux époux prononcent leurs voeux au-dessus d’un ballon et marquent chacun un but dans la cage, toujours vide), des Tables de la Loi avec 10 commandements et pas un de moins (rien à voir avec celui de Moïse à part le chiffre), un grinçant détournement du Notre Père (désopilant et pas du tout blasphématoire, contrairement à ce qui se passerait chez nous), un calendrier de fêtes récurrentes, allant de la Nativité aux mystères glorieux... Sous ce lien, le site de ces hinchas auxquels Maradona lui-même, non sans l’humour arrabalero qui le caractérise, a accordé sa bénédiction politique.

Si un jour le film d'Emir Kusturica, Maradona, sort en format DVD, précipitez-vous dessus, surtout si vous n’avez pas pu le voir sur les écrans quand il est sorti, juste après le Festival de Cannes 2008. Vous comprendrez tout sur l’Eglise Maradonienne. A condition de bien vouloir comprendre ce qu’il y a à comprendre, ce qui n’a pas toujours été le cas des critiques de cinéma professionnels, de ce côté-ci de l’Atlantique.

Et enfin, pour en terminer avec ce chapitre qui semble si fort s’éloigner du match de Saint Denis de ce soir mais qui n’en est pas autant dissocié que cela, je vous propose de vous régaler avec le commentaire historique (dans le texte et avec traduction) que fit Victor Hugo Morales, commentateur sportif de haut vol, éditorialiste politique percutant, animateur d’émissions télé et radio vraiment culturelles et conteur hors pair, oriental de surcroît (maintenant que vous savez ce que veut dire cet adjectif là-bas), très présent depuis des décennies sur les ondes argentines, quand Maradona envoya l’Argentine en demi-finale du Mundial... Véritable poète dans son genre, comme vous allez pouvoir en juger, ce payador du foot dispose d’un site personnel à consulter ici (avant ou après la lecture de ce qui suit).

Ahí la tiene Maradona, lo marcan dos, pisa la pelota Maradona. Arranca por la derecha el genio del fútbol mundial. Puede tocar para Burruchaga... Siempre Maradona. ¡Genio, genio, genio! Ta, ta, ta, ta, ta ... ¡Gooooooool gooooooool! ¡Quiero llorar! ¡Dios santo, viva el fútbol, golaaaazo! ¡Diegoooool! ¡Maradona! Es para llorar, perdónenme, Maradona en recorrida memorable, en la jugada de todos los tiempos, barrilete cósmico, ¿de qué planeta viniste para dejar en el camino a tanto inglés, para que el país sea un puño apretado gritando por Argentina? Argentina 2 - Inglaterra 0. ¡Diegol, Diegol!, Diego Armando Maradona. Gracias, Dios. Por el fútbol, por Maradona, por estas lágrimas, por este Argentina 2 - Inglaterra 0.
Victor Hugo Morales, en la Ciudad de Mexico, el 22 de junio de 1986.

Ça y est, c’est Maradona qui l’a, deux joueurs l’entourent, Maradona a le ballon sous le pied. Le génie du football mondial s’arrache vers la droite. Il peut toucher la balle pour Burruchaga. Toujours Maradona. Un génie ! Un génie ! Un génie ! Ah la la la la laaaaaaaa ! Buuuuuuut ! Buuuuuuut ! J’ai envie de pleurer !!!! Seigneur Dieu ! Vive le football ! Un but d’enfer ! Diegooooooal ! Maradona !!!!! C’est à pleurer, pardonnez-moi, Maradona dans une chevauchée mémorable, dans le match des siècles des siècles, cerf-volant cosmique... De quelle planète es-tu venu pour si bien laisser en chemin l’Anglais, pour que le pays soit un poing serré et levé acclamant l’Argentine. Argentine, 2, Angleterre, 0. Diegoal, Diegoal ! Diego Armando Maradona. Merci mon Dieu. Pour le football, pour Maradona, pour ces larmes, pour ce match Argentine 2 - Angleterre 0.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Vous pouvez aussi l’écouter sur You Tube. 10 secondes éternelles. En contrepoint, vous avez aussi le commentaire du même moment de la même rencontre sur la BBC. Le poids des mots, le choc des cultures !
(5) avoir une dent contre quelqu’un : sentir rencor en contra de alguien (como un perro que tendría ganas de morder)

El Faro avec Jacqueline Sigaut et Púa Abajo [à l'affiche]



Comme en fait foi l'affiche reçue aujourd'hui de Cucuza (tercero beso del día), le Cycle El Tango vuelve al Barrio recevra vendredi prochain un show de Cucuza et Moscato, les musiciens résidents, si j'ose dire, avec comme invités la chanteuse Jacqueline Sigaut (un beso también) et le duo de guitaristes que je n'ai pas encore eu le plaisir d'écouter là-bas, Púa Abajo (aiguille en bas, comme sur une platine pour vyniles, un pick-up ou un gramophone... ou une arme blanche, et dans ce cas-là, cela veut dire "pointe à terre") que nous pouvons entendre sur leur page My space et voir en vidéos amateurs (videos caseras) sur leur blog.

Le reste, l'affiche le dit si bien queje ne vois pas trop quoi ajouter. En plus, si vous partez là-bas pour les vacances de Noël, emportez-la avec vous, ça vous permettra de reconnaître la pizzeria quand le taxi vous déposera devant.

Jacqueline a un site.
Cucuza a une page My space et un article sur Todo Tango (une consécration de plus avec le prix Hugo del Carril de l'année dernière) et même un enregistrement (un tango de sa composition, Tibieza, Tiédeur) sur cette même page...

Blowin’in the wind en portègne dans le texte [actu]

"Blowin’ in the wind" : citation de Bob Dylan que le poète-compositeur Alejandro Szwarcman cite en introduction du texte que je vous présente ici : The answer, my friend, is blowing in the wind (la réponse, mon ami, elle souffle dans le vent). C’est l’idée sur laquelle Alejandro est parti pour nous donner sa vision de la crise financière actuelle, avec son style caustique et son humour politique terriblement portègne, c’est-à-dire aussi désabusé et aiguisé que l’humour juif qui fait partie des ingrédients de ce mélange savoureux.

Lundi dernier, Alejandro a été reçu Académico Titular à la Academia Nacional del Tango, ce qui est une reconnaissance bien méritée. Alors comme il a eu la gentillesse de m’envoyer ce texte quand il l’a écrit il y a un mois, alors que Wall Street coulait à pic. Je vous le traduis ce soir, paragraphe par paragraphe, avec l’original justifié à gauche et la traduction justifiée à droite, comme d’habitude...
Dans ce texte, Alejandro Szwarcman dit en prose ce qu’il lui est déjà arrivé de développer en vers dans quelques uns de ses tangos très musclés...

Lo que sopla en el viento
Alejandro Szwarcman
Buenos Aires, 12 de octubre 2008

El fantasma no murió.
Obvio, los fantasmas no mueren, sino no serían fantasmas. Viven eternamente y hasta colean…, como los barriletes.
Bueno la cosa, según parece, es que un fantasma empecinado, no un barrilete, nuevamente recorre el mundo. No es fácil verlo a simple vista, pero este espectro descarriado, según cuentan quienes lo han visto, se regodea agitando los ámbitos donde la timba del capital financiero internacional hasta no hace mucho jugaba al Rasti con los ladrillos del muro de Berlín, mientras simultáneamente se hacía baños de asiento con la plusvalía de millones de obreros.

Ce qui souffle dans le vent
Alejandro Szwarcman
Buenos Aires, le 12 octobre 2008

Le fantôme n’est pas mort.
Forcément, les fantômes ne meurent pas, sinon ce ne serait pas des fantômes. Ils vivent éternellement et même ils frétillent... comme les cerfs-volants.
Bon, au fait ! A ce qu’il paraît, un fantôme obstiné (pas un cerf-volant) s’est remis à courir le monde. Le voir au premier regard n’est pas facile mais ce spectre sans vergogne, d’après ce que racontent ceux qui l’ont vu, est comme un poisson dans l’eau lorsqu’il secoue les milieux où le tripot (1) du capital financier international jouait jusqu’à il n’y a pas longtemps au Rasti (2) avec les briques du mur de Berlin, tandis que simultanément il se faisait des bains de siège avec la plus-value de millions d’ouvriers.

Basta con echar una mirada a un puesto de diarios, o poner un ojo en la carátula del servidor, para ver aparecer como en un caleidoscopio, un innumerable catálogo de muecas y contracciones faciales, todas ellas casi coincidentes por su consternación.
Las bocas dibujan por lo general una letra "O".
La "O" es una vocal peligrosa. Ya lo dice el refrán: en boca cerrada no entran moscas. Será porque por el aro bien abierto de una "O" además de una mosca puede entrar el asombro, el terror y peor aún, también puede entrar la muerte.

Il suffit de jeter un coup d’oeil au kiosque à journaux ou de poser les yeux sur la page d’accueil du serveur (3) pour voir apparaître, comme dans un caléidoscope, un catalogue de grimaces et de contractions faciales sans nombre, ayant toutes un point commun : la consternation.
En général, les bouches dessinent la lettre O.
Le O est une voyelle dangereuse. L’adage ne dit-il pas : Ferme la bouche si tu ne veux pas que les mouches rentrent (4). C’est qu’à travers le cerceau bien ouvert d’un O, en plus de la mouche, peut entrer la stupeur, la terreur et, pire encore, la mort elle aussi.

Desencajadas, absortas, las caras de miles de operadores bursátiles, a lo ancho y a lo largo del planeta parecen augurar los abismos del Apocalípsis bíblico. ¡Vaya premonición!.
Me pregunto si esos espasmos se parecen en algo al gesto de terror de una niña iraquí cuando, a la hora en que la mayoría de los niños sueñan con delfines de cristal o con tigres verdes , ella se despierta aterrada mirando al soldado de carne y hueso que irrumpe en su casa tirando la puerta abajo.
Difícil. No creo.

Exorbités, hagards, les visages de milliers d’opérateurs boursiers, sur toute la surface de la planète, ont l’air d’augurer des abîmes de l’Apocalypse biblique. En voilà, une prémonition !
Je me demande si ces spasmes ressemblent de près ou de loin au geste de terreur d’une enfant irakienne qui, à l’heure où la majorité des enfants rêvent de dauphins brillants comme du cristal ou de bébés tigres, se réveille terrorisée à la vue du soldat en chair et en os qui fait irruption dans sa maison en jetant la porte par terre.
Difficile. Je ne crois pas.

Dicen que los perros terminan por asemejarse definitivamente a su amo y estos caballeros se parecen bastante al dinero. (Poderoso Caballero, Don Dinero).
Hoy es la niña iraquí, ayer fueron los niños de Vietnam o Corea. La cuestión (y ya lo dijo alguien) es que el sistema que hoy rige al mundo nació vomitando sangre.
No voy a negar mi perversa e íntima sensación. Quien más quien menos la debe tener en este momento. Es hermoso para el ahorcado ver como tiembla el verdugo.
Sin embargo, muchos se preguntan cómo sigue esa historia.

On dit que les chiens finissent par ressembler à leur maître, or ces beaux messieurs ne sont pas loin d’être le portrait craché de l’Argent (très puissant et fort galant Monsieur l’Argent).
Aujourd’hui c’est l’enfant irakienne. Hier c’était les enfants du Vietnam ou de Corée. Le problème, comme l’a déjà dit quelqu’un, c’est que le système qui aujourd’hui gouverne le monde vomissait du sang dès sa naissance.
Je ne vais pas nier mon pervers sentiment intérieur. Que tout le monde doit avoir, les uns plus, les autres moins, en ce moment : pour le pendu, c’est un beau spectacle que voir branler la potence (5).
Cependant beaucoup se demandent ce que cette histoire nous réserve.

Están los ingenuos o los malintencionados (para el caso es lo mismo, dicen que un tonto arroja una piedra a un pozo y cien sabios no saben cómo sacarla), que le ponen título a esta epidemia: "Nuevo orden mundial", "Recesión", "Panorama sombrío en los mercados", bla, bla, bla... La verdad de la milanesa viejo, es que el mundo capitalista se cae a pedazos y no hay nadie que le dé el empujoncito final.
No me pongan la etiqueta por favor. No se qué viene después, si el socialismo, la anarquía, o el amor libre (¡ojalá!). No se.

Ce sont les naïfs ou les malfaisants (en l’occurrence, ça revient au même : on dit qu’un imbécile envoie une pierre dans un puits et que 100 sages ne savent pas comment l’en retirer) qui donnent un titre à cette épidémie : Nouvel ordre mondial, Récession, Sombre panorama pour les marchés bla bla bla bla bla... Mais le secret du soufflé (6), mon vieux, c’est que le monde capitaliste tombe en ruine et qu’il n’y a personne pour lui donner la suprême pichenette (7).
Et ne me sortez pas d’étiquette par pitié. Je ne sais pas ce qui vient derrière, si c’est le socialisme, l’anarchie ou l’amour libre (ce serait bien, ça !). Je n’en sais rien.

La cuestión es que esto se cae a pedazos y sus exégetas no lo quieren reconocer. Hace poco, (una década en términos históricos es nada) (8), nos daban un beso en la mejilla, como el maffioso que saluda a la viuda del punto que ellos mismos amasijaron: "Lo lamento, las ideologías han muerto". "Los acompaño en el sentimiento". Ja, ja...De acáaaaaaa...
Capital-Sangre-Explotación.
¿Cuánto tiempo más va a pasar para que se digan las cosas por su nombre?
¿Cuándo al fin veremos el definitivo derrumbe del verdugo?
La respuesta amigo mío, está soplando en el viento...
Malaventurado aquel que no la quiera oír.

Le problème, c’est que ce machin tombe en ruine et que ses exégètes ne veulent pas le reconnaître. Il y a peu (une décennie, c’est rien en termes historiques), ils nous embrassaient sur les joues (9) comme le maffieux qui salue la veuve du pauvre type qu’ils ont eux-mêmes passé à tabac (10). "Quel dommage ! Les idéologies sont mortes", "Je suis de tout coeur avec vous". Na na na na na.... Va te faire f... ! (11)Capital - Sang - Exploitation.
Combien de temps va encore passer avant qu’on appelle les choses par leur nom ?
Quand va-t-on enfin voir la potence s’écrouler une bonne fois pour toutes ?
La réponse, mon ami, elle souffle dans le vent...
Malheureux celui-là qui ne voudrait pas l’entendre.

(Traduction Denise Anne Clavilier)

(1) la timba (lunfardo) : c’est 1. le jeu (tapis vert), 2. le lieu où il se pratique (tripot, clandé). Les jeux d’argent ont été interdits (mais très largement tolérés) en Argentine jusqu’aux débuts des années 1970. Loteries et paris hippiques ont alors été autorisés et encadrés (donc taxés) par l’Etat. Comme les Argentins ont une vraie passion pour le jeu, ils n’ont pas attendu d’avoir le droit (de jouer) pour prendre le gauche ("prendre le gauche" : hacer algo sin tener la autorización de hacerlo), la "timba" en lunfardo, c’est le jeu, nécessairement clandestin au moment où le mot surgit, donc parfois assez glauque (comme dans le tango Tengo miedo, écrit par Celedonio Esteban Flores par exemple). Quand les jeux ont été légalisés en 1970, les gens se sont rués dessus au point que Luis Alposta, dans un de ses poèmes, Soneto con bronca (sonnet enragé), parle d’un peuple abruti par les jeux (et il utilise les noms même sous lesquels ces jeux licites sont publiquement connus, comme prode, l’apocope de pronostics sportifs...)
(2) Rasti est une marque déposée argentine, celle de la fabrique d’un jeu de construction à base de pièces en plastique de couleurs (type Lego).
(3) textuellement : "dans une bouche fermée, les mouches n’entrent pas".
(4) serveur internet, qui vous envoie, là-bas aussi, dès que vous ouvrez internet des news, que vous n’avez pas demandées mais qui, paraît-il, vous intéressent tout de même. Alejandro est un poète branché !
(5) verdugo a deux sens : 1. potence, gibet (au sens premier, maîtresse branche d’un arbre) 2. bourreau. La logique veut que je traduise avec le premier sens l’image utilisée pour la première occurrence. J’ai donc conservé le même mot pour la seconde occurrence mais libre à zigouiller le bourreau au lieu de ficher en l’air le gibet.
(6) textuellement : "la vérité de la milanesa, c’est que..." La milanesa est plat argentin où une appétissante panure cache complètement la tranche de jambon, de fromage, d’aubergine ou de potiron, le filet de poisson ou de poulet cuit dedans. Les Argentins sont fous de milanesa. Ils la mangent même en sandwich quand ils déjeunent sur le pouce... En deçà la panure à l’opulence prometteuse, le contenu peut être très décevant et fort peu nourrissant en quantité comme en qualité.
(7) el empujón : poussée volontaire et pas spécialement modérée exercée avec la main (pas avec le pied). Appartient à une expression toute faite, el empujón del diablo, qu’on pourrait traduire (mais traduttore, tradittore !) par "la pichenette du diable". C’est le coup que le diable donne pour jeter à terre ce qu’il veut jeter à terre. Je n’ai pas voulu traduire par "coup final" qui fait penser à coup de grâce et ce n’est vraiment pas la nuance sur laquelle Alejandro joue ici.
(8) Neuf jours après l’écriture de ce texte, le 21 octobre, le gouvernement argentin annonçait qu’il mettait fin au régime de retraite par capitalisation comme système de prévoyance vieillesse de base, les fameuses AFPJ fondées en 1994, il y a 14 ans, à grand renfort d’argumentations séductrices et de slogans tonitruants, sous la double pression du FMI et d’une puissante mode ultra-libérale (cf. l’article du 22 octobre).
(9) Textuellement : sur la joue (au singulier). En Argentine, on ne s’embrasse qu’une seule fois, donc sur une seule joue... alors qu’en France (championne du monde toutes catégories en la matière) on échange jusqu’à 4 baisers, deux de chaque côté, surtout lorsqu’il s’agit de présenter ses condoléances à la famille d’un défunt avec les membres de laquelle on est intime. Si l’on n’est pas intime, on se contente de serrer la main. Depuis quelques années, les Portègnes ont pris l’habitude de s’embrasser pour se saluer, quelque soit le degré d’intimité déjà existant. Des inconnus qui se rencontrent pour la première fois s’embrassent, hommes et femmes indistinctement. La poignée de main est réservée à un contexte officiel et protocolaire.
(10) Le changement de nombre, sujet singulier passant au pluriel, existe dans le texte original.
(11) de acá : dans le cas présent (la multiplication des a finaux ne laisse pas le moindre doute à ce sujet), l’expression s’accompagne d’ordinaire d’un bras d’honneur.... Textuellement : "d’ici".

La Propina au CCC Floreal Gorini cette nuit après le match [à l'affiche]

Affiche envoyée par Walter Alegre

Le duo de guitares de tango La Propina, fondé en 2001 à Buenos Aires, joue ce soir au Centro Cultural Floreal Gorini. Ce sera à 21h heure locale (c'est écrit sur l'affiche), donc après les matches. C'est bon, vous pouvez tout faire. Regarder Eurosport (ou TF1) et aller ensuite écouter Gabino Arce et Nicolás Casares, deux instrumentistes formés par la Escuela de Música Popular de Avellaneda (banlieue sud de BsAs) sur leur page My Space.


Ils ont auto-produit leur disque en 2007, De barro y empedrado (de boue et de pavé). C'est encore bon pour Noël. Sinon, vous adopterez les coutumes criollas et vous ferez les cadeaux le 6 janvier, ça vous laissera un peu de marge pour faire les ultimes commandes de disques et de livres sur Internet depuis l'Europe. Si vous profitez des vacances de Noël pour aller prendre un petit bol d'été là-bas, attendez d'être sur place...

lundi 17 novembre 2008

Tangos para un siglo de cartón [à l'affiche]

Tangos pour un siècle de carton est un parcours musical à travers des tangos de Marcelo Saraceni sur les textes de Bibi Albert, Raimundo Rosales, Hugo Salerno, Hilda Guerra, Pablo Guzmán, Ernesto Garabato et Enrique Martín. Siglo de cartón est le titre d'un tango de Marcelo Saraceni que vous pourrez découvrir sur sa page My Space. Il a été élève de Sebastián Piana, un des très grands compositeurs du tango des années d'or et l'inventeur de la milonga ciudadana. Côté écriture, il a été celui de León Benarós, un poète à qui j'ai consacré un de mes tout premiers articles en juillet dernier.

Le titre doit se comprendre par rapport aux chiffoniers de Buenos Aires, qu'on appelle les cartoneros et qui gagnent leur vie en récupérant dans la rue, dans les poubelles, parfois directement chez les particuliers tous les déchets (cartons, plastiques, métal, bois, tissu, os et tout autre détritus qu'on peut trier et recycler d'une manière ou d'une autre). Attendez-vous à une sélection de tangos à fort retentissement social... Ce qu'on appelle là-bas le tango testimonial (le tango qui porte témoignage de la réalité).

Participeront au show les chanteurs Laura Rivadeneira et Nicolás Scordamaglia, le bandonéoniste et pianiste Norberto Vogel que j'ai déjà cité car il se produit souvent avec la chanteuse Gabriela Novarro, le guitariste et compositeur Marcelo Saraceni et le poète Raimundo Rosales qui dira des poèmes et les glosas des tangos de ce show (1) .

Cela se passera au Taconeando, une tanguería de Monserrat, dans la rue Balcarce, à la limite avec San Telmo, dimanche 23 novembre à 20h (entrée 15 €).

J'ai déjà eu l'occasion de vous parler de Raimundo Rosales dans divers articles, notamment celui que j'ai consacré à la Rencontre de poètes qui a eu lieu à la Academia Nacional del Tango, le 18 août dernier, pendant le Festival. Et de Marcelo Saraceni en vous présentant Sara Melul, qui a écrit pas mal de textes qu'il a mis en musique ou vice-versa ou Jacqueline Sigaut qui a chanté et enregistré quelques uns de ses tangos.

Quelques uns de ces artistes peuvent être découvert sur la toile :

Raimundo Rosales : sa page My Space, sur laquelle vous pourrez écouter quelques uns de ses tangos chantés notamment par Cucuza et voir plein de jolies photos où il pose à côté d'Horacio Ferrer, Raúl Garello et Héctor Negro, avec Jacqueline Sigaut, Claudia Levy, Cucuza, Oscar Pometti...

Norberto Vogel dispose d'un site à lui, où vous pourrez télécharger en Mp3 quelques morceaux de grande qualité.

Marcelo Saraceni a sa page My Space, qui vous permettra d'en savoir plus sur son histoire et son style. 7 tangos sont en écoute non téléchargeable.

(1) la glosa est un texte poétique d'introduction à l'oeuvre à venir.

Aerolineas, l’interminable feuilleton [actu]

Alors que le 23 octobre encore, le Ministre des Transports, Ricardo Jaime, affichant très ouvertement sa bonne volonté, refusait toute idée d’expropriation et continuait de rechercher un accord, entre gens de bonne volonté, avec Marsans, l’actuel actionnaire majoritaire espagnol de la compagnie d’aviation Aerolineas Argentinas, voilà qu’il menace à présent d’en venir à cette extrêmité devant les arguments insupportables de Marsans, fort du soutien du gouvernement espagnol, et le manque continu de transparence dans les comptes sociaux de la compagnie.

Il est aidé dans sa démarche par les résultats d’Aerolineas qui, depuis la prise en main par l’Etat, a notablement freiné ses pertes. Le déficit opérationnel a baissé de 40%, passant de 60,80 millions de dollars américains en juin à 35,53 en octobre, la passation de pouvoir opérationnel ayant eu lieu le 21 juillet entre Marsans et Julio Azak, ancien maire de La Plata et Directeur Général nommé par l’Etat. Une des recettes qu’il a appliquées par Julio Azak a été de supprimer tous les contrats de leasing en vigueur pour des avions qui ne volaient pas. L’idée est peut-être bête, encore fallait-il l’avoir ! Il a aussi renégocié à la baisse le loyer de nombreux avions couramment utilisés sur les lignes en exploitation Le loyer mensuel des Boeing 737 et 500 est passé de 150 000 US$ à 115 000...

Aerolineas devrait donc terminer l’année avec une perte cumulée de 519 millions de dollars, soit 447 pour Aerolineas et 71 pour Austral, sa filiale à 100% qui assure le trafic intérieur de ce pays immense.

La semaine dernière, pour éviter toute manoeuvre ultérieure de dumping de la part des opérateurs privés desservant les lignes intérieures et qui ont une fâcheuse tendance à ne pas desservir les lignes qui leur sont assignées mais qui à leurs yeux ne sont pas assez rentables, Ricardo Jaime a menacé de confisquer aux différentes compagnies les licences d’exploitation des lignes qu’elles ne desservent pas. Il espère éviter ainsi que ces lignes peu rentables échouent toutes à Austral lorsque celle-ci sera pleinement nationalisée et qu’il faudra bien que l’Etat argentin assure la continuité du territoire national, et mettre bon ordre dans le marché des concessions de lignes intérieures afin de rétablir l’équilibre entre toutes les destinations, d’autant que, pour soutenir tous les acteurs sur ce marché, très affectés par l’augmentation du prix du pétrole, c’est déjà l’Etat qui prend en charge le carburant nécessaire à tous les vols domestiques (or le carburant c’est aujourd’hui 50% du coût d’exploitation d’une ligne !).

Une dernière évaluation financière d’Aerolineas-Austral a été rendue publique ces derniers jours, par la Auditoría General de la Nación, l’équivalent de la Cour des Comptes, et estime à - 2190 millions de pesos argentins le Patrimoine net (négatif) des deux compagnies. C’est le dernier mot en matière financière, chacun ayant maintenant pu apporter sur la table de négociation ses propres chiffres. Dans son arrêt, la AGN souligne une fois encore l’opacité des comptes fournis par Marsans, la difficulté d’y voir clair dans cette gestion délibérément embrouillée et le montant faramineux des dettes fiscales en matière d’impôt sur le chiffre d’affaires réalisé par Aerolineas sous gestion privée (276 millions de pesos de créances fiscales), de TVA non payée (189 millions) et enfin de taxes portuaires laissées elles aussi en souffrance (120 millions). On croit rêver...

De son côté, l’Etat a soutenu financièrement la compagnie, par le biais d’une assistance financière du Banco de la Nación (un peu plus de 300 millions de janvier à juillet de cette année), par le biais du renflouement de sa trésorerie entre autres pour payer les salaires (737 millions, entre le 11 juillet, alors qu’Aerolineas était sur le point de déposer le bilan, et le 4 novembre dernier).

Lors de la enième Assemblée Générale le 12 novembre, Marsans a fait mine de faire un geste de bonne volonté. Ils acceptaient de capitaliser 100 millions de pesos déjà versés par l’Etat pour maintenir l’entreprise à flot, un montant dérisoire eu égard aux autres chiffres avancées par les différentes évaluations. Par ailleurs, en profitant du fait qu’ils sont toujours de jure les patrons de la Compagnie, ils se permettent avec les ordres du jour, reportant sans préavis les points d’une AG à une autre, la prochaine étant prévue pour le 18 décembre, ce qui maintient les représentants de l’Etat en permanence sur la brèche pour parer à ces coups bas.

Comme la dernière estimation a été dressée à la demande des élus du Congrès, ces derniers font maintenant pression sur le gouvernement pour en finir. Or selon la Constitution, dans une telle affaire, le dernier mot revient au Congrès. Il est donc possible que prochainement la Commission parlementaire qui suit cette affaire fasse inscrire le processus d’expropriation à l’ordre du jour de la session en cours, d’autant que le Gouvernement, lassé, commence à accepter l’inéluctable. Qu’il aura tout fait pour éviter, afin de ne pas se brouiller davantage avec le gouvernement espagnol qui voit d’un mauvais oeil de nombreux intérêts privés nationaux entamés par les récentes dispositions gouvernementales. Marsans est une entreprise à capitaux espagnols et dont la majeure partie de l’activité touristique rapporte des devises à l’Espagne (et non à l’Argentine, comme on a pu le voir). Le BBVA, grande banque espagnole aussi, possédait l’une des 10 caisses de retraite par capitalisation dont le gâteau vient de disparaître avec le vote au Sénat de la loi mettant fin à l’existence d’un régime de retraite par capitalisation concurrent (et non complémentaire) du régime par répartition. Les profits de l’AFPJ du BBVA étaient consolidés directement dans le chiffre d’affaires du groupe en Europe, ce qui fait perdre au BBVA des sommes rondelettes et fournit des motifs de fâcherie rampante entre José Luis Zapatero (et partant le roi Juan Carlos) et Cristina Fernández de Kirchner.

Sale temps pour Carlos Menem [actu]

Le péroniste Carlos Menem a été le second président de la démocratie actuelle en Argentine. Il a succédé au radical Raúl Alfonsín, un avocat qui avait été durant la Dictature un authentique militant des droits de l’homme. Carlos Saúl Menem a occupé la Casa Rosada pendant 10 ans, c’est-à-dire plus longtemps que Perón, premier Président élu pour deux mandats consécutifs (qu’il ne termina pas : il fut renversé en 1955 par un coup d’Etat au milieu du second mandat).

Carlos Menem est né en 1930 dans la Province de la Rioja. Il a accédé à la Présidence de la République en 1989 et a quitté la Casa Rosada en 1999, laissant la place à Fernando de la Rúa, le Président en fonction en 2001 lors de l’effondrement bancaire, le Président qui symbolise le naufrage du pays. Ce naufrage avait été amplement préparé par la politique insensée de Menem, une politique libérale totalement déréglementée, sous la pression forte du FMI, ce qui est pour le moins paradoxal pour un péroniste : l’une des caractéristiques du péronisme est de résister encore et toujours à toutes les pressions, notamment économiques, des agents de l’"impérialisme américain" dont le FMI a été, de fait et peut-être à son corps défendant, un allié objectif redoutable pour tous les pays peu ou mal industrialisés (en Afrique, Asie et Amérique Latine).

C’est Carlos Menem qui, dès le début de son mandat, a privatisé l’entreprise pétrolière nationale YPF en la vendant à Shell et a donc privé son pays de cette manne qui lui serait si précieuse aujourd’hui, qui a aussi vendu la compagnie d’aviation nationale, Aerolineas Argentinas, fleuron et le modèle de toutes les compagnies sud-américaines, à Iberia qui l’a refilée contre de la monnaie de singe à l’empire péninsulaire du tourisme de masse Marsans. C’est lui qui a mis en place le système de retraite par capitalisation dit aujourd’hui des AFJP, censé être tellement plus performant que le système par répartition, qu’on accusait alors des pires maux, alors qu’il était malade de l’évasion sociale des entreprises argentines, qui opèrent au noir, sans régler leurs cotisations de sécurité sociale. Carlos Menem est donc l’auteur de la politique que l’actuel gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner est en train de démonter pièce à pièce, avec le rachat d’Aerolineas et l’élimination des AFPJ au profit de l’universalisation du système par répartition.

Aujourd’hui sénateur de sa province natale, Carlos Menem est aussi le leader de l’opposition aux Kirchner, mari et femme, au sein du parti péroniste, le PJ (Partido Justicialista). L’année dernière, il a cherché à faire exclure le couple, en l’accusant d’avoir trahi la cause et l’orthodoxie du PJ en concluant une alliance électorale avec une aile de l’UCR (Unión Cívica Radical), le parti de Raúl Alfonsín, un parti qui s’est fortement opposé à Perón lorsque celui-ci a surgi entre 1943 et 1946 dans le paysage politique argentin, un parti de classe moyenne naissante fondé en 1891 et resté foncièrement hostile à l’idéologie péroniste, d’assise ouvrière et nettement plus populaire. La manoeuvre de Menem a fait pschitt, Cristina Fernández a été élue Présidente de la République haut la main, elle a succédé à son mari à la Casa Rosada et ce dernier préside aujourd’hui le PJ. L’UCR, quant à elle, au moins une bonne partie de ses troupes, celle qui n’a pas intégré l’alliance gouvernementale, est depuis peu entrée en négociation avec le parti de droite, Coalición Cívica, au grand dam du vieux Raúl Alfonsín... PJ et UCR sont les deux courants de la gauche de gouvernement en Argentine.

Ainsi donc le nemenisme politique a du plomb dans l’aile et de surcroît, l’ancien président play-boy et m’as-tu-vu se trouve aujourd’hui impliqué dans une sombre affaire de trafic d’armes en faveur de l’Equateur et de la Croatie pendant sa présidence. Il évite pour le moment la confrontation directe avec le juge et le procès en produisant des certificats médicaux qui le disent malade au fin fond de sa province mais ne voilà-t-il pas que sur ces entrefaites, un autre soupçon horrible vient de s’abattre sur sa tête. Un juge vient en effet de le convoquer pour l’inculper d’entrave à la justice dans le cadre de l’enquête sur l’attentat de l’AMIA.

L’AMIA est une grande institution sociale juive, tout à la fois une mutuelle, une institution culturelle et une instance de représentativité de la Communauté israélite auprès des corps constitués. Le 18 juillet 1994, une camionnette explosa devant le siège de l’AMIA, situé alors dans la rue Pasteur à Buenos Aires (non loin du quartier de l’Abasto). Le bâtiment lui-même vola en éclats et l’explosion fit en tout 85 morts et plusieurs centaines de blessés, dont la plupart étaient soit des employés de l’AMIA soit des visiteurs, donc très majoritairement des juifs. On n’a jamais identifié les exécuteurs de cet attentat ni ses commanditaires bien qu’il présente tous les traits d’un attentat relatif au conflit israélo-arabe. Il y a deux ans environ, le gouvernement de Néstor Kirchner a accusé l’Iran d’être à l’initiative de l’attentat. Cela a bien fait rire les observateurs internationaux qui ont trouvé l’idée un peu trop opportuniste et y ont vu une main de l’Argentine servilement prêtée aux Etats-Unis alors en quête de motifs contre l’Iran et sa politique nucléaire. L’explication est difficile à accepter quand on connaît le peu d’inclination envers la politique de Georges Bush que professe Néstor Kirchner.

Il y a quelques jours, le juge fédéral Ariel Lijo a convoqué Carlos Menem à un interrogatoire parce qu’il le soupçonne d’avoir tout fait à la Casa Rosada pour couvrir deux membres de son entourage personnel et leur éviter toute poursuite judiciaire alors que de nombreux indices tendent à les incriminer dans l’exécution de l’attentat. Ces deux hommes, père et fils, semblent mouillés jusqu’au cou dans le vol d’une première camionnette puis la location de celle qui fut piégée, ils ont été vus aux abords du Siège de l’AMIA quelques minutes avant l’explosion et ils se sont retrouvés fort opportunément invités à la Casa Rosada le 1er août, alors que des policiers commissionnés par le juge s’étaient mis en route pour arrêter le fils. Quelques temps après, le frère du Président, Munir Menem, qui avait alors un poste important à la Direction de la magistrature argentine, est intervenu auprès du juge chargé de l’enquête, lequel après ce contact a abandonné totalement cette piste et a préféré inculper un groupe d’anciens policiers provinciaux de Buenos Aires (blanchis depuis) puis a procédé à divers détournements de pièces du dossier d’instruction. Le juge en question a été démis, poursuivi et condamné pour ces faits. Il fait partie des personnes que le juge Lijo veut interroger aux côtés des frères Menem et de plusieurs hauts gradés de la police, des services secrets (la SIDE, Secretaría de Inteligencia del Estado) et de la magistrature dans le cadre de son enquête pour obstruction à la justice.

Il se trouve que le père et le fils Kanoore, suspectés d’avoir commis l’attentat, avaient parti liée avec un attaché de l’Ambassade d’Iran en Argentine, un certain Rabbani, désormais sous mandat d’arrêt international, et qu’il sont sirio-argentins. Or, toute l’onomastique familiale en témoigne, Carlos Menem appartient lui aussi à une famille chrétienne originaire de la façade est de la Méditerranée. Quand les territoires syrien, libanais et israélien appartenaient à l’Empire Ottoman, de nombreux chrétiens ont quitté ces terres et leur statut politique inférieur à celui des sujets musulmans du Sultan pour une terre qu’ils espéraient plus accueillante.

Ces aspects occultes de l’affaire ont pu être révélés parce que Néstor Kirchner, au cours de sa présidence, a fait lever le secret sur le dossier AMIA et que divers documents, dont l’enregistrement de conversations téléphoniques, ont pu arriver jusqu’au bureau des magistrats instructeurs.

Dans une dizaine de jours, Carlos Menem est convoqué pour se voir signifier son inculpation pour trafic d’armes. Et par ailleurs, il est aussi poursuivi pour des mensonges découverts dans sa déclaration de patrimoine, celle que doivent faire sous serment tous les mandataires publics avant de prendre leurs fonctions électives.

Le nouveau disque de Rodolfo Mederos [Disques & Livres]

Photo extraite du site de Rodolfo Mederos
Soledad est le nouveau disque que vient de sortir le bandonéoniste et compositeur Rodolfo Mederos. Il a reçu un somptueux accueil dans les colonnes de Clarín.

Ce disque est une collection de morceaux plutôt classiques uniquement interprétés au bandonéon par Mederos seul ou à deux (par mixage de deux pistes où il joue deux voix différentes du même morceau, pour une chanson napolitaine Na voco na chitarra).

Outre le morceau titre, Soledad, un tango de Carlos Gardel et Alfredo Le Pera, il joue ici El Africano d’Eduardo Pereyra, La Mariposa de Pedro Maffia, la valse Palomita Blanca de Anselmo Aieta, La Beba de Osvaldo Pugliese, Felicia de Enrique Saborido, Sur de Aníbal Troilo, Milonga Sentimental, la première milonga ciudadana de l’histoire, composée par Sebastián Piana en 1931, sur un texte qu’il commanda à Homero Manzi. Rodolfo Mederos a ajouté à la liste deux morceaux de sa propre composition : El Aguante et Como un juego.

Dans El Aguante, il est accompagné par 3 autres bandonéons et une contrebasse.

Il a ajouté un morceau qui n’est pas vraiment un tango mais que tous les chanteurs de tango aiment chanter : Los ejes de mi carrera, de Atahualpa Yupanqui, une interprétation personnelle de Over the Rainbow de Harold Arlen et une version de l’art de la fugue de Bach (fugue 15), déjà présente dans un précédent album (Las veredas de Saturno, chez Acqua Records). Après tout le bandonéon a été inventé en Saxe, dans la patrie de Bach et pour les églises luthériennes dépourvues d’harmonium...

Autre pièce qui n’est pas un tango dans ce disque : l’hymne national argentin. Dans une version toute personnelle. Si, il a osé.

Le cycle Revisitons nos classiques tangueros du musicien compte deux autres albums, toujours disponibles : Comunidad (où il mélange des classiques et plusieurs de ses propres compositions) et Intimidad (principalement des classiques et juste une pièce de lui, celle qui conclut le disque). Les trois disques sont chez BDN.

Et si vous préférez un disque 100% composition de Rodolfo Mederos, achetez Buenas noches Paula chez Fogón Música.

Rodolfo Mederos dispose aussi d’un site internet où vous pouvez aller découvrir beaucoup d'extraits très courts de ses morceaux et interprétations, avant de passer quelque commande que ce soit.

Et pour les amateurs de bandonéon, mentionnons, en cette période où les commerçants préparent leurs vitrines de Noël, la sortie récente d’un disque de Leopoldo Federico, Mi Fueye querido, chez Epsa (contenant deux morceaux du Maestro, Mi fueye querido et Un bandoneón en París et neufs autres morceaux, qui sont autant de grandes interprétations de ce maître du bando : Cabulero, Adiós Nonino, El Africano, Maipo, Buen Amigo...).

samedi 15 novembre 2008

Il n'y a pas que la Noche de los Museos dans la vie !!!!! [à l'affiche]

Le chanteur Dema et ses musiciens, La Petitera, seront quant à eux au Centre Culturel Torcuato Tasso, cette nuit, à minuit et demi, en dehors de tout programme muséographique (entrée gratuite aussi). La vie ne va pas s'arrêter pour autant, non mais !

A défaut de vous rendre au Torcuato Tasso, si vous avez envie de savoir ce que chante Dema, cliquer ici : c'est sa page My Space.

Noche de los Museos : musiciens et autres artistes de tango [à l’affiche]

Dans le désordre et sans doute en plus avec des oublis (que me pardonnent ceux que je n'ai pas le temps de nommer ici) :

A la Manzana de las Luces (le pâté de maisons des Lumières, un ancien QG jésuite en plein centre de Buenos Aires, Perú 222, aujourd'hui un musée et un centre culturel magnifique) : un cours de tango à 20h par Ricardo Duplaá, le Osvaldo Gallo Cuarteto de Jazz à 21h et plusieurs concerts de musique chorale.

Museo Casa de Ricardo Rojas, Charcas 2837 : un institut de recherche qui propose une exposition intitulée Tradición y Literatura, sur la fusion entre les traditions indigènes, coloniales et européennes (au moment de l'immigration massive des années 1880 à 1930) qui caractérisaient les idées avant-gardistes de Ricardo Rojas.

À 22h : concert du chanteur et compositeur Juan Cedrón, dit el Tata Cedrón (Papa Cedrón).
(pas de concert s'il pleut).

Casa Taller Ferraro/Battisti, Nicasio Oroño 556 (musée de sculpture) :

21h : le duo portègne Las Ranas (les Grenouilles ou plutôt en langage portègne : les deux jeunes dégourdis). Le duo se compose de Leandro Schnaider au bandoneón et Pablo Schiaffino au piano.Vous pouvez écouter leur version de Recuerdo d'Osvaldo Pugliese, c'est le morceau qui se déclenche à l'ouverture de leur site... Vous entendrez ensuite Derecho viejo d'Arolas, Danzarin de Julián Plaza etc... Avec un son superbe, très vivant, très naturel. Comme si le musicien était à 20 cm de vous. Vous entendez même les petits cliquetis du bandonéon qui se ferme, alors qu'ils sont souvent nettoyés ou noyés dans les enregistrements commerciaux. Las Ranas ont eu les honneurs d'une émission récente de Fractura Expuesta (lire l'article du 20 setpembre 2008, à consulter dans les archives du site de l'émission). Leonardo Schnaider a aussi son propre blog où il raconte leurs tournées avec de belles photos très "touristiques" (les "ranas" voyageuses).

22h : Orqueta Típica La Vidu (15 musiciens dont 2 chanteurs, un homme et une femme, una fila de bandoneones de 4 bando, 4 violons dont lle premier est aussi le comme le chef et l'arrangeur, une guitare, un alto, un violoncelle et une contrebasse !). Ils sont présents sur My Space.

23 h : Agua Pesada (Eau Lourde), un sexteto típico, dont un violoncelle et un chanteur. J'ai eu la chance de les entendre en août au CCC Floreal Gorini. Ils se présentent eux-mêmes comme un orchestre de tango du nouveau siècle et jouent surtout leur propre musique, une musique très forte et oppressante... Présents comme beaucoup d'autres sur My Space.

Tous ces concerts sont présentés par La Unión de Orquestas Típicas (UOT).

Au Museo Libero Badii – Fundación Banco Francés
La fondation Banco Francés n'a plus rien à voir avec la France. Le Banco Francés, tout en conservant son enseigne, a été boulotté par le BBVA espagnol...

Claudia Levy, auteure-compositrice-interpréte et pianiste, présentera un récital de compositions personnelles. Claudia n'est pas seulement une musicienne, c'est aussi une véritable actrice derrière son piano. Elle cultive un style très personnel, où se mêle une excellente musique et un humour très théâtral, presque vaudevillesque, dans la tradition du saynete des années 20 et 30 ou du groupe montevidéen d'heureuse mémoire La Troupe de los Atenienses de Victor Soliño et des frères Collazo (Araca París, Garufa, Niño bien, Maula, Mamá yo quiero un novio....). Chez Claudia, ça donne Mentíme más (mens-moi encore) que passe assez souvent la 2x4, Mucha pinta (très élégant), La Juana, Me dijeron (on m'a raconté). Elle a un disque (pas facile à trouver, mais pas inaccessible non plus) : Escucháme 1 segundo (écoute-moi une seconde). Vous pouvez en savoir plus sur son site (pas vraiment à jour, Claudia est bien actuellement à Buenos Aires et non en Finlande) et l'écouter sur sa page My Space.

Elle se produira deux fois dans la soirée : à 21h et à 23h45.

Noche de los Museos : idiosyncrasies argentines [à l’affiche]

La Noche de los Museos (nuit des musées) est une nocturne spéciale au cours de laquelle la quasi-totalité des 135 musées qu’on dénombre à Buenos Aires ouvriront leurs portes au public, gratuitement, le 15 novembre à partir de 19h et au moins jusqu’à minuit et pour beaucoup d’entre eux bien plus tard encore.

Evita
Au Museo Evita, Lafinur 2988 : trois expositions. L’exposition permanente sur la vie de María Eva Duarte de Perón, décédée à 32 ans en 1952 d’un cancer de l’utérus et grande égérie du féminisme et des luttes sociales en Argentine. Une exposition intitulée Iglesias Brickles y una mirada particular sobre Eva Perón (Iglesias Brickles et son regard particulier sur Eva Perón) présente des gravures et des peintures sur bois. La troisième exposition s’appelle 60 años de la Fundación Eva Perón, cette fondation qui permit de construire foyers, hôpitaux, dispensaires, jardins d'enfants etc...
Il est prévu des visites guidées du musée toutes les 90 minutes, deux concerts, un spectacle de théâtre et deux projections cinématographiques : La Cabalgata del Circo, avec Libertad Lamarque, chanteuse et actrice mexicano-argentine, Hugo del Carril, chanteur et compositeur de tango mais aussi acteur et réalisateur de cinéma (politiquement fort engagé dans le mouvement péroniste) et... María Eva Duarte bien sûr. Evita était actrice, comédienne de radio et de cabaret avant de se marier avec Perón. C’est d’ailleurs comme comédienne très populaire à la radio qu’elle le rencontra en 1943, au Luna Park, dans une soirée de bienfaisance au bénéfice des victimes d’un tremblement de terre. Il représentait le Gouvernement de fait issu du coup d'Etat de juin 43 comme Secretario del Trabajo (le Secrétaire d'Etat au Travail, un portefeuille ministériel créé pour lui et qu'il a si fortemetn marqué de son empreinte). La Cabalgata del Circo passera à 20h. A 1h du matin, on projettera La Pródiga, un autre long métrage dont Eva Duarte était l’unique vedette.

Inmigración
Au Museo Conventillo histórico El Rincón de Lucía à La Boca (Del Valle Iberlucea 1196). Installé dans un conventillo typique de la Boca, construit en 1876, au tout début de la grande vague migratoire qui culminera dans les années 1880, ce musée retrace l'histoire de l'immigration dans le quartier portuaire de La Boca (qui occupe l'angle entre le Riachuelo qui ceinture Buenos Aires au sud et le Río de la Plata, qui délimite la ville à l'est, à l'embouchure du premier dans le second).
Toutes les 30 minutes, parcours guidé à travers cette histoire.
A 21h, une conférence-débat sur Immigration et tango à la Boca, par Norberto Pagano et Carlos Monzani.
Au Museo judío de Buenos Aires Dr. Salvador Kibrick, sur la plaza Lavalle (Libertad 769) et à la Grande Synagogue (juste à côté) : visite guidée, parcours de présentation de la Torah, de ses origines et de son contenu (1) et de la musique liturgique en continu depuis 21h30 jusqu'à minuit et demi à la Grande Synagogue (appelée Templo Mayor). L'immigration juive, principalement en provenance des pays de l'est de l'Europe (Empire russe, Pologne, pays baltes) a joué un rôle très important dans la genèse du tango. La musique ashkenaze avait elle aussi la caractéristique d'être celle d'un peuple opprimé et sans droit à la parole. Le violon tanguero doit beaucoup au violoneux des fêtes juives du yiddishland.

La mala vida
Autre importante source artistique du tango naissant dans les années 1880 : les voyous et autres petits voleurs vivant d'expédients dans une ville où la vie était encore plus difficile qu'aujourd'hui.
Au Museo Penitenciario Argentino Antonio Ballvé, Humberto Primero 378 (dans le quartier de San Telmo) : deux expositions, l'une, permanente, composée d'objets provenant des différents ateliers pénitentiaires du pays et fabriqués par les détenus et les bagnards au long des décennies, archives photographiques, modèles réduits permettant de prendre conscience de ce qu'a été le monde carcéral de la jeune Argentine et la nature de la répression pénale qui s'y exerçait, l'autre consacrée à l'oeuvre réalisée par les différentes congrégations religieuses en faveur des condamnés et de leur réinsertion sociale pour autant que cela était possible (Compagnie de Jésus entre 1734 et 1767, après quoi les Jésuites ont été expulsés des terres du Roi d'Espagne parce que leur travail s'avérait par trop subversif pour le système colonial en place dans toute l'Amérique Latine, les Bethlémitaines entre 1795 et 1821 et la congrégation Notre-Dame de la Charité du Bon Pasteur qui oeuvra de 1890 à 1974).
Cette seconde exposition, intitulé Y pasaron haciendo el bien (et ils passèrent en faisant le bien), est accompagnée d'une conférence de Gustavo Gonçalves.
Le tango sera présent, avec le jazz et la marche (musique de carnaval et de fête) à travers un concert de la Fanfare de l'Ecole Pénitentiaire à 22h puis, en plein air, dans la cour de ce qui fut la prison de San Telmo, à 23h30 il y aura un show de tango (musique et danse) s'il ne pleut pas.
A 20h, dans cette même cours, un spectacle de danse folklorique sera proposé sur une idée du Professeur Dario Abranovich (quand je parlais d'apports culturels en provenance du Yiddishland !).

Au Museo de la Policía Federal Argentina, San Martin 353 (quartier de San Nicolás), l'exposition permanente est ouverte et des visites guidées thématiques sont proposées :
20h : Uniforme, armes et contrôles des bonnes moeurs entre 1821 et 1900
22h : Délits et crimes au 20ème siècle (1900 à 1980) : crime de sang, proto-histoire de l'usage de drogues à Buenos Aires, vol, escroquerie et racket en tout genre
Minuit : Policiers de roman et de laboratoire : de la fiction à la police scientifique, criminologie dans la littérature policière avec la présence d'écrivains du roman noir invités.
C'est dans ce milieu hors la loi qu'est né le lunfardo, ce parler populaire dont le tango se nourrit depuis qu'un Pascual Contursi lui a donné sa toute première dimension poétique. C'est aussi le milieu d'où ont jailli les premiers lieux de tango : cabarets, bordels et autres tripots clandestins où s'est épanouie une vie nocturne qui devint très vite aussi une vie artistique d'une rare richesse. Aujourd'hui le monde culturel de la nuit s'est tout à fait séparé du milieu et des malfrats et ce depuis la fin des années 50 mais un Carlos Gardel l'a côtoyé toute sa vie et de nombreux et très grands musiciens ont été employés par des patrons de cabarets qui n'étaient pas des enfants de choeur !

Du côté institutionnel
Museo Casa Rosada, Hipólito Yrigoyen 219 (tout près de la Plaza de Mayo, bien sûr). Au milieu des souvenirs des présidents de la République et des grandes gloires militaires de la Nation, le Musée de la Résidence officielle propose à 19h30 un concert de musique traditionnelle... japonaise (Choeur de l'Association universitaire Nikkei), à 21h30 un concert de musique classique et de musique populaire et ) 21h30 puis à 23j30 un spectacle de tango.

A la Legislatura de la Ciudad de Buenos Aires (Parlement de la Ville autonome) : plein, plein, plein de concerts de toutes sortes de musique dont je retiens ici le cours de tango qui sera donné à 21h et le concert de tango que donnera en soliste le bandonéoniste Julio Coviello.

Et en plus
Au Museo Argentino del Titere (musée argentin de la marionnette), toute une nuit avec la grande manipulatrice argentine Sarah Bianchi avec tout plein de spectacles de marionnettes à fils, à gaine et à doigts, avec à 23h et à 1h du matin un tour de chant de Lucrecia Merico avec les pantins de Sarah Bianchi (voir à ce sujet mon article sur Lucrecia du 17 octobre dernier).

(1) Torah (dénomination hébreue) ou Pentateuque (dénomination grecque) : les 5 premiers livres de la Bible, à savoir la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.

Noche de los Museos : autour de Benito Quinquela Martín [à l’affiche]

Une oeuvre de Quinquela, collection du Museo de Artes del Tigre (Province de Buenos Aires)

La Noche de los Museos (nuit des musées) est une nocturne spéciale au cours de laquelle la quasi-totalité des 135 musées qu’on dénombre à Buenos Aires ouvriront leurs portes au public, gratuitement, le 15 novembre à partir de 19h et au moins jusqu’à minuit et pour beaucoup d’entre eux bien plus tard encore.

Benito Quinquela Martín est l'un des plus grands peintres argentins, pays qui en compte pourtant un bon paquet, et il est essentiellement le peintre du quartier de La Boca. Il est donc normal qu'en cette nuit des musées, le quartier se revête de ses couleurs...

Museo Casa Taller Celia Chevalier, Irala 1162. Le musée présente une collection d'objets et d'images relatifs à Benito Quinquela Martín (1890-1977) et à son ami, le compositeur et pianiste tout aussi boquense et anarchiste que lui, Juan de Dios Filiberto (1885-1964) à qui l'on doit le célèbrissime Caminito (Petit sentier) de 1926 (passé à toutes les sauces mais toujours vivant !) ou Quejas de bandoneón (Plaintes d'un bandonéon) de 1918, immortalisé par une interprétation hors pair de Pichuco, Aníbal Troilo.

Un exposition de tableaux intitulée Buenos Aires 1952 (le commentaire du programme officiel dit : "images de la ville qui provoquent la nostalgie chez les adultes et la surprise chez les jeunes").
Des visites guidées de la maison, située dans un conventillo construit avant 1870 (1), toutes les 30 minutes, de 19h à 2h du matin, une conférence sur La Boca et ses artistes par le poète Alberto Mosquera Montaña à 20h, le Grupo Musical Boquense pour un concert de chansons de vieilles comparsas et de thèmes populaires (2) à 21h et de 21 à 2h du matin musique et bal.

Museo de Bellas Artes al Aire libre Caminito (plus connu sous son nom de Caminito) : cette ruelle qui fut aménagée dans les années 1950 par Benito Quinquela Martín à la demande du propriétaire foncier qui possédait tout le coin avait pour objectif de devenir un lieu d'expression artistique populaire pour les habitants de la zone. Hélas, c'est aujourd'hui l'un des plus vulgaires bazars à touristes qu'il m'est été donné de voir de toute ma vie. Caminito accueille ce soir une Feria de artístas plásticos boquenses. Croisons les doigts pour que ce ne soit pas la énième mocheté de cet attrape-nigaud à touristes du monde entier !

Museo Maguncia (Papel grabado y estampa), Avenida Pedro de Mendoza 1855 : à vingt mètres de la maison habitée par Quinquela Martín, une exposition d'hommage au grand Maître, avec des gravures (grabados), des dessins et des céramiques. Les oeuvres exposées sont de Antonio Oriana, Guillermo Hennekens et Alejandro Volij. De 20h à 1h30, ateliers de démonstration toutes les 30 minutes avec des expériences pratiques sur les techniques de papier et de gravure.

Museo de Bellas Artes de la Boca Benito Quinquela Martín, Avenida Pedro de Mendoza 1835. Magnifique musée installé dans ce qui fut la maison du peintre. Au dernier étage son appartement et son atelier attenant, avec un vue superbe sur le port de La Boca, sur la terrasse une exposition de sculpture. Dans les différents étages, des expositions permanentes ou temporaires consacrées à l'oeuvre de Quinquela et à celles de très nombreux maîtres du quartier. Plein de visites guidées thématiques...

Je ne veux pas finir ce chapitre sans vous dire que Benito Quinquela Martín a inspiré beaucoup de musiciens et de poètes de tango. Parce qu'il a fait partie du monde du tango. Parce qu'il a toujours eu une conscience politique et sociale forte dont la donation de ce musée témoigne fort bien. Parce que son style, ses couleurs, ses thémes sont apparentés à l'univers que le tango chante.
La poètesse Sara Melul, actuellement de passage en Europe et que les Franciliens pourront rencontrer au Smoke, rue Delambre à Paris, le 22 novembre, de 17h30 à 19h30, lors d'une rencontre informelle autour d'un verre ou d'un café (tertulia), voire d'un dîner, a dédié un très beau tango à Benito Quinquela Martín dans le disque Tangos para Grandes. Cela s'appelle Gruas (Grues, celles du port de La Boca), la musique est de Marcelo Saraceni et c'est le chanteur Roberto Guiet qui prête sa voix à cet hommage. Vous pourrez donc venir parler avec Sara non seulement tango et littérature, danse et lunfardo mais aussi peinture et Quinquela (toutes les informations sur cette Tertulia ici).

On se quitte avec Quejas de Bandoneón de Juan de Dios Filiberto dans l'enregistrement qu'en fit Aníbal Troilo en 1958...

(1) à Buenos Aires, il ne reste plus beaucoup de bâtiments debout datant de cette époque)
(2) la comparsa, c'est un groupe de gens qui défilent et jouent de la musique dans toutes les fêtes à défilé existant dans la région du Río de La Plata. Au premier rang de ces fêtes à défilé, le Carnaval, la période festive et variable qui précède immédiatement le Carême et est désormais fixée aux 3 dernières semaines de février à Buenos Aires. Mais aussi les processions d'Epiphanie (le 6 janvier), certaines fêtes de quartier, des célébrations du saint patron local, les fêtes nationales comme celles qui ont lieu en juillet pour l'anniversaire de l'indépendance à Montevideo par exemple. Le tango La Cumparsita (la petite comparsa) a été composé pour la Comparsa de l'union des étudiants d'Uruguay pour le Carnaval de 1913 à Montevideo. Les Comparsas sont des groupes fixes d'année en année. On appartient à la comparsa de son quartier, de sa rue, de son état socio-professionnel, de son école, de sa fraternité, de son cercle...