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lundi 13 juillet 2015
Nisman se faisait un film en se la coulant douce [Actu]
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Denise Anne CLAVILIER
En
février dernier, après le décès sanglant du titulaire du dossier
de l'attentat contre la AMIA, le procureur (fiscal) Alberto Nisman,
retrouvé mort le 18 janvier dans sa salle de bain dans des
circonstances dont la nature n'a toujours pas été déterminée par
la Justice, une équipe de trois procureurs et un
juriste-coordinateur a pris sa suite et doit reprendre l'instruction
contre X pour homicides (85 morts et 300 blessées le 18 juillet
1994). En Argentine, tant que l'auteur des faits n'a pas été
identifié, c'est en effet un procureur qui mène l'enquête
judiciaire, sous le contrôle d'un juge d'instruction qui ne la prend
en charge qu'après l'inculpation d'un potentiel auteur des faits.
Le
coordinateur de cette équipe vient de publier un rapport de 500
pages sur l'état du dossier dont ces quatre professionnels du droit
ont hérité à la mort de Nisman, dont l'enquête sur le décès a
déjà démontré qu'il détournait, à des fins d'enrichissement
personnel, une bonne partie du budget de son cabinet d'instruction,
qu'il gérait seul et par procuration un compte bancaire non déclaré,
domicilié aux Etats-Unis et ouvert au nom de sa mère, de sa sœur
et d'un des salariés de son cabinet, qu'il se servait de l'argent
déposé sur ce compte pour se constituer un patrimoine foncier des
plus coquets, que ses proches (son ex-femme, sa mère ainsi peut-être
que sa sœur) se révèlent d'une cupidité sans scrupule et sans
fond et qu'enfin sa vie privée de jouisseur invétéré et peu
discret était en parfaite inadéquation avec les principes de la
religion juive dont il se revendiquait pour récolter des fonds
supposés aller aux victimes ou à l'enquête judiciaire auprès de
la communauté confessionnelle à laquelle il appartenait (il est
d'ailleurs enterré dans le carré des victimes de l'attentat dans le
cimetière juif de Buenos Aires, à Las Tabladas, ce à quoi un
suicide, pourtant vraisemblable, ne lui aurait jamais permis
d'accéder, le suicide étant un empêchement grave à un enterrement
cacher).
De
ce rapport, il ressort que depuis sa nomination à la tête de
l'enquête sur le plus gros attentat jamais commis sur le sol
argentin, contre des Argentins et non pas contre la communauté
juive, comme le répètent si justement la Présidente Cristina
Kirchner et son Premier ministre Aníbal Fernández, le procureur
Nisman n'a presque conduit aucun acte d'instruction, se contentant
d'accumuler des informations provenant de services secrets, SIDE
argentin, Mossad israélien, CIA nord-américaine, dans un seul sens,
celui qui convenait en 2003 aux gouvernements des Etats-Unis
d'Amérique et d'Israël, dans le contexte nés des attentats du 11
septembre, de la guerre contre l'Irak et du blocus contre l'Iran,
situation modifiée par l'arrivée à la Maison Blanche de Barack
Obama.
Il
ressort également que Nisman s'est bien gardé d'explorer les pistes
pouvant conduire à des suspects argentins, qu'il a collecté peu de
preuves recevables judiciairement, qu'il n'a ordonné qu'un tout
petit nombre d'expertises et qu'il a laissé sans suite les plaintes
déposées par l'association de victimes Memoria Activa pour entrave
à la justice dans le début de l'enquête (avant sa nomination en
2003). Or Memoria Activa est une association qui milite dans un sens
opposé à l'AMIA elle-même, instance officielle de la communauté
juive qui confond sa raison d'être (représenter la communauté dans
ses spécificités cultuelles) avec le soutien aux néolibéraux
pro-Etats-Unis et à la droite israélienne. Et Memoria Activa
réclame depuis de nombreuses années un procès contre les
magistrats et les responsables politiques qui ont détourné la
première phase de l'enquête sous la présidence de Carlos Menem
dans les années 90 vers de fausses pistes, celles de membres
subalternes de la police locale de la Province de Buenos Aires
accusés à tort d'un attentat qui leur était absolument étranger,
mais on ne prête qu'aux riches et il se trouve que cette police
traîne derrière elle une très mauvaise réputation, non sans
raison, vu ses déplorables états de service jusqu'après la fin de
la Dictature militaire.
Ce
procès pour entrave à la justice (encubrimiento) s'ouvrira enfin le
6 août prochain. Le cabinet désormais collégial de la UFI-AMIA
(Unidad de Fiscalía – AMIA) s'y est engagé et a promis de suivre
désormais méthodiquement, comme l'exige la déontologie du métier,
chacune des pistes vraisemblables (même si 21 ans après, il sera
probablement très difficile de rassembler des preuves) et de fermer
une à une celles qui ne correspondent à rien.
Hier,
Página/12 publiait deux articles sur le sujet.
Pour
aller plus loin :
lire
l'article de Página/12 sur le document critique émis par la
UFI-AMIA sur le travail bâclé par Nisman
lire
l'article de Página/12 sur l'interventionnisme de la magistrature
dans la vie politique partisane du pays (en contradiction avec le
principe de séparation des pouvoirs) (1)
lire
la dépêche de Télam sur la même analyse, en provenance d'un
magistrat démocrate
consulter
la page de la UFI-AMIA sur le site du Parquet général de la
République Argentine
consulter
le site Internet de Memoria Activa et ses documents concernant
l'entrave à la justice dans les années 90.
Je
n'ai rien trouvé sur les sites des autres quotidiens, pour ne pas
changer.
(1)
Le monde judiciaire est aujourd'hui l'un des bastions
anti-démocratiques qui reste en Argentine. Depuis qu'elle est
présidente, en 2007, Cristina de Kirchner n'a pas cessé de
travailler à démocratiser ce corps qui résiste de toutes ses
forces et auquel l'affaire Nisman a sans doute offert une dernière
opportunité de s'opposer à sa transformation en pouvoir
constitutionnel normal dans une démocratie normale.
mardi 17 avril 2012
Prendre le taureau par les cornes, acte II [Actu]
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YPF
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Denise Anne CLAVILIER
Cela faisait quinze jours environ que le sujet était dans toutes les conversations politiques en Argentine : le pays renationalise sa compagnie pétrolière, YPF, privatisée sous le gouvernement de Carlos Menem qui en céda le capital et la pleine propriétaire à la pétrolière espagnole Repsol.
Cristina Fernández de Kirchner continue la politique de reprise en main des activités économiques clés qui assurent au pays son indépendance économique. Après la renationalisation de la compagnie aérienne transcontinentale Aerolineas Argentinas et de sa filiale intérieure Austral (voir mes articles sur ce sujet), après la suppression des régimes de base de retraite par capitalisation au profit d'un régime général par répartition qui a le vent en poupe depuis maintenant plusieurs années et porte une partie de la consommation intérieure (voir mes articles sur ce sujet), voilà que l'Etat reprend le contrôle de l'exploitation des réserves de pétrole patagoniennes, une région dont la Présidente et son défunt mari ont longtemps été des élus locaux (lui comme maire puis gouverneur de la capitale puis de la Province de Santa Cruz et elle comme sénatrice de cette même province pétrolifère).
YPF avait été créé, comme régie nationale des gisements et raffineries d'hydrocarbures, en 1922 par le premier président de gauche élu en Argentine (en 1916), Hipólito Yrigoyen, l'un des co-fondateurs de l'UCR, le plus vieux parti argentin, aujourd'hui en pleine déconfiture politique, idéologique et électorale mais qui fut néanmoins un des axes de la vie politique nationale tout au long du 20ème siècle. La vente de ce bijou de famille pendant l'ère ultra-libérale de Menem (qui imitait Thatcher et Reagan) avait été l'un des plus violents coups portés contre la souveraineté et le développement économiques nationaux, Repsol n'ayant pas hésité dès la prise de contrôle à se comporter en prédateur sans scrupule, comme l'ont fait successivement dans le ciel Iberia puis le groupe Marsans contre Aerolineas.
La nationalisation d'YPF prendra, comme ce fut le cas pour le transporteur aérien, la forme de l'expropriation du capital, après le vote d'une loi dont le projet a déjà été déposé sur le bureau du Congrès. Le Gouvernement national possédera 51% des actions, laissant à Repsol 6% sur les 57 dont elle dispose actuellement. Sur cette part du capital, l'Etat national conservera 51% et cèdera les 49% restant aux différentes Provinces pétrolières du pays. Le tribunal des évaluations financières (tribunal de tasación) aura la charge de fixer un prix pour ces actions, prix qui sera alors versé à Repsol par les nouveaux actionnaires publics, si tout se passe bien. Cette même opération avait été rendue beaucoup plus compliquée avec Marsans, il y a quelques années, parce que le gouvernement espagnol avait appuyé le voyagiste de tout son poids, en exerçant sur le gouvernement argentin un véritable chantage. Mais les choses ont changé depuis. L'Espagne est frappée par une crise épouvantable qui tire sa croissance vers le bas tandis que l'économie argentine est sur la pente ascendante avec ce que les Argentins appellent des taux [de croissance] chinois (tasa china). Le gouvernement de Mariano Rajoy pousse des cris d'offraie, il s'est même réuni en urgence hier soir mais il n'est pas dit qu'il disposera cette année d'autant de pouvoir qu'autrefois dans les relations bilatérales, d'autant que le reste du Mercosur risque bien de se ranger du côté de Cristina alors que l'Union Européenne est plutôt en panne de solidarité surtout avec les pays méridionaux, comme on le voit depuis tous ces mois où les Etats jouent chacun pour soi.Le Gouvernement a d'ores et déjà nommé une nouvelle direction composée, comme d'ordinaire dans ce cas, d'hommes politiques issus des futurs ministères de tutelle. C'est ce qu'on appelle en droit argentin une "intervención" (mise sous tutelle).
En commission parlementaire, le projet a déjà été discuté et il a reçu l'approbation très large, en réunissant pour une fois la majorité kirchneriste et une bonne part de l'opposition. L'unité nationale s'est formée dans les deux hémicycles comme pour la renationalisation d'Aerolineas. Il n'en va pas de même dans la presse où les journaux d'opposition font leur mauvaise tête accoutumée et tiennent un discours et des analyses à la limite de la déloyauté envers le pays, jouant à nouveau à fond toutes les cartes à leur disposition contre le gouvernement porté aux affaires par les élections d'octobre dernier (voir mon article du 24 octobre 2011 sur ce résultat en cliquant sur le lien).
De tous les quotidiens argentins, La Nación est celui qui va le plus loin dans ce sens en se faisant rien moins que le porte-parole de Repsol et des Espagnols contre les intérêts argentins (il est vrai aussi que les Provinces pétrolifères sont toutes gouvernées par la majorité, seules deux Provinces agricoles et viticoles ont voté à droite ou pour des alliés de la droite ultra-libérale si bien représentée à Buenos Aires par Mauricio Macri). Dans la presse argentine, l'affaire occupe plusieurs articles et largement plus de la moitié du contenu du jour sur les sites Internet. La presse espagnole est elle aussi déchaînée et plus elle se situe à droite, plus agressif est le ton général des articles. La comparaison de ce qui s'écrit de part et d'autre de l'Atlantique est d'ailleurs fort instructive. Depuis la mi-octobre, je me trouve plongée pour le besoin de mes prochains livres dans la consultation de documents historiques relatifs à la guerre d'indépendance en Amérique du Sud et en lisant l'un après l'autre Página/12 et ABC ou même El País de Madrid, j'ai la nette impression de me retrouver deux cents ans en arrière puisque les arguments que les uns et les autres s'envoient à la figure n'ont pas changé depuis cet "heureux temps" où tout ce joli monde s'affrontait à coup de canon et de baïonnettes. Il n'est question d'un côté que de souveraineté nationale, de liberté de décider de l'exploitation de ses propres ressources et de pouvoir jouir du produit de son travail et de l'autre de droits de propriété acquis et dont la violation serait la pire félonie exercée par des responsables politiques auxquels on ne pourrait pas se fier... Une machine à remonter le temps !Pour les passionnés de linguistique, le même une mais en catalan !
Repsol, qui fait semblant d'être surpris, a déjà valorisé sa filiale à un prix exorbitant (tant qu'à faire !) et annoncé qu'elle se porterait devant la justice internationale. Ce qui pourrait indiquer que le gouvernement espagnol n'est en effet plus en aussi bonne posture qu'au temps de la récupération d'Aerolineas pour mettre des bâtons dans les roues argentines et épargner à la firme espagnole des frais de procédure grâce à ses interventions. Ce matin, le cours de Repsol a fait une chute spectaculaire à la Bourse de Madrid.
Daniel Paz et Rudy trouvent bien entendu à s'en amuser avec un cocktail relevé qui mélange à part égale l'accident de chasse à l'éléphant du roi Juan Carlos en Afrique et la charge furieuse du PDG de Repsol à Madrid. Jugez-en vous-même !
Le grand dadais : Qu'est-ce qui s'est passé entre le roi d'Espagne et l'éléphant ?
Le gros moustachu : On dirait que l'eléphant a voulu exproprier Repsol.
(Traduction Denise Anne Clavilier)
Pour aller plus loin :
Lire l'éditorial par l'historien et économiste Mario Rapoport
En Espagne :
Lire l'article de El País (Madrid)
Lire l'article de ABC (Madrid)
Lire l'article de La Vanguardia (Barcelone - édition hispanophone)
Aux Etats-Unis (l'Oncle Sam goûte très modérément la mesure argentine)
Vous disposez en partie basse de la Colonne de droite d'un accès au traducteur en ligne Reverso pour vous aider à aborder ces articles en langue étrangère.
mercredi 8 décembre 2010
Les Douanes réclament la prison contre Carlos Menem [Actu]
L'avocat de l'Administration douanière argentine vient de demander 5 ans de prison contre Carlos Menem, présentement sénateur et ancien Président de la République, pour un trafic d'armes avec l'Equateur et la Croatie, il y a 15 ans, lorsqu'il était le locataire de la Casa Rosada.
18 personnes en tout sont inculpées dans ce procès qui se déroule actuellement. Parmi eux, le beau-frère de Carlos Menem, contre lequel l'avocat des Douanes a demandé 4 ans.
Mardi prochain, le procureur commencera ses réquisitions, phase du procès qui s'achèvera le 28 décembre. Le verdict est attendu en avril 2011.
Carlos Menem, président de la République tout au long des années 90, est celui qui a engagé l'Argentine dans une économie libérale tous azimuts qui a précipité le pays dans la banqueroute de décembre 2001. Il est aussi inquiété dans un autre scandale, tout aussi effarant, celui de l'attentat contre l'AMIA, la grande mutuelle juive argentine devant le siège de laquelle une voiture a explosé en 1994, faisant 85 morts et des centaines de blessés, dont des victimes handicapées à vie aujourd'hui. Carlos Menem aurait protegé les poseurs de bombes, qui sont comme lui et comme son beau-frère, Emir Yoma, des Argentins descendant de syro-libanais chrétiens arrivés en Argentine lorsque l'Empire Ottoman, dans les années qui ont précédé la Grande Guerre, a commencé à durcir sa politique contre les habitants non musulmans de son territoire, après la perte définitive de ses provinces balkaniques tout au long du 19ème siècle.
Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín de ce matin.
dimanche 16 mai 2010
Cette fois-ci, Macri est bel et bien inculpé [Actu]
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Denise Anne CLAVILIER
Il y a un peu plus d'une semaine, Mauricio Macri a été entendu par la justice dans le cadre de l'enquête sur les écoutes téléphoniques illégales qu'ont subies de nombreuses personnes s'étant porté parties civiles dans le procès de l'attentat de l'AMIA. De cette série d'auditions, le juge qui dirige l'enquête a conclu en faveur de l'inculpation du chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires. Ce dont se réjouit le quotidien de gauche Página/12 comme vous pouvez le constater en lisant la une de ce dimanche matin.
Je vais essayer de vous résumer la situation (elle est ultra-compliquée et vraiment obscure) et vous allez voir que l'élection présidentielle de l'année prochaine, à laquelle Macri compte bien se présenter, s'annonce croquignolesque...
L'attentat de l'AMIA est un attentat antisémite, perpétré à Buenos Aires, contre le siège social de l'association mutuelle israëlite argentine, AMIA, le 18 juillet 1994 : une voiture piégée explose dans la matinée et fait 85 morts et 300 blessés, dont certains sont aujourd'hui handicapés à vie. A cette époque-là, Carlos Menem est Président de la République. L'enquête identifie très vite la voiture qui a servi à l'attentat et remonte rapidement à deux individus qui l'ont louée quelques jours auparavant, un père et son fils, deux Argentins d'ascendance syrienne. Comme le Président de la République de l'époque, surnommé encore aujourd'hui El Turquito (comme tous les descendants des immigrants venus de l'Empire Ottoman).
Le magistrat qui dirige l'enquête ordonne à la Police d'aller appréhender à leur domicile les deux individus. Sur place, elle trouve porte close. A l'heure où la Police se casse le nez sur la porte des deux suspects, eux sont reçus en audience par le Président à la Casa Rosada. Toutes les poursuites à leur encontre sont donc très vite abandonnées. Entretemps, le frère du Président, qui occupe alors le poste le plus élevé dans la hiérarchie de la magistrature fédérale, a fait pression sur le juge pour détourner les enquêteurs de la première piste et les orienter vers un groupe de policiers appartenant à la Police de la Province de Buenos Aires, la très peu populaire Bonaerense. Ainsi, les hommes mis en cause ne seront pas soutenus par un mouvement d'opinion publique.
Les policiers de la Bonaerense sont arrêtés, mis en prison et passent en jugement. Ils seront finalement mis hors de cause et le juge qui aura orienté vers eux son enquête sera plus tard condamné pour falsification de dossier d'instruction et manquement à la déontologie. Il a depuis été révoqué de la magistrature.
En 1989, Carlos Menem a été élu à la Présidence de la République sous une étiquette péroniste. Donc avec un programme où l'Etat est très interventionniste dans la gestion de l'économie et dresse toutes sortes de barrière à la prise de contrôle de l'économie nationale par des puissances étrangères (entendez surtout les Etats-Unis). Or Carlos Menem va mener la politique inverse de ce programme, libéraliser à tout va, déréglementer autant qu'il sera possible et il va même jusqu'à vendre les joyaux de la Couronne, les deux fleurons de l'économie nationale qui restaient encore debout des deux grandes époques de construction de l'économie nationale, l'YPF, créé dans les années 20 par le Président radical Hipólito Yrigoyen, pour gérer la richesse pétrolière de l'Argentine, et la compagnie d'aviation Aerolineas Argentinas, créée dans les années 50 par Juan Perón (1).
En 2003, après le krach de toute l'économie du pays (décembre 2001), arrive au pouvoir un nouveau péroniste, plus solide que Menem sur le plan idéologique et aux états de service un peu plus brillants du côté de la défense des droits de l'homme : Néstor Kirchner. Au sein du Partido Justicialista, le parti fondé par Perón, Kirchner et sa femme, l'actuelle présidente et alors sénatrice, sont les ennemis jurés de Menem et réciproquement. Kirchner fait reprendre l'enquête à zéro. Et les enquêteurs retombent sur le duo du père et du fils. Ils mettent à jour des indices impliquant le Hamas, télécommandé par Téhéran via Damas, dans l'exécution de l'attentat. Néstor Kirchner va même jusqu'à mettre en cause l'Iran, publiquement, à la tribune des Nations Unies.
Plus récemment encore, l'on a découvert que Carlos Menem avait peut-être convoqué les deux supposés poseurs de bombe à la Casa Rosada, quelques jours après l'attentat, pour les soustraire à une arrestation qu'il(s) savai(en)t imminente. Ce qui laisse imaginer que le Président de la République est alors le complique objectif des criminels. Carlos Menem est actuellement sous le chef d'une inculpation pour complicité dans l'attentat et pour entrave à la bonne marche de la justice dans cette affaire.
Et Macri, dans tout ça, me direz-vous ? Eh bien pour le moment, on se perd en conjectures.
Ce qui est constaté, c'est que la Direction de la Sécurité de la Ville autonome de Buenos Aires, gouvernée par la droite libérale, rappelons-le, et donc opposée au gouvernement péroniste des Kirchner, mari et femme, a mis en place, depuis l'arrivée aux affaires de Mauricio Macri, des écoutes illégales des plaignants dans le procès de l'attentat. La justice argentine a fait procéder, il y a plusieurs mois, à l'interpellation et la mise sous écrou à titre préventif de l'ex-Directeur de la Sécurité, Jorge Palacios, dit El Fino Palacios (Palacios le Coquet, à cause de ses tenues toujours très chics). Elle a interrogé à plusieurs reprises son supérieur, le Ministre de la Sécurité, Guillermo Montenegro (toujours en poste), qui nie bien sûr toute implication. Il n'était au courant de rien. Elle a aussi interrogé son ex-collègue ministériel, Mariano Narodowsky, ancien ministre de l'Education du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires, évincé à la suite des élections locales de juin 2009, peu favorables à la gestion macriste actuelle (voir mon article du 30 juin 2009 à ce propos). Ex-ministre de l'Education qui n'est au courant de rien lui non plus. Et la Justice a fini par remonter naturellement jusqu'à Mauricio Macri, qui ne sait rien non plus et qui est sans doute victime d'une vaste machination.
Sauf que, en enquêtant, presse et justice ont pu constater qu'il y avait des repris de justice parmi les recrues de la toute nouvelle Police Métropolitaine, la police de la Ville Autonome de Buenos Aires, et parmi les dignitaires de la Direction de la Sécurité de la Ville, des anciens du Side, le Service d'intelligence fédéral, des officiers de renseignements en poste sous les mandats de Carlos Menem et de son successeur, Duhalde, éclaboussé tout comme lui par les scandales qui ont explosé après le krach économique et financier de décembre 2001.
Dès lors, la question se pose : qu'est-ce que Macri fabrique avec des barbouzes qui ont travaillé pour Carlos Menem, étant donné que politiquement, les deux hommes sont censés être à l'opposé l'un de l'autre ?
Et surtout si l'on sait que Mauricio Macri est à la tête d'une entreprise familiale florissante, dont il est héritier (il ne l'a pas fondé) et que de nombreuses entreprises argentines ont fait de belles affaires sous le Gouvernement ultra-libéral de Menem... Alors y aurait-il eu, à un moment ou à un autre, quelque confusion d'intérêt entre les affaires privées et la gestion politique de la Capitale argentine ? Pour le moment, personne n'en sait rien. Même si les journaux ont chacun leur petite idée sur la question, et bien entendu, ce n'est pas la même...
Ceci dit, il ne faut surtout pas s'inquiéter pour l'avenir politique de Mauricio Macri. Même si les socialites Margarita Stolbizer, de GEN, et Pino Solanas, de Proyecto Sur, deux leaders de l'opposition à Macri, réclament l'arrestation du chef du gouvernement portègne, il n'est pas, comme en Europe, délaissé par ses amis comme un pestiféré. Bien au contraire. Même le chef du parti Pro, De Narvaéz, avec lequel il était plus qu'en froid depuis plusieurs semaines, justement à cause de ses ambitions présidentielles un peu trop voyantes, est venu à son secours, avec l'ensemble de l'opposition nationale.
Quant à Carlos Menem, avec toutes ses casseroles, il est toujours sénateur et toujours à la tête de sa tendance dans le PJ, où il continue à mener la vie dure à Néstor Kirchner.
Alors ce n'est pas les 70 pages de l'acte d'inculpation du juge Oyarbide qui vont ralentir les ambitions de Macri. Il y a fort à parier qu'il se présentera bien aux primaires du PRO d'ici quelques mois et que ses adversaires auront fort à faire pour l'écarter de la candidature à la présidence...
Qui vivra verra.
Pour aller plus loin :
Lire l'article de Clarín sur le soutien de l'opposition réunie à Macri
Lire l'article de Clarín sur la demande de mise sous écrou, par notamment M. Stolbizer et F. Solanas.
Lire l'article de La Nación qui présente l'affaire uniquement sous l'angle de l'appui de l'opposition à Mauricio Macri.
(1) Depuis, la Présidente Cristina Fernández a renversé un certain nombre des réformes catastrophiques de Menen, fait disparaître le régime de retraite de base par capitalisation et ramené dans le giron public la compagnie Aerolineas, qui commence doucement à sortir du rouge. Entre temps, en décembre 2001, on s'en souvient, l'Argentine s'est trouvé en situation de cessation de paiement et elle traîne encore, depuis cette époque, une dette privée catastrophique que les remèdes de cheval imposés par le FMI n'ont fait qu'aggraver.
samedi 3 octobre 2009
Carlos Menem et consorts inculpés pour l'attentat de l'AMIA [Actu]
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Denise Anne CLAVILIER
Finalement, Ariel Lijo, le juge qui a repris l'enquête sur l'attentat antisémite contre l'AMIA, la mutuelle juive argentine, qui avait fait 84 ou 85 morts, selon la façon dont on décompte les victimes, et des centaines de blessés, le 18 juillet 1994, rue Pasteur, à Buenos Aires, a décidé d'inculper l'ancien Président de la République, qui était alors à la Casa Rosada, Carlos Menem, son frère Munir Menem qui occupait alors la plus haute charge dans l'appareil juridique du pays, le juge chargé de l'enquête à l'époque, Juan José Galeano, et le directeur d'alors des services du contre-espionnage (SIDE, Servicio de Inteligencia del Estado) Hugo Anzorreguy.
Les frères Menem sont poursuivis pour entrave à l'enquête puisqu'ils sont soupçonnés d'avoir exercé des pressions contre le juge Galeano pour que celui-ci n'inquiète pas un père et son fils, soupçonnés d'avoir été les poseurs de bombe, et que Carlos Menem, el Turquito (le petit Turc) comme l'appellent les Argentins, semble bien avoir délibérément couverts. Les deux hommes sont d'ascendance syrienne comme la famille Menem, et ils auraient été sur cet attentat terrible des agents des services secrets iraniens.
Le juge Galeano est poursuivi pour avoir vicié la procédure et entravé la manifestation de la vérité, comme on dit en langage juridique de France.
Les autres inculpés sont poursuivis pour avoir obéi eux aussi à des ordres arbitraires, ceux des frères Menem, qui exigeaient que la procédure soit orientée politiquement. Elle a d'ailleurs abouti à l'inculpations de plusieurs policiers de la Province de Buenos Aires, dont l'innocence a ensuite été reconnue publiquement.
Ce dernier rebondissement intervient après une série de procès intentés à Carlos Menem et plusieurs de ses ministres ou grands commis pour des actes de corruption divers et variés. Au fur et à mesure que les juges se penchent sur les dix ans du mandat de Carlos Menem, ils découvrent au grand jour des scandales plus graves les uns que les autres, qui vont de la vente bradée d'immenses parties du domaine public à la couverture du plus meurtrier attentat antisémite commis jusqu'alors.
Carlos Menem a conduit, de 1990 à 1999, une politique totalement contraire aux principes du péronisme, sur la foi desquels il s'était fait élire en 1989 : il a été le grand bradeur de l'économie nationale, vendant pour une bouchée de pain les principales institutions qui garantissaient le début d'une autonomie économique pour le pays, la compagnie nationale d'aviation (voir mes articles sur Aerolineas Argentinas), la compagnie nationale pétrolière, l'industrie nationale aéronautique (voir mon article à ce sujet) ; il a privatisé tous les régimes sociaux qu'il a pu (notamment une grande partie des régimes de retraite en créant les désormais défuntes AFJP, voir mes articles à ce sujet) ; il a modifié les réglementations qui encadraient la production agricole et livré la devise nationale au bon vouloir du FMI et des Etats-Unis d'Amérique, ce qui a abouti à la faillite nationale de décembre 2001.

C'est ce que dénoncent Daniel Paz et Rudi dans le dessin paru hier dans Página/12 et qui dit :
L'homme aux lunettes noires : Docteur Menem, vous êtes accusé d'entrave à la justice, d'abus de pouvoir et d'avoir dissimulé la vérité pour imposer votre conception de l'Etat.
Menem : Mensonge idéologique ? (1)
L'homme aux lunettes noires : Oui, vous vous souvenez quand vous vous faisiez passer pour péroniste ?
(Traduction Denise Anne Clavilier)
Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12
(1) L'expression "mensonge idéologique" ou "falsification idéologique" s'applique en droit argentin aux pratiques en cours sous la Dictature militaire et qui ont consisté à falsifier divreses données officielles (papiers d'identité, actes de naissance ou de décès notamment) pour dissimuler les atteintes aux droits de l'Homme. Le texte ici est d'autant plus ironique que les péronistes ont été les premières victimes de la persécution par la Junte au pouvoir et que Menem lui-même n'y a pas échappé, lui qui a fait plusieurs années de prison pendant cette sinitre période de l'histoire argentine (1976-1983).
mercredi 18 mars 2009
Nationalisation de l’ex-Area Material Córdoba [actu]
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Denise Anne CLAVILIER
La Présidente de l’Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, vient d’annoncer sa décision de nationaliser l’ex-Area Material Córdoba, à l’ouest du pays, une ancienne usine aéronavale et automobile, cédée en concession à Lockheed en 1994, sous la présidence de Carlos Menem (sous le mandat en Argentine : mandato).
Cette entreprise, fondée en 1927, avait développé et produit toutes sortes de moteurs et d’engins motorisés volant ou roulant, à usage civil et à usage militaire, dont des avions sous brevet argentin, les Pulqui I et II, le Pucará et le Pampa et une gamme de motos, baptisées Puma. A ce titre, la Area Material Córdoba avait été un fleuron de cette industrie nationale que s’étaient efforcé de développer les gouvernements nationalistes des années 10 et 20 et du début de la guerre froide (1). La Dictature avait fait arrêter toutes les activités de production. La Area Material Córdoba fut alors réduite à une entreprise de maintenance aéronautique. Ensuite, le second président de la démocratie, Carlos Menem, avait cédé l’entreprise à la société nord-américaines Lockheed, pour y assurer la maintenance de la flotte militaire. Le projet du missile Condor avait été stoppé net du seul fait de la remise de l’entreprise à une société étrangère. En 2004 cependant, Lockheed a repris la production des avions Pampa, mais sous son pavillon, qui n’est pas exactement argentin...
Aujourd’hui, l’entreprise cordobaise emploie 1 100 personnes.
La Présidente actuelle, qui est une péroniste pur sucre (2) (3), affirme aujourd’hui qu’il a existé (sous Menem) "une politique visant délibérément à dépouiller le pays de ses capacités industrielles qui visaient à assurer son autonomie économique", afin de le réduire à un rôle de producteur de matières premières agricoles et de services (4). Pour l’Argentine, c’est donc un enjeu de souveraineté nationale (de décolonisation au sens profond du terme) qui se joue sur le terrain économique (lire à ce propos les articles sur Carlos Menem). Et c’est pourquoi Cristina Fernández investit autant d’énergie dans ces enjeux. Qui plus est, ce faisant, elle rend à de très nombreux Argentins une vraie fierté d’appartenance à la Nation. Les Argentins n’ont pas seulement souffert des conséquences matérielles et financières du Corralito de décembre 2001 (l’effondrement du système monétaire et de toute l’économie nationale). Ils se sont aussi sentis profondément humiliés devant l’opinion publique mondiale qui a assisté à la déconfiture du pays et encore plus peut-être par le FMI, qui a imposé au pays des solutions extérieures désastreuses. (5)
La Présidente va donc très prochainement envoyer au Congrès un projet de loi de nationalisation après que cette opération ait été négociée par la Ministre de la Défense, Nilda Garré, avec Lockheed qui accepterait de vendre ses actifs pour un prix que la Cour des Comptes argentine (Auditoria General de la Nación)a estimé à 67 millions de pesos. La Présidente l’a promis : cette nationalisation n’est ni une nationalisation-confiscation à la mode Chavez (ou Nasser) ni une nationalisation hostile comme celle, toute récente, d’Aerolineas, homérique bataille entre l’Etat argentin et la société espagnole Marsans. Il s’agirait cette fois bel et bien d’une solution négociée de bonne foi de part et d’autre.
Côté argentin, l’idée est de récupérer la capacité industrielle de cette infrastructure pour limiter, en ces temps de crise mondiale, la dépendance nationale vis-à-vis de l’extérieur (substituer aux importations une production intérieure) dans un secteur où l’Argentine avait déjà su démontrer son degré d’excellence. L’entreprise publique pourra prendre en charge la maintenance de la nouvelle flotte d’Aerolineas et accueillir le nouveau centre de formation continue des pilotes de ligne de la compagnie désormais publique (alors que ces personnels hautement qualifiés sont contraints actuellement de se maintenir à niveau à l’étranger). Il est question que, pour cette opération, l’Argentine s’allie avec l’entreprise brésilienne Embraer et l’entreprise chilienne Enaer pour développer des convergences régionales.
Le marché commun sud-américain est encore balbutiant mais le développer est un autre axe de la politique kichneriste (ou kichnerienne, comme vous voulez, en année électorale, cela revient au même). Néstor Kirchner, mari de la Présidente et son prédécesseur à la Casa Rosada, visait d’ailleurs l’année dernière la Présidence d’une des instances multilatérales du sous-continent, mais sa candidature a été repoussée par le Président uruguayen, Tabaré Vázquez, qui n’a guère apprécié la manière dont Kirchner a géré en son temps le contentieux argentino-uruguayen concernant Botnia, une papeterie finlandaise installée sur la rive est de l’Uruguay et accusée par les Argentins (rive ouest) de mettre en danger l’équilibre écologique de la zone et du fleuve.
(1) Les gouvernements radicaux (UCR) de Hipólito Yrigoyen (1916-1922 puis 1928-1930) et Marcelo T. de Alvear (1922-1928), puis plus tard le gouvernement de Juan Perón (1946 - 1955).
(2) Elle mène ou entend mener une politique de développement de l’indépendance économique, d’extension des droits sociaux et de l’Etat-Providence et comme en sa qualité d’avocate elle a lutté pour la démocratie sous et après la terrible Dictature de 1976 à 1983, elle ajoute à ces deux fondamentaux du péronisme le développement des Droits de l’Homme, en Argentine et dans le monde. En tous ces domaines, elle s’oppose à ce qui fut la politique de Carlos Menem, qui se réclamait lui aussi de Perón mais a conduit une politique à l’inverse des principes péroniens : vente ou cession (qui plus est à prix dérisoire) des fleurons de l’économie nationale (les plus représentatifs étant l’YPF, la société pétrolière nationale, et Aerolineas Argentinas, la compagnie de transport aérien, tout récemment revenue dans le giron de l’Etat, voir mes articles sous le lien), destruction du modeste système de protection sociale existant par l’institution d’un régime de base de retraite par capitalisation au détriment du régime par répartition resté rachitique, institution d’une parité du peso avec le dollar US sans aucun rapport avec les réalités économiques du pays...
(3) "Pur sucre » (100 pc azucar) : se dice para significar que alguien o algo coincide plenamente con su definición, que está sin mezcla, sin mestizaje, franco y recto. Igual se dice "100% pur beurre" - 100 pc manteca (significa lo mismo). Ese turno se refiere a la propaganda de marcas alimenticias sobre la calidad de sus productos y sus recetas auténticas.
(4) Aujourd’hui l’Argentine est un très puissant acteur sur certains marchés agricoles mondiaux (soja, blé, lait, viande, entre autres). Pour les marchés du soja et des céréales, c’est un pays décisionnaire au niveau mondial. L’agriculture fournit 10% du PIB argentin. L’Argentine est aussi un pays de services pour 50% de son PIB mais cela place le pays à la merci d’entités (pays ou zones de libre échange, comme l’Union Européenne) économiquement plus puissants : être un pays de services quand on est un pays émergent, c’est souvent être un pays récepteur d’activités délocalisées, donc considérées comme peu stratégiques ou à faible valeur ajoutée (externalisation de gestion, de hot-lines, de l’informatique, etc.) et dépendre d’investisseurs étrangers.
(5) Or tout ce qui est imposé de l’extérieur est vécu en Argentine sur le modèle de l’administration coloniale. Or l’Argentine est très jalouse (et il n’y a pas qu’elle) de son indépendance, chèrement acquise et bon an mal an maintenue depuis 1810.
(2) Elle mène ou entend mener une politique de développement de l’indépendance économique, d’extension des droits sociaux et de l’Etat-Providence et comme en sa qualité d’avocate elle a lutté pour la démocratie sous et après la terrible Dictature de 1976 à 1983, elle ajoute à ces deux fondamentaux du péronisme le développement des Droits de l’Homme, en Argentine et dans le monde. En tous ces domaines, elle s’oppose à ce qui fut la politique de Carlos Menem, qui se réclamait lui aussi de Perón mais a conduit une politique à l’inverse des principes péroniens : vente ou cession (qui plus est à prix dérisoire) des fleurons de l’économie nationale (les plus représentatifs étant l’YPF, la société pétrolière nationale, et Aerolineas Argentinas, la compagnie de transport aérien, tout récemment revenue dans le giron de l’Etat, voir mes articles sous le lien), destruction du modeste système de protection sociale existant par l’institution d’un régime de base de retraite par capitalisation au détriment du régime par répartition resté rachitique, institution d’une parité du peso avec le dollar US sans aucun rapport avec les réalités économiques du pays...
(3) "Pur sucre » (100 pc azucar) : se dice para significar que alguien o algo coincide plenamente con su definición, que está sin mezcla, sin mestizaje, franco y recto. Igual se dice "100% pur beurre" - 100 pc manteca (significa lo mismo). Ese turno se refiere a la propaganda de marcas alimenticias sobre la calidad de sus productos y sus recetas auténticas.
(4) Aujourd’hui l’Argentine est un très puissant acteur sur certains marchés agricoles mondiaux (soja, blé, lait, viande, entre autres). Pour les marchés du soja et des céréales, c’est un pays décisionnaire au niveau mondial. L’agriculture fournit 10% du PIB argentin. L’Argentine est aussi un pays de services pour 50% de son PIB mais cela place le pays à la merci d’entités (pays ou zones de libre échange, comme l’Union Européenne) économiquement plus puissants : être un pays de services quand on est un pays émergent, c’est souvent être un pays récepteur d’activités délocalisées, donc considérées comme peu stratégiques ou à faible valeur ajoutée (externalisation de gestion, de hot-lines, de l’informatique, etc.) et dépendre d’investisseurs étrangers.
(5) Or tout ce qui est imposé de l’extérieur est vécu en Argentine sur le modèle de l’administration coloniale. Or l’Argentine est très jalouse (et il n’y a pas qu’elle) de son indépendance, chèrement acquise et bon an mal an maintenue depuis 1810.
lundi 9 mars 2009
A ce niveau-là, ce ne sont plus des casseroles, c’est une batterie de cuisine [actu]
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Denise Anne CLAVILIER
Pour la énième fois depuis qu’il n’est plus président de la République, Carlos Menem se voit poursuivi par la Justice. Cette fois-ci, il est bel et bien inculpé dans le cadre de l’enquête sur l’attentat de l’AMIA : il est soupçonné d’avoir usé de son pouvoir présidentiel pour sciemment détourné policiers et magistrats de la piste syrienne, dans l’enquête qui a suivi cet attentat contre la mutuelle juive de Buenos Aires qui a causé 85 morts dans la rue Pasteur ainsi que des centaines de blessés, le 18 juillet 1994. Voir mon article précédent datant du moment de la découverte de son implication probable dans cette affaire particulièrement odieuse.
Il a été officiellement convoqué pour aujourd’hui, lundi 9 mars, par un juge, Ariel Lijo, pour être entendu. Il a aussitôt fait savoir qu’il ne se rendrait pas à cette convocation (ou plus exactement, selon la procédure argentine, il est allé déposer au greffe du tribunal une écriture juridique où il proteste de son innocence et conteste par là la légitimité de la procédure intentée contre lui). Il a profité de cette petite sortie estivale pour parader à bord d’une belle voiture, avec son grand sourire à la Gardel (1), une veste de style sport beige et le reste à l’avenant, se faisant ainsi acclamer par quelques partisans (il est toujours Sénateur fédéral pour la Province de la Rioja dont il est originaire mais ne siège plus guère). C’est l’attitude de défi, inimaginable en Europe, qu’il a toujours adoptée envers les instances judiciaires démocratiques de son pays. Il s’arrange ainsi pour retarder les échéances mais l’appareil judiciaire arrive néanmoins, au bout d’un délai qui n’est pas si long, à le coincer : l’un de ses procès pour vente d’armes illégales à la Croatie et à l’Equateur entre 1991 et 1995 est actuellement dans sa phase ultime, l’audience, alors qu’il a été inculpé il y a seulement un an. Il risque une condamnation ferme.
Il sera aussi très prochainement inculpé, par le juge Sergio Torres cette fois-ci, pour une affaire de vente irrégulière, en 1991 d’un vaste domaine, situé dans le quartier de Palermo, à la Sociedad Rural, puissante et vénérable société de grands propriétaires agricoles, qui y a établi depuis un parc d’exposition. C’est là que se tient l’équivalent du Salon de l’Agriculture. Le Parc d’exposition en question ("predio ferial") est aussi loué pour différentes manifestations : foires, salons et congrès où l’on attend un grand nombre de participants (2). Le predio ferial s'étend sur 12 hectares situés en plein quartier de Palermo. Selon les différentes estimations officielles, qui varient en fonction des critères retenus, le site, qui ne peut être aménagé ni pour du résidentiel ni pour un centre commercial, vaut, à cet endroit là de la capitale argentine, entre 90 millions USD et 130 millions USD (puisque telle est l’unité d’évaluation du prix de l’immobilier en Argentine). Or il a été cédé, dans une opération de privatisation comme Carlos Menem en réalisé beaucoup, à 30 millions USD, à la Sociedad Rural Argentina, qui l’a acheté à crédit et n’a jamais en plus vraiment fini de le payer (après le Corralito, intervenu en décembre 2001, la Sociedad Rural a cessé de rembourser, ce qui, mécaniquement, réapprécie à la hausse la dette restant à acquitter, ce que l’organisation agricole conteste et plus rien n’avance). L’Etat, que cette opération de liquidation des bijoux de famille était censé enrichir, en est encore de sa poche. Et sur cette affaire aussi, les observateurs prédisent qu’il ne défèrera pas à la convocation du juge.
Carlos Menem a été Président de la République argentine de 1989 à 1999. Il fut le 2ème président de la Démocratie retrouvée, en succédant à Raúl Alfonsín. A la tête du pays, il a pratiqué une politique flamboyante de dérégularisation tous azimuts dans tous les domaines, économiques et sociaux. C’est lui qui a mis en place un régime de retraite de base par capitalisation dont les résultats, catastrophiques pour la population dont il était censé protéger l’avenir, a conduit l’actuel gouvernement à le supprimer et à lui substituer un régime par répartition devenu universel (voir mes articles de l’année dernière à ce sujet). C’est Carlos Menem qui a privatisé les deux fleurons nationaux qu’était l’YPF (la société nationale du pétrole, créée par Hipólito Yrigoyen au tout début des années 20, et aujourd’hui aux mains de multinationales pétrolières qui ne sont pas près de la rendre !) et la compagnie d’aviation Aerolineas Argentinas, créée par le Gouvernement Perón dans les années 50 (renationalisée tout récemment par l’actuel gouvernement, voir mes articles à ce propos). C’est lui encore qui a libéralisé à fond tout le marché agricole, ce sur quoi Cristina Fernández s’acharne à revenir. C’est lui enfin qui a conduit l’économie argentine à un tel point de fragilité que tout le système monétaire s’est effondré, deux ans après son départ de la Casa Rosada, en décembre 2001.
Pour comble de scandale, voici que le greffier du premier juge qui était en charge de l’enquête sur l’attentat de l’AMIA, celui qui découvrit la piste argentino-syrienne et se laissa ensuite dicter sa conduite par le frère du Président de la République, alors haut magistrat à la tête de tout le corps judiciaire (équivalent grosso modo du poste de Premier Président de la Cour de Cassation en France et en Belgique), voici que le greffier de ce juge, qui s’appelle Claudio Lifschitz (un nom dont l’origine juive ne laisse pas de doute) et qui a dénoncé les agissements irréguliers du juge dans cette affaire, entraînant ainsi la condamnation pénale du magistrat, vient de porter plainte pour séquestration et actes de torture pour des faits qui se sont déroulés ce week-end.
Il dit avoir été capturé dans la nuit de vendredi par trois hommes cagoulés se prétendant agents du SIDE (le service de contre-espionnage argentin, contre lequel l’homme s’est porté partie civile pour avoir été espionné lorsqu’il dénonçait les agissements du juge). Ces hommes l’auraient couvert d’injures à caractère raciste et lui auraient tailladé le dos pour y écrire au couteau le sigle AMIA (l’homme porte en effet de telles blessures et les a montrées à la presse). Avant de lui rendre sa liberté, ils lui ont encore tatoué sur l’avant-bras gauche la référence qui aurait été celle du premier dossier d’instruction de l’attentat. Libéré dans la Province de Buenos Aires non loin d’une école de police, il a aussitôt été conduit à l’hôpital dont il est ressorti dimanche dans la journée. Il exerce aujourd’hui la profession d’avocat.
Cet été, en janvier et février, on a observé à Buenos Aires l’apparition de graffitis anti-sémites qui ont été vivement condamnés par le Gouvernement de la Ville, qui a mobilisé toutes ses équipes de nettoyage pour les effacer partout, ont donné lieu à quelques dérapages verbaux de la part d’élus locaux à l’antisémitisme latent et ont été attribués à la confusion générale et savamment entretenue par quelques lobbies et groupes de pression racistes de tous poils partout dans le monde entre judaïsme et judaïté d’une part et politique de l’Etat d’Israël d’autre part.
(1) Le seul point commun qu’il ait sans doute avec Juan Perón dont il se réclame pourtant : cette capacité de jouer de ce sourire mythique pour séduire tout le monde. Et en plus, lui il s’appelle Carlos, comme l’Autre !
(2) Pendant 9 ans, c’est là que se sont concentrées toutes les manifestations du Festival de Tango de Buenos Aires, qui s’est éclaté l’année dernière, par volonté du nouveau Gouvernement de la Ville de Buenos Aires sur une grande partie de la ville.
vendredi 19 décembre 2008
Les casseroles (1) de Menen continuent à tinter [actu]
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Denise Anne CLAVILIER
Dessin de Daniel Paz de ce jour dans Página/12La liste des scandales dans lesquels se trouvent impliqué l’ancien Président de la République, Carlos Menem, le second dans la liste des chefs d’Etat de la Démocratie actuelle, continue de s’allonger.
Hier, dans une lettre adressée à l'actuel Ministre de la Planification (qui a en charge le secteur industriel), le Président de la filiale argentine qui reconnaissait que sa société avait versé des pots de vin (sobornos) à des ministres (functionarios) argentin entre 1998 et 2001. Dans la même lettre, le même homme d’affaires prend la précaution de mettre hors de cause les gouvernements Duhalde, Kirchner et Fernández de Kirchner.
L’aveu intervient après qu’une enquête menée aux Etats-Unis a dénoncé le géant allemand pour des dessous de table (coimas) à plusieurs hauts responsables argentins entre 1998 et 2004. Il s’agissait d’obtenir un contrat de concession pour la fabrication des documents d’identité en Argentine. Or le rapport du juge nord-américain met en cause le chef d’Etat de la période couverte par la concession accordée à Siemens ainsi que le Ministre de l’Intérieur et le Directeur du Contrôle de l’Immigration de la même époque. Ce qui revient à accuser directement Carlos Menem, Président de la République entre 1989 et 1999, Carlos Corach et Hugo Franco, respectivement ministre et haut fonctionnaire de son gouvernement. Il semble que Siemens souhaite tourner la page de ces années peu glorieuses et repartir du bon pied en Argentine. La filiale argentine a donc tout à la fois reconnu l’acte de corruption et rectifié les données du juge nord-américain, en réduisant la durée de ces mauvaises pratiques, ce qui exonère les actuels dirigeants du pays, dont l’opposition met sans cesse en doute la probité, mais fait plonger le successeur immédiat de Carlos Menem, celui qui décreta le Corralito (le gel des avoirs bancaires) et précipita le pays dans une crise économique catastrophique (décembre 2001).
Du coup, le caricaturiste de Página/12, Daniel Paz, tire aujourd’hui sans sommation. Dialogue :
Les observateurs : Les Etats-Unis, c’est comme le Vatican, ils reconnaissent les choses mais longtemps après.
L’officiel américain : Menem recevait des pots de vin.
Le journaliste : Vrai ? Dites-en plus...
L’officiel : L’invasion de l’Irak, c’était à cause du pétrole.
Le journaliste : Pas possible !!! Dites-en plus...
(1) Casserole (popular) : escandalo (literalmente: caserola)
jeudi 18 décembre 2008
Aerolineas d’utilité publique par 42 contre 22 [actu]
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Denise Anne CLAVILIER
La Une de Página/12 de ce jourFin du cauchemar et de 18 années d’une gestion privée humainement (et économiquement) calamiteuse pour Aerolineas Argentinas, la compagnie aérienne de bandera argentine (battant pavillon argentin).
Ce vote du Sénat argentin, qui confirme et valide le 1er vote, celui de l’Assemblée des Députés il y a quelques semaines, exproprie, dès publication de la loi au journal officiel de la République argentine, la société Marsans, détentrice jusqu’alors de 94,41% du capital d’Aerolineas et de 98% d’Austral, sa filiale à 100%, la première desservant les lignes internationales et intercontinentales du Cono Sur (1), la seconde les lignes intérieures d’un pays immense.
Bien entendu, Marsans a immédiatement émis une protestation officielle contre ce qu’il estime être une confiscation de ses actions et répète qu’il va porter l’affaire devant un tribunal, probablement international. Qui, espérons-le, reconnaîtra que l’actionnaire avait d’abord à respecter la loi du pays où était immatriculée sa société, en l’occurrence l’Argentine, dont Marsans a allègrement foulé les règles fiscales et le code des sociétés.
C’est fin septembre que le Congrès a décidé de prendre en charge le règlement du litige, excédé par les finasseries de Marsans, destinées, selon toute apparence, à éviter coûte que coûte un accord financier avec le Ministère des Transports argentin sur le transfert de l’entreprise à l’Etat, comme Marsans en avait accepté le principe à la mi-juillet (2) et soucieux de soulager le Gouvernement qui menaçait de s’enferrer dans la vilaine tournure diplomatique que prenaient les choses entre l’Espagne, le seul soutien de Marsans, et l’Argentine. Ainsi le Gouvernement peut dire : c’est pas moi, ce sont les représentants du peuple, et rétablir avec l’Espagne, dont le Gouvernement, lui aussi à gauche, pourra jouer la même comédie, des relations diplomatiques apaisées.
Au Sénat, le débat a duré 5 heures. A noter que le seul désaccord que l’opposition a revendiqué avec la loi d’expropriation telle que rédigée était de forme et non de fond (l’UCR en particulier estime qu’il aurait fallu exproprié les actifs et non le capital, solution que le parti radical estimait moins onéreuse pour les finances de l’Etat et que la majorité estimait irréaliste puisque le passif d’Aerolineas dépasse aujourd’hui ses actifs et entame sérieusement son capital).
Tout le Sénat était donc, de fait, favorable à la renationalisation de la compagnie. La loi a été votée telle quelle, sans aucun changement, par une majorité éclatante (42 pour, 22 contre) et à l’issue du scrutin, les représentants syndicaux des personnels d’Aerolineas, présents dans les tribunes, ont éclaté en applaudissements.
La procédure d’application de la loi va durer un petit mois. Ce sera alors le Gouvernement qui prendra en charge la négociation auprès des différents créanciers de la dette colossale accumulée par Aerolineas, singulièrement depuis la prise de contrôle par Marsans en 2001. Il est vrai aussi que la nouvelle équipe dirigeante a su, depuis 6 mois, réduire considérablement les pertes d’exploitation (en coupant dans le vif des coûts de location... pour des matériels immobilisés et non exploités) et améliorer la qualité du service aux voyageurs en limitant les retards endémiques sur l’aéroport d’Ezeiza...
(1) El Cono Sur : surnom de l’Argentine (le Cône Sud). Comme en Europe on dit la Botte, l’Hexagone ou le Plat Pays.
(2) Vu le piètre état dans lequel Marsans a mis la compagnie aérienne en terme d'exploitation et de capital, il est probable qu’un tel accord ne lui aurait pas permis de se payer sur la bête et d’empocher une plus-value considérable, à laquelle il a prétendu jusqu’à l’extrême limite des pourparlers avec le Gouvernement, tout comme il est probable que les pouvoirs publics argentins viennent de faire de facto capoter une manoeuvre de longue haleine pour transformer la compagnie aérienne en une simple coquille vide dont le groupe espagnol se serait servi plus tard, pour développer autrement ses activités touristiques.
mercredi 10 décembre 2008
Une page menémiste se tourne [actu]
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Denise Anne CLAVILIER
Avec la mise en place du nouveau régime universel de retraite par répartition, logé dans une ANSeS (Administration Nationale de Sécurité Sociale) reformatée pour qu’elle dispose des moyens d’une mission très élargie, c’est une page des années Menem (1989-1999) qui se tourne.
Années de folies néo-libérales, de rêves de casinos boursiers et d’importations en tous genres qui, sous prétexte de développer les marchés en les libéralisant, creusèrent le déficit de la balance des paiements et fragilisèrent la production nationale, elles aboutirent sous le mandat de Fernando de La Rúa à la catastrophe monétaire, financière et économique connue sous le nom de Corralito (enfermement, coinçage) en décembre 2001. Après une année de difficultés économiques et financières sans nombre, le gouvernement argentin décida du jour au lendemain (en tout cas, c’est comme cela que ce fut perçu par le commun des mortels) de bancariser par contrainte toute l’économie en interdisant toute sortie d’argent en espèce afin d’éviter au pays la ruine de son système bancaire. Toutes les opérations privées furent de fait gelées, dans un pays où une grande partie de l’économie reste aujourd’hui encore souterraine, improvisée et opportuniste et où tout le monde a donc besoin en permanence de liquidités. L’argent déposé et ainsi gelé artificiellement dans les banques, qui n’étaient plus en état d’honorer les demandes croissantes de retrait de leurs clients, leur permit de se maintenir en vie, en dépit de leur trop grande exposition à la dette publique, elle-même surdimensionnée, et d’une convertibilité du peso au dollar américain qui ne reposait sur aucune réalité de l’économie nationale.
Années de folies néo-libérales, de rêves de casinos boursiers et d’importations en tous genres qui, sous prétexte de développer les marchés en les libéralisant, creusèrent le déficit de la balance des paiements et fragilisèrent la production nationale, elles aboutirent sous le mandat de Fernando de La Rúa à la catastrophe monétaire, financière et économique connue sous le nom de Corralito (enfermement, coinçage) en décembre 2001. Après une année de difficultés économiques et financières sans nombre, le gouvernement argentin décida du jour au lendemain (en tout cas, c’est comme cela que ce fut perçu par le commun des mortels) de bancariser par contrainte toute l’économie en interdisant toute sortie d’argent en espèce afin d’éviter au pays la ruine de son système bancaire. Toutes les opérations privées furent de fait gelées, dans un pays où une grande partie de l’économie reste aujourd’hui encore souterraine, improvisée et opportuniste et où tout le monde a donc besoin en permanence de liquidités. L’argent déposé et ainsi gelé artificiellement dans les banques, qui n’étaient plus en état d’honorer les demandes croissantes de retrait de leurs clients, leur permit de se maintenir en vie, en dépit de leur trop grande exposition à la dette publique, elle-même surdimensionnée, et d’une convertibilité du peso au dollar américain qui ne reposait sur aucune réalité de l’économie nationale.
L’institution de fonds de pension boursiers en lieu et place de l’universalisation du système embryonnaire et, de ce fait difficilement viable, du régime de retraite par répartition, fut l’une des mesures prises par le gouvernement Menem sur les conseils et les pressions des grands systèmes financiers internationaux, au premier rang desquels le FMI. En 14 ans d’existence, ces fonds de pension ont amplement prouvé leur inefficacité, la fragilité de leurs résultats économiques et leur incapacité à assurer aux cotisants des niveaux de retraite décents. La suppression du système a donc été annoncée le 21 octobre dernier par la Présidente de la République, le processus législatif a pris fin le 4 décembre avec la promulgation de la loi adoptée par le Sénat le 20 novembre (1) et les 3 décrets d’application viennent d’être publiés : en créant le SIPA (sistema integrado previsional argentino, système intégré de prévoyance argentin), ils permettent le transfert de tous les fonds détenus au titre de la retraite principale par les Caisses de retraite par capitalisation (AFJP) à un Fonds de Garantie des Retraites, redimensionné et géré par l’ANSeS, c’est à dire par l’Etat et non par une instance paritaire, établissent le transfert des droits en date du 1er décembre 2008 et réorganisent l’ANSeS pour qu’elle soit en mesure de gérer un nombre d’affiliés et des sommes dont cette administration n’est pas familière...
Concrètement, pour les anciens cotisants des AFJP aujourd’hui retraités, cela va se traduire en décembre par le versement d’une mensualité de retraite qui pourra dans de nombreux cas augmenter de 22% par rapport à la mensualité moyenne qu’ils percevaient des AFJP en 2007.
Pendant tout le processus parlementaire, les débats institutionnels, les récriminations sans vergogne des dirigeants des AFPJ de droit privé, trépignant de rage comme des gamins capricieux à qui on interdirait un énième tour de manège, et les enquêtes journalistiques ont fait apparaître au grand jour les aberrations du feu système : pertes abyssales en capital au regard des montants déposés, commissions léonines (35 à 40%) prélevées sur les dépôts des cotisants par les organismes de gestion (AFPJ), salaires plus que modestes de l’immense majorité des employés des AFJP (au moins 70% d’entre eux), émoluments de nabab consentis aux dirigeants et fondés de pouvoir des AFPJ inversement proportionnels aux pertes des cotisants, interprétation tortueuse de la fiscalité argentine sur les bénéfices des sociétés de la part d’une AFPJ détenue à 100% par une holding espagnole et gestion nettement plus vertueuse (au regard de la morale) mais tout aussi catastrophique sur le plan boursier de l’AFPJ du Banco de la Nación dont les dirigeants, salariés de la Banque d’Argentine selon un barème de secteur public bien inférieur à celui du privé, ne recevaient aucune rémunération liée à l’exercice de leurs fonctions d’administrateurs de l’AFPJ Nación...
A suivre dans la presse et sur la durée les aventures ubuesques tant des AFPJ que d’Aerolineas, dont le cauchemar va lui aussi bientôt prendre fin (2), on comprend mieux la froide et sainte colère d’Alejandro Szwarcman dans sa récente fable en prose, Lo que sopla en el viento, que je vous ai traduite il y a quelques semaines.
(1) à noter que la loi a remporté les 2/3 des votes dans l’une et l’autre assemblées élues.
(2) Le projet de loi expropriant les actions d’Aerolineas (et des ses 4 filiales à 100%) détenues par le groupe espagnol Marsans vient d’obtenir un avis favorable (dictamen favorable) de la part des Commissions sénatoriales Affaires constitutionnelles et Transports qui l’examinaient hier. Le vote définitif du Sénat devrait intervenir mercredi prochain et, sauf coup de théâtre, l’obtention d’une large majorité de oui semble acquise.
mardi 9 décembre 2008
Aerolineas : l’expropriation en discussion au Sénat [actu]
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Denise Anne CLAVILIER
Début du commencement de la fin du cauchemar pour les personnels de la compagnie d’aviation argentine Aerolineas Argentinas, suspendus depuis six mois aux opérations de renationalisation entamées à la mi-juillet 2008.
La semaine dernière, la Chambre des Députés a voté la déclaration d’utilité publique des 5 compagnies d’aviation commerciale du groupe Aerolineas ainsi qu’en conséquence l’expropriation des actions formant le capital du groupe et de ses filiales à 100%, en particulier Austral, qui assure les dessertes aériennes intérieures en Argentine. De l’expropriation sont exclues les actions détenues par l’Etat argentin (qui avait toujours conservé 5% du capital de la société depuis sa privatisation en 1990 par Carlos Menem) et par les salariés (1% du capital seulement).
Le Sénat vient de mettre à l’ordre du jour de ses Commissions des Affaires constitutionnelles d’une part et des Transports d’autre part la pré-discussion de cette loi. Le vote devrait intervenir au cours de la semaine prochaine au plus tard. Il est probable qu’il sera très largement positif, l’ensemble de l’échiquier politique argentin s’entendant sur cette question précise. Dès lors l’expropriation prendra effet dès publication de la loi au Bulletin officiel de la République Argentine et Aerolineas aura aussitôt le statut d’entreprise nationale d’utilité publique, ce qui lui accordera des protections mais lui conférera aussi des devoirs, notamment celui de desservir plusieurs lignes intérieures indispensables mai peu rentables. L’Assemblée Nationale a prévu un plan d’accession au capital pour le personnel d’Aerolineas et ses filiales à hauteur de 10% du capital. Les élus comptent aussi exiger de l’Etat qu’il achète les avions dont la compagnie a été dépouillée par son actuel propriétaire, le groupe de tourisme de masse espagnol Marsans, ce que le Gouvernement s’emploie d’ailleurs à organiser depuis la fin juillet.
Marsans, de son côté, continue à proférer des menaces de poursuites judiciaires internationales contre la République Argentine envers laquelle il a pourtant un passif considérable (non paiement de la taxe professionnelle et des taxes aéroportuaires, non présentation des comptes en temps et en heure, endettement excédant le pourcentage de capital permettant à l’entreprise de continuer son activité, etc...). En ces temps de crise économique où le monde entier s’interroge sur l’éthique des affaires et de la gestion financière, il y a des leçons qui se perdent. Et des coups de pied quelque part aussi, mais ça, plus pour très longtemps...
mercredi 26 novembre 2008
Expropriation : c’est parti [actu]
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Denise Anne CLAVILIER
C’était dans l’air depuis plusieurs semaines, depuis en fait que la première évaluation financière de la Compagnie aérienne Aerolineas Argentinas avait été publiée, depuis qu’il apparaissait de plus en plus clairement que le groupe de tourisme espagnol Marsans, propriétaire de jure du capital de la Compagnie était décidé à ne pas respecter la République Argentine et à lui vendre à un prix démesuré une société qu’il avait depuis 2001 matériellement dépouillée et financièrement ruinée par une politique d’argent jeté par les hublots.
Cette fois-ci, c’est en route. Les députés de la majorité à la Chambre Basse se sont emparés du dossier et ont rédigé un projet de loi (1) qui va exproprier les actions des sociétés Aerolineas, Austral (les deux compagnies d’aviation qui desservent l’Argentine en vols domestiques et en vols internationaux) et des entreprises annexes non connues du public mais dont l’activité est indispensable aux deux premières, Optar, Jet Paq et Aerohanging. Marsans se verra offrir en compensation un peso symbolique (ou n’importe quelle autre somme tout aussi dérisoire) puisqu’il est établi que la compagnie Aerolineas a un passif d’exploitation excédant les proportions lui permettant de continuer son activité selon le droit des affaires argentin et un patrimoine négatif et que depuis juillet, c’est l’Etat argentin qui pourvoit aux besoins de trésorerie pour assurer la continuité du service aérien.
Le Gouvernement argentin avait bien offert à Marsans la possibilité de capitaliser tout cet argent public déjà versé et de le faire entrer dans un prix de rachat raisonnable mais Marsans a choisi une stratégie d’esquive, de mauvaise foi et a maintenu depuis septembre un prix de rachat exorbitant, après s’être assuré du soutien diplomatique de l’Espagne. Excédé par ces atermoiements, la majorité parlementaire est donc en train de décider d’en finir.
Le projet de loi déclare Aerolineas et Austral d’utilité publique pour le maintien du service de transport de voyageurs, de courrier et de fret pour le pays, à l’intérieur et à l’extérieur (ce qui reflète l’exacte réalité géo-économique de ce pays immense). Le texte légal passe actuellement les étapes procédurales préalable à son adoption et son entrée en vigueur : passage en commission puis mise à l’ordre du jour de l’Assemblée suivi, après vote positif, de la mise à l’ordre du jour du Sénat. Lorsque le texte sera publié au Bulletin officiel de la République Argentine, Marsans sera effectivement exproprié et l’Etat aura toute latitude de gestion sur l’avenir et la gestion de la Compagnie et de ses filiales.
L’opposition, Coalición Cívica (à droite) et Unión Cívica Radical (à gauche), qui sont par ailleurs en train de constituer un accord électoral ou même de gouvernement pour les prochaines échéances, ont émis des avis contraires pour la forme, critiquant les aspects technico-légaux de l’expropriation mais ont fait savoir par ailleurs qu’ils étaient d’accord sur le principe même de l’expropriation. Même les plus ardents défenseurs de la liberté d’entreprendre, qui trouvaient encore il y a quelques mois des motifs pour défendre Marsans contre le vilain gouvernement de Cristina (2), ont à présent changé d’avis.
Il semble que le vote sera acquis avec un quasi-consensus sur l’ensemble des bancs du Congrès, qu’en tout état de cause le oui débordera largement la stricte majorité K, el oficialismo K (2) comme on dit à Buenos Aires, pour la première fois depuis bien longtemps.
Côté économico-social, le projet de loi prévoit que 10 % du capital d’Aerolineas et d’Austral sera réservé aux salariés de ces entreprises comme le prévoit le programme de propriété participative (aujourd’hui seul 1% du capital est aux mains des salariés). L’Etat devra aussi couvrir les besoins financiers des entreprises, puisqu’elles remplissent une mission de service public (l’Etat le fait déjà depuis le 17 juillet), et réaliser toutes opérations de crédit nécessaires à l’acquisition de biens d’équipement destinés à l’exploitation commerciale aérienne (en d’autres termes, la République Argentine va acheter des avions pour reconstituer la flotte d’Aerolineas, composée en quasi-totalité aujourd’hui d’aéronefs en leasing). Depuis août, en effet, le Gouvernement argentin négocie en coulisses avec les grands avionneurs mondiaux (Boeing et Airbus au premier rang) dans ce but.
Le ton des journaux, le vocabulaire qu’ils manipulent en racontant les péripéties de toute cette histoire, cette manière de parler systématiquement de "los Españoles" pour désigner Marsans et ses mandataires sociaux sont riches d’enseignement sur l’enjeu symbolique qui double l’enjeu socio-économique évident de toute cette complexe opération politico-économique... De toute évidence, peut-être sans en être toutefois pleinement conscients et même si la défaite de leur champion devant le champion espagnol dimanche, lors la finale de la Coupe Davis à Mar del Plata, vient bien un peu gâcher le tableau général, les Argentins sont en train de se repasser, en 3D et son 4 points, le film de leur Revolución de 1810 (la guerre d’Indépendance) et ils prennent le temps de savourer la satisfaction de bouter une nouvelle fois l’Espagnol hors d’Argentine. Il faut dire aussi que Marsans est vraiment très bon dans le rôle ingrat de l’Espagnol ! Tout y est : les prétentions outrées, le souverain mépris affiché pour tout ce qui est Argentin, personnels au sol et volant et obligations fiscales inclus, la façon de parler du Chef d’Etat comme on parlerait d’un fétus de paille qu’on peut faire plier d’un simple souffle, le petit tour cauteleux à la Zarzuela à Madrid pour quêter l’appui du Roi... Du grand art !
Alors il en coûtera ce qu’il en coûtera, peu importe : du vent, du balai ! et débarrassez le plancher, on vous a assez vus. Bien le bonjour chez vous... Pourtant Marsans peut faire le beau et menacer d’aller devant les tribunaux, il n’aura peut-être pas intérêt à trop chercher la petite bête (3) : à Madrid, un juge enquête en ce moment sur l’usage qui a été fait de 300 millions de dollars d’argent public espagnol (une broutille !) destinés à absorber les dettes d’Aerolineas (dont celle qu’Interinvest avait envers l’Etat argentin pour l’achat de la Compagnie) au moment où Marsans en a pris le contrôle en octobre 2001, derrière Iberia-Interinvest qui l’avait acquise, pour une bouchée de pain, auprès de l’Argentine en 1990 des mains du président Carlos Menem aussi contestable que souriant. Pas plus que Marsans n’a été en mesure de produire sur Aerolineas des comptes d’exploitation à jour aux autorités judiciaires argentines, pas plus elle n’est capable de justifier devant les pouvoirs publics espagnols l’emploi qu’elle a fait de sa part de ce très gros paquet d’argent public. Le Parquet de Madrid envisage un procès pénal contre les dirigeants de l’époque de la SEPI (la société qui a disposé de cet argent public et devait en garantir le bon emploi) et contre éventuellement ceux de Marsans si l’enquête prouve qu’ils ont effectivement détourné ces sommes à d’autres fins que celles auxquelles elles étaient destinées.
"Aerolineas otra vez Argentinas", annonçait triomphalement Página/12 le 21 juillet, lorsque la Présidente avait annoncé sa décision de renationaliser (reestatizar) la compagnie de bandera (portant pavillon argentin). Ce sera fait sans doute d’ici 10 jours. Il est possible que Marsans porte plainte devant un tribunal, argentin ou international, pour avoir été injustement dépouillé de son bien dont il réclamait beaucoup de sous parce que, paraît-il, il allait (enfin) être (très, très) rentable... dans un proche avenir. Vous m’en direz tant ! (4)
Et -c’est en tout cas tout le mal qu’on peut leur souhaiter - les salariés deces compagnies d’aviation vont enfin pouvoir respirer, regarder devant eux un avenir aussi sécurisé que la récession qui s’annonce le permet, monter à bord d’avions "à eux" (les personnels de cabine et de cock-pit ont horreur de voler à bord d’avions loués), s’entraîner sur des simulateurs "à eux", bref retrouver une légitime fierté d’appartenance à une compagnie dont il seront les propriétaires à 10%, ce qui n’est pas mal quand on sait de quel statut de véritables pions (peones) peut les sortir l’application effective de cette décision après ces 18 années de régime privé catastrophique sur tous les plans, social, commercial et économique.
(1) en Argentine, on dit projet de loi (proyecto de ley) pour toute loi en cours d’approbation au Congrès, que l’initiative soit gouvernementale ou parlementaire. En droit constitutionnel français, on parle de projet de loi lorsque le texte émane du gouvernement et de proposition de loi lorsqu’il s’agit d’une initiative parlementaire. En France, jusqu’à une très récente réforme constitutionnelle (cet automne), le dépôt sur le bureau de l’Assemblée d’une proposition de loi restait une possibilité presque théorique, la marge d’initiative du Parlement étant des plus réduites et ce dans tous les domaines. En Belgique, en Suisse, qui ont des régimes parlemantaires, les institutions démocratiques fonctionnent différemment.
(2) Cristina Fernández de Kirchner, dite aussi plus synthétiquement de son nom d’épouse Cristina Kirchner, et appelée très couramment par son seul prénom par... ses partisans ou ses sympathisants, comme le fut son ancien Président de mari avant elle, comme l’est actuellement son homologue uruguayen tout au bout du bout de l’autre côté du delta du Río de la Plata. Idem à Cuba : Fidel...
El oficialismo K, c’est la majorité (oficialismo en Amérique du Sud, mayoría en Espagne).
K, c’est pour Kirchner, le kirchnerisme est une tendance du parti justicialiste (le parti fondé par et pour Perón) qui soutient la politique de la Présidente et emboîte le pas du président (du parti), son mari, l’ancien Président de la République Néstor Kirchner (2003-2007).
(3) chercher la petite bête : hacer quejas ridículas, protestas mesquinas, molestar con detalles o cualquier cosa de importancia menor.
(4) Tu m’en diras tant ! Vous m’en direz tant ! : giro idiomático para poner irónicamente en duda lo que dice el interlocutor. En Buenos Aires se diría "ni que ocho cuartos".
lundi 17 novembre 2008
Aerolineas, l’interminable feuilleton [actu]
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Lucrecia Merico,
Menem
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Denise Anne CLAVILIER
Alors que le 23 octobre encore, le Ministre des Transports, Ricardo Jaime, affichant très ouvertement sa bonne volonté, refusait toute idée d’expropriation et continuait de rechercher un accord, entre gens de bonne volonté, avec Marsans, l’actuel actionnaire majoritaire espagnol de la compagnie d’aviation Aerolineas Argentinas, voilà qu’il menace à présent d’en venir à cette extrêmité devant les arguments insupportables de Marsans, fort du soutien du gouvernement espagnol, et le manque continu de transparence dans les comptes sociaux de la compagnie.
Il est aidé dans sa démarche par les résultats d’Aerolineas qui, depuis la prise en main par l’Etat, a notablement freiné ses pertes. Le déficit opérationnel a baissé de 40%, passant de 60,80 millions de dollars américains en juin à 35,53 en octobre, la passation de pouvoir opérationnel ayant eu lieu le 21 juillet entre Marsans et Julio Azak, ancien maire de La Plata et Directeur Général nommé par l’Etat. Une des recettes qu’il a appliquées par Julio Azak a été de supprimer tous les contrats de leasing en vigueur pour des avions qui ne volaient pas. L’idée est peut-être bête, encore fallait-il l’avoir ! Il a aussi renégocié à la baisse le loyer de nombreux avions couramment utilisés sur les lignes en exploitation Le loyer mensuel des Boeing 737 et 500 est passé de 150 000 US$ à 115 000...
Aerolineas devrait donc terminer l’année avec une perte cumulée de 519 millions de dollars, soit 447 pour Aerolineas et 71 pour Austral, sa filiale à 100% qui assure le trafic intérieur de ce pays immense.
La semaine dernière, pour éviter toute manoeuvre ultérieure de dumping de la part des opérateurs privés desservant les lignes intérieures et qui ont une fâcheuse tendance à ne pas desservir les lignes qui leur sont assignées mais qui à leurs yeux ne sont pas assez rentables, Ricardo Jaime a menacé de confisquer aux différentes compagnies les licences d’exploitation des lignes qu’elles ne desservent pas. Il espère éviter ainsi que ces lignes peu rentables échouent toutes à Austral lorsque celle-ci sera pleinement nationalisée et qu’il faudra bien que l’Etat argentin assure la continuité du territoire national, et mettre bon ordre dans le marché des concessions de lignes intérieures afin de rétablir l’équilibre entre toutes les destinations, d’autant que, pour soutenir tous les acteurs sur ce marché, très affectés par l’augmentation du prix du pétrole, c’est déjà l’Etat qui prend en charge le carburant nécessaire à tous les vols domestiques (or le carburant c’est aujourd’hui 50% du coût d’exploitation d’une ligne !).
Une dernière évaluation financière d’Aerolineas-Austral a été rendue publique ces derniers jours, par la Auditoría General de la Nación, l’équivalent de la Cour des Comptes, et estime à - 2190 millions de pesos argentins le Patrimoine net (négatif) des deux compagnies. C’est le dernier mot en matière financière, chacun ayant maintenant pu apporter sur la table de négociation ses propres chiffres. Dans son arrêt, la AGN souligne une fois encore l’opacité des comptes fournis par Marsans, la difficulté d’y voir clair dans cette gestion délibérément embrouillée et le montant faramineux des dettes fiscales en matière d’impôt sur le chiffre d’affaires réalisé par Aerolineas sous gestion privée (276 millions de pesos de créances fiscales), de TVA non payée (189 millions) et enfin de taxes portuaires laissées elles aussi en souffrance (120 millions). On croit rêver...
De son côté, l’Etat a soutenu financièrement la compagnie, par le biais d’une assistance financière du Banco de la Nación (un peu plus de 300 millions de janvier à juillet de cette année), par le biais du renflouement de sa trésorerie entre autres pour payer les salaires (737 millions, entre le 11 juillet, alors qu’Aerolineas était sur le point de déposer le bilan, et le 4 novembre dernier).
Lors de la enième Assemblée Générale le 12 novembre, Marsans a fait mine de faire un geste de bonne volonté. Ils acceptaient de capitaliser 100 millions de pesos déjà versés par l’Etat pour maintenir l’entreprise à flot, un montant dérisoire eu égard aux autres chiffres avancées par les différentes évaluations. Par ailleurs, en profitant du fait qu’ils sont toujours de jure les patrons de la Compagnie, ils se permettent avec les ordres du jour, reportant sans préavis les points d’une AG à une autre, la prochaine étant prévue pour le 18 décembre, ce qui maintient les représentants de l’Etat en permanence sur la brèche pour parer à ces coups bas.
Comme la dernière estimation a été dressée à la demande des élus du Congrès, ces derniers font maintenant pression sur le gouvernement pour en finir. Or selon la Constitution, dans une telle affaire, le dernier mot revient au Congrès. Il est donc possible que prochainement la Commission parlementaire qui suit cette affaire fasse inscrire le processus d’expropriation à l’ordre du jour de la session en cours, d’autant que le Gouvernement, lassé, commence à accepter l’inéluctable. Qu’il aura tout fait pour éviter, afin de ne pas se brouiller davantage avec le gouvernement espagnol qui voit d’un mauvais oeil de nombreux intérêts privés nationaux entamés par les récentes dispositions gouvernementales. Marsans est une entreprise à capitaux espagnols et dont la majeure partie de l’activité touristique rapporte des devises à l’Espagne (et non à l’Argentine, comme on a pu le voir). Le BBVA, grande banque espagnole aussi, possédait l’une des 10 caisses de retraite par capitalisation dont le gâteau vient de disparaître avec le vote au Sénat de la loi mettant fin à l’existence d’un régime de retraite par capitalisation concurrent (et non complémentaire) du régime par répartition. Les profits de l’AFPJ du BBVA étaient consolidés directement dans le chiffre d’affaires du groupe en Europe, ce qui fait perdre au BBVA des sommes rondelettes et fournit des motifs de fâcherie rampante entre José Luis Zapatero (et partant le roi Juan Carlos) et Cristina Fernández de Kirchner.
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