mercredi 25 mars 2009

Les grandes dates de l’histoire du tango argentin - Article n° 500 [histoire]

Dans le corps de l’article, les liens renvoient à des articles ou à des séries d’articles de Barrio de Tango.

Vers 1844 : à Carlsfeld, en Saxe, pour les églises, plus souvent luthériennes que catholiques, qui n'ont ni orgue ni harmonium, un luthier, peut-être nommé Heinrich Band, invente un instrument portatif dérivé du concertina et l'appelle Bandonion.
1858 : naissance de Gabino Ezeiza (+ 1916) dans le quartier de San Telmo à Buenos Aires. Il sera considéré comme le plus grand des payadores.
1867 : naissance de Ángel Villoldo (+ 1919), qui sera surnommé el Padre del Tango (le père du tango). C'est lui qui mènera pour la première fois le tango hors de l'aire hispanique, à Paris, en 1907.
Vers 1870 : à Buenos Aires, le mot tango ou tango criollo (par opposition au tango andaluz) sert à désigner la version rioplatense de la habanera cubaine. Le tango andalou est l'une des formes du flamenco. Le même mot tango (sans doute à cause d’une autre étymologie : tambor, tambo', tumbo ou Xangó ?) désigne les fêtes des noirs argentins fréquentes dans les quartiers qu’ils habitent (San Telmo, Monserrat...). A la même époque, le mot milonga désigne trois choses à la fois : ces mêmes lieux de fête, la habanera argentine et les improvisations des payadores itinérants dans les campagnes puis dans Buenos Aires même.
Janvier à mai 1871 : la fièvre jaune tue 7,3% de la population de Buenos Aires et bouleverse la géographie sociale de cette ville. Les riches se réfugient dans le nord où ils s’établissent définitivement (c’est le développement de la construction dans le quartier de La Recoleta), les pauvres restent dans le sud ou s’y font refouler (San Telmo, Barracas, bientôt La Boca, Nueva Pompeya...)
Vers 1874 : un marin anonyme apporte au port de Buenos Aires le premier Bandonion.
1878 : Naissance de José Betinotti (+ 1915), dans le quartier d’Almagro. Il sera surnommé el Último Payador.
Parution dans le quotidien La Prensa, le 6 juillet 1878, du tout premier article répertorié sur le lunfardo, argot nouvellement apparu parmi les marginaux et les délinquants et dans les prisons de Buenos Aires. L’auteur est anomyne. Il dresse une liste de 29 termes qu'il a traduits en espagnol classique.
1880 : arrivée au pouvoir d’une oligarchie de grands propriétaires terriens, la Generación del 80. L’immigration européenne prend une ampleur phénoménale et bouleverse toute la structure urbaine et sociologique de la capitale argentine.
Années 1880 et 1890 : composition des premiers tangos arrivés jusqu’à nous, avec un nom d’auteur ou de manière anonyme. Andate a la Recoleta, Dame la lata, Hotel Victoria, Cuidado con los 50...
1888 : naissance à San José de Mayo en Uruguay de Francisco Canaro (+ 1965).
1893 : immigration de Berthe Gardés avec son fils Charles dans les bras, depuis Toulouse. Cet enfant ce sera Carlos Gardel (1890-1935).
1896 : immigration de Socorro Salomone, une Sicilienne avec son fils Innazio, depuis la Sardaigne. Cet enfant, ce sera Ignacio Corsini (1890-1967).
1900 : naissance de Juan D’Arienzo en janvier dans le nord du quartier de Palermo, à Buenos Aires (+ 1976), de Alfredo Le Pera en juin au Brésil (+ 1935) et de Enrique Cadícamo en juillet à General Rodríguez, à proximité de Luján dans la Province de Buenos Aires (+ 1999).
1901 : naissance de Enrique Santos Discépolo, en mars dans le quartier dit del Once, lieu-dit de Balvanera à Buenos Aires (+ 1951).
1903 : création au piano, dans un restaurant chic du centre historique de Buenos Aires, El Americano, de El Choclo, tango de Ángel Villoldo (le programme parle de Danza Criolla). Le tango aborde la côte espagnole et la bonne société française, à travers des fils de famille habitués à s'encanailler dans les lieux mal famés.
Naissance de Carlos Di Sarli à Bahía Blanca, Province de Buenos Aires (+1960).
1905 : Naissance de Osvaldo Pugliese en décembre, dans le quartier de Villa Crespo à Buenos Aires (+ 1995).
1907 : Naissance de Homero Manzi, en novembre, à Añatuya, Province de Santiago del Estero (+ 1951). Ángel Villoldo et ses amis, les Gobbi (Alfredo père et son épouse), séduisent les beaux salons parisiens avec une danse et une musique exotiques, le tango. La fanfare de la Garde Républicaine enregistre les premiers tangos à la demande d'un grand magasin portègne, Gath y Chavez.
1912 : Mort du poète Evaristo Carriego (1883-1812), fondateur de la poésie des faubourgs de Buenos Aires, dans le quartier de Palermo à Buenos Aires.
Retour de Paris de Villoldo et des Gobbi (avec le petit Alfredo, né à Paris, le futur grand violoniste et compositeur Alfredo Gobbi fils). Les salons de Buenos Aires s’ouvrent au tango, puisqu’il a été adoubé par Paris.
1913 (ou entre 1913 et 1917) : composition vers décembre puis création de La Cumparsita de Gerardo Matos Rodríguez, à Montevideo, probablement pendant les fêtes du Carnaval 1914.
1914 : Naissance de Aníbal Troilo, dit Pichuco, le 11 juillet, dans le quartier de l’Abasto, du côté de Palermo, à Buenos Aires (+ 18 mai 1975).
1915 : première tournée de Carlos Gardel et José Razzano à l’étranger (Uruguay, Brésil, Chili).
1916 : le chanteur Pascual Contursi (1887-1932) met des paroles sur Lita, un tango de Samuel Castriota, à Montevideo. Lita devient Mi noche triste. C’est la naissance du tango-canción, le tango à texte qui raconte une histoire.
1917 : Carlos Gardel chante et enregistre Mi noche triste. C’est le premier tango de son répertoire.
1918 : naissance de Homero Expósito, à Campana, Province de Buenos Aires (+ 1987).
Début des années 20 : apparition d’un nouveau style harmonique dans le tango, sous l’impulsion d’un violoniste, Julio De Caro (11 décembre 1899 - 11 mars 1980). C’est la toute première révolution esthétique du tango, connue sous la désignation de Decareana. Les musiciens qui adoptent la nouvelle esthétique formeront ce qu’on appellera la Guardia Nueva : Juan Carlos Cobián, Pedro Maffia, Pedro Laurenz, Agustín Bardi, Osvaldo Pugliese... La Guardia Nueva est ainsi appelée par opposition à ce qui devient la Guardia Vieja (Eduardo Arolas, Roberto Firpo, Vicente Greco, Manuel Campoamor, Juan Maglio, El Tano Genaro...)
1921 : Naissance d’Astor Pantaleón Piazzolla, à Mar del Plata, dans la Province de Buenos Aires, en mars (+ 1992).

1924 : Osvaldo Pugliese publie Recuerdo, le premier tango utilisant la polyphonie orchestrale.
Naissance de Virgilio Expósito, à Zárate, Province de Buenos Aires (+ 1997).

Mort à Paris, à l’hôpital Bichat, de Eduardo Arolas, pionnier du bandonéon, l’un des grands noms de la Guardia Vieja, il était né dans le quartier de Barracas à Buenos Aires en 1892.
Pascual Contursi met des paroles sur un vieux tango complètement oublié, La Cumparsita, sans se douter que le succès va faire réapparaître le compositeur qui, très procédurier, le poursuivra jusqu'à sa mort. Carlos Gardel, qui fait alors sa première tournée en Europe, chante La Cumparsita à Paris et en fait un succès international.
1926 : arrivée du tango au Japon. De retour d’un long séjour à Paris, le Baron Megata (1896-1968) importe le tango à Tokyo où il ouvre un cours de danse et de savoir-vivre à l’occidentale pour l’aristocratie nippone. Gros succès très élitiste qui progressivement, en moins de 50 ans, va toucher toutes les couches de la population.
1931 : parution de El hombre que está solo y espera, essai de Raúl Scalabrini Ortiz sur la culture propre à l’Argentine et à Buenos Aires et contre le néo-colonialisme économique et la tentative d’assimilation culturelle du pays à l’Europe, deux vecteurs de la politique gouvernementale pendant la Década Infame.
Création de Milonga sentimental, de Sebastián Piana et Homero Manzi. C’est la première milonga ciudadana (de celles qui se dansent dans les milongas aujourd’hui).
1932 : Gardel s’associe à Alfredo Le Pera (1900-1935), qui sera désormais le parolier de ses tangos, le scénariste de ses films et l’organisateur de ses tournées. Il tourne à Paris en 1932 (studio de Joinville, 2 longs métrages) puis à New-York en 1934 et 1935 (4 longs métrages).
1935 : Pendant l’hiver, à New York, Carlos Gardel rencontre un très jeune bandonéoniste marplatense, lui fait attribuer un tout petit rôle dans son dernier film, el Día que me quieras, enregistre avec lui Silencio et veut même l’emmener dans le reste de sa tournée. Le père du garçon s’y oppose. Ce jeune musicien qui échappe au désastre de Medellín, c'est Astor Piazzolla.

Le 24 juin 1935, Carlos Gardel meurt à Medellín, en Colombie, dans un accident d’avion au sol, avec Le Pera, l’un de ses deux secrétaires et trois de ses guitaristes. L'autre secrétaire et un des guitaristes survivront.

1936 : le 6 février, Carlos Gardel est inhumé à Buenos Aires, au cimetière de la Chacarita. Fondation à Buenos Aires de la Sadaic (Société Argentine Des Auteurs et Compositeurs) à l’initiative de Francisco Canaro.
1937 : Juan D’Arienzo joue puis enregistre un arrangement brillant de la Cumparsita pour animer le bal du cabaret Le Chantecler. Le Tango reconquiert le public portègne qui s’était mis à lui préférer le fox-trot.
La même année, Aníbal Troilo fonde son premier orchestre et va faire du cabaret Tibidabo son royaume.
1939 : Osvaldo Pugliese fonde son orchestre, sous la forme d’une coopérative, en août au Café el Nacional, qui sera longtemps son port d’attache. La longévité de cet orchestre sera exceptionnel puisqu’il ne se dissoudra qu’en juillet 1995, à la mort du compositeur.
C’est aussi l’année où Piazzolla intègre l’orchestre d’Aníbal Troilo, qu’il quittera en 1944.
Vers 1940 : composition de La Yumba, par Osvaldo Pugliese, qui l’enregistrera en 1944.
1944 - 1949 : censure officielle et institutionnalisée du lunfardo et des argentinismes et mise en place de critères de moralité sur les ondes, dans l’édition et les journaux, sur la scène, dans les studios d’enregistrement. Les auteurs (ou les chanteurs) doivent modifier les textes pour continuer à chanter. La grande variabilité des textes chantés encore aujourd’hui vient en grande partie de cette période-là.
1944 : début de la carrière du chanteur Roberto Goyeneche el Polaco (1926-1994)
1947 : rencontre entre Astor Piazzolla (26 ans) et Horacio Ferrer (14 ans) à Buenos Aires.
1948 : création de Sur et Barrio de Tango, chefs-d’oeuvre du tandem Aníbal Troilo - Homero Manzi.
1951 : mort de Homero Manzi (3 mai) puis de Enrique Santos Discépolo (23 décembre). Composition de Responso par Aníbal Troilo en hommage à Homero Manzi, dans l’après-midi du 3 mai.
1954 : parution du premier livre systématique sur le lunfardo, Lunfardía, par José Gobello.

1955 : à Paris, Astor Piazzolla, qui avait rompu définitivement avec le tango en 1949, se réconcilie avec le genre grâce à son professeur de composition classique, la Française Nadia Boulanger. Il se met à composer à flux tendu et enregistre un disque de 16 tangos, dont 14 de lui, avec l’orchestre de l’Opéra de Paris. Parmi ces nouveaux tangos, Nonino, dédié à son père, qui l’a poussé toute son enfance vers le tango et le bandonéon. Il revient à Buenos Aires avec le Octeto Buenos Aires. C’est la première Révolution Piazzollienne.

1960 : parution à Montevideo du tout premier essai historique stricto sensu sur le tango : El tango, su historia y evolución, par Horacio Ferrer (né en 1933) aux Editions Arturo Peña Lillo.
1962 : fondation de la Academia Porteña del Lunfardo.
1964 : début de la carrière de soliste du Polaco.
1965 : Piazzolla compose une série de tangos sur des textes de Jorge Luis Borges. Ces tangos sont créés et enregistrés par Edmundo Rivero.
1967 : parution à Montevideo du premier recueil de poème de Horacio Ferrer, el Romancero Canyengue. Piazzolla décide de faire un opéra-tango dont il confie l’écriture du livret à Horacio Ferrer.

1968 : création de l’opera-tango, dit aussi operita, María de Buenos Aires, de Astor Piazzolla et Horacio Ferrer, avec Amelita Baltar (née en 1940) dans le rôle-titre. Départ d’une collaboration à trois qui durera 6 ans (Piazzolla - Ferrer - Baltar). C’est la seconde Révolution Piazzollienne.

1969 : Création de Balada para un loco, du tandem Piazzolla-Ferrer, en novembre, par Amelita Baltar sur scène et El Polaco sur micro-sillons. Fondation de El Viejo Almacén par Edmundo Rivero (1911-1986), esquina Defensa y Balcarce, à la limite des quartiers Monserrat et San Telmo. Fondation par Osvaldo Pugliese de la Casa del Tango, un lieu de rencontres, d’échanges, de convivialité et d’enseignement pour les artistes de tango de la ville de Buenos Aires.
1970 : première édition de El Libro del Tango, encyclopédie systématique sur l’histoire du tango de 1500 pages environ, par Horacio Ferrer.
1973 : Piazzolla et Amelita Baltar se séparent. Lui part vivre en Europe et se met à voyager.
1974 : création de Oratorio Carlos Gardel, oeuvre musicale de concert, de Horacio Salgán et Horacio Ferrer.
1975 : Mort d’Aníbal Troilo, Pichuco, le 18 mai. Tout Buenos Aires est en pleurs.
1977 : Institution du Día Nacional del Tango, le 11 décembre, en Argentine, sur l’initiative de l’éditeur et essayiste Ben Molar.
1980 : Réédition augmentée de El Libro del Tango d’Horacio Ferrer (2000 pages). La somme sur l’histoire du tango des origines à la fin des années 70. Aujourd’hui épuisé.
Fondation de la Orquesta Típica Porteña par Raúl Garello qui deviendra la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires.
1988 : après la disparition (absorbé par Sony) d’un des derniers labels discographiques historiques argentins, RCA, le créateur du rock à texte d’expression hispanique, le chanteur Litto Nebbia (né en 1948 à Rosario, Province de Santa Fe) fonde son propre label, Melopea Discos, qui édite depuis de nombreux artistes de tango, consacrés ou débutants (et d’autres artistes dans tous les genres de musique : rock, jazz, folklore...)
1990 : fondation de la Academia Nacional del Tango, sous l’impulsion et sur une idée originale de Horacio Ferrer. La Academia commence à s’installer temporairement dans le sous-sol (la bodega) du Gran Café Tortoni, selon une tradition tortonienne bien établie. Elle s’installera dans l’hôtel particulier qui occupe les 3 autres étages en 2002, après l’achat définitif des locaux conclu à la veille du Corralito (bancarisation obligatoire avec gel des comptes décrétée en décembre 2001 pour enrayer l’effondrement du système monétaire argentin).
1992 : Mort d’Astor Piazzolla le 4 juillet.
1ère Cumbre del Tango (Sommet du Tango) organisée à Buenos Aires (manifestation biennale).
1994 : Mort du Polaco
1995 : Mort d’Osvaldo Pugliese le 25 juillet.
1998 : Célébration du 1er Festival de Tango de Buenos Aires (annuel), organisé au predio ferial de la Sociedad Rural Argentina dans le quartier de Palermo à Buenos Aires
2000 : Fondation de la Orquesta Escuela de Tango par Ignacio Varchausky, Ramiro Gallo et Emilio Balcarce, qui prendra en janvier 2008 le nom de Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce.
2002 : Première célébration du Mundial de Tango de Buenos Aires (coupe du monde de tango danse).
2003 : inauguration en mars du Museo Casa Carlos Gardel (Jean Jaurès 735) dans la maison qu’avaient habité Carlos Gardel et où sa mère est décédée en 1943 puis en décembre du Museo Mundial del Tango à la Academia Nacional del Tango (Mayo 833).
2005 : le 18 mai, la loi argentine institue le Día Nacional del Bandoneón, fixé au 11 juillet, date de l’anniversaire de naissance de Pichuco, Aníbal Troilo (11 juillet 1914-18 mai 1975).
2008 (juillet) : le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires et la Municipalité de Montevideo adressent conjointement à l’UNESCO un dossier de candidature pour l’inscription du Tango au Patrimoine de l’Humanité.

mardi 24 mars 2009

Tango argentin en Auvergne et ailleurs [ici]

Cliquez sur l'affiche pour l'obtenir en meilleure résolution


Le guitariste (1) portègne Daniel Pérez, qui accompagne entre autres et assez souvent Las Minas del Tango Reo (les chanteuses Lucrecia Merico et Valeria Shapira, voir mes articles sous ce lien) et sa partenaire flûtiste française, Marie Crouzeix, ainsi que tantôt la chanteuse et comédienne chilienne, Claudia Urrutia tantôt le bandonéoniste argentin, Fernando Giardini, vont porter la bonne musique du tango et du folklore argentin en Auvergne, puis en Bourgogne, puis dans les Flandres françaises, une étape en crochet à Madrid et retour en terre auvergnate...

Ce dimanche, 29 mars, ils seront à Montferrand où ils donneront un concert de quartier à 17h (voir affiche ci-jointe, vous pouvez l’imprimer en A3 si vous cliquez sur l’image).

Montferrand est un vieux quartier historique de Clermont-Ferrand, la "capitale" du Massif Central et du Puy de Dôme réunis ! Ville qui jouit d’une gloire mondiale depuis qu’une grosse crise de foie a obligé un prestigieux chef gaulois du nom d’Abraracourcix (et non pas Abraracúrcix comme croient les hispanophones) à venir y faire une promenade de santé (2) et même très accessoirement pour une modeste fabrique de pneumatiques, fondée en 1889 par les deux frères André et Edouard Michelin, qui s'est aussi établi un peu du côté de Buenos Aires. Et c’est aussi la préfecture d’une très belle région rurale, d’élevage, d’anciens volcans et de bonne chère...

Voici la page de ce quartier très typique sur le site de Clermont-Ferrand. Et le portail (volcanique bien sûr) de la région (cherchez un peu : vous y trouverez une page consacrée aux nombreux fromages et à la charcuterie locale, particulièrement renommée).
Une sympathique association anime aussi à et depuis Clermont-Ferrand des cours de tango (danse) : elle s’appelle Tango volcanique.

Dans son mail, Marie Crouzeix annonce que le concert de dimanche (entrée libre) sera suivi d’un pot.
Si le comité de quartier possède un aussi bon coup de fourchette que son oreille est musicale, ça devrait faire une après-midi dominicale des plus sympathiques... Le concert aura lieu dans une salle du vieux quartier, la salle Poly, place Poly, un bâtiment répertorié au patrimoine national pour son intérêt architectural.

La tournée de Daniel et Marie les conduira ensuite à Manzat (toujours en Auvergne) le 25 avril, à Clermont-Ferrand à nouveau les 16 et 17 mai (avec un repas argentin le 16), à Guérigny en Bourgogne le 23 mai (portail touristique de cette autre région historique, gastronomique et vinicole de France), à Lille (avec une milonga) à la frontière avec la Belgique, le 20 juin (pas mal non plus dans l’assiette et le verre), à Madrid les 27 et 28 juin pour un traditionnel crochet hors de l’Hexagone (sans quoi il n’y a plus de Tour de France qui vaille) puis à nouveau en Auvergne, à Torsiac, au pays des volcans, le 10 juillet.
Vous pouvez suivre leur périple à guitare et à flûtes sur la page My Space de leur formation, Taquetepa. Et s’ils passent par chez vous, ne loupez pas cette échappée des antipodes en maillot blanc et ciel (comme il se doit). Le français est en prime !

Après les concerts, étalez donc votre science en leur parlant de leurs amis Cucuza, Lucrecia et Valeria, ça les épatera !

Voir mes autres articles sur Daniel Perez et Marie Crouzeix en cliquant sur leur nom respectif, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut de l’article, sous le titre.

(1) Daniel Pérez joue aussi du charango. Si vous ne savez ce que c’est, il faut lire mon article d’hier sur le nouveau disque de Me Darás Mil Hijos (j’explique en note en bas de page).
(2) Le Bouclier Arverne, en espagnol, el Escudo Arverno, 11ème aventure d’Astérix d’Albert Uderzo et René Goscinny

33 ans après le coup d’Etat [actu]

La couverture du dossier spécial de Página/12


En Argentine, c’est aujourd’hui le Jour national pour la mémoire, la vérité et la justice, un jour de souvenir de toutes les victimes de la dernière dictature militaire (1976-1983), un jour pour les Droits de l’Homme, le triste anniversaire du coup d’Etat qui renversa, le 24 mars 1976, le gouvernement constitutionnel d’Isabel Perón (1), à la suite d’un complot ourdi au sein de l’Etat-Major et mené par Jorge Rafael Videla (actuellement en prison, voir mon récent article à ce sujet).

Pour l’occasion, le quotidien Página/12 a ouvert ses colonnes à 10 éditorialistes d’un jour, les responsables de 10 ONG parmi les plus reconnues pour leur combat en la matière en Argentine. Les deux associations issues du mouvement des Mères de la Place de Mai, Madres de Plaza de Mayo et Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, Abuelas, H.I.J.O.S. en font partie, voir lien avec leurs sites dans la rubrique Cambalache (casi ordenado) en partie inférieure de la Colonne de droite.

Ces personnes exposent leurs préoccupations et l’enjeu de leur combat aujourd’hui, plus de 25 ans après le rétablissement du régime constitutionnel, à l’heure où l’Argentine, récemment entrée en pleine campagne électorale (voir l’article du 14 mars 2009), se bat avec les démons ordinaires de la démocratie : la lenteur de la justice, la puissance de l’argent, la démagogie et l’épouvantail de l’insécurité, avec son corollaire, la peine de mort, que quelques excités ont mise à l’ordre du jour des discussions du Café du Commerce la semaine dernière, après un fait divers sordide dont a été victime l’ami et partenaire d’une vedette du petit écran.

De son côté, Clarín propose aussi un dossier spécial, à base de documents historiques cette fois (voir le lien avec l’article principal de ce quotidien. Les annexes, qui constituent le dossier, sont placées dans l’encadré de droite, une fois l’article ouvert).

Ce soir, se clôtureront à l’espace culturel ECuNHi les quatre jours du Festival de la Chanson engagée sous les auspices de Madres de Plaza de Mayo (voir mon article).

Dans la journée, se tiennent diverses compétitions sportives commémoratives :

Un tournoi d’échec à Parque Chacabuco, un quartier de Buenos Aires. C’est le IV Torneo Nacional de Ajedrez Rápido Día de la Memoria, organisé par la Ligue nationale d’échec et la Commission nationale des joueurs d’échec victimes de la Dictature (CONAVID). Un représentant du Gouvernement de la ville de Buenos Aires sera là pour un hommage solennel aux victimes.

Des épreuves d’athlétisme auront lieu dans un stade du district de Morón, situé au sud-ouest de Buenos Aires, dans la petite ceinture de la Capitale. Une course de fond de 10 km y sera organisée. Dans l’après-midi, sont prévus une conférence, un spectacle que donnera une murga uruguayenne et une foire artisanale.

Une course organisée à Mar del Plata rendra hommage à Miguel Sánchez, sportif disparu pendant la Dictature. La disparition des sportifs a fait moins de bruit que celles de très nombreux intellectuels et journalistes (surtout en Europe où la presse s’est focalisée sur les problèmes rencontrés par la presse mais aussi en Argentine), elle n’en a pas moins bel et bien existé cependant. Et c’est assez logique car en Argentine, le sport est beaucoup plus politique, beaucoup plus citoyen qu’en Europe, où ces activités passent au mieux pour de saines distractions, au pire pour un gros magot démagogique à faire fructifier façon panem et circenses romain. A Mar del Plata, les hommages se prolongeront toute la semaine.

Buenos Aires aussi rendra hommage au champion disparu dimanche prochain, avec la Carrera de Miguel (la course de Miguel), qui se déclinera en deux épreuves, une course de fond de 10 km sur un parcours empruntant plusieurs avenues du centre de la capitale et une marche aérobic sur un parcours de 3 km. Les épreuves seront maintenues, même en cas de pluie (2).

Miguel Sánchez était un sportif amateur, champion de course à pied. C’était aussi un poète et un militant politique. Il gagnait sa vie en travaillant dans une banque. C’est la raison pour laquelle la Fédération bancaire s’occupe des inscriptions des participants à la Carrera de Miguel à Mar del Plata. Il a été arrêté chez lui, à Villa España, une bourgade du district de Berazategui, dans la Province de Buenos Aires, le 8 janvier 1978 et on ne l’a plus jamais revu. Il était natif de la ville de Tucumán.

Clarín consacre un article au programme très riche et diversifié de cette journée un peu partout dans le pays.

Voir les autres articles connexes rassemblés sous le mot-clé Histoire (dans la rubrique Quelques rubriques thématiques dans la Colonne de droite ou dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, situé en haut de l’article). On peut aussi se reporter à ceux que j’ai consacrés aux célébrations des 25 ans de la démocratie à la fin de l’année dernière (sous le lien).

(1) Isabel Perón n’est pas tout à fait blanc-bleu dans l’histoire. Pas seulement parce qu’elle avait été amplement prévenue du danger que constituait la nomination à l’Etat-Major du général Videla et qu’elle n’a pas su ou pas voulu entendre ces conseils. Mais aussi parce qu’elle est fortement soupçonnée d’avoir elle-même du sang sur les mains. Elle est très probablement en effet la fondatrice ou la co-fondatrice (avec Perón lui-même dans ce cas) d’une sinistre police parallèle, la Triple A (Alianza Anticomunista Argentina) qui pourchassait communistes, socialistes et autres internationalistes dès 1974, année du retour de Juan Perón en Argentine et au pouvoir. A ce titre, elle fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la justice argentine qui souhaite l’entendre dans l’affaire de la disparition de deux étudiants, sous sa présidence. Ce mandat lui a été notifié à Madrid en 2007 puisqu’elle vit dans la banlieue résidentielle de la capitale espagnole. Mais depuis l’arrivée au pouvoir de Cristina Fernández de Kirchner, qu’on a connue plus combative quand il s’agit de droits de l’homme, elle ne semble plus avoir beaucoup de soucis à se faire. Isabel Perón, malgré toutes ces ombres au tableau, est en effet la toute première femme chef d’Etat argentin (et même sud-américain) et qui plus est, elle a accédé à cette dignité par la voie constitutionnelle. Or, pour sa part, Cristina est elle la première Chef d’Etat personnellement élue à ce poste (et par quelle brillante élection ! 45,29% des voix au premier tour de scrutin), Isabel n’y ayant accédé qu’en qualité de vice-présidente de son mari juste après le décès de celui-ci.
La présidente actuelle, qui a fait réinstaller le portrait d’Isabel Perón dans la galerie des Présidents à la Casa Rosada dès son arrivée au pouvoir, n’a peut-être pas une terrible envie d’être confrontée à cette "prédécesseure" lointaine, ambiguë et plutôt embarrassante.
(2) La formule rituelle à Buenos Aires, c’est l’inverse : "la manifestation sera annulée en cas de pluie". La pluie est fréquente à Buenos Aires, surtout en demi-saison (printemps et automne). La saison la plus sèche, c’est l’hiver. L’été, il règne sur la ville une chaleur humide que les Portègnes eux-mêmes disent accablante.

lundi 23 mars 2009

Aire : le nouveau disque de Me darás mil hijos [Disques & Livres]


Me darás mil hijos (tu me donneras mille enfants) est une orquesta típica hérétique, composée de 10 musiciens, dont la plupart viennent du rock des années 80 et 90. Ils se sont formés en sextuor de tango en 2001, quand le tango a repris du poil de la bête après la mort de Piazzolla et le repousse de l’herbe tanguera dévastée par la Junte militaire de 1976-1983 (1), puis ils ont intégré de nouveaux compagnons au fil du temps.

Les quatre instruments qui fondent la típica sont presque tous là : Federico Ghazarosian tient la contrebasse, Christine Brebes assure la partie du violon et Leonora Arbisser tient à la fois le piano et... l’accordéon qui remplace (ô hérésie !) le bandonéon (donc, seconde hérésie, les deux instruments ne jouent pas ensemble !). Ce coup de canif accordéonesque dans le canon tanguero se reproduit dans la présence de plusieurs autres instruments totalement "déplacés" dans un orchestre de tango : les instruments à cordes pincées que sont le cavaquinho et le charango (2) (Gustavo Semmartín) et aussi le banjo de la country (Rodrigo Guerra et Gustavo Semmartín), la batterie qui vient du jazz ou du rock, tenue par Federico Ghazarosian, et des instruments à vent comme le tuba (Rodrigo Guerra), le trombone (Rodrigo Guerra, Carlos Alvarado et Germán Cohen) et la trompette (Damián Rovner). Ils ont aussi, beaucoup plus traditionnelles, des guitares sèches (Santiago Fernández et Gustavo Semmartín) ou électrique (Gustavo Semmartín) et un chanteur, Mariano Fernández, frère du précédent Fernández qui est aussi guitariste (guitare sèche) (3).

Leur musique est un cocktail déroutant qui les apparente autant au tango qu’à la musique folk ou "ethnique". Ils se disent influencés par des genres aussi variés que le tango, le folk, le rock et la chanson française (ils citent nommément Serge Gainsbourg). En tango, ils citent les noms de Carlos Gardel, Edmundo Rivero (1911-1986) qui fut non seulement un grand chanteur mais aussi un excellent compositeur et un courageux défenseur et promoteur du lunfardo et de l’art populaire le plus authentique à des périodes politiquement difficiles (Edmundo Rivero a à peine joui du retour de la démocratie et de la fin des censures, en 1983), Astor Piazzolla, Aníbal Troilo et Osvaldo Pugliese (donc essentiellement des novateurs à très forte personnalité). Parmi la musique folk qui les marque, ils citent la musique des Balkans, la country états-unienne et la tradition klezmer (dont le rôle dans la genèse du tango est à présent bien connue). Les Beatles, Clash, Johnny Cash et Cure font enfin partie des artistes de rock qu’ils ont inscrits à leur panthéon.

Ils étaient ce samedi 21 mars au CAFF (Club Atlético Fernández Fierro, le siège de la Orquesta Típica Fernández Fierro, il n’a pris du club sportif que sa tradition de convivialité "barrial", de communautarisme de quartier si commun dans les villes argentines). Ils y présentaient à 21h30 leur 3ème disque Aire, qu’on peut trouver à Buenos Aires dans l’espace musical de la librairie Ghandi sur l’avenida Corrientes (20 $ l’entrée avant le concert, 25 le jour même).

Le mieux, si vous n’étiez pas au CAFF en ce premier jour d’automne, c’est de vous rendre sur leur page My Space (mp3 en écoute libre et clips vidéos à regarder gratuitement) ou sur leur site (qui diffuse déjà leur musique mais il faut rester un petit moment sur la page, le temps que la musique se charge et se déclenche automatiquement. Le site est encore en construction...)

Le vendredi 16 mai, ils seront au Teatro IFT, rue Boulogne sur Mer au n° 549, toujours dans le quartier de l’Abasto à Buenos Aires, pour une nouvelle présentation de cet album.

(1) C’est une des tristes conséquences de la personnalité musicale exceptionnelle d’Astor Piazzolla et de circonstances politiques du temps. Il était très difficile à des compositeurs nouveaux de surgir dans le domaine du tango à l’époque où Piazzolla avait atteint son apogée (les années 70 et 80). Son génie de compositeur et d’orchestrateur a tout écrasé autour de lui à une époque où les gouvernements argentins, à la solde des Etats-Unis, cherchaient à faire disparaître cette revendication d’indépendance culturelle qu’a toujours été le tango et à faire place nette au rouleau compresseur des produits culturels en provenance des Etats-Unis (industrie du disque, des séries télé et du cinéma). Comptez qu’en plus, Piazzolla a quitté l’Argentine en 1975, après sa séparation avec Amelita Baltar, sa deuxième femme, et qu’il s’est mis à parcourir le monde où il a joui de toute la liberté de création et de toute la reconnaissance du public dont il avait besoin. C’est le retour à la démocratie, à la fin 1983, qui a permis au tango de renaître peu à peu de ses cendres (au sens propre de l’expression puisque pendant la Dictature, on avait détruit des matrices de disques, des stocks de partitions, des fonds d’éditeur....). Le réveil du tango a eu lieu dans les années 90, à peu près avec la prise de fonction de Carlos Menem à la Présidence de la République. Or Piazzolla est mort, à un peu plus de 71 ans, en 1992.
(2) Cavaquinho et charango : deux instruments dont la forme générale (caisse de résonance, rosace, manche et encordement) rappelle celle de la guitare. Mais ce serait une guitare de taille réduite. Le cavaquinho est un instrument d’origine portugaise qui a gagné le Brésil et le Cap-Vert (on l’appelle aussi braguihna ou ukulélé) et le charango est un instrument adopté par les Indiens du sud de l’Amérique du Sud, sans doute sous l’influence des Jésuites qui ont importé la facture d’instruments dans les territoires que le Roi d’Espagne leur avaient concédés un moment, ces territoires du nord argentin, du Paraguay et du sud de la Bolivie, qu’on appellait les missions ou les réductions jésuites. Les instruments dont ils ont importé les techniques de fabrication étaient essentiellement la viole, le violon, le violoncelle, la guitare et le luth et un certain nombre de flûte, tous instruments que les Indiens ont le cas échéant adaptés à leurs propres usages musicaux. Il existe encore dans ces régions des zones où vivent des Indiens qui ont conservé vivantes les traditions musicales implantées là par la Compagnie de Jésus au 17ème et 18ème siècles, avant que les Jésuites ne soient bannis des terres du Roi d’Espagne, parce que leur activité allaient trop à l’encontre des intérêts économiques de la colonisation et de la monarchie absolue qui régnait alors en Espagne comme en France.
(3) guitarra criolla o/y acústica, c’est la guitare sèche. La guitare électrique se dit guitarra eléctrica.

Exposition sur Gardel artiste de folklore [à l’affiche]

Le Museo Casa Carlos Gardel, installé dans la maison qui fut celle de Carlos Gardel de 1927 à sa mort et où sa mère décéda en 1943, propose, depuis le 19 mars jusqu’au 17 avril, une exposition sur le travail d’interprète et de compositeur de folklore que fut Carlos Gardel jusqu’en 1916, année au cours de laquelle Pascual Contursi apporta au Morocho del Abasto (1) une version à texte de Lita, un tango instrumental composé par Samuel Castriota. Il avait chanté cette nouvelle version à Montevideo, où il se produisait "a la gorra" (sur cette expression, voir Trousse lexicale d’urgence, à droite sur votre écran), et l’avait rebaptisé Mi noche triste. Gardel accepta de reprendre le texte, ce qui calma la colère du compositeur, et fit de cette version chantée un grand succès à Buenos Aires. Dès lors, Gardel commença à chanter du tango, ce qu’il ne faisait pas auparavant, et quitta peu à peu presque complètement le répertoire folklorique.

Les premiers disques de Carlos Gardel (son premier enregistrement date de 1912), sa première tournée internationale en 1915 (Uruguay, Brésil et Chili), ses tournées dans les provinces argentines pendant la Grande Guerre, presque toutes les soirées qu’il a assurées au restaurant El Armenonville à Palermo, depuis son embauche le 1er janvier 1913 jusqu’à la fermeture de l’établissement en 1920... Tout son répertoire d'alors, c’est jusqu’en 1916-1917 exclusivement du folklore hérité d’une tradition venue de la campagne environnante avec l’exode rural des années 1880-1890 et des payadores comme Gabino Ezeiza ou José Betinotti (pour ne citer que les plus connus) et des oeuvres de sa propre composition, seul ou avec ses différents compagnons dont José Razzano.
Gardel et Razzano sont alors souvent compositeurs et auteurs indistinctement et il est parfois difficile de démêler qui a fait quoi, car on ne dépose pas encore les oeuvres dans les genres populaires (la première société de dépôt est fondée par Francisco Canaro en 1918, presque 20 ans avant la fondation de la SADAIC, qui sera l’organisme officiel et définitif en la matière).

Le tango n’est donc arrivé dans le répertoire de Gardel que relativement tard (si l'on prend en considération que sa carrière professionnelle commence vraiment en 1910 ou 1911) et tout de suite, avec un goût très sûr, il s’est appuyé sur de bons poètes et de bons compositeurs avant de se lancer lui-même dans la composition de tango jusqu’à devenir, dans la dernière tournée, son propre compositeur presque exclusif (et en tout cas le compositeur exclusif pour ses films tournés à New York en 1934 et 1935).

C’est donc un Gardel mal connu, presque archaïque, presque un proto-Gardel que le Musée invite à découvrir en ce moment.

Depuis le 12 mars aussi, dans le cycle des expositions consacrés aux auteurs et compositeurs du répertoire de tango de Carlos Gardel, le Musée présente Anselmo Aieta (1896-1964), à qui l’on doit Palomita Blanca, que Gardel lui créa (alors que personne n’en voulait).

Le Museo Casa Carlos Gardel propose aussi une série de cours gratuits :

Chant le mercredi à 18h, par Tito Alonso, qui est le fondateur de la Escuela Gardeliana de Canto (et qui s’est produit lors de la Nuit des Musées le 15 novembre dernier au Museo Casa Carlos Gardel).

Danse (de tango, cela va sans dire), le jeudi à 18h, par le partenaire de Madonna dans Evita (c’est une référence, ça, non ?), Luis Boccia, qui enseigne à la Escuela Nacional Superior de Danzas María Ruanota (IUNA).

Atelier de guitare le vendredi à 18h : les guitaristes y travaillent en ensemble musical et pour accompagner des chanteurs (Carlos Gardel était lui-même guitariste, il s’était longtemps accompagné lui-même à la guitare, jusque vers 1925. A cette époque, il laisse progressivement l’instrument pour se consacrer pleinement au chant et il est accompagné par un groupe de guitaristes, dont trois mourront d’ailleurs avec lui à Medellín).

Et un cours de lunfardo (il faut savoir parler comme lui aussi), le samedi de 16 à 18h, sous la conduite de Laura Pozzis (voir mes articles à ce sujet sous le mot-clé Museo Casa Carlos Gardel, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut de l'article).

Le musée est ouvert tous les jours, sauf le mardi, en semaine de 11h à 18h, le week-end et les jours fériés de 10h à 19h.
L’entrée coûte 1 $ tous les jours, sauf le mercredi où le musée est gratuit.

Le site du musée figure parmi les liens externes, en partie inférieure de la Colonne de droite, dans la rubriques Les institutions.

(1) surnom qu’on avait donné à Carlos Gardel vers 1908 ou 1910 et qu’il garda tout au long de sa vie mais surtout jusque vers les années 20. Le surnom Zorzal criollo l’emporte après, lorsqu’il devient connu à l’étranger. Morocho, morocha, cela s’applique soit aux bruns soit aux mulâtres (sans que cela ait un sens raciste comme notre adjectif "basané"). Le zorzal, c’est un oiseau, un merle gris ou brun réputé pour son chant et auquel on compare facilement un bon chanteur. El Zorzal ou El Zorzal criollo, à Buenos Aires (et ailleurs en Amérique du Sud), c’est Carlos Gardel. Mais d’autres ont eu droit à ce surnom (Tito Reyes par exemple).

samedi 21 mars 2009

Con-vivencia Tanguera avec Cucuza au CCC [à l'affiche]

Affiche du CCC Floreal Gorini (cliquer sur l'image pour obtenir une meilleure résolution)


Ce sera mercredi prochain, dans le cadre du cycle hebdomadaire Tango del Miércoles de la Ciudad del Tango, Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, Corrientes 1543, le 25 mars à 21h30. Entrée : 15 $.

Sous-titrée Los autores de hoy y los de siempre (les auteurs d'aujourd'hui et ceux de toujours), la soirée mêlera des tangos écrits par des grands poètes d'hier (Homero Manzi, Enrique Cadícamo, Homero Expósito, Francisco García Jímenez...) et d'autres écrits par des poètes contemporains dont plusieurs sont déjà présents dans ces colonnes : Luis Alposta, Raimundo Rosales, Alorsa, Juanca Tavera, Juan Cedrón (Tata Cedrón), Fernando Bitter... Côté compositeurs, Hernán Castiello, dit Cucuza Castiello (1) interprètera Aníbal Troilo, Virgilio Expósito, Anselmo Aieta (pour les anciens), Acho Estol, José Teíxido, Alfredo Rubin, Fernando Bitter, Juan Cedrón, Juan Seren (pour les contemporains)...


Sur scène, aux côtés de Cucuza, il y aura son partenaire guitariste attitré, avec qui il se produit en duo le vendredi soir au café El Faro, Maximiliano Luna, dit Moscato Luna (dans la rubrique Quelques quartiers, villes et lieux, cliquez sur Villa Urquiza pour accéder facilement à mes articles sur ces soirées tango de El Faro). Il y aura également Hernán Reinaudo, Fernando Bitter, José Teíxido, Alorsa (qui récitera en ouverture son hymne au tango, Vuelve el Tango) parmi d'autres... J'attends les photos pour vous décrire l'affiche au grand complet.

Cucuza avait déjà annoncé cette soirée sur les ondes de Radio Sentidos, dans l'émission ADN Tango de Claudio Tagini (voir à ce sujet les articles de janvier sur cette émission de radio web du jeudi soir). Quelques semaines plus tard, il mettait ses menaces à exécution en envoyant un mail à une sélection d'auteurs et à ma grande surprise, il m'a même fait l'honneur de me mettre en copie (il sait que quelques uns de ces poètes seront présents dans un prochain recueil que je prépare pour l'année du Bicentenaire, dans environ un an).

Cucuza avait alors arrêté son choix sur Aire sin final de Alfredo Rubin, dit Tape, Boxeador que cae (boxeur au tapis) de Acho Estol, Primavera y Barcelona de Raimundo Rosales et José Teixido, Piove en San Telmo (il pleut à San Telmo) de Luis Alposta et Tata Cedrón, Palabras sin importancia (des mots sans importance) du Tata Cedrón, Milonga en dope (Milonga avec un petit coup dans le nez) de Fernando Bitter et Venganza (Vengeance) de Juan Serén. Cela pour vous donner une vague idée de ce qui se prépare pour mercredi soir.

Dans son mail, Cucuza ajoutait qu'en présence d'une telle brochette de talents toutes générations confondues, il souhaitait "ne pas jouer les crétins de service" et chanterait donc Tibieza (on n'est jamais mieux servi que par soi-même), dont il est l'auteur et le compositeur. Je vous invite donc, en ce jour d'équinoxe, à écouter ce tango (Tibieza, ça veut dire Tiédeur) soit sur la page My Space de Cucuza (le lien est accessible sur la droite de votre écran) soit sur la page que Todo Tango lui a consacrée sous ce lien (Tibieza est tout en bas de la biographie). Ceci dit, vous pouvez aussi accéder à d'autres documents concernant cet artiste sur Todo Tango grâce à cet autre lien qui vous donnera une vue globale, avec entre autres les textes des tangos publiés à ce jour sur ce site et dont Cucuza est l'auteur-compositeur.

Pour la plupart des artistes nommés dans cet article, vous pouvez trouver leurs sites dans les liens externes rassemblés dans la Colonne de droite, sous la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales (mais ni Luis Alposta ni Juan Cedrón n'y figurent). Presque tous les artistes (y compris Luis Alposta et Juan Cedrón) ont désormais au moins un article dans Barrio de Tango. Pour y accéder, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search...

En ce qui concerne Alfredo Tape Rubin, dont Barrio de Tango reparlera en mai pour la présentation de son nouveau disque, Lujo total, prévue au CAFF, voici d'ores et déjà son site Internet, ainsi que la page My space de Juan Seren, où vous pouvez l'écouter dans six morceaux de sa composition.

(1) Cucuza en lunfardo, ça veut dire tête, caillou, ciboulot. Il vous suffira d'un coup d'oeil sur l'affiche pour comprendre pourquoi...

Festival de la Chanson Sociale à ECuNHi [à l'affiche]




L'Espace Culturel Nos Enfants (Espacio Cultural Nuestros Hijos), fondé par l'Association Madres de Plaza de Mayo, est le cadre, d'aujourd'hui à mardi prochain, d'un festival de la chanson engagée alors que la Justice fixe une date de tenue du procès de plusieurs represores (bourreaux) ayant exercé leur sale besogne pendant la Dernière Dictature Militaire (1976-1983) dans le centre de détention et de torture clandestin qu'était l'ESMA (l'Ecole supérieur de mécanique de la Marine), aujourd'hui transformée en centre de mémoire et des droits de l'homme sous le patronage de l'UNESCO (voir mon article précédent à ce sujet).

Au cours de ce festival, le musicien Juan "Tata" Cedrón se produira avec son quatuor. Buenos Aires Negro est aussi aa programme. Il y aura aussi des groupes d'art communautaire, une troupe de théâtre et une murga. Ce type de forme artistique est très fréquente à Buenos Aires, elle fait partie d'une expression politique de la base qui nourrit la militance de tous les jours.

Les soirées commencent à 18h les quatre jours. Mardi sera célébré le Jour National de la Mémoire pour la Vérité et la Justice.

Le procès de l'ESMA s'ouvrira en octobre prochain. Il concerne 18 accusés parmi lesquels deux barbouzes particulièrement représentatifs des horreursde la Dictature : Jorge "El Tigre" Acosta et Alfredo Astiz surnommé El Cuervo (le Corbeau) et que nous avons connu sous le nom d'Ange blond de la Mort. Son supérieur hiérarchique, Acosta, a été quant à lui surnommé La bête fauve (el Tigre). Ils devront répondre notamment de la disparition de fondatrices du mouvement Madres de Plaza de Mayo, du journaliste Rodolfo Walsh et de deux religieuses françaises, pour les meurtres desquelles ils sont aussi dans le collimateur de la justice française.

Vous pouvez lire dans Página/12 de ce jour, l'article sur l'ouverture du Festival de la chanson engagée, le programme des quatre jours et le prochain procès de l'ESMA.

Décès d'Arturo Peña Lillo [Disques & Livres]

Affiche du dîner d'hommage donné le 4 septembre 2006 pour Arturo Peña Lillo au CC Torcuato Tasso
C'est un grand éditeur et un grand défenseur de la culture rioplatense qui vient de disparaître à l'âge de 91 ans. Il était né à Valparaiso, au Chili, le 30 août 1917 et était arrivé en Argentine à l'âge de 2 ans.

Arturo Peña Lillo avait édité les penseurs fondateurs de l'idée nationale argentine que furent Arturo Jauretche (13 novembre 1901 - 25 mai 1974) et Raúl Scalabrini Ortiz (dont on fête cette année en Argentine le cinquantenaire de la mort, voir mon article à ce sujet). Il a aussi publié l'historien contemporain, Norberto Galasso, qui s'est penché sur leur oeuvre et leur influence sur la vie politique et culturelle du pays.

Arturo Peña Lillo était aussi l'éditeur du premier livre d'histoire (au sens propre de ce mot) qui ait été écrit sur le tango, El tango, su historia y evolución, un essai d'une centaine de pages publié en 1960 par Horacio Ferrer. Avant la publication de ce livre qui applique pour la première fois au tango la méthode historique de la critique des sources, il n'y avait que des ouvrages de souvenirs et d'anecdotes sur le genre et sa genèse. Dans ce livre, Horacio Ferrer, qui vient d'une famille appartenant à la très bonne société tant de Buenos Aires que de Montevideo, ose écrire que la culture pseudo-européenne des élites rioplatenses est creuse et ennuyeuse et que l'expression artistique et culturelle authentique de ce coin de la planète, c'est le tango, un genre que l'élite tenait pour mineur et même pour méprisable, qui n'avait pas le droit de citer ni à l'Université ni à l'école, qui paraissait dénué du moins intérêt pour ce qui s'appelait la Culture et qui ne reconnaissait que les noms de Mozart, Shakespeare, Racine, Molière, Goethe, Kant et Bach. En 1960, cette affirmation, qui nous paraît aujourd'hui, à nous Européens, une évidence de Monsieur de Lapalisse, avait déclenché des réactions très vives.
Arturo Peña Lillo le 4 septembre 2006 au CC Torcuto Tasso avec le couple qui assurait l'animation chorégraphique de la soirée.

La maison d'édition d'Arturo Peña Lillo a été depuis rachetée par Ediciones Continental. De maison d'edition, APL est devenue une collection, que dirigeait son fondateur. C'est d'ailleurs en cette qualité de directeur de collection qu'il avait réédité récemment El tango, su historia y evolución et fait paraître les deux volumes des letras d'Horacio Ferrer écrites sur ou pour des musiques de Astor Piazzolla. C'était aussi cette maison d'édition qui a réédité en 1999 Romancero Canyengue, toujours de Horacio Ferrer, son premier recueil de poèmes, édité en 1967 chez Tauro, le recueil qui avait donné envie à Astor Piazzolla de s'associer au poète uruguayen pour révolutionner l'esthétique du Tango-canción de cette fin des années 60 (une vieille idée d'Horacio Ferrer qui travaillait son ami au corps pour le convaincre de donner plus au tango à texte, alors qu'il composait surtout de la musique instrumentale depuis son retour de Paris et sa réconciliation avec le tango en 1955). Les deux hommes s'étaient rencontrés à Buenos Aires en 1947 (Piazzolla était un bandonéoniste et compositeur inclassable de 26 ans et Horacio Ferrer un adolescent de 14 ans plein d'ambitions et de curiosités artistiques tous azimuts et affectivement partagé entre Montevideo, sa ville natale, et Buenos Aires, où vivait sa famille maternelle, les Ezcurra). Horacio Ferrer envoya en cadeau son recueil à Piazzolla qui le découvrit poète en ouvrant le livre et le contacta aussitôt : il venait enfin de découvrir l'auteur avec lequel il voulait faire cet opéra-tango dont l'envie le tenaillait depuis des années, cette oeuvre théâtrale qui serait à Buenos Aires ce que West Side Story est à New York. Et ce fut María de Buenos Aires, qui a été créée à Buenos Aires en 1968 et a été assez mal reçue de prime abord par le public et encore plus par la critique, qui n'y a rien compris. Tout le monde s'est rattrapé depuis heureusement...

Aujourd'hui, beaucoup des auteurs politiques publiés par Arturo Peña Lillo (par exemple, Arturo Jauretche, un militant radical, ami de Homero Manzi et co-fondateur avec lui de la FORJA, mouvement politique nationaliste qui s'opposait radicalement aux politiques d'asservissement de l'Argentine aux puissantes commerciales de la Grande-Bretagne puis des Etats-Unis pendant la Década Infame, et Norberto Galasso) figurent maintenant au catalogue de Corregidor (voir la rubrique Les commerçants du quartier, en partie inférieure de la Colonne de droite). Et le président actuel de Corregidor, Don Manuel Pampín, éditeur aujourd'hui de Horacio Ferrer, Luis Alposta, Héctor Negro, Enrique Cadícamo (1900-1999), Homero Manzi (1907-1951), Homero Expósito (1918-1987) pour n'en citer que quelques uns, fait partie des rédacteurs du dossier d'hommage que le quotidien Página/12 rend aujourd'hui à celui qu'il nomme "El último Quijote de los editores".

Le combat culturel de Arturo Peña Lillo lui a valu de nombreux ennuis sous la dernière dictature, il a eu en particulier plusieurs de ses livres brûlés dans des autodafés d'un autre temps...
Les photos sont extraites du site Pensamiento nacional.

L'article principal de Página/12 par Silvina Friera
L'hommage de Manuel Pampín, sous le titre Trabajo de hormiga (travail de fourmi).
Norberto Galasso lui aussi lui rend hommage, ouvrant son article sur cette définition :
"Fue un baluarte del pensamiento nacional a quien recurrimos, durante largos años, todos aquellos a los cuales nos esquivaban las grandes editoriales al servicio del pensamiento de la clase dominante".
(Norberto Galasso)

Il a été un pilier de la pensée nationale auquel nous avons eu recours, pendant de longues années, nous tous qu'évitaient soigneusement les grandes maisons d'édition au service de la pensée de la classe dominante.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Les photos sont extraites du site Pensamiento nacional.

C'est le printemps [Troesma]


21 mars : c'est le printemps. Les cerisiers japonais sont en fleurs depuis quelques jours. Dans Paris intra-muros, les marronniers éclosent leurs bourgeons aujourd'hui même. Les chocolats de Pâques viennent de faire leur apparitions dans les vitrines de boulangers et des pâtissiers. Il fait beau. Bref, c'est le printemps et pour une fois il est à pile à l'heure.

Barrio de Tango s'aligne donc sur le calendrier et propose à ses lecteurs de partir grâce à Todo Tango aux antipodes pour un peu plus de 6 minutes de musique saisonnière avec cet Otoño Porteño de Astor Piazzolla, dans l'interprétation du Trío Las Rositas, un groupe de musiciennes de Córdoba qui ont fourni le sujet d'un des tout premiers articles de ce blog. C'était en juillet 2008 dans la rubrique Disques & Livres. Mais vous pouvez aussi retrouver l'article à travers les raccourcis Les musiciens et Academia Nacional del Tango ou en tapant leur nom dans le moteur de recherche interne situé en haut à gauche (buscador arriba izquierda, searching engine up left).

jeudi 19 mars 2009

Festival internacional de Tango de Granada [ici]


Du 31 mars au 5 avril, aura lieu à Grenade dans le sud de l'Espagne le 21ème festival international de Tango. Le Festival Internacional de Tango de Granada est le tout premier festival de tango qui soit digne de ce nom et qui se soit monté en dehors de la patrie du tango (Argentine et Uruguay). C'est le doyen des festivals tangueros d'Europe. Et il s'agit d'un vrai festival avec un programme très complet avec concerts, rencontres littéraires (on est en terre hisponophone), colloques, dialogues artistiques entre musiques d'origine différentes, stages et spectacles de danse, milongas...

A l'inverse des tout prochains festivals de Paris, Bruxelles, Bâle et Turin qui sont essentiellement l'affaire de professeurs de tango exerçant sur place et de passionnés animés d'une immense volonté mais peu outillés, le Festival Internacional de Tango de Granada est une manifestation on ne peut plus officielle, organisée par une agence de spectacle, Andart Producciones Culturales, qui dispose donc de ressources techniques et logistique d'une toute autre ampleur. Le Festival, dirigé par Horacio Rébora, a l'appui de la Mairie de Grenade qui a consacré un budget de 90 000 € cette année à la manifestation et celui de la Junta de Andalucía, l'entité politique régionale à laquelle appartient la ville de Grenade. C'est un festival qui est du niveau de celui de Buenos Aires. Et pourtant de toutes les manifestations de ce début de printemps en Europe, c'est celle qui connaît le plus de problèmes avec son site. Si jamais le lien que je vous joins ici ne marchait pas correctement, cliquez sur l'ouverture via le cache Google qui devrait vous être proposée. En espérant que ça marche un peu mieux comme ça.

Andart Producciones Culturales organise aussi le Festival de Sagunto, qui a eu lieu le mois dernier, les 20 et 21 février, le Festival de Lanjarón, celui de la Costa del Sol, celui de Almería et celui de Jerez de la Frontera (tout ça; c'est l'Andalousie).

Parmi la soixantaine d'artistes attendus cette année à Grenade, on compte parmi les Argentins le danseur Miguel Angel Zotto, le chanteur Caracol, l'auteur compositeur interprète Carlos Andreoli, Graciela Novellino, le pianiste Cristian Zárate, le chanteur et auteur-compositeur Guillermo Fernández (qui vient de sortir un disque sur lequel il marie le tango et la musique gitane notamment andalouse). Des artistes viendront aussi de Colombie, du Danemark, de Finlande, de Suède, du Japon et bien sûr il y aura aussi des musiciens locaux, en particulier des artistes du flamenco (qui a sa part dans la naissance du tango, notamment le canto jondo, qui est une des manières de chanter le flamenco. C'est même du flamenco que vient très vraisemblablement le nom lui-même du tango, nom qui a sans doute été emprunté à l'un des modes du flamenco très en vogue au 19ème siècle. Vers 1870 à Buenos Aires, on distinguait le "tango criollo", qui a donné ce qu'on appelle aujourd'hui le tango, et le "tango andaluz", qui désignait cette forme du flamenco).

La soirée d'ouverture est confiée à un ensemble d'artistes suédois et argentins vivant en Suède...

Beaucoup de manifestations auront lieu au Teatro Isabel La Católica, mais le Festival se répandra aussi dans les quartiers et à l'Université qui est co-organisatrice comme la Junta et la Municipalité. Une rencontre autour de l'influence du poète andalou Federico García Lorca sur l'univers esthétique du tango devrait se tenir dans les locaux universitaires. Federico García Lorca a fait un voyage à Buenos Aires en 1932 et son passage a beaucoup marqué les poètes de l'époque, notamment quelqu'un comme Enrique Santos Discépolo, anarchiste lui aussi, et jusqu'aux poètes argentins d'aujourd'hui.
Horacio Ferrer, Président de la Academia Nacional del Tango et prestigieux auteur s'il en est, devrait être là comme tous les ans (il aime beaucoup cette manifestation et visite aussi très souvent l'Espagne où il a passé trois semaines au mois d'octobre dernier à tourner dans toute la Péninsule pour présenter le disque María de Buenos Aires Suite). L'année dernière, il avait présenté son Teatro Completo (Editorial del Soñador) le 6 avril dans ce cadre grenadin.

Francofolies Tango [ici]

En ce début de printemps, Bruxelles (du 2 au 6 avril) et Paris (du 3 au 5 avril) se mettent au tango-baile à haute dose. Bâle (pas vraiment francophone, mais c'est quand même tout près de la Suisse Romande) s'y met aussi du 9 au 13 avril et, comme je l'avais déjà annoncé dans ces colonnes le 20 février dernier, Beyrouth, certes naturellement plus arabophone que francophone, enchaînera du 23 avril au 3 mai. Que demande le peuple ?

A Paris (je le rappelle pour mémoire), il s'agit des 3 jours intitulés 15ème Festival Couleurs Tango Paris, avec 24 cours de danse à trois niveaux techniques (de débutant à avancé) par 4 couples de professeurs et avec 2 ateliers de musique (mais la publicité est faite sur le nom des profs de danse et celui d'un orchestre argentin, très bon, Vale Tango, qui vient d'annuler et que l'organisateur, Le Temps du Tango, a remplacé in extremis par un quatuor néerlandais) (1).

Capture d'écran du site Brussels Tango Festival.
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

A Bruxelles, le Brussels Tango Festival invite 7 couples de professeurs. L'un vient de Buenos Aires. C'est Horacio Godoy, le DJ de la milonga la Viruta, dont j'ai parlé récemment parce qu'il était au Sommet de Bariloche au début de ce mois, et sa partenaire Cecilia García. C'est leur deuxième participation à ce festival. Deux autres sont argentins et se produisent beaucoup à l'étranger tout travaillant aussi à Buenos Aires, avec El Arranque par exemple ou au sein de l'équipe organisatrice du Festival Cambalache. Il y aura aussi l'organisateur du prochain (et premier) Festival de Beyrouth, Mazen Kiwan, qui enseigne à Paris tout au long de l'année et qui aura pour partenaire Sigrid Van Tilbeurgh. Parmi les professeurs invités, notons aussi Marisa Van Andel et Oliver Koch, tous deux Européens, exerçant à Bruxelles et emmenant leurs élèves un peu partout en Europe pour des stages résidentiels intensifs. Il m'arrive de parler d'eux dans Barrio de Tango (voir leur site sur le côté de l'écran, dans la rubrique Eh bien dansez maintenant).

Au cours de ce festival, il y aura des bals avec démonstrations en divers lieux de la ville, dans le centre historique et dans les quartiers plus excentrés, Mollenbeek par exemple. Concentrée sur le week-end, une ribambelle de stages (42 sessions d'une heure et demie chacune), dont la plupart ont déjà fait le plein d'inscriptions. L'enseignement se fait sur 3 niveaux : intermédiaire, avancé et master(il n'y a que deux cours réservés aux débutants, par Marisa et Oliver, les locaux de l'étape).

Le prix est dégressif (20 € pour un cours, 18 € par cours à partir de 6 cours et 15 € à partir de 9). Tout se passera dans les trois salles de la Tanguería, donc chez Marisa et Oliver.
Place Getry, il y aura un Apéro-Tango le vendredi et le samedi de 18h à 20h.
Un concert gratuit sur la Grand-Place (l'un des symboles de la capitale belge), le samedi à 18h, avec neuf musiciens sur scène, les 7 instrumentistes de l'Ensemble Hyperion, un groupe de tango italien fondé en 1992 (dont voici le site) et deux Argentins, Franco Luciani à l'harmonica et Alfredo Marcucci au bandonéon.

Le Brussels Tango Festival est organisé par l'Association sans but lucratif (Asbl) Alma del Sur. Cette année, c'est la 5e édition (le Festival s'est tenu pour la première fois en 2005).

A Bâle, en Suisse (Bassel), se déroulera (en allemand), du 9 au 13 avril, un festival avec beaucoup de cours donnés par 7 couples de professeurs (européens) sur 4 lieux différents dans Bâle et sur 4 niveaux, de faux débutant (au bout d'un an de cours) à professionnel. Donc le niveau 3, contrairement à ce qui se fait souvent en France, est un vrai niveau avancé où il ne s'agit pas de s'inscrire en ayant surestimé son niveau. Il y aura un concert avec le groupe européen Tango for 3, un show avec des danseurs européens sur des musiques de Piazzolla au théâtre de Bâle, trois milongas au cours de la manifestation (dont une accompagnée par l'orchestre international Silencio) et un documentaire, filmé par des Européens, sur la confrontation dans des décors portègnes entre tango salón traditionnel et tango nuevo sur de la musique électronique (une idée typiquement européenne, pour les Argentins, la comparaison leur vient peu à l'esprit, la majorité d'entre eux estimant que l'un n'a rien en commun avec l'autre).

La manifestation est organisée par une école de tango de la ville suisse, la Tango Schule Basel, de Romeo Orsini et Cecile Sidler (dont le site se trouve sous ce lien).

Pour le tango en Suisse Romande, consulter le blog de Luis Lazaro, tangosr, dans la colonne de droite (rubrique Eh bien dansez maintenant).


Il y aura aussi en Italie, à Turin, donc tout à fait hors de la Francophonie, un festival, qui se déroulera lui aussi du 9 au 13 avril. Cette manifestation est organisée par deux professeurs, Marcela e Stefano, qui ont invité 6 couples de professeurs, que l'on voit partout dans ce type de rassemblement, avec l'ensemble Hyperion et la Orquesta Típica Mina (voir le programme en italien ou en anglais sous ce lien). La fête d'ouverture aura lieu au Teatro Colosseo avec tous les professeurs sur scène et l'ensemble Hyperion, elle sera suivie d'une milonga à 22h30. Sont programmés 45 cours de tango, bals et milonga de 1h30 et 8 cours (centrés sur des points techniques très précis) de 60 minutes.

Le cours seul set 30 €. Un cours pris dans le cadre d'un abonnement revient à 18 €. Il y a 5 niveaux, du faux débutant (6 mois de cours minimum) au professionnel. 7 cours ont déjà fait le plein d'inscriptions.
Pour le logement des participants, le Festival a conclu un partenariat avec le Méridien Lingotto. A Turin,on doit pouvoir trouver moins cher (et moins luxueux mais peut-être aussi confortable) puisque la ville a récemment accueilli les Jeux Olympiques d'Hiver (il serait étonnant que le parc hôtelier n'ait pas profité de cette manne pour s'améliorer encore). Ce festival en est à sa 9ème édition.



(1) Quand il s'agit de tango-baile à Paris, j'ai trois raisons très simples pour ne pas m'étendre.
La première, c'est qu'il y en a beaucoup à Paris, avec une qualité qui n'est pas toujours au rendez-vous (et c'est une autre histoire). Du seul fait de cette quantité, l'internaute se retrouve devant un choix pléthorique dans lequel il doit séparer le bon grain de l'ivraie, or ce n'est pas Internet qui exemptera l'homme d'exercer son sens critique en la matière. Dans la Colonne de droite, j'ai disposé des liens vers des professeurs qui exercent à Paris et sur la qualité et l'authenticité desquels je peux m'engager parce que j'ai suivi des cours chez eux et aussi à Buenos Aires et que je peux donc dire que leur enseignement est fidèle à ce qui existe là-bas.
La seconde raison est statistique. En Europe, la majorité des Francophones vivent en France : un peu plus de 60 millions d'habitants, contre 7,5 en Suisse (Romands, Allémaniques et Italianophones confondus) et 10 en Belgique, qu'il s'agisse de flamands, de Bruxellois, de Wallons ou de Germanophones. Donc sur un moteur de recherche en français, le résultat mettra en avant ce qui se passe en France. Et comme en France, Paris écrase les autres villes, ce qui se passe à Paris sortira en position privilégiée. Donc il n'est pas difficile de trouver une réponse.
Et la troisième raison découle des deux précédentes : mon temps et mieux employé à parler de choses dont on parle moins. Dans la pampa du tango, il y a de la place pour tout le monde...

mercredi 18 mars 2009

Début de l’atelier d’écriture de Raimundo Rosales le 23 mars [actu]

Photo tirée de la page My Space de Raimundo Rosales. Raimundo au micro, Cucuza pensif...

Dans mon article sur le programme des centres culturels de la Ville de Buenos Aires en 2009, j’avais notamment cité des ateliers d’écriture. Souvent il s’agit de taller de letristas, c’est-à-dire qu’il s’agit d’apprendre à écrire un texte de chanson.

Le poète et journaliste Raimundo Rosales, dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois dans ces colonnes (cliquer sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search), entame lundi prochain le cycle 2009 de l’atelier qu’il anime au Centre Culturel du quartier de Collegiales, un quartier dont j’ai peu l’occasion de parler mais qui devrait arriver bientôt au programme de Tango City Tour, la première émission par podcast qui ait été consacrée sur le Net au Tango argentin (voir leur site dans la rubrique Ecouter, sur la droite de votre écran) (1).

Le CC Collegiales se situe rue Conde 943. L’atelier, qui se tient le lundi de 18h30 à 20h30, est ouvert à toutes les personnes intéressées, avec ou sans connaissance musicale préalable. Et Raimundo fera travailler l’écriture pour le tango, pour le folklore et pour le rock, ce qui en Argentine participe du même processus esthétique : construire l’identité culturelle de ce pays fondé par des immigrants d’assez fraîche date, donc encore très marqués par la multiplicité de leurs traditions ancestrales.

Voilà le programme pédagogique qu'il propose :

Structure et langage
Parolier de chanson - ressources et techniques
Le travail avec le musicien - Analyse de divers auteurs
Comment raconter une histoire - le point de vue
Créer un personnage - Unité du discours
Exercice de créativité - Maîtrise du langage
Utiliser la métaphore et les autres figures de style - Les lois de la pésie
Rimes internes - la musique des mots
le sonnet - le haïku (2) - la copla (2)

Où l'on voit que la gratuité ne rime pas avec amateurisme et diletantisme à Buenos Aires !

J’aurai l’occasion de reparler très prochainement de Raimundo, dont j’ai eu l’honneur et le plaisir de faire la connaissance en août, à la soirée Encuentro de Poetas qui s’est tenue à la Academia National del Tango (3) pendant le Festival de Tango de Buenos Aires (voir rubrique Grands Rendez-vous du Tango, dans la Colonne de droite). Raimundo Rosales sera un invité d’honneur d’une soirée du cycle Tango del Miércoles, au CCC Floreal Gorini, la semaine prochaine, une soirée confiée par Walter Alegre à Cucuza. E vous allez voir, on va y retrouver du beau monde. Je n’en dis pas plus parce que ce soir, c’est la soirée à Violentango. Alors chaque chose en son temps...

D’ici là, allez donc découvrir Raimundo Rosales sur sa page My Space (ça vous permettra de vous mettre au moins une petite dose de Cucuza entre les deux oreilles) ou sur Todo Tango ou en reprenant dans vos archives un bon vieux numéro du magazine Toutango où Solange Bazely nous présente sa traduction de Tango et mugre (Toutango n°16, juillet-septembre 2008, p 37).

Les inscriptions à l’atelier de Raimundo Rosales comme à toutes les autres activités gratuites de ce programme de quartier se terminent ce vendredi qui vient. Les activités démarrent dès lundi.
Finies les vacances (pour Raimundo). Vivent les loisirs d’après le turbin (pour les élèves) !

(1) En 2009, les deux animateurs du podcast, Juan Espósito et Mabel Pramparo se sont lancés dans la visite des 48 quartiers que compte Buenos Aires et ils les présentent un à un, dans l’ordre alphabétique, de semaine en semaine. Ils viennent d’arriver à la lettre C.
(2) le haïku est une forme de poésie venue du Japon (un poème extraordinairement court et très intense). La copla est une forme de la tradition de la chanson populaire hispanique caractérisée par la formation de couplets en quatrains.
(3) Raimundo Rosales est depuis peu membre de cette honorable institution présidée par Horacio Ferrer, auquel il a dédié un tango que Raúl Garello a mis en musique... Voir les articles sur la
Academia Nacional del Tango sous ce lien. Raimundo est aussi chroniqueur dans la revue dirigée par Héctor Negro et Eugenio Mandrini, Tango, Buenos Aires y lo demás (voir mon article sur la présentation de leur dernier numéro ici)

Nationalisation de l’ex-Area Material Córdoba [actu]

La Présidente de l’Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, vient d’annoncer sa décision de nationaliser l’ex-Area Material Córdoba, à l’ouest du pays, une ancienne usine aéronavale et automobile, cédée en concession à Lockheed en 1994, sous la présidence de Carlos Menem (sous le mandat en Argentine : mandato).

Cette entreprise, fondée en 1927, avait développé et produit toutes sortes de moteurs et d’engins motorisés volant ou roulant, à usage civil et à usage militaire, dont des avions sous brevet argentin, les Pulqui I et II, le Pucará et le Pampa et une gamme de motos, baptisées Puma. A ce titre, la Area Material Córdoba avait été un fleuron de cette industrie nationale que s’étaient efforcé de développer les gouvernements nationalistes des années 10 et 20 et du début de la guerre froide (1). La Dictature avait fait arrêter toutes les activités de production. La Area Material Córdoba fut alors réduite à une entreprise de maintenance aéronautique. Ensuite, le second président de la démocratie, Carlos Menem, avait cédé l’entreprise à la société nord-américaines Lockheed, pour y assurer la maintenance de la flotte militaire. Le projet du missile Condor avait été stoppé net du seul fait de la remise de l’entreprise à une société étrangère. En 2004 cependant, Lockheed a repris la production des avions Pampa, mais sous son pavillon, qui n’est pas exactement argentin...

Aujourd’hui, l’entreprise cordobaise emploie 1 100 personnes.

La Présidente actuelle, qui est une péroniste pur sucre (2) (3), affirme aujourd’hui qu’il a existé (sous Menem) "une politique visant délibérément à dépouiller le pays de ses capacités industrielles qui visaient à assurer son autonomie économique", afin de le réduire à un rôle de producteur de matières premières agricoles et de services (4). Pour l’Argentine, c’est donc un enjeu de souveraineté nationale (de décolonisation au sens profond du terme) qui se joue sur le terrain économique (lire à ce propos les articles sur Carlos Menem). Et c’est pourquoi Cristina Fernández investit autant d’énergie dans ces enjeux. Qui plus est, ce faisant, elle rend à de très nombreux Argentins une vraie fierté d’appartenance à la Nation. Les Argentins n’ont pas seulement souffert des conséquences matérielles et financières du Corralito de décembre 2001 (l’effondrement du système monétaire et de toute l’économie nationale). Ils se sont aussi sentis profondément humiliés devant l’opinion publique mondiale qui a assisté à la déconfiture du pays et encore plus peut-être par le FMI, qui a imposé au pays des solutions extérieures désastreuses. (5)

La Présidente va donc très prochainement envoyer au Congrès un projet de loi de nationalisation après que cette opération ait été négociée par la Ministre de la Défense, Nilda Garré, avec Lockheed qui accepterait de vendre ses actifs pour un prix que la Cour des Comptes argentine (Auditoria General de la Nación)a estimé à 67 millions de pesos. La Présidente l’a promis : cette nationalisation n’est ni une nationalisation-confiscation à la mode Chavez (ou Nasser) ni une nationalisation hostile comme celle, toute récente, d’Aerolineas, homérique bataille entre l’Etat argentin et la société espagnole Marsans. Il s’agirait cette fois bel et bien d’une solution négociée de bonne foi de part et d’autre.

Côté argentin, l’idée est de récupérer la capacité industrielle de cette infrastructure pour limiter, en ces temps de crise mondiale, la dépendance nationale vis-à-vis de l’extérieur (substituer aux importations une production intérieure) dans un secteur où l’Argentine avait déjà su démontrer son degré d’excellence. L’entreprise publique pourra prendre en charge la maintenance de la nouvelle flotte d’Aerolineas et accueillir le nouveau centre de formation continue des pilotes de ligne de la compagnie désormais publique (alors que ces personnels hautement qualifiés sont contraints actuellement de se maintenir à niveau à l’étranger). Il est question que, pour cette opération, l’Argentine s’allie avec l’entreprise brésilienne Embraer et l’entreprise chilienne Enaer pour développer des convergences régionales.

Le marché commun sud-américain est encore balbutiant mais le développer est un autre axe de la politique kichneriste (ou kichnerienne, comme vous voulez, en année électorale, cela revient au même). Néstor Kirchner, mari de la Présidente et son prédécesseur à la Casa Rosada, visait d’ailleurs l’année dernière la Présidence d’une des instances multilatérales du sous-continent, mais sa candidature a été repoussée par le Président uruguayen, Tabaré Vázquez, qui n’a guère apprécié la manière dont Kirchner a géré en son temps le contentieux argentino-uruguayen concernant Botnia, une papeterie finlandaise installée sur la rive est de l’Uruguay et accusée par les Argentins (rive ouest) de mettre en danger l’équilibre écologique de la zone et du fleuve.
Lire l'article de La Nación et celui de Página/12 de ce jour.
(1) Les gouvernements radicaux (UCR) de Hipólito Yrigoyen (1916-1922 puis 1928-1930) et Marcelo T. de Alvear (1922-1928), puis plus tard le gouvernement de Juan Perón (1946 - 1955).
(2) Elle mène ou entend mener une politique de développement de l’indépendance économique, d’extension des droits sociaux et de l’Etat-Providence et comme en sa qualité d’avocate elle a lutté pour la démocratie sous et après la terrible Dictature de 1976 à 1983, elle ajoute à ces deux fondamentaux du péronisme le développement des Droits de l’Homme, en Argentine et dans le monde. En tous ces domaines, elle s’oppose à ce qui fut la politique de Carlos Menem, qui se réclamait lui aussi de Perón mais a conduit une politique à l’inverse des principes péroniens : vente ou cession (qui plus est à prix dérisoire) des fleurons de l’économie nationale (les plus représentatifs étant l’YPF, la société pétrolière nationale, et Aerolineas Argentinas, la compagnie de transport aérien, tout récemment revenue dans le giron de l’Etat, voir mes articles sous le lien), destruction du modeste système de protection sociale existant par l’institution d’un régime de base de retraite par capitalisation au détriment du régime par répartition resté rachitique, institution d’une parité du peso avec le dollar US sans aucun rapport avec les réalités économiques du pays...
(3) "Pur sucre » (100 pc azucar) : se dice para significar que alguien o algo coincide plenamente con su definición, que está sin mezcla, sin mestizaje, franco y recto. Igual se dice "100% pur beurre" - 100 pc manteca (significa lo mismo). Ese turno se refiere a la propaganda de marcas alimenticias sobre la calidad de sus productos y sus recetas auténticas.
(4) Aujourd’hui l’Argentine est un très puissant acteur sur certains marchés agricoles mondiaux (soja, blé, lait, viande, entre autres). Pour les marchés du soja et des céréales, c’est un pays décisionnaire au niveau mondial. L’agriculture fournit 10% du PIB argentin. L’Argentine est aussi un pays de services pour 50% de son PIB mais cela place le pays à la merci d’entités (pays ou zones de libre échange, comme l’Union Européenne) économiquement plus puissants : être un pays de services quand on est un pays émergent, c’est souvent être un pays récepteur d’activités délocalisées, donc considérées comme peu stratégiques ou à faible valeur ajoutée (externalisation de gestion, de hot-lines, de l’informatique, etc.) et dépendre d’investisseurs étrangers.
(5) Or tout ce qui est imposé de l’extérieur est vécu en Argentine sur le modèle de l’administration coloniale. Or l’Argentine est très jalouse (et il n’y a pas qu’elle) de son indépendance, chèrement acquise et bon an mal an maintenue depuis 1810.