lundi 23 mars 2015

Une rentrée sous le signe du passage à l'immortalité [à l'affiche]

Comme le disait si bellement notre si regretté Horacio Ferrer,

"le 24 juin 1935, la seule expérience qu'il lui restait à vivre, c'était mourir et renaître."
(traduction © Denise Anne Clavilier)

El 24 de junio del 1935,
la única experiencia
que le quedaba por vivir
era morir y renacer (1)

Au mois de juin, l'Argentine et une bonne partie de l'Amérique latine va fêter (je dis bien fêter et non pas commémorer) le passage à l'immortalité (c'est l'expression requise) de Carlos Gardel.


Le musée qui porte son nom à Buenos Aires et qui est installé dans les murs de la maison qu'il habita dans la capitale argentine ouvre donc la saison, ce jeudi 26 mars 2015, à 18h30, par une conférence sur le départ de Carlos Gardel de New-York à la fin mars 1935. Il aurait voulu emmener avec lui sur la fin de sa tournée mondiale un jeune bandonéoniste rencontré dans le port nord-américain, un certain Astor Piazzolla. Le père s'y opposa, il trouvait son fils trop jeune pour partir seul, sans ses parents, sur les routes du monde...

Carlos Gardel devait périr, le 24 juin, à Medellín, dans une collision d'avions au sol. Et avec lui presque toute son équipe, à l'exception de deux hommes qui survécurent quelques années.

Jeudi, c'est le journaliste et critique musical uruguayen Alfredo Dighieri qui nous racontera cet épisode crucial de cette tournée triomphale et fatale. Alfredo Dighieri s'est fait connaître par son émission de radio, Así es Carlos Gardel (Portrait de Carlos Gardel).

Entrée libre comme d'habitude, Museo Casa Carlos Gardel, rue Jean Jaurès 735.



(1) Buenos Aires es Gardel, Elogios al Rey del Tango, textes de Horacio Ferrer, photographies de Rafael Wollmann, Editorial Atlandida, 1995, p 54

dimanche 22 mars 2015

Página/12 émet deux hypothèses sur l'affaire Nisman [Actu]

Ce matin, sous la plume de Raúl Kollmann, chroniqueur judiciaire, et de Horacio Verbitsky, l'un de ses principaux grands reporters et éditorialistes depuis la fondation du quotidien (1), Página/12 met à mal un certain nombre de thèses de la partie-civile dans l'enquête sur la mort suspecte du procureur Nisman, le 18 janvier dernier. Ces articles ravageurs (si on veut bien les lire de bonne foi) font l'objet d'une manchette à la une du journal, dans un style photographique qui rappelle vaguement Kramer contre Kramer.

Le titre Asuntos privados, efectos públicos est celui de l'article de Verbitsky
"Affaires privées, effets publics".

Mes lecteurs savent qu'ils peuvent revenir sur les faits antérieurs en cliquant sur le mot-clé Affaire Nisman dans le bloc Pour chercher, par buscar, to search, ci-dessus. Je ne referai donc pas le résumé des épisodes précédents, je me contenterai de rappeler les deux faits que démonte ce matin le quotidien de gauche.
Deux types de documents du dossier d'instruction ont en effet fuité ces jours derniers : des photos du cadavre et des vidéos de l'autopsie qu'on a retrouvés dans certains journaux et à l'antenne de deux télévisions privées, C5N et TN (il faut de l'estomac pour diffuser de telles choses !) et un peu plus tôt dans la semaine (je vous en avais parlé) des photos très compromettantes du procureur défunt en compagnie de jolies jeunes femmes assez délurées (manipulant des joujoux sexuels et posant, seules ou à plusieurs, avec notre sémillant quarantenaire et honnête père de famille, passant dans sa communauté confessionnelle pour un homme dévoué à la cause sur laquelle il enquêtait et pour laquelle il participait à diverses mondanités de collecte de fonds).

D'après le chroniqueur judiciaire, les fuites concernant les éléments de preuve qui appartiennent au dossier (photos de la scène de crime et vidéos de l'autopsie) seraient organisées par la partie-civile, animée par l'ex-épouse du magistrat décédée, Sandra Arroyo Salgado, une juge fédérale qui ne cesse de maltraiter la procédure pénale depuis le 19 janvier. L'acharnement démentiel de cette femme s'expliquerait par un motif d'ordre patrimonial. Il faut en effet que la mort du père de ses filles soit qualifiée d'homicide pour que les assurances-vie versent les capitaux, ce qu'elles ne font jamais en cas de suicide. Et le fait est que cela rendrait logique la demande qu'elle a exprimée publiquement à la mi-février pour que l'opposition et la presse cessent de politiser l'affaire pour ne pas perturber l'enquête - elle s'en charge toute seule. Elle-même accuse d'ailleurs un salarié de son ex-mari de l'avoir assassiné pour un différend économique, ce qu'il nie farouchement.

De son côté, l'éditorialiste s'attache à démonter la duplicité d'un lobby très interventionniste dans l'affaire et qui rassemble la famille et une partie des institutions représentatives de la communauté juive argentine, laquelle se confond avec certains courants de la droite (parti ultra-libéral PRO et organisations patronales comme la traditionnelle Sociedad Rural).
D'une part, il démonte l'argument de la famille qui entend empêcher l'exploitation des mémoires digitales des appareils du juge sous prétexte qu'il faut protéger la vie privée du défunt. A quoi Verbitsky répond avec justice que l'emploi à des fins privées (les divertissements salaces ci-dessus évoqués) d'argent tiré de budgets publics destinés au fonctionnement de la justice ne peut pas être considéré comme une affaire privée. C'est un délit et une affaire qui doit par définition être jugée publiquement et portée à la connaissance des citoyens et contribuables.
D'autre part, il réunit des éléments qui tendraient à indiquer que si vingt ans après l'attentat contre l'AMIA (18 juillet 1994), les coupables courent toujours, ce serait que le juge Nisman aurait eu intérêt à faire durer une enquête qui lui permettait de s'en mettre plein les poches. C'est là une accusation qui va rendre fous ceux qui soutiennent le juge défunt, eux qui ont obtenu de le faire enterrer dans un carré d'honneur au cimetière juif où il repose désormais, alors que les suicidés y auraient un carré distinct, moins glorieux bien entendu (le suicide restant dans les traditions juives un péché entaché de déshonneur). De toute façon, quand bien même ce serait le cas, il ne saurait y avoir de procès puisque la mort éteint l'action dans tous les pays membres de l'ONU.
On peut lire à ce propos l'article de Horacio Verbitsky (dont le ton est toujours aussi vindicatif et fait tant de tort à sa crédibilité).

Si ce que le polémiste avance se vérifie, derrière cette sombre affaire, il se pourrait qu'on soit en présence non pas d'un énième scandale de corruption dans les sphères des pouvoirs exécutifs comme on l'a dit rapidement le 19 janvier, mais d'un scandale de corruption dans le monde judiciaire, dont on sait qu'il est très corrompu depuis très longtemps (depuis au moins la Generación del Ochenta, en 1880). Or il a toujours été plus difficile d'en faire la preuve parce que les juges se sont longtemps protégés les uns les autres et continuent de le faire ou d'en être tentés. En effet, leur mode de recrutement était et reste en grande partie très endogène sur le plan social : les magistrats sont pour une grande majorité parents, apparentés, alliés, membres des mêmes clubs, issus des mêmes universités... C'est l'une des constantes sociales que le gouvernement actuel a tenté de combattre mais il faudra plusieurs générations pour faire bouger les choses de manière significative dans ce domaine, en Argentine comme dans d'autres pays d'Amérique latine.

Ce matin, le quotidien consacre encore deux autres articles à ce monde opaque de la justice : le premier est une interview de l'avocate du ministre des affaires extérieures, Héctor Timmerman, qui est affilié à l'AMIA (c'est sa mutuelle, comme à la majorité des juifs, qu'ils soient pratiquants ou non, de gauche ou de droite), lui que Nisman voulait impliquer dans la protection des terroristes présumés iraniens (on attend encore la décision en appel sur l'ordonnance de non-lieu du juge d'instruction Daniel Rafecas), le second est une reprise de l'interview donnée hier soir à L'Osservatore Romano par le juge argentin Roberto Carlés. Roberto Carlés est membre de l'association internationale des juristes contre la peine de mort et il faisait partie de la délégation reçue il y a trois jours par le Pape François qui vient de se prononcer fermement et inconditionnellement contre la peine capitale. C'est à ce titre qu'il est interviewé dans L'Osservatore Romano. Il est jeune et depuis le début de l'année, il est le candidat désigné par le Gouvernement argentin pour intégrer la Cour Suprême et y remplacer Raúl Zaffaroni, qui l'a quittée en décembre se considérant comme atteint par une limite d'âge auto-déterminée. Alors ce qu'il dit intéresse Página/12 au plus haut point...

L'Osservatore Romano
extrait de la page 4 (édition datée du 22.03.15)
Interview en italien de Roberto Carlés
cliquez sur l'image pour lire le texte

Pour aller plus loin :
lire également l'interview de Graciana Peñafort, l'avocate du ministre Timmerman (celui-là même qui a fait la marche du 11 janvier à Paris en qualité de simple particulier, parce qu'il se trouvait en France pour ses vacances d'été) et l'article reprenant l'interview de L'Osservatore Romano.

Ajout du 23 mars 2015 :
Le Premier ministre argentin porte plainte en justice contre la publication des photos du corps sans vie de Alberto Nisman, pour le respect du code de procédure pénale, contre la soustraction d'éléments de preuve contenus dans le dossier d'instruction et le manque de respect pour la victime et sa famille. Lire à ce propos l'article de Página/12.



(1) Malheureusement, sa crédibilité internationale et une bonne partie de sa crédibilité auprès de l'opinion publique argentine ont été sérieusement mises à mal par son acharnement vindicatif à convaincre le cardinal Bergoglio de complicité avec la Dictature militaire pendant des années et jusqu'après l'élection de celui-ci au siège apostolique. Verbitsky a fait retirer des serveurs de Página/12 tous les articles qu'il avait consacrés à cette pseudo-affaire pour empêcher les journalistes de l'hémisphère nord de venir piller son travail dans le cadre de la rédaction de livres commerciaux, destinés à faire du cash sur le dos du Pape et sans travail journalistique personnel. On peut le comprendre (franchement, il a bien fait). D'ailleurs, il maintient ses accusations (que plus personne n'écoute) même si, un temps séduite par ces propos croustillants pour elle, la presse internationale a fini par mettre à jour les failles de ses arguments et la partialité de son enquête. De surcroît, des personnalités de la lutte pour les droits de l'Homme en Argentine, comme Estela de Carlotto, ont définitivement invalidé sa version des événements. La présidente de Abuelas de Plaza de Mayo a été particulièrement nette lorsqu'elle a reconnu, il y a quelques mois, après une audience pontificale avec son petit-fils, qu'elle avait cru à ces accusations parce qu'elle avait confiance en ceux qui les soutenaient et qu'elle prenait conscience à présent qu'il s'agissait d'une contre-vérité. Même si la démonstration de Horacio Verbitsky se tient bien aujourd'hui dans l'affaire qui nous occupe et qu'il nomme la personne qu'il cite (ce qu'il ne faisait pas toujours pour les affaires d'Eglise), je ne pense pas qu'il soit en mesure de convaincre en dehors des cercles militants kirchneristes, déjà convaincus. L'immense majorité de ceux qui préjugent de l'implication du Gouvernement dans cette sordide affaire Nisman (j'en ai entendu dimanche dernier sur France Culture) auront du mal à lui accorder le moindre crédit...

vendredi 20 mars 2015

Hommage à Horacio Ferrer et à Leopoldo Federico sur Radio Nacional [Troesmas]

Horacio Ferrer, il y a quelques années, dans un studio de RFI
(avant que RFI soit séparé de Radio France)

Fernando Iranzi, petit-fils de Julio De Caro et gardien des archives du grand compositeur, et Leonardo Liberman, journaliste à Radio Nacional, ont rendu hommage ensemble il y a quelques jours aux deux maestros disparus au début de l'été : le 21 décembre, Horacio Ferrer, poète, essayiste, historien, fondateur-président de la Academia Nacional del Tango et une semaine plus tard, ce fut Leopoldo Federico, compositeur, arrangeur, bandonéoniste et chef d'orchestre qui s'en allait à son tour.

Dans Siempre Argentina, Conexión Español, l'émission de RAE, la station internationale de Radio Nacional, qui s'adresse au public hispanophone, voilà deux documents en ligne et téléchargeables à écouter avec émotion.

L'hommage à Horacio Ferrer accueille au micro Walter Piazza, le secrétaire de la Academia, qui travailla plus de 25 ans dans l'intimité du maître et en fait un portrait où, pour ma part, je l'ai pleinement reconnu. Grande émotion pour moi puisque c'est moi qui ai présenté Fernando Iranzi à Walter et lui ai ouvert la porte de l'institution il y a deux ans et par RAE que j'ai fait la connaissance de Fernando. Comme si le cercle se refermait une nouvelle fois à cette occasion...

L'hommage à Leopoldo Federico accueille le chanteur Carlos Gari, qui travailla longtemps avec lui.

L'image choisie le 29 décembre par La Nación pour faire sa manchette

Et dans les deux, quelques anecdotes sur Julio de Caro, qui que tant Horacio Ferrer comme Leopoldo Federico connurent et admiraient, comme on peut l'imaginer, eu égard au rôle fondamental dans l'histoire du tango que joua le Maestro De Caro, à partir des années 1920.

jeudi 19 mars 2015

Perchman, prêtre, argentin au Vatican : anniversaire de l'élection du Pape François [Actu]

Célèbre photo du 13 mars 2013
C'est le bonhomme qui tient le micro qui tient la vedette cette fois-ci !
Pour le deuxième anniversaire de l'élection du Pape François, Leonardo Liberman a interviewé au téléphone, Monseigneur Guillermo Karcher, le prêtre argentin qui exerce son ministère au Vatican depuis vingt ans et, en sa qualité actuelle de maître de cérémonie, a tenu le micro le 13 mars 2013 lors de la bénédiction inaugurale du nouveau Souverain Pontife.

L'interview fait partie des entretiens que Leonardo Liberman anime sur l'antenne de Radiodifusión Argentina al Exterior (RAE), la station internationale de Radio Nacional, dans l'émission Siempre Argentina – Conexión Español.

Ce document est disponible sur le blog de RAE, sur celui du journaliste, El Mirador Nocturno (en cliquant sur le  lien), et je vous en parle aujourd'hui, solennité de saint Joseph que le Pape aime tant et qui correspond aussi à l'anniversaire de son installation comme évêque de Rome sur la place Saint-Pierre.
A la fin, une bénédiction attend les auditeurs, quelque chose qu'on ne pourrait pas voir sur le service public français bien entendu... Exotisme, exotisme !

Demain, je vous parlerai d'autres interviews réalisées ces jours-ci par Leonardo Liberman et cette fois-ci, nous nous replongerons dans l'univers poétique et musical du tango, avec des souvenirs émouvants de nos deux disparus de l'été, les Maestros Horacio Ferrer et Leopoldo Federico...

Affaire Nisman : décidément ça ne sent pas la rose [Actu]


Dans le cadre de sa défense (détail important), l'ex-informaticien du procureur Alberto Nisman, retrouvé mort chez lui le 18 janvier dernier, vient de faire des révélations fracassantes sur les mœurs patronales de son employeur. L'homme se trouve aujourd'hui inculpé pour avoir remis son arme au juge, à la demande de celui-ci. Or cette arme a servi au crime, commis par quelqu'un qui n'avait donc pas l'autorisation de s'en servir (seul le propriétaire en dispose), et ce qu'il s'agisse d'un suicide ou d'un meurtre. Pour la justice portègne qui a en charge le dossier, il s'agit de savoir si le propriétaire de l'arme a été complice de la mort du magistrat ou s'il a commis un acte assimilable à ce qu'est dans nos droits européens la non-assistance à personne en danger (il n'est en aucun cas accusé d'avoir tué ni même d'avoir incité le juge à se suicider).

Depuis le début de cette affaire, on se demandait ce que pouvait faire dans l'entourage professionnel d'un magistrat cet informaticien aux fonctions très floues. L'incertitude et la perplexité avaient engendré des rumeurs et des ragots, on entendait parler de relation homosexuelle, hypothèse qui se renforça lorsque l'ex-femme du procureur fit interrompre les expertises sur les disques durs saisis chez son ex-mari...
Par ailleurs, très vite aussi, on a découvert que Alberto Nisman n'était pas le plus sympathique des hommes. En témoigne l'indifférence ou la peur de ses gardes du corps qui sont restés les bras ballants pendant onze heures d'affilée le dimanche 18 janvier avant de s'inquiéter, alors qu'il n'était jamais descendu de chez lui comme convenu vers 9h du matin. Les gardes du corps ont expliqué aux enquêteurs que Nisman montait facilement sur ses grands chevaux lorsqu'ils montraient le bout du nez sans une invitation expresse de sa part, qu'il était autoritaire et rogue. On commençait aussi à savoir qu'il fréquentait beaucoup les mannequins, les dancings et sans doute les lieux de drague chics. Deux de ces compagnes d'un jour ont déjà été entendues par les juges auxquels elles ont dit ne l'avoir rencontré que ponctuellement et en tout bien tout honneur.


Or c'est une spectaculaire vie de pacha, incompatible avec ses revenus déclarés et son traitement de magistrat fédéral, que différents éléments de l'enquête commencent à révéler, reléguant dans l'ombre les soupçons de meurtre émis contre la Présidente et le Gouvernement aussitôt le corps découvert.

D'une part, sept photos extraites de la mémoire du téléphone portable du magistrat défunt ont filtré dans la presse et Perfil (1) les a publiées. Elles révèlent un mode de vie très sea, sex and sun, rempli de belles filles fort peu vêtues et pas farouches, parfois même un peu trop proches de proxénètes patentés, sur des plages caribéennes ou mexicaines façon hamac-et-cocotiers (connues pour accueillir toute l'année la jet-set internationale), très loin de l'image poupine, sobre et digne d'un magistrat auquel, de son vivant, tout le monde donnait le Bon Dieu sans confession. Il apparaît qu'il ne reculait pas devant les dépenses somptuaires que ce soit pour ses destinations de voyage (fréquents, seul ou en galante compagnie), ses achats fonciers (qu'il opérait à travers un prête-nom choisi parmi ses employés), les hôtels de luxe dans lesquels il descendait, dînait ou allait se divertir, etc.
D'autre part, il y a les déclarations faites hier, en conférence de presse, par l'avocat de Diego Lagomarsino, l'ex-informaticien mis en cause, que l'ex-épouse de Nisman, Sandra Arroyo Salgado, s'efforce depuis le début de convaincre de l'assassinat de son ex-mari. Et ces déclarations viennent confirmer d'autres déclarations faites par Arroyo Salgado, qui pensait s'en servir contre l'informaticien : Alberto Nisman avait un compte joint secret à l'étranger, avec sa sœur et sa mère, un compte ouvert sous un prête-nom et dans lequel il pouvait puiser à sa guise puisqu'il avait une procuration alors que les deux femmes n'y avaient jamais accès. Or cet homme de paille, c'était Lagomarsino et ce que sa défense vient de révéler (preuves à l'appui), c'est que dès qu'il percevait son salaire (41 000 $ ARG en valeur actuelle reconstituée), il en reversait la moitié (en liquide, semble-t-il), chaque mois depuis sept ans, y compris pendant ses vacances, sur ce compte secret ouvert à New York. Le relevé de ce compte était envoyé rue Roosevelt, à Buenos Aires, au domicile de la mère du procureur, celle-là même que les gardes du corps avaient appelée, le 18 janvier sur le coup de 20h, pour qu'elle vienne leur ouvrir la porte de l'appartement dans lequel le juge semblait s'être retranché et d'où il ne donnait aucun signe de vie depuis le matin, 9h...

Sandra Arroyo Salgado, elle-même juge fédérale dans la banlieue nord et ultra-résidentielle de Buenos Aires (San Isidro), dit avoir appris il y a quelques jours l'existence de ce compte, de la bouche même de ses ex-belle sœur et belle-mère, qui, aussitôt convoquées par la justice pour répondre de ces faits nouveaux et probablement délictueux, se sont faites porter pâles plutôt que de comparaître (malaise cardiaque pour l'une et crise de panique pour l'autre). Or c'est l'ex-épouse qui, la première, a révélé l'existence de ce compte non déclaré, pensant y impliquer l'ex-informaticien dont elle croyait qu'il possédait le login et le mot de passe que les deux autres co-titulaires ne connaissaient pas. C'est parce que depuis la mort de leur frère et fils, elles ne pouvaient plus accéder au compte qu'elles s'en seraient ouvertes à Arroyo Salgado, qui s'est empressée d'aller dénoncer les faits à la justice !

Vous avez réussi à tout suivre ? Plutôt compliqué, comme histoire, et, il faut bien le reconnaître, presque aussi abracadabrant qu'un feuilleton que les scénaristes tirent dans tous les sens pour le faire durer jusqu'à la fin de l'été...

Les sept ans de vaches grasses
Une allusion au racket sur le salaire de Lagomarsino

Ces rebondissements mettent donc à mal le "Cristina bashing" développé par l'opposition et les journaux de droite depuis le 19 janvier et ils rendent ce terrain tellement glissant que les rédactions semblent ne plus bien savoir par quel bout prendre l'affaire. Il devient clair qu'on ne peut plus ériger le juge décédé en chevalier blanc d'une noble cause (la défense des victimes d'un lâche attentat antisémite sur le sol argentin) mort en martyr du fait d'un lâche attentat perpétré par de vilains barbouzes à la solde d'un méchant gouvernement corrompu. La corruption n'est peut-être pas dans le camp que l'on dénonçait...

D'autant que Lagomarsino avait été embauché par Nisman sur le budget qui lui était alloué par la République pour mener son enquête sur l'attentat contre l'AMIA (18 juillet 1994, 85 morts et 300 blessés), que l'argent du compte new-yorkais serait donc le produit d'un détournement de fonds publics et aurait pu servir à acheter un terrain (qui ferait maintenant partie du patrimoine privé du procureur) et à lui permettre de mener la vie de pacha que l'on découvre depuis deux jours. Aucun adversaire politique de Cristina Kirchner n'a jamais réussi à formuler contre elle la moitié du début du commencement d'une accusation qui approcherait une corruption aussi ignoble et pourtant Dieu sait si on lui a prêté des tares et des vices depuis l'arrivée au pouvoir de son mari, Néstor Kirchner, en 2003...


Par conséquent, tout le monde s'en mêle :
la juge d'instruction (2) porte plainte contre la Police Fédérale dont elle soupçonne les services scientifiques d'avoir livré à la presse les sept photos bunga bunga et confie à la Police Métropolitaine (qui dépend de la Ville Autonome de Buenos Aires) l'analyse des appareils saisis chez le procureur décédé
le Premier ministre (Jefe de Gabinete), Aníbal Fernández, et plusieurs ministres prennent la défense de la Police Fédérale (c'est tout à leur honneur puisqu'elle dépend du Gouvernement fédéral)
la Conférence épiscopale argentine (CEA), en marge d'une déclaration sur la campagne électorale, demande que la lumière soit faite sur l'attentat contre l'AMIA et la mort du procureur
et l'Ambassade d'Israël, mise en place par le gouvernement Netanyahou et toute fraîche requinquée par la victoire inattendue du Likoud, déclare qu'elle souhaite que le prochain gouvernement argentin ne négocie pas avec l'Iran (et de quoi je me mêle !).

Dans une conférence de presse improvisée sur Plaza de Mayo, tôt ce matin, le Premier ministre argentin a mis différents points au clair devant une horde de journalistes très excités :
1°) Le gouvernement n'a rien à faire de savoir avec qui couchait Nisman mais veut découvrir si l'argent avec lequel il menait si grand train est bien de l'argent public comme le suggère la défense de Lagomarsino et comment un juge fédéral a pu pendant sept ans racketter l'un des ses salariés, embauché à la condition expresse d'accepter le dit racket.
2°) L'attentat contre l'AMIA ne concerne pas la communauté juive. Elle concerne l'Argentine. L'enquête sur cet attentat n'est pas une affaire juive, c'est une affaire nationale, qui touche à la sécurité intérieure. Or depuis le 18 janvier, la mort de Nisman a été hyper-communautarisée par un certain nombre d'institutions juives argentines, toutes de droite tendance Bibi N., qui politisent le débat d'une manière partisane, contre le Gouvernement, en pleine campagne électorale et alors que celui-ci, depuis 2003 et jusqu'à ce jour, s'est toujours montré très actif pour aider la vérité à sortir du puits (comme il l'a fait aussi pour les crimes de la dictature, contre lesquels ces mêmes institutions juives n'ont jamais pris position, comme si elles n'étaient pas civiquement concernées).

Dans Página/12 ce matin, le caricaturiste Miguel Rep a saisi la situation dans une vignette qui n'a presque pas besoin de commentaire et qui fait référence à la grande manifestation du 18 février dernier, où la droite, plusieurs associations juives et une partie du monde judiciaire avaient défilé en silence en brandissant des pancartes Yo soy Nisman ou Todos somos Nisman, à la mode des manifestations françaises du 11 janvier.

"Barrio Norte" en Argentine, cela désigne une partie du centre de Buenos Aires
Cela sonne comme "16e arrondissement" en France, sans même qu'il soit besoin de citer Paris
Cliquez sur l'image pour une plus haute résolution

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur les déclarations du camp Lagomarsino
lire l'article de Página/12 sur la plainte contre la Police Fédérale Argentine (PFA)
lire l'article de Clarín sur les déclarations du camp Lagomarsino
lire l'article de Clarín sur la plainte contre la PFA
lire l'article de Clarín sur la déclaration des évêques argentins. Clarín qui en rajoute une couche en publiant aussi une analyse très venimeuse de la position du Pape sur toute cette affaire
lire l'article de La Nación sur les déclarations du camp Lagomarsino, que la rédaction prend avec des pincettes en avançant la question : pourquoi l'informaticien a-t-il accepté ce deal en signant son contrat il y a sept ans ? Bonne question à laquelle la défense a refusé de répondre (c'est d'ailleurs son droit)
lire l'article de La Nación sur la plainte contre la PFA. Le quotidien y a incrusté en vidéo les vingt minutes de conférence de presse du Premier ministre publiées sur le canal Youtube de la Casa Rosada. A écouter avec attention.
lire l'article de La Nación sur la déclaration de la Conférence épiscopale
lire l'éditorial de La Nación sur le rapport entre le Pape et les politiques argentins, plus digne et moins opportuniste que l'article de Clarín tout en étant tout autant hostile au Gouvernement en place.
Quant à La Prensa, sur tous ces sujets, elle se contente de simples entrefilets très brefs :
sur les malaises respectifs des parentes du procureur décédé avant leur audition par le juge à propos du compte new-yorkais non déclaré aux autorités argentines.
Pour entendre tous les points de vue, lire aussi le communiqué de l'agence de presse catholique AICA sur le document publié par la Conférence épiscopale (il porte uniquement sur la tenue des élections et sur les enjeux de la démocratie, en matière politique, administrative et socio-économique).

Vu l'évolution de la situation, je crée un mot-clé Affaire Nisman dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, pour permettre à mes lecteurs de regrouper les articles concernant ce dossier.

Ajout du 23 mars 2015 :
Lire le résumé en français de la déclaration des évêques sur le site News Va (Vatican)



(1) Perfil appartient à un puissant groupe de presse latino-américain, présent en Argentine, en Uruguay, au Brésil, au Chili et au Pérou ainsi qu'en Russie, au Portugal et en Angola, propriétaire de nombreux magazines de mode et d'économie, le tout assez bling-bling et souvent superficiel tout du moins pour les titres diffusés en Argentine. Perfil n'est en aucun cas susceptible de rouler pour le Gouvernement actuellement aux affaires.
(2) Selon le droit pénal argentin, dans une procédure contre X, le procureur garde la haute main sur l'enquête et le juge d'instruction travaille sous son autorité. Une fois le ou les possibles coupables identifiés, le juge d'instruction prend la main de manière indépendante. Cela a été le cas avec l'accusation contre la Présidente dans l'affaire des négociations avec l'Iran pour laquelle le juge Daniel Rafecas a prononcé un non lieu qui vient d'être infirmé en appel par le procureur (l'instruction pénale risque donc reprendre, à moins que la Chambre ne contredise le procureur et confirme l'ordonnance de non lieu - voir à ce sujet l'article publié par La Nación en fin de matinée). En ce qui concerne la mort suspecte de Nisman, l'enquête se poursuit contre X. En sa qualité de partie civile, son ex-femme a requis la juge d'instruction de se saisir de l'affaire et de récuser la procureure Viviana Fein. Il y a quelques jours, la juge d'instruction a rejeté cette demande, respectant en cela la procédure. C'est donc une juge qui vient de résister à la pression d'une consœur fédérale super-politisée et partie civile qui se retourne contre la Police Fédérale ! Quelle salade !

Soirées consacrées à la poésie du rock pour les cinquante ans du genre en Argentine [à l'affiche]

Photo Casa nacional del Bicentenario

Depuis le vendredi 13 mars, la Casa Nacional del Bicentenario Riobamba 985, à Recoleta, propose une série de trois tables-rondes sur la poésie du tango, avec chaque vendredi, des poètes et des musiciens.

2015 est en effet l'année du cinquantenaire du premier rock à texte d'expression hispanique, La Balsa (1), de Litto Nebbia (2), en 1965.

Il reste donc deux soirées, ce vendredi 20 mars et la semaine prochaine le 27 mars, à 19h.

La semaine dernière, la table-ronde portait sur la légende des débuts et les années 1970, qui furent sur le plan politique des années de troubles permanents jusqu'au coup d'Etat du 24 mars 1976.
Cette semaine, on parlera des années 1980 et du retour de la démocratie (avec en particulier le groupe de Daniel Melingo, Los Abuelos de la Nada, les grands-parents du néant).
Et la dernière soirée sera consacrée à la globalisation et aux années 1990, les années de Carlos Menem et de l'ultra-libéralisme, avec un artiste comme Charly García, celui qui a fait cette version décoiffante de l'hymne national qui respecte le texte tout en lui appliquant un arrangement anti-militariste (eu égard à l'histoire de l'Argentine et à la dénaturation de l'hymne par les militaires putschistes, cette version a et continue de remporter un vif succès).

Le cycle complet porte un titre très poétique : "La poésie dans le rock argentin – Un voyage avec la bande sonore de trois générations".

Les actuels dirigeants argentins, dans tous les secteurs, sont les enfants de cette génération rock. Cela se voit assez bien chez la présidente Cristina Kirchner dont les références musicales sont nourries par le rock bien plus que par le tango...

Pour aller plus loin :
lire la présentation sur le site Internet de la Casa del Bicentenario


(1) La Balsa fait partie des chansons que j'ai traduites dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, paru en 2010 (numéro spécial de la revue Triages, Tarabuste Editions).
(2) Litto Nebbia présentera bientôt à Buenos Aires un nouveau disque. C'est l'un des artistes les plus créatifs et les plus prolifiques dans le paysage musical argentin.

mercredi 18 mars 2015

Territorio de Vida sort demain pendant la semaine des droits de l'Homme [à l'affiche]


Le documentaire Territorio de Vida, qui raconte comment les associations des droits de l'homme ont investi l'ex-campus militaire de l'Ecole Supérieure de Mécanique de la Marine, ESMA de son acronyme en argentin, choisi par la Junte comme lieu de détention clandestine et de torture dans Buenos Aires même, pour en faire un espace de développement culturel et populaire, aux activités ouvertes à tous et gratuites pour la plupart d'entre elles.

L'ex-ESMA s'appelle aujourd'hui officiellement Espacio de la Memoria y los Derechos Humanos et dispose en tant que tel d'une page Facebook.
Le campus accueille plusieurs institutions gérées par chacune des associations des droits de l'Homme, nées sous la Dictature ou à la suite de ses crimes une fois la démocratie revenue.

Il y a une dizaine d'années, l'Etat a en effet récupéré à cette fin cette partie de l'espace public concédée en 1924 à la Marine par le conseil municipal de Buenos Aires.

Territorio de Vida, co-produit par l'INCAA (institut national du cinéma et de l'audiovisuel) et Espacio Memoria y Derechos Humanos, sera projeté demain, jeudi 19 mars 2015, à 19h30, au Espacio INCAA 0 km-Cine Gaumont, Rivadavia 1637, à Monserrat.

Les projections seront quotidiennes, à la même heure, jusqu'au 24 mars, lendemain de l'anniversaire du coup d'Etat, qui est en Argentine le Jour de la Mémoire, de la Vérité et de la Justice.

Pour assister à la première, demain, qui est gratuite, il faut s'inscrire par mail (territoriodevida2015@gmail.com).

Week-end intense pour Jacqueline Sigaut [à l'affiche]

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Demain, jeudi 19 mars 2015, la chanteuse Jacqueline Sigaut lance chez elle, dans son joli patio de Palermo, ses propres soirées baptisées Les Jeudis Tango chez Jac (à prononcer à la française, sans jota), avec cours de tango-danse suivi d'une pratique, avec un bar modeste, de 21h à minuit, le tout animé par Viviana Parra.
Pour y participer, il faut prendre contact par mail avec l'hôtesse (ces informations figurent sur l'affiche).

Et le lendemain, elle chantera à la soirée Subito Tanguísimo, à Santos 4040, son adresse dans la rue Santos Dumont, dans le quartier de Chacarita (près du Parque de los Andes et de l'avenue Corrientes).
La soirée commence à 21h et se termine à minuit, selon le système habituel à Buenos Aires : dîner avec concert fréquenté par les Portègnes (à ne pas confondre avec les cena-shows pour touristes dans quelques établissements qui ne fonctionnent que pour ce public).

La salle Santos 4040 dispose d'une page Facebook que vous pouvez consulter.

Pour en savoir plus sur la chanteuse, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Miguel de Cervantes retrouvé ! Emotion mondiale pour les hispanophones et les hispanisants [Actu]

Portrait traditionnel du "Manchot de Lépante", comme on l'avait surnommé
après une blessure de guerre reçue lors de cette fameuse bataille contre les Turcs
(par Juan de Jauregui)

Depuis plusieurs mois, on savait que la découverte d'une sépulture collective dans le bâti d'une église de trinitaires déchaussées de Madrid pouvait être celle où avait été enseveli en 1616 le corps de Miguel de Cervantes y Saavedra, le plus grand écrivain de langue espagnole de tous les temps, le père de la littérature hispanophone.

Hier, l'équipe pluridisciplinaire qui effectuait les fouilles, ont confirmé avec solennité l'identification des restes du grand artiste. Si ce n'est une surprise pour personne, c'est une émotion profonde pour tous les hispanisants, dont je fais partie.

Ce qu'il reste de son cercueil : la plaque avec ses deux initiales principales

La presse argentine et uruguayenne n'en fait toutefois pas ses gros titres. On voit que les sud-américains se séparent peu à peu de leur identité espagnole, même si les journaux ont à faire à une grosse actualité, notamment en Argentine où chaque jour apporte de la nouveauté sur le front de la campagne électorale comme celui de l'enquête sur le suicide de Alberto Nisman (1).

Pourtant le personnage de Don Quichotte reste très important dans l'imaginaire de tous les hispanophones et inspire tant les Argentins que les Uruguayens. Dans Deux cents ans après, j'ai traduit la fantaisie qu'il avait inspiré à Horacio Ferrer (El Quijote del Arrabal).

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín (à quoi s'ajoute un article sur Sancho Panza et l'homme qui aurait inspiré le personnage à Cervantes, dont on ne sait ce qu'il est devenu)



(1) Je dis « suicide » parce que, malgré l'opposition féroce des représentants de la famille à cette explication, l'enquête s'achemine lentement et de manière continue vers cette conclusion alors que l'on découvre par ailleurs que le procureur pourrait avoir eu des mœurs curieuses pour un juge fédéral : une relation de plus en plus louche, peut-être illégale, avec l'un de ses salariés, l'informaticien dont il a emprunté l'arme qu'on a retrouvée dans sa main après sa mort, des comptes bancaires à l'étranger sur des banques nord-américaines engagées dans les démêlés de la dette argentine dont cet informaticien serait co-titulaire avec lui, le contrat de travail de cet homme qui aurait pu servir à un détournement d'argent régulier depuis au moins plusieurs mois sinon plusieurs années et la peur de son ex-épouse que la fouille des ordinateurs, téléphones et autres tablettes électroniques du défunt magistrat dévoile sa vie privée (et comment peut-on mener une enquête criminelle sur une mort violente sans fouiller au plus intime la vie privée de la victime ?)... La vraie qualification du fait déclencheur de l'enquête présente est "mort suspecte".

La rentrée en comptant [à l'affiche]


Ce soir, à 19h30, commence à Buenos Aires, à La Usina del Arte, dans le quartier de La Boca, MatBaires, un festival de mathématiques désormais traditionnel en cette période de l'année qui correspond à la rentrée des classes et au début de l'année de travail.

Il s'agit d'une longue manifestation, entre le 18 et le 22 mars, destinée à vulgariser les savoirs mathématiques, spécialement cette année autour du concept de symétrie.

Ateliers scolaires, démonstrations, concours, conférences, cinéma, exposition d'arts plastiques, participation de grands mathématiciens internationaux... Les amoureux des chiffres vont se régaler.

Programme complet des activités proposées
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Au milieu en vert sur fond jaune,
une publicité pour le système de bicyclettes en prêt gratuit à Buenos Aires, Ecobici

Pour aller plus loin :
lire l'article de Barriada, le site Internet de la vie de quartier à Buenos Aires
lire l'article de El Porteño (quotidien culturel local)
consulter la page de la manifestation sur le portail des festivals officiels de Buenos Aires

La France fait son show gastronomique en Argentine et en Uruguay (entre autres) [Actu]

Demain, 19 mars 2015, le Quai d'Orsay propose une journée promotionnelle intitulée "Goût de France", en français dans le texte sur les cinq continents, pour faire connaître nos traditions culinaires et nos produits fins, grâce à des cuisiniers installés à l'étranger.

Alain Ducasse est de la partie, comme président du jury qui récompensera les meilleures contributions.


Plusieurs restaurateurs en Argentine et en Uruguay ont décidé de s'y associer.
Les repas proposés sont souvent hors de prix sur le marché local et l'opération n'y vise donc qu'un public disposant d'un fort pouvoir d'achat, celui qui peut se rendre à Recoleta ou à San Isidro pour se procurer des produits d'importation (très chers car ces pays sont passablement protectionnistes et taxent lourdement les denrées importées afin de soutenir leur propre production), celui qui peut aussi voyager jusqu'en Europe.
Photo choisie par El Observador...
Vous mangez comme ça, chez vous, chers lecteurs français ?

Pour aller plus loin :
consulter la communication de l'Ambassade de France en Argentine sur le succès remportée par l'opération auprès des professionnels (en espagnol)
lire l'article de El Observador, en Uruguay
consulter le site Internet de l'opération (en français et dans la langue du pays sur la fiche des restaurants participants) qui propose une courte vidéo de Laurent Fabius présentant la manifestation (1mn 30).

mardi 17 mars 2015

Rentrée de Lucrecia Merico à ECuNHi [à l'affiche]

Illustration ECuNHi

Le Centre culturel ECuNHi, de l'ONG Madres de Plaza de Mayo, reçoit dès à présent les inscriptions de la nouvelle année scolaire pour l'atelier de chant de Lucrecia Merico, qui vous apprendra à interpréter le tango canyengue, avec la gouaille du faubourg portègne.

Lucrecia Merico anime cet atelier depuis maintenant plusieurs années, dans l'ancien et vaste hangar à moteurs navals où l'association Madres de Plaza de Mayo a établi ses quartiers culturels il y a neuf ans maintenant. La chanteuse est à la tête de l'ensemble des propositions de formation musicale dans cet espace culturel à vocation populaire et militante.

Elle est accompagnée dans sa tache pédagogique par le guitariste Nacho Iruzubieta, avec lequel elle monte aussi ses tours de chant.

Les inscriptions sont recevables en ligne, sur le site du centre (www.nuestroshijos.org.ar) ou sur place, avenida del Libertador 8465, à Palermo (ex-ESMA).

Programme complet des ateliers artistiques proposés par ECuNHi en 2015
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Les cours commenceront le lundi 6 avril 2015 (le Lundi de Pâques n'est pas férié en Argentine, mais toute la Semaine Sainte si !). Ils se tiennent d'avril à novembre. Le coût est de 400 $ ARG par personne et par mois. Deux séries de cours sont dispensés : le lundi ou le mercredi, de 18h30 à 21h30... Ah oui ! Il faut tenir la distance...

En plus de son site Internet, ECuNHi dispose aussi d'une page Facebook.

Théâtre et musique autour de Gardel demain au CCC [à l'affiche]


Demain mercredi 18 mars 2015, à 20h30 (désormais précises), le cycle Tango de Miércoles, du Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini (CCC), Corrientes 1543, proposera un spectacle de Luis Longhi et Sebastián Irigo autour du souvenir mythique laissé dans Buenos Aires par Carlos Gardel, dont on célébrera en juin les quatre-vingts ans du décès accidentel, sur la piste de l'aéroport de Medellín, en Colombie.

Le spectacle s'intitule Todos los pájaros que me saludan tienen la sonrisa de Gardel (tous les oiseaux qui me saluent ont le sourire de Gardel).

Il s'agit d'une expérience de théâtre musical sur le modèle de la marelle (la rayuela) – on la voit d'ailleurs comme en filigrane sur l'affiche avec en haut à gauche le célèbre sourire.
Peut-être pourrait-on traduire par "patchwork" (en bon français !)

Les prix d'entrée cette année semblent se situer autour de 80 $ ARG.