vendredi 27 novembre 2020

Et maintenant place à l’enquête pénale ! [Actu]

La chapelle ardente hier peu de temps avant l'arrivée du président

Dans les heures qui ont suivi la mort de Diego Maradona, le soupçon s’est fait jour contre l’équipe médicale qui entourait l’idole depuis sa sortie prématurée de l’hôpital quelques jours à peine après une opération au cerveau, après un accident vasculaire. Il n’avait pas voulu rester hospitalisé et son médecin personnel avait signé la décharge de responsabilité avant que l’ambulance l’emmène dans sa maison d’un quartier privé de Tigre, dans la banlieue chic du nord-ouest de Buenos Aires.

Une instruction est lancée pour savoir s’il n’y a pas eu faute professionnelle de la part des médecins et des infirmiers qui soignaient Maradona à domicile. Il a donc été procédé à une autopsie qui a confirmé le premier diagnostic : celui d’une mort par arrêt cardio-respiratoire dans son sommeil en fin de matinée. L’autopsie a aussi souligné que les artères de Maradona avaient beaucoup plus que l’âge de leur propriétaire à l’état-civil, ce qui ne surprend personne eu égard aux différentes addictions et aux pratiques de dopage qui étaient beaucoup moins surveillées à l’époque de sa carrière qu’elles ne le sont aujourd’hui où la lutte anti-dopage dans le football dispose encore d’une belle marge d’amélioration possible. Le rapport rappelle aussi quelque chose qu’on savait depuis 2000 mais à quoi personne n’avait vraiment prêté attention parce que Maradona avait alors quitté la carrière de joueur : il était atteint d’une malformation cardiaque qu’on lui avait diagnostiquée très tardivement, à l’âge de 40 ans (une myopathie cardiaque).

Maintenant les juges entendent les différents intervenants sanitaires : infirmiers et médecins sont appelés à déposer devant le procureur. Le procureur a déjà fait procéder à une première reconstitution des faits et une perquisition dans la chambre où Maradona est mort mercredi.

"Troubles et durs affrontements politiques
pendant les adieux à Maradona"
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Viendront ensuite les querelles d’héritage qui ne devraient pas manquer de survenir très prochainement, comme cela nous est arrivé en France il n’y a pas si longtemps lorsque Johnny a quitté cette vallée de larmes… Clarín l'annonce déjà à la une.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur l’enquête
lire l’article de Página/12 sur la position de l’avocat de Maradona qui est à la manœuvre pour trouver des responsables et des coupables

Honneurs funèbres et incidents en pagaille [Actu]

Le président de la Nation et la Première dame hier près du cercueil

Sans surprise eu égard à la foule et à son chagrin démonstratif, lorsque le service d’ordre a fait mine de se mettre à refermer les grilles de la Casa Rosada pour permettre à la famille de conduire Maradona à sa dernière demeure, des heurts ont eu lieu entre la police de la Ville Autonome de Buenos Aires et les gens qui voyaient disparaître leur dernier tête à tête avec leur idole. Dans la foule de Avenida de Mayo, s’étaient glissées des bandes de hooligans (barrabravas, en Argentine) et ceux-là ont entrepris l’assaut du palais présidentiel, non sans dégâts matériels.

"Un dieu sans athée", titre Página/12
sur l'image de ces hommes aux maillots opposés
véritables Montaigu et Capulet du foot portègne
dont je vous parlais hier

Pour tenter de ramener un peu de calme sur le parvis du palais, le président Alberto Fernández s’est montré à la galerie et y a pris la parole. En pure perte.

En haut : "Maison assaillie"
En bas : "Je suis une légende"
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Pourtant, l’hommage avait pu se dérouler dignement (dans les critères argentins pour une personnalité de cette ampleur) et le président comme la vice-présidente, sans parler de nombreux ministres et de divers parlementaires, sont venus s’incliner sur le cercueil, le président y déposant un maillot du premier club professionnel de Maradona, celui du quartier de Paternal, un maillot rouge floqué Argentinos Juniors, le club préféré du président (chaque Argentin a son club dont il est supporter et souvent membre), tandis que son épouse déposait un bouquet de roses rouges. Ils ont salué les membres de la famille et tout le monde a oublié les gestes barrières, comme c’était inévitable. Tout le monde s’embrasse et s’étreint, épidémie ou pas !

"Douleur, débordements, violence"
titre La Nación sur une photo
des admirateurs franchissant la grille de la Casa Rosada
Clarín a préféré mettre en une une photo
de la cérémonie intime au cimetière
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La presse se divise en deux : les journaux mainstream mènent déjà la querelle politique contre ce gouvernement qui serait incapable d’éviter les incidents plébéiens tandis que Página/12 se maintient sur la lancée de la veille, celui de l’hommage populaire. Página/12 publie l’hommage des associations des victimes de la dernière dictature qui salue la mémoire d’un génie du ballon rond et d’un bon citoyen. Maradona, très hostile à la dernière dictature militaire, était très proche de ces associations, en particulier des deux plus connues, Madres de Plaza de Mayo et Abuelas de Plaza de Mayo.

L'Osservatore Romano, daté du 28 novembre
page 1. Cliquez sur l'image pour une haute résolution


L'Osservatore Romano de ce jour, p 5
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Étonnamment, La Prensa rapporte la visite du président à la chapelle ardente comme d’un « adieu émouvant ». C’est le premier miracle posthume de D10s ! Et au Vatican, L’Ossservatore Romano réitère son geste d’hier : il y a encore deux articles longs dans le quotidien, le début du premier en une et le second et la suite de la une à la page 5… On voit que le pape s’y connaît !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

sur la cérémonie elle-même
lire l’article de Página/12
sur les débordements
sur les messages de associations de droits de l’homme
lire l’article de Página/12
sur les échos à l’étranger
lire l’article de La Nación

jeudi 26 novembre 2020

De l’autre côté du Río de la Plata [Actu]

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La presse uruguayenne n’était pas en reste ce matin mais ses unes étaient tout de même un tout petit peu moins exclusives que celles des journaux argentins. On sent que la rivalité entre les deux pays, qui date de 1810 (ça ne nous rajeunit pas), est passée par là.

"Le ballon reste immaculé"
(voir mon article du 7 octobre 2009)
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© Denise Anne Clavilier


"Le ballon pleure", titrait La República dans son édition d'hier soir
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Pour en savoir plus :

lire l’article principal de Ovación, le supplément sportif de El País (le quotidien de Montevideo, à ne pas confondre avec ses homologues dans de nombreux pays hispanophones à commencer par l’Espagne elle-même)
lire l’article principal de La República

Quelques unes de l’Intérieur [Actu]

"C'est le plus grand qui est parti",
dit la une de El Litoral (édition de Corrientes)

Une du supplément spécial de El Zonda
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Peu de quotidiens locaux argentins disposent d’un site Internet complet. La plupart d’entre eux ne proposent plus depuis plusieurs années ou plusieurs mois leur une en ligne.

"Maradona est devenu une légende", dit le gros titre
sur une photo d'une peinture murale à Mendoza
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D’autres n’offrent pas aujourd’hui les titres de leur une papier, sans doute pour laisser place au direct ininterrompu depuis la Casa Rosada.

"Ad10s", jeu de mot (Adiós et "D10s", surnom de Maradona)
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On peut néanmoins lire quelques articles qui seront probablement maintenus en ligne plusieurs jours, eu égard à l’importance de l’événement.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Los Andes, à Mendoza
lire l’article de El Litoral, à Corrientes
lire l’article de La Voz del Interior, de Córdoba
lire le supplément spécial de El Zonda, de San Juan

L’hommage à Maradona dans la presse argentine [Actu]

"Moi, je ne veux pas (je n'aime pas) cette peine dans mon cœur"

Les quatre quotidiens nationaux argentins ont consacré leur une de ce matin à l’idole disparue dont la photo occupe presque tout l’espace de la page.

"Merci pour tout ça !"
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Dans chaque titre, les articles sur le sujet sont innombrables. Si peu de jours après les séries publiées pour les soixante ans du footballeur, les rédactions donnent à nouveau toute la mesure du personnage, tantôt en ressortant les articles parus en début de mois, tantôt en créant de l’inédit, un inédit travaillé depuis longtemps comme il convient dans toute rédaction bien organisée pour ne pas se laisser dépasser par la survenue d’un événement de cette sorte.

"Le moule est cassé", pour traduire la nuance
Littéralement : il n'y en aura jamais de pareil
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Comme si souvent, La Prensa ne s’est pas foulée : la rédaction a conservé sur son site Internet l’article qu’elle avait mis en ligne hier après-midi sans même prendre la peine dans la nuit de remplacer tous les futurs qui concernaient l’autopsie et l’hommage officiel qui s’annonçait encore à l’heure où était annoncée la mort du footballeur.

"Merci, champion"
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De nombreux articles, des audios et des vidéos sont également disponibles sur toutes les radios et toutes les chaînes de télévision et en particulier sur le service public national, Radio Nacional et TV Pública.

Une de Olé, le quotidien sportif du groupe Clarín
Ce numéro collector sera disponible pendant une semaine
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© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

Funérailles d’État et émotion planétaire [Actu]

"Pour toujours Diego"
message de Radio Nacional

Quelques minutes après avoir appris la mort de Diego Maradona, qui a fait un infarctus dans son sommeil et a été trouvé sans vie hier à 11 h 30 par l’infirmière qui venait le voir pour le réveiller de sa petite sieste d’après-petit-déjeuner, le président Alberto Fernández a décrété trois jours de deuil national, fait mettre le drapeau en berne sur les bâtiments fédéraux et proposé à la famille d’ouvrir la Casa Rosada pour que s’y tienne la veillée traditionnelle qui dure moins de vingt-quatre heures, avant les obsèques.

Texte du décret intégral
avec ses visas et ses attendus
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Jusqu’à présent, seuls des anciens présidents et un champion sportif avaient eu droit à ce niveau d’honneur. Ce sportif, c’était le pilote de course Fangio, l’un des dix mythes que l’Argentine a donnés au monde.

Dans la nuit, pendant que la famille pouvait se recueillir dans l’intimité autour du cercueil installé dans le grand hall d’entrée au rez-de-chaussée, les particuliers se sont massés aux abords de la Casa Rosada, en particulier dans Avenida de Mayo. Ce matin, un peu avant 4 h (heure argentine), lorsque je me suis branchée sur TV Pública, les journalistes annonçaient une file d’attente qui atteignait déjà Plaza del Congreso, ce qui correspond à un peu plus de deux kilomètres. Le service d’ordre de la Casa Rosada attendait un million d’Argentins mais tout le monde ne pourra sans doute pas se recueillir devant le cercueil.

Vue verticale du cercueil quelques minutes après l'ouverture au public
ce matin. A gauche, le maillot de Boca Juniors
A droite celui de la sélection nationale
La disposition a été choisie par la famille (photo Casa Rosada)


La salle a été ouverte au public à 6 h du matin et le cortège pour le cimetière
de banlieue, au nord de Buenos Aires, où reposent déjà les parents de l’idole, était alors prévu pour 16 h. Même en faisant passer tout le monde au pas de course, ce qui est le cas, il est impossible de faire défiler un million de personnes en dix heures, surtout avec les consignes sanitaires de distance physique, lesquelles sont purement théoriques (dans leur émotion débordante, les gens les oublient).

Ce que montrait ce matin le direct de la télévision publique était très impressionnant. Même les journalistes argentins étaient parfois stupéfaits des manifestations de chagrin ou d’amour du public. Bien entendu, le port du masque n’est pas généralisé, même à l’intérieur de la Casa Rosada où il est expressément obligatoire : les gens le descendent sur le cou pour crier et chanter dehors comme dedans. Bien sûr, sur Plaza de Mayo, il y a eu des bousculades. Il ne saurait en être autrement dans un tel rassemblement . La police a un mal fou à canaliser la foule. Dedans, les premiers à entrer ont été particulièrement indisciplinés et le service d’ordre a eu bien du mal à imposer le rythme rapide du passage, les gens s’arrêtant longuement (plus d’une minute) pour prier et jeter des maillots et des écharpes de foot sur le cercueil fermé (1). Il y a eu aussi ces images qui ont surpris y compris là-bas comme ces deux hommes qui s’étreignaient en pleurant bruyamment et à chaudes larmes sur Plaza de Mayo, l’un vêtu du maillot de Boca Juniors et l’autre de celui de River Plate, les deux plus grandes équipes de Buenos Aires qui se haïssent cordialement depuis des décennies… Ou cet homme de 27 ans, prénommé Diego Armando comme son idole, qui a pris dans la nuit le bus à La Plata, chez lui, pour descendre à la grande station de la 9 de Julio à Buenos Aires à 6 h du matin et qui à 9 h 30 arrivait à l’angle de la rue Perú avec Avenida de Mayo en ayant parcouru à genoux tout le chemin (au moins 500 m à cette hauteur de l’avenue). Devant les journalistes ébahis, il parlait de Maradona comme de Dieu (au premier degré, sans l’ombre du moindre bout de distance) et présentait sa reptation sur les dalles du trottoir comme un authentique sacrifice de deuil et de pénitence, dans la plus extravagante expression d’un syncrétisme très présent dans la vie spirituelle du petit peuple argentin et très sud-américain en général… (2)

En une de L'Osservatore Romano
daté de demain
Parler d'idole dans un quotidien aussi catholique que celui-ci !
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Au vu de toutes ses démonstrations de chagrin et d’enthousiasme, il est à craindre que d’ici une dizaine de jours les contaminations au coronavirus remontent. C’est d’autant plus tragique que les courbes des contagions et des décès avaient commencé à descendre. Le moment exact d’une épidémie où il ne faut pas relâcher les efforts.

En ce jour si particulier, c’est une consolation et une grande fierté pour les Argentins de constater que l’émotion est partagée dans le monde entier. De toutes les déclarations officielles et privées qui déferlent de partout, c’est visiblement le télégramme d’Emmanuel Macron qui a le plus touché le président Fernández, qui en a publié une traduction intégrale sur le site de la Casa Rosada, et les journalistes, qui l’ont reproduit ou résumé dans plusieurs quotidiens. Le président Macron vient de relever encore le prestige de la France auprès des Argentins. Et il est vrai que ce télégramme est particulièrement bien tourné et témoignent d’une connaissance profonde, très rare chez les Français et les Européens, de la sensibilité argentine sur le sujet quand très souvent nous regardons, avec condescendance (3), cette passion footeuse comme un aimable exotisme sans en voir jamais la signification symbolique et même métaphysique (4). Le président français semble soigner tout particulièrement ses relations avec son homologue argentin. En janvier, il lui a offert une guitare en guise de cadeau diplomatique pour son premier déplacement officiel à Paris, un cadeau qui a touché personnellement le mandataire argentin, et aujourd’hui, au surlendemain de la réunion virtuelle du G20 traitée avec désinvolture par Trump qui lui a préféré le golf, ce message dont la longueur dit assez qu’il ne s’agit pas seulement d’un quelconque acte protocolaire entre deux États en paix. Macron y parle d’un « danseur en crampons » et d’un « indiscutable souverain du ballon ». Le commentaire de Alberto Fernández mérite d’être lu. Son émotion n’est pas pas feinte.

Les plumes de l’Élysée n’ont donc pas chômé ces derniers jours : discours de mardi sur le nouveau régime de confinement et le contrat de confiance passé avec un peuple excédé (à tort mais excédé tout de même), long télégramme de condoléance au sujet de Maradona et éloge funèbre de Daniel Cordier (5) prononcé cet après-midi. Bravo à eux, c’est du beau travail.

L'Osservatore Romano, page 5
En haut : "la faiblesse du génie"
en bas : suite de l'article de une
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Bien entendu, le message du pape François a aussi été relevé par la presse argentine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire le message d’Emmanuel Macron sur le site Internet de la Casa Rosada
lire l’article espagnol de Vatican News

Ajout du 27 novembre 2020 :
lire cet article de Página/12 sur la lettre de Macron



(1) Le cercueil fermé est assez inhabituel en Argentine pendant la veillée. Cette décision de la famille est sans doute en rapport avec la chaleur moite qui règne aujourd’hui sur la capitale argentine et à l’opération cérébrale récente subie par Maradona, qui avait fait au début du mois un accident vasculaire. Ce d’autant qu’en Argentine, les soins de conservation sont inconnus puisqu’on procède aux obsèques dans les 24 à 32 heures suivant le décès, comme dans toute la tradition luso-hispanique.

(2) L’Europe a fait la même chose dans la basse Antiquité et le haut Moyen-Age. Nos toponymies en témoignent encore avec cette foule de saints qui n’ont jamais existé et qui sont des divinités païennes locales christianisées. Il en va de même de certaines dates du calendrier liturgique ou traditionnel comme Noël, Mardi-Gras ou la Toussaint où les chrétiens ont jeté des croyances chrétiennes sur des dates fortes du calendrier païen latin, germain, celte ou franc. Nous avons beau vivre à l’heure de la technologie et des découvertes scientifiques, l’homme reste un être profondément irrationnel, les réactions aberrantes et absurdes suscitées par la pandémie nous le démontrent en ce moment.
(3) Cette condescendance, je la perçois aujourd’hui encore dans les commentaires des journalistes du service public français. C’est vraiment très agaçant !
(4) En Argentine, un match de foot, c’est une allégorie de la vie et du monde. On a tort d’interpréter la main de Dieu comme une tricherie ou le fait de je ne sais quelle roublardise dont on nous rebat les oreilles depuis hier soir ! C’était un acte politique et c’est pour cela que ce but est resté dans la mémoire et qu’il restera dans le roman national en cours d’élaboration. Cet acte politique répondait à un autre, celui de la Royal Navy qui en janvier 1833 s’est emparée par la force des îles Malouines, territoire appartenant à un État souverain avec lequel le Royaume-Uni échangeait des diplomates depuis neuf ans et auquel il n’avait pas déclaré la guerre.
(5) Pour mes lecteurs sud-américains : Daniel Cordier (1920-2020) était un héros de la libération de la France en 1940-1945. Il était l’avant-dernier compagnon de la Libération, un ordre fondé et fermé par le général De Gaulle. Un hommage national vient de lui être rendu dans la cour d’honneur des Invalides.

mercredi 25 novembre 2020

Fidèle au poste : le festival de Tango de La Boca [à l’affiche]


Pour la onzième année consécutive, le Festival de Tango de La Boca s’ouvre ce soir, mercredi 25 novembre 2020. Il s’achèvera dimanche 29 novembre. Hélas cette année, la crise sanitaire a contraint les organisateurs à dégrader le programme et les modalités d’accès.

Tout se fera en streaming sur la page Facebook de la manifestation et contrairement aux éditions précédentes, la proposition ne comportera pas les traditionnelles milongas de rue qui sont un des atouts de ce rendez-vous populaire, en grande partie à l’air libre pour profiter du printemps.

De nombreux artistes prendront part à l’événement de chez eux, comme Lucrecia Merico, Cucuza Castiello et bien entendu, les fondateurs, les musiciens du Quinteto Negro La Boca.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

lundi 23 novembre 2020

Venado Tuerto propose sa conférence en association avec l’INB [à l’affiche]

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L’association culturelle belgranienne (ACB) de la ville de Venado Tuerto, située dans le sud de la province de Santa Fe, propose mercredi 25 novembre 2020, à 20h (heure argentine), soit minuit (CET), une conférence sur le rôle du général Manuel Belgrano dans l’organisation nationale de ce qui allait devenir l’Argentine et était à son époque les Provinces-Unies du Sud (ou du Río de la Plata, ça dépend de l’année).

La conférence sera donnée par Diego Reinoso Mántaras.

Le président de l’Instituto Nacional Belgraniano (INB) participera à la manifestation qui se tiendra grâce à Zoom comme l’indique l’affiche virtuelle ci-dessus.

© Denise Anne Clavilier

Participation libre et gratuite sans inscription préalable.

Peu à peu les propositions se bousculent au portillon au fur et à mesure que nous nous approchons de la fin de cette année 2020, qui est à la fois l’Année du Général Manuel Belgrano et celle de cet affreux grand confinement planétaire qui a fichu en l’air tous les projets normaux qu’il a fallu réorganiser ou réinventer, et ce fut difficile pour tous les organisateurs dans toute l’Argentine.

vendredi 20 novembre 2020

Cette nuit, concert pour la fête de la Souveraineté [à l’affiche]


Ce soir, vendredi 20 novembre 2020, à 21h30, la musique du 1er régiment d’Infanterie dit des Patricios donnera un concert au Cercle Militaire de Buenos Aires à l’occasion de la fête de la Souveraineté nationale.

Outre ses missions opérationnelles, le régiment des Patricios est chargé des services de protocole et de sécurité des institutions constitutionnelles de la Ville Autonome de Buenos Aires. C’est le plus vieux régiment du pays, d’où l’uniforme historique que ses membres revêtent lors des cérémonies. Il a surgi comme milice de civils, à l’improviste, en 1806, pour repousser l’envahisseur britannique lors de la première « Invasion anglaise », la première des deux tentatives malheureuses de la perfide Albion pour s’emparer du Río de la Plata, en 1806 et 1807, et attaquer les intérêts du roi d’Espagne, alors allié de la France républicaine puis impériale (depuis 1795), avant le retournement d’alliance de l’été 1808, après l’invasion de l’Espagne par les troupes napoléoniennes.

En novembre 1811, le gouvernement révolutionnaire de Buenos Aires passait l’unité sous régime militaire, ce qui n’alla pas sans difficulté. Quatre mois plus tard, le 16 mars 1811, naissait, sous l’impulsion de José de San Martín, le second régiment historique et révolutionnaire, celui des grenadiers à cheval, qui remplit quant à lui les services de protocole et de sécurité auprès des institutions fédérales (Casa Rosada, président de la Nation, Museo histórico nacional, etc).

Les Patricios ont eu pour premiers chefs deux grands personnages de la Révolution de Mai que les soldats actuels continuent de vénérer : Cornelio de Saavedra, président de la Junta de Mai 1810, puis Manuel Belgrano (dont 2020 est l’année), en novembre 1811.

La musique du régiment donnera ce soir son concert sans public, à travers le streaming de son site Internet et des réseaux sociaux.


Le 20 novembre, jour férié depuis quelques années, marque l’anniversaire d’un épisode du seul conflit que nous ayons eu avec l’Argentine. Sous la monarchie de Juillet, il nous est passé par la tête que nous avions le droit de naviguer sur les fleuves argentins sans demander l’autorisation de personne. Les Argentins ne l’ont pas entendu ainsi. En 1845, une petite escadre de navires marchands armés sous pavillon français remontait imprudemment le cours du Paraná pour vendre ses marchandises dans l’intérieur du pays. Les Argentins nous attendaient de pied ferme, dans un méandre du fleuve géant, la Vuelta de Obligado. Pour couper la route aux navires impérialistes , ils ont soudain tiré des chaînes à travers le fleuve géant. Il en est résulté une bataille navale farouche que les bâtiments français ont techniquement gagnée. Techniquement parce que le barrage a été franchi. Mais ce fut au prix d’avaries graves que les équipages n’ont pas pu réparer, personne ne voulant leur prêter assistance. Ils n’ont pas pu non plus vendre quoi que ce soit à qui que ce soit et ont dû rentrer au pays les cales pleines. Ainsi donc, la Vuelta de Obligado est devenue une victoire politique de l’Argentine qui a montré, comme l’a si bien écrit San Martín, qui vivait alors en France et désapprouvait l’arrogance du gouvernement français, que l’Argentine « n’était pas une bouchée qu’il suffisait d’ouvrir la bouche pour avaler ». C’est envoyé, ça !

Jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, non loin de l’Arc de triomphe, une station du métro parisien portait le nom d’une « victoire » française (1), la station Obligado. Juste avant qu’Eva Perón arrive à Paris en visite officielle et comme la France se fournissait alors en blé et autres vivres auprès de l’Argentine comme elle l’avait déjà fait dans les années 20 après la première Guerre mondiale, la IVe République s’empressa de rebaptiser la station de métro. Depuis, on la trouve sur les plans sous le nom d’Argentine.

© Denise Anne Clavilier



(1) Dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides (diocèse aux armées), parmi les trophées qui pendent au-dessus de la nef, on peut distinguer malgré leur aspect défraîchi et la crasse accumulée au cours des décennies un drapeau blanc et bleu ciel en tout point conforme vu du sol à la disposition des couleurs argentines telle qu’elle a été définie en 1818 et qu’elle n’a jamais été modifiée depuis lors. Je n’ai pas encore pu tirer la chose au clair mais il doit s'agir d’un drapeau pris aux Argentins lors de cette bataille de Vuelta de Obligado.

Année Belgranienne : une conférence de la UBA demain [à l’affiche]

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Demain, samedi 21 novembre 2020, à 11h (heure argentine), soit 15h (CET, heure d’hiver), le département d’histoire espagnole de la faculté de Lettres de l’Université de Buenos Aires (UBA) propose deux exposés autour de la figure de Manuel Belgrano (1770-1820) considéré comme l’intellectuel qu’il était devenu après son séjour en Espagne, notamment à l’université de Salamanque pendant près de trois ans puis de Valladolid (seulement quelques mois).

La double conférence se donnera en ligne, par Meet (Google), selon le lien ci-dessous.

L’une des interventions portera sur les ouvrages des Lumières contenues dans la bibliothèque personnelle de Manuel Belgrano, dont il fit don d’une partie au début de 1811 à la future Bibliothèque nationale (aujourd’hui Biblioteca Nacional Mariano Moreno). L’orateur travaille lui-même dans cette institution prestigieuse.

L’autre porte sur les sources de la pensée de Manuel Belgrano, formée par la philosophie des Lumières en Europe. Ce qui frappe, c’est que l’intitulé parle des Lumières méditerranéennes. Certes les ouvrages français et italiens tiennent une place dans cette formation mais d’autres influences ont existé, notamment celle d’Adam Smith, qu’il est difficile de distinguer des autres tant nos sources directes sont discrètes sur le sujet.

Documentaire produit par la Biblioteca Nacional Mariano Moreno
et publié sur Youtube le 20 juin 2020, bicentenaire de la mort de Belgrano,
intitulé Manuel Belgrano, también lector
(Manuel Belgrano [était] aussi un lecteur)


Plus étonnant encore sur l’affiche virtuelle : les concepteurs ont choisi des plaques posées à Oviedo, dans une université qui n’a joué aucun rôle réel dans la formation de Manuel Belgrano mais dont il existe un document, résolument apocryphe, qui envoie le héros argentin étudier dans les Asturies à l’âge de 12 ans (regardez les dates indiquées sur la plaque supérieure). Choix curieux car il était plus simple de faire un montage des pages de garde originales de quelques uns des ouvrages offerts par Belgrano à la Bibliothèque publique fondée par Mariano Moreno, comme l’un des premiers actes politiques de la Révolution de Mai.

© Denise Anne Clavilier

Participation libre et gratuite, sans inscription préalable.