mercredi 22 novembre 2023

L’Argentine dit adieu à Horacio Malvicino [Actu]

La photo qu'a choisie la Academia Nacional del Tango
pour rendre hommage à son académicien d'honneur hier matin

Horacio Malvicino avait 94 ans. Il s’est éteint hier à l’aube. C’est la Academia Nacional del Tango qui a eu le triste honneur d’en informer le public quelques heures plus tard.

Bien entendu, la première étape de la transition
a les honneurs de la une (photo des présidents sortant et élu),
avec la victoire argentine d'hier sur l'équipe brésilienne
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Horacio Malvicino était un grand musicien qui a touché à de nombreux genres en tant que guitariste et en qualité de fondateur et chef de différentes formations musicales. Parti du jazz argentin, il a étendu ses cordes au tango, notamment avec Astor Piazzolla, dont il était le guitariste préféré, et à différents genres étrangers, à commencer par la bossa nova brésilienne.

Ici, c'est encore plus discret : en haut, juste à droite du titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Il laisse aussi dernière lui une quarantaine de musiques de film puisqu’il était aussi compositeur et arrangeur. Jusqu’il y a cinq ans, il était encore à la tête de l’association professionnelle AADI, qui rassemble les interprètes de tout le pays.


L’actualité politique brûlante le prive d’une juste place à la une des journaux ce matin. On ne trouve rien sur la première page de Página/12, pas plus sur celle du supplément culturel. Il existe deux petites photos sur les unes de La Prensa (qui ne propose encore aucun article sur son site) et de Clarín. C’est tout. C’est peu pour cette longue carrière.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

consulter la page qui lui est consacrée dans l’encyclopédie en ligne Todo Tango (en espagnol)

mardi 21 novembre 2023

Espèce en voie d’extinction, TV Pública diffuse la série Mordisquito [à l’affiche]

Premier épisode, aujourd'hui à 23h30
Pour une haute résolution, cliquez sur l'image


Hier, le président élu a annoncé qu’il mettrait en œuvre son programme et qu’il le ferait d’un coup, sans mesure intermédiaire destinée à atténuer le choc et à permettre à tout le monde de s’adapter. Si le Congrès lui en laisse la possibilité (ce que sa nouvelle composition rend peu probable, d’autant que l’élu d’avant-hier ne veut pas d’une coalition de gouvernement), il commencera par privatiser YPF, la société publique centenaire qui exploite les gisements de pétrole en Patagonie et commercialise en Argentine les produits raffinés qui en sont issus (ça a déjà été fait dans les années 1990 au grand bonheur du pétrolier Repsol qui rapatriait tous les bénéfices en Espagne, comme au bon vieux temps des colonies). Les seconds sur la liste des condamnés sont les médias nationaux : l’agence de presse Telam et le groupe audiovisuel que forment TV Pública et Radio Nacional.

L'équipe du tournage au grand complet
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ce que TV Pública va diffuser ce soir est donc l’une des toutes dernières productions que nous pourrons apprécier du service public argentin. Il s’agit d’une série de quatre épisodes d’un peu moins d’une heure chacun qui raconte, sur un mode romancé, les derniers mois de Enrique Santos Discépolo (1900-1951), le poète et compositeur génial de tangos comme Uno, Cafetín de Buenos Aires, Cambalache ou Chorra (1). Anarchiste convaincu toute sa vie, le poète finit, une dizaine d’années avant sa mort, par se laisser convaincre, comme presque tout le secteur tanguero de son époque (2), par le projet souverainiste et social de Juan Domingo Perón dont il servit la campagne électorale pour son deuxième mandat, en 1951. Dans ce cadre, il écrivit une série de conversations imaginaires avec un opposant dont on n’entend jamais les arguments et qu’il surnomme Mordisquito (ce qui sonne un peu comme « Mais c’est qu’il me mordrait ! »). Ces sketches, qui n’ont pas pris une ride, il les interpréta lui-même à la radio à laquelle seuls les partisans de Perón avaient alors accès pendant la campagne (3).

Les quatre interprètes principaux dans le décor
Au mur on reconnaît les portraits du couple présidentiel, Evita et Perón
(Je pense que le bas filé au premier plan a échappé au regard du service de presse)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Mordisquito, a mí no me la vas a contar (Mordisquito, tu ne vas pas me la faire à moi !) est donc un travail éminemment péroniste, avec une reconstitution très fidèle des décors des années 1940-1950, et on n’est pas prêt d’en revoir de sitôt tant que le dingue occupera la Casa Rosada (4). Ce ne sont pas les médias privés qui iront dans ce sens. Si le groupe Octubre résiste économiquement à la tempête qui s’annonce, il sera bientôt le seul à s’y consacrer.

"Soutiens la sélection sur TV Pública", dit le gros titre
Aujourd'hui, à partir de 19h30
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

En première partie de soirée, la chaîne diffusera le match entre la Scaloneta et la Seleçao, qui se jouera au stade de Maracana, au Brésil. Tant qu’elle est encore en vie, TV Pública a en effet les droits de retransmission des matches de l’équipe nationale.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire la présentation sur le site Internet de TV Pública
visiter la section de Todo Tango sur Enrique Santos Discépolo, pour découvrir l’ampleur du personnage.
Sur le sort des médias publics argentins :
lire l’article de La Prensa

Ajout du 29 novembre 2023 :
lire cet article de La Nación




(1) Une dizaine de ses textes, soit autant de classiques du répertoire, sont disponibles en version bilingue dans l’anthologie que j’ai publiée aux Éditions du Jasmin, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins.

(2) On exclura de cette vague Osvaldo Pugliese qui resta toujours fidèle au parti communiste, lequel était hautement suspect aux yeux de Perón puisque suspecté non sans raison de recevoir ses ordres du Kremlin.
(3) Napoléon III faisait la même chose : seuls les candidats dits officiels, les siens, avaient le droit de tenir des réunions politiques. Sous De Gaulle et Pompidou, la France gardait encore bien des traits du Second Empire.
(4) Façon de parler car Mileí a fait savoir hier qu’il vivrait et travaillerait à Olivos, dans la résidence présidentielle de campagne, devenue la résidence habituelle du chef de l’État sous les Kirchner mari et femme, et qu’il ne mettrait pas les pieds à la Casa Rosada. Cela vaut peut-être mieux pour lui : cela lui évitera d’entendre, sur Plaza de Mayo, les cris des manifestants qui ne tarderont pas, avec autant d’insultes qu’il en a dites au cours de ses campagnes électorales, à lui exprimer leur mécontentement, dès la rentrée de mars et même peut-être avant, dès qu’ils auront constaté tout ce qu’ils ont perdu en l’ayant élu !

Témoignage d’un prêtre en mission dans un bidonville de la province de Buenos Aires [Actu]

"Plus que de la tristesse, il y a une impression de deuil",
confie ce prêtre à Página/12
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Un prêtre, Roberto Ferrari, qui appartient au groupe des Prêtres qui optent pour les pauvres, en charge pastorale d’une paroisse dans un quartier défavorisé de la province de Buenos Aires, l’une des trois (sur 24) qui a placé Sergio Massa en tête de l’élection présidentielle dimanche, raconte la vie de son quartier depuis que l’on connaît ces résultats qui effarent le monde entier (1).

Le choc est tel qu’il ressemble à un deuil collectif : le jour férié de lundi a été vécu dans le silence, sans musique, sans cris, sans danse, sans jeux dans la rue, malgré le soleil radieux de ce printemps austral.

Il y a quelques jours, les Prêtres qui optent pour les pauvres avaient appelé à voter contre Mileí et son programme anti-social, anti-féministe, pro-drogue et anti-chrétien.

Página/12 en fait la une de son édition locale de la province, Buenos Aires/12.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 24 novembre 2023 :
lire cette interview dans Página/12 d’un autre prêtre qui travaille dans les quartiers défavorisés (cette fois encore dans l’édition locale de la province de Buenos Aires). Une nouvelle fois, la rédaction l'a mis en une (ci-dessous).

"On ne peut pas donner sa bénédiction à n'importe quoi"
dit le prêtre qui brandit un foulard
avec l'affirmation : "Ils sont trente mille"
Il s'agit du nombre des disparus sous la Dictature,
un chiffre que la vice-présidente élue nie
(elle est pour la réhabilitation des condamnés pour
les crimes contre l'humanité du régime putschiste)
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution




(1) J’ai lu quelques articles parus hier dans la presse ukrainienne en ukrainien. Cela valait le détour ! C’était d’autant impressionnant que les Ukrainiens ont en ce moment d’autres chats à fouetter que de se pencher sur le sort de l’Argentine. Pour l’image internationale du pays, c’est une catastrophe sans nom dont mes amis en Argentine mesurent encore très mal l'ampleur et les conséquences.

lundi 20 novembre 2023

Carbonisé dimanche dernier, élu et bien élu hier [Actu]

Elle : Et maintenant, qu'est-ce qu'on va faire ?
Lui : Ce qu'on a toujours fait... On va continuer à ramer
Traduction © Denise Anne Clavilier
(Notez que l'emploi imagé du verbe "ramer"
a le même sens dans nos deux langues)
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Javier Mileí avait complètement raté son débat d’entre-deux-tour contre Sergio Massa dimanche dernier. Les sondages publiés lui accordaient une légère avance dans la marge d’erreur.

Le scrutin une fois dépouillée, il est élu avec près de 56 % des voix. Le président le mieux élu en nombre de bulletins de ces quarante ans de démocratie.

Tout en haut sur fond bleu : "le sous-sol de la Patrie soulevé"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Il n’a pas de congrès à sa main. Il dispose de moins de quarante parlementaires répartis dans les deux chambres. Dans ce paysage tel quel, il ne pourra pas mettre en œuvre son programme.

Il est toutefois possible qu’il parvienne à un accord de gouvernement avec l’aile droite du défunt Juntos por el Cambio, de Mauricio Macri, les négociations ayant commencé immédiatement après le premier tour. Et puis il y aura dans la masse des élus qui viendront à la soupe, là où elle sera servie.

Pour la vie des Argentins, cette expérience, la troisième en quarante ans, après les mandats catastrophiques de Menem dans les années 1990 (qui a mené à la faillite de 2001) et de Macri, qui n’a pris fin qu’il y a quatre ans (quel manque de mémoire), risque d’être des plus amers. Il est vrai qu’une bonne partie des électeurs de Mileí sont des jeunes. En Argentine, on peut voter dès l’âge de 16 ans, quand on ne connaît rien de la vie et des responsabilités qu’il faut assumer mais qu’on adore dire des gros mots et provoquer les adultes. Or Mileí a bel et bien seize ans d’âge mental.

"Mileí l'emporte dans un deuxième tour historique
et Massa doit arrêter s'il quitte ou non  le gouvernement",
dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pour l’image internationale de l’Argentine, c’est sans doute une catastrophe pire que celles qu’ont connues les États-Unis avec Trump et le Brésil avec Bolsonaro car l’Argentine n’a les atouts ni de l’un ni de l’autre. Ses institutions démocratiques sont loin d’être aussi solides que celles des Etats-Unis, or ils ont eux-mêmes bien du mal à maintenir le cap démocratique et constitutionnel comme on peut le constater actuellement dans la campagne républicaine. De plus, l’Argentine ne bénéficie d’aucune notoriété dans l’opinion publique internationale hormis Messi et Maradona.

Du Brésil, on connaît et on reconnaît facilement Lula et Dilma Roussef, deux figures politiques très charismatiques à l’intérieur et à l’extérieur des frontières de leur pays. On avait donc des personnalités expérimentées à qui comparer Bolsonaro et la comparaison n’était en sa faveur que dans une minorité d’extrême-droite un peu partout dans le monde démocratique (dans le monde despotique, il est difficile de mesurer une telle adhésion). De l’Argentine, nous ne connaissons plus Raúl Alfonsín, le président du retour à la démocratie en décembre 1983. Peut-être, nous reste-t-il chez un tout petit nombre de personnes un vague souvenir de Carlos Menem, bellâtre élu président qui passait déjà pour un escroc dans les années 1990. L’Espagne mise à part, notre grand public et même nos journalistes les plus célèbres ne sont pas fichus de reconnaître Néstor Kirchner, ou Cristina, son épouse et successeuse à la présidence, ni Mauricio Macri (pourtant élu en même temps que Macron, cela devrait faciliter le travail mental) et encore moins Alberto Fernández, le président sortant. En revanche, ce clown violent et grossier va pouvoir s’imposer, précisément à cause de ces traits de caractère, comme tête de proue ultra-visible pour représenter le pays.

Javier Mileí avec sa sœur avec laquelle
il entretient une relation infantile et assez ambiguë
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Les clichés et les préjugés sur l’Argentine avaient déjà la vie dure et j’en sais quelque chose puisque je les combats sans solution de continuité depuis bientôt 15 ans. Maintenant, ils vont pouvoir danser la farandole pendant les quatre ans qui viennent au moins.

Les premiers noms de ministres ont été révélés. Ils correspondent à ceux qui avaient été distillés pendant la campagne. La prestation de serment du nouveau président aura lieu le 10 décembre, journée internationale des droits de l’Homme et quarantième anniversaire du retour de la démocratie en Argentine. Des célébrations festives avaient été prévues par l’actuel gouvernement. Il est possible qu’elles fassent flop.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 17 novembre 2023

Cucuza à Galpón B ce soir [à l’affiche]


Le chanteur Cucuza Castiello se produira ce soir, vendredi 17 novembre 2023, à Galpón B, dans le vieux centre de Buenos Aires, pour y présenter en avant-première quelques éléments de son prochain disque, le deuxième volet de Menesunda, son récital où il mélange les grands classiques du rock argentin et du tango, en chantant les uns sur des orchestrations et des rythmes des autres…

Une fusion qui se fait de plus en plus appréciée en Argentine et notamment à Buenos Aires.

Pour l’occasion, Página/12 l’a interviewé. La rédaction a glissé dans son article en ligne un petit extrait du spectacle.

Comme l’affiche en fait foi, le récital se donnera à guichets fermés ce soir.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Le seuil de pauvreté monte un peu moins que l’inflation, celui de l’indigence un peu plus [Actu]

Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Mercredi après-midi, pendant la dernière semaine de campagne électorale, l’INDEC a publié l’autre grand rapport relatif au niveau de vie des Argentins. Après le taux mensuel d’inflation, c’est le seuil de pauvreté et d’indigence que mesure l’institut mois après mois grâce à deux paniers standards dont les prix sont relevés à Buenos Aires et dans sa région, là où généralement ils sont les plus élevés.

Avec une inflation moyenne nationale à 8,3 % au mois d’octobre, nous avons un seuil de pauvreté qui a monté au cours du même mois de 8,1 % (panier de produits alimentaires et de services de base) tandis que celui de l’indigence, mesuré par un panier de produits alimentaires sans service, a grimpé de 8,6 %.

Le rapport de l’INDEC donne en détail les prix relevés pour chaque produit et chaque service.

Cette fois-ci la presse n’a pas mis l’info en une mais tous les journaux l’ont commentée.

Le deuxième tour se tient dimanche.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 15 novembre 2023

Sortie d’un documentaire sur Roberto El Polaco Goyeneche [à l’affiche]


Roberto Goyeneche, surnommé El Polaco à cause de ses cheveux blonds, est considéré comme le plus grand chanteur de tango après Carlos Gardel. A juste raison.

Cliquez pour une haute résolution

Son petit-neveu lui consacre un documentaire long-métrage, qui sort en salle cette semaine.

La première projection aura lieu au Gaumont de Buenos Aires, le siège de l’INCAA, l’institut du cinéma, demain, jeudi 16 novembre 2023, à midi. Deux cinémas du centre de Buenos Aires l’auront à l’affiche dans deux rues parallèles, avenue Rivadavia et plus au nord, l’avenue Corrientes, qui est toujours la grande artère du spectacle et de la culture.


Le lendemain, une première projection aura lieu à Mar del Plata.


Le documentaire fait intervenir tous les témoins de la vie de chanteur et différents artistes contemporains confits en émotion et en admiration bien légitimes. Página/12 interviewe le réalisateur ce matin dans ses pages culturelles. Reste à voir le film pour savoir s’il est à la hauteur de ses promesses ! En la matière, la bonne volonté, l’arbre généalogique, l’affection et l’admiration ne suffisent pas à garantir la qualité...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
visiter la page Facebook du film
visiter la page de Todo Tango consacrée au chanteur (enregistrements à écouter et articles à lire – tout en espagnol)

mardi 14 novembre 2023

Dimanche, Mileí s’est carbonisé [Actu]

"Il se fait tirer l'oreille" [par Macri], titre
Página/12 histoire de rigoler un peu
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Lula, président du Brésil en fonction, et Pepe Mujica, ex-président de gauche de l’Uruguay, viennent d’apporter leur soutien politique à Sergio Massa. S’il pouvait parler, il n’est pas sûr que l’actuel président uruguayen, issu de la droite libérale, dirait une seule parole en faveur de Javier Mileí (photo ci-dessus). Mais il ne peut pas s’exprimer actuellement : son gouvernement est empêtré depuis une dizaine de jours dans un épouvantable scandale de distribution de passeports à des narco-trafiquants.

"Un jeune Adolf Hitler, apprenti peintre, essuie un refus de l'Académie des Beaux-Arts
de Vienne, ce qu'il attribue à des professeurs juifs."
"Le jeune Mileí se voit refuser le renouvellement de son stage à la Banque Centrale."
Dessin de Miguel Rep dans Página/12 ce matin
Traduction © Denise Anne Clavilier
(Ce stage raté à la Banque Centrale a été évoqué par Massa lors du débat télévisé)

En Espagne, Pedro Sánchez, qui est sur le point d’être réélu président du gouvernement du pays, vient d’envoyer une vidéo pour soutenir Massa (lire l’article de La Prensa sur le sujet).

"Elle a fait tuer nos camarades", dit ce titre
de l'édition de La Plata de Página/12
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Une pétition vient d’être publiée appelant à voter pour Massa afin que les Argentins ne détruisent pas ce que leur pays a su construire pendant ces quarante ans de démocratie : le prestige du seul pays de la région qui ose affronter son passé et condamner en justice les bourreaux de la dictature et du Plan Condor, l’affermissement d’une vie constitutionnelle apaisée, l’animation d’un projet diplomatique de pacification et de prospérité pour le continent… Ce sont plusieurs centaines d’argentinistes de toutes nationalités qui font de la recherche dans des universités du monde entier qui viennent de signer cet appel qui reste ouvert à d’autres signataires.

"Il ne manquait plus que cela : le toux-gate";
dit le titre supérieur
En-dessous, la campagne électorale de Macri
dans le secteur du football !
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Les anciens combattants de la guerre des Malouines prennent eux aussi la parole pour condamner Mileí qui a osé, au cours du débat dimanche soir, chanter les louanges de Margaret Thatcher et comparer la guerre de 1982 à un simple match de football ! Tollé compréhensible.

Pendant ce temps, Mileí discute avec Macri et avec Macri seul, lequel semble lui avoir pris des mains les rênes de sa campagne au moment où, de son côté, il tente de reconquérir la présidence de Boca Juniors, le club de foot d’où, il y a plusieurs décennies, il avait lancé sa propre carrière politique. Une trajectoire qui n’a laissé que des souvenirs amers, y compris à ses propres électeurs. Un soutien dont Mileí devrait donc se méfier comme de la peste.

-Qui a gagné le débat ? demande Mileí devant
-Bon ! On pourrait dire que d'une certaine manière, le candidat
de la majorité avait plus de bouteille politique tandis que
celui de l'opposition s'est trouvé coincé d'une manière très intéressante
-Réponds-moi par oui ou par non. Est-ce que j'ai gagné ?
Dessin de Paz et texte de Rudy, Página/12 ce matin
Traduction © Denise Anne Clavilier

Mileí a tenté de se trouver des excuses pour son flop d’avant-hier : il prétend que dans la salle du débat, les partisans de Massa ont toussé pour le déconcentrer. Même à droite, les journalistes et les observateurs n’arrivent pas à prendre ces explications au sérieux. A la rédaction de Página/12, il doit y avoir quelques fous rires dans les couloirs et les bureaux.


© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le rendez-vous entre Mileí et Macri
lire l’article de Página/12 sur les explications "tussives" de Mileí
lire l’article de Página/12 sur l’appel des universitaires du monde entier
lire l’article de Página/12 sur la réaction des anciens combattants de Malouines
lire l’article de La Prensa sur la déclaration de la sénatrice JxC sur le vote Massa
lire l’article de La Prensa sur le soutien de Lula à Massa
lire l’article de La Prensa sur le soutien de Mujica à Massa
lire l’article de Clarín sur l’appel de la sénatrice JxC
lire l’article de La Nación sur le malaise qui règne à droite

Côté inflation, des chiffres « moins pires » en octobre [Actu]

"Grâce aux nombreux prix plaqués au sol,
en octobre, l'inflation a été de 8,3%" dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Hier, l’INDEC a publié son rapport sur l’inflation mensuelle, au début de la dernière semaine avant le second tour. Ce qui devrait une fois pour toutes écarter les soupçons de tricherie sur les chiffres qui avantageraient le gouvernement en place. Ce n’est vraiment pas le cas puisque le ministre de l’Économie est candidat et que l’ensemble de la courbe est catastrophique.

Certes, les taux semblent présenter une très légère amélioration. Enfin, « amélioration », c’est vite dit ! Ils ne sont juste pas pires que ceux du mois dernier où l’on avait atteint pour la seconde fois consécutive un taux moyen national d’inflation mensuelle à deux chiffres.

Synthèse générale établie par l'INDEC
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

En octobre, on redescend à un taux à 1 chiffre mais il reste considérable : 8,3 % pour le seul mois d’octobre ! Ce qui nous donne une inflation sur douze mois de 142,7 et de 120 % depuis le 1er janvier. Autrement dit, la catastrophe ralentit un peu le pas. C’est déjà ça et c’est d’autant mieux que les résultats du premier tour ont affolé un certain nombre de secteurs économiques il y a deux semaines. On aurait donc pu craindre pire. Néanmoins, personne ne peut s’estimer satisfait et le ministre-candidat encore moins qu’un autre.

Synthèse de l'ensemble des variations
dans le temps et l'espace
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Si l’on regarde d’un peu plus près la répartition par postes de dépense au niveau national, on peut voir au-dessus de la moyenne de 8,3 des types de dépense qui sortent du strict nécessaire. La nourriture (hors alcool), la santé, les transports, l’éducation et tout ce qui relève du logement (loyer, eau, gaz, électricité) ont connu une augmentation moyenne située entre 5,1 et 7,8. De l’autre côté, au-dessus de la moyenne, les vêtements et les services de téléphonie et d’Internet présentent des taux dont on ne peut pas imaginer qu’ils sont un tant soit peu supportables pour la majorité des Argentins.

Si l’on regarde maintenant les variations régionales, on observe que la hiérarchie traditionnelle est de retour. La vie est en moyenne plus chère à Buenos Aires et dans son bassin de vie qu’ailleurs mais le nord-ouest nous fait une grosse poussée de fièvre sur les sorties culturelles (20 % d’inflation en un mois). C’est le pire taux par poste de dépense.

Dans l’ensemble, les variations régionales montrent une certaine disparité sur la répartition de l’inflation sur les différents postes de dépense.

Synthèse des variations régionales
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Ces chiffres ont été publiés au lendemain du débat télévisé de second tour qui a clairement fait la preuve des insuffisances de l’outsider face au ministre en place, un homme politique madré et expérimenté qui sait très bien mener sa barque et que les outrances et les délires de son contradicteur aident à engranger les appuis qui viennent maintenant de partout, y compris de la droite, comme cette sénatrice du Juntos por el Cambio qui, hier, a annoncé urbi et orbi que dimanche elle allait voter pour Massa et qu’il avait toutes les capacités pour mener le pays sur un chemin raisonnable et surtout un chemin démocratique.

Les journaux de droite ne sont pas encore résolus à jouer cette carte, celle de la sécurité démocratique, d’une diplomatie pacifiée et d’une économie classique autant que faire se peut. Ils aimeraient bien pouvoir encore soutenir la candidature de Mileí mais avant-hier, les rédactions ont compris qu’il s’était carbonisé et qu’il ne le devait qu’à sa propre incurie. Les journalistes de ces quotidiens restent donc encore assis entre deux chaises. Les unes demeurent prudentes sur ce sujet mais nous ne sommes pas au bout des retournements.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
lire le rapport de l’INDEC (document pdf téléchargeable)

lundi 13 novembre 2023

Massa gagne le débat de second tour et tout le monde le reconnaît ! [Actu]

"Le lion dompté", dit le gros titre, en référence
à la crinière ébouriffée de Mileí qu'il fait volontiers passer pour léonine
Notez que dans l'hymne national argentin,
la liberté du peuple vainc l'ordre colonial représenté
par le lion des armoiries espagnoles.
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Hier soir, se tenait le débat électoral télévisé de deuxième tour entre les deux candidats, Sergio Massa et Javier Mileí. Pour une fois, toute la presse, à droite et à gauche, est unanime. Tous les titres constatent que le candidat libertaire s’est fait mener en beauté par l’excellent tactique d’un Sergio Massa bien plus expérimenté dans l’exercice et qui maîtrisait ses sujets. A droite, on a tendance à regretter cet état de fait. A gauche, Página/12 se réjouit et en profite pour se payer, en une, la tête du dingue (qui aime se comparer à un lion).

Massa [vainqueur] aux points, dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Les journaux montrent tous un Mileí grimaçant (il est d’ailleurs difficile de trouver une photo où il présente un visage avenant) et relèvent qu’il a été incapable de défendre ses propositions. Il n’a pas su porter le débat sur les thèmes qui auraient pu embarrasser son adversaire tandis que Massa n’a manqué aucun élément qui puisse mettre en difficulté son contradicteur. Il lui a fait dire des trucs incroyables : mené par Masa, Mileí a proclamé son admiration pour Margaret Thatcher, qui, quarante ans plus tard, reste un véritable épouvantail pour une large majorité d’Argentins. Massa lui a conduit à contredire ses déclarations précédentes pendant que les membres de son équipe publiaient sur les réseaux sociaux tous ses propos au fur et à mesure qu’il racontait l’inverse ou tentait de rectifier le tir en direct à la télé. Massa l’a même amené à critiquer vertement l'ancien président Mauricio Macri auquel il est pourtant officiellement allié depuis le lendemain du premier tour.

"Massa tire avantage d'un Mileí qui n'a pas
profité de l'énormité de la crise que laisse le gouvernement",
dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

De son côté, Sergio Massa s’est montré maître de lui et de sa parole. Il a survolé le débat et probablement il a fini de se présidentialiser. C’est ce qu’il ressort des unes composées par les différentes rédactions.


"Massa a imposé son programme et Mileí
n'est pas allé le chercher sur la crise économique",
dit le gros tire sur cette double photo
de Massa affirmé et de Mileí défiguré par la rage
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Dans la difficulté, tout récemment Mileí a tout de même attiré à lui le soutien d’une poignée d’anciens dirigeants de droite, l’Espagnol Mariano Rajoy, le Chilien Sebastián Piñeira, les Mexicains Vicente Fox et Felipe Calderón, les Colombiens Iván Duque et Andrés Pastrana, le Puerto-Ricain Luis Fortuño et le Bolivien Jorge Quiroga, lesquels, pour la plupart, se sont fait dégager des fonctions gouvernementales par leurs compatriotes, de surcroît souvent de façon spectaculaire. S’est joint à eux un prix Nobel de littérature, le romancier péruvien Mario Vargas Llosa, sans aucune légitimité politique mais toujours prêt à soutenir les projets les plus extrémistes à droite du moment qu’il est question de casser la figure à la gauche (voir à ce propos l’article de La Prensa)Neuf VIP qui pèsent toutefois d’un poids très léger en face de la multitude de personnalités de toutes origines qui se sont prononcés pour Massa, en Argentine et dans le monde. Très léger aussi au regard de l’atterrant spectacle de la division idéologique, partisane et tout simplement personnelle qui caractérise ceux qui soutiennent encore la candidature de Mileí.

Le journal espagnol El País n'en revient pas :
"Rajoy soutient Mileí l'ultra", dit le titre secondaire
(à mi-hauteur dans la colonne de droite)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :