mercredi 17 janvier 2024

Le nouveau Secrétaire d’État au Culte ne laisse pas grand-monde indifférent [Actu]

L'affreux jojo posant dans son bureau du Ministère
(le bâtiment ultra-moderne domine presque Plaza San Martín)


Au moment où Javier Mileí signait publiquement la lettre d’invitation en Argentine qu’il a officiellement adressée il y a quelques jours au Souverain Pontife, qui venait d’annoncer un projet de visite à son pays natal pour le second semestre de cette année, le chef de l’État a laissé sa ministre des Affaires étrangères nommer Francisco Sánchez (ci-dessus), un ancien député macriste, un protégé de Patricia Bullrich, la super-droitière ministre de la Sécurité. Jusqu’à présent, l’homme s’est distingué par sa militance en faveur du rétablissement de la peine de mort (dont il a publiquement déclaré qu’il souhaitait la voir appliquer à Cristina Kirchner – une façon radicale de se débarrasser de la cheffe alors charismatique de son opposition) et pour des déclarations incendiaires contre les trois religions révélées qui dominent le paysage spirituel traditionnel du pays : le Pape aurait fait « beaucoup de mal », le « sionisme domine[rait]  le monde » (elle est vieille, celle-là, et elle pue encore plus) et la planète courrait le risque d’être submergée par des « hordas islámicas » (il confond les adjectifs islamique et islamiste, ce qui n’est pas une confusion de détail et ne peut pas non plus, à ce niveau de responsabilité politique, être le résultat d’une ignorance ou d’une distraction).

Il y a quelques jours, ce triste sire a été nommé Secrétaire d’État au Culte, un poste gouvernemental qui, en Argentine, dépend de la diplomatie (à cause du concordat qui a autrefois uni le pays, toujours sans constitution, au Saint-Siège, bien avant l’unité italienne, donc quand le pape était encore un prince temporel). Bref, un reste de vieillerie diplomatique qui ne correspond plus à rien aujourd’hui.

Cet homme assez peu sympathique concentre la méfiance, pour ne pas dire le rejet des groupes et institutions religieux de tout le pays, à commencer par la Conférence épiscopale argentine qui se voit assez mal coopérer avec le bonhomme.

Bref, loin de chercher à calmer la situation politique en Argentine, Mileí et consorts font tout pour aggraver les dissensions et semer la discorde nationale.

Aujourd’hui, les deux grands quotidiens de droite publie chacun une interview où Sánchez présente des excuses et tente, comme la nouvelle ministre de l’Éducation nationale en France, de se sortir d’un scandale qui entache sa crédibilité et sa capacité politique à tenir sa charge. Il y prétend aussi n’avoir jamais tenu les propos qu’on lui reproche… avec raison !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

aujourd’hui :
plus tôt dans la semaine :

mardi 16 janvier 2024

Auditions de quelques figures culturelles au Congrès [Actu]

Santiago Mitre, hier, devant les députés
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Hier, à la Chambre des Députés, qui examine en ce moment les 664 articles du projet de loi Omnibus qui doit détruire de multiples secteurs d’intervention de l’État, notamment ceux qui touchent à la vie culturelle et scientifique, de hautes figures artistiques et scientifiques ont été auditionnées par les commissions ad hoc.

Tous, ils ont bien entendu argumenté contre les dispositions imbéciles et criminelles du projet de loi envoyé par Mileí et démontré que l’investissement public dans ces domaines était vital pour le futur de l’Argentine et son développement domestique et international.

Pour le cinéma, Santiago Mitre s’est exprimé : il est le réalisateur du dernier très grand succès mondial argentin, Argentina, 1985, qui raconte les premiers procès pour crime contre l’Humanité intentés contre les criminels de la Junte militaire de 1976-1983. Il a plaidé pour le maintien de l’INCAA, l’institut qui soutient l’industrie cinématographique nationale.

La réalisatrice et productrice Vanessa Ragone, autrice de El Secreto de sus ojos, le précédent grand succès mondial du cinéma argentin, elle-même présidente la Chambre argentine de l’Industrie cinématographique, a elle aussi été entendue par les parlementaires.

D’autres personnes se sont relayées devant les élus pour défendre le soutien public à la vie culturelle du pays : les présidents d’organismes corporatistes de divers secteurs dont celui du livre ainsi qu’un représentant des artistes interprètes d’Argentine. De nombreuses institutions se sont fait entendre, dont certains menacés de disparition.

La recherche quant à elle a été défendue par le plus célèbre et le plus prestigieux des biologistes argentins, Alberto Kornblihtt, chercheur qui a fait toute sa prestigieuse carrière au CONICET, menacé d’une disparition en bonne et due forme. L’organisme de recherche scientifique et technologique est destiné à être privatisé.

Il est probable que ces voix auront été entendues par un bon nombre de parlementaires, même si Mileí a menacé de l’apocalypse si le Congrès refusait d’adopter son interminable projet de loi.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la déposition de Alberto Kornblihtt
lire l’article de Página/12 sur la déposition des artistes et des producteurs
lire l’article de La Nación

Le seuil de pauvreté est désormais connu pour la fin de l’année dernière [Actu]

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En décembre dernier, le seuil de pauvreté a augmenté de 27 % alors que l’inflation était de 25,5 %. Le seuil d’indigence a monté encore plus : 30,1 % sur 31 jours.

Ce qui donne une augmentation de ces deux seuils de plus de 250 % sur l’ensemble de l’année 2024.

Le graphique synthétique qui ouvre le rapport publié hier par l’INDEC montre un saut particulièrement haut entre novembre et décembre pour les deux paniers, l’un de vivres, l’autre de vivres et de services élémentaires.

Tous les journaux en parlent aujourd’hui alors que le président Mileí s’est envolé pour l’Europe où il doit rencontrer la crème du capitalisme mondial au Forum de Davos, dont il dit qu’il est « pollué par l’ordre du jour socialiste qui répandra la misère dans le monde ». Dans ce cas, pourquoi s’y rendre ? Cela coûte cher aux contribuables, ces déplacements transatlantiques en avion !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire le rapport de l’INDEC (téléchargeable gratuitement sous format pdf).

vendredi 12 janvier 2024

La Manzana de las Luces lance sa nouvelle saison de Patio de Tango [à l’affiche]



Ce soir, vendredi 12 janvier 2024, la Manzana de las Luces, ce grand complexe historique et muséographique au centre de la Buenos Aires historique, dont les bâtiments abritèrent pendant un siècle et demi les institutions provinciales de la Compagnie de Jésus pour les districts occidentaux du vice-royaume du Pérou (1), lance la saison 2024 avec la première soirée de Milonga del Patio, qui se tiendra tous les jeudis dans le Patio de la Procuradoría, la cour dont les jésuites avaient fait leurs magasins où ils entassaient les marchandises dont ils faisaient commerce sur le continent américain et entre les colonies et la métropole espagnole : bois et métaux précieux, cuir, artisanat varié et yerba mate.


C’est un lieu superbe et sobre qui a fait récemment partie, pendant plusieurs années, du gigantesque et interminable chantier de rénovation de l’ensemble des bâtiments.


Cette milonga s’accompagne de cours et de pratique. La soirée est gratuite. En tout cas, pour le moment (il s’agit d’un musée national et les musées nationaux sont susceptibles de passer très vite à la casserole du régime sec prévu par ce président qui tient la culture pour quantité négligeable).

La soirée doit avoir lieu même en cas de pluie.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :



(1) Ce n’est que très tard, en 1776, que le roi Carlos III d’Espagne a scindé le vice-royaume du Pérou en deux pour créer à la va-vite le vice-royaume du Río de la Plata, lorsque lui est parvenue la nouvelle de la Boston Tea Party, qui a lancé la guerre d’indépendance des Treize Colonies, cette longue côte atlantique qui allaient devenir les États-Unis. Les difficultés que Londres rencontrait dans son empire lui permettaient de renforcer le sien dans le Nouveau Monde. Mais la Manzana de las Luces n’était déjà plus aux mains des jésuites, chassés d’Espagne une dizaine d’années plus tôt. La majeure partie des bâtiments était alors quasiment à l’abandon, le gouverneur de Buenos Aire ne sachant pas trop à quel usage les employer.

25,5 % d’inflation en décembre 2023 [Actu]

"Et on applaudit le gonfleur !" se moque le gros titre
sur cette photo du nouveau ministre de l'Economie
qui n'est autre que celui de Macri, qui avait déjà
réussi à gonfler l'inflation nationale sous cet autre mandat
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Synthèse générale du rapport
sur l'inflation mensuelle en décembre 23
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Le gouvernement argentin s’est déclaré satisfait : en effet, il craignait des chiffres encore pires que ceux-là. Il va sans dire que les ministres aux affaires rejettent toute la responsabilité sur le gouvernement sortant alors que les prix sont montés en flèche dès que l’arrivée au pouvoir de Mileí a été un fait acquis !

"Le cycle K [kirchneriste] se termine avec
l'inflation la plus haute au monde", dit le gros titre
Le gouvernement est arrivé au pouvoir le 10 décembre
En haut, la photo de Alberdi, le père de la constitution argentine,
qui figurera sur les nouveaux billets
Mileí lui voue un véritable culte,
ce pourquoi le pauvre Alberdi, cultivé et distingué comme il était,
doit se retourner dans sa tombe !
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Ce dernier rapport sur l’inflation mensuelle en 2023 montre l’ampleur du désastre pour l’Argentin ordinaire : 25,5 % d’augmentation générale des prix en moyenne sur tout le pays rien que pour le moins de décembre et plus de 211 % cumulés sur l’année 2023.

Synthèse des variations dans le temps et l'espace
de l'inflation mensuelle en Argentine
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Il ne faut donc pas s’étonner si, cet été, les infrastructures touristiques du pays affichent une baisse spectaculaire de la fréquentation. Mar del Plata, la grande cité balnéaire de la côte atlantique qui fait office de baromètre de la météo touristique, broie du noir depuis Noël et ne voit venir aucune amélioration d’ici la rentrée scolaire et la fin de la haute saison, au 1er mars.


"Record historique de l'inflation : 25,5%
en décembre et 2023 se clôt avec 211,4%"
Pour comble de malheur, les provinces de Corrientes
et Santa Fe subissent des inondations,
après des sécheresses carabinées
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Les graphiques publiés hier par l’INDEC dans son rapport sont édifiants : dans la situation générale, la nourriture est au-dessus du taux moyen de l’inflation, à 29,7 % sur un seul mois (celui des fêtes de fin d’année qui plus est). Les biens et services culminent à 32,7 sur l’ensemble du pays et ils atteignent 40,4 dans le Nord-Est (Tucumán, Salta, Jujuy, Santiago del Estero).

Tableau des variations régionales de l'inflation en décembre
On avait plus vu de tels schémas depuis longtemps
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Le graphique des variations régionales montrent toute la disparité de la fixation des prix. Il y a un bon moment qu’on ne voyait plus rien de tel. Or le gouvernement annonce deux ans à ce rythme-là avant, paraît-il, que l’économie nationale devienne prospère.

Une publicité parue dans la presse
Promotions de l'enseigne COTO pour ce week-end !
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En attendant, la Banque nationale a annoncé l’impression de billets de 10 000 pesos alors que la plus grosse valeur en circulation était jusqu’à présent de 2 000.

Le cahier spécial Province de Buenos Aires
de Página/12 aujourd'hui consacre sa une
à la situation critique de la côte désertée par les touristes
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Toute la presse fait sa une sur ces chiffres affolants et désolants.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 10 janvier 2024

Le monde de la Culture soutient le FNA [Actu]

De l'une et l'autre rives [de l'océan], dit le gros titre
sur cette photo du chanteur français


Depuis quelques jours, des manifestations relativement modestes encore se tiennent devant différentes institutions culturelles que le président Mileí a condamnées à court terme.

Hier de nombreux artistes se sont réunis devant le Fonds national des Arts (Fondo Nacional de las Artes), qui distribue des subventions, des bourses et des résidences, lesquelles permettent de faire naître des œuvres d’art, des romans, des disques, des tournées internationales.

Le 24 janvier, on attend une grande manifestation nationale tous secteurs confondus.

Pour l’heure, c’est l’été et, à Buenos Aires, il est torride. Au Congrès, l’examen du projet de loi aux 664 articles, pondu par Mileí, a commencé en commission.

Hier, Benjamin Biolay, qui est à Buenos Aires pour y présenter son dernier disque, ce qu’il fait régulièrement, a joint sa voix à celles de tous les musiciens argentins car aucun d’entre eux, dit-il, ne peut soutenir la politique menée par le nouveau chef d’État. Du coup, Página/12 lui consacre la une de ses pages culturelles quotidiennes. Le monde du cinéma brésilien, qui garde un souvenir cuisant du mandat de Bolsonaro, a lui aussi publié son soutien aux homologues du pays voisin.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la manifestation d’hier en appui au Fondo Nacional de las Artes
lire l’article de Página/12 sur Benjamin Biolay.

mercredi 3 janvier 2024

Dans l’Argentine de Mileí, il n’y a pas de petits profits [Actu]

Sur les produits potentiellement concernés,
les titreurs ont épelé le participe passé :
"désactivé" (en français : supprimé)
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Le programme d’État qui permettait aux plus petits revenus, quel que soit leur statut familial, de se faire rembourser la TVA (21%) sur les courses alimentaires de première nécessité a pris fin le 31 décembre 2023 et le gouvernement argentin vient d’annoncer qu’il ne le prolongerait pas.

C’est donc une perte sèche pour des millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté.

Et pour faire bonne mesure, le gouvernement supprime aussi le système de crédit qu’administrait l’ANSES (la sécu argentine) au profit des retraités touchant les minimums sociaux : il leur permettait de procéder à des achats simples d’équipement domestique.

En compensation de quoi, l’allocation familiale, qui touche pourtant un autre public, composé de familles jeunes, bénéficiaires sous plafond de revenus et avec des mineurs à charge, est doublée à partir du 1er janvier.

Voilà pour les civils.

Par ailleurs, côté militaire, vingt-cinq généraux sont mis à la retraite d’office en ce début d’année afin, prétend le gouvernement, de faire des économies. En réalité, il est à craindre qu’il s’agisse d’une énorme purge au sein des forces armées dont le but serait d’aligner purement et simplement ce qu’il en restera sur les États-Unis derrière lesquels Mileí veut placer son pays, en particulier dans le cadre du soutien à Israël (l’une de ses marottes personnelles, su berretín comme on dit là-bas). Mileí entendrait ainsi renoncer à toute indépendance en matière de définition de la politique de défense nationale et la décision passerait assez mal dans l’armée. Outre la perte sèche et brutale de revenu pour les personnes concernées par cette décision discrétionnaire (qui ne sont déjà pas payées des milles et des cents), il ne faut pas oublier que l’Argentine est un pays neutre non doté, ce qui n’est pas tout à fait le cas de l’Oncle Sam...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

sur l’arrêt du remboursement de la TVA
lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
sur la suppression du système de crédit à la consommation pour les retraités pauvres
lire l’article de Página/12

L’Église fait un pas de plus vers sa séparation avec l’État [Actu]

Assemblée plénière annuelle de la Conférence épiscopale argentine


L’Église catholique argentine a commencé à se séparer progressivement de l’État national dont elle dépend en partie économiquement.

Ainsi prenait fin le 31 décembre 2023 le versement de salaires de très hauts-foncionnaires que recevaient les évêques du pays, qui sont une centaine.

Cette étape a fait l’objet d’une communication de la Conférence épiscopale pour que nul n’y voit un nouveau signe du plan de rigueur mis en œuvre par le nouveau gouvernement.

Avec ce processus, l’Église va s’appauvrir mais aussi trouver une nouvelle liberté de parole, ce qui ne va pas être du luxe avec le triste paroissien que les Argentins ont porté à la Casa Rosada. Il a tout pour leur déplaire : vulgaire, insultant, inculte, anti-social, climato-sceptique, obsédé par le fric et l’enrichissement, vivant en concubinage et violemment opposé au pape François…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
Clarín réserve son article en ligne à ses abonnés.

jeudi 28 décembre 2023

Une loi « Omnibus » qui menace gravement la culture [Actu]

La Prensa a choisi pour sa une cette photo
de la remise de la lourde caisse
contenant le projet de loi
La Prensa est le seul quotidien qui évoque
la figure de Jacques Delors ce matin
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Le président Javier Mileí vient de déposer sur le bureau du Congrès, convoqué en session extraordinaire pour janvier, traditionnellement le premier mois des grandes vacances d’été, un projet de loi de 664 articles, rien de moins, pour continuer d’annuler ou d’amoindrir la portée d’un siècle de lutte démocratique en vue de réguler les activités économiques du pays et de doter la République d’institutions qui ont favorisé le développement du secteur non marchand, notamment la culture, l’éducation et la santé, qui font de l’Argentine le géant régional qu’elle est devenue avec son taux d’alphabétisme et de diplômés, ses prix Nobel en pagaille et ses artistes reconnus sur tout le continent et pour certains dans le monde entier, à la différence de ses voisins qui n’ont rien de tout cela, pas même l’immense Brésil voisin.

Tout cela rayé d’un trait de plume avec ce projet si dense qu’il sera impossible d’en débattre convenablement. Or c’est bien là l’intention du président qu’il soit adopté sans examen approfondi. Avant-hier, Mileí est allé jusqu’à menacer le Congrès de recourir à un référendum si son projet n’était pas adopté en quatrième vitesse. Chiche !

"Nous ne sommes pas la caste [des gouvernants],
nous sommes les travailleurs", dit le gros titre
de Página/12 avec cette photo de la manifestation
d'hier devant le palais de justice
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Au regard des amples manifestations qui se succèdent dans le pays depuis Noël et de la prise de conscience d’un bon nombre d’électeurs qui se réveillent douloureusement après avoir voté pour lui parce qu’ils étaient aveuglés par la colère et croyaient le gouvernement en place responsable de tout (comme si un exécutif quel qu’il soit disposait d’une baguette magique qu’il aurait oubliée dans un coin de vestiaire), le résultat d’une telle consultation pourrait bien se retourner contre son promoteur, qui, pour casser toute la société argentine, tente, vainement, de se couvrir en ce moment d’une figure historique, celle du père de la Constitution, un juriste, homme de lettres et compositeur des plus distingués et des plus prudents, Juan Baustita Alberdi (Tucumán, 1810 - Neuilly-sur Seine, 1884).


Dans cette délirante avalanche de mesures législatives, Mileí a empilé les articles qui, s’ils sont adoptés, détruiront d’importantes structures culturelles et artistiques du pays : le Fonds national des Arts, l’Institut national de la Musique, récemment obtenu de haute et longue lutte par la profession réunie tous styles confondus, son équivalent pour le théâtre (beaucoup plus ancien), le marché du livre qui dispose d’une loi de type loi Lang, qui, comme en France, protège le prix de vente du livre et par conséquent l’existence des petites librairies et des petits éditeurs (sans parler des auteurs), les bibliothèques populaires représentées et défendues par une commission nationale (menacée de disparaître) et l’INCAA, l’institut national du cinéma et des arts audiovisuels, qui perdrait ses financements publics alors qu’il fait exister un cinéma national dans le cadre d’une sorte d’exception culturelle, comme la France, à l’initiative de Jack Lang, s’en est elle aussi dotée, il y a de nombreuses années, avec le succès que l’on sait pour son cinéma, toujours bien vivant en Europe alors que dans les autres pays du continent, il a bien du mal à survivre. Les derniers grands succès internationaux du Septième Art argentin sont des films qui ont bénéficié du soutien de l’institut.

En gros titre : quelques unes des 664 mesures
du projet de loi Omnibus
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Il est donc à craindre une mise à mort d’une grande partie de l’impressionnant dynamisme culturel argentin et une disparition partielle ou totale du rayonnement dont il avait doté le pays, sur son continent comme en Espagne, voire ailleurs dans le monde mais à un degré moindre. Il ne restait plus qu’à mettre le turbo pour réussir à vaincre enfin cette barrière de la langue ! Et maintenant, ce gouvernement fait tout l’inverse.

Cet aspect-là de ce projet de loi, aussi scélérat qu’obèse, est surtout analysé et commenté par Página/12, les journaux de droite en faisant le cadet de leurs soucis… mais souci tout de même et il est juste de le noter car cela montre que le problème a été identifié même par la droite dotée de raison. Ainsi La Nación parle-t-elle ce matin de « tsunami » pour la culture, dangereusement menacée par la disparition du Fonds national des Arts.

Parmi les autres vandalismes contenus dans ce projet de loi, la privatisation du Banco de la Nación, l’entité commerciale mariée à l’autorité monétaire nationale (Banco Central de la República Argentina), et le retour, par une porte dérobée, de la loi de l’obéissance due (obediencia debida), une crapulerie qui, sous le ménemisme, accordait aux militaires et aux policiers, de tout niveau hiérarchique, l’impunité pour tous les crimes contre l’Humanité qu’ils ont commis, en toute connaissance de cause, sous la dernière dictature militaire (1976-1983) et pour lesquels plusieurs d’entre eux purgent actuellement de longues peines de prison quand ce n’est pas une condamnation à vie (voir l’article de Página/12 à ce sujet dans l’édition d’aujourd’hui).

Même politique ici : sous la photo, quelques
unes des mesures contenues dans le gros dossier
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D’autres modifications substantielles introduites par ce projet de loi visent à supprimer certains instruments de protection des petites filles et des femmes majeures et de lutte contre les violences domestiques, dont les tout premiers avaient été mis en place par l’action énergique et volontariste de Eva Perón, en avance sur son temps et disparue il y a déjà plus de soixante-dix ans ! Où Mileí, qui n’est pas à une incohérence près, rejoint donc Poutine, qu’il voue pourtant aux gémonies pour la guerre contre l’Ukraine, puisqu’à son exemple, il entend accorder de nouveau aux hommes la liberté de battre leurs femmes… Comme quoi, avec lui, on ne blague pas avec les libertés des Argentins. Celles des Argentines, en revanche, on s’en bat l’œil !

Dans le même ordre d’idées immondes, le champ de la légitime défense pourrait lui aussi s’élargir si le Congrès y donne sa bénédiction. Désormais, si le texte passe, on pourra aussi tuer quelqu’un qui s’en prend à des biens sans menacer la vie de qui que ce soit. Et ce n’est là que le début du mandat. Il a commencé il n’y a que dix-huit jours ! Que peut encore nous réserver la suite ?

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Pause austro-estivale [Activités de Barrio de Tango]

La grande plage de Mar del Plata au début de l'été
En pleine saison, vous ne trouvez pas un point pour y déployer votre serviette


Comme tous les ans à la même époque, ce sont les vacances d’été en Amérique du Sud et pour Barrio de Tango, un temps de pause plus ou moins tranquille…

Cette année, vue la rage du nouveau président à tout mettre sens dessus-dessous dans son pays, il est probable que mes « vacances » austro-estivales, que je passe toujours en hémisphère nord, risquent d’être sérieusement bousculées par l’actualité sociale et économique et que je devrais revenir sur ce blog plus souvent que les autres années pour vous tenir au courant des conséquences catastrophiques de la politique de cet ostrogoth.

Néanmoins, je vais tâcher de mettre à profit comme d’habitude cette période supposée plus calme pour me consacrer à d’autres projets. Les uns sont couronnés de succès, les autres n’ont pas cette chance mais on continue à créer. Cette année, je profite de l’été argentin pour me tourner vers un autre pays qui présente les mêmes enjeux que ceux qui me passionnent depuis plus de quinze ans dans le Cono Azul : les efforts d’un pays pour sortir de trois siècles de colonisation et construire un État moderne et démocratique, doté d’un patrimoine culturel, depuis la langue nationale jusqu’à la cuisine en passant par l’architecture, le théâtre et la musique, et cette conscience d’un avenir politique collectif qu’on appelle désormais d’une expression à la mode : l’identité nationale. Et cette fois-ci, cela ne se passe ni en 1810, ni en 1816, ni en 1880 mais sous nos yeux.

Vous avez reconnu l’Ukraine à travers laquelle je retrouve, en ce moment même, tous les phénomènes que j’ai étudiés à travers les figures historiques, politiques, militaires et intellectuelles de San Martín (1778-1850) et de Belgrano (1770-1820) et grâce aux textes magiques de Homero Manzi ou Horacio Ferrer comme des conteurs au fin fond des pampas et dans les vallées de Córdoba ou de San Luis : la volonté, la liberté, l’humour, le courage, l’inventivité, la richesse de la culture populaire, celui dont le peuple se nourrit et grâce à laquelle il parvient à repousser le désir d’annihilation du colonisateur, même si cette fois-ci ce n’est plus l’affreux roi Fernando Ⅶ mais le pseudo-tsar poutine (les Ukrainiens l’écrivent avec une minuscule, dont acte).

Mes fidèles lecteurs l’ont aussi compris depuis un moment : je me suis mise à l’apprentissage de l’ukrainien et j’ai maintenant accès à d’autres personnages extraordinaires qui ont nom Petro Mohyla (1596-1647), Ivan Mazepa (1639-1709) ou Mikhaïlo Hrouchevsky (1866-1934) ; à Байрактар News et Бункер (ça, c’est pour la pinte de rire quotidienne) et des musiciens comme Антитіла et d’autres qui prennent à bras le corps les enjeux politiques existentiels du moment…

Deux mois d’une virée à l’est avant de revenir vers l’ouest ou vers ce que Mileí en aura laissé… et sur ce point, je n’ai jamais été aussi inquiète pour tous mes amis là-bas !


© Denise Anne Clavilier


Retour à un rythme normal de publication au début mars, lorsque les Argentins feront leur rentrée.

D’ici là, il y aura plusieurs festivals à suivre (celui du chamamé au premier rang) et le carnaval pendant tout février.

mardi 26 décembre 2023

Virés ou en sursis : le triste Noël des salariés de l’État national [Actu]

Le gros titre est une citation d'un tango célèbre :
La casita de mis viejos (à écouter ici sur Todo Tango)
C'est le premier vers, signé par Enrique Cadícamo
"Me voici vaincu de retour chez mes parents"
(Ce tango fait partie du corpus de
Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins,
Editions du Jasmin, 2010
Voir l'article de une Página/12 sur le drame
des locataires chassés de chez eux par les nouvelles
règles de location de résidence
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Par un nouveau décret, le président vient de mettre fin à tous les contrats de travail publics signés pendant l’année 2023. Environ sept mille personnes perdent leur travail.

"Le gouvernement commence aujourd'hui
la réduction du personnel de l'Etat" dit le gros titre
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Les autres, qui ont signé leur contrat avant le 1er janvier de cette année, se voient accorder un délai de 90 jours pendant lesquels le gouvernement est censé les passer en revue avant de les licencier, de les maintenir à leur poste ou de les muter.

Clarín préfère taper sur l'opposition
au pouvoir dans la province de Buenos Aires
(certains impôts subissent de fortes augmentations)
En revanche, l'info sur l'interruption des contrats de travail
est traitée discrètement en haut de la colonne de droite
"Mileí licencie sept mille salariés publics embauchés en 2023"
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Ajoutez à cette situation tous les locataires qui sont maintenant à la merci de leur propriétaire qui peut exiger d’eux le règlement du loyer en dollar ou ne pas renouveler le bail, à moins qu’il ne le renouvelle que pour deux mois comme un précédent décret leur en donnera le droit lorsqu’il entrera pleinement en vigueur.

"Le gouvernement va licencier 7000 salariés publics
embauchés cette année", dit le gros titre
sur une photo des deux généraux iraniens
tués lors d'opérations ciblées par les Etats-Unis
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Actuellement, le décret n’est pas encore juridiquement opposable aux citoyens mais les propriétaires n’attendent pas qu’il le soit. Quel été se prépare !

Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de La Nación
Clarín en parle aussi mais son article en ligne est réservé aux abonnés.

jeudi 21 décembre 2023

Dérégulation à gogo [Actu]

C'est la seule une drôle et c'est la plus caustique.
Sous Mauricio Macri, Página/12 le caricaturait
comme le "birrey", entendez le "deux fois roi" mais aussi
le vice-roi d'Ancien Régime, avant l'indépendance.
Virey (vice-roi) est très proche, vocalement, de birrey
Là, ils font mieux : Mileí devient Mi ley (ma loi)
et cette fois, c'est exactement les deux mêmes syllabes.
Avec la couronne du sacre de Charles à Westminster en prime !
L'Angleterre !
L'image même, vue depuis la gauche surtout péroniste,
du libéralisme qui casse tout sur son passage !
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Hier, à la télévision publique, assis derrière le bureau présidentiel apporté dans le salon d’honneur de la Casa Rosada et entouré de tout son gouvernement (sauf la ministère des Affaires étrangères, qui se trouve à Paris pour négocier la dette du pays), lui vaguement ridicule à force de solennité et eux ressemblant à un tribunal de mafieux réunis autour du parrain, Javier Mileí a fait l’annonce des mesures qu’il prend par décret-ordonnance (DNU en Argentine) pour « reconstruire l’économie » du pays.

Le miroir de Ya es Ay
Ya : tout de suite (les hurlements des partisans de Mileí avant l'élection).
Ay : aïe ! (sans commentaire)
Dessin de Miguel Rep, aujourd'hui dans Página/12

Court-circuitant le Congrès, il annule 366 lois et décrets précédents, ce qui a aussitôt soulevé les doutes de nombreux juristes et constitutionnalistes un peu partout en Argentine, à commencer par l’ancien président, lui-même professeur d’université en droit pénal.

"La révolution libérale (enfin !)" prétend le gros titre
En-dessous, les manifestations : "Il y a eu des tensions
mais on a maintenu la paix"
Bandeau rouge : décret sur une urgence publique
étendue pendant deux ans
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Parmi les 366 règles qui disparaissent :

  • la période d’essai des contrats de travail passe de 3 à 8 mois et les indemnités de licenciement sont considérablement réduites ;
  • pour le logement, les contrats de location pourront être signés pour deux ans et les loyers pourront être réglés en dollars US (inutile de dire que de nombreux propriétaires exigeront cette devise en lieu et place du peso national) ;
  • les cotisations aux complémentaires de santé ne seront plus versées par les assurés aux syndicats, mutuelles et autres institutions sociales qui proposent ce service à leurs adhérents ;
  • quatre instruments de protection des producteurs et des consommateurs disparaissent : la loi sur la relation fournisseur-distributeur (ley de Abastecimiento), la loi dite des rayons de supermarché (ley de gondolas) qui établissait les règles régissant la vente en grande surface, la loi de la préférence nationale (une protection des producteurs locaux qui avaient la priorité de distribution sur le marché intérieur dans un pays encore très peu industrialisé) et l’Observatoire des Prix qui contrôlait le respect de la loi, celui des engagements des distributeurs et celui des accords qu’ils avaient signés, notamment ceux qui permettaient de proposer une gamme de produits à prix gelés sur deux mois, régulièrement renégociés entre tous les acteurs du marché avec la médiation des pouvoirs publics (Precios Cuidados devenu Precios Justos sous Alberto Fernández) ;
  • toutes les entreprises nationales sont transformées en sociétés anonymes en vue de leur privatisation prochaine (et en ce qui concerne Aerolíneas Argentinas, la compagnie aérienne a vocation à être vendue à ses salariés) ;
  • dérégulation de la production dans les secteurs du vin (on va boire n’importe quoi !), du sucre (nous avons intérêt à surveiller ce que nous mangeons si nos industries agro-alimentaires se fournissent en sucre argentin, ce que nous ignorons bien sûr) et de l’extraction minière (ainsi que du commerce des produits miniers) ;
  • dérégulation du commerce des pharmacies (les médicaments seront désormais des marchandises comme les autres, dans un pays où il y a eu récemment des scandales divers et variés dans ce secteur) ;

j’en passe et des meilleures !

Dessin de Erlich à la dernière page de Clarín ce matin
Elle : Où allons-nous dîner à Noël ?
Lui : "Parce qu'on va dîner à Noël ?
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Dans son allocution solennelle, le président n’a cité que trente mesures. Il en dérégule plus de dix fois plus.

En haut : Mileí dérégule l'économie avec un super-décret :
les loyers, les mutuelles, les privatisations et la réforme
du code du travail
En bas : Avec un grand déploiement de forces de l'ordre,
le défilé des auteurs de barrage routier a été maigre
et n'a pas coupé les rues
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Mileí n’avait pas fini que parler que les rues des grandes villes se sont remplies de manifestants chantant, hurlant et tapant sur des casseroles dans un protocole de manifestation que la ministre Patricia Bullrich avait pris la précaution de modifier par décret il y a quelques jours. Il est désormais interdit de bloquer les rues pour laisser passer un cortège (il faut donc défiler sur les trottoirs) et l’armée peut être appelée pour faire régner l’ordre. De plus, quiconque montera un barrage routier (une grande tradition de la revendication sociale qui gêne tout le monde, c’est vrai) se verra retirer les allocations qu’il touche. Or toutes les allocations sociales en Argentine sont accordées sous plafond de ressources et les plafonds en question ne sont pas très hauts. Ainsi donc ceux que toutes ces mesures vont frapper le plus durement sont ceux-là même qui sont susceptibles d’exprimer publiquement leur désaccord et que la ministre empêche donc de manifester (il faut dire aussi que ce sont souvent ceux qui ont voté pour Mileí au premier tour).

Aussitôt son allocution prononcée, le chef de l’État s’est donc de son côté précipité au centre de surveillance de la voie publique de Buenos Aires pour vérifier le bon déroulement des opérations de maintien de l’ordre dans la capitale, ce qui lui a valu des remerciements de Jorge Macri, le cousin de Mauricio, qui vient de prendre ses fonctions comme Chef du gouvernement (de droite) de la Ville Autonome de Buenos Aires.


A la fin, nous y sommes allés à deux seulement et ça ne suffit pas
pour violer le protocole
Dessin de El Niño Rodríguez dans Clarín
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Comme il avait aussi été annoncé par Román Riquelme dans le cadre des chicaneries judiciaires provoquées par Macri (Mauricio, cette fois) dans la tenue des élections du club Boca Juniors, le président de la Nation vient bel et bien d’annoncer que les clubs pourraient désormais devenir (s’ils le souhaitent, ils ne sont pas obligés) des sociétés commerciales sportives, dont il crée le statut par décret sans même l’ombre d’un début de commencement de débat parlementaire et donc démocratique. Autrement dit, si un club tombe demain entre les pattes d’un type comme Macri, il en fera une pompe à fric, comme c’est le cas en Europe, et accessoirement dans le cas précis de Macri, une plateforme de financement d’une campagne électorale en vue de protéger les intérêts de la droite affairiste. Et il est probable que le premier club qui va basculer dans ce nouveau statut entraînera peu à peu tous les autres derrière lui parce que la concurrence évoluera dans ce sens et c’en sera alors fini des bals à la bonne franquette où les joueurs professionnels se mêlent à la foule de leurs supporters, qui sont tous membres du club, des grands asados partagés sur la pelouse du stade pour la fête des supporters par les sociétaires, qu’ils habitent le quartier ou qu’ils viennent de l’autre bout de la ville pour l’occasion, des spectacles de fin d’année de leurs enfants sur le terrain avec les familles au grand complet dans les gradins et enfin du dispensaire où, tout au long de l’année, les sociétaires peuvent venir faire vérifier leur vue ou celle des personnes à leur charge (enfants, parents) et surveiller leur diabète gratuitement ou à moindre prix...

Le rôle du Congrès, où ce nouveau gouvernement ne dispose d’aucune majorité gouvernable et où Mileí n’a pas voulu tenter de monter la moindre coalition avec la droite libérale traditionnelle, se trouve de fait nié. La séparation des pouvoirs semble vouée à disparaître pendant ce mandat.


En haut : "Mileí lance par décret une réforme
draconienne des lois et des règlements"
En bas : "Une grosse opération a tenu à distance
le défilé des organisateurs de barrages routiers"
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Ce mega-DNU a été publié au journal officiel, le Boletín Oficial de la República Argentina, ce matin, à la première heure. Par conséquent, il est d’ores et déjà entré en vigueur.

"Celui qui barrage la route ne touche pas un sou", dit la formule en haut
Si on te contraint, tu peux porter plainte anonymement au 134
Annonce dans une des grandes gares de Buenos Aires

Les quatre années qui viennent ne promettent rien qui vaille. Pour ma part, je ne me rendrai pas cette année en Argentine faute de visibilité à six mois pour organiser quoi que ce soit pendant mon séjour sur place. Je suppose que mes correspondants là-bas sont incapables de prévoir quoi que ce soit avec plus de 48 h d’avance (je n’exagère pas en donnant ce chiffre, il faut le prendre au pied de la lettre). L’hiver 2022 avait déjà été si peu viable que, cette année, j’avais décidé de ne pas renouveler l’expérience, d’autant que la campagne électorale battait son plein à l’époque où je peux me rendre à Buenos Aires et s’ajoutait donc au chaos déjà gigantesque à lui tout seul de cette énième crise économique. Je n’ose pas trop m’imaginer ce que va être cet été qui commence là-bas sous de tels auspices et encore moins ce que pourra être l’année 2024.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Ce quotidien de droite doit sentir que la situation se présente mal car, à ma plus grande surprise, il rend compte des critiques des constitutionnalistes et de l’ex-président Alberto Fernández (!!!) : voir cet article
La Prensa, quant à elle, qui se félicite en une de toutes ces saines mesures socio-économiques, n’en attaque pas moins l’élu à travers un éditorial d’un archevêque émérite particulièrement réactionnaire, l’octogénaire Héctor Aguer, qui reproche au nouveau chef de l’État… de ne pas savoir faire correctement ni son signe de croix ni sa génuflexion et de s’intéresser au judaïsme plus qu’au catholicisme, qui est la religion d’État en Argentine (ce à quoi il y a longtemps qu’une grande majorité de citoyens ne prêtent plus attention, puisque la religion est désormais vécue comme une affaire d’adhésion spirituelle personnelle et non plus un enjeu politique collectif). Ce prélat pour le moins désagréable se scandalise que pour son investiture, Mileí ait fait organiser une cérémonie inter-religieuse à la primatiale, sur Plaza de Mayo (voyez l’horreur !), plutôt que le traditionnel catholico-catholique Te Deum ! Un article passablement nauséabond, il faut bien le dire, annoncé à la une du journal ce matin.