jeudi 12 mars 2020

Humour tanguero par temps de pandémie [Actu]

"Le monde, il lui manque un masque" [de chirurgien]

Página/12 ne perd que très rarement son sens de l'humour et ce matin, la rédaction détourne à la une une citation de Enrique Cadícamo (1900-1999), grand poète du tango, auteur de Al mundo le falta un tornillo (le monde, il lui manque une case) (1), décrivant les effets sociaux de la Grande Dépression de 1929 dans l’Argentine sous gouvernement putschiste en 1933 et enregistré par Carlos Gardel.

La rédaction de La Prensa a préféré faire dans le sensationnel

Écoutons le refrain de ce petit chef d’œuvre, qui n’a pas connu la gloire de Cambalache (Enrique Santos Discépolo) alors qu’il traite le même sujet avec autant de verve et d’humour (2).

Hoy se vive de prepo
y se duerme apurao.
Y la chiva hasta a Cristo
se la han afeitao…
Hoy se lleva a empeñar
al amigo más fiel,
nadie invita a morfar…
todo el mundo en el riel.
Al mundo le falta un tornillo
que venga un mecánico…
¿Pa' qué, che viejo?
Pa' ver si lo puede arreglar.
Enrique Cadícamo

Aujourd’hui, on vit de rapine
et on dort à crédit
et la barbe, on l’a rasée
même au Christ…
Aujourd’hui, on va mettre au clou
son meilleur ami.
Personne ne t’invite plus à bouffer.
Le monde entier part à vau-l'eau.
Le monde, il lui manque une case.
Faut appeler un dépanneur…
Et pourquoi faire, mon vieux ?
Ben ! pour voir s’il peut pas l’réparer.
Traduction © Denise Anne Clavilier

A écouter sur Todo Tango.

Clarín fait un choix plus raisonnable que La Prensa
mais assez flippant tout de même avec ce musée Reine Sofia
quasiment déserté par les visiteurs à Madrid
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L’Argentine et l’Uruguay sont atteints par le coronavirus et comme ici, les gouvernements prennent de nombreuses mesures pour ralentir la contagion interpersonnelle : restrictions d’accès au pays, annulation d’événements, mise en quarantaine obligatoire en Argentine pour toutes les personnes qui viennent de zones déjà infectées (c’est-à-dire à peu près tout ce qui n’est pas l’Amérique du Sud). En Argentine, les personnes qui rentrent d’une de ces zones et ne se conformeraient pas à une stricte réclusion à leur domicile encourent jusqu’à deux ans de prison pour un délit contre la sécurité publique. Par culture, les Argentins sont assez indisciplinés, mais maintenant ça ne rigole plus !
Les éditeurs envisagent d’annuler la Feria del Libro qui se tient tous les ans en avril et brasse beaucoup de monde, avec une grande promiscuité entre les visiteurs et les exposants qui se saluent par la traditionnelle et très chaleureuse accolade, même entre inconnus.
Comme en France, l’épiscopat argentin impose la communion à la main (ça va leur faire du bien, ça va moderniser un peu le rituel !) et suspend le geste de paix (qui passe par une poignée de main ou une étreinte).
En Uruguay, le tout nouveau ministre de la Santé vient de demander à ses compatriotes d’arrêter de partager le maté puisque tout le monde boit à la même bombilla. Un déchirement culturel et relationnel dans ce pays !
Il y a quelques jours, il y a eu un mort en Argentine, un monsieur de 64 ans qui revenait d’un séjour en France, et un musicien argentin établi en Espagne vient de succomber à Madrid...

Pour en savoir plus :
lire l’article de La Prensa sur la quarantaine obligatoire
lire l’article de Clarín sur la quarantaine



(1) Traduction littéraire : « au monde, il lui manque un tournevis ».
(2) Cambalache figure dans mon anthologie Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, Éditions du Jasmin, 2010.

L’Uruguay quitte l’UNASUR [Actu]

"Talvi [ministre des Affaires étrangères] se rendra à Washington
L'Uruguay a quitté l'UNASUR et décidé de revenir au TIAR"
Dans la colonne de gauche : "Malaise au Frente Amplio"
(Le FA est l'alliance de toute la gauche en Uruguay)

Le ministère des Affaires étrangères du tout nouveau gouvernement uruguayen vient d’annoncer que le pays quitte l’UNASUR, l’alliance politique continentale créée à l’initiative de Néstor Kirchner (Argentine) et Hugo Chávez (Venezuela), pour garantir l’indépendance des pays participants de l’influence des États-Unis sous administration républicaine (sous George Bush Jr.). C’est Tabaré Vázquez lors de son premier mandat présidentiel qui y avait fait adhérer son pays.

Le nouveau gouvernement uruguayen justifie sa décision par le fait que l’UNASUR serait une alliance politico-idéologique.

Par ailleurs, il interrompt le processus de retrait du TIAR, décidé par la majorité précédente (de gauche). Le TIAR est un traité international d’alliance régional qui place ses membres sous la domination stratégique des États-Unis. Selon l’actuelle majorité, le TIAR ne serait pas politico-idéologique mais purement factuel et opérationnel. Comme si les alliances internationales pouvaient être autre chose que politiques… Les lecteurs du quotidien La Répública semblent ne pas s’en laisser compter.

L'info est traité en bas de la colonne de droite
"Le ministère des Affaires étrangères annonce
le retrait de l'Unasur"
La photo centrale montre une galerie couverte en Italie du nord
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A chaque fois que la droite arrive au pouvoir en Amérique du Sud, la coopération internationale entre pays voisins s’effondre. Cette règle semble bien ne pas connaître d’exception. C'est un grand classique que les Sud-Américains résument ainsi : la gauche croit en la "Patria Grande" souhaitée par les Libérateurs de 1810-1820 tandis que la droite se replie sur la "Patria chica" (la petite patrie, celle qui correspond aux frontières actuelles des différents Etats).

Le nouveau ministre a annoncé par ailleurs un prochain voyage à Washington pour prendre contact avec son homologue.

Pour aller plus loin :
en Uruguay hier
en Argentine aujourd’hui
(curieusement le thème ne semble pas arrêter l’attention des autres titres de presse).

mardi 10 mars 2020

Les marches féministes du 8 mars – Article n° 6100 [Actu]

Dimanche, sur Plaza de Mayo, devant la cathédrale métropolitaine
(photo Reuters)
Tous les boucliers affichent des slogans ou des appartenances de gauche
Au centre, un bouclier qui réclame la séparation de l'Eglise et de l'Etat (1)

Les marches féministes se sont produites surtout hier pour capter plus d’attention dans l’opinion publique. Deux mots d’ordre dominaient : le droit à l’avortement, qui fera très prochainement l’objet d’un débat parlementaire dont l’issue semble assurée cette année, et la lutte contre la violence machiste (abus sexuels, harcèlement, viols et meurtres de genre).

"Non, c'est non" à la une de Página/12 dimanche

La presse du jour en parle peu, la quarantaine imposée à toute l’Italie l’emportant largement sur tout le reste, avec le virus qui a atteint l’Argentine il y a quelques jours, a déjà fait un mort, un monsieur de 64 ans qui rentrait de vacances en France, et menace la très délicate récupération économique du pays.

Une de Clarín hier
Le gros titre se comprend sans traduction
En haut, la marée féministe sur Plaza del Congreso
En bas, une photo de la gare ferroviaire de Milan
Sur la droite, un petit titre annonce 17 malades en Argentine
(la plupart venus d'Italie, où ces Argentins étaient allés
passer leurs vacances d'été austral)
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Les manifestations d’hier semblent pourtant avoir eu plus de succès que le rassemblement religieux et anti-avortement de Luján dimanche, si l’on en croit les photos qui montrent une foule débordant largement la place du Congrès à Buenos Aires tandis qu’elle ne débordait pas Plaza Belgrano à Luján.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Prensa (très hostile)
lire l’article de Página/12 aujourd’hui (le site Internet semble empêché de publier la une du jour)
lire l’article de La Nación



(1) Cette séparation de l'Eglise et de l'Etat est en route à l'initiative de l'épiscopat catholique argentin qui a entamé une longue réflexion pour réorganiser l'Eglise et ses nombreuses institutions sociales (écoles de toutes sortes, hôpitaux, dispensaires, réfectoires pour les plus démunis, maisons de retraite, etc.) sans le secours des actuelles subventions publiques, notamment du salaire des membres du clergé séculier.

La messe pour la vie à Luján [Actu]

"Réponse de l'Eglise au Gouvernement :
Il est injuste de dire que nous sommes des hypocrites"
(mais brandir le drapeau national plutôt que le foulard bleu ciel,
ce n'est pas super-franc du collier non plus)
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C’était un rendez-vous que la Conférence des Évêques d’Argentine avaient donné aux fidèles catholiques il y a plusieurs semaines : une grande messe dans le sanctuaire marial national pour la vie (c’est-à-dire contre la légalisation de l’avortement) en cette journée internationale des droits des femmes, qui était aussi le deuxième dimanche de Carême.

"Coup d'envoi"
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Si le slogan officiel était consensuel (oui à la femme, oui à la vie), la foule rassemblée l’était un peu moins. On a en particulier revu cet affreuses effigie de carton-pâte représentant un fœtus humain et flottant comme un ballon au-dessus de la place au milieu de centaines de drapeaux nationaux, qui avaient été préférés par les célébrants au trop polémique foulard bleu ciel, pendant « pro-life » du foulard vert, brandi par les militantes (et militants) du droit à l’avortement. Et l’utilisation de cette très laide effigie géante est d’autant plus contestable que le droit à l’avortement ne vise pas des fœtus mais des embryons de huit semaines, dans lesquels la figure humaine est nettement moins reconnaissable, très loin donc de ce fœtus arrivé presque à terme. Cette différence ne constitue certainement pas un argument dans la débat éthique en question mais l’utilisation incessante de cette effigie pa ces militants qui se disent pro-life et sont si souvent favorables à la violence quand elle émane de la police (et en Argentine lorsqu’elle a pu venir de l’armée contre les citoyens) met en évidence leur volonté de manipuler l’opinion publique en faisant appel à ses émotions et à une identification d’ordre sentimental plutôt qu’à une réflexion citoyenne et rationnelle. Odieux !

"L'Eglise rejette durement le projet sur l'avortement
et les critiques [que lui fait] le président"
La Nación a pourtant préféré publier une photo
de la place Saint-Pierre presque vide
à l'heure de l'Angélus dimanche midi
pour cause de covid-19

Quoi qu’il en soit, la foule était bien au rendez-vous et la place Belgrano, la seule plaza mayor coloniale conservée dans son jus dans toute l’Argentine, était remplie comme en atteste la une de Clarín. Le discours officiel ne semble pas avoir été aussi violent que veut bien le dire Página/12, qui cite même dans son article sa bête noire, Monseigneur Héctor Aguer, un dur de l’aile conservatrice et même réactionnaire de l’Église argentine, comme « évêque de La Plata » (1). Néanmoins, c’est bien officiellement que les organisateurs ont repris la phrase si polémique du pape lorsqu’au cours d’une audience générale sur la place Saint-Pierre il a comparé le recours à l’avortement avec celui d’un tueur à gage (2).

Pendant ce temps, les partisans d’une évolution de la loi manifestaient dans de nombreuses capitales provinciales et à Buenos Aires, ils s’étaient rassemblés sur Plaza de Mayo devant la façade de la cathédrale pour un chahut démonstratif et des slogans aussi provocants. Mais les grandes manifestations féministes se déroulent aujourd’hui pour être plus visibles qu’un dimanche.

"On nous doit une vie"
l'un des slogans féministes affichés par Página/12
pour ne pas montrer en une d'images de Luján

Le projet de loi légalisant l’avortement devrait arriver cette semaine sur le bureau de la Chambre des Députés. Eu égard à la composition du Congrès, la loi devrait passer sans difficulté après un débat où l’opposition va crier très fort mais où elle devrait avoir du mal à débaucher les élus de la majorité qu’il lui faudrait rassembler pour faire échec au projet.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Prensa (le journal d’inspiration catholique)



(1) Ce qu’il n’est plus depuis un bon moment. Il a atteint la limite d’âge et a été remplacé dans la mission d’archevêque (et non d’évêque) par un prélat plus jeune, beaucoup plus ouvert et dans la ligne pastorale de François.
(2) Là encore, Página/12 montre toute son ignorance des affaires religieuses en parlant d’une messe. Les journalistes français, y compris de droite, sont tout aussi ignares et disent autant d’âneries sur le sujet.

vendredi 6 mars 2020

Aerolíneas Argentinas fête ses 70 ans [Actu]

Photo Aerolíneas Argentinas

Aerolíneas Argentinas, redevenu une compagnie nationale sous le mandat de Cristina Kirchner, est née le 7 décembre 1950 de la fusion, décrétée par Juan Domingo Perón, de quatre entreprises d’aviation, d’où le pluriel du nom de l’entité qui en est sortie.

La compagnie lance donc l’année en changeant son logo : le condor bleu, légèrement redessiné, semble traverser un énorme chiffre.


L’actuelle majorité au pouvoir veut mettre toute son énergie à redynamiser cette entreprise publique qui a beaucoup souffert de l’abandon voulu par la droite néolibérale qui vient de quitter les affaires. On vise à améliorer la balance commerciale et à récupérer autant que faire se pourra les routes aériennes qui ont été perdues pendant les quatre ans qui viennent de s’écouler.

Pour en savoir plus :

mercredi 4 mars 2020

Conférence à la Fondation Napoléon : San Martín, vainqueur des Andes et Fondateur de la Liberté du Pérou [ici]

Le jeudi 26 mars 2020, à 18 h, je donnerai à la Fondation Napoléon, 7 rue Geoffroy Saint-Hilaire, Paris 5 (M° Gobelins), une conférence sur le général José de San Martín, né en Argentine en 1778 et mort en France, à Boulogne-sur-Mer, en 1850.
La conférence est organisée en partenariat par le Souvenir Napoléonien et le CECUPE (Centre Culturel du Pérou en France), qui prépare le bicentenaire de l’indépendance de ce pays et commence avec cette conférence son Camino al Bicentenario.
L’entrée est libre et gratuite mais l’inscription est impérative pour la bonne utilisation de la salle mise à disposition par la Fondation Napoléon.


De San Martín, le 3 septembre 1850, la Gazette de Lausanne écrivait :

« Les journaux ont annoncé la mort du général San Martín, à Boulogne-sur-Mer, l’un des plus grands citoyens qui soient sortis des révolutions de l’Amérique du Sud. On n’a pas été plus brave et plus habile sur le champ de bataille, plus sage et plus capable dans les conseils ; aucune vie politique n’offre l’exemple d’une plus complète abnégation et d’un patriotisme plus modeste et plus pur. »

De 1812 à 1822, San Martín, formé en Espagne dans l’épopée napoléonienne, a en effet conçu et mené une campagne émancipatrice à l’échelle de l’Amérique du Sud : après avoir assuré l’indépendance de l’Argentine jusqu’en 1816, il a traversé les Andes en armes pour libérer le Chili en 1817 et pris la mer en 1820 pour aller donner sa liberté au Pérou, qui lui accorda en 1822 ce titre de Fondateur inscrit sur son acte de décès (17 août 1850).
Manquant de tout, cadres, manufactures, échanges commerciaux, arsenaux, il parvint à bâtir une armée « petite, disciplinée et manœuvrable ». De son spectaculaire passage des Andes jusqu’au solennel retour des cendres à Buenos Aires en 1880, il a joui en Europe d’une notoriété qui égalait celle des plus grands.

La conférence sera suivie d’une vente-dédicace de mes ouvrages sur la culture et l’histoire argentine par les Éditions du Jasmin, jusqu’à 19h30, heure à laquelle les locaux doivent être fermés pour la nuit.

Inscription préalable indispensable par mail auprès du Délégué du Souvenir Napoléonien Paris-Ile de France, Monsieur Michel Inglebert (souvnap.idf#numericable.fr). Indiquez-lui votre nom (et celui des personnes qui vous accompagnent) ainsi que le nombre de convives si vous souhaitez participer au dîner (voir ci-dessous).
Attention : les inscriptions seront prises dans leur ordre d'arrivée.
Nombre de places limité.
Si vous aviez un empêchement ultérieur : n’oubliez pas de le signaler à Michel Inglebert, afin qu’il puisse avertir les personnes inscrites en liste d’attente. Un grand merci pour votre compréhension et votre coopération.

Comme à la fin de presque toutes les conférences du Souvenir Napoléonien à Paris lorsque le ou la conférencier(ère) est disponible, l’association propose de prolonger la rencontre autour d’un dîner à la Brasserie Rico (à cinq minutes à pied).
La réservation (prénom, nom et mail ou portable) (1) doit être faite et réglée, avant le lundi 23 mars, par chèque libellé à l’ordre du Souvenir Napoléonien, à adresser par courrier au Délégué, notre grand organisateur (35 € par personne tout compris) (2).

Ajout du 9 mars 2020 :
Pour que notre vie culturelle et sociale puisse continuer son cours, au lieu d'avoir peur, soyons vigilants et respectons les consignes données par les pouvoirs publics partout et tout le temps.
C'est juste un pli à prendre. Cela n'a rien de difficile.




(1) Vos adresses mails et vos numéros de portable ne seront utilisés qu’en cas de besoin dans le cadre de cette soirée. Pour être informés des activités du Souvenir Napoléonien, vous devez adhérer ou suivre l’actualité des conférences données à l’Hôtel Cail (Mairie du 8e arrondissement) en ce qui concerne la délégation Paris-Ile de France. Les conférences à la Mairie du 8e sont ouvertes à tous ; les excursions, visites et voyages sont réservés aux adhérents.
Pour votre information : la prochaine conférence à la Mairie se tiendra le 19 mars à 18h et nous écouterons Jacques-Olivier Boudon, historien, professeur à l’université Paris IV Sorbonne et président de l’Institut Napoléon, qui nous donnera une conférence sur Le sexe sous l’Empire, titre de son dernier livre. Comme quoi, la Révolution Française avait déjà un petit air de Mai 68 !
(2) Adresse postale pour votre chèque : 22 rue du Mont-Cenis, 75018 Paris.

mardi 3 mars 2020

Página/12 interviewe quelques parolières de tango [à l’affiche]


La militance en faveur de l’avortement légal (symbolisé par le foulard vert) s’exprime aussi à travers le tango : c’est ce que démontre l’interview de cinq jeunes parolières (letristas) de tango que publie Página/12 en cette semaine qui doit s’achever sur deux manifestations célébrant le tango féminin : Tango Hembra (tango femelle) (1) les 6 et 7 mars et La Noche de las Pibas (la nuit des mômes), le 8 mars.

Ces jeunes parolières, qui sont souvent des musiciennes intégrées dans des formations professionnelles et qui font la une des pages culturelles de Página/12 ce matin, sont Victoria de Raimondo, Belén Canestari, Barbara Aguirre, Ana Sofía Stamponi et Juliana Manoukian. Leurs écrits parlent d’aujourd’hui, des problématiques féministes et politiques au sens grec de l’adjectif. Le tango a toujours été la voix de la cité. Il le redevient après avoir surmonté la crise piazzollienne, puisque Astor Piazzolla (dont on fêtera l'année prochaine le centenaire) avait tout écrasé sur son passage (bien aidé en cela par la situation politique en Argentine, entre dictature et impérialisme culturel états-unien).


Dans ce long article, toutes les cinq expliquent comment et pourquoi les enjeux qui traversent la société argentine trouvent écho dans leurs textes. A la fin de la semaine, Vanina Steiner (2), une tangologue féministe et moderniste qui avait, il y a quelques années, lancé la revue auto-éditée Tinta Roja, présentera son livre où elle les a réunies et qui a paru il y a environ six mois aux éditions homonymes : Mirada de Mujer (regard de femme).

A découvrir en lisant cette longue interview.

Ajout du 4 mars 2020 :
J'apprends par Solange Bazely que Vanina Steiner présentera ce livre le 4 juin 2020, à 18h30, à l'Institut Cervantes de Toulouse et qu'il sera très bientôt consultable dans la bibliothèque de cette institution.



(1) Une paraphrase de la célèbre définition : el tango es macho (le tango est viril), que l’on trouve dans la bouche de tant de musiciens et surtout de danseurs depuis que le tango existe, c’est-à-dire depuis plus d’un siècle.
(2) J’ai eu la chance de rencontrer Vanina Steiner à Toulouse, lors d’une édition du festival Tangopostale, et nous avons partagé l’animation d’une après-midi dans l’une des librairies de la vieille Ville Rose.

lundi 2 mars 2020

Luis Lacalle Pou a pris ses fonctions [Actu]

"Lacalle Pou promet de lutter pour le changement et la liberté"
On croirait entendre un slogan de Macri il y a quatre ans
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Le nouveau président uruguayen, Luis Lacalle Pou, a pris ses fonctions hier en prêtant serment à la constitution comme il convient. Il l’a fait en plein air et il a reçu l’écharpe présidentielle des mains de son prédécesseur avant de recevoir les honneurs militaires. Il a ensuite traversé la ville de Montevideo, debout à bord d’une voiture décapotable, avec à ses côtés la vice-présidente, Beatriz Argimón, la première femme élue à ce poste (1).

Supplément de La Répública d'hier
"Luis démarre"
Le président et la vice-présidente tout sourire au soir de l'élection
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Luis Lacalle Pou (droite) a promis de mettre en place une politique d’austérité, d’en finir avec la dette soi-disant accumulée par la majorité précédente et de faire la transparence (ça, ils le disent tous en arrivant, on l’attend donc aux actes). Étaient présents à l’inauguration de son mandat le président brésilien, qui a essuyé des sifflets en arrivant au parlement, et le président chilien, lui aussi fraîchement accueilli par une partie du public présent. Bolsonaro se promet une meilleure coopération internationale avec la nouvelle majorité uruguayenne. Lacalle Pou va mettre en place une politique libérale, favorable au capital et au patronat. Il risque de détruire la politique sociale de ses prédécesseurs, qui avait pourtant permis de réduire considérablement la pauvreté dans le pays.

El Observador hier
"Le chemin vers le pinacle"
Avec tout plein de photos du nouveau président à tous les âges

Les médias hégémoniques font la fête, comme on pouvait s’y attendre, tout en prédisant pour certains d’entre eux que la coalition des droites qui a permis ce succès électoral risque de se briser assez vite sur les écueils de l’exercice effectif du pouvoir. Il n’en reste pas moins vrai que la passation de pouvoir s’est passée dans la dignité entre le sortant et l’élu, pourtant opposés politiquement. L’Uruguay a montré une nouvelle fois sa maturité démocratique.

Supplément de La República aujourd'hui

Pour en savoir plus :
en Uruguay :
aujourd’hui
lire l’article de El Observador sur la cérémonie de passation du pouvoir
lire l’article de El Observador sur le portrait du président « qui sait danser le tango et veut continuer à pratiquer ses hobbies »
lire l’article de LR21 sur le nouveau duo à la tête du pays
hier
En Argentine
lire l’article de Página/12 (assez hostile d’emblée)
lire l’article de La Prensa (qui insiste sur les racines portègnes du nouveau mandataire uruguayen)



(1) Juste avant elle, la fonction était tenue par Lucía Topolansky, la femme de Pepe Mujica, mais elle n’a dû le poste qu’à la démission du vice-président élu à la suite d’un scandale.

Nouvelle saison pour Radio Nacional [à l’affiche]

Le siège de Radio Nacional dans la rue Maipú à Buenos Aires

Aujourd’hui Radio Nacional lance sa nouvelle grille de programmation sur ses différentes stations spécialisées (musique classique, folklore et rock). La station généraliste se lancera la semaine prochaine.

Héctor Larrea, un grand de la radio à l’échelle de tout le pays, animera une émission sur Folklórica. Gabriel Plaza, le chroniqueur tango de La Nación, interviendra lui aussi régulièrement à l’antenne, tout comme Christián Vitale, qui appartient lui à la rédaction de Página/12.

Sur AM 870 (l’équivalent de France Inter en France), on pourra écouter la journaliste Sandra Russo, connue pour son travail à Página/12 et dans le groupe Octubre.

Pour en savoir plus :
et écouter l’une ou l’autre chaîne, dont vous trouverez les liens dans la rubrique Ecouter dans la partie basse de la Colonne de droite, sur cet écran de Barrio de Tango.

Le discours de politique générale de Alberto Fernández [Actu]

"Ma parole, je lui donne valeur d'engagement", dit le gros titre
citant le président hier

Hier, Alberto Fernández a inauguré la session 2020 du Congrès argentin avec un discours de politique générale qui n’a pas comporté de surprise (Página/12 avait déjà tout annoncé). Il y aura donc bien des réformes du système judiciaire, une réforme des régimes spéciaux de retraites de fonctionnaires (les juges et les diplomates), un nouveau régime pénal (à base de procédure accusatoire pour donner le pouvoir plus aux parties et moins au juge, comme dans le droit anglo-saxon), une loi qui légalisera très prochainement l’avortement en le rendant gratuit pour toutes et un programme scolaire d’éducation sexuelle pour contribuer à limiter les grossesses non désirées et en particulier celles des adolescentes, un vrai fléau social et sanitaire dans le pays.

La une suffocante de Clarín :
il met en valeur la fermeture du Louvre à cause du covid-19
et se contente d'un gros titre sur le discours du président qui passe presque inaperçu
"Alberto a visé les juges et avance sur la légalisation de l'avortement"
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De plus, le gouvernement proposera trois lois pour relancer la réclamation territoriale sur l’archipel des Malouines (sous occupation britannique depuis janvier 1833) et élèvera au grade supérieur, à titre posthume, chacun des 44 sous-mariniers de l’ARA San Juan, perdu corps et bien dans l’Atlantique sud il y a un peu plus de deux ans (ce que Mauricio Macri n’a jamais envisagé ! C’est à n’y pas croire).

La Prensa quant à elle met les choses dans l'ordre normale
"Le futur [se construira] tous ensemble" :
citation du président dans le discours d'hier

Dans la presse, on analyse de manière opposée ce programme selon que le journal défend une ligne de gauche (Página/12) ou de droite (les autres).

"Fernández fera traiter rapidement le débat sur l'avortement
et met au défi le pouvoir de Comodoro Py"
(Comodoro Py est le siège du pouvoir judiciaire fédéral)

Pour aller plus loin :

dimanche 1 mars 2020

Les adieux de Tabaré Vázquez [Actu]

"Tabaré : symbole des rêves partagés"
(Remarquez l'utilisation du prénom en signe d'affection populaire)


Hier, 29 février 2020, le président uruguayen Tabaré Vázquez a pris congé de ses fonctions de chef d’État à la veille de la prestation de serment de son successeur et adversaire politique, Luis Lacalle Pou (droite réunie en coalition).

Auparavant, il avait accueilli le roi d’Espagne, arrivé hier. Aujourd’hui, arriveront les chefs d’État de la région ou leurs représentants. Alberto Fernández (Argentine), qui doit inaugurer aujourd’hui la nouvelle session du Congrès, envoie son ministre des Affaires étrangères, Felipe Solá.

Conformément à la tradition, à la fin de la célébration, il s’est vu remettre le drapeau national par le chef de sa garde militaire, issu du régiment des Blandengues, une unité de cavalerie très ancienne puisqu’elle fut fondée pendant la période coloniale et qui sert aujourd’hui d’escorte présidentielle (1).

Photo Leonardo Carreño pour El Observador
En arrière-plan, on voit un drapeau datant de la guerre d'indépendance :
celui de la Ligue des Peuples libres (Liga de los Pueblos Libres, dite aussi Liga Federal)
dirigée par José Artigas, le père fondateur de l'Uruguay

Beaucoup de militants de gauche s’étaient réunis pour applaudir celui qui avait porté la première politique sociale de l’histoire nationale il y a quinze ans au début de son premier mandat. Il a promis de continuer à militer dans les comités de base du Frente Amplio et a gardé tout au long de la cérémonie le haut degré de dignité qui ne l’a jamais quitté tout au long de ses deux présidences. Le même jour, son successeur a déjà montré sa différence en se la jouant gaucho dans un flot de clichés « campagnards »… On verra cet après-midi comment se passe la cérémonie de passation de pouvoir.

Pour aller plus loin :
lire le supplément d’hommage mis à disposition en ligne par La República
En Argentine : lire l’article de Página/12, qui déplore la fin de 15 ans du Frente Amplio au pouvoir de l’autre côté du Río de la Plata.



(1) Pour l’anecdote, le plus jeune des nombreux frères et sœurs de Manuel Belgrano, Agustín Leoncio, servait dans ce régiment au moment où la révolution a éclaté à Buenos Aires, le 25 mai 1810. Il est mort, sans que l’on sache de quoi, quelques jours après le 25 mai. Comme vous pouvez le voir sur la photo, l’uniforme a été reconstitué plus tard et les retroussis du début du 19e siècle (qui servaient à transporter les cartes d’état-major) ont été remplacés par de simples losanges rouges. Anachronisme fréquent en uniformologie sud-américaine lorsque les pays ont reconstitué les uniformes anciens. La même chose est arrivée en Argentine avec l’uniforme des Grenadiers à cheval (escorte présidentielle, là aussi).

Une productrice à la tête de la Chambre argentine d’industrie cinématographique [Actu]

Vanessa Ragone lors d'un cours (image Octubre TV)

La productrice et réalisatrice cinématographique et télévisuelle Vanessa Ragone, qui dirige deux maisons de production, vient de prendre la présidence de la CAIC, qui représente un secteur dominé par une vaste majorité d’hommes. Elle a participé à la coproduction du film argentin oscarisé, El secreto de sus ojos, de Juan José Campanella (2010), et au documentaire consacré à Horacio Salgán et à son fils, deux grands musiciens et pianistes du tango.

Vanessa Ragone est aussi enseignante, notamment à l’université de Buenos Aires (UBA), et scénariste. A l'INCAA (institut national du cinéma et des arts audiovisuels), elle a dirigé le département télévision.


Ce matin, elle accordait une interview à Página/12 qui se réjouit (et elle aussi) de cette vague de nominations féminines dans des postes à responsabilité au niveau national.

Cela laisse espérer que les promesses de campagne du président Alberto Fernández dans ce domaine ne resteront pas sans effet dans la réalité sociale du pays.

Pour aller plus loin :