dimanche 22 février 2009

Les activités du Museo Casa Carlos Gardel [à l'affiche]

En cette fin de la saison estivale, le Museo Casa Carlos Gardel, établi dans la dernière maison où vécut le chanteur à Buenos Aires et donc situé dans le quartier de l'Abasto, rue Jean Jaures 735, reçoit en ces deux derniers jeudis du mois de février le chanteur Esteban Riera, à 17h30. Le concert prend place dans un cycle appelé Mis tardes con Gardel (mes après-midis avec Gardel). L'entrée au spectable est comprise dans l'entrée au musée, d'un montant symbolique (1 $).

Esteban Riera est un jeune chanteur qui monte, comme on dit en français. Il est la voix de l'ensemble Vale Tango, fondé en 1999 par le pianiste Andrés Linetsky, l'un des musiciens, compositeurs et arrageurs d'un autre orchestre, El Arranque (beaucoup de musiciens appartiennent à plusieurs formations simultanément). Il y a peu, Esteban Riera a sorti un disque, Tal vez será su voz (peut-être c'est sa voix) (1). En ce moment, au Carnaval de Gualeguaychú, dans la Province de Entre Ríos (entre deux rivières), il est le principal chanteur de la Comparsa Los Papelitos (les confettis), dans ce qui est réputé être l'un des carnavals les plus spectaculaires de la région (2). Il se produit dans cette comparsa (3) tous les samedis de carnaval, jusqu'au 7 mars (le carnaval de Gualeguaychú dure plus d'un mois).

Esteban Riera a participé à de nombreux événements de prestige, comme les adieux de Julio Bocca, danseur classique argentin, qui fit une tournée mondiale en 2005-2006 avec un spectacle intitulé Boccatango, Cien años no es nada (100 ans, ce n'est pas rien), le spectacle qui marqua les 100 ans du Teatro Maipo à Buenos Aires, les festivals de Cosquín (qui accueille tous les genres musicaux argentins) et de La Falda (essentiellement consacré au tango). Vous pouvez le voir sur YouTube partageant la scène du feu Club del Vino à Palermo avec le Sexteto Raúl Garello. Vous pouvez aussi l'écouter sur la page My Space du groupe Vale Tango.

En ce moment, le musée propose aussi deux expositions thématiques, l'une sur le poète et dramaturge Alberto Vaccarezza (dans le cadre d'une série d'exposition intitulée Gardel y sus compositores) et une autre, intitulée Discos y partituras, 1912-1925 (Disques et partitions, 1912-1925). L'entrée au musée coûte donc 1$, sauf le mercredi (le musée est alors gratuit). Le Museo Casa Carlos Gardel dépend de la Ville de Buenos Aires. Il dispose d'un mini-site sur le portail de la capitale, où vous pouvez écouter quelques enregistrements cultes de Carlos Gardel et visionner quelques passages de ses films.

(1) Tal vez será su voz est le titre d'un tango de Lucio Demare et Homero Manzi écrit, composé, publié et créé en 1943. Ce titre est celui sous lequel il est le plus souvent connu de nos jours. C'est le titre qui est utilisé généralement sur les pochettes de disques. Pourtant son titre original était Tal vez será mi alcohol. En 1944, le gouvernement argentin institua une censure du lunfardo et de toutes les mauvaises moeurs qu'il était censé encourager et les références à l'ivresse, au suicide, à l'adultère, aux amours hors mariage, à la prostitution etc furent bannies des ondes, des disques, de la presse, de l'édition et des planches. Pour le gouvernement, un gouvernement de fait installé à la suite d'un coup d'Etat le 4 juin 1943, il s'agissait de rallier une certaine opinion bien pensante et sa caution morale qu'était l'Eglise, puisque ce gouvernement voulait garder l'Argentine hors du conflit mondial et avait besoin de l'appui le plus large en Argentine, étant donné le poids des pressions formidables que les Etats-Unis exerçaient alors sur tous les pays latino-américains pour obtenir leur engagement militaire. L'Eglise exigea cette mesure, particulièrement idiote, puisque, selon un dicton francophone, ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on fait baisser la fièvre. L'Eglise obtint gain de cause et les artistes furent contraints de faire disparaître de leurs oeuvres le lunfardo, les argentinismes et les descriptions trop crues d'une réalité que tout le monde avait pourtant sous les yeux. Cette censure officielle fut levée en 1949 et il ne resta plus qu'une censure endémique qui dura, elle, jusqu'en octobre 1983.
(2) Gualeguaychú est une ville argentine sise sur les rives de l'Uruguay, au nord de son embouchure dans le Río de la Plata. C'est une ville qui fait beaucoup parler d'elle depuis plusieurs années parce qu'elle commande un pont international, qui traverse l'Uruguay et relie donc l'Argentine et la République Orientale de l'Uruguay. Or ce pont est régulièrement occupé et bloqué par des commandos d'écologistes argentins qui protestent depuis des années d'abord contre l'installation et désormais contre le fonctionnement d'une papeterie finlandaise, Botnia, installée sur la rive uruguayenne. L'industrie papetière est très polluante et ces écologistes craignent pour l'avenir du fleuve. Gualeguaychú est devenu leur fortin et il ne se passe pas de semaine sans qu'ils organisent un happening quelconque pour attirer l'attention de la presse et relancer leur combat.
(3) Une comparsa est un groupe organisé qui participe aux défilés des différentes fêtes en Argentine et en Uruguay. Les défilés de carnaval mais aussi ceux de certaines fêtes patriotiques ou locales. C'est ce mot qui a servi de titre au plus célèbre tango du monde, La Cumparsita, composé comme une marche pour une comparsa, celle des étudiants de l'Université de Montevideo pour le carnaval de 1913 (selon les auteurs, la date varie de 1913 à 1917). Mais aussitôt après ce carnaval, le morceau tomba dans l'oubli et c'est Carlos Gardel qui le rendit populaire au niveau mondial en le chantant sur le texte de Pascual Contursi lors de sa première tournée en Europe en 1924 puis Juan D'Arienzo qui en fit le morceau rituel de la fin du bal (milonga) avec son arrangement de 1937.

vendredi 20 février 2009

Festival de tango argentin en terre arabophone [ici]

Jusqu'à présent, pour ne pas me laisser déborder par la tâche, j'ai veillé à ne pas sortir d'une zone de francophonie européenne (pour la rubrique ici). Si je ne me mettais pas des limites, je ne m'en sortirais pas. Mais là !
Comment ne pas faire écho à cet événement si riche d'espoir par les temps qui courent ?



D'ici quelques semaines, la capitale libanaise, Beyrouth, accueillira un véritable festival de tango-baile. Comme très souvent, de ce côté-ci de l'Atlantique, la danse sera l'axe de la manifestation. Ce sera, semble-t-il, le premier événement de cet ordre dans cette région, si passionnante et si douloureuse, qu'est le Moyen-Orient. Et l'affiche (c'est loin d'être toujours le cas) laisse présager de la qualité et de l'authentique.

L'orchestre invité, Silencio (du nom du tango de Gardel et Le Pera-Petterrossi), vaut le coup. L'affiche les annonce en formation de quatuor mais Silencio est en fait un vrai orchestre typique qui rassemble 11 musiciens, 10 instrumentistes et un chanteur (Omar Fernández). Les membres de cet ensemble viennent d'un peu partout, Argentine, Uruguay, Allemagne, Italie, USA et Cuba, et ce n'est pas très fréquent pour un bon orchestre de tango, soucieux d'authenticité. Tout en se montrant fidèles à la tradition de la Orquesta típica, ces musiciens se projettent géographiquement hors de l'estuaire natal du tango, comme l'indique leur site web, rédigé exclusivement en anglais. Leur sonorité propre et leur style, ils les construisent à travers une orchestration quelque peu hérétique puisqu'elle ajoute aux instruments traditionnels de la Típica (piano, bandonéon, violon et contrebasse) un orgue électronique et une clarinette basse, venus de l'univers du jazz et du swing à la Glenn Miller. Le résultat a du caractère et se révèle musicalement tout ce qu'on fait de plus orthodoxe ! Leur musique est à découvrir sur leur site puis d'ici quelques jours sous les cèdres millénaires du Liban, comme le dit le slogan de la manifestation... L'orchestre Silencio a déjà enregistré deux disques et ils en préparent un troisième.

Côté danse, l'organisateur du festival, Mazen Kiwan, lui-même professeur, a invité parmi les enseignants un danseur et prof de renom international : el Pajaro (l'oiseau), de son vrai nom Diego Riemer, qui sera à Beyrouth avec sa nouvelle partenaire, Belén Giachello. J'ai moi-même eu la chance de suivre, durant l'été 2005, à Paris, plusieurs cours de El Pajaro. Je garde le souvenir d'un excellent professeur et d'un homme très agréable. Il est argentin et parle un français exceptionnel. Je me souviens d'un look pour le moins inattendu : carrure d'hercule de foire et queue de cheval lui descendant jusqu'au milieu du dos. Un danseur somptueux, comme vous pourrez en juger sur cette démonstration disponible sur YouTube (Farol, dansé par El Pajaro y Belén). En août 2007, lors de notre rencontre à Buenos Aires, le peintre Chilo Tulissi (voir le site chilotulissi) m'a demandé à brûle-pourpoint si je connaissais El Pajaro. Il se trouvait que oui. Et j'ai ainsi appris qu'ils se connaissaient bien tous les deux, Chilo ayant vu naître Diego... Le monde du tango est vraiment bien fait.

Toutes les informations en français (et en anglais) sur ce premier festival de tango à Beyrouth sur le site du festival tangolebanon. Vous pouvez aussi consulter le site du magazine montpelliérain Toutango qui en est partenaire (lien en Colonne de droite, rubrique Eh bien dansez maintenant !)
A voir aussi dans la Colonne de droite de Barrio de Tango, les raccourcis danse et musiciens (rubrique Les artistes).

La rentrée du Tango Criollo Club [à l’affiche]

Extrait d'un article du quotidien La Plata

Les mails d’Alorsa, j’adore.
Les fidèles lecteurs de Barrio de Tango savent de qui je veux parler. Pour ceux qui débarquent, j’explique : Alorsa est le cantautor (comme on dit là-bas, auteur-compositeur-interpréte en français) du groupe La Guardia Hereje (la Garde Hérétique, par référence combinée aux deux groupes qui ont marqué les débuts du tango, la Guardia Vieja et la Guardia Nueva, et à l’oeuvre du poète Evaristo Carriego, dont un recueil s’intitule Misas herejes).

Ces mails d’Alorsa sont toujours particulièrement farfelus ("piola", dit-on en lunfardo) et ce sont des produits de terroir, travaillés avec soin et amour, comme un vigneron indépendant vous bichonne son cru à partir d’un raisin récolté à flanc de coteau d’un petit bled ("pago") alsacien... Et le terroir d’Alorsa, c’est la ville de La Plata, la capitale provinciale de la Province de Buenos Aires. Alors, en lisant ces mails, j’apprends des tas de trucs sur la vie locale et je me prends une indispensable dose de rire... C’est pour ça que j’aime bien de temps en temps prendre celui de vous les traduire, au moins partiellement... Voilà la dernière cuvée, à l’heure des vendanges en Argentine.

el 7 de marzo vuelve la magia ¡¡...
no es david coperfield ¡¡...
no es el mago luas ¡¡...
La Guardia Hereje abre el Tango Criollo Club en La Plata todos los sabados de marzo y estan invitados La Chicana, el Yotivenco y La Fernandez Fierroapertura :
sabado 7 de marzo
La Guardia Hereje
22 h
(Alorsa)

Le 7 mars, c’est le retour de la magie !
Ce n’est pas David Coperfield !
Ce n’est pas Luas le Magicien !
(1)
La Guardia Hereje ouvre le Tango Criollo Club, à La Plata, tous les samedis de mars et nous avons invité La Chicana, El Yotivenco et La Fernández Fierro (2).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

*~*~*~*~*~*

lo pedís, lo tenés ¡¡¡ (pero si lo querés, pedilo ¡¡¡):
escribí a laguardiahereje@hotmail.com con asunto "disco de yapa" y recibiras el link para descargar un disco de TaNGOS Y OTRaS YERBaS en forma GRaTUITa, compacta, rapida y segura
naaa...que te via´cobrar ¡?
el cd en vivo lo podras conseguir en nuestros shows o en Jason de Pza Italia (La Plata) y seguramente pronto por correo a todo el pais, sino decidimos que se transforme en una reliquia anacronica e incunable
si, si, si...ya estamos preparando el proximo disco y otras sorpresas...
(Alorsa)

Tu le demandes, tu l’as ! (Mais si tu le veux, demande-le !)
Ecris à La Guardia Hereje avec en objet "Disco de Yapa" et tu recevras le lien pour télécharger un disque de
Tangos et autres herbes (3) de manière gratuite, serrée, rapide et sûre.
Ta ta ta ta ta ! Qu’est-ce que tu me parles de payer !?

Le CD enregistré en public (4) tu pourras te le procurer à la sortie du spectacle ou à Jason, sur la Plaza Italia à La Plata, et pour sûr, très bientôt, par courrier dans tout le pays (4). A moins que nous ne décidions d’en faire un relique anachronique et incunable....
Eh bien si ! Nous sommes en ce moment en train de préparer le prochain disque et d’autres surprises...
(Traduction Denise Anne Clavilier)

*~*~*~*~*~*

Et il termine avec cette pique qui n’a rien à voir avec la choucroute (5) et qui m’a fait hurler de rire :

nos vamos 3 meses y ya hay un negro en el poder ¡¡ ...no se los puede dejar solos , che ¡
crisis, eran las de antes ¡
(Alorsa)

Alors, on tourne le dos trois mois, et ça y est : il y a un Noir (6) au pouvoir ! Mais on ne peut vraiment pas vous laisser seuls, vous !
Des crises, celles d’avant, oui, ça, c'en était !
(Traduction Denise Anne Clavilier)



Dans la Colonne de droite, voir les raccourcis de la partie haute : ils vous proposent des choix thématiques parmi les articles du blog : A l'affiche, les chanteurs, La Plata...
La partie centrale vous présente un petit lexique des expressions typiques de la région (Argentine-Uruguay).
Dans la partie basse, les liens extérieurs, notamment aux sites des artistes, dont La Guardia Hereje, l'OTFF....

(1) El mago Luas est une vedette locale de La Plata, un magicien qui a fait les belles heures des matinées enfantines et de diverses émissions de télévision sur la ville et à travers la Province. En illustration, je vous ai mis sa photo, telle qu’elle est parue dans un article que le quotidien La Plata lui a consacré le 24 juillet 2005. Alorsa adore rappeler ces détails qui informent notre mémoire la plus intime, la plus dérisoire aussi (dans Clase 70, il aligne des marques, des exploits sportifs, des vedettes de télé, des gadgets passés de mode aujourd’hui : c’est un vrai délice en même temps qu’un casse-tête chinois à traduire, parce que nos repères, à nous Européens, sont tout autres). L’autre photo, à côté, c’est Alorsa tel que je l’ai photographié en août, sur la scène de la Sala Osvaldo Pugliese, au CCC Floreal Gorini, abondamment noyée sous les ballons ("globitos"), parce que c’était les 5 ans de Fractura Expuesta... (Voir article du 5ème anniversaire).
(2) La Chicana, c’est le groupe d’Acho Estol (guitariste et compositeur) et de la chanteuse Dolores Sola dont je vous ai déjà parlé. El Yotivenco est un autre groupe, dont le chanteur vedette est un jeune premier de téléfilms très à la mode et qui chante du tango depuis quelques années, Rodrigo de la Serna (je vous en ai parlé aussi). La Fernández Fierro, c’est la Orquesta Típica Fernández Fierro ou OTFF, orchestre coopératif installé dans le quartier de l’Abasto à Buenos Aires où il a son propre centre culturel, le CAFF. Je vous en ai déjà souvent parlé. La Chicana et la OTFF ont déjà été invités au Tango Criollo Club.
(3) "otras yerbas" : le mate, la boisson de la convivialité par excellence en Argentine, en Uruguay et dans quelques autres pays de la zone, se prépare à partir d’une feuille séchée et hachée qu’on appelle yerba mate ("l’herbe à mate", le mate étant le nom du récipient dans lequel on prépare et on boit cette infusion. Le breuvage est excessivement amer et donc très éloigné des goûts auxquels nous sommes habitués, nous les Européens).
L'opération Disco de Yapa avait déjà bien marché au mois de décembre (voir
l'article que je lui avais consacré un peu avant Noël).
(4) Alorsa fait ici allusion à un coffret auto-produit composé d’un CD et d’un DVD de 24 pistes chacun, qui reprennent deux shows enregistrés au Tango Criollo Club, un week-end, en public avec uniquement des morceaux de sa composition.
Ce coffret est disponible au Tango Criollo Club, à la librairie-disquerie Jason, à La Plata, ainsi qu’à la boutique du CCC Floreal Gorini à Buenos Aires.
Le disque à télécharger gratuitement a été enregistré en studio et reprend tous les morceaux musicaux du précédent, sans les récits sans musique qui ponctuent les spectacles, à savoir Te morfaste las facturas, Vuelve el Tango, El metejón, Al pan pan, La sonrisa del fasfud, Troyl, Petera et Tesperoaca (lire "Te espero aca", soit je t’attends). Comme c’est bien compliqué à La Plata de gérer des commandes et des paiements depuis la zone euro, pour nous, de ce côté-ci de l’Atlantique, nous devons nous contenter du disque gratuit ou prendre l’avion (Aerolineas depuis la plupart des capitales européennes, en direct ou via Madrid). L’adresse mail que je vous donne sous le lien dans l’article est la bonne. Vous pouvez donc écrire à Alorsa de ma part, il sera ravi de vous envoyer le lien (en espérant que votre configuration vous permettra de décompresser le dossier que vous récupérerez ainsi).
(5) "N’avoir rien à voir avec la choucroute" (francés popular hace solamente unos años) : nada que ver con el resto.
(6) Ici, Alorsa joue à fond sur tous les emplois de l’adjectif "negro". Vous pouvez lire au premier degré, c’est alors un propos raciste, gras et crétin au possible (il faudrait presque alors traduire par nègre ou par negro). Vous pouvez aussi, un degré en dessous, entendre "negro" comme une insulte très méprisante, sans aucun lien avec la couleur de la peau (crétin, abruti...). "Negro" peut aussi être utilisé à contrepied, comme en français on peut traiter de "pauvre idiot", de "petit crétin" ou d’"espèce d’abruti" quelqu’un devant qui on fond de tendresse, avec une très légère nuance moqueuse. C’est aussi un terme qui désigne les classes sociales les plus défavorisées, "les petits, les obscurs, les sans-grade". Et c’est enfin un authentique et puissant terme d’affection, qui exprime l’amitié, voire une admiration liée à un soupçon de familiarité (el negro Juárez, surnom du chanteur et compositeur Rubén Juárez) et dans un couple l’amoureux le plus fleur bleue (negro, negrito, negra, negrita).
Ceci une fois dit pour nourrir ma rubrique Jactance & Pinta qui mourrait de faim, pas besoin d’être grand sorcier pour comprendre que le propos d’Alorsa est en fait sans aucune ambiguïté. Cette exclamation sonne comme un cri d’enthousiasme pour la prise de fonction d’Obama. Et c’est une des grandes forces de son écriture que de pouvoir jouer ainsi de l’ambiguïté de cette langue orale sans que jamais l’auditeur ou le lecteur (pour autant qu’il ait un minimum de sensibilité au second degré) puisse douter du sens très précis de ce qu’il dit et de ce qu’il pense. Alorsa trouve que j’exagère quand je dis cela mais c’est un très grand poète.

Violentango et le duo Reinaudo-Argañaraz au Torcuato [à l’affiche]

Copie écran du site Web de Violentango


Le Centro Cultural Torcuato Tasso, grande institution culturelle du quartier de San Telmo, à Buenos Aires, accueillera mardi prochain, 24 février, à 21h15 une brochette de musiciens de première qualité. Quatre sont des guitaristes, un autre est multi-instrumentiste et le 6ème est bandonéoniste.

Violentango est un quatuor composé de deux guitaristes (Andrés Ortega et Juanma Lopez), un bandonéoniste (Adrián Ruggiero) (1) et d’un multi-instrumentiste (Santiago Córdoba). Leur répertoire mélange des classiques dans leur arrangement et des compositions originales.

Ils ont déjà deux disques à leur actif : 28 kg vinilo (28 kg de vinyle), concert en public du temps où ils étaient un trio (et où ils interprètent essentiellement des classiques : 9 de Julio, Nocturna de Julián Plaza, Milonga del Angel d’Astor Piazzolla, Los Mareados de Juan Carlos Cobián, el Choclo de Villoldo et le morceau imposé, le morceau que tout nouveau groupe se doit d’arranger à sa sauce, l’éternelle Cumparsita de Matos Rodríguez), le second, Buenos Aires 3 AM, est sorti en 2007 et comporte déjà trois morceaux de música propia (de leur propre composition) tout en reprenant Nocturna, El Choclo, La Cumparsita, Milonga del Angel, à quoi ils ont ajouté Canaro en París, Milonga de mis amores, A fuego lento et le très connu Libertango.
Ils disposent d’un site (encore en construction mais visitable, la photo jointe est une copie d’écran de leur page d’accueil) et d’une page My Space où vous pouvez les écouter.
Ils seront le 18 mars prochain au CCC Floreal Gorini, dans le cadre du cycle Tango del Miercoles.


Le duo Reinaudo-Argañaraz est un duo de guitaristes, deux guitaristes de très grand talent et qui travaillent beaucoup. Hernán Reinaudo est un cordobés (il est né dans la ville de Córdoba, dans l’Argentine intérieure) et c’est un guitariste réclamé par tout le monde. Il a parcouru l’Europe cet automne avec la tournée de Daniel Melingo et a continué sur sa lancée en faisant un petit tour Belgique-Pays-Bas-Allemagne-Suisse avec Néstor Tomassini et la violoniste belge Ananta Roosens, tandis qu’à Buenos Aires, la chanteuse Gabriela Novarro l’attendait de pied ferme pour boucler l’enregistrement de son nouveau disque (qui va sortir bientôt, j’espère). Son compagnon, Ariel Argañaraz est originaire de la banlieue sud de Buenos Aires, il a eu entre autres professeurs de guitare le Maestro Aníbal Arias à la Escuela de Música Popular de Avellaneda (district de la petite ceinture de la capitale argentine), il a accompagné de nombreux chanteurs dont Ariel Ardit, Javier Domínguez, Lidia Borda, Cristóbal Repetto et joué auprès d Maestro Ernesto Baffa, compositeur et maître du bandonéon... Quand leur programme surchargé leur en laisse le temps, ils se produisent ensemble et ont monté une page Myspace de leur duo. N’hésitez pas à cliquer sur le lien pour accéder à quelques morceaux et à deux vidéos...

Au Torcuato Tasso, Defensa 1535, mardi prochain, l’entrée est libre et gratuite (dans la limite des places disponibles, selon la formule consacrée).
Dans la Colonne de droite, retrouvez toute l'actualité sous l'intitulé A l'affiche. D'autres raccourcis pour vous orienter thématiquement à travers les articles de Barrio de Tango : les musiciens (rubrique Les artistes), San Telmo (rubrique Quelques quartiers, villes et lieux).
Dans la Colonne de droite, partie inférieure : les liens aux sites de nombreux artistes (rubriques Les Troesmas et Grillons, zorzales et autres cigales).



(1) Bon sang ne saurait mentir : Adrián Ruggiero est le fils d’Osvaldo Ruggiero, le premier bando et légendaire musicien de la Gran Orquesta Típica Osvaldo Pugliese, entré dans l’orchestre-coopérative tout jeunot, à la fondation de celui-ci en août 1939, au Café El Nacional, et qui s’en retira en 1968, pour aller fonder avec cinq autres compagnons, dont Julián Plaza et Victor Lavallen, le Sexteto Tango. Un départ qui affecta beaucoup Pugliese, sur le plan émotionnel et professionnel. Mais les deux hommes ne sont pas restés fâchés trop longtemps, ils ont fini par retrouver les relations d’affection et de confiance qui les avaient unis pendant près de 30 ans. Dans presque tous les textes, notamment les letras de tango, qui rendent hommage à Pugliese, vous verrez citer le nom d’Osvaldo Ruggiero tant son rôle à la tête du pupitre des bandonéons a marqué la vie et le style de l’orchestre....

jeudi 19 février 2009

María José Mentana reçue ce soir par Claudio Tagini [radio]

Photo tirée du site de l'artiste.

Ce sera sur ADN Tango, l’émission du jeudi à 18h (heure locale), que les fidèles lecteurs de Barrio de Tango commencent désormais à bien connaître. L’émission est audible le jour même, en direct ("en vivo"), puis toute la semaine sur sa propre page dans le site de Radio Sentidos, radio Web installée à Buenos Aires.

L’invitée de ce soir, María José Mentana, est une chanteuse, une animatrice de télévision et de radio (elle a présenté de très nombreuses émissions consacrées au tango depuis de nombreuses années sur différentes chaînes et différentes stations en Argentine mais aussi ailleurs en Amérique du Sud).

Elle exerce aussi comme professeur de chant à la Academia Nacional del Tango (à Buenos Aires). A la mi-2008, elle a sorti un nouveau disque, Por amor a Buenos Aires, dont j’ai parlé à ce moment-là (voir l'article Por amor a Buenos Aires [disques et livres]). Vous pouvez visiter son site, où vous pouvez l’écouter chanter (page Discografía) et la voir (il y a une ribambelle de clips de ses prestations scéniques, à Buenos Aires et en tournée dans le monde entier, sur la page Videos).

Elle sera à l’antenne ce soir pour parler de ce disque, de sa carrière (elle a rencontré tant et tant d’immenses artistes sur tant de plateaux et dans tant de studios !) et de son amour... pour Buenos Aires et pour sa suprême expression artistique qu’est le tango.

María José Mentana et Claudio Tagini dans le studio de Radio Sentidos (ajouté le 21 février)


Dans la Colonne de droite, la partie haute vous donne un certain nombre de raccourcis thématiques pour naviguer au milieu des 420 articles que compte déjà Barrio de Tango, dont les chanteurs, disques & livres, radio et télé.
Toute l’actualité des spectacles, concerts et autres shows de tango argentin (en Argentine et en Uruguay) est regroupée sous la mention A l’affiche. Le tango authentique du côté est de l’Atlantique (en Europe, donc) se trouve sous l’intitulé ici.
En partie basse de la Colonne de droite, vous trouverez les liens à de nombreux sites extérieurs, dont la Academia Nacional del Tango (où enseigne María José Mentana) et ADN Tango, sur lequel il vous suffit de cliquer pour écouter l’émission ("último programa").

mercredi 18 février 2009

Horacio Ferrer et Litto Nebbia sur Noticia Buena [radio]

Marcelo Villegas vient d’avertir l’ensemble de ses correspondants de la nouvelle mise à jour du site de Noticia Buena. Je vous répercute l’info, car il y a à nouveau des nouveautés qui valent le coup. Deux nouveautés importantes sur deux pages différentes du site (lien au site complet dans la rubrique Cambalache, en partie inférieure de la colonne de droite) :

Sur la page de Luis Alposta, baptisée Mosaïcos Porteños, un nouveau document historique. Cette fois, Luis nous parle du grand payador que fut Gabino Ezeiza et d’un festival auquel il assista et où il connut plusieurs descendants et parents du grand artiste (voir la photo jointe à son papier). Le document audio qui illustre l’article date de 1913 : c’est l’un des enregistrements de Gabino Ezeiza (1858-1916), considéré à son époque comme un des plus grands chanteurs du pays, sinon le plus grand. Ces enregistrements nous surprennent toujours : au-delà des grésillements et des souffles qu’on trouve toujours sur les disques de ce temps-là, l’esthétique des payadores n’est plus guère la nôtre. Vous pouvez aller écouter aussi, sur Todo Tango (colonne de droite, rubrique Ecouter, dans les liens externes), les voix de José Betinotti (1878-1915) et de Angel Villoldo (1861-1919), le compositeur de El Choclo, pour vous faire une petite idée de ce qu’était cette manière de chanter. Ignacio Corsini, comédien et chanteur contemporain de Carlos Gardel, aujourd’hui pratiquement inconnu des amateurs de tango dans le monde et qu’on n’entend quasiment jamais sur les ondes de la 2x4 (rubrique Ecouter), est resté dans la même veine interprétative que les grands devanciers. Mais Carlos Gardel, lui, s’en est progressivement éloigné et c’est donc à une autre esthétique qu’il a formé notre oreille. Dans le premier disque qu’il a enregistré en 1912, on entend qu’il chante encore comme eux. En 1917, lorsqu’il enregistre pour la première fois Mi noche triste, le premier tango-canción (tango à texte), on dénote déjà des changements dans sa technique vocale mais on est encore très loin de cette voix qui nous est familière et qui incarne pour nous le tango, sa voix des années 30, celle avec laquelle il chante Tomo y obligo puis Volver. Il avait tout changé, l’esthétique, la technique vocale, la musique, la place de la guitare... Et on comprend ainsi pourquoi les Argentins disent de Carlos Gardel qu’il a fondé le tango ("nuestro tango") et que quelqu’un comme Horacio Ferrer, qui l’admire profondément, affirme qu’il a tout inventé dans le genre...

Allez voir cette page, lire la mini-conférence de Luis Alposta sur la métempsychose (toujours passionnant, ces petits articles, nourris d’une érudition inouïe et réjouissante), parcourir le quatrain (pas trop compliqué) improvisé un jour par Gabino Ezeiza et écouter cette voix si particulière que nous ne connaissons pas sur Mosaicos Porteño en cliquant sur ce lien.

Le quatrain de Gabino Ezeiza (1).

Al que me mete en psicosis...
Al que me mete en psicosis
le digo en estilo vario...
por qué al mandarme el temita
no me mandó el diccionario.
Gabino Ezeiza

A celui qui me fourre de la psychose
A celui qui me fourre de la psychose
Je lui dis dans un autre style...
Pour quelle raison en m’envoyant ce petit thème
Il ne m’a pas envoyé un diccionnaire ?

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et comme je parlais de l’admiration d’Horacio Ferrer pour Carlos Gardel et son oeuvre de créateur originel du tango, pensez donc aussi à cliquer sur l’onglet Para escucharnos en los valores (pour nous entendre sur les valeurs). Marcelo Villegas a disposé 4 interviews d’une heure que je vous invite à savourer.

De ces quatre interviews, que Marcelo tire parfois de ses archives, il y en a deux qui concernent directement la passion qui nous réunit, moi qui écris et vous, derrière votre écran, qui lisez : le tango argentin.

La première est une interview d’Horacio Ferrer, enregistrée au moins en partie dans son bureau de la Academia Nacional del Tango (c’est facile à deviner, on entend, très très atténué, le bruit de la Avenida de Mayo, en léger bruit de fond. La Academia est située à quelques pas d’un feu rouge, donc le trafic automobile en bas, on l’entend toujours un peu, même fenêtre fermée). La seconde est une interview de Litto Nebbia, réalisée en 2007 au téléphone (ce qui fait que la voix de Litto Nebbia est un peu voilée, ça peut gêner la compréhension si vous débutez en argentin, mais vous n’aurez pas ce problème avec Horacio Ferrer : son impeccable et une diction particulière, tellement nette que c’en est un rêve pour l’apprenti argentinophone qui veut s’entraîner avant d’aller là-bas voir sur place comme c’est, le tango en liberté).

Les deux émissions sont accompagnées de morceaux musicaux. Rien que des Astor Piazzolla-Horacio Ferrer pour la première émission : La bicicleta blanca par Raúl Lavie, Chiquilín de Bachin par le Cuarteto Supai (en duo de chanteurs : une rareté !) et Balada para un loco, interprété par Roberto Goyeneche (sur la toute fin de sa vie) et Adriana Varela (dans un disque édité par Melopea). A ne pas louper, ce qu’Horacio Ferrer raconte de l’éducation reçue de ses parents et de ses fréquentations dans le quartier de son enfance, son déguisement tout gamin en Superman et le théâtre de marionnettes que sa mère l’avait aidé à construire, la découverte de la lecture par des cadeaux de son père, sa collaboration avec Astor Piazzolla, l’histoire de la fondation de la Academia en 1990 dont il voulait que ce soit un "Titanic qui ne coule pas" ("la métaphore est grossière et je sais très bien quand j’emploie des métaphores pleines de finesse et quand j’en utilise d’autres, plus vulgaires"), où tout le monde pourrait embarquer ("et si on a des choses à se dire, si quelqu’un n’est pas d’accord, il le dit mais à bord") et les conseils que Marcelo lui demande pour les jeunes qui rêvent de se lancer dans l’art ("écoute ton corps. C’est une machine rudement bien faite, l'organisme. Si ton corps te dit d’aller te coucher, fais-le. Et écoute ton âme. Très important d’écouter ton âme. C’et comme ça que tu découvriras ton destin et que tu pourras l’accomplir. Hacé caso al cuerpo. Hacé caso al alma. Et puis la maîtrise d’une technique. On n’est pas poète si on ne maîtrise pas la grammaire").

Pour illustrer l’émission consacrée à Litto Nebbia, Marcelo Villegas a choisi Distraidos (distraits) chanté par Litto Nebbia, La Balsa (le radeau), chanté par Litto Nebbia avec son groupe historique Los Gatos (les chats ou les rien du tout, il y a un double sens possible), Cosas sencillas (des choses simples), toujours chanté par Litto et pour finir un merveilleux tango de Enrique Cadícamo, La historia vuelve a repetirse, qui sert aussi de titre à un documentaire que Litto Nebbia a réalisé sur Cadícamo (disponible en format DVD chez Melopea).

Dans les points de l’émission qui ont particulièrement retenu mon attention et mon émotion : la grande variété des musiciens et des artistes qu’aime Litto, qui l’ont nourri esthétiquement et culturellement et l’ont aidé à accoucher de lui-même et de sa propre musique et son refus de hiérarchiser les genres musicaux ("c’est idiot. De la vulgarité, il y en a partout. De la qualité, de la sincérité, du coeur aussi"). Ce qu’il dit aujourd’hui de l’influence de l’argent dans la production musicale, de l’importance du profit qui lui fait préférer son artisanat personnel et son travail avec des gens qu’il respecte ("il faut arracher de la tête des jeunes que le succès vient de la chance alors qu'il faut travailler avec le coeur, avec l'âme"). Marcelo le fait enchaîner sur l’aventure de Melopea, la maison de disques qu’il a fondée en 1988 et où il édite, avec des petits moyens tout simples dans une modeste maison anonyme de Villa Urquiza, des gens de grand talent auxquels d'autres studios se refusent. Et l’heure se conclut sur les disques consacrés à Cadícamo (surtout le Nebbia canta a Cadícamo, dont était tiré le La Luz de un fósforo dont je vous parlais la semaine dernière au sujet de l’interview accordée à Marcelo par Roberto Fontanarrosa) et sur les trois derniers disques de Roberto Goyeneche que Litto lui fit enregistrer à la toute fin de sa vie, lorsqu’il était déjà bien atteint par la maladie qui devait l’emporter à 69 ans (en 1994), qu’il avait même des difficultés de respiration et que les autres, les labels et les organisateurs de spectacle l’avaient déjà enterré et ne le programmaient plus. Ces disques Melopea sont parmi les meilleurs de la discographie de El Polaco comme les Argentins le surnomment avec tendresse et respect.
J’espère que je vous ai donné envie d’aller écouter tout ça. Ne perdez pas trop de temps, Marcelo Villegas veille à renouveler souvent son site et comme il est riche en merveilles diverses et variées, il faut que ça tourne pour que tout y passe...

Dans la colonne de droite, en partie haute, les raccourcis internes vous permettent de sélectionner les articles que vous voulez lire selon les thématiques qui vous intéressent. Des thèmes connexes sont donc disponibles sous les intitulés Les chanteurs, les poètes, les Troesmas, radio.
Les mots-clés, en haut, entre titre et corps de l’article, vous offre aussi une pré-selection thématique.
Les articles sont aussi consultables dans l’ordre chronologiques dans les Archives de Barrio de Tango.
Enfin, la partie basse de la colonne de droite rassemble les liens externes, avec Melopea, avec la Academia Nacional del Tango, avec Todo Tango (le site encyclopédique dirigé par Ricardo García Blaya) avec encore plein d’autres radios et podcasts (très intéressants aussi).

(1) Lors d'un "contrapunto" de payadores (un concours d'impro), le public lançait un thème à l'artiste (ou aux concurrents quand c'était un tournoi) et celui-ci devait improviser sur l’instant une chanson qui fasse autant que faire se peut rire l’assistance. Ou le cas échéant la faire pleurer. Ici il s'agit de faire rire. "Mete en psicosis" se prononce comme "metempsicosis" lorsqu'on élide, comme on le fait couramment à l'oral, la finale de mete.

Cours de tango 2009 à la Casa de la Cultura [actu]

Demain, jeudi 19 février, se clôture la période d’inscription au cours de tango-danza (cours de danse de tango) dispensé de manière gratuite par la Casa de la Cultura, qui dépend du Ministère de la Culture du Gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires.

Ce cours est donné tous les ans, pendant l’année scolaire, sur trois niveaux techniques (débutants, intermédiaires et avancés) et il est ouvert à tous les âges.

Pour s’inscrire, chaque Portègne qui souhaite participer à l’activité doit se déplacer jusqu’à la Casa de la Cultura (qui se trouve à l’angle entre Avenida de Mayo et Plaza de Mayo, dans le quartier de Monserrat), muni d’une photocopie de sa carte d’identité, sur l’un des deux créneaux suivants : mardi 17 février et jeudi 19 février, entre 14h et 18h. Mieux vaut donc être en vacances, exercer une activité libérale ou free-lance pour être maître de son emploi du temps ou ne pas travailler du tout (être retraité par exemple), parce qu’à Buenos Aires, ces heures-là sont des heures classiques de bureau.
Les articles sur la danse dans Barrio de Tango sont accessibles en cliquant sur ce mot dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search entre titre et corps d'article.

Exposition Carlos Gardel - Les héritiers à Buenos Aires [à l’affiche]




Ce soir, la capitale argentine inaugure une exposition qui présente la plus importante collection jamais montrée au public d’objets et de documents ayant appartenu à Carlos Gardel et à sa mère, Berthe Gardés (appellée là-bas Doña Berta), tels qu’ils ont été transmis et conservé à travers un lignée d’héritiers un peu accidentée.

L’exposition se compose en fait de deux catégories d’objets : d’une part, des documents écrits (correspondance, factures, chèques, télégrammes, contrats, partitions...) et photographiques et, d’autre part, des objets de la vie quotidienne ayant appartenu à la mère et au fils.

A l’issue de l’exposition, les documents écrits seront mis à la disposition des chercheurs pour leurs études historiques et musicologiques.

Les objets, quant à eux, sont, à coup sûr, pour un bon nombre d’entre eux, authentiques et Dieu sait si à Buenos Aires, leur authentification revêt de la signification. Parce qu’il y a beaucoup de faux en circulation et parce que le lien de filiation entre Doña Berta et son rejeton, que plusieurs tribunaux ont pourtant confirmé, reste contesté par une partie des Uruguayens, tenants de la thèse dite uruguayenniste qui fait naître Carlos Gardel, à une date qui demeure mal établie et variable (ça dépend des versions) et au sein d’un arbre généalogique lui aussi sujet à de bien des variations, à Tacuarembo ou dans le département homonyme, situé au nord de l’Uruguay. Ainsi les Argentins portent beaucoup d’attention aux détails qui valident l’authenticité des objets, comme les initiales (BG ou CG) qui furent portées sur eux, ou cette étiquette tragique qui indique "Medellín", sur une boîte en bois où est rangé tout le matériel pédagogique, disques et fiches, qu’utilisait Gardel pour apprendre l’anglais à l’époque de sa mort. En 1935, en effet, une belle carrière musicale et cinématographique de latin lover lui semblait promise à New York (et peut-être à Hollywood). Il travaillait donc son anglais d’arrache-pied, comme on le voit et comme on peut l’entendre dans El Tango en Broadway (tourné en 1934) ou El Día que me quieras et Tango Bar (tous deux tournés en 1935). L’étiquette Medellín a sans nul doute été collée là après l’accident, lorsque les Colombiens ont rassemblé tout ce que l’incendie de cet avion n’avait pas détruit des bagages de Gardel et de son entourage. Au Museo Mundial del Tango (Academia Nacional del Tango, entrée par Rivadavia 833), on peut voir des documents mangés par le feu, retrouvés près du corps de Gardel, lorsque les pompiers ont pu extraire les corps des victimes des décombres fumant des deux avions qui venaient de se percuter...

D’autres objets sont attribués à Gardel ou à sa mère sans qu’on puisse vraiment tracer leur cheminement : on touche là à un "trafic de reliques" digne du meilleur Moyen-Age européen, quand abondaient les échardes de la vraie Croix, les épines de la vraie Couronne et même une ribambelle de crânes de St François d’Assise ou de St Jean-Baptiste... enfants. Parmi ces objets douteux, figure un drapeau français, parce qu’un ami personnel de Gardel, par ailleurs tout à fait fiable, racontait souvent après 1943, après la disparition de Doña Berta, que cette dernière avait l’habitude de mettre le drapeau français à côté de celui de l’Argentine pour les grandes fêtes. Peut-être est-ce vrai après 14-18 mais il y a dans cette histoire des ressemblances frappantes avec ces anecdotes apocryphes avec lesquelles les Argentins narguent leurs voisins Uruguayens et moquent leur attachement indéfectible à la légende de Tacuarembo. Il faut dire aussi que la légende de Tacuarembo, les Argentins, ça les agace !

Dans un article précédent, intitulé Carlos Gardel, plus qu’un chanteur, un mythe, je vous ai un peu raconté l’histoire compliquée de la reconstitution de sa naissance, parce qu’il a utilisé une fausse identité pendant les 10 dernières années de sa vie, pour cacher aux autorités françaises son statut juridique de déserteur (pendant la Grande Guerre). Dans cet article, je vous traduisais quelques paragraphes de son testament autographe où il avait fait de sa mère son unique héritière à la fin 1933, à la veille d’une longue tournée mondiale qui devait durer 2 ans et qui s’interrompit en fait à Medellín, entre Bogotá et Calí, le 24 juin 1935.
Elle même fit de Enrique Delfino son héritier universel. Enrique Delfino avait été le dernier fondé de pouvoir de son fils, c’est lui qui a avait suggéré à Gardel d’établir un testament avant de partir en tournée (on ne sait jamais, 2 ans, c’est long), c’est lui qui était allé la chercher à Toulouse où l’annonce de l’accident l’avait surprise, en juin 35, lui qui l’avait raccompagnée jusqu’à Buenos Aires, lui qui l’avait assistée dans toutes ses démarches administratives après la catastrophe. Enrique Delfino à son tour désigna José Razzano comme héritier d’un certain nombre de droits d’auteur de Gardel, en dépit de l’attitude assez peu franche que l’ex-partenaire de Carlitos avait eu après le décès de celui-ci (1) mais Razzano connaissait alors une mauvaise passe, les droits de Gardel le remontèrent. Ces droits qui passèrent à sa mort en 1960 à ses filles (et qui ont disparu en juin 2005, 70 ans après la mort du compositeur).
Pour ses biens matériels (dont les documents et objets personnels légués par Doña Berta), Enrique Delfino désigna héritière son épouse, Adela Blasco, qui elle-même les légua à une jeune amie qu’elle considérait comme sa fille, Nuria de Fortuny. En 2004, lorsque Nuria de Fortuny résolut de vendre une maison où tout était conservé, ce trésor de souvenirs sortit de l’oubli à l'occasion du déménagement et alla s’entasser dans le petit appartement où la vieille dame vécut ses dernières années. Nuria de Fortuny est elle-même décédée l’année dernière, à l’âge de 93 ans, et c’est la gestion de sa succession qui permet aujourd’hui de réaliser cette exposition.

Le vernissage a lieu ce soir. L’ouverture au public commence le 23 février. L’exposition est à voir au Grand Boulevard Hotel, Bernardo de Irigoyen 432, à Monserrat (à quelques centaines de mètres de l’Obélisque, le long de la avenida 9 de Julio). Les horaires d’ouverture, ce sera le soir de 19h à 22h.

Tous les articles relatifs à Gardel (y compris celui-ci) sont accessibles par le raccourci de la rubrique Les artistes (colonne de droite, partie haute).
Il existe à Buenos Aires un musée consacré à Carlos Gardel, dont la photo ci-jointe montre un des panneaux extérieurs. Tous les articles que j'ai consacré à ce musée sous l'intitulé Museo Casa Carlos Gardel dans la rubrique Quelques quartiers, villes et lieux.
Dans la rubrique Tangoscope, vous pouvez aussi accéder à tous les articles (y compris celui-ci) portant sur les expositions à Buenos Aires, depuis le 19 juillet 2008, date de lancement de Barrio de Tango.

(1) José Razzano a soutenu la thèse de la naissance de Gardel à Tacuarembo pendant toute la durée des procédures judiciaires qui ont précédé le rapatriement du corps de Gardel de Medellín à Buenos Aires, où il repose depuis le 6 février 1936 au cimetière de la Chacarita. L’Uruguay et l’Argentine se disputant la dépouille du chanteur et l’Uruguay contestant la validité des documents présentés par l’Argentine (notamment le testament, où Gardel se reconnaît... français, voir la photo que j’en ai prise au Museo Casa Carlos Gardel, dans l’article déjà cité), il y eut deux jugements, l’un à Montevideo, l’autre à Buenos Aires pour départager les avis et les deux procès aboutirent au même résultat : les documents uruguayens furent déclarés nuls pour vice de forme et les documents autographes de Gardel ainsi que les preuves apportées par sa mère de sa naissance à Toulouse (extrait de naissance, passeport etc, dont certains font partie de cette exposition) furent reconnus authentiques. Les Argentins en veulent un peu à Razzano d’avoir pris le parti qu’il a pris parce que, sa correspondance des années 20 en fait foi, il connaissait pertinemment l’histoire de famille de son compagnon et de sa maman. Il avait lui-même été reçu par la famille Gardés, en 1924, à Toulouse, lorsqu’ils firent tous les deux un arrêt dans la Ville Rose pendant leur première tournée en Europe. Razzano avait donc rencontré la grand-mère de Gardel, ses oncles et tantes et toute cette famille qui avait retrouvé, grandi, adulté et adulé, le petit bâtard qu’elle avait désavoué 34 ans plus tôt.
A la décharge de Razzano, il faut aussi considérer qu’en juin 1935, il lui était difficile de prendre un autre parti. Uruguayen lui-même (il était né à Montevideo), il était l’un des deux témoins qui, un jour de 1920, avaient accompagné Carlos Gardel au Consulat uruguayen à Buenos Aires pour établir cette déclaration sur l’honneur qui faisait naître le chanteur à Tacuarembo le 11 décembre 1887 et allait l’aider à obtenir des papiers uruguayens puis la nationalité argentine sans qu’aucun de ses nouveaux documents d’identité (passeport, livret militaire argentin) ne permettent de soupçonner qu’en 1914, il était français et aurait donc dû répondre à l’ordre de mobilisation générale.

lundi 16 février 2009

Week-end faste pour les Droits de l’Homme à Buenos Aires [Actu]

Photo publiée par Página/12

C’est alors qu’elle inaugurait, aux côtés du Directeur Général de l’UNESCO, le premier Centre International pour la Promotion des Droits de l’Homme dans ce qui fut l’une des plus sinistres geôles de la dernière dictature argentine, que la Présidente Cristina Fernández de Kirchner a annoncé l’identification du 97ème petit-enfant recherché par l’association Abuelas de Plaza de Mayo (Grands-mères de la Place de Mai).

Cette jeune femme de 32 ans, restée anonyme à la demande express de sa soeur aînée, est la fille cadette de Antonio García et Beatriz Recchia et la soeur cadette de Juliana García Recchia (photo), qui est aussi la secrétaire de Estela de Carlotto, la Présidente de Abuelas. Pour préserver l’intimité de leur rencontre fraternelle, le nom actuel de la jeune femme et celui de ses parents adoptifs ont été gardés secrets. L’association Abuelas parlant à leur sujet d’"apropiadores" (et non de "padres adoptivos"), nous avons sans doute affaire à l’un de ces couples complices de la Dictature et ayant agi avec ce bébé en toute connaissance de cause (contrairement à l'identification de décembre dernier). Il est donc probable que ces gens auront très bientôt à répondre d’un rapt de bébé et d’une dissimulation d’identité devant la justice. L’annonce faite par la Présidente de la République à l’ESMA fut en effet suivie d’une conférence de presse au siège de Abuelas, en présence de doña Estela et de sa secrétaire, qui de joie ne touchait plus terre (1) et qui a déclaré : "Ma soeur est née aujourd’hui, quand elle a appris qui étaient ses parents. Ce fut une grossesse de 32 ans pour ma mère et nous avons été nombreux à l’accoucher [...] Personne ne m’a dit que j’avais une soeur mais j’ai touché le ventre de ma mère (2). [...] Je me souviens du ventre de maman. Je touchais ma soeur à travers son ventre. Ce contact physique-là... il n’y a pas de mots. Je n’arrive pas à croire qu’on a pu nous voler ça, qu’on nous ait volé 32 années."

Le 12 janvier 1977, une trentaine de militaires en civil ont fait irruption au domicile bonaerense d’Antonio García et Beatriz Recchia, respectivement professeur d’histoire-géo dans le secondaire et institutrice de maternelle. Tous deux étaient des militants catholiques et ils avaient rejoints les rangs Montoneros (la gauche révolutionnaire péroniste). Il y eut une fusillade dans la maison, Antonio fut tué et enterré ensuite de manière anonyme dans le cimetière de la ville de Boulogne, dans la banlieue de Buenos Aires (3). Beatriz, enceinte de cinq mois, fut emmenée. D’elle, on sait juste par des survivant qu’elle fut un temps détenue à el Campito de Campo de Mayo (un centre de détention clandestin comme il y en avait beaucoup dans tout le pays et notamment en Province de Buenos Aires) La petite Juliana, trois ans, qui était présente dans la maison au moment des faits, fut confiée à sa grand-mère maternelle. Aucun des quatre grands-parents n’aura vécu assez longtemps pour connaître leur deuxième petite-fille, née en mai 1977 dans la maternité clandestine du camp de Campo de Mayo. On sait que si ce bébé avait été un garçon (le couple avait déjà une petite fille), ses parents l’auraient appelé Ignacio. Il semble qu’on ignore le prénom choisi pour une fille. En 1978, les pouvoirs publics ont indiqué à la famille l’emplacement de la tombe d’Antonio. C’est tout ce que ces parents ont pu savoir de leur vivant.

Antonio Domingo García était né le 15 mars 1947 à Buenos Aires. Beatriz Recchia était née le 17 mai 1949, dans la ville de Florida, dans la banlieue nord de la capitale. Ils s’étaient rencontrés dans un TD d’histoire à la fac et s’étaient mariés en janvier 1972. Leur première fille était née deux ans plus tard, le 30 décembre 1973. Pour rendre hommage à ses parents et que tout le monde sache qui ils étaient, elle a publié ce samedi une lettre que son père lui avait écrite avant sa naissance, lorsqu’il avait appris qu’ils allaient être parents. Une très belle lettre dont Página/12 donne le texte dans son édition du 14 février 2009 :

Querida Juliana o querido Ezequiel,
Hace unos pocos días que sabemos, mamá (¡qué lindo que suena mamá!) y yo de tu existencia, de que estás entre nosotros. Sos muy poca cosa; tan poca, que todavía ni tenés cerebro. Sin embargo, no te imaginás todo el bien que nos traés, todo lo que ya te queremos. Hoy estoy en una jornada con chicos y chicas de 3º comercial del Pío XII. Uno de los pocos momentos tranquilos que hay, y por eso estoy escribiendo. Un poco para pensar mientras corre la lapicera. Quiero contarte un poco de tus padres. De cómo somos, qué sentimos. [...]

Chère Juliana ou cher Ezéquiel,

Cela fait quelques tout petits jours que nous savons, Maman (comme ça sonne bien, Maman !) et moi que tu existes, que tu es parmi nous. Tu es bien peu de chose, si peu que tu n’as même pas encore un cerveau. Pourtant, tu ne t’imagines pas tout le bien que tu nous fais, tout l’amour dont nous t’aimons déjà. Aujourd’hui j’ai une journée avec des jeunes de 3ème commerciale du lycée Pie XII. C’est un des petits moments de répit que j’ai, alors j’écris. Un peu pour penser au fil du stylo. Je veux te parler un peu de tes parents. De qui nous sommes, de ce que nous sentons. [...]

Si vivimos, vivimos para los demás, para el hermano. Pese al egoísmo que tenemos adentro y que nos jode y no nos deja ser todo lo entregados que quisiéramos. En esa vida hacia fuera se conjuga todo nuestro ideal, aquello por lo que nos sentimos mutuamente atraídos, y que hizo que comenzáramos a caminar juntos. Ese amor hacia el otro, un amor-teórico en un principio, cuando los dos lo canalizábamos dentro de la Iglesia se fue transformando en algo más concreto: el amor al otro hoy y aquí pasa por al amor político, por el compromiso con el pueblo, con el explotado, con el pobrerío, con esos millones de hombres que sufren por un mundo mejor aquí, en la Argentina y en esta querida América latina, la Patria Grande. Ese amor concreto al pueblo se hace real en el peronismo, que abrazamos al principio con muchas dudas, y del que ahora, por suerte, es imposible salir, porque es parte de nosotros.
Antonio García (15 mars 1947-12 janvier 1977)

Si nous vivons, nous vivons pour les autres, pour notre frère. Malgré l’égoïsme que nous portons en dedans et qui nous enquiquine et ne nous permet pas d’être aussi donnés aux autres que nous le souhaiterions. Dans cette vie tournée vers l’extérieur (4), se conjugue tout notre idéal, cela même pour quoi nous nous sommes sentis mutuellement attirés et qui fit que nous avons commencé à cheminer ensemble. Cet amour pour l’autre, un amour théorique au début, quand tous les deux nous l’avons canalisé dans l’Eglise s’est peu à peu transformé en quelque chose de plus concret : l’amour de l’autre aujourd’hui et ici passe par l’amour politique, par l’engagement avec le peuple, avec l’exploité, avec le miséreux, avec ces millions d’hommes qui souffrent pour un monde meilleur ici, en Argentine et dans notre chère Amérique Latine, la Grande Patrie. Cet amour concret pour le peuple s’est fait réalité dans le péronisme, que nous avons embrassé au début avec beaucoup d’hésitations et dont aujourd’hui, c’est heureux, il nous est impossible de sortir, parce qu’il est une part de nous [...]
(Traduction Denise Anne Clavilier)


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Le jour même, à l’ESMA (Escuela Superior de Mecánica de la Armada, Ecole supérieure de mécanique de la Marine), la Présidente Cristina Fernández signait un accord avec l’UNESCO qui établit un Centre de promotion des droits de l’homme géré par l’UNESCO dans les locaux de l’ESMA, cette institution militaire qui pendant la dernière dictature servit de centre de torture pour de très nombreux opposants dont plusieurs parents des enfants recherchés par l’Association Abuelas de Plaza de Mayo (voir à ce sujet tous les articles de Barrio de Tango relatifs au combat de cette association en cliquant sur le mot-clé Abuelas, sous le titre du présent papier). C’est le premier centre de ce type que l’UNESCO met en place et c’est une fierté légitime pour l’actuel gouvernement argentin que ce pays ait été choisi, 25 ans seulement après la fin d’une des plus redoutables dictatures militaires du 20ème siècle, qui aura tout connu en la matière, depuis les régimes autoritaires et policiers jusqu’aux plus terroristes des totalitarismes d’Etat, en URSS, en Allemagne, en Italie, en Chine, au Cambodge, et aux différents racismes institutionnalisés (Apartheid et autres Racial Segregation). La Présidente argentine a profité de l’événement pour exiger dans son discours que la justice de son pays fasse son travail et mène jusqu’au bout les procès en cours ou à venir contre tous les criminels d’Etat (5). Le cours de la justice formait déjà une partie de son discours d’investiture du 10 décembre 2007.

Et soit dit en passant, pour qui aime l’éloquence politique, Cristina Fernández est une remarquable oratrice. Vous pouvez pendre connaissance de l’intégralité de son discours à l’ESMA samedi, comme de tous ceux qu’elle a prononcés depuis son accession à la Casa Rosada, sur le site de la Présidence de la Nation (uniquement en espagnol, la mention "inglés" dans le bandeau supérieur du site ne concerne en fait que la traduction des têtes de chapitre de la colonne de gauche).
Dans la colonne de droite, les raccourcis vous permettent de trouver les autres articles par thème. Ici Actu (pour actualité politique et société en Argentine et en Uruguay), Histoire et Jactance & Pinta pour ce qui est de la langue orale (à Buenos Aires comme en Europe francophone).



(1) "No caigo, no caigo", répétait-elle pendant la conférence de presse ("je ne tombe pas", au sens "je reste en lévitation", "je reste sur mon petit nuage"). D’où "je ne touche pas terre" en français, qui se dit autant pour un débordement de joie que pour une surcharge d’activité. En français, pour une grande joie, on peut dire aussi qu'on ne redescend pas sur terre.
(2) En fait Juliana García a dit : "yo toque la panza de mi vieja". Panza, c’est le mot couramment utilisé en Argentine pour désigner le ventre (de préférence à vientre, qui est plus commun en Espagne, où panza sonne contre un archaïsme). Vieja en lunfardo, c’est la vieille, et donc la mère, el viejo, c’est le père et los viejos, la plupart du temps ça veut dire les parents (pour les vieux, on dit los ancianos ou la gente mayor). A l’inverse de la formule "le vieux", "la vieille" (au sens de père et mère) qui est très insolente en français et ou constitue un manque de respect ou d’éducation incontestable ou traduit un violent contentieux, viejo, vieja, à Buenos Aires c’est une expression pleine de tendresse et même de vénération.
(3) Boulogne a été baptisée ainsi en hommage à Boulogne s/ Mer (qui a aussi une rue à Buenos Aires, non loin de l’Abasto) : Boulogne sur Mer en France, où en 1850 mourut le général José San Martín, el Padre de la Patria (le fondateur de l’Argentine indépendante). Dans la banlieue de Buenos Aires, il y a aussi une ville qui porte le nom de Grand-Bourg, aujourd’hui un quartier d’Evry en Ile-de-France (Gran París), où San Martín a vécu jusqu’en 1848, date à laquelle il a préféré s’éloigner d’un Paris insurgé contre la Monarchie de Juillet.
(4) Antonio García vient d’expliquer que lui et sa femme n’ont guère le temps de profiter de leur petit chez eux à se regarder en amoureux les yeux dans les yeux, qu’ils sont pris par l’action et ne profitent pas l’un de l’autre autant qu’ils le désireraient.
(5) L’Argentine n’en finit pas de ne pas arriver à panser ses plaies parce que la complexité du Code de procédure pénale permet aux défendeurs de faire jouer des tas d’articles et d’alinéas pour gagner du temps. On voit ainsi des bourreaux avérés sortir à l’air libre parce que les délais légaux de préventive sont dépassés ou parce que leurs avocats ont pu faire jouer une disposition de clémence pour des maladies plus ou moins simulées. Voir sur ce point les articles de Barrio de Tango consacrés au
jubilé de la démocratie en octobre-décembre 2008 et notamment la note sur la loi de Punto final (loi du point final) dans un article du 10 décembre 2008, 25 ans après le retour de la démocratie, une découverte macabre.

dimanche 15 février 2009

5ème Festival de Tango de Junín, ce week-end [à l'affiche]

Photo Diario Junín

Junín est une ville moyenne de la Province de Buenos Aires. Pour la cinquième fois cette année, elle organise sur une grande place, l'esplanade de l'ancienne école normale, un week-end consacré au tango avec concerts en plein air entièrement gratuits. Sont au programme de ces deux jours des grandes vedettes comme Rubén Juárez, chanteur, bandonéoniste et compositeur, Guillermo Fernández, chanteur mais aussi compositeur et parolier, Raúl Lavié, chanteur. Tous trois se produiront dans un spectacle commun sous le titre Los Mosquetores del Tango (les trois ténors, c'était déjà pris !). Passeront aussi sur cette grande scène le compositeur et guitariste local (originaire de Junín), Juanjo Domínguez, la chanteuse Amelita Baltar, la Orquesta Color Tango, fondé il y a une quinzaine d'années par le bandonéoniste et compositeur Roberto Alvarez (qui s'attache à continuer le style Pugliese, son maître).

Il y aura aussi des troupes de danse comme le Ballet Sangre Latina et le Ballet Mala Junta. Et le public pourra découvrir tous les artistes primés cette année lors du concours de tango que la ville de Junín organise chaque année juste avant le Festival, dans toutes les catégories du tango (chant, ensemble, composition, danse, etc...).

Samedi, c'est Amelita Baltar qui conclut la soirée.
Dimanche, ce seront les Mousquetaires du Tango. Et dimanche, mes amis de La Biyuya montent aussi sur cette scène... Bon dimanche d'été à tous les cinq !

Si vous souhaitez lire la présentation du festival par le Journal de Junín, dont est tirée l'image qui illustre cet article, cliquez ici, sur le lien qui vous mène au Diario Junín.

samedi 14 février 2009

Hommage à Raúl Scalabrini Ortiz [histoire]

Scalabrini Ortiz dans les années 50.

Il y a 101 ans, le 14 février 1898, naissait dans la Province de Corrientes (dans le nord de l'Argentine) l’écrivain Raúl Scalabrini Ortiz, l’un des grands penseurs de l’identité argentine au 20ème siècle. Cette année, le 30 mai, l’Argentine commémorera les 50 ans de sa mort. C’est la raison pour laquelle la Présidente Cristina Fernández de Kirchner a décidé de faire de 2009 el Año Raúl Scalabrini Ortiz et a demandé que tous les documents émis par les instances fédérales affichent cette mention.

Cet écrivain avait une formation scientifique et technique d'ingénieur et dans son écriture, il a souvent recours à des images, des modèles, des situations dérivés de l’ingénierie, de la physique ou de la chimie. Dans les années 20, il appartint au groupe littéraire et intellectuel Florida, que l’on classe volontiers à droite sur l’échiquier politique, alors que l’autre cercle contemporain (et quelque peu rival), le cercle Boedo, rassemblait des artistes et des penseurs délibérément de gauche (anarchistes, communistes, socialistes). A Florida, il côtoya entre autres Jorge Luis Borges, le grand esprit encyclopédique argentin du 20ème siècle, qui prit un autre chemin politique que le sien dans les années 40.
Après le coup d’Etat du 6 septembre 1930, le premier coup d’Etat à renverser un gouvernement légitimement élu en Argentine et ouvre un demi-siècle d’instabilité politique (1), Raúl Scalabrini Ortiz s’engage dans la bataille politique en faveur de l’indépendance économique et politique de son pays et la défense de l’oeuvre entamée par les deux présidents radicaux successifs, Yrigoyen et Alvear. Le coup d’Etat du 6 septembre 1930 est en effet fomenté, en sous-main, par divers intérêts britanniques, la Grande-Bretagne ayant alors investi massivement dans tous les secteurs de l’économie argentine et voyant d’un très mauvais oeil, en pleine récession mondiale, la politique indépendantiste du Président radical Hipólito Yrigoyen (nationalisation de nombreuses entreprises dans des secteurs-clés, tels que les transports, le pétrole, l’industrie, et une politique de développement intellectuel tant au niveau des universités qu'à celui de l’éducation publique et de l’alphabétisation des populations déshéritées ou directement venues de l’étranger).

Dans le journal dont il est chroniqueur, Noticias Gráficas, il critique le gouvernement de fait qui s’est installé à la Casa Rosada. Et tout de suite, se met à la rédaction d’un livre où il recense les traits caractéristiques de cette culture portègne que l’immigration a radicalement fait évolué en 50 ans ainsi que les comportements typiques que l’on observe dans cette nouvelle Buenos Aires.

Cet essai va connaître un succès foudroyant et marquer de l’empreinte indélébile de quelques formules particulièrement heureuses la vision que les Portègnes auront désormais d’eux-mêmes et qu’ils garderont jusqu’à aujourd’hui. Cet ouvrage s’appelle El hombre que está solo y espera (l’homme qui est seul et qui attend), du titre d’un de ses chapitres, celui qui décrit cet homme écrasé par son impuissance politique et économique mais toujours fidèle à son rêve d’immigrant, le Portègne lambda. El hombre que está solo y espera paraît le 15 octobre 1931 aux Editions Don Manuel Gleizer, il est réédité le 31 décembre de la même année, puis le 10 mars 1932. La quatrième édition intervient le 19 juillet 1932 dans une autre maison (Sociedad Editorial Tráfico) et les rééditions continuent : 15 novembre 1932, mars 1933, mai 1940, décembre 1941 (le tout en pleine Década Infame, donc sous des gouvernements plutôt hostiles aux revendicationx d’identité nationale et entendant faire de l’Argentine un Dominion britannique comme le Canada ou l'Australie d'avant-guerre).

Aujourd’hui, le livre est disponible aux Editions Plus Ultra (voir illustration, meilleure résolution en cliquant dessus). Il s’agit de la 16ème édition, elle est sans date, bien que le dépôt légal ait été effectué.


En 1933, Scalabrini Ortiz participe à un soulèvement armé radical contre le gouvernement anglophile en place. Il est arrêté et relégué dans un premier temps sur l’île Martín García,une dépendance argentine au large de Buenos Aires, dans les eaux uruguayennes. Là, on lui donne le choix entre l’exil en Europe et le bagne d’Ushuaia. Il part donc en exil mais reviendra bien vite en Argentine, toujours pendant la Década Infame, rejoindre les rangs de la résistance radicale et, avec, entre autres, le poète Homero Manzi (qui en politique agit sous son vrai nom, Homero Mancione Prestera) et l’écrivain et journaliste Arturo Jauretche, il participe à la fondation de la FORJA, une organisation qui milite pour une Argentine démocratique et maîtresse de son destin. La FORJA soutiendra le coup d’Etat militaire du 4 juin 1943, qui garantit la neutralité du pays et sauve l’Argentine de l’entrée en guerre sous la pression des Etats-Unis. Elle soutiendra aussi l’action du Secrétaire d’Etat au Travail, le colonel Juan Domingo Perón, qui transforme en profondeur, entre 1943 et 1946, la condition des travailleurs. La FORJA soutiendra donc aussi la campagne électorale présidentielle de Perón en 1946, au grand et durable dam de l’UCR (Unión Cívica Radical), qui chassera de ses rangs ceux de ses adhérents qui appartiennent à la FORJA. L’organisation nationaliste, après avoir durablement marqué la vie politique du pays, se dissoudra peu après l’entrée de Perón à la Casa Rosada, estimant que ses objectifs sont atteints.

Pendant les deux mandats de Perón, Scalabrini Ortiz soutient sa politique d’indépendance du pays et sa politique sociale mais garde sa capacité de critique sur le pouvoir quelque peu autocratique du Président de la République, qui écrase autour de lui toute opposition un peu consistante, sans toutefois enfreindre jamais la Constitution.

Après le coup d’Etat qui renverse Perón, au début de son second mandat, en septembre 1955, Scalabrini Ortiz repart au combat, fustigeant la politique des nouveaux maîtres de l’Argentine et le régime pro-Etats-Unis qu’ils ont mis en place, sous le nom de Revolución Libertadora, un nom qui fleure bon le style CIA de la Guerre Froide.

Il meurt le 30 mai 1959, sous le mandat du Président Arturo Frondizi, juste après la fin de la Revolución Libertadora, quand toute l’Argentine était mise en coupe réglée et ses richesses et ses pouvoirs politiques dérivés au profit de l’Oncle Sam pour de longues années.

Avec Arturo Jauretche, Raúl Scalabrini Ortiz est un des grands intellectuels qui ait su dégager l’identité argentine de la gangue coloniale et néo-coloniale et aider à la prise de conscience, par ce peuple argentin multi-ethnique, qu'il formait bien un peuple légitime et que la libre détermination nationale n’était pas un impossible rêve, malgré la lourdeur des déterminismes systémiques, économiques et géo-stratégiques, à l’échelle continentale (voir sa bibliographie dans l'image ci-dessus à gauche. Cliquez sur l'image pour une résolution plus lisible ou pour une impression papier).

Voici quelques extraits du chapitre qu’il consacre, dans son livre fondateur de 1931, à l’Homme de Corrientes y Esmeralda (2) :


[...] me dilaté en la nada fatua sino imprescindible creación de un hombre arquetipo de Buenos Aires: el Hombre de Corrientes y Esmeralda. En otro lugar aduciré las razones que me movieron a ubicarlo en esa encrucijada, para mí polo magnético de la sexualidad porteña.

Je me suis étendu sur la création rien moins que sotte, bel et bien nécessaire au contraire d’un homme archétype de Buenos Aires : l’Homme de Corrientes et Esmeralda. J’exposerai ailleurs les raisons qui m’ont conduit à le placer dans ce carrefour, pour moi, pôle magnétique de la sexualité portègne.
(traduction Denise Anne Clavilier)

[...]
El Hombre de Corrientes y Esmeralda es un ritmo de las vibraciones comunes, un magnetismo en que todo lo porteño se imanta, una aspiración que sin pertenecer en dominio a nadie está en todos alguna vez. Lo importante es que todos sientan que hay mucho de ellos en él y presientan que en condiciones favorables pueden ser enteramente análogos. El Hombre de Corrientes y Esmeralda es un ente ubicuo: es el hombre de las muchedumbres, el croquis activo de sus líneas genéricas, algo así como la columna vertebral de sus pasiones.

L’Homme de Corrientes et Esmeralda est un rythme fait des vibrations communes, un magnétisme où tout ce qui est portègne s’aimante, une aspiration qui, sans appartenir en propre à personne, est dans tous une fois ou l’autre. L’important, c’est que tous sentent qu’il y a beaucoup d’eux en lui et aient à l’esprit que dans des conditions favorables ils peuvent lui être entièrement semblables. L’Homme de Corrientes et Esmeralda est un être d’ubiquité : il est l’homme des foules, le croquis actif de leurs lignes génériques, quelque chose comme la colonne vertébrale de leurs passions.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

[...]
El Hombre de Corrientes y Esmeralda no es ladero para sus ambiciones. Su nombre no figura en los padrones electorales, ni en las cuentas corrientes de los bancos, ni en los directorios de las grandes compañías ni en las redacciones de los diarios, ni en las nóminas de comerciantes o profesionales. No es un obrero, ni un empleado anónimo.

El Hombre de Corrientes y Esmeralda es el vértice en que el torbellino de la argentinidad se precipita en su más sojuzgador frenesí espiritual.

L’Homme de Corrientes et Esmeralda ne sert pas la soupe à un potentat pour satisfaire ses ambitions. Son nom ne figure pas sur les listes électorales (3), ni sur les comptes courants des banques, ni dans les annuaires des grandes sociétés ni dans les rédactions des journaux, ni sur les patentes commerciales ou libérales. Il n’est pas un ouvrier. Il n’est pas non plus un salarié anonyme.

L'Homme de Corrientes et Esmeralda est le point de rencontre sur laquelle le tourbillon de la argentinité se précipite en sa plus violente frénésie spirituelle.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

[...]
El Hombre de Corrientes y Esmeralda está en el centro de la cuenca hidrográfica, comercial, sentimental y espiritual que se llama República Argentina. Todo afluye a él, y todo emana de él. Un escupitajo o un suspiro que se arroja en Salta o en Corrientes o en San Juan, rodando en los cauces algún día llega a Buenos Aires. El Hombre de Corrientes y Esmeralda está en el centro mismo, es el pivote en que Buenos Aires gira.

L’Homme de Corrientes et Esmeralda est au centre du bassin hydrographique, commercial, sentimental et spirituel qui a nom République Argentine. Tout afflue vers lui et tout émane de lui. Un crachat ou un soupir qui est émis à Salta ou à Corrientes ou à San Juan, en roulant dans le lit des rivières, arrive un jour ou l’autre à Buenos Aires. L’Homme de Corrientes et Esmeralda est au centre de tout, il est le pivot sur lequel Buenos Aires tourne.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

En cette année qui lui est consacrée sur le portail ar.geocities.com, un site Web rend hommage à l’homme et au militant de la cause nationale, à la page intitulée tout simplement raulscalabriniortiz (dont est extraite la photo ci-dessus, qui est aussi la photo quasi-officielle de l'année).

Pour mieux comprendre le contexte politique dans lequel s’inscrit cette oeuvre et comment elle est toujours d’actualité dans l’Argentine démocratique, vous pouvez retrouvez tous les articles de Barrio de Tango sur l’histoire et sur l’actualité socio-politique de la région (y compris celui-ci) en cliquant sur les raccourcis Histoire et Actu (Colonne de droite, partie haute).


(1) Voir le Vade mecum historique, rubrique Petites Chronologies, dans la partie centrale de la Colonne de droite.
(2) Corrientes y Esmeralda : un carrefour de Buenos Aires, entre l'actuelle avenue (alors simple rue) Corrientes (est-ouest) et la rue Esmeralda qui monte du sud au nord. C'est aujourd'hui un coin de cinéma et de théâtre à quelques pas de l'Obélisque tout ce qu'on fait de plus fréquentable et de plus honorable. Dans les années 20 et 30, il y avait là beaucoup de prostitution et pas mal de trafic de drogue. Le poète Celedonio Flores y fait allusion dans le tango Corrientes y Esmeralda. Dans ses mémoires (Corregidor, Buenos Aires, 1995), le poète Enrique Cadícamo raconte dans dans les années 20, on appelait ce carrefour "Alaska"... à cause de la nieve (la neige), en français la blanche, qui s'y vendait jour et nuit, nuit et jour.
(3) La loi électorale en vigueur est alors la loi Saenz Peña (1912) qui accorde le droit de vote de manière singulièrement sélective. Cf. Vade mecum historique, dans Petites chronologies (Colonne de droite de Barrio de Tango).