lundi 15 janvier 2018

L'épopée sud-américaine des jésuites dans L'Osservatore Romano [Histoire]

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A la veille du départ du Pape François pour un voyage au Chili et au Pérou, le quotidien du Vatican, L'Osservatore Romano, a publié samedi dernier une double page sur l'histoire de la Compagnie de Jésus dans le sud du sous-continent : c'est en effet une histoire exceptionnelle qui concerne l'Argentine, le Paraguay, l'Uruguay, le Chili, la Bolivie et le Pérou, sur les thèmes de la culture des peuples originaires et l'éducation, dont les jésuites ont été souvent les seuls acteurs dans tous ces pays, jusqu'à l'expulsion des jésuites en 1767, sur ordre du roi Carlos III.

L'aventure missionnaire, économique, politique et culturelle avait duré plus de cent-cinquante ans.


Dans le haut, à droite, de la double page, L'Osservatore Romano
a publié une traduction en italien d'un poème de Gabriela Mistral,
poète et écrivaine chilienne qui a obtenu le Prix Nobel et donné son nom à une décoration

En Argentine, trois sites historiques jésuites sont devenus des musées : à Buenos Aires, la Manzana de las Luces et à Córdoba, la Manzana Jesuítica et la Estancia Jesús María. De plus, les vestiges des anciennes missions dans le nord-est du pays, là où se tient actuellement le Festival du Chamamé, sont inscrites au Patrimoine de l'UNESCO. C'est dans une ancienne ville jésuite que San Martín a vu le jour, le 25 février 1778, à Yapeyú (province de Corrientes).

Daniel Paz et Rudy tirent à vue ! [Actu]

Lorsque la semaine dernière (voir mon article du 11 janvier 2018), on a appris la dissolution de la Compagnie de Danse Classique pour l'intégration sociale, décidée par le ministre de la Culture, Página/12 avait été un peu lent à réagir, alors qu'on pouvait s'attendre à ce que cette décision déchaîne sa colère.

Mais ce matin, l'affaire a les honneurs de la une, avec un dessin féroce du dessinateur Daniel Paz et du scénariste Rudy. On y voit le ministre Pablo Avelluto et son éternelle barbe de deux jours se faire interviewer.



Le journaliste : Pourquoi avez-vous dissout le ballet de Iñaki Urlezaga ? (1)
Le ministre : Il faut faire des économies. Vous avez vu ce que nous coûtent les chariots de golf et les palmiers ?
Traduction © Denise Anne Clavilier

Ils ne font pas de quartier !


Ajout du 17 janvier 2018 :
lire cet article de Página/12 sur le coût (exorbitant) du remplacement des quatre palmiers du patio de la Casa Rosada (dont un aurait pu être sauvé selon le diagnostic posé par l'expert arboriculteur consulté par les services du palais présidentiel)

Ajout du 20 janvier 2018 :
Décision finale : le palmier mort sera enlevé et il ne sera pas remplacé. Le Gouvernement renonce au projet pharaonique dénoncé par les (ou une partie des) médias.
Lire cet entrefilet de La Nación (avec vidéo incluse)



(1) Le directeur et fondateur de la compagnie.

Match chamamé vs. le déluge [à l'affiche]

Une de El Litoral ce matin

Pour la 28ème année consécutive, vendredi dernier a commencé le Festival International de Chamamé de Corrientes, qui, depuis quatorze ans, s'est ouvert aux pays frontaliers qui partagent cette musique et cette danse.

Le festival dure tous les ans une dizaine de jours. Le programme est toujours très riche, avec des très nombreux artistes, des ateliers, des cours, des concerts, des démonstrations, une foire commerciale et les concerts se donnent en plein air. Cette année toutefois, la pluie a décidé de s'inviter, méchamment, à la fête et il a fallu annuler la soirée de samedi.


Comme c'est désormais l'habitude, TV Pública retransmet les soirées en direct.

Pour découvrir cette manifestation culturelle si typique de la Province de Corrientes, rendez-vous sur le site Internet du festival et sa page Facebook.

Pour aller plus loin :
lire l'article de El Litoral, édition de Corrientes
consulter la page de TV Pública sur ses retransmissions.

jeudi 11 janvier 2018

Mgr Olivera a découvert un registre de baptêmes dans les archives militaires [Actu]

Monseigneur Olivera avec le Pape François, chez ce dernier,
qui a laissé tomber le camail pour l'occasion

L'évêque aux Armées, Monseigneur Santiago Olivera, vient de faire connaître, depuis Rome, une découverte historique dans les archives de l'aumônerie militaire qui était attachée à l'Ecole Supérieure de Mécanique de la Marine, ESMA, qui a abrité durant la dernière dictature militaire un centre de détention, de tortures et d'accouchement pour les opposantes arrêtées arbitrairement.

On sait que de très nombreuses femmes ont mis au monde dans cet enfer des enfants qui leur ont été arrachés et donnés ensuite en adoption à des couples, les uns de bonne foi, les autres complices du système, avant que la Junte ne fasse mettre à mort les jeunes mères.

L'ancienne chapelle de l'ex-ESMA est devenue un centre culturel,
comme tout le reste du campus définitivement démilitarisé sous le mandat de Cristina Kirchner

Cette découverte concerne un registre de baptêmes, qui comporte l'enregistrement de 127 célébrations, c'est-à-dire la trace de 127 bébés nés dans ces lieux entre 1975 et 1979. C'est le type de document dont Abuelas de Plaza de Mayo exigeait la publication depuis des années.

Hier, à l'issue de l'audience générale du pape, on a clairement vu Olivera venir saluer François et il était clair qu'ils allaient se voir en privé dans les minutes qui suivaient. Il semblerait que le Saint Père ait souhaité que le prélat argentin rende publique sa découverte.

Le rappel des naissances clandestines, sur les grilles d'entrée de l'ex-ESMA

Le registre sera mis à disposition de ceux qui recherchent toujours les enfants disparus.

Il n'y a pas eu jusqu'au moment où je publie cet article de réaction officielle chez Abuelas. Mais c'est l'été, tout le monde est en vacances !

Pour en savoir plus :

Rideau sur la compagnie de ballet pour l'intégration sociale [Actu]


Le ministre de la culture du gouvernement national a décidé de retirer tout soutien budgétaire à une compagnie de danse classique qui existait depuis quatre ans et qui avait réussi à rassembler des danseurs venant de classes sociales défavorisées et de tout le pays.

La compagnie, qui rassemblait une soixantaine d'artistes, avait été montée en partenariat avec l'Université Nationale San Martín, dans la banlieue de Buenos Aires, avec un chorégraphe de talent qui y avait investi toutes ses forces et tout son enthousiasme.

Jusqu'à il y a un an, l'institution dépendait du ministère du développement social, dont la ministre a refilé le bébé à son collègue de la culture. Le changement de portage a été économiquement catastrophique puisque personne dans la compagnie n'a été payé entre janvier et octobre 2017. Et puis Pablo Avelluto a déjà montré à plusieurs reprises son indifférence préoccupante pour le rapport qu'entretiennent depuis toujours la culture et le progrès social. En deux ans, plusieurs membres de son cabinet ont déjà donné, parfois spectaculairement, leur démission pour des raisons qui sont liées à ces conceptions élitistes que le ministre affiche dans ses décisions, tandis qu'il dit tout autre chose dans son discours.

Le gouvernement argentin tourne donc une nouvelle fois le dos aux forces vives du pays, à tout ce peuple qui n'a certes pas beaucoup d'argent ni de pouvoir d'achat mais qui a tant d'énergie et de créativité, notamment culturelle, à donner à la patrie pour la développer et la faire briller dans le monde. Cet appauvrissement continu de l'Argentine est à pleurer.

Il faut noter que La Nación et Clarín, quotidiens qui soutiennent le gouvernement, donnent ce matin la parole au chorégraphe et se font écho de sa déception.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín

Ajout du 12 janvier 2018 :
lire une interview complète de Iñaki Urlezaga, le directeur de la Compagnie de Danse Classique dissoute, dans La Nación

mardi 9 janvier 2018

Dans la torpeur de l'été, Página/12 ne lâche rien de rien ! [Actu]


Alors que l'été bat son plein, Página/12 revient ce matin sur les manifestations très violentes qui ont eu lieu à la mi-décembre sur Plaza de Congreso lorsque des manifestants se sont rassemblés pour contester les mesures que le Congrès allaient voter et qui allaient abaisser le pouvoir d'achat potentiel des retraités les plus pauvres.

Dès le lendemain, le quotidien dénonçait des violences de la part des forces de police tandis que les autres journaux s'attachaient surtout à montrer les actes de violence commis par les manifeestants.

Aujourd'hui, Página/12 revient à la charge avec des preuves photographiques où l'on voit des gendarmes attaquer soit des manifestants soit de simples passants (en l'occurrence, il s'agirait d'un chiffonnier, cartonero, au travail, il aurait été en train de ramasser des détritus dans le secteur) (1). Et ces gendarmes chevauchent des motos aux plaques d'immatriculation cachées.

Le journal publie une analyse de l'instruction en cours, dans laquelle un policier vient de bénéficier d'un non lieu et un seul inculpé reste incarcéré. Página/12 titre en faisant allusion à un jeu d'enfants très populaire et dont tout le monde en Argentine a fait l'expérience dans son enfance, le juego del Gran Bonete (2).

Pour en savoir plus :

Ajouts du 11 janvier 2018 :
un juge fédéral a fait suite à ces éléments et inculpé le policier incriminé dans les violences contre le chiffonnier
lire l'article de Página/12
lire l'article de Clarín



(1) C'est un peu étranger car en général, ce n'est pas leur heure. Les cartoneros, dans ce cœur de la capitale, travaillent plutôt le soir, lorsque la circulation automobile est plus calme. De plus, sur la photo, on ne peut pas voir la carriole du chiffonnier. Un cartonero, à Buenos Aires, nul ne peut le confondre avec un manifestant : il traîne avec lui un chariot, qui passe rarement inaperçu !
(2) Tous les joueurs sont assis en cercle, chacun s'est vu attribuer une couleur et une personne, adulte ou autre enfant, se tient au milieu, c'est le Gran Bonete. A chaque fois qu'il énonce une, celui qui se l'est vu attribuer doit répondre dans un dialogue où il nie en être le porteur. On perd quand on répond à la place d'un autre, parce qu'on a mal écouté, par ce qu'on s'est précipité dans l'excitation de l'action ou parce qu'on a oublié sa couleur. Un jeu que les éducateurs apprécient beaucoup pour sa force de socialisation et son apprentissage de l'individualisation dans le collectif.
En France, nous avons un jeu assez proche, le jeu dit du mouchoir, du facteur, du furet ou du loup, auquel les enfants jouent assis en cercle sans savoir ce qu'il se passe dans leur dos où un intervenant, enfant ou adulte, dépose un morceau de tissu ou un ballon.

Le Ministère de la Défense donne du grain à moudre à l'opposition [Actu]

Non content d'être empêtré dans la terrible crise de la disparition du sous-marin ARA San Juan, voici que le ministère de la Défense licencie soixante-dix personnes qui administraient jusqu'à présent les archives militaires, dont le fonds documentaires de la Dictature militaire de 1976 à 1983 et de ses crimes. Ces archivistes, ces spécialistes de la numérisation et ces historiens étaient les correspondants de la justice dans les dossiers de crimes contre l'humanité, dont un certain nombre restent à audiencer.

Le moins qu'on puisse dire est que le gouvernement accumule les décisions de nature à nourrir les craintes de l'opposition depuis le mois d'octobre dernier et le succès électoral de mi-mandat.

Un appel à manifestation a été lancé par les associations de victimes de la dictature en solidarité avec les soixante-dix personnes qui viennent de perdre leur travail, devant le siège du ministère, cet après-midi même.

Seul Página/12 aborde le sujet dans son édition de ce mardi. Et on est en pleines vacances d'été.

samedi 6 janvier 2018

Página/12 se paye Macri et les Rois Mages [Coutumes]

En Argentine, c'est dans la nuit du 5 au 6 janvier que l'on dépose les cadeaux au pied du sapin. Il paraît que ce sont les trois Rois Mages qui les apportent aux enfants sages. L'occasion était trop belle pour que la rédaction de Página/12, qui semble retrouver son sens de la répartie humoristique, la laisse passer sans se payer la tête du président, qu'elle ne porte pas dans son cœur (là, j'ai fait un paquet cadeau d'expressions idiomatiques françaises pour les lecteurs sud-américains qui aiment découvrir le français des Français).

Les lecteurs du quotidien ont donc trouvé ce matin dans la manchette de la une la traditionnelle vignette de Daniel Paz (dessin) et Rudy (scénario) qui montre un journaliste de télévision en train de commenter en direct les courses d'Epiphanie du Président, qui s'est en effet laissé photographier et filmer dans un magasin de jouets, dans la station d'été patagonienne où il séjourne avec sa femme et leur fillette de sept-huit ans, Antonia (« pour recharger les batteries », ce sont ses termes). C'est une enfant très jolie, très souriante, doté d'un regard pétillant. Il faut un cœur de pierre pour ne pas se laisser attendrir.


Le journaliste : Et nous surprenons le président en pleins préparatifs de la nuit des Rois.
Macri (qui réfléchit tout haut) : Voyons, voyons... Qu'est-ce que je vais offrir à l'industrie minière (1), aux gros producteurs de soja (2), à Edenor et à Edesur (3) ?...
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Le couple présidentiel en toute simplicité dans un magasin de jouets hier

Dans les pages intérieures, la rédaction publie un entrefilet sur l'opération communication spéciale cadeau du couple présidentiel dans le rayon filles d'un magasin de jouets débordant de marchandises (sous le titre : "pourvu qu'Antonia ne regarde pas les réseaux sociaux !") et une analyse de la hausse des prix pour un panier moyen d'Epiphanie. Un désastre ! Ajoutez à cela les cours du dollar et de l'euro qui ne cessent de grimper par rapport au peso argentin et tout le train des augmentations de début d'année, dans les transports en commun, les taxis, le carburant...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur la montée du coût des cadeaux pour la fête des Rois.



(1) Mauricio Macri a pris en 2017 des mesures favorables aux grandes compagnies d'exploitation minière au détriment notamment de l'environnement. Et Dieu sait si ces sociétés multinationales ne sont pas dirigées par des philanthropes patentés. La province de San Juan a souffert plusieurs sinistres au cours de l'année.
(2) Autre scandale patrimonial, social et écologique : la croissance exponentielle de la culture du soja transgénique, à grands renforts de produits chimiques (engrais, fongicides, insecticides), au détriment de la santé des travailleurs agricoles et des habitants de ces régions, de la biodiversité, de l'élevage extensif dont il envahit les vastes prairies traditionnelles (avec une qualité de la viande en baisse sur le marché intérieur) et au prix d'une pollution maxi-costaude. Il s'agit d'une agriculture à échelle gigantesque, qui génère beaucoup de revenus privés en dollars (donc facilement convertibles) et peu de recettes fiscales pour l'Etat, étant donné la forte propension de ces patrons à pratiquer au mieux l'optimisation, au pire l'évasion fiscale (placements à l'étranger, sous-déclaration de chiffre d'affaires, travail au noir pour leurs saisonniers, etc.)
(3) Deux fournisseurs d'énergie (électricité surtout), censés être concurrents, dont les tarifs augmentent sans cesse depuis l'arrivée de ce gouvernement et qui s'enrichissent largement sur le dos des consommateurs. Il convient toutefois de dire que si les tarifs d'électricité et de gaz en vigueur sous Cristina Kirchner étaient aussi bas, c'est parce qu'ils étaient pour l'essentiel subventionnés par de l'argent public, ce qui avait entraîné des consommations excessives, d'invraisemblables gaspillages de ressources naturelles, elles-mêmes à l'origine d'une énorme pollution et de très mauvaises habitudes chez les particuliers et chez les salariés dans les entreprises.

Precios Cuidados, collection été-automne 2018 [Actu]


Le gouvernement argentin prolonge pour quatre mois l'opération Precios Ciudados, un accord entre lui-même et la grande distribution pour contenir les prix des produits les plus courants. Cette opération (plutôt réussie) avait été initiée par le gouvernement de Cristina Kirchner en 2014 et, dès sa prise de fonction, Mauricio Macri, dans son credo libéral, n'avait pas caché qu'il voulait s'en débarrasser, mais vu l'inflation qui est repartie à la hausse très peu de temps après son arrivée, il prolonge l'opération tous les quatre ou six mois, en en modifiant les paramètres à la marge

L'opération telle qu'elle est exploité dans un hypermarché pendant la saison estivale

Ce matin, en ce jour des cadeaux (Día de los Reyes, fête des Rois mages), Página/12 analyse le panier concerné jusqu'en mai et constate que 90 produits disparaissent tandis que cinquante nouveaux intègrent la liste, ce qui fait une différence négative d'une quarantaine de produits.

L'opération sur une gondole de produits laitiers en supermarché
avec un montage qui intègre le logo

La Nación et Télam ne signalent que la cinquantaine de produits nouvellement inscrits sur la liste. C'est malin quand les gens sont en vacances (en tout cas ceux qui peuvent s'en offrir) et n'ont pas le temps de croiser leurs informations !

Pour aller plus loin :

mercredi 3 janvier 2018

Paz et Rudy se déchaînent contre la politique néolibérale du Gouvernement [Actu]

Ce sont deux vignettes que les deux complices publient coup sur coup hier et ce matin à la une de Página/12. Dans les deux cas, en un trait de crayon et trois mots, ils tapent dans le mille.

C'est dur, c'est juste sur le plan du raisonnement et c'est drôle. Tout à la fois.


Le porte-parole du gouvernement devant son powerpoint : Notre politique anti-inflation se décompose en trois étapes.
sur l'écran : 1. Elaboration. 2. Mise en œuvre. 3. Echec
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Et il est vrai que la stratégie économique de dérégulation à fond les manettes, choisie par le gouvernement, peine à porter du fruit (positif) (1). Pas ou peu d'investissement étranger et même national. Des prix qui grimpent au rideau. La consommation qui baisse dans à peu près tous les domaines. Le chômage qui augmente. L'inquiétude aussi.
Et par-dessus le marché, la violence politique qui revient sur le devant de la scène.


Le président Mauricio Macri, au téléphone avec l'un de ses ministres : Dis-moi, Dujovne, je te le demande, n'endette pas nos enfants et nos petits-enfants.
Dujovne, au bout du fil : T'inquiète, Mauricio. Nous sommes en train d'endetter les enfants et les petits-enfants des autres.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Une allusion à une remarque publique du président (sur le fait qu'il ne faut "pas endetter nos enfants et nos petits-enfants) alors qu'il a relancé la politique d'emprunt financier, une quinzaine d'années seulement après la faillite nationale de Noël 2001 qui a tant fait souffrir les Argentins moyens et pauvres, tandis que les gros propriétaires (dans la catégorie desquels on peut le ranger) ont à peine senti le vent passer. Beaucoup d'entre eux avaient retirer leurs avoirs bancaires, notamment en dollars, pour réinvestir le tout ailleurs, à l'étranger.

Du grand art !

Ajout du 4 janvier 2018 :
lire cet éditorial de ce matin dans La NaciónCarlos Pagni analyse les mesures gouvernementales à la lumière du Prince de Machiavel

Ajout du 5 janvier 2018 :
lire cet article de La Nación sur les entreprises en difficulté dont le nombre a augmenté pendant la première année de l'actuel gouvernement

Ajouts du 9 janvier 2018 :
lire cet article de La Nación sur l'inflation en 2017 (presque 24% l'an, c'est-à-dire un taux similaire à celui qui existait déjà au début du premier mandat de Cristina Kirchner) et ses conséquences sur les négociations paritaires tripartites annuelles (qui fixent le salaire minimum à appliquer en 2018)
lire cette analyse de Martín Kanenguiser, pour La Nación, sur la problématique du contrôle des prix pour ce gouvernement adepte des dogmes néolibéraux : le rédacteur ne cache pas que dans tout cela, c'est bien le citoyen lambda qui perd ses économies



(1) La politique a des résultats. Le contraire de ce qui était recherché !

A croire que la ministre de la Sécurité cherche la bagarre [Actu]

Ajout du 4 janvier 2018 :
Página/12 a fait de l'information sa manchette du jour

Aujourd'hui, la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, toujours aussi aimable qu'une porte de prison, n'a rien trouvé de mieux à faire pour favoriser le dialogue dans la société argentine et contribuer à sa pacification après cette fin d'année désastreuse que de donner du galon au seul gendarme contre lequel la justice maintient une inculpation pénale dans l'affaire de la disparition par noyade de Santiago Maldonado.

L'homme est promu par ancienneté. Dans son grade actuel de sous-officier, il a acquis les années de service qui entraînent normalement le passage automatique au grade supérieur. Certes, il ne s'agit donc pas d'une récompense stricto-sensu. Certes, il est toujours présumé innocent. Mais c'est pour le moins malvenu et politiquement très maladroit. Et comme cela se passe dans la torpeur de l'été, il est difficile que cela ne soit pas interprété comme une intention malveillante de la part d'un gouvernement qui a multiplié les provocations pendant ces dernières semaines.

Ajout du 4 janvier 2018 :
La Prensa a mis la nouvelle sur sa une mais plus discrètement
tout en bas, au milieu
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Quand on observe cette cascade d'actes maladroits, peut-on encore croire au simple effet d'une communication mal maîtrisée ?

Même les journaux de droite ont du mal à avaler la couleuvre.

Pour aller plus loin :

Nouvelle série de départs à Radio Nacional [Actu]


Hier, à la reprise de travail après la pause des fêtes, un certain nombre de salariés de Radio Nacional se sont vu refuser l'entrée du siège de l'institution par le lecteur de badge qui affichait le message "Hors système".

Il s'agit d'une quinzaine de personnes qui avaient des CDD renouvelés automatiquement et sans solution de continuité depuis près de dix ans.

Ces personnes n'ont reçu aucune information préalable. Il n'y avait personne à la porte de l'entreprise pour leur expliquer la situation. Exactement ce qu'il s'était déjà passé il y a deux ans, juste après la prise de fonctions des nouveaux dirigeants du groupe d'audiovisuel public. Et cette fois-ci, personne ne peut dire qu'il a été pris par surprise ou débordé par la complexité de la situation. La simple courtoisie humaine exigeait que les titulaires de ces contrats soient informés de sa non reconduction, pour qu'ils puissent prendre leur disposition. Il semble assez évident qu'on a cherché, volontairement, à cacher la vérité pour éviter que les syndicats se mobilisent.

Seul le quotidien d'opposition Página/12 rapporte ce nouvel incident que révèle le peu d'humanité à l'œuvre dans ce gouvernement qui voulait pourtant se montrer proche des gens lorsqu'il est arrivé aux affaires. Lamentable, une nouvelle fois, comme avec les familles des sous-mariniers du San Juan, comme avec les retraités pauvres et tout ce qui s'est passé depuis le mois d'octobre.

mardi 2 janvier 2018

Commençons l'année comme nous l'avions finie, avec l'humour de Rep [Humour]

Pour souhaiter la bonne année à mes lecteurs, je n'ai ni l'humour ni le talent des artistes dont je retrace l'actualité dans Barrio de Tango. Alors, comme Miguel Rep, il y a plusieurs année déjà, m'a autorisée à republier ses dessins, voici celui dont il a orné l'édition de Página/12 en ce 2 janvier 2018.

Le 31 décembre, il avait choisi l'un de ses personnages masculins, le très déprimé Lukas. Cette fois-ci, il a repris un autre de ses personnages récurrents, la jeune Auxilio, qui pourrait être la grande sœur punk et décalée de la charmante Mafalda de Quino, un grand dessinateur humoriste argentin dont Miguel Rep est l'un des meilleurs fans...

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Allez donc ! Regardez-moi ça !
Je te mets des piles, trésor, on va voir si ça marche...
18 ! Mais c'est que tu es majeur, maintenant, mon petit 21ème siècle !
Traduction © Denise Anne Clavilier

Je ne me lasse pas de ces idées, elles sont saugrenues à souhait 

Página/12 se joint à la dénonciation du vandalisme affairiste d'un promoteur sans scrupule [Actu]


Le 29 décembre 2017, je vous racontais comment un promoteur un peu trop pressé avait profité des fêtes de Noël pour détruire un site archéologique identifié par la Direction du Patrimoine de la Ville Autonome de Buenos Aires et je m'étonnais que Página/12, toujours si prompt à dénoncer les pratiques éhontées des entreprises prêtes à tout sacrifier aux bénéfices, reste muet sur la question, laissant son adversaire, le quotidien Clarín, seul sur le sujet.

Le lendemain, le quotidien de gauche a publié un article sur un supplément, M², sur lequel l'acte de vandalisme fait la une. Il faut dire que le silence du journal était d'autant plus étonnant que Juan Manuel de Rosas, auquel la découverte archéologique pouvait être reliée, est l'un des personnages historiques les plus populaires. Aussi populaire pour le soutien apporté aux Afro-argentins et aux peuples aborigènes (en tout cas certains) que contesté pour sa violence inouïe à l'égard de ses adversaires politiques, avec son slogan officiel : Mueren los salvajes unitarios (mort aux sauvages unitaires).

Dans la même édition de M², Página/12 se réjouit de la restauration d'un joyau du patrimoine architectural de Buenos Aires, l'Hôpital Rivadavia, admirablement ravalé et illuminé pour ces fêtes de fin d'année, et dénonce, dans un entrefilet, le manque de respect d'un cycliste pour les très belles grilles historiques du Palacio de las Aguas, photo à l'appui. L'Hôpital Rivadavia est l'établissement sanitaire le plus ancien de l'histoire de Buenos Aires, pour ce qui est des institutions qui ont conservé leur vocation initiale. L'Hôpital Rivadavia a été construit en 1880. Il a précédé de peu l'actuel Borda, qu'on appelait autrefois Vieytes (dans le tango Balada para un loco, par exemple) (1), un hospice de fous réservés aux hommes et qui accueillit de nombreux malades atteints de syphilis, aujourd'hui l'un des meilleurs hôpitaux psychiatriques du pays.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le site archéologique vandalisé à Monserrat
lire l'article de Página/12 sur la restauration de l'Hôpital Rivadavia
lire l'entrefilet de Página/12 sur les grilles du Palacio de las Aguas



(1) Balada para un loco, grand classique du duo Piazzolla-Ferrer, est inclus dans mon livre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, toujours disponible chez son éditeur et en commande dans toutes les bonnes librairies (Editions du Jasmin, France)

ARA San Juan : 2017 s'envole, l'angoisse reste [Actu]

Dans la douloureuse recherche de l'épave du sous-marin disparu à la mi-novembre, l'Etat argentin envisage de faire appel à des sociétés privées si les Russes, dont un navire assure encore pour dix jours une partie de cette mission délicate, confirmaient leur retrait de l'opération. Cela ne présage rien de bon quant au niveau technologique actuel de la marine argentine et le silence conservé par le gouvernement vis-à-vis des familles n'en est que plus préoccupant en cette période de fêtes et de vacances...
Les Russes étaient des partenaires diplomatiques et commerciaux très appréciés pendant le mandat de Cristina Kirchner. Leur implication dans les opérations de secours puis de recherche a apporté beaucoup de réconfort à de nombreux Argentins dans cette crise qui les touche profondément dans leur patriotisme et leur fierté d'appartenance.

De leur côté, toujours présentes dans une ville de Mar del Plata où le soleil et la plage attirent un important flot d'estivants, les familles des sous-mariniers disparus ont manifesté en arborant le drapeau russe pour supplier le gouvernement de Poutine de poursuivre la mission.

Photo La Nación / Mauro V. Rizzi
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Sur le drapeau, les familles citent le début du psaume 46 (n° 45 dans la numérotation liturgique actuelle), un psaume de supplication et d'espérance, que l'Association Episcopale Liturgique pour les pays Francophones (AELF), auteure des traductions de la Bible utilisées au cours des messes et des offices, traduit ainsi :

Dieu est pour nous refuge et force, secours dans la détresse, toujours offert.
Nous serons sans crainte si la terre est secouée, si les montagnes s'effondrent au creux de la mer ;
ses flots peuvent mugir et s'enfler, les montagnes, trembler dans la tempête.

Refrain : Il est avec nous, le Seigneur de l'univers, citadelle pour nous, le Dieu de Jacob !

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur l'appel des familles aux gouvernements argentin et russe
lire l'article de La Nación sur l'appel éventuel à des entreprises privées
lire l'article de Clarín sur le même sujet.