mercredi 16 mars 2022

La Prensa commente les rumeurs sur la santé de Poutine [ici]

Pour la première fois, je lis sur un quotidien généraliste argentin les rumeurs qui circulent en Europe depuis quinze jours et selon lesquelles Poutine serait atteint d’une maladie grave et que sa transformation physique et comportementale serait due aux médicaments qu’il prend.

La Prensa parle de rumeurs venant des services de renseignement anglo-saxons (États-Unis, Grande-Bretagne, Canada et Australie).

La thèse est bien entendu tentante pour nous puisqu’elle nous rassure en nous proposant une explication rationnelle et non politique à une guerre aussi cruelle qu’absurde. Or la politique impérialiste russe est inscrite dans l’histoire du pays depuis l’époque de la Renaissance. Que Poutine soit malade ou non, elle existe et elle semble bien être à la manœuvre.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lundi 14 mars 2022

Le gouvernement argentin interdit l’exportation des produits du soja [Actu]

"Pas à pas", dit le gros titre
sur cette une qui ne parle pas de l'Ikraine
La bouteille d'huile s'appelle "La Rien que du Soja"
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C’est l’une des décisions traditionnelles les plus polémiques des péronistes sous l’ère démocratique entamée en 1983 : limiter et taxer fortement certaines productions agricoles. Cristina Kirchner avait visé la viande et soulevé une terrible bronca du côté du grand patronat agraire dont l’exportation est la boussole au détriment du marché intérieur (ça rapporte des dollars et c’est le seul critère qui compte).

Cette fois-ci, le gouvernement de Alberto Fernández a choisi la farine et l’huile de soja, des produits indispensables pour l’industrie des aliments ultra-transformés qui encombrent les rayons de nos supermarchés et empoissonnent les habitants des pays moins développés que les nôtres et qui n’ont que ça à se mettre sous la dent.

L'info n'a qu'une place réduite sur cette une :
en bas à gauche
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Cette fois-ci, il ne s’agit donc pas tant d’alimenter les Argentins qui consomment beaucoup moins ces produits hors de certaines confiseries et autres sauces industrielles (à moins qu’ils ne soient adeptes du bio, encore que les produits visés par la décision ministérielle n’appartiennent pas à ce secteur productif ultra-minoritaire en Amérique du Sud). Cette suspension temporaire, « jusqu’à nouvel ordre » selon les termes officiels, vise à collecter un surplus de taxes afin d’alimenter les caisses de l’État très endetté par un gouvernement précédent qui jouissait d’ailleurs de toutes les faveurs de ce grand patronat agraire, à nouveau vent debout depuis ce matin.

"Le patronat agraire pris en étau : exportations fermées
et probable hausse des taxes", dit le gros titre
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Selon les bruits qui circulent et que commentent les journalistes, les taxes à l’exportation de ces produits devraient passer de 31% aujourd’hui à 33 % demain ou après-demain. D’ici là, les cargaisons restent à quai et les exportateurs en sont de leur poche. Ils ont toutefois de quoi voir venir.

Même photo, même hiérarchie et même vocabulaire
que Clarín (et réciproquement) dans les titres principaux
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Comme on peut l’imaginer, le traitement de l’information est très différent selon qu’on la lit dans Página/12, journal de gauche très opposé à la politique menée par le patronat agraire, ou dans les autres grands quotidiens nationaux généralistes comme Clarín, La Nación ou La Prensa.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12, qui fait la une la plus originale, comme toujours

samedi 12 mars 2022

Le salon du Livre de Flores fait connaître l’édition en autogestion [à l’affiche]


La vie culturelle argentine semble reprendre avec la dynamique qui la caractérise et dont aucune crise ne vient jamais à bout.

Aujourd’hui se tient dans le quartier de Flores à Buenos Aires la deuxième édition du salon du Livre de l’édition autogérée.

Ce sera en plein air, cet après-midi, samedi 13 mars 2022, de 14 h à 20 h, en toute gratuité, bien entendu.

A côté des exposants, il y aura des concerts avec des formations tout aussi autogérées, comme OPV Orquesta ou Juan Pablo Fernández de la formation Acorazado Potemkin (Cuirassé Potemkin, ça a le mérite d’afficher la couleur !)

Parmi les auteurs en dédicace, des personnalités étrangères venant du Brésil.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Un autre bout du patrimoine qui s’envole [Actu]

Le hall d'entrée du Castelar du temps où l'hôtel fonctionnait encore


C’est un grand hôtel de la Avenida de Mayo qui a fermé ses portes il y a déjà quelque temps : le Castelar, un des plus beaux bâtiments de l’avenue qui relie les palais présidentiel, sur Plaza de Mayo, et parlementaire, sur Plaza del Congreso.

L’hôtel ne recevra plus de touristes ni d’hommes d’affaires dans ses chambres luxueuses ni de fêtes mondaines dans ses magnifiques salons. Il devrait être découpé en appartements et transformé en immeuble résidentiel, comme le permet la législation à Buenos Aires.

Encore un bout du patrimoine portègne dont le covid et les restrictions de déplacements qui l’ont accompagné auront eu raison. Un crève-cœur.

Dans cet hôtel, le poète espagnol Federico García Lorca résida lors d’un séjour à Buenos Aires, pendant l’été 1933-1934, six mois pendant lesquels le poète marqua ses homologues portègnes, en particulier ceux qui étaient alors en train de créer ce qui est aujourd’hui le répertoire classique du tango.

La façade de l'établissement tel que je l'ai vu en août 2007

Propriété d’un immigrant espagnol, l’hôtel Castelar portait le nom d’un écrivain et homme politique de la première République espagnole, Emilio Castelar y Ripol (1832-1899). C’est un des rares immeubles dans toit-terrasse. Désormais, il est en vente…

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

vendredi 11 mars 2022

Ariel Prat en 100 % tango [Disques & Livres]


Ariel Prat sort actuellement son premier disque exclusivement de tango, lui qui jusqu’à présent s’est consacré à la murga, la chanson engagée typique du carnaval.

Identidad milonguera contient six morceaux de sa composition, dont une chanson dédiée à la danseuse María Nieves, une des artistes qui a illustré le genre dans le monde entier, la plupart du temps avec son partenaire, Juan Carlos Copes, que le covid a emporté.

Le disque est disponible sur un certain nombre de plateformes numériques.

Página/12, qui suit d’assez près la carrière et l’œuvre de Ariel Prat, lui consacre aujourd’hui un article où se glisse une partie d’interview.

A découvrir !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Les députés ratifient l’accord avec le FMI malgré les émeutes [Actu]

    "A feu doux", dit le gros titre
(oui, c'est aussi le titre d'un tango célèbre de Horacio Salgán !)
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Le gouvernement argentin a fait quelques concessions à son opposition de droite pour obtenir la ratification parlementaire de l’accord de restructuration des 45 millions de dollars empruntés par l’Argentine auprès du FMI en 2018, sous un gouvernement ultra-libéral.

En-dessous : La Prensa accuse les trotskystes
des émeutes sur Plaza del Congreso
En haut : "La diplomatie a échoué ; l'hiver freine les Russes"
(en fait, ce serait plutôt le printemps et donc le dégel, mais bon ! passons..)
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Hier, la Chambre des Députés a débattu ce texte durant plusieurs heures pendant que dehors, sur Plaza del Congreso, l’extrême-gauche, très hostile au FMI et au seul fait de rembourser cette dette jugée illégale (elle l’est en toute rigueur de terme), manifestait non sans violence son désaccord. Et la manifestation a tourné à l’émeute, avec des dégâts matériels dans le bâtiment du Congrès contre lequel les militants ont jeté toutes sortes de projectiles. Vitres brisées, feux sur la chaussée, dégâts visibles dans le bureau de fonction de Cristina Kirchner, présidente du Sénat et pas vraiment partisane de l’accord obtenu par le président et son ministre de l’Économie.

Pour finir, une majorité incontestable de 200 voix a ratifié cet accord contre 37 voix contre et 15 abstentions.

"Les députés approuvent l'accord avec le FMI
avec une large majorité", dit Clarín
en insistant sur les graves incidents autour du Congrès
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Máximo Kirchner, qui n’a jamais caché son opposition à cet accord, au point d’abandonner la présidence du groupe péroniste tendance Kirchner (Frente de Todos) à la Chambre, était absent pendant les débats et il est arrivé juste pour le vote. Pour voter contre. Ce qui a mis encore plus en évidence les dissensions dans la majorité présidentielle tandis que l’union a pu se faire avec une partie de celle-ci et une bonne partie de son opposition libérale.

Quant aux quelques députés d’extrême-droite libertarienne présents dans l’hémicycle, ils ont eux aussi voté contre. Comme quoi, les extrêmes, une fois encore, se rejoignent.

"Appui de l'opposition et dispersion dans la majorité
pour valider l'accord avec le Fonds", dit La Nación
avec une photo où l'on reconnaît le bâtiment du Congrès
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 10 mars 2022

Un disque instrumental en hommage à Gardel [Disques & Livres]

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Bernardo Monk (ci-dessous) est un saxophoniste qui navigue entre le tango et le jazz.


Il a récemment publié un nouveau disque consacré à Carlos Gardel, qu’il désigne de l’un de ses surnoms, El Mago (le magicien). Cet album se compose de huit classiques du répertoire de Gardel, tous en version instrumentale.

C’est un choix paradoxal puisque Gardel s’est certes illustré comme compositeur mais le plus emblématique de son talent, et même de son génie, c’était le chant, c’était la voix. Lui rendre hommage sans l’ombre d’un chanteur, ce n’est pas courant. Toutefois la démarche atteint son but : servir ce répertoire pour ce qu’il est, une musique immortelle qui résiste à tous les arrangements du moment où l’arrangeur a du talent. Et c’est le cas.

Le disque est disponible sur plusieurs plateformes et peut être écouté sur le site de Tanguera Radio.

Il s’agit du septième album de Bernardo Monk en qualité de soliste.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Le président de la Cour suprême obtient la peau du juge d’instruction qui enquêtait sur sa fortune [Actu]

Une de Rosario/12 avant-hier
Sur la photo du président Rosatti, ce titre humouristique :
"Direction : le classement"
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Le président de la Cour suprême argentine, Horacio Rosatti (ci-dessus), était jusqu’à il y a peu sous le coup d’une enquête judiciaire conduite dans la province de Santa Fe pour enrichissement illégal. Pour la plus haute autorité judiciaire du pays, ça fait tache.

Qu’à cela ne tienne. Le magistrat a fait comme Mauricio Macri, qui d’ailleurs l’avait nommé à la Cour suprême en entrant à la Casa Rosada : il a intenté un procès en illégitimité contre le juge d’instruction fédéral devant l’une des chambres pénales de la cour de Cassation.

Et comme Macri dans l’affaire des écoutes illégales concernant les parties civiles de la disparition du sous-marin ARA San Juan, Horacio Rosatti vient d’obtenir gain de cause. Eu égard à la place qu’il occupe dans la hiérarchie judiciaire, il ne fait plus guère de doute désormais que l’affaire sera très prochainement classée.

C’est la première fois dans l’histoire qu’un président de la Cour suprême se permet de récuser un juge, qui plus est dans une affaire qui l’implique personnellement.

Comme par hasard, ce dénouement n’a que fort peu intéressé la presse majoritairement détenue par un grand patronat de droite. Étrange, non ?

Voilà qui n’est pas de nature à favoriser la confiance de la majorité des Argentins envers la justice de leur pays.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Rosario/12 (Curieusement, l’édition nationale, Página/12 n’en a pas fait mention non plus)
lire l’article de El Litoral (édition de Santa Fe), le principal quotidien de la province

dimanche 6 mars 2022

Retour du carnaval sur Avenida de Mayo – Article n° 6900 [à l’affiche]


Le 23 février, après deux ans de pandémie et de restrictions sanitaires de tous ordres, le carnaval a repris les rues de Buenos Aires avec ses cortèges de murgas, ces groupes exubérants de carnavaleux chamarrés, danseurs et musiciens. Les tragiques événements qui ensanglantent l’Europe depuis cette même date m’ont détournée d’en parler en son temps.

Ce soir, c’est le défilé final qui retrouvera son parcours traditionnel sur Avenida de Mayo, un parcours qu’il avait abandonné au cours des dernières éditions qui se sont tenus avant le covid. Les habitants et les habitués du secteur réprouvaient ce déploiement populaire.

Ce sera la grande fête de la rentrée sur une artère qui aura énormément souffert de la crise sanitaire. Des librairies et des cafés iconiques ont fermé définitivement leurs portes, faute de clients pendant les différents confinements et la disposition géographique qui rendait impraticable le click and collect alors que tout le monde ou presque était en télétravail avec une quasi-interdiction de sortir de chez soi. C’est donc à une débauche de couleurs et de propositions tant artistiques que gastronomiques que la plus célèbre et la plus institutionnelle des avenues de Buenos Aires se prépare pour ce soir, entre le Congrès et le palais présidentiel.

Espérons que cette page sanitaire est effectivement tournée même si l’Argentine n’est pas encore sortie d’embarras pour autant. D’abord parce qu’elle doit définitivement ratifier la restructuration de sa gigantesque dette auprès du FMI (l’accord doit être présenté au Congrès dans les jours qui viennent et les débats s’annoncent houleux). Ensuite parce que les conséquences de la guerre en Ukraine se font déjà sentir jusqu’en Amérique du Sud. En Argentine aussi, en effet, le prix de la farine et du pain, déjà affecté par l’inflation locale (autour de 50 % par an), atteint d’ores et déjà de nouveaux sommets et donne des signes de pénurie ici et là.


Ce qui montre bien l’absurdité du commerce mondial tel qu’il s’organise désormais : l’Argentine est ou du moins elle a été l’un des greniers à blé de la planète, avant que le soja transgénique, plus rentable, n’envahisse champs et prairies, faisant reculer la culture des céréales et l’élevage extensif de bovins. La guerre à nos portes met à présent en évidence sa dépendance frumentaire d’un pays aussi lointain que l’Ukraine !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de El Planeta Urbano, le magazine de l’actualité portègne du même groupe médiatique, Octubre.

Grand concert en hommage à Piazzolla ce soir au Luna Park [à l’affi


2021 aura été l’année du centenaire de naissance de Astor Piazzolla. Un centenaire dont les différentes manifestations furent plus que perturbées par la crise du covid.

Ce soir, dimanche 6 mars 2022, presque au 101e anniversaire du compositeur (ce sera le 11 mars), on met les petits plats musicaux et chorégraphiques dans les grands avec un super-concert au Luna Park, enceinte festive du cœur historique de Buenos Aires, qui fête elle aussi son centenaire.

La soirée débutera à 20 h et le spectacle, gratuit, se tiendra à guichets fermés. Toutes les places ont déjà été distribuées.

Au programme : tango (bien sûr), mais aussi deux autres genres qui auront beaucoup marqué le parcours artistique du Maestro, le jazz de la New York de son enfance et le classique, qu’il a travaillé adolescent à son retour en Argentine puis adulte, en 1955, à la Cité des Arts à Paris où il avait obtenu une bourse pour étudier la composition pour quatuor à cordes et où Nadia Boulanger, la grande compositrice et formatrice française, le convainquit de retourner à ses sources, le tango, ce qui allait déboucher sur la grande révolution qui revitaliserait un genre qui avait beaucoup souffert de la chute de Perón et de la prise en main immédiate du pays par les États-Unis, lesquels ont pour sale habitude de raser la culture du pays qu’ils « libèrent » pour mieux y déverser leur propre business musical, cinématographique et télévisuel.


Parmi les artistes qui seront sur scène ce soir, son petit-fils, Daniel Pipi Piazzolla et son groupe de jazz, Escalandrum, qui a été l’une des chevilles ouvrières du centenaire aux côtés de la Fundación Piazzolla, dirigée par la famille.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :


Ajouts du 8 mars 2022 :
lire ce reportage de Página/12 sur cette soirée exceptionnelle

samedi 5 mars 2022

Clarín devance le 8 mars [Histoire]

Mercedes de San Martín de Balcarce


En vue du 8 mars et de la Journée des droits des femmes, le quotidien Clarín offre à son lectorat un article qui survole l’histoire des femmes sud-américaines dans la diplomatie, en mettant l’accent sur la poétesse chilienne Gabriela Mistral (1889-1857), une des toutes premières figures féminines du Chili (photo ci-dessous).

Pour l’Argentine, l’article insiste plutôt sur les épouses de diplomate et au 19e siècle, il ne fait que mentionner Mercedes de San Martín (Mendoza, 1816 – Paris, 1875), la fille du général José de San Martín (1778-1850), qui a pourtant fait un parcours très riche à côté de son mari, Mariano Balcarce (Buenos Aires, 1807 -‑Paris, 1885). Dans la tournée que j’avais faite en 2016 dans la région de Cuyo, en Argentine, qui fêtait alors le bicentenaire de sa naissance, j’avais donné une conférence sur sa vie mouvementée puisque son mari fut le ministre plénipotentiaire argentin en France, en Grande-Bretagne, en Savoie-Piémont puis en Italie, après l’unité du pays, et enfin en Espagne, tout en résidant officiellement à Paris. Tous les deux ont sillonné l’Europe en train, en voiture et en bateau pendant une dizaine d’années pour elle, pendant vingt ans pour lui.

Aujourd’hui, l’Argentine est représentée ici et là par des femmes notamment au Vatican. C’est une femme, la directrice des droits de l’homme au Ministère des Affaires étrangères, qui est allée à Genève voter hier la demande d’ouverture d’une enquête sur les crimes de guerre commis en Ukraine par l’armée russe. C'était aussi une femme qui était en poste à Kiev. Elle vient d'être exfiltrée du pays avec sa fille et le consul, les trois officiels argentins qui restaient encore sur le sol ukrainien.

J’ajoute donc le portrait de Mercedes de San Martín, photographiée à Paris sous le Second Empire, pour compléter l’article très intéressant de Clarín.

© Denise Anne Clavilier

Gabriela Mistral, ambassadrice chilienne à l'ONU, en 1953

mercredi 2 mars 2022

Rentrée politique sous les signes de l’Ukraine, du FMI et de la discorde [Actu]

Página/12 tente de donner le change
en présentant côte à côte le président et la vice-présidente
mais leur mésentente ne peut plus être dissimulée
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Hier, le président argentin Alberto Fernández inaugurait la nouvelle session du Congrès avec le traditionnel discours qui indique les grands axes de la politique gouvernementale à venir. Cette année, cette allocution était bien entendu dominée par le bilan des deux premières années, sinistrées par la pandémie (avec vaccin russe en prime !), par la restructuration de la dette contractée auprès du FMI dont le Congrès devra ratifier l’accord dans les semaines qui viennent et enfin par les investissements publics que cette restructuration permet encore. Un très long discours d’une heure et demie.

Le gouvernement fera porter l’effort sur la jeunesse, les travailleurs de l’économie populaire et l’environnement et le président s’est engagé à lutter contre l’inflation qui détruit l’économie nationale.

Gros titre : "Poutine s'acharne sur les villes ukrainiennes"
En-dessous, le président entouré des présidents des deux chambres,
Sergio Massa (députés) et Cristina Kirchner (Sénat)
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Une minute de silence a été respectée en solidarité avec l’Ukraine en présence de tous les parlementaires. Pendant ce temps de recueillement, la vice-présidente Cristina Kirchner s’est distinguée par la désinvolture étonnante de son attitude : elle a réajusté ses cheveux à deux reprises un coup à gauche, un coup à droite, et osé un sourire. Après ses commentaires contestables sur la guerre en cours où, non contente de gêner la position officielle du pays, elle a rabâché ses obsessions sur le droit international appliqué aux Malouines, ce comportement a l’art de mettre de l’huile sur le feu de la division entre majorité et opposition mais aussi au sein de la majorité elle-même.

"Fernández a admis que les factures [énergie, transports]
vont monter beaucoup plus que ce qui avait été annoncé"
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Cette double division a été exposée au grand jour. Son fils, le député Máximo Kirchner, qui a démissionné il y a peu de la présidence du groupe majoritaire à la Chambre basse, a boycotté cette séance solennelle. Il a avancé pour prétexte qu’il devait accompagner ses enfants qui faisaient leur rentrée scolaire (comme l’immense majorité des enfants d’âge scolaire dans le pays).

Quant à l’opposition, elle a quitté l’hémicycle lorsque le président a abordé la dette publique. Elle entendait ainsi protester contre le fait que Alberto Fernández en fait porter la responsabilité à son prédécesseur, Mauricio Macri. Celui-ci semble garder sa place de leader de la droite, malgré toutes les affaires judiciaires qui s’accumulent sur sa tête et où son innocence est assez difficile à soutenir.

"Le président a réclamé un appui vis-à-vis du FMI
mais il a brûlé ses vaisseaux avec l'opposition"
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Bref, l’année politique s’annonce mouvementée et dans l’ensemble assez peu efficace puisque la droite va sans doute faire de l’opposition systématique pour paralyser la majorité.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Página/12
lire l’article principal de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire l’article principal de La Nación
lire le communiqué officiel de la présidence argentine

lundi 28 février 2022

L’Argentine a demandé à Moscou l’arrêt des opérations [Actu]

Santiago Cafiero, le ministre argentin des Affaires étrangères,
à la tribune du Conseil des Droits de l'Homme auprès de l'ONU
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Depuis quelques semaines, c’est un diplomate argentin qui préside le Conseil des droits de l’Homme à l’ONU. Le gouvernement argentin s’en était félicité à ce moment-là. La position quelque peu timide au début de l’agression russe, dans la journée de jeudi, était incompatible avec cette position en vue dont le gouvernement argentin est si fier. Cette majorité se veut exemplaire en matière de droits de l’homme. C’est elle qui mène le combat pour les réparations des crimes de la dictature militaire des années 1976-1983, un combat qu’elle n’a jamais lâché.

Il fallait donc en finir avec tout ce qui pouvait paraître ambigu, quelle que soit la politique menée jusqu’à présent et qui tendait à voir en Vladimir Poutine un partenaire diplomatique et politico-économique présentable.

Une de La Nación aujourd'hui
avec comme hier l'article de Elisabetta Piqué
"Poutine monte le ton du défi et prépare ses armes nucléaires"
L'article sur Cristina est annoncé en bas à droite
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Dans le cadre du Conseil des droits de l’Homme et par la voie de son ministre des Affaires étrangères qui a fait le voyage jusqu’à Genève, l’Argentine vient donc d’appeler Moscou à l’arrêt de l’utilisation de la force, abandonnant définitivement toute tentation de ménager la chèvre et le chou. Malgré le FMI et tout le reste ! Et très probablement au grand soulagement de toute sa diplomatie, à peu près sous toutes les latitudes. Le ministre a utilisé le verbe « condamner » et a prononcé le mot d’« invasion ». Il a parlé de « violation de l’intégrité territoriale d’un autre État ». Désormais, l’expression est claire.

Il est vrai que le gouvernement argentin a aussi mis sur les plateaux de la balance les risques que courent son économie dans l’actuel contexte international ainsi que son intention de reprendre au plus tôt les négociations commerciales entre le Mercosur, accord régional dont elle est l’un des fondateurs et des actuels leaders, et l’Union Européenne, laquelle montre tous les signes de s’impliquer de plus en plus concrètement et au-delà de tout ce qui pouvait être imaginé il y a seulement une semaine dans le soutien actif à l’Ukraine, qui résiste encore et toujours à l’empire russe.

L’actuelle vice-présidente Cristina Kirchner, qui avait ouvert cette voie de la coopération avec Poutine au cours de son premier mandat présidentiel, vient de sortir de son lourd silence à travers un texte où elle maintient son ambivalence : elle estime en effet que la communauté internationale applique deux poids-deux mesures en ne condamnant pas la Grande-Bretagne pour l’occupation des Malouines (qui remonte à 1833, ce qui n’est pas tout à fait la pleine actualité au moment où la communauté internationale cherche à arrêter un bain de sang en Ukraine) tout en surréagissant lorsqu’il s’agit de la Russie, avec des motifs qu’elle estime montés en épingle pour l’occasion. Lorsque Poutine s’était emparé, presque sans coup férir, de la Crimée en 2014, alors qu’elle était à la tête de l’Argentine, elle avait déjà développé le même raisonnement. Pas sûr que les Argentins, même dans son électorat fidèle, approuvent cette réaction qui s’oppose à la diplomatie nationale, pendant que le sang coule et qu'est brandie la menace nucléaire, et qui n’a qu’un mérite, celui de la constance (ce qu’elle revendique explicitement).

Comme si l’évolution du contexte géopolitique comptait pour rien. Comme si le cours de l’histoire n’existait pas. Son long silence depuis jeudi avait fait beaucoup jasé. Ce message ne met pas fin à ces commentaires acerbes.

"Civilisation ou barbarie" : le gros titre de La Prensa
reprend le titre littéraire le plus célèbre de Domingo Faustino Sarmiento
le grand écrivain argentin avant Jorge Luis Borges
doublé d'un prestigieux président de la République à la fin du 19e siècle ;
le tout sur photo de la manifestation pro-Ukraine à Berlin ce week-end
En bas, à gauche, le titre annonçant l'article sur la position de Cristina
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Rien de tout cela n’empêche Página/12 de tenter depuis jeudi d’expliquer tant bien que mal, voire hélas, de justifier le motif de la dénazification avancé par Poutine : le quotidien ne cesse de revenir sur le bataillon Azov qui, malgré tout le bruit qu’il avait fait au moment de la révolution de Maïdan et de la prise du Donbass en hurlant ses slogans nazis, n’a pas réussi sa percée politique dans le pays (l’extrême-droite ne représente que 2 % des élus au parlement ukrainien).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

sur la déclaration du ministre Santiago Cafiero à Genève :
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación, le seul organe d’information argentin qui ait une correspondante sur place, la journaliste Elisabetta Piqué, sa correspondante permanente à Rome

sur la déclaration de Cristina Kirchner :


Ajouts du 1er mars 2022 :
Des voix, notamment celle d’une parlementaire de droite, s’élèvent pour que soit rompu l’accord signé en 2014 et valide jusqu’en octobre de cette année entre l’Argentine et la Russie pour accorder un créneau à Russia Today dans le bouquet gratuit de la TNT (TDA) qui arrose tout le pays. A noter que c’était l’ancien président de droite Mauricio Macri qui avait fait prolonger ce contrat jusqu’en 2022 malgré ses déclarations précédentes (en 2016, il voulait évincer RT et Telesur, la chaîne du Venezuela).
Pour aller plus loin :
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación


Ajouts du 5 mars 2022 :
Au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, présidé par un diplomate argentin, l’Argentine a voté pour l’ouverture d’une enquête sur les atteintes aux droits de l’Homme en Ukraine.
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de La Nación


Ajout du 15 mars 2022 :
Le gouvernement argentin renonce à exécuter l’accord tout récemment signé entre les présidents Alberto Fernández et Vladimir Poutine juste avant les Jeux Olympiques d'hiver de Beijing et qui devait permettre la formation d’officiers argentins par l’armée russe.
Pour aller plus loin :
lire l’article de La Nación

vendredi 25 février 2022

La guerre en Ukraine vue par la presse argentine [ici]

L'Europe tremble, dit le gros titre
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Hier, les journaux argentins avaient bouclé trop tôt pour que leurs unes traitent de l’actualité tragique en Ukraine. Aujourd’hui, cette guerre occupe toute la première page. Mais la situation évolue avec une telle vitesse que l’article de une a déjà disparu du site Internet, sauf en ce qui concerne Página/12 qui gèle sa version imprimée dans un volet de son site.

L'Ukraine semble condamnée, dit le gros titre
En bas les pluies aident à combattre les grands
incendies qui ravagent la province de Corrientes
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Cet article de une, issu de l'édition imprimée du journal, a été confié au correspondant à Paris, Eduardo Febbro. Le quotidien ne peut s’empêcher de faire une petite tentative pour, même dans cette affaire, renvoyer dos à dos la Russie et les États-Unis (et les alliés de ces derniers) puisqu’aucun pays n’entre en guerre aux côtés des Ukrainiens.

Les troupes russes harcèles déjà Kiev
et les gens reçoivent des armes pour résister
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Comme vous pouvez vous y attendre, tous les quotidiens consacrent aujourd’hui d’épais dossiers sur le sujet qui est analysé sous toutes ses coutures : militaires, géographiques, politiques, diplomatiques, économiques… La plupart des articles sur l’évolution du conflit sont réalisés à l’aide des dépêches d’à peu près toutes les agences un tant soit peu fiables.

Le gros titre se comprend aisément sans traduction
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La diplomatie argentine a appelé hier la Russie à arrêter cette invasion illégale et sanglante tandis que le président Alberto Fernández a publié sur les réseaux sociaux une déclaration plus brève et moins précise où il affirme toutefois que la paix reste en toute situation le premier objectif de son pays et la seule politique qu’il estime acceptable partout dans le monde.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller un tout petit peu plus loin :


La une du 26 février est occupée par le reportage sur place
de Elisabetta Piqué, correspondante du journal en Italie
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Ajout du 26 février 2022 :
La Nacion, le seul journal argentin qui dispose d'une journaliste à Kiev, la correspondante à Rome Elisabetta Piqué, qui s'est envolée pour l'Ukraine à la veille de l'invasion russe, fait sa une aujourd'hui avec l'article de cette collaboratrice qui vit entre sa chambre à l'hôtel sur Maidan et le parking souterrain de l'établissement.
Pour aller plus loin ;
écouter l'intervention par téléphone de Elisabetta Piqué sur la chaîne LN. Ce qu'elle raconte est épouvantable, comme toute scène de guerre.

L'interview est annoncée en  une
en bas à droite, sans photo
L'actualité ukrainienne relègue au second plan
le décès du l'artiste plastique Antonio Segui
qui vivait à Paris mais vient de mourir
dans une clinique de Buenos Aires
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Ajout du 27 février 2022 :
Clarín a obtenu une longue interview du ministre des Affaires étrangères argentin qui à présent parle clairement de « violation de l’intégrité territoriale ukrainienne » de la part de la Russie et appelle au retrait des troupes russes. C’est à noter car jusqu'à présent, ce gouvernement avait cru qu’il pourrait équilibrer sa diplomatie en gardant une certaine proximité avec Poutine pour faire contrepoids aux États-Unis.
Pour aller plus loin :
lire l’interview du ministre