mercredi 20 mai 2020

Manuel Belgrano – L’inventeur de l’Argentine : la première critique d’une historienne argentine [Disques & Livres]

Lorsque le confinement a été décrété à quelques jours de différence en France et en Argentine, respectivement les 14 et 20 mars dernier, le bel édifice de l’Année du Général Manuel Belgrano, dont mon livre devait être la manifestation en France, s’est effondré, nous laissant tous assommés pendant plusieurs semaines. Depuis une petite quinzaine, nous parvenons à nous ressaisir et réinventons nos célébrations sur le mode virtuel. C’est ainsi qu’est né cet article de Norma Ledesma, qui travaille actuellement comme historienne à l’Instituto Nacional Belgraniano après avoir enseigné l’histoire pendant plusieurs années à l’Universidad del Salvador, une université fondée à Buenos Aires par les jésuites quand l’ordre (1) s’est réinstallé dans une Argentine devenue indépendante.

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Lorsque la poste argentine a livré mon livre au siège de l’Institut, une semaine avant le confinement, Norma a aussitôt emporté un exemplaire chez elle et s’est plongée dans sa lecture, malgré son ignorance du français mais la proximité entre nos deux langues nous aide à déchiffrer celle de l’autre, surtout avec une formation en histoire.

Il y a quelques jours, Norma m’a ainsi envoyé ses félicitations avec dans son mail une ébauche d’analyse de ce qui retenait son attention de spécialiste du sujet et l’idée est née d’en faire un texte pour vous, les lecteurs de Barrio de Tango. Je vous livre donc ci-dessous, en version bilingue comme toujours sur ce blog, cette première critique de l’ouvrage. L’original est justifié à gauche, ma traduction l’est à droite.

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Cette année, mon voyage en Argentine semble fort compromis alors que le bureau de l’INB avait commencé dès février à organiser plusieurs conférences que j’aurais données dans différents lieux emblématiques. C’est sans doute partie remise à 2021 mais cette année, il est à craindre que nous n’ayons pas, Norma et moi, l’occasion d’échanger comme nous en avions pris l’habitude. Un crève-cœur pour tout le monde de part et d’autre de l’Atlantique.


En este año 2020, en que se conmemoran los “250 años del Natalicio del General Manuel Belgrano” y el “Bicentenario de su Paso a la Inmortalidad”, por lo cual el Presidente de la Nación Argentina, Dr. Alberto Ángel Fernández, decretó que fuera declarado “2020- Año del General Manuel Belgrano” (Decreto PEN 02/2020 del 3 de enero de 2020), me alegra enormemente que la historia de Manuel Belgrano sea conocida en Francia y Europa a través del libro Manuel Belgrano. L’inventeur de l’Argentine de la investigadora francesa Denise Anne Clavilier, Editions du Jasmin, Francia, ya que nuestro prócer se encuentra entre los grandes “Libertadores de América”, al igual que San Martín, Bolívar y Washington.

En cette année 2020, où nous commémorons les « 250 ans de la naissance du général Manuel Belgrano » et le « Bicentenaire de son Passage à l’Immortalité » (2), motif pour lequel, par décret, le Président de la Nation argentine, le professeur Alberto Angel Fernández (3), l’a déclarée Année du Général Manuel Belgrano (décret PEN 02/2020 du 3 janvier 2020), c’est une immense joie pour moi que l’histoire de [celui-ci] soit connue en France et en Europe grâce au livre, Manuel Belgrano – L’inventeur de l’Argentine, de la chercheuse française Denise Anne Clavilier (Éditions du Jasmin, en France) puisque notre héros national figure parmi les grands Libérateurs de l’Amérique, au même rang que San Martín, Bolívar et Washington.

Tuve el gusto de conocer a Denise Anne Clavilier hace ya varios años, en el 2016 cuando se puso en contacto con el Instituto Nacional Belgraniano, en el cual me desempeño como investigadora. No voy a entrar en detalles de las charlas que mantuvimos pero me sorprendió, desde ese primer momento, su interés en la vida y obra de nuestro prócer y los conocimientos que poseía. De hecho, Denise Anne comenzó su romance con el Río de la Plata, a través del tango, que es la música que nos caracteriza y define. Pero, mientras que la mayoría se queda en este primer paso, ella decidió ahondar en nuestra historia patria, precisamente en la etapa fundacional de la misma. Para ello se dedicó al estudio de nuestros “Padres de la Patria” los Generales José Francisco de San Martín y Manuel Belgrano, recurriendo básicamente a fuentes y a bibliografía de reconocidos investigadores.

Il y a plusieurs années, en 2016, j’ai eu le plaisir de faire le connaissance de Denise Anne Clavilier quand elle a pris contact avec l’Institut national belgranien, où j’exerce comme chercheuse scientifique. Je ne vais pas entrer dans le détail des discussions que nous avons eues mais, dès ce premier moment, son intérêt pour la vie et l’œuvre de notre héros et la connaissance qu’elle en avait n’ont pas cessé de me surprendre. En fait, Denise Anne a commencé son idylle avec le Río de la Plata par le tango, cette musique qui nous caractérise et nous définit comme peuple. Mais, alors que la plupart des gens s’arrête à ce premier pas, elle a décidé de plonger plus avant dans notre histoire nationale et précisément dans cette étape qui en constitue les fondations. A cette fin, elle s’est consacrée à l’étude de nos « Pères de la Patrie », les généraux José Francisco de San Martín et Manuel Belgrano, en privilégiant le recours aux sources et à la bibliographie de chercheurs reconnus.

Gaspar de Jovellanos en 1798 par Francisco de Goya
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Nuevamente tuve una muy grata sorpresa cuando encaré la lectura de Manuel Belgrano. L’inventeur de l’Argentine. Utiliza un lenguaje sumamente accesible y la lectura es verdaderamente atrapante, lo cual no sucede con todos los libros de historia. Algunos utilizan un lenguaje árido que, en lugar de acercar la historia a la gente, la aleja.
Más allá de ello, para una especialista en el tema como es mi caso, se advierte la rigurosidad y minuciosidad de su trabajo, totalmente entendible si observamos las fuentes y bibliografía utilizadas. Considero que aporta una gran cantidad de datos, que alimentan nuestro amor por la historia. Cabe destacar, a modo de ejemplo, el capítulo dedicado a “Estudios en España (1786-1793)”, especialmente cuando se ocupa de sus estudios en la prestigiosa Universidad de Salamanca. Advierte de manera clara las diferentes concepciones de España con respecto a Francia, Alemania e Inglaterra. Además de aportar datos de los profesores de dicha universidad y de los representantes de la Ilustración Española, tal como Gaspar de Jovellanos, mostrándonos el mundo intelectual de la época.

Me mettre à lire Manuel Belgrano – L’inventeur de l’Argentine fut pour moi une autre très agréable surprise. Denise Anne emploie un langage très accessible et la lecture est vraiment prenante, ce qui n’est pas le cas de tous les livres d’histoire. Certains ont recours à un vocabulaire aride qui, au lieu de mettre l’histoire à la portée des gens, ne fait que les tenir à distance.
De surcroît, pour une spécialiste du sujet comme moi, la rigueur et la minutie de son travail sautent aux yeux, ce qui se comprend fort bien si nous analysons les sources et la bibliographie dont elle s’est servie. J’estime qu’elle fait avancer la question avec un grand nombre d’éléments qui nourrissent notre amour pour l’histoire. Il convient de mettre l’accent, à titre d’exemple, sur le chapitre « Études en Espagne (1786-1793) », particulièrement lorsque [l’auteure] s’intéresse aux études [de Belgrano] dans la prestigieuse université de Salamanque. Non contente d’apporter des éléments d’information sur les professeurs de cette université et les représentants de la pensée espagnole des Lumières, comme Gaspar de Jovellanos, en nous décrivant le monde intellectuel de cette époque, elle montre clairement les diverses opinions qui circulaient en Espagne sur la France, l’Allemagne et l’Angleterre.

Por otra parte, también considero como un gran aporte que nos ofrezca una breve biografía de los personajes que aparecen en su libro. No voy a abundar en el tema, porque espero que ustedes se sumerjan en la lectura de este libro.
También tengo que subrayar lo relevante de su "mirada", dado que “maneja” la historia francesa y europea y la relaciona con la del Río de la Plata, de una manera dinámica, sin baches, que hace que el relato fluya.

D’autre part, elle nous offre une biographie des personnages que apparaissent dans son livre et j’estime qu’il s’agit là d’une contribution non négligeable mais je m’arrête là sur ce sujet car j’attends que vous vous plongiez dans la lecture de l’ouvrage.
Il me faut aussi souligner son « regard », car elle manie l’histoire française et européenne et la lie à celle du Río de la Plata de façon dynamique, sans heurt, ce qui donne de la fluidité au récit.

La maison natale où Belgrano a vécu toute sa vie à Buenos Aires et où il est mort
ici dans son état de 1909, peu avant sa destruction
(Archivo General de la Nación)

Para finalizar quiero mencionar que su estudio no se limita a una historia política y militar, sino que también aborda los aspectos sociales y de la vida cotidiana, que acercan el relato al lector. A modo de ejemplo, la minuciosa descripción de las casas de las familias de la élite porteña de la época. Los planos de Buenos Aires de 1769 y 1810 nos ubican de manera clara en esta ciudad, capital del Virreinato del Río de la Plata y a partir de la Revolución de Mayo de 1810, capital de los gobiernos patrios: Provincias Unidas del Río de la Plata y Provincias Unidas en Sud América. Por otra parte, las imágenes incorporadas al libro, tomadas de viajeros que visitaron al Río de la Plata, nos permiten acceder a diferentes escenarios: Buenos Aires colonial, la pampa, así como a la costa del río Paraguay. Aparece la figura del gaucho, con su característica vestimenta, y los diferentes tipos de transporte.

Pour finir, je veux signaler que son travail ne se limite pas à une histoire politique et militaire. Elle aborde aussi les aspects sociaux et la vie quotidienne, ce qui rend le récit proche du lecteur. J’en prendrais pour exemple la minutieuse description des demeures familiales de l’élite portègne de cette époque. Les plans de Buenos Aires en 1769 et 1810 nous aident à nous orienter dans la ville, capitale du Vice-Royaume du Río de la Plata, puis, à partir de la Révolution de Mai 1810, capitale du pouvoir patriote, celui des Provinces-Unies du Río de la Plata puis celui des Provinces-Unies en Amérique du Sud (4). Qui plus est, les images intégrées à l’ouvrage, empruntées à des voyageurs qui visitèrent le Río de la Plata, nous font accéder à différents décors : la Buenos Aires coloniale, la pampa ou les rivages du Río Paraguay. C’est ainsi qu’apparaît la silhouette du gaucho, avec ses vêtements caractéristiques (5), et les divers modes de transport.

Manuel Belgrano, quien se movió en estos escenarios, se caracterizó por haber sido fundamental por su múltiple actuación en los tiempos fundacionales de nuestra Patria, teniendo como ideales la Independencia y Unión de los Americanos.
No es fácil para una investigadora francesa abordar un personaje de estas características y ello solo fue posible dado a que recurrió a fuentes originales y una nutrida bibliografía en idiomas español, francés inglés e italiano. Además, a sus vastos conocimientos en la historia del Río de la Plata, que le permiten hacer una “lectura intercultural”.

Dans les temps où notre patrie se construisait, Manuel Belgrano, qui allait et venait dans ces décors, s’est distingué par la variété de son activité fondatrice, conduit par ses idéaux, l’Indépendance et l’Union des Américains.
Pour une chercheuse française, il n’est pas facile d’aborder un personnage avec de telles caractéristiques et cela n’a été possible que parce qu’elle a eu recours à des sources originales et à une bibliographie nourrie, en langue espagnole, française, anglaise et italienne, en plus de ses amples connaissances sur l’histoire du Río de la Plata, qui lui ont permis d’en faire une « lecture interculturelle ».

Buenos Aires - rive du Río de la Plata vers 1820
par le peintre savoyard naturalisé argentin Charles Henri Pellegrini
au premier plan, la coupole est celle de La Merced, l'église du baptême de Belgrano
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Por estos motivos, recomiendo de manera entusiasta la lectura de este libro, por el cual el Instituto Nacional Belgraniano le otorga este año 2020, tan significativo para todos los belgranianos, el “Premio General Belgrano”, que solo se da a aquellas personalidades y entidades de bien público que, por sus antecedentes, méritos, cualidades y accionar comunitario, se los identifique con los valores e ideario belgraniano, al tiempo que colaboran con la misión del Instituto Nacional Belgraniano en difundir y exaltar la vida y obra de nuestro insigne prócer. En el caso de Denise Anne Clavilier es en reconocimiento a su vasta trayectoria como historiadora, escritora, ensayista, traductora y comunicadora intercultural. Específicamente por su profundo trabajo de investigación histórica, plasmado en la obra Manuel Belgrano. L’Inventeur de l’Argentine, primera biografía en francés de nuestro prócer, que fue presentada en la Embajada Argentina en París, el 27 de febrero pasado.

Dra Norma LEDESMA,
historiadora, Instituto Nacional Belgraniano

Telles sont les raisons qui me font recommander avec enthousiasme la lecture de ce livre pour lequel l’Institut national belgranien a attribué [à Denise Anne Clavilier], en cette année 2020 si significative pour tous les belgraniens, le Prix Général Belgrano (6) qui n’est remis qu’à ces personnalités et ces institutions d’intérêt public que l’on peut, grâce à leurs réalisations passées, leurs mérites, leurs qualités et leur engagement au service de la collectivité, identifier aux valeurs et à la pensée belgraniennes au moment où elles participent à la mission de l’Institut national belgranien en diffusant et en célébrant la vie et l’œuvre de notre éminent héros national. Dans le cas de Denise Anne Clavilier, il s’agit d’une reconnaissance de son ample trajectoire d’historienne, d’écrivain, d’essayiste, de traductrice et de spécialiste en communication interculturelle. Pour le dire plus précisément encore de la profondeur de ses recherches historiques qui ont pris forme dans cet ouvrage, Manuel Belgrano – L’inventeur de l’Argentine, première biographie en français de notre héros, qui fut présentée à l’Ambassade argentine à Paris, le 27 février dernier. (7)

Norma LEDESMA
historienne de l’Instituto Nacional Belgraniano

Pour en savoir plus sur l’Instituto Nacional Belgraniano :

Post de l'Ambassade argentine sur sa page Facebook
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(1) La Compagnie de Jésus a été expulsée de l’empire colonial espagnol en juillet 1767.
(2) Norma Ledesma cite ici le décret présidentiel du 3 janvier 2020. Remarquez le vocabulaire quasi-religieux de mise en Argentine : natalicio au lieu de nacimiento et paso a la inmortalidad (passage à l’immortalité) au lieu de fallecimiento (décès). De fait, les grands héros nationaux sont fêtés au jour anniversaire de leur mort, comme les saints canonisés : Manuel Belgrano est fêté le 20 juin, San Martín le 17 août et Sarmiento le 11 septembre. Cf. mon article du 3 janvier 2020 dans ce blog.
(3) Alberto Fernández est docteur en droit et enseignait, jusqu’à sa prestation de serment le 10 décembre dernier, le droit pénal à l’Université de Buenos Aires (UBA). En Argentine, les titres universitaires accompagnent systématiquement le nom de leurs titulaires (licenciado, magister, doctor, ingeniero, arquitecto, perito, etc.) Quand je traduis, je transpose ces formules dans les usages français.
(4) Le pays a plusieurs fois changé de nom avant de s’arrêter en 1860 sur l’actuelle dénomination officielle : la République argentine.
(5) Normal Ledesma a consacré sa thèse de doctorat à l’histoire textile en Argentine, un champ de développement économique et technique que Manuel Belgrano s’est efforcé d’encourager lorsqu’il était à la tête du Consulat de Commerce de Buenos Aires (1794-1810). De surcroît, le textile relève aujourd’hui encore du patrimoine culturel grâce aux couleurs, aux motifs et aux fibres traditionnels qui caractérisent les régions composant le pays. On peut le constater facilement dans l’art du poncho, le vêtement sud-américain par excellence : avec un peu d’habitude, il est assez facile de distinguer au premier coup d’œil un poncho de la pampa rioplatense d’un autre de Tucumán, de Salta ou de Cuyo…

Revalorisation des petites retraites [Actu]

Une de Página/12 hier

Avant-hier, ont été annoncées plusieurs mesures du programme électoral de Alberto Fernández pour lutter contre l’extrême pauvreté qui s’était beaucoup développée sous le gouvernement précédent.

En juin, trois paramètres sociaux augmenteront de 6,12 % : le minimum vieillesse, les allocations familiales (pour les salariés déclarés) et l’allocation universelle par enfant et par grossesse (AUH) qui va à tous les actifs sous plafond de revenus (salariés, déclarés ou non, indépendants, chômeurs) et aux retraités ayant un ou des enfants à charge (mineur ou handicapé).

Ces hausses vont bénéficier à 16 millions de personnes (sur une population totale d’environ 46 millions d’Argentins et de résidents).

Cette deuxième augmentation en 2020 permet à 80 % des retraités de voir leurs revenus dépasser de 5 % en moyenne l’inflation constatée en ce premier semestre.

Sans surprise, Página/12 est le seul quotidien de portée nationale qui ait rendu compte hier de ces annonces faites à la Casa Rosada (palais présidentiel et siège du gouvernement national) par la présidente de l’ANSeS, la sécurité sociale argentine.

Le Quinteto Negro La Boca sort un nouveau disque [Disques & Livres]


Le Quinteto Negro La Boca est une formation de tango anarchiste dont le port d’attache est le quartier homonyme dans le sud plébéien de Buenos Aires. C’est à La Boca, port industriel, que la pensée anarchiste d’origine européenne (surtout italienne, russe et espagnole) s’était implantée dès le début de la Grande Immigration (1880-1930).

Le QNLA s’inscrit dans cette histoire et a profondément planté ses racines dans ce quartier. Il a fait du pont transbordeur qui le caractérise son logo et dont on reconnaît l'amorce sur la droite de la jaquette du disque.

Malgré le confinement, le groupe sort actuellement sur les plateformes de streaming un nouveau disque, Cruces urbanos vol. 2. Ces croisements urbains qui donnent leur nom à l’album sont des fusions entre différents genres musicaux qui s’épanouissent actuellement à Buenos Aires : tango, cumbia (argentine) et trap. Beaucoup de morceaux originaux et un grand classique du répertoire tanguero, Desencuentro, au milieu de tout cela.

Le disque compte, entre autres invités de luxe, le chanteur de folklore Victor Heredia et la chanteuse de rock passée au tango, Adriana Varela.

Hier, Página/12 a interviewé le directeur musical du groupe, le compositeur et bandonéoniste Pablo Bernaba dans ses pages culturelles, dont la une était occupée par la disparition de Michel Piccoli.

Vous pouvez écouter quelques extraits des morceaux composant cet album sur le site Internet du groupe et continuer à découvrir ce groupe en vous connectant à sa page Facebook.

mardi 19 mai 2020

Hommage à Michel Piccoli [ici]


Comme on pouvait s’y attendre, étant donné l’envergure de l’artiste, la presse argentine rend hommage ce matin à Michel Piccoli, décédé il y a une semaine à l’âge de 94 ans.

Página/12 en a fait la une de ses pages culturelles.

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Clarín a mis la photo de l’acteur français en haut de sa une générale.

Pour en savoir plus :
lire l’article de El País, le seul quotidien uruguayen à aborder ce thème.

lundi 18 mai 2020

Le décès d’une figure emblématique des bidonvilles portègnes : Ramona Medina [Actu]


"Les gardiens de Mugica" dit le gros titre, sans l'ombre d'un sourire
en haut, à droite, l'annonce d'un masque en cadeau avec le journal

Ramona Medina avait 42 ans. Comme tant et tant de ses voisins dans la Villa 31, qui borde le quartier résidentiel de Retiro, au nord de Buenos Aires, et qui est l’équivalent actuel des conventillos dont parle le tango des années 1920 et 1930, Madame Medina souffrait de surpoids, de diabète et, peut-être plus encore parce que c'était la cause du reste, d’un logement insalubre, mal isolé et exigu. Le 14 mai, en détresse respiratoire, elle avait été hospitalisée en urgence et elle avait été intubée dès son admission. On le savait depuis quelques jours : elle était atteinte de covid-19. Elle est décédée hier dans la clinique privée où les services de secours lui avaient trouvé un lit.

A l’heure qu’il est, tous ses parents qui vivaient sous le même toit qu’elle, son compagnon, sa fille, handicapée, son beau-frère et sa belle-sœur, leur fille, eux aussi souvent porteurs de co-morbidités, sont hospitalisés. Ils ne pourront pas l’accompagner dans son dernier voyage.

Ramona Medina appartenait à une organisation sociale qui rassemble de nombreux habitants de ce quartier ultra-défavorisé, la Poderosa, qui abrite des structures de travail et de production coopératives. Avec plusieurs camarades, elle avait fondé un mensuel prolétaire autogéré intitulé Garganta Poderosa (gorge puissante). Une revue de revendication mais aussi et surtout d’expression culturelle et en particulier littéraire pour cette classe sociale qui a si peu voix au chapitre. Et il suffit de lire leur message sur Twitter pour constater qu’ils savent dire ce qu’ils ont à dire…


« Ils (1) nous ont tué Ramona
En serrant les dents, en frappant le clavier,
en mordant notre rage et en crachant nos larmes,
c’est à nous qu’il revient d’écrire cette merde
pour crier tout ce que Ramona a déjà crié.
On ne va pas s’arrêter !
[on va continuer] jusqu’à ce que les responsables payent.
Nous ne pouvons pas [en accepter] plus.
#Justice pour Ramona »
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Le message est plus fort encore sur Facebook où la place n’est pas comptée pour exposer la situation qui lui a été faite, notamment son relogement promis il y a quatre ans et jamais effectué.

Ces dernières années, madame Medina avait dû se battre bec et ongles contre les effets d’annonce du gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, très généreux en paroles à l’endroit de ce bidonville, sans que rien ne change vraiment dans les faits, sauf peut-être les abords de la gare routière qui ont été goudronnés et dotés de luminaires et autres mobiliers (2).

Quand l’épidémie a frappé Buenos Aires, madame Medina a été parmi les premières voix de ces quartiers oubliés à réclamer l’accès à l’eau courante, sans aucune coupure, pour l’hygiène immédiate quand toute la communication sanitaire officielle mettait en avant le lavage fréquent des mains.

Copie d'écran du site Internet de Garganta Poderosa

Sous la présidence de Cristina Kirchner, invitée par la directrice de Radio Nacional à une fête officielle de l’institution, je l’avais entendue et vue sur la scène recevoir un prix pour sa revue. Je garde un souvenir très fort de son apparition de femme du peuple, avec sa pleine dignité et son discours lucide et clair, elle qui n’était pas habituée à ces mondanités médiatiques et n’y était visiblement pas à l’aise. Mais, sur scène, ce soir-là, elle avait dit ce qu’elle avait à dire. La maîtrise de son expression m’avait vivement impressionnée. Ce lundi après-midi, en apprenant son décès, j’éprouve une profonde émotion.

Samedi, une autre figure du quartier a perdu la vie dans des circonstances similaires : Victor Giracoy, qui animait un restaurant social, le comedor Estrella de Bélen (Etoile de Béthleem). Le quartier s’est placé lui-même sous le vocable d’un prêtre qui avait consacré sa mission religieuse aux plus déshérités, le Padre Mugica, dont le coin porte officiellement le nom (du point de vue cadastral, la Villa 31 est censée être le Barrio Padre Mujica, mais je n’ai pas encore vu un seul plan de Buenos Aires en tenir compte).

Slogan projeté sur un immeuble de Buenos Aires

Nombreux sont les témoignages venant des personnalités et des organisations de gauche à ces tristes nouvelles qui reflètent bien la tragédie qui se vit dans ces quartiers laissés pour compte, sans électricité légale, sans système sécurisé de distribution de gaz et d’eau courante, tant à Buenos Aires qu’ailleurs dans le pays. L’auteur-compositeur interprète León Gieco a écrit un très beau texte en vers pour la dernière page de Página/12 qui lui a emprunté son gros titre, « les gardiens de Padre Mugica ».

Los guardianes de Mugica bajan de lo alto
con sus voces y tambores, domingo santo.
León Gieco, Página/12

Les gardiens de Mugica descendent du ciel
avec leurs voix et leurs tambours, un dimanche saint.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Signe indiscutable que ce que Madame Medina commençait à compter, même les journaux "main stream" rendent compte de sa disparition et des conditions scandaleuses dans lesquelles elle s'est produite.

Pour aller plus loin :
lire le dossier que Página/12 a mis sur son site autour de cette figure de l’expression populaire urbaine
se connecter au site Internet de Garganta Poderosa et à son profil Facebook

Mises à jour du 19 mai 2020 :
lire l'article de Página/12 sur la conférence de presse du collectif du quartier Padre Mugica à la suite du décès de Ramona Medina hier, en plein air, au pied d'un talus qui délimite le quartier
lire l'article de Página/12 sur l'affaire telle qu'elle va être portée devant la Comission Interaméricaine des Droits de l'Homme(CIDH) par le prix Nobel de la Paix argentin Adolfo Pérez Esquivel, divers organismes militants et le collectif du bidonville. Cette plainte vise le gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires et prend en compte les neuf jours sans eau courante dans le bidonville en plein confinement.



(1) Les tenants du grand capital, les politiciens de la droite ultra-libéral, le gouvernement de la ville.
(2) Je m’étais moi-même fait la réflexion en août dernier quand le car dans lequel je voyageais vers Villa Mercedes (San Luis) avait longé les grillages qui séparent encore la route et la villa miseria. Ce qui était à notre vue s’était beaucoup embelli. Mais il semble bien que là s’arrêtaient les progrès.

samedi 16 mai 2020

Un test national pour diagnostiquer le covid-19 [Actu]

"Nous avons obtenu des résultats dans un temps record", dit le gros titre
en haut, sur fond bleu, un titre sur les contrepropositions
faites par les détenteurs de bons du trésor argentin
au plan gouvernemental de restructuration de la dette

Le gouvernement argentin a annoncé hier, au cours d’une conférence de presse triomphale, le développement d’un test de diagnostic du covid-19 plus rapide et moins coûteux à mettre en œuvre que le test utilisé partout jusqu’à présent.

Le nouveau test, baptisé Covid-19 ®Neokit, dont le principe n’a pas fait l’objet d’un article scientifique mais très probablement celui d’un dépôt de brevet international, devrait permettre au pays de se passer à assez court terme de l’importation de l’autre test (qui entraîne de lourdes dépenses publiques en devises étrangères et des risques de retard à la livraison, étant donné la tension qui règne dans les usines de production) et du recours aux appareils d’analyse de laboratoire, eux aussi particulièrement onéreux à l’acquisition. Les essais de validation ont été réalisés sur les ARN obtenus à partir de 85 prélèvements de patients conservés à l’Instituto Malbrán (1), qui jusqu’à présent centralisait l’administration de presque tous les tests de diagnostic pour le covid. Le procédé a systématiquement donné le bon résultat, positif pour 50 échantillons et négatifs pour les 35 autres. Ses performances seraient donc identiques à celles de son homologue. Toutefois il n’a pas encore effectué de diagnostics nouveaux.

Le gros titre porte sur les propositions des détenteurs de la dette nationale
Seule la photo principale concerne la nouvelle sanitaire
En haut, sur fond noir, la mort d'un chanteur populaire
qui était dans le coma depuis plus d'un an à la suite d'un traumatisme crânien
En bas, à droite, la photo de Gabriela Sabatini, la championne de tenis,
qui fête actuellement ses 50 ans
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Le procédé consiste à faire passer l’ARN purifié du virus infectieux isolé dans les prélèvements dans un réactif chauffé à 65° qui accélère la multiplication des segments significatifs du génome viral et passe ainsi du violet au bleu si ce génome est celui du Sars-Cov-2. Si c’est celui du virus de la grippe, dont l’épidémie australe est proche, le réactif conserve sa couleur initiale. Une simple étuve peut donc suffire à cette étape du diagnostic, l’opération la plus lourde demeurant celle de l’extraction d’ARN, après le prélèvement, qui ne change pas, nécessite toujours la même quantité d’écouvillons médicaux et reste incommode pour le patient. Le nouveau procédé présente aussi une bonne sécurité pour les manipulateurs puisque les petits tubes à essai qu’il nécessite sont hermétiquement scellés pour éviter le contact avec le contenu et peuvent être jetés après chauffage, tels quels, selon les normes en usage pour les matériaux infectés.

Le kit est produit par un consortium public-privé, Neokit SAS, qui associe le Conicet (centre national de recherche scientifique et technologique) et le laboratoire privé Pablo Cassara. Des financements publics sont encore attendus pour développer le produit comme il convient. Avant la survenue du covid, Neokit SAS travaillait sur des tests de détection de maladies endémiques comme la dengue (présente depuis longtemps dans le nord du pays) ou des affections apparues plus récemment comme le chikugunya, le zika ou la maladie de Chagas, qui a fait de gros dégâts cet été dans des provinces particulièrement pauvres. Les recherches sur le test relatif à cette dernière ont eu le temps d’aboutir mais le reste a été laissé de côté pour mobiliser toutes les énergies sur la pneumonie pandémique, déclarée priorité des priorités étant donné qu’elle est très contagieuse, passablement dangereuse, inconnue (ce qui n’est pas le cas des trois autres affections) et qu’elle met toute l’économie, qui n’en avait pas besoin, au point mort.

Le gouvernement attend de ce nouveau procédé une capacité accrue de diagnostic grâce à la maîtrise de la production et à la simplification de l’opération finale qui pourra désormais être confiée à un personnel plus nombreux parce que moins qualifié que des techniciens en biologie dans des laboratoires lourdement équipés. La couverture territoriale pourrait elle aussi en être améliorée. Un seul kit contient le matériel pour une centaine de diagnostics, en comptant de multiples diagnostics simultanés par patient.

La nouvelle n'est traitée que tout en bas, à droite
Le reste de la une est dominée par des questions économiques.
Il n'y a que l'argent qui compte !
Et on est devant la une d'un journal catholique.
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La nouvelle tombe bien au moment où l’Argentine (et l’ensemble du sous-continent) semble s’acheminer vers le pic épidémiologique, comme les scientifiques l’avaient annoncé fin mars (2), et où des foyers de contagion assez dangereux se sont déclarés dans plusieurs bidonvilles, dont celui de Retiro (Buenos Aires) où la plus emblématique des porte-parole de la culture prolétarienne, journaliste à la revue autogérée Garganta Poderosa, vient d’être hospitalisée.

A la fin de la semaine prochaine, on s’attend à disposer de 10.000 kits, ce qui permettrait de réaliser un million de tests (l’Argentine compte 46 millions d’habitants). A terme, on prévoit une production de 100.000 kits par semaine. De quoi couvrir assez vite une bonne partie des besoins partout dans le pays, si ces prévisions sont réalistes, et de donner aux autorités sanitaires le contrôle sur l’épidémie.

Il reste néanmoins à mettre le système à l’épreuve du terrain, avec des patients jamais diagnostiqués. Il n’y a pas de raison que ce soit une catastrophe mais la certitude de l’efficacité ne sera acquise que d’ici quelques semaines. En attendant, cette performance nationale remonte le moral de tout le monde et c’est toujours bon à prendre.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 qui interviewe le directeur de l’équipe des développeurs du Neokit
lire l’article de La Nación, dont le journaliste, la voix sensiblement étouffée par un masque, a posé la première question aux ministres hier soir lors de la conférence de presse
voir la conférence de presse gouvernementale sur le canal You Tube de la Casa Rosada
lire le communiqué officiel de la présidence.

Mise à jour du 19 mai 2020 :
lire cet article de Clarín sur le procédé mis en œuvre dans le test argentin.



(1) 85 tests de validation, ce n’est pas très lourd mais nécessité fait loi dan ce pays étranglé par sa dette et ses porteurs de bons du trésor assez mal disposés envers l’Argentine (ce qui est normal, les investisseurs privés qui prêtent à des pays comme l’Argentine sont pour la plupart des spéculateurs institutionnels ou particuliers qui ne respectent aucun principe éthique).
(2) C’est le mois de la fête nationale. Les célébrations de ce premier 25 mai du mandat, qui devait aussi rendre un hommage plus particulier à Manuel Belgrano, en cette année qui lui est consacrée, semblent bel et bien compromises, en tout cas dans leurs formes traditionnelles.

Programme de conférences en ligne sur la vie et l’œuvre de Manuel Belgrano [à l’affiche]

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En cette Année du Général Manuel Belgrano, la Escuela Superior de Guerra de la République argentine propose pour une série de conférences hebdomadaires en ligne sur tous les aspects de la vie et de l’œuvre de ce père de la patrie qui fut un économiste, un écrivain, un gazetier, un révolutionnaire politique (il a fait partie du premier gouvernement argentin de mai à septembre 1810), un diplomate et un officier qui connut de grandes victoires (Tucumán en 1812 et Salta en 1813) et quelques cruelles défaites sur les hauts-plateaux boliviens à la fin de cette même année.

Chaque conférence se tient le mercredi à 18h (heure argentine) du 20 mai au 17 juin, sur les deux mois les plus significatifs : celui de la Révolution de Mai et celui où Belgrano est né et est mort (3 et 20 juin).
Tout est gratuit et ouvert au grand public mais l’inscription est obligatoire, c’est inscrit sur l’affiche (il faut bien que vous puissiez recevoir le code pour vous connecter à l’heure dite à Zoom).

vendredi 15 mai 2020

L’inflation ralentit à nouveau, sauf dans l’alimentation [Actu]

Indice des prix à la consommation (IPC)
pour avril 2020 au niveau national
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De mars à avril, l’inflation a été divisée par deux : elle est passée de 3,2 points en mars à 1,5 le mois dernier, selon le rapport mensuel de l’INDEC (l’institut national de statistiques). Comme d’habitude, le poste alimentation tracte l’inflation en restant celui dont l’augmentation est la plus forte : 3,2 % le mois dernier, dont une partie semble toutefois due au confinement, avec son cortège de difficultés de production, de stockage et de transport.

Les taux nationaux selon les catégories de produits inclus dans l'indice
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De date à date, le taux annuel reste bien inférieur celui de l’année 2019 : 45;6 % de mai à avril contre 52,9 % de janvier à décembre, ce qui laisse espérer une maîtrise progressive du phénomène, eu égard à la violence de la crise actuelle. Les mesures réglementaires et législatives prises par la majorité au pouvoir visant à limiter le jeu de la spéculation semblent donc porter leurs fruits.

Fait notoire : les journaux de droite citent les chiffres de l’INDEC en ne laissant pas planer le doute sur leur crédibilité comme ils le faisaient avec violence sous le mandat présidentiel de Cristina Kirchner.

Synthèse pour chacune des six régions administratives,
culturelles et historiques qui composent l'Argentine
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Pendant ce temps, le ministre des finances continue à négocier de son mieux la restructuration de la dette auprès des porteurs de bons d’État, appuyé par une équipe de prestigieux économistes hétérodoxes (dont Thomas Piketty) et le soutien remarqué cette semaine d’un économiste progressiste italien qui conseille le Vatican de François.

Pour aller plus loin :
lire le rapport complet de l’INDEC (téléchargeable sous le format pdf).

Alberto Fernández relance l’économie par le logement [Actu]

Le président argentin vient d’annoncer un grand plan d’investissement dans le logement populaire : 29.000 millions de pesos d'argent public pour construire des logements neufs et améliorer d’autres existants avec la perspective de créer 750.000 emplois.

Jeu de mots habituels en gros titre :
l'expression signifie notre "[mettre] la main à la pâte"
mais se traduit littéralement par [mettre] les mains à l'œuvre,
obra signifiant à la fois œuvre et travaux [publics]

Seul Página/12 s’en fait l’écho. Il est vrai aussi que les plans de construction ont été gravement mis sur la sellette par la droite, dont les éléments extrémistes sont assez remontés actuellement, avec quelques scandales, vrais ou non, comme le projet inabouti de Madres de Plaza de Mayo, qui semble bien avoir couvert des malversations de fonds publics, et les chantiers lancés par Milagro Sala, une leader aborigène de la province de Jujuy que la justice locale poursuit avec acharnement depuis plus de quatre ans. Or le plan du gouvernement prévoit justement de s’appuyer sur les organisations populaires déjà existantes.

Il faut donc espérer que cette fois-ci tout sera mis en œuvre pour éviter le coulage et la corruption.

Le logement populaire est une nécessité à laquelle il faut répondre de façon urgente : il existe beaucoup de gens à la rue (leur nombre n’a cessé d’augmenter pendant toute la période où Mauricio Macri a gouverné) et il existe une quantité impressionnante de bidonvilles, jusque sur le territoire de la capitale fédérale. Il s’agit de viabiliser ces bâtiments, de les mettre aux normes d’hygiène et de sécurité. Ce qui, une fois mis à part le maniement de l’argent public, n’est pas une mauvaise idée pour relancer l’économie successivement sinistrée par la crise de l’endettement monstrueux provoqué par l’ancienne majorité et la crise sanitaire dont les pic reste à venir (on voit de jour en jour augmenter le nombre des contaminés, malgré le confinement).

Pour en savoir plus :

mercredi 13 mai 2020

Un salut amical sur les ondes de la AM 750 [à l’affiche]

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Hier, mon ami Walter Alegre, coordinateur de la Ciudad del Tango au CCC Floreal Gorini, m’a adressé un salut radiophonique dans la chronique qu’il tient dans l’émission Que vuelvan las ideas (pour le retour des idées) en révélant la façon plus qu’hétérodoxe dont j’ai croisé sur mon chemin le général San Martín et la genèse de sa première biographie en français : San Martín, à rebours des conquistadors, paru aux Éditions du Jasmin.

En bon lecteur de ce blog, Walter reprend mon article sur 5 mai sur San Martín à Cadix en 1804 et présente l’histoire du texte original de Cambalache, le grand tango emblématique des années 1930 que nous devons au génie poétique et musical d’un artiste tourmenté, Enrique Santos Discopolo (1901-1951).


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Quand j’ai sorti la biographie de Belgrano en février dernier, Walter m’a envoyé un mail : « Et dire que tout ça a commencé grâce à Cambalache ! ». Je lui avais raconté l’anecdote à notre première rencontre seulement et celle-ci remonte à 2007 ! J’ai été surprise qu’il s’en ait gardé le souvenir et visiblement, si, l’anecdote l’a marqué !


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Bien entendu, sa chronique est en espagnol. Je vous laisse l’écouter sous ce lien. Elle s’achève sur une interprétation de Cambalache par Tita Merello, la grande interprète du tango canyengue, qui chante le texte exact, des vers qui ont beaucoup souffert au long des décennies de la censure et de l’ignorance de l’histoire d’un bon nombre d’interprètes, un texte qui fait bien entendu parti de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, mon tout premier livre qui m’avait permis de faire la connaissance de Walter Alegre, le 17 août 2007, dans son bureau du Centro Cultural de la Cooperación (CCC). Tout était donc écrit depuis longtemps ! (1)

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(1) Le 17 août, en Argentine, c’est le Día de San Martín, l’anniversaire du "passage du grand homme à l’immortalité" (en français, l’anniversaire de sa mort). A l’époque, c’était un jour férié fixe (maintenant c’est une fête mobile, systématiquement reportée au lundi le plus proche pour constituer un long week-end). Nous étions seuls dans ce grand bâtiment, avec le gardien qui a eu bien du mal à me croire quand je me suis présentée à l’accueil en disant que j’avais rendez-vous !

Le Congrès va siéger à distance [Actu]

Après plus de trois semaines de débats agités puis de mise en œuvre laborieuse, les deux chambres ont abouti à des accords pour que les parlementaires siègent en visioconférence et ont réussi à surmonter les obstacles techniques.
Au Sénat comme à la Chambre, l’opposition a pesé de tout son poids (c’est de bonne guerre en démocratie) pour entraver le fonctionnement de l’exécutif en retardant le plus possible de nouvelles modalités compatibles avec les mesures sanitaires, toutes les mesures exceptionnelles, prises par décret de besoin et d’urgence (DNU) devant faire l’objet d’un débat et d’un vote a posteriori au parlement sous peine de nullité. Pourtant, le Congrès a été un foyer de contagion avant même le confinement du pays et une salariée située tout en bas de l’échelle sociale l’a payé de sa vie (elle avait 43 ans et habitait dans le bidonville qui borde le quartier aisé de Retiro, la tristement célèbre Villa 31).

Photo Télam

Une fois l’accord obtenu, il a fallu mettre le système en place et le tester. Ce ne fut pas une mince affaire : les premiers essais ont révélé des difficultés nombreuses qui ont mis à l’épreuve les informaticiens. Toutes ces défaillances semblent maintenant surmontées.

Depuis le début du confinement, les élus sont eux aussi confinés chez eux, souvent dans leur circonscription alors que le trafic aérien intérieur est très réduit comme partout ailleurs dans le monde, et seuls siègent dans les deux enceintes législatives les chefs de groupe et les présidents, dont les domiciles sont fixés à Buenos Aires, pour l’un (Sergio Massa, pour la chambre basse) comme pour l’autre (Cristina Kirchner, pour la chambre haute).

Une du lendemain (14 mai 2020)
"Qu'importe la distance", dit le gros titre
avec, en haut, le Sénat (on reconnaît très bien Cristina Kirchner de dos au centre)
et, en bas, la Chambre des députés (on reconnaît tout autant la carrure de Sergio Massa)

Cet après-midi, pour la première fois en plus de 150 ans d’existence, le Sénat d’abord, à 14h, puis la Chambre des Députés, à 18h, vont se former au complet grâce à Zoom, pour débattre et sans doute voter la validation de plusieurs ordonnances présidentielles (DNU) toutes relatives à la crise sanitaire et à ses conséquences économiques et sociales.

Pour en savoir plus :

mardi 12 mai 2020

Le sourire du jour [Humour]

Dimanche, Daniel Paz a été particulièrement inspiré dans son Journal du Confinement avec cette vignette parue sur son blog.

Il l’a intitulée Le bunker de l’Apocalypse.

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A gauche
Face à une menace imaginaire
« Voilà, tout est prêt dans mon bunker souterrain, anti-radiation et anti-inondation. Filtre d’air anti-toxines, de l’eau et de la nourriture pour deux ans. »
A droite
Face à une menace réelle
« L’enfermement, ça suffit »
Sur la pancarte : Non au confinement
Traduction © Denise Anne Clavilier

Table-ronde en ligne en hommage à Belgrano [à l’affiche]


Demain, mercredi 13 mai 2020, à 19h (heure argentine), le journal El Litoral, le Club de la Libertad et la Junta de Historia de Corrientes, en partenariat avec la représentation locale de l’Instituto Nacional Belgraniano (Instituto Belgraniano de Corrientes), proposent une table-ronde en ligne, à travers Zoom, pour rendre hommage à Manuel Belgrano en cette année où nous célébrons les 250 ans de sa naissance et le bicentenaire de sa mort.

Trois personnalités locales prendront la parole : Jorge Enrique Deniri, membre d’honneur de l’Instituto Belgraniano de Corrientes, Enrique Galiana, qui enseigne à l’Universidad Nacional del Nordeste (Unne) et María Belén Blanco, ex-présidente de la Sociedad Belgranianao de Curuzú Cuatiá (1).

Si vous voulez participer, il faut vous inscrire sous ce lien. Vous devrez donner votre adresse mail, votre numéro de portable, vos nom et prénom. À 23h45 (heure de Paris), vous recevrez le code à 15 chiffres pour vous connecter et la manifestation commencera à l’heure exacte.

Activité gratuite.

Cette conférence ouvre le programme d’histoire du Club de la Libertad pour la saison 2020.

Pour en savoir plus :



(1) Curuzú Cuatiá est aujourd’hui une petite ville. C’est une bourgade fondée par Manuel Belgrano pendant sa campagne de 1810-1811 lorsqu’il est parti à la tête d’une armée hétéroclite et mal instruite pour affermir les liens des provinces mésopotamiennes (Santa Fe, Entre Ríos et Corrientes) aux Provinces-Unies du Río de la Plata qui venaient d’entrer en révolution et récupérer le Paraguay qui entrait dans un processus d’indépendance autonome.

Le San Lorenzo met son stade au service de la détection Covid-19 [Actu]

Capture d'écran de la page d'accueil du site Internet du CASL
En haut au centre, l'écusson du club
et dominant la photo, ses couleurs emblématiques : le bleu et le rouge-violet
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Toujours fidèle à ses engagements humanistes et aux valeurs de la doctrine sociale de l’Église portées par son fondateur, le Club Atlético de San Lorenzo de Almagro a mis gratuitement son stade actuel à la disposition du SAME (le samu argentin) et du ministère de la santé de la Ville Autonome de Buenos Aires pour faire des tests gratuits à la population locale qui ne compte pas parmi les plus privilégiées.

Le président du club, Marcelo Tinelli, grosse vedette de la télévision populaire qui ne cache pas son engagement politique à gauche (1), doit venir faire une visite sur les lieux.

Le quartier voisin est l’un des plus gros foyers de contagion dans la capitale argentine.

Toutes les personnes chez qui le virus sera détecté seront conduites à l’hôpital pour des examens plus approfondis et des solutions de prophylaxie.

Pour en savoir plus :



(1) Ce qui ne l’empêche pas de faire des émissions de télévision dont l’intelligence et la profondeur culturelle ne sont pas toujours les grandes vedettes.

lundi 11 mai 2020

Les livres nous réclament [Humour]


A cette époque de l’année, à Buenos Aires, c’est la fin de la Feria del Libro, le plus grand salon du livre d’Amérique du Sud.
Au même moment, en France et en Belgique, les librairies rouvrent leurs portes.


Samedi dernier, Miguel Rep faisait à nouveau parler les livres dans Página/12 (c’est l’une de ses traditions notamment à l’époque de la Feria del Libro).

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A ce moment de l’année
on faisait toujours de la place
pour les nouveaux, qui nous apportent des nouvelles (1)
Dans les semaines où nous sommes, il en arrivait plusieurs.
Quel isolement que le nôtre !
La Feria del Libro, ce qu’elle nous manque ! (2)
(Traduction © Denise Anne Clavilier)



(1) Le jeu de mots n’est pas aussi marqué qu’en français. Novedades veut dire à la fois nouvelles (informations) et nouveautés.
(2) Et elle me manque à moi aussi. Si elle s’était tenue, l’Instituto Nacional Belgraniano aurait présenté ma biographie de Manuel Belgrano sur son stand !