mercredi 13 décembre 2023

Remède de cheval, que dis-je ? de baleine à bosses ! [Actu

"Les gens, dehors !" dit le gros titre sur
dix images tirées de la prestation télévisuelle
du ministre de l'Economie légendées
par dix des mesures annoncées
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Le nouveau super-ministre de l’Économie, qui fut celui de Mauricio Macri il y a un peu plus de quatre ans, Luis Caputo, a présenté hier en direct à la télévision son programme avec un jour de retard sur ce qui avait été annoncé dès le début : comme on pouvait s’y attendre, c’est à court terme une catastrophe qui va entraîner une pauvreté supplémentaire soi-disant pour relancer l’économie et le développement du pays. A ceci près que tout ce raisonnement ultra-libéral s’est toujours jusqu’à présent heurté à un échec retentissant partout où il a été appliqué. Une fois appauvri, le pays ne se relève que très lentement et encore ! avec une politique d’investissement public à marche forcée car entre temps, les jeunes ont dû renoncer à faire des études, on manque donc de cadres compétents ; les diplômés ont dû accepter des jobs sans qualification et ont perdu de leur employabilité ; des postes de travail ont été perdus en grande quantité ; des entreprises ont mis la clé sous la porte parce que leur marché s’était effondré faute de consommateurs en état d’acheter, etc.

Dessin paru ce matin à la une de Página/12 (ci-dessus)
Mileí à son interprète : Qu'est-ce qu'il dit ?
L'interprète : Il n'y a pas d'argent
(les deux auteurs reprennent le refrain du président)
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Ce remède de cheval va donc passer par une méga-dévaluation et par l’arrêt de pratiquement toutes les subventions à compter du 1er janvier prochain. Les factures de gaz, d’électricité et d’essence vont faire un énorme bond, bien au-delà de ce qu’il s’était passé il y a huit ans avec l’arrivée au pouvoir de Mauricio Macri (et c’était assez mal passé dans l’opinion publique). Les transports vont connaître le même sort, comme l’avait d’ailleurs prédit une affiche électorale de Sergio Massa à la veille du premier tour. Tout cela va rendre immédiatement très difficile pour les personnes les plus vulnérables et une bonne partie de la classe moyenne le trajet pour se rendre au travail, dans la mesure où les rémunérations ne vont pas suivre et où les gens habitent la plupart du temps très loin de leur boulot à cause de prix des loyers exorbitants.

Affiche de la campagne électorale de Massa sur un panneau d'information
à la gare Leandro de La Torre sur la ligne Mitre (train de banlieue à Buenos Aires)
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Mais on est tranquille : pendant que son ministre causait dans le poste, le chef de l’État était quant à lui très ostensiblement dans une synagogue pour participer à la cérémonie de clôture de la fête de Hanouka ! Il a prié Dieu d’aider l’Argentine et Israël. Avec l’aide du Ciel tout ira bien, a-t-il déclaré. Il démolit tout puis il se tourne vers le Tout-Puissant pour prendre en charge les conséquences de ses actes. On croit rêver !

"Dévaluation de 50% et la correction de l'histoire
la plus audacieuse", dit le gros titre
en faisant allusion au récit des événements
proposé par le ministre
En haut de la colonne de droite : Mileí à la synagogue
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Par ailleurs, le FMI a salué avec enthousiasme ces mesures léthales à court terme (comme d’habitude) tandis que Javier Mileí a tout de même pris la précaution d’écrire au gouvernement chinois pour négocier un autre prêt sonnant et trébuchant… pour rembourser celui accordé il y a six ans par le FMI à son ami Macri ?

La veille de son élection, le type déblatérait encore contre la République populaire de Chine parce que c’était une dictature, pire une dictature communiste (Lula aussi au passage !), et promettait même de rompre les relations diplomatiques avec Xi, alors que le pays est un des tout premiers clients de l’Argentine qui lui vend de la viande, des céréales, du lait en poudre et du vin en pagaille et lui achète des tas de produits manufacturés.

"Le plan de rigueur de Mileí commence :
cours officiel du dollar à 800 pesos et augmentation
de l'électricité, du gaz et des transports", dit le gros titre
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Pour compenser tout cela, ce gouvernement va augmenter les allocations familiales pour soutenir les plus fragiles. Faudra-t-il en rire ou en pleurer bientôt ?

"Le dollar à 800 pesos, des coupes draconiennes
dans les dépenses publiques et des coupes claires
dans les tarifs [de gaz, d'électricité et de transport],
dit le gros titre sur cette photo de Portègnes suivant
l'allocution du ministre dans un café en ville
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de Página/12 sur le revirement chino-diplomatique
lire l’article principal de La Prensa
lire l’article de La Prensa, quotidien catholique très à droite, sur l’espérance spirituel de ce bon Mileí et ses prières au Ciel
lire l’article principal de Clarín

mardi 12 décembre 2023

Boca Juniors a obtenu le droit d’organiser ses élections [Actu]

En haut, au centre : "Macri le bec dans l'eau"
En-dessous : le gros titre dénonce les manœuvres de Mileí
qui menacent déjà les droits acquis
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Finalement, la justice s’est prononcée pour la tenue des élections qui doivent renouveler le bureau exécutif du club Boca Juniors, celui dont, avant-hier, sur les réseaux sociaux, Emmanuel Macron a si fièrement brandi le maillot bicolore que Javier Mileí lui avait signé et dédicacé avec son slogan de campagne, caractérisé par son langage de charretier.

En haut à droite avec une photo de Riquelme
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Cette décision de justice est interprétée comme une défaite de Mauricio Macri qui voulait à tout prix geler la situation. La vie politique de Buenos Aires est en effet dominée par la droite ultra-libérale du nouveau chef de l’exécutif municipal, un cousin de Macri, et la vie nationale vient de basculer dans le libertarianisme (de fond ou de façade), lui-même noyauté par Macri et consorts. Que la justice locale se soit donc prononcée contre la demande de Macri pourrait être un signe de l’indépendance que réclame la magistrature, au moins pour le courant dans lequel s’inscrit le juge qui vient de prendre cette décision.

Clarín traite cette info en bas à droite :
"Point final à Boca : la justice a confirmé
les listes électorales et il y aura des élections"
L'image centrale est consacrée à l'incident qui
a émaillé la procession présidentielle hier sur Avenida de Mayo
Un homme a jeté sur le cortège une bouteille en verre
qui n'a pas atteint le Chef de l'Etat mais a blessé l'un de ses gardes
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Du coup, les autorités du club ont annulé les festivités qui devaient se tenir aujourd’hui au stade de la Bombonera, la résidence de l’équipe professionnelle (et de toutes les activités culturelles et sociales du club). Aujourd’hui, c’est en effet la fête des supporters (el Día del Hincha). On a sans doute craint des manifestations de colère politique et sociale difficiles à contrôler dans le contexte devenu explosif dimanche dernier.

La Nación laisse beaucoup de place à l'info :
en haut à gauche avec les photos de deux candidats
En-dessous : le premier conseil des ministres
du nouveau mandat
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Le scrutin se tiendra dimanche prochain, de 8h à 18h. Le conseil d’administration ira soit à la liste dont Macri serait le vice-président soit à celle des dirigeants actuels, à la tête desquels se trouve l’ancien joueur Juan Román Riquelme.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (pro-Riquelme)
lire l’article de La Prensa (pro-Macri comme les deux suivants)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

Ajout du 13 décembre 2023 :
La liste d’opposition menée par Andrés Ibarra et (surtout) Mauricio Macri maintient que la liste électorale est irrégulière mais elle ne fera tout de même pas appel…
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12


Ajout du 15 décembre 2023 :
Finalement, Andrés Ibarra, l’associé de Macri, a trouvé de quoi se représenter devant les tribunaux à trois jours du scrutin, histoire de bien compliquer la tâche des administrateurs actuels dans l’organisation du truc : il a demandé en référé que les électeurs dont il conteste l’inscription sur les listes électorales soient obligés de voter dans une urne à part. Donc, si la justice lui donne raison, ce qu’il ne faut pas exclure, il faudrait prévoir deux urnes, deux files d’attentes et sortir en quatrième vitesse une liste électorale ne comprenant que ces personnes.
Ils ne reculent décidément devant rien !
Sur ce point, lire l’article de La Nación


Ajouts du 16 décembre 2023 :
La justice a donné raison hier, un jour ouvré avant la tenue du scrutin, à Ibarra et consorts.
Pour aller plus lion :
lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

Mouvements de panique chez les consommateurs ! [Actu]

Dessin d'hier à la une de Página/12
Mileí : Nous sommes venus exterminer l'inflation
Le journaliste : Mais les mesures annoncées vont la faire augmenter
Mileí : Oui. L'idée, c'est de lui donner à manger jusqu'à ce qu'elle explose
Traduction © Denise Anne Clavilier


Devant la menace d’une catastrophe pire encore que la présente qui plane sur le pouvoir d’achat, depuis hier, on voit les consommateurs se ruer dans les grandes surfaces pour faire des provisions tant que les prix sont encore accessibles, en tout cas plus accessibles que les terribles prévisions émises par le président lui-même dans son discours d’investiture dimanche.

Selon Clarín, certains produits alimentaires, farine, pâtes, huile, auraient déjà pris 100 % d’augmentation par rapport aux prix en vigueur avant le changement d’exécutif. Página/12 préfère mettre l’accent sur une augmentation de 20 % et La Nación avance le chiffre de 50 %.


Dessin paru à la une de Página/12 ce matin
Premier habitant de l'hémisphère nord : On dit qu'en Argentine,
le président a pour slogan : Vive la liberté, p... de m...
L'autre : Qu'est-ce que ça signifie, "carajo" ?
Le premier : "des prix"
Traduction © Denise Anne Clavilier

Les remarques du président ont de quoi affoler : il a parlé d’une inflation qu’il ne pourrait pas maîtriser avant deux ans et dont le taux monterait à 15 000 % (quinze mille). Et il est économiste de formation ! mais pas nécessairement très bon dans son domaine. Le plus étrange est encore que la foule a applaudi lorsqu’il a énoncé ces prédictions ! Ces applaudissements ont laissé sans voix et sans explication les observateurs de la vie politique argentine, les journalistes comme les experts.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 11 décembre 2023

Une prestation de serment qui bouscule [Actu]

"Des ombres, rien de plus", titre Página/12
avec cette photo de Mileí sur le balcon de la Casa Rosada
En haut, le gouvernement au grand complet
qui a prêté serment à huis clos
ce qui ne se fait pas (ce sont des charges publiques)
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Hier Javier Mileí a prêté serment, sur les Evangiles, alors qu’il prétend être en train de se convertir au judaïsme. Il a refusé d’adresser son premier discours à la représentation nationale tout en prêtant serment à l’intérieur de l’hémicycle du Sénat, tout de même.

Il a préféré parler à la foule de ses admirateurs sur les marches de l’entrée gigantesque du palais du Congrès.

"L'Argentine retrouve la liberté", dit le gros titre
sur une autre photo du président sortant sur le balcon de la Rosada
En haut à gauche, la nouvelle "Première dame",
la frangine !
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On a pu voir aussi que sa sœur allait remplir le rôle de Première dame, en qualité de secrétaire générale de la Présidence, ce que Macri lui-même avait interdit par décret, un décret que Mileí a donc décidé d’abolir pour pouvoir travailler en famille ! En revanche, sa maîtresse du moment a été reléguée dans les derniers rangs au cours de cette première journée de présidence.

En matière de diplomatie, Mileí va envoyer son accompagnateur spirituel, un rabbin par conséquent (et sans doute pas des plus ouverts), comme ambassadeur en Israël. Il semble décidément obsédé par le judaïsme puisqu’il a osé offrir une menorah, un chandelier liturgique juif, au président Zelenski, alors que celui-ci s’est toujours montré très réservé par rapport à sa judéïté (qu’il n’a même pas lui-même opposée aux élucubrations poutiniennes sur les ukro-nazis) et s’est toujours bien gardé d’en faire étalage en public, que ce soit hier dans sa vie d’artiste comme aujourd’hui dans sa vie politique. Le nouveau président argentin aurait donc pu choisir un symbole national de cette liberté qu’ils chérissent tous les deux (mais de deux façons assez différentes visiblement) : une réplique, même pas à l’échelle, du sabre de San Martín par exemple (c’est un objet magnifique), un ouvrage (d’un historien de droite bien sûr) sur l’indépendance (au hasard, les livres de Bartolomé Mitre, qui fut à la fois le fondateur de l’histoire de l’Argentine et l’un de ses tout premiers présidents de la République dans la deuxième moitié du 19e siècle, puisque aussi bien la première histoire de l’Ukraine a été écrite par Mikhaïlo Hrouchevski, qui présidait la Rada lors de la première indépendance, en 1917) ou une copie d’une partition originale de l’hymne national.

"Mileí a dressé le bilan d'un héritage dramatique
et a prévenu que des temps très durs vienent",
dit le gros titre sur une autre photo
du nouveau mandataire au balcon

Le choix confessionnel fait hier augure assez mal de la place que va en effet occuper la culture dans la politique à venir au cours des quatre prochaines années.

Autre changement considérable en politique étrangère : l’Argentine a déjà annoncé depuis plusieurs jours qu’elle renonçait à faire partie des BRICS et la nouvelle titulaire du portefeuille vient de faire savoir que le pays entendait entrer à l’OCDE. Pour l’Ukraine, c’est bien et même on peut espérer que ce soit très bien. Pour les Argentins, je ne suis pas sûre que ça apporte une quelconque solution à la crise qu’ils subissent depuis le covid.

Pour la politique intérieure, dans son discours d’hier, Mileí a annoncé que l’inflation pourrait atteindre très prochainement le taux de 15 000 % (quinze mille pour cent) et qu’il va couper court sur le champ dans les dépenses de l’État : fini les subventions et disparu le contrôle (négocié et donc très limité) des prix de quelques produits de première nécessité. Les premiers rapports de l’INDEC en janvier risquent d’être saignants.

"Mileí ouvre une nouvelle ère : il n'y a pas
d'alternative à la rigueur et au choc", titre le journal
fondé par Bartolomé Mitre
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En revanche, on craignait une disparition totale du ministère de la Femme et de l’égalité de genre. Il demeure mais avec rang de secrétariat d’État au sein du nouveau ministère du Capital humain où vont se côtoyer pêle-mêle l’Éducation, la Santé, la Culture, la Recherche et j’en passe.

C’est tellement le bazar que les journaux ne reproduisent pas en ligne leur article de une ! Vous vous contenterez donc des images de ces premières pages de ce matin.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín sur le discours de Mileí
lire l’article de La Nación reproduisant ce discours in extenso.

samedi 9 décembre 2023

L’Argentine dit adieu à Ramón Ayala [Actu]

Página/12 a choisi cette photo datée
pour rendre hommage à l'artiste disparu
"Le rythme d'un peuple"
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Ramón Ayala était un artiste aux multiples talents : musique et peinture… Il a succombé à une pneumonie avant-hier à la clinique Güemes de Buenos Aires, à l’âge de 96 ans. Veillé dans la journée d’hier dans une chapelle funéraire de Almagro, il sera incinéré aujourd’hui au cimetière de la Chacarita.

La Nación a mis l'info en titre secondaire
avec la même photo ancienne
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Natif du village de Garupá dans la province de Misiones, à l’extrême nord-est de l’Argentine, il a mis en valeur la musique du Litoral dans sa version nordique à un moment où le chamamé était dominé (il l’est toujours) par la province limitrophe de Corrientes, plus au sud.

Compositeur, parolier, guitariste, chanteur, arrangeur, il s’était formé, seul, à Buenos Aires où sa mère s’était installée après la mort de son père. De là, il a noué différents partenariats avec d’autres musiciens, à commencer par un chanteur de l’autre bout du pays.

Le faire-part et l'invitation aux obsèques
ont été publiés sur Instagram
et toujours la même photo !

Vivant presque toute sa vie loin de son berceau, il a toutefois enrichi la tradition de sa région natale avec un riche patrimoine de chansons que tous les Argentins connaissent.

La même préoccupation qu'à la une de La Nación :
le prix du carburant qui promet un avenir incontrôlable...
La Nación a préféré montrer les files d'attente à une station-service
En haut à droite : "Le poids de la mémoire et de la lutte"
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Son décès à quelques jours d’un changement de gouvernement plutôt chaotique n’est pas salué par la presse à la hauteur de son talent et de sa contribution à la culture populaire du pays. Clarín n’a rien fait figurer en une sur le sujet.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 7 décembre 2023

Clásica y Moderna va renaître [Actu]

En bas, on lit encore très bien le nom du bar-librairie !
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La libraire-restaurant-concert Clásica y Moderna, l’un des Bares Notables de la ville de Buenos Aires, situé à l’angle de l’avenue Callao et de la rue Paraguay, dans le quartier de Recoleta, avait fermé ses portes en 2019, peu après la mort de sa directrice, Natu Poblet, fille du fondateur qui l’ouvrit il y a quatre-vingt-cinq ans.

Le fonds de la librairie, intact...
Une image plus qu'émouvante
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Il y a quelques temps, une autre femme, Raquel Rodrigo, a choisi de relever le gant et de relever le rideau de fer qui enfermait depuis toutes ces années le riche fonds de la librairie, la vaisselle et le piano qui avaient vu passer dans ces murs les grands artistes de la musique populaire argentine. Je me souviens en particulier d’y avoir vu les chanteurs Susana Rinaldi, Horacio Molina et Amelita Baltar.

Clarín y consacrait hier un grand article richement illustré avec une longue interview de la nouvelle patronne.

La façade a elle aussi survécu, avec des vitrines où étaient placés
quelques livres à mettre en valeur
et sa plaque d'hommage posée par la Legislatura
lorsqu'elle avait nommé d'intérêt culturel ce lieu-phare
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La réouverture de la salle doit avoir lieu lundi prochain en présence de quelques hautes personnalités du nouveau gouvernement.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajouts du 13 décembre 2023 :
lire cet article de Clarín sur la réouverture de la salle
lire l’article de La Nación sur les people (presque tous très à droite) invités à l’événement

Publication du dernier volume de La Verdad los hará libres [Disques & Libres]

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Les trois historiens de la UCA, l’université catholique d’Argentine, viennent de présenter le troisième et dernier volume de leur gigantesque enquête sur le rôle de l’Église dans la dictature militaire de 1976-1983.

L’ouvrage s’intitule La Verdad los hará libres (la Vérité vous rendra libres), une citation évangélique, et il est en vente sous forme numérique.

Les deux volumes précédents

Il paraît au moment où l’Argentine va marquer le quarantième anniversaire du retour à la démocratie et où va prêter serment une vice-présidente catholique traditionnaliste et ferme négationniste des crimes du régime putschiste.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de Infobae (le premier quotidien en ligne du pays)
lire la dépêche de AICA, l’agence de presse de la Conférence épiscopale argentine.

Sortie du documentaire sur la victoire à la Coupe du monde de Football [à l’affiche]

Sortie le 7 décembre, dit l'affiche en bas


Elijo creer, j’ai choisi de croire, tel est le titre du documentaire très attendu en Argentine sur la victoire il y a un an de la Sélection nationale à la Coupe du Monde de football. Le film a eu son avant-première hier devant le ban et l’arrière-ban du sport et des vedettes à Buenos Aires.

La sortie officielle a lieu aujourd’hui dans de nombreuses salles.

"Champions encore une fois", dit le gros titre

Página/12 lui consacre la une de ses pages culturelles.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 5 décembre 2023

Ce soir, récital à la Academia Nacional del Tango [à l’affiche]

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Ce soir, mardi 5 décembre 2023, à 19h, à la Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo 835, le chanteur Luis Filipelli animera la soirée de fin d’année de l’atelier d’interprétation de l’institution.

Participation aux frais : 1 500 $ ARG.

Les grandes vacances d’été arrivent et la Academia ne va pas tarder à fermer ses portes pour un repos bien mérité et très certainement avec une lourde valise de doutes quant à la pérennité des activités puisque le gouvernement qui s’installe ce week-end est particulièrement hostile au service public dans le domaine culturel (et tous les autres domaines d’ailleurs).

© Denise Anne Clavilier

Un documentaire sur Taty Almeida pour les 40 ans de la démocratie [à l’affiche]

Taty Almeida devant les photos des trente-mille disparus
pendant la dictature militaire de 1976-1983


Taty Almeida est une figure emblématique de l’association Madres de Plaza de Mayo Línea Fundadora, issue de la scission de l’association originale Madres de Plaza de Mayo. C’est un groupe très politisé et partisan qui a conservé le nom le plus connu dans le monde.

Taty Almeida est issue d’une famille d’officiers, ce qui n’est pas le plus fréquent parmi les militantes de la cause. Elle est née à Mendoza en 1930, elle a fait des études pour être enseignante et elle a exercé le métier pendant quelques années. Le 17 juin 1975, son fils Alejandro a disparu. Un an avant le coup d’État de Videla et consorts, c’était en effet une organisation fondée par Isabel Perón, la dernière femme de Perón, la Triple A (alliance anticommuniste argentine) qui faisait régner la terreur parmi les militants des droits de l’homme et de l’État de droit. Ce n’est que quelques années après le putsch militaire que Taty Almeida a rejoint les rangs de Madres, l’organisation des mères qui exigeaient de savoir ce qu’il était advenu de leurs enfants disparus.

Le 10 décembre prochain, l’Argentine, ou du moins une partie d’entre elles, va marquer le quarantième anniversaire du retour de la démocratie, le jour même où un président qui n’en est pas vraiment un partisan acharné prêtera serment au Congrès.

A l’occasion de ce qui devait être de grandes festivités, un cinéaste, Claudio de Sautu, avait préparé un documentaire pour faire le portrait de cette femme exceptionnelle à base d’archives dans lesquelles elle s’exprime et d’interviews notamment de ses deux enfants vivants, Jorge et Fabiana.

Le documentaire vient d’être présenté lors d’une projection très discrète à la Casa de las Madres à Buenos Aires devant un public trié sur le volet. On ne peut pas dire que dehors règne le respect pour la lutte de ces femmes désormais très âgées et régulièrement insultées et menacées par des nervi de la droite et de l’extrême-droite argentine qui en ce moment se sentent pousser des ailes.

Comme de bien entendu, Página/12 est le seul quotidien d’envergure nationale qui en parle aujourd’hui.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 4 décembre 2023

Ce soir, un Plenario consacré au 120e anniversaire de la naissance de Piana [à l’affiche]


Ce soir, lundi 4 décembre 2023, à 19h, la Academia Nacional del Tango, Avenida de Mayo 835, ouvre ses portes pour rendre hommage à un grand compositeur de tango et de milonga, Sebastián Piana, avec la participation de son petit-fils.

Entrée libre et gratuite.

Sebastián Piana, moins connu que les musiciens qui ont dirigé des orchestres, est l’inventeur de la milonga ciudadana (milonga urbaine), en 1930, avec le poète Homero Manzi, avec Milonga Sentimental, bien connus de tous les danseurs de tango argentin partout dans le monde et ici chantée par Carlos Gardel, l’un des tout premiers à l’avoir interprétée. Tous deux cherchaient à faire revivre le passé afro-américain de la capitale argentine, dans l’élan donné à la nation par l’élection successive de deux présidents radicaux, Hipólito Yrigoyen et Marcelo de Alvear (1916-1930), dont le mouvement politique et idéologique venait tout droit de l’obédience rosiste qui avait gouverné Buenos Aires à l’époque romantique, pour se terminer tragiquement en 1852.

Quatre-vingts ans plus tard, la démarche des deux partenaires ne manquait pas d’audace et elle a été amplement couronné de succès puisque la milonga ciudadana a immédiatement fait ses racines dans le répertoire du tango.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

consulter les pages consacrées à Sebastián Piana dans l’encyclopédie en ligne (et en espagnol) Todo Tango.

Boca Juniors sort dans la rue pour soutenir Riquelme contre Macri [Actu]

"Macri a peur", dit le titre en moquant
le slogan des électeurs de Mileí : "la casta tiene miedo"
(l'élite [de ceux qui nous gouvernent] a peur)
Debout à gauche, sur la voiture, Román Riquelme
venu soutenir et saluer ses partisans
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Hier, une marée humaine est descendue dans la rue, dans le quartier de La Boca, pour soutenir la candidature de Román Riquelme à la tête du club Boca Juniors, l’un des bastions culturels et sociaux du quartier, et rejeter celle de Mauricio Macri, qui se présente derrière le candidat titulaire, Andrés Ibarra.

Au début de la semaine dernière, une juge, qui vient d’ailleurs de se retirer du dossier (une victoire du camp Riquelme), avait interdit la tenue des élections à la tête du club qui devaient se tenir hier pour de soi-disant irrégularités dans les listes électorales du club. Jeudi, l’audience de conciliation entre l’équipe dirigeante Riquelme et celle de Macri n’avait abouti à rien (il était en fait impossible qu’elle débouchât sur autre chose qu’un échec).

Riquelme a droit à la photo centrale de La Prensa
"Une multitude pour le défilé aux drapeaux"
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Les supporters et les adhérents font en effet face à une élection importante pour l’institution : il est clair qu’avec Riquelme, le sport et le quartier, sa vie, son développement humain seront prioritaires et qu’avec Macri et consorts, le but est soit de faire de grasses affaires sur le dos des adhérents (ce que dénonce Riquelme) soit de transformer le club en un trempoline politique pour un retour de Macri à une position de force sur l’échiquier politique national.

Or dans ses manœuvres pour noyauter le futur gouvernement de Javier Mileí, après de flamboyants débuts, Macri semble être en train de se planter dans les grandes largeurs. Certes il a bien obtenu d’imposer dans l’organigramme gouvernemental certains de ses poulains, en premier lieu Patricia Bullrich, désormais confirmée au ministère de la Sécurité, qu’elle a déjà occupé sous la présidence Macri. Or aussitôt qu’elle a été confirmée, l’ancienne et future ministre s’est affranchie de son encombrant parrain. Elle navigue désormais seule à la barre de ses propres intérêts de carrière, en politicienne madrée et avide de pouvoir. Cette semaine, elle a fait à Macri un splendide (et assez réjouissant) pied de nez qui en a laissé plus d’un bouche-bée parmi les observateurs de la vie politique argentine.

Sur cette une, l'info est reléguée en info secondaire
la photo tout en haut à droite
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Par ailleurs, la foule qui est sortie hier pour soutenir Riquelme et que celui-ci, vivement applaudi, a rejointe, laisse peu de doute planer sur l’ampleur du soutien dont il jouit et permet de deviner qu’en effet, comme il a déjà été dit par plusieurs personnalités, Macri a fait jouer la justice pour gagner du temps car il était à peu près sûr de perdre le scrutin tel qu’il s’engageait la semaine dernière.

Affaire à suivre.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa, qui fait aussi sa une sur cette manifestation populaire (à marquer d’une pierre blanche !)
lire l’article de Clarín

Ajout du 5 décembre 2023 :

Página/12 publie aujourd’hui un portrait de la nouvelle juge en charge du dossier et cela se présente assez mal. Elle aurait déjà bénéficié de largesses de Mauricio Macri et elle est adhérente de première catégorie (socia) du club. Elle est donc juge et partie.
Pour aller plus loin :

Ajouts du 6 décembre 2023 :

La deuxième juge, une fois mise en difficulté parce que le club de Boca a révélé qu'elle était l'une de ses socia, s’est récusée. Elle a donc été remplacée par l’un de ses confrères, le troisième magistrat en une semaine sur cette affaire !
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

"Temps additionnel", lit-on sous une pendule
aux couleurs du club Boca Juniors
sur la une du 7 décembre 2023

Ajouts du 7 décembre 2023 :
Macri a tenu une conférence de presse pour discréditer Riquelme : il a laissé entendre que ses partisans avaient menacé sa fille de douze ans et porté plainte au civil, une plainte qui sera instruite par la juge qui s’est prononcé il y a une semaine contre la tenue des élections pour cause d’irrégularités dans la liste électorale du club. Macri exige aussi de la justice qu’elle écarte des affaires courantes l’actuel bureau d’administration, parce que son mandat est échu, et place Boca Juniors sous tutelle jusqu’à l’élection du nouveau bureau, élection qui pourrait avoir lieu le 17 décembre au plus tard (après, l’Argentine tombe dans les longues vacances d’été).
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación