mardi 16 juin 2009

Un petit dernier avant la tournée à Pasional [à l’affiche]


Le chanteur Martín Alvarado et le guitariste et compositeur Horacio Avilano (et ses deux musiciens qui forment son trio) seront jeudi 18 juin 2009 à 21h au Café Pasional, Agüero 3301 (dans le quartier de Palermo) pour un dernier concert à Buenos Aires. Après, ils prennent l’avion pour l’Europe et viennent charmer nos oreilles de Vieux Continentaux.
Chacun son tour.

Martín Alvarado m’a promis de m’envoyer le détail de la tournée. Cela manque d’images en haut de la Colonne de droite, vous ne trouvez pas ?

Donc demain, à 21h. Entrée 20 $.

Comme d’habitude, Mariano Olivera à la guitare et Juan Manuel Avilano, à la guitare basse, sont et du concert et du voyage.

En savoir plus :
Visiter le site de Martín Alvarado
Visite la page Myspace de Martin Alvarado
Visiter la page Myspace de Horacio Avilano
Cliquez sur leurs noms, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, sous le titre de l’article, pour retrouver l’ensemble des articles qui leur ont déjà été consacrés dans Barrio de Tango.
En haut, à gauche, vous disposez d’un moteur de recherche interne pour faire des requêtes spécifiques sur les 709 articles déjà publiés depuis le 19 juillet dernier.
A droite de l’écran, la Colonne de droite vous propose un certain nombre de raccourcis classés par thématique dans la partie supérieure et de nombreux liens, eux aussi présentés thématiquement, dans la partie inférieure.

Raquel Buela à la Biblioteca Café [à l’affiche]


Raimundo Rosales, Raquel Buela, Adela Balbín et Osvaldo Burucuá au Café Notable El Gato Negro. 5 septembre 2008

Demain, mercredi 17 juin, à 21h, la chanteuse Raquel Buela assurera une soirée de tangos classiques et contemporains.

Parmi les classiques inscrits à son programme, les tangos signés Piazzolla et Borges, que créa Edmundo Rivero en 1965, les tangos de Aníbal Troilo, écrits tantôt avec Cátulo Castillo, tantôt avec Homero Manzi.

Parmi les contemporains, des oeuvres de deux poètes bien connus des lecteurs de Barrio de Tango : Alejandro Swzarcman et Raimundo Rosales ainsi que ceux de la compositrice Carmen Guzmán.

Pascual Cholo Mamone, Luis Alposta, Raquel Buela et Andrés Bordoni à la Esquina Osvaldo Pugliese (Boedo), en 2003, après la présentation de la cantate profane Los siete pecados capitales (de Cholo Mamone et Luis Alposta). 2003

Raquel Buela est une chanteuse qui sert surtout la música ciudadana (une expression qui, à Buenos Aires, est plus ou moins synonyme de tango). Elle a déjà sorti un disque, Yo soy de aquí, où, à côté de quelques tangos classiques (dont Una emoción de Raúl Kaplun et José María Suñe, Yuyo verde de Domingo Federico et Homero Expósito et Marioneta de Juan José Guichangut et Armando Tagini), on trouve Nostalgia de andenes, de José Ogibiecki et Alejandro Szwarcman, Como en un viejo tango, de Rubén Nazer et Luis Alposta, Milonga para una calle de Osvaldo Avena et Armando Tejada Gómez, Porque vas a venir de Mandy et Carmen Guzmán et Mi ciudad y mi gente de Eladía Blázquez. Vous pouvez écouter quelques extraits sur le site de la chanteuse, à la page Discografía.

Mercredi soir, elle sera accompagnée par le compositeur et guitariste Osvaldo Burucuá qui a assuré la direction musicale et l’accompagnement de son album et par Pancho Rodríguez, lui aussi à la guitare.

Biblioteca Café
Marcelo Torcuato de Alvear, 1155
Buenos Aires (quartier de Retiro)
Dîner + spectacle : 55 $
Et un droit au spectacle de 20 $.


En savoir plus :
Visiter le site de Raquel Buela
Visiter le site de Osvaldo Burucuá
Les autres articles sur les concerts à la Biblioteca Café sont accessibles par le mot-clé Retiro, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, nom du quartier où se trouve cet établissement.

La grippe, c’est de saison [Actu]

La grippe A fait beaucoup causer en Argentine et c’est normal : la maladie, bien qu’elle ressemble beaucoup, avec ses symptômes plutôt bénins, à la grippe saisonnière, semble très contagieuse. A ce jour, il y a 733 cas avérés dans tout le pays (sur une population de 40 millions de personnes, dont un quart vit dans le Gran Buenos Aires : pour l’instant, alors que l’automne va faire place à l’hiver, on ne peut donc pas parler d’épidémie du siècle). La majorité des cas est diagnostiquée chez les jeunes et en milieu collectif : l’école. A ce jour, 48 établissements scolaires sont fermés temporairement pour éviter la propagation du virus aux camarades des enfants affectés. En Argentine, la classe de l’enfant ou des enfants grippés est fermée pour 14 jours. En France, on vient de voir à Toulouse que l’établissement scolaire atteint (10 collégiens malades) avait été fermé pour 3 jours (de lundi à mercredi). Dans l’un et l’autre pays, dans l’hémisphère sud comme dans l’hémisphère nord, les malades se rétablissent bien et plutôt vite.

Sur ces 733 cas avérés en Argentine depuis l’apparition de la maladie en avril dernier, 4 personnes se trouvaient ce matin hospitalisées en soins intensifs.

Un nourrisson, une petite fille née avant terme il y a trois mois, a succombé au virus hier dans un hôpital du Gran Buenos Aires, selon l’annonce que la Ministre de la Santé a faite officiellement en conférence de presse. Ce bébé, né avec un petit poids, souffrait, comme la plupart des prématurés, de problèmes pulmonaires et respiratoires sévères. On sait bien que dans ce cas, la moindre infection virale ou bactérienne peut être fatale.
C’était tôt ce matin le seul décès provoqué par la maladie en Argentine. Mais dans la journée, le décès d’un jeune homme de 28 ans a été à nouveau annoncé par le Ministre de la Santé de la Province de Buenos Aires, Claudio Zin. Un jeune homme en état de santé fragile, puisqu’il avait un système immunitaire défaillant après une greffe de moelle osseuse il y a 9 ans. Le jeune homme est décédé dans un hôpital de La Plata. Il était l’un des 4 patients placés en soins intensifs.

Dans l’ensemble du monde, la grippe A semble, pour le moment, ni plus ni moins dangereuse que la grippe saisonnière, laquelle, on l’ignore trop souvent, fait elle-même des morts tous les ans, le plus souvent par effet secondaire (infection virale sur un organisme déjà fragilisé par d’autres problèmes de santé).

Le Gouvernement argentin envisage le cas échéant d’adapter ses procédures sanitaires pour soulager son système de santé, surencombré par des demandes de patients paniqués mais nullement grippés (ni de grippe A ni de grippe saisonnière). Le Ministre de l’Education nationale, Juan Carlos Tedesco, a annoncé ce matin que désormais une classe ne serait fermée que si deux élèves étaient malades et non plus seulement un seul. Il faut, dit-il, prendre le problème au sérieux mais ne pas dramatiser. On s’orienterait par ailleurs vers la suppression du test viral systématique comme on le fait aujourd’hui (1) et vers la prescription de soins adaptés, en fonction des symptômes, de leur nature et de leur gravité. Ce qui pourrait avoir sur la population des effets opposés : calmer l’inquiétude chez ceux qui font confiance au Gouvernement et renforcer la psychose chez les autres, plus méfiants vis à vis de tout ce qui est politique (et Dieu sait si les Argentins peuvent avoir mauvaise opinion de leur gouvernement, quel qu’il soit, surtout les plus âgés, qui ont connu et souffert des 50 ans de situation politique exécrable que le pays a subie entre 1930 et 1983). De plus, on se trouve à la fin d’une campagne électorale acharnée : les Argentins votent dimanche 28 juin pour renouveler leurs deux chambres fédérales (et à Buenos Aires, on renouvelle aussi en prime la moitié de la Legislatura). Dans cette campagne, les coups volent de plus en plus bas...

En savoir plus :
Lire l’article de Clarín édition du 14 juin
Lire l’article de Página/12, édition du 15 juin
Lire l’article de Clarín sur la mort du bébé prématuré (édition de ce jour) et l’article sur les nouveaux critères de fermeture de classe.
Lire l’article de Página/12 sur la mort du bébé et la situation générale.
Lire l’article de Clarín sur le décès intervenu à La Plata.


(1) Les tests systématiques engorgent les laboratoires et coûtent très cher à la collectivité dans un pays où le secteur hospitalier public est gratuit pour les patients. Et comme la médecine de ville est réputée très chère, les Argentins ont tendance à s’adresser très facilement à l’hôpital. Le Gouvernement vient d’annoncer qu’il budgétait la somme de 60 millions de pesos ($) pour faire face à la maladie (achat d’anti-viraux et autres traitements). Lire à ce propos l’entrefilet de ce jour publié par Clarín.

lundi 15 juin 2009

De nouveaux venus parmi les Vecinos del Barrio : Los gringos

Los gringos, à Buenos Aires, ce sont les étrangers. Ceux qui débarquèrent par bateaux entiers depuis l’Europe, entre 1880 et 1930 (voir l’article sur l’histoire de l’Argentine et de l’Uruguay, dans la rubrique Petites Chronologies, dans la partie centrale de la Colonne de droite).

C’est donc le nom que j’ai choisi pour une nouvelle section de Vecinos del Barrio (Colonne de droite, partie supérieure). Une section qui rassemblera désormais les raccourcis des très rares artistes de tango qui ne soient ni argentins ni uruguayens et qui trouvent néanmoins leur place dans Barrio de Tango, un blog que je veux consacrer essentiellement au tango de là-bas et où je n’entends donc pas parler des artistes installés en Europe, qu’ils soient européens ou rioplatenses, pour la simple et bonne raison qu’il y a abondance de sites et de réseaux internet, ici et en français, mais aussi en italien, en allemand, en néerlandais... qui se consacrent déjà à leur activité et qu’ils n’ont donc ni peu ni prou besoin du présent site de tango pour se faire connaître.
Les artistes dont les noms seront inscrits dans cette nouvelle section de Vecinos del Barrio se distinguent tous par l’authenticité de leur travail tanguero et l’amour exceptionnel qu’ils portent au genre et à la réalité argentine que ce genre raconte, dont il vit, dont il se nourrit et qu’à son tour il enrichit et transforme et développe. Ils se distinguent aussi par le fait qu’ils sont et qu’ils restent eux-mêmes, qu’ils assument de n’être pas argentins et qu’ils n’essayent d’imiter personne (ce en quoi ils ont bien raison parce que personne n’est jamais devenu Gardel en imitant Gardel).

Les uns, comme la chanteuse japonaise (ponja en lunfardo) Anna Saeki et le chanteur espagnol Enrique Moratalla (vasco ou gallego ou même gaita à Buenos Aires, alors qu’en fait il est andalou) (1), m’ont été signalés par Horacio Ferrer, à l’occasion de mes passages à la Academia Nacional del Tango où je les ai moi-même entendu chanter. Tous les deux sont d’exceptionnels interprètes de tango et tout particulièrement de l’oeuvre commune d’Astor Piazzolla et Horacio Ferrer dont ils ont fait plusieurs enregistements, qu’ils ont présentés sur scène avec Horacio Ferrer lui-même...

Marie Crouzeix, quant à elle, se partage entre Buenos Aires et Clermont-Ferrand, en France, et joue, travaille, enregistre en duo avec le guitariste et compositeur argentin Daniel Pérez. Elle est flûtiste.

Une violoniste belge viendra bientôt les rejoindre, qui joue en trio avec le clarinettiste Néstor Tomassini et le guitariste Hernán Reinaudo, tous deux compositeurs et argentins eux aussi. Ananta retrouvera bientôt ses deux complices sur la rive occidentale du Río de la Plata, puisqu’elle va passer le mois de juillet à travailler avec eux. Il feront tous les trois ensemble au moins un concert dont les lecteurs de Barrio de Tango devraient avoir bientôt des nouvelles (puisqu’on est déjà le 15 juin).

Profitant de la création de cette section, j’ai ajouté ailleurs différents autres liens :

Marisa Vázquez, qui chante demain du côté de Bordeaux, a enfin son raccourci au milieu des chanteurs de Vecinos del Barrio.

Et Diego Dipi Kvitko a rejoint les Vecinos dans la section des musiciens et compositeurs.

Côté liens externes (partie inférieure de la Colonne de droite), dans la rubrique Cambalache (casi ordenado), j’ai ajouté le site de la Péniche Demoiselle (où Litto Nebbia se produira en septembre prochain, dans le cadre des événements de l’Agenda de Barrio de Tango) et celui de l’Association Culturelle Franco-Argentine (ACFA) qui organise son concert de Ploërmel.

Et aussi un petit nouveau dans la rubrique Eh bien dansez maintenant : l’association Tango Porteño Orléans qui anime avec beaucoup d’exigence et une grande loyauté un lieu de convivialité et d’apprentissage pour de nombreux passionnés de tango dans la vieille cité de la Loire (lire l’article que j’ai consacré à la préparation de leur rentrée 2009). Bienvenue à eux tous.

(1) Mais faire ce distingo-là, à Buenos Aires, c’est le cadet des soucis du Portègne lambda. A 10 000 km de distance et avec un équateur et un océan au milieu, comment voulez-vous qu’il distingue entre un Galicien et un Andalou ? Tout ça, en 1880, ça descendait du même transatlantique battant pavillon espagnol et aujourd’hui, à l’aéroport international d’Ezeiza, ils descendent tous de l’avion de Madrid...
Vasco : Basque. Gallego : Galicien. Gaita : la gaita, c’est la musette galicienne, un instrument de musique que l’on retrouve sous des formes et des tailles variables dans tout le monde celte. A Buenos Aires, l’instrument de musique a fini par désigner les Espagnols par confusion avec les seuls Galiciens, très nombreux à avoir immigré. La gaita, au féminin, c’est l’instrument de musique. El gaita, au masculin, c’est un Espagnol. Comme nous, les Français, nous sommes capables d’utiliser le mot biniou pour désigner les Bretons dans certains contextes.

dimanche 14 juin 2009

Vertigineuse causerie musicale de Pepe Kokubu en Mp3 [radio]

Les images sont extraites de la page Web de l'artiste
Ci-contre la couverture de son livre (en espagnol) sur le contenu de cette causerie (en anglais)

C'est une interview que José María Kokubu a accordée à une radio internet, WTF Argentina, une radio des Etats-Unis qui s'intéresse au véritable tango actuel du Río de la Plata.

Pour une fois, c'est à une émission entièrement en anglais que je vous renvoie (l'anglais de la côte Est des Etats-Unis) et comme je le fais déjà quand je vous invite à découvrir telle ou telle émision en espagnol, je vous livre ci-après un petit "listener digest" in french language...

Quelques mots auparavant pour présenter José María Kokubu (pardon aux lecteurs qui savent déjà, si je me répète puisque Pepe dispose d'un raccourci à son nom dans la Colonne de droite, rubrique Vecinos del Barrio) :

C'est un chanteur de tango argentin, un Portègne de chez portègne puisqu'il est né dans le quartier de la Recoleta. C'est aussi un dynamique homme d'affaires, qui a pris depuis quelques mois les fonctions de Directeur-Général de l'antenne argentine d'une institution japonaise de formation de managers dans les pays dits émergents. Pepe Kokubu est membre de la Academia Nacional del Tango et depuis mars, il fait même partie du Bureau Directeur (consejo directivo) où il s'occupe des relations de l'institution avec ses différentes représentations dans les Provinces argentines et à l'étranger. Et il est en train de donner un sérieux tour de manivelle à tout ça puisqu'il a déjà mis sur pied une commission de travail qui dépote... A tout cela, Pepe Kokubu ajoute des talents linguistiques exceptionnels : il parle espagnol, japonais, français (comme vous et moi), anglais (vous allez juger par vous même), italien (vous aurez un aperçu dans quelques minutes) et je vous en passe...

Dans cette interview de 45 minutes, téléchargeable sur votre disque dur (par la commande "Enregistrer la cible sous") ou écoutable en ligne, la journaliste, américaine Patricia Gilmore essaye de l'entraîner vers une question brûlante : tango et érotisme. Et avec un art consommé de l'esquive intelligente, il parvient les deux fios à lui servir une réponse tout à fait pondérée et merveilleusement courtoise mais ultra-rapide pour revenir au plus vite, l'air de ne pas y toucher, au plus important : le parcours historique et anthropologique qui a conduit de la contredanse, née en Angleterre à l'époque de Guillaume le Conquérant, au tango que l'on connaît aujourd'hui, en passant par Cuba et par... Mozart.

Si vous allez regarder la page Web de Pepe Kokubu, vous ne pourrez pas louper la référence très fréquente à une filiation entre Mozart et Gardel (1) à commencer par le titre de son livre (photo ci-dessus). A première vue, c'est bizarre. Eh bien, à la fin de cette interview, je vous promets que ce sera pour vous aussi limpide que de l'eau de source. L'évidence même !


Pepe Kokubu commence l'interview en tordant le cou à deux clichés qui ont la vie dure :

l'un est que le tango est né comme une danse d'hommes. A ce titre, il est soupçonné, à mot couvert, d'avoir été une pratique d'invertis. Ce que lui dément avec l'argument généralement admis : les hommes dansaient entre eux pour apprendre, pour s'entraîner, pour inventer ce qui est devenu aujourd'hui la chorégraphie du tango, en un temps où celui-ci naissait, où donc bien entendu il n'y avait ni cours ni professeur (2) ;

l'autre cliché est que le tango est érotique parce qu'il est né dans le milieu des bordels, fort nombreux dans la Buenos Aires des années 1880-1930 (et jusque vers 1950). Eh bien non ! Le tango dansé n'est pas, n'a sans doute jamais été une danse de bordel en tant que telle. S'il a été dansé dans les bordels, c'est tout simplement que les bordels étaient très nombreux et qu'ils faisaient partie de la vie de ces hommes. Et c'est surtout pour mettre une touche d'humanité, de dignité humaine dans cette vie terrible des immigrés, venus seuls, souvent pour une Argentine de toutes les chances qui n'existait pas, dans la vie, tout aussi peu enviable, de ces femmes, victimes, pour la plupart d'entre elles, d'un affreux trafic de blanches aux mains d'une véritable pègre transatlantique (3). Pepe Kokubu parle d'"un peu de romantisme".

Une fois ces points réglés (mais pas pour la journaliste, qui y reviendra plus tard), on passe à ce grand voyage anthropologique dans l'histoire de la musique qui commence donc avec la country dance qu'on pratiquait en Angleterre depuis très longtemps (sous le règne de Guillaume le Conquérant), une danse populaire et rurale qui passa, à la fin du 17ème siècle ou au 18ème siècle, en France et en Espagne, où elle prit le nom de contredanse et de contradanza. Une danse de société qui avait, sur le menuet de cour, l'avantage d'être moins complexe, moins structurée et qui gagna donc les faveurs de la population roturière. Encore aujourd'hui, explique Pepe Kokubu, les linguistes ne parviennent pas à s'accorder sur le point de savoir si la musique et la danse dites country, arrivées aux Etats-Unis par le biais des immigrants irlandais, s'appelle ainsi par qu'elle est une musique et une danse de la campagne (country) ou s'il s'agit de la transformation irlandaise de nom de la contredanse, passée entre temps par la France et l'Espagne. Toujours est-il que d'Espagne, la contradanza rejoignit le grand centre colonial qu'était Cuba au 18ème siècle où elle fut adoptée par les esclaves noirs qui lui imprimèrent un rythme propre à leur culture.

Vous allez vous en rendre compte à l'écoute, c'est très simple à suivre (même si vous n'êtes pas fluent en anglais : Pepe illustre son propos d'exemples chantés ou fredonnés a capella). Et la démonstration est des plus convaincantes.

Le même phénomène a d'ailleurs donné naissance au jazz. Pepe parle de fraternité entre jazz et tango, fraternité qui se retrouve très bien aujourd'hui avec les fusions que l'on observe dans les tendances du tango contemporain depuis que Piazzolla a osé les premiers métissages entre les deux genres musicaux dans les années 50 (voir, à ce sujet, mes articles sur Litto Nebbia, La Biyuya, Buenos Aires Negro, Me darás mil hijos..., en utilisant le moteur de recherche en haut à gauche ou les raccourcis de la rubrique Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite).

Et c'est là que Patricia Gilmore revient sur son idée à elle : l'érotisme dans le tango. Pepe Kokubu envoie à nouveau le thème dans les cordes, l'air de rien, en lui concédant (et il a raison) que c'est bien l'intégration de la gestuelle noire, cette ondulation corps inconcevable dans la danse européenne à cette époque-là, qui donne cette dimension sensuelle au tango (4). Et retour à notre contradanza cubaine, qui devient la contradanza habanera ou habanera tout court (la contredanse de La Havane).

Sur ces entrefaits, avec dans les oreilles le rythme chaloupé de la habanera telle que chantée par Pepe Kokubu, celle de la Carmen de Bizet (5), nous descendons d'un coup d'un seul dans le sud, jusqu'à Buenos Aires. Et Buenos Aires, c'est encore, à cette époque-là, le royaume des gauchos et des payadores. C'est la culture de la pampa. Non plus une culture tropicale et îlienne, avec une grande densité de population dans un territoire limité par la mer, mais la culture rurale de l'élevage nomadisant sur des étendues infinies de pâturages inépuisables (6). Dans cette culture, règne la poésie inventive des payadores qui improvisent, au bivouac, sur leur guitare, des quatrains octosyllabiques (couplets de 4 vers de 8 syllabes chacun, une vieille tradition de la poésie populaire et de la chanson venue d'Espagne).

A l'invitation de l'animatrice, Pepe Kokubu donne un exemple (et pas n'importe lequel) :

Aquí me pongo a cantar
al compás de la vigüela
que el hombre que lo desvela
una pena estraordinaria
como el ave solitaria
con el cantar se consuela

Ces vers constituent le premier couplet de la grande geste argentine, Martín Fierro, publiée en 1872 à Buenos Aires par José Hernández (7).

En voici la traduction (en fait, vous en avez à peine besoin pour comprendre la démonstration de Pepe Kokubu, mais je vous la donne tout de même)

Ici je me mets à chanter
au rythme de ma guitare
(8)
car l'homme que tient éveillé
une affliction extraordinaire
comme l'oiseau solitaire
se console en chantant
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

C'est ce rythme très marqué, très naturel aussi, doté de grandes qualités mnémotechniques, qui va épouser le rythme déjà structuré de la habanera.

Le deuxième exemple pris par Pepe Kokubu est tiré d'une célèbre pièce de théâtre du siècle d'or espagnol, La vida es sueño, de Pedro Calderón de La Barca (une pièce de 1635, contemporaine de la jeunesse de Corneille). Je ne vous transcris pas la citation parce que l'essentiel est vraiment d'écouter le rythme parlé (récité) et le rythme chanté que le musicien-musicologue et linguiste improvise, toujours a capella. Ces quelques exemples montrent comment la fusion de l'octosyllabe des payadores et de la habanera a donné naissance à la milonga, la milonga campera (de la campagne) (9) dont Pepe fredonne le rythme basique, très reconnaissable.

Et de là, on passe tout naturellement à un tango première manière, Lita, composé par Samuel Castriota dans la première partie des années 1910. La mélodie, sans paroles, chantée par Pepe va vous dire quelque chose. Quelque chose mais quoi ? Quelque chose qui ne s'appelle pas Lita en tout cas.
Un tango qui s'appelle Mi noche triste.

Percanta que me amuraste
en lo mejor de mi vida
dejándome el alma herida
y espina en el corazón

Ce texte a été écrit par Pascual Contursi (chanteur lui aussi) en 1916, et en français, ça dit :

Fillette qui m'a laissé tomber
au meilleur moment de ma vie
en me laissant l'âme blessée
et une épine dans le coeur...

(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et maintenant, suivez tout simplement, sans plus vous poser aucune question, la démonstration vocale, admirable, de Pepe Kokubu : vous allez entendre naître le tango argentin.

En conclusion de cette première partie de son exposé, Pepe Kokubu montre comment c'est l'arrivée du poète Pascual Contursi qui a transformé le destin du tango, qui a fait passer le tango d'une musique guillerette à une musique mélodramatique, comment le signifié du poème a influé sur la structure même de la musique (là aussi, la démonstration ne souffre aucune contestation et tant pis si un duo d'historiens d'occasion cherche, dans un livre très contesté, à démontrer que le tango ne vient ni de la habanera ni de la milonga, tout en se gardant bien de dire d'où il vient. Sur ce sujet, lire mon article sur la réédition récente, en février cette année, de cet ouvrage étrange). Le raisonnement de Pepe démontre aussi comment cette letra de Pascual Contursi, révolutionnaire sur tous les plans, a fait passer le tango ancien, qui était essentiellement une musique de marche (10), à une musique offrant de très nombreuses potentialités chorégraphiques.

Dans la deuxième partie de l'émission, Pepe Kokubu aborde un autre aspect du tango : son caractère théâtral, cette capacité que le genre a de raconter une histoire, d'installer une situation essentiellement dramatique. Le tango représente quelque chose et les danseurs eux-mêmes le savent. Ils savent que la singularité de cette danse est d'interpréter la musique et non pas seulement de danser en rythme (comme dans les autres danses de couple). Et cette singularité-là, c'est de l'opéra et plus précisément de l'oeuvre lyrique de Mozart que le tango l'a héritée. Je vous laisse écouter la démonstration qu'improvise, toujours a capella, Pepe Kokubu à partir de la toute première scène de Le Nozze di Figaro (les noces de Figaro), avec le duo entre Figaro et Suzana, quand lui mesure la chambre à coucher et qu'elle se pomponne devant le miroir en admirant son joli chapeau de mariée.

La troisième et dernière partie de cette brillante démonstration voit Pepe Kokubu inventer trois versions des mêmes vers du même tango de répertoire, selon trois styles musicaux au long des siècles : la musique médiévale, la musique baroque (Bach) et la musique contemporaine, en fait la musique réelle de ce tango, Muriéndome de amor, composé par Manuel Sucher et écrit par Carlos Bahr.

Voilà les 4 vers qui servent à la démonstration :

Tu boca puede más que mi cordura
y me tortura la tentación
con sólo imaginar que tu me besas
ardo en intensa fiebre de amor

Tes lèvres me font perdre la tête
et la tentation me torture
rien qu'à imaginer que tu m'embrasses
je brûle d'une intense fièvre d'amour

(traduction Denise Anne Clavilier)

Dans la version baroque, Pepe Kokubu va plus loin dans la citation. Vous trouverez, si besoin est, l'intégralité de ce tango sur Todo Tango, directement sous le lien que je vous propose (11).

Pour le reste, il faut aller directement écouter cette conférence dialoguée (certes en anglais) sur le site de WFT Argentina (c'est le lien direct que je viens de vous donner).



Pepe Kokubu en scène

(1) Déjà qu'on ne sait pas qui est son père à Gardel, je vous demande un peu si c'est nécessaire d'ajouter à la confusion. Cf. mon article sur la difficile et controversée question de la généalogie gardélienne.
(2) Dans une interview accordée à Clarín et parue le 25 février 2004 (voir l'article sous le lien), l'auteur-compositeur-interprète Juan Vattuone soutient, lui, exactement l'inverse et soulève l'idée, minoritaire parmi les professionnels du tango mais passablement répandue à l'étranger, que la tradition tanguera a réprimée et dissimulée la réalité homosexuelle de ses origines. A l'appui de l'hypothèse homosexuelle, la réalité sociologique de la Buenos Aires des années 1880, avec sept hommes pour une femme. Cette situation dramatique implique qu'il y ait eu des pratiques homosexuelles induites comme on en observe dans tous les milieux unisexe. Que cela ait participé à la naissance du tango est encore autre chose.
A l'appui de l'autre hypothèse, celle de l'exercice d'apprentissage ou d'entraînement, l'existence, constante et aujourd'hui parfaitement vérifiable sur le terrain, dans les écoles de tango à Buenos Aires, de couples unisexe qui se forment pour les besoins ponctuels d'un cours lorsque l'équilibre hommes-femmes n'est pas assuré entre les élèves. Dans ce cas-là, un homme peut danser avec un autre homme ou une femme avec une autre femme sans que cela ne gêne ni ne choque personne. Au contraire, cela participe intégralement de la formation (on guide d'autant mieux qu'on a expérimenté le rôle de la femme et on comprend mieux le guidage quand on en a vécu la difficulté technique).
En milonga, en revanche, à Buenos Aires, on danse en couple mixte et il n'est pas question de faire autrement, sauf dans de rares milongas dont c'est précisément la singularité comme La Marshall, qui est une milonga homosexuelle, à la fois gay et lesbienne (à Buenos Aires, il y a deux milongas homosexuelles régulières).
(3) Voir mon article sur les grandes dates de l'histoire du tango. Le raccourci se trouve dans la partie centrale de la Colonne de droite, rubrique Petites chronologies.
(4) Ce qui n'est pas seulement vrai du tango mais de toutes les danses d'inspiration afro-américaine, du nord au sud et dans les Caraïbes : la rumba, la salsa et jusqu'au rock.
(5) "L'amour est enfant de bohême qui n'a jamais, jamais connu de loi. Si tu ne m'aimes pas, je t'aime et si je t'aime, prends garde à toi".
Cet air alterné entre la mezzo et le choeur est une authentique habanera cubaine. Cette musique était très à la mode en Espagne sous notre Second Empire, peu ou prou l'époque où la habanera a émigré, pour autant qu'on le sache, à Buenos Aires, qui stabilisait alors enfin sa situation politique (vers la fin des années 1850 ou le début des années 1860). Voir mon article sur la chronologie de l'histoire de l'Argentine, dans la partie centrale de la Colonne de droite, rubrique Petites Chronologies. Carmen a été créée à Paris le 3 mars 1875 et correspond à la mode espagnole que l'Impératrice Eugénie, elle-même espagnole, avait suscitée, qui avait bien inspiré Jacques Offenbach et Merimée (l'auteur de la nouvelle dont l'opéra est adapté) et a longtemps survécu au Second Empire. En 1875, à Buenos Aires, le nom habanera cède peu à peu la place à un autre nom : tango criollo.
(6) Et au milieu de la pampa, appuyée contre l'immense estuaire, une capitale qu'on appelle "la Gran Aldea" (le Gros Village).
(7) Martín Fierro est à l'Argentine ce que sont tout à la fois pour les francophones d'Europe le Roman de Renart, La Chanson de Roland, Les fables de La Fontaine et Les trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas. Quand quelqu'un en Argentine ouvre la bouche pour dire Aquí me pongo a cantar al compás de la vigüela, c'est comme si un francophone lançait :
"Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh! Dieu!... bien des choses en somme.
En variant le ton,-par exemple, tenez:
Agressif: " Moi, Monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l'amputasse !"
(Cyrano de Bergerac, Acte 1, scène IV, Edmond de Rostand)
ou
"Maître Corbeau sur un arbre perché
tenait en son bec un fromage
Maître Renard par l'odeur alléché
lui tint à peu près ce langage
... "(Le Corbeau et le Renard, Jean de La Fontaine)
(8) vigüela : déformation de vihuela. Martín Fierro a un accent campagnard, comme les paysans de Molière : "Je voudrions, Monsieu, que vous nous baillissiez quelque petite drôlerie pour la garir" (Le Médecin malgré lui, Acte III, scène II). A l'intention des lecteurs non francophones : le français contemporain et syntaxiquement correct dirait : "Je voudrais, Monsieur, que vous nous serviez un petit truc curieux pour la guérir". La vihuela est un instrument à cordes pincées, correspondant à la viole de l'époque baroque. Le mot, un peu archaïsant en 1872, désigne n'importe quel instrument de cette famille et étant donné l'époque, on peut raisonnablement penser à une guitare (ou peut-être un charango).
(9) un peu différente de celle que nous connaissons le mieux, la milonga ciudadana, inventée en 1931 par Sebastián Piana et Homero Manzi, et dont le premier exemple historique est Milonga sentimental.
(10) D'ailleurs l'hymne du tango argentin, La Cumparsita, qui date de 1913, soit trois ans avant Mi noche triste, a été composée initialement comme une marche de carnaval. Il se trouve d’ailleurs et ce n’est pas un hasard que l’histoire de La Cumparsita et de Lita ont beaucoup en commun : c’est le même poète qui révolutionne la partition en y plaquant, sans l’accord du compositeur, un texte qui en change la nature et c’est le même chanteur, Carlos Gardel, qui en fait un grand tango en l’inscrivant à son répertoire. A ce sujet, lire l’article que j’ai écrit à l’occasion des 92 ans de La Cumparsita célébrés à Montevideo en avril dernier.
(11) Et si vous voulez l'écouter directement dans une version avec orchestre (celui de Enrique Rossi, et la voix de Alba Solis), vous pouvez cliquer sur cet autre lien, qui vous conduira aussi sur
Todo Tango, sur une page voisine.

samedi 13 juin 2009

Mariel et Alejandro : retour sur images d'un Retour maison [à l'affiche]

Alejandro Picciano et Carlos Quilici.
Séance d'enregistement au studio de Melopea.

Mariel Martínez et Alejandro Picciano vient de passer une partie du mois de mai en Argentine, leur pays, où ils ont combiné une petite tournée (1) de présentation de leur disque, De mi barrio, que les lecteurs de Barrio de Tango connaissent bien, un disque Melopea sorti en octobre dernier (2), et l'enregistrement, au studio de Melopea, dans le quartier de Villa Urquiza, leur prochain disque, dont Litto Nebbia a l'air fort satisfait : en l'espace de 15 jours, Mariel et Alejandro, accompagnés au bandonéon par Carlos Quilici, ont pu effectuer 80% des enregistements et il va prochainement pouvoir leur envoyer les prises à Madrid, où ils sont installés depuis plusieurs années et où ils ont atterris, soûlés d'émotions, il y a quelques jours...


Au Jazz Voyeur Club, avec Litto Nebbia en personne au piano.

Et le duo reprend aussi vite son bâton de pèlerin (il faut bien s'occuper en attendant l'arrivée des prises) avec une tournée en Galice. A la fin du mois, ils seront à Paris (j'attends la confirmation de la date, du lieu et de l'heure, sans doute un dimanche après-midi, le dernier de juin, dans le centre de Paris, du côté de l'église Saint Eustache, dans le 1er arrondissement).

Lorsque que les prises arriveront, il leur restera à ajouter les 20 % qui n'ont pas encore été enregistrés, à corriger ce qu'ils voudront, à mixer à leur goût, bref tout ce que des artistes ont envie de faire sur leur propre disque et que bien des producteurs ne leur laisse pas faire mais dont Litto Nebbia leur concède bien volontiers la maîtrise et la responsabilité artistique et commerciale, comme il le fait toujours avec les artistes qui enregistrent chez lui. A Melopea, on pense que le disque sortira en Espagne vers mars 2010.

La tournée à l'Intérieur comme on dit là-bas
(En Argentine, vue de la Capitale, il y a Buenos Aires et l'Intérieur, avec une majuscule le plus souvent mais pas toujours. Et puis il a le littoral, parce que la côte, c'est tout de même difficile de prétendre que ce soit l'intérieur)
.

D'ici là, vous pouvez les écouter dans l'interview que les journalistes de Superarte.com.ar sont allés leur faire dans le Studio du Nouveau Monde (c'est le nom qu'un preneur de son, ami de Litto, a donné au futur studio, à la fin des années 80). L'interview sur You Tube est en deux parties. Voici la première partie et voici la seconde.

Et puis toutes ces photos, c'est plutôt sympa, non ?

(1) Córdoba, Rosario et Buenos Aires, au Jazz Voyeur Club dans un hôtel du quartier de la Recoleta. Lire mon article précédent au sujet de cette tournée.
(2)
Lire mon article sur cette sortie et la présentation qui en a été faite à Paris, en novembre dernier.

Hernán Reinaudo et Ariel Argañaraz au CCC pour présenter leur premier disque ensemble [à l'affiche]

Mercredi prochain, 17 juin, à 21h30, les guitaristes Hernán Reinaudo et Ariel Argañaraz présenteront, en avant-première, le premier disque qu'ils ont enregistré ensemble, Lúdico. Un disque de tangos et de milongas, de leur propre composition.

Sala Osvaldo Pugliese, au Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini (connu comme le CCC), Corrientes 1543, les deux musiciens et compositeurs seront accompagnés pour l'occasion par Irene Cadario au violon, Augusto Argañaraz à la percussion et le chanteur Javier Domínguez, mieux connu sous son surnom : Cardenal Domínguez.

Comme d'habitude, l'entrée est à 15 $. Les portes de la salle s'ouvrent à 21h30. Le spectacle commence plus tard. En attendant, la charmante barmaid de la cafétéria viendra prendre votre commande. Je vous recommande le vin rouge avec une empanada (attention pour les doigts : l'empanada, c'est chaud-bouillant quand ça sort du four et en plus c'est assez gras. Utilisez la serviette en papier qui vous est offerte avec et ne vous brûlez pas). Et surtout bon concert. A la fin, attendez un peu que les artistes sortent (ça ne tarde pas longtemps) et saluez-les de ma part.
On parie combien que ça leur fera plaisir ?

Pour aller plus loin :
Cliquez sur le nom des artistes dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour accéder à l'ensemble des articles les concernant dans ce blog (plus de 700 articles à l'heure qu'il est depuis l'ouverture, le 19 juillet. C'est l'actualité qui veut ça).
Le lien vers la page Myspace que Hernán Reinaudo et Ariel Argañaraz partagent se trouve dans la Colonne de droite, en partie basse, dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales.
Dans la partie supérieure de la Colonne de droite, comme dans le bloc Pour chercher, vous trouverez un raccourci pour accéder à l'ensemble des informations concernant les sorties de disque. C'est le début de la saison en ce moment là-bas. Ici, c'est plutôt le début de la saison des cerises. Elles sont chères mais elles sont bonnes !!!!

Rencontre Argentine-Brésil au CAFF ce soir : ça va chauffer l'hiver [à l'affiche]

Ce soir, alors que les nuits se font rudes en ces derniers jours de l'automne austral, le Club Atlético Fernández Fierro, à l'Abasto (Sánchez de Bustamante 764), reçoit les locaux, Chino Laborde (le chanteur maison, celui de la Orquesta Típica Fernández Fierro) et le guitariste Dipi Kvitko, qui l'accompagnera et qui était hier soir au Bar El Faro, avec Cucuza et Juan Vattuone, et un visiteur, le musicien brésilien Mintcho Garramone, un habitué des soirées au CAFF.

Le concert aura lieu ce soir, 13 juin 2009, au CAFF, à 22h. Les places sont à 20 $ si vous réservez à l'avance (mais maintenant c'est trop tard) et à 25 $ le jour même, à la caisse du CAFF (en la puerta).

Le guitariste Diego Kvitko, qui est la cheville ouvrière du Cuarteto Catenacho, aura bientôt, très bientôt (j'espère faire ça demain) son raccourci personnel dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la partie supérieure de la Colonne de droite. D'ici là, il faut cliquer sur son nom en haut, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, pour accéder à l'ensemble des articles que Barrio de Tango lui a déjà consacrés.

Chino Laborde est bien connu lui aussi des lecteurs de ce blog. Cliquez sur le raccourci vers la Orquesta Típica Fernández Fierro dans Vecinos del Barrio ou sur son nom, en haut, dans le bloc Pour chercher, pour en savoir plus.

Les liens vers leurs sites se situent dans la partie basse de la Colonne de droite (où sont rassemblés tous les liens vers les sites externes). Vous les trouverez dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales.

vendredi 12 juin 2009

Litto Nebbia en France : les informations pratiques (article n° 700) [ici]

Capture d'écran de la page Myspace

Comme je l’avais annoncé il y a quelques semaines, Litto Nebbia vient en France à la rentrée.
En septembre prochain. Et ce sera sa première tournée dans ce pays.

Le 11 septembre 2009, à Ploërmel (Morbihan)
Le Thy Roir - Café concerts - à 21h
8, boulevard Foch
56800 Ploërmel
Tarif: 7 €
Page Myspace du Thy Roir
Site Web de l'ACFA

La réservation est d’ores et déjà ouverte auprès de l’Association Culturelle Franco-Argentine.
Réservation par mail asso.franco-argentine@acfa.fr ou par téléphone au 06 72 60 95 47.

Le concert est en effet organisé par l’Association Culturelle Franco-Argentine, dont le siège social est installé à Ploërmel, 14 place de la Mairie, et qui a pour objet de diffuser la culture argentine et latino-américaine sous toutes ses formes. L’ACFA organise en particulier des manifestations de toutes sortes et des rencontres diverses, des échanges culturels, des voyages, des cours d’espagnol sous toutes les formes, pour tous les usages et tous les niveaux...
* * * * * * *

Les 17 et 18 septembre 2009, à Paris
Péniche Demoiselle, à 20h30
Bassin de la Villette, 75019 Paris
La Péniche est amarrée face au 57 quai de Seine.
Métro : Riquet, Stalingrad ou Jaurés
Plein tarif : 18 €
Tarif réduit (chômeurs, étudiants) : 12 €
Site Web de la péniche Demoiselle

La réservation est d’ores et déjà ouverte auprès de la Péniche Demoiselle par mail eva@peniche-demoiselle.com et sur le site.
Inutile de vous déplacer pour faire vos réservations. Il n’y a pas de caisse permanente physique comme dans un théâtre traditionnel (même très bien aménagée, la Demoiselle reste un bateau).
Infos / Contact : 06 67 15 45 80

Les deux concerts de Paris sont organisés par l’association Les Ailes d’Oraguon, qui assure toute l’activité artistique à bord, oeuvre pour la promotion et la production de spectacles vivants dans sa plus large dimension. La programmation de la péniche est éclectique et originale, elle permet donc de découvrir des artistes de la chanson française, de la folk music, de la musique du monde, du pop rock... Elle propose aussi des cours (notamment des cours de tango argentin) et un bar associatif qui sert boissons et collations sucrées ou salées bien sympathiques...

Photo fournie par Eva, des Ailes d'Oraguon

Litto Nebbia accomplit actuellement une petite tournée dans la Province de Buenos Aires, du 11 au 15 juin (Mar del Plata, Tandíl, etc ....). A son retour, il cale les concerts de la tournée qu’il fera en septembre-octobre en Espagne, sans doute pour y présenter surtout Soñando Barcos, enregistré l’année dernière dans la Péninsule et édité chez El Pescador de Estrellas (lire mon article sur ce disque tout récemment sorti de l’autre côté des Pyrénées et sur Internet).
Et donc d’ici quelques jours, je devrais être en mesure de vous annoncer aussi ce qui est prévu en Espagne.

Un dossier de presse de neuf pages, entièrement rédigé en français par mes soins, est d'ores et déjà disponible.
Mesdames et Messieurs les journalistes peuvent se le procurer en s'adressant :
soit directement à moi, par mail
soit à l'Ambassade de la République Argentine en France, Service Culturel,
6 rue Cimarosa, 75116 Paris,téléphone : 01 44 05 27 38,
fax : 01 47 04 61 51,
(le dossier leur parviendra alors par mail sous format pdf couleurs).

Pour mieux découvrir Litto Nebbia :
une interview en deux parties réalisée dans le studio d'enregistrement de Melopea.
Litto Nebbia par Superarte.com.ar n° 1.
Litto Nebbia par Superarte.com.ar n° 2.
Toujours grâce à You Tube, Litto Nebbia chantant La Balsa avec Los Gatos et le musicien de rock Fito Paez (en 2007).
(Pour savoir ce qu'est La Balsa et qui sont Los Gatos, se reporter à mon précédent article sur la tournée de Litto Nebbia en France).

Pour aller plus loin :
Dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite, vous trouverez un raccourci vous menant à tous les articles publiés sur Barrio de Tango au sujet de Litto Nebbia. Le même raccourci existe aussi dans les mots-clés du bloc Pour chercher, para buscar, to search, sous le titre.
Dans le bloc Pour chercher, le mot-clé LN Tour France 09 vous permettra de retrouver tous les articles relatifs à cette tournée en France.
En cliquant sur le mot-clé Melopea, ici, vous accéderez à l’ensemble des articles sur ce label discographique, fondé par Litto Nebbia en novembre 1988 et qui publie la quasi-totalité de ses propres disques et ceux de très nombreux autres artistes, parmi lesquels, Roberto Goyeneche, Horacio Ferrer, Raúl Garello, José Angel Trelles, Antonio Agri, Horacio Salgán (dont le dernier concert en public vient de sortir sous ce label) et beaucoup d’autres...

Jesús Hidalgo présente son premier disque [à l’affiche]

Ce sera pour lui, comme pour Gabriela Novaro (autre article du jour), un show le 16 juin 2009 aussi, à 21h, au Teatro Presidente Alvear, Corrientes 1659. Il y chantera le répertoire qu’il a enregistré dans ce premier album en nom propre, El día después (le jour d’après), un disque Pichuco Records.

Jesús Hidalgo, je vous en ai déjà parlé au sujet du dernier disque du Maestro Raúl Garello, qui a été tout récemment nominé aux prix Gardel (lire mon article à ce sujet). Il est avec Noelia Moncada l’une des deux voix de ce disque, intitulé Tocata para Sexteto et lui aussi publié par Pichuco Records.

Outre cet adoubement par Raúl Garello, Jesús Hidalgo est aussi le filleul artistique d’un autre grand bandonéoniste, Walter Ríos, qui l’accompagne sur ce disque de 10 morceaux (+ un bonus). Les autres musiciens accompagnateurs sont Abel Rogantini au piano, Juan Pablo Navarro à la contrebasse et Jorge Giuliano à la guitare.

Contenu du disque :
Milonga del Trovador (Astor Piazzola- Horacio Ferrer), Fueye (Charlo- Homero Manzi), Ventarrón (Pedro Maffia- José Ignacio Staffolani), Gota de lluvia (Felix Lipesker- Homero Manzi), Rebeldía (Roberto Nievas Blanco y Oscar Rubens), Nada (José Dames- Horacio Sanguinetti), El día después (Walter Ríos- César Bisso) Romance de Barrio (Aníbal Troilo- Homero Manzi), Vigilia (Víctor Lavallen- Dario Cardozo), Sin lágrimas (Charlo- José María Contursi) et le bonus : Soledad (Carlos Gardel- Alfredo Le Pera).

A surveiller de près, donc, dans les bacs virtuels d’une boutique en ligne comme Zival’s ou une autre à votre choix (mais cherchez plutôt du côté de l’Argentine : d’ici à ce que le disque arrive directement chez nous, en Europe hors Espagne, il risque de couler un peu d’eau dans le Río de la Plata).

Gabriela Novaro au Torcuato ce mardi [à l’affiche]

Photo communiquée par Gabriela Novaro


La chanteuse Gabriela Novaro présente en avant-première son nouveau disque au Centro Cultural Torcuato Tasso, Defensa 1575, ce 16 juin 2009 à 21h30 (entrée libre et gratuite).

Elle sera accompagnée comme si souvent par le bandonéoniste Norberto Vogel et le guitariste Hernán Reinaudo, qui a assuré la direction musical et les arrangements de ce nouveau disque qui sera très prochainement en vente.

Le tour de chant se composera des grands classiques que Gabriela a installé dans son répertoire depuis longtemps, dont de nombreux tangos, valses et milongas écrits par Homero Manzi et Enrique Cadícamo, et de tangos tout récents, dus aux plumes de Nélida Puig, Alejandro Szwarcman ou Juan Muñiz.

Pour l’occasion, Gabriela Novaro, Norberto Vogel et Hernán Reinaudo partageront la scène avec Escolaso (le jeu, le tapis vert), un trio de guitaristes de tango de Rosario, la grande ville au nord de Buenos Aires, la seconde ville du pays en importance démographique.

En savoir plus :
Ecouter Gabriela Novaro sur son site
Ecouter Escolaso sur sa page Myspace
Voir le programme du Torcuato en visitant le site de cet important Centre culturel du quartier de San Telmo.

jeudi 11 juin 2009

Bon Anniversaire, Buenos Aires (2ème) [Actu]

Capture d'écran du site de Buenos Aires aujoud'hui

La Ville de Buenos Aires fête aujourd'hui sa deuxième fondation, celle par Juan de Garay, en 1580.
La première ville, fondée sans doute du côté de l'actuelle Boca, par Pedro de Mendoza, en 1536, avait été abandonnée par les Espagnols, quatre ans après sa fondation, et les Indiens de la région avaient aussitôt rasé la bourgade européenne...

Alors re-bon anniversaire, Buenos Aires !

La Biyuya et Federico Bardotti au Palacio El Victorial vendredi en huit [à l’affiche]

La Biyuya à la Academia Nacional del Tango
pendant leur concert de la Noche de los Museos en 2008

Le groupe de tango avec une inspiration jazzy et rurale (en Argentine on parle alors de folklore) délibérément contemporain, La Biyuya, déjà bien connu des lecteurs de Barrio de Tango, partagera vendredi prochain à 23h la scène du Palacio El Victorial avec le musicien de tango et de folk-rock tout aussi contemporain Federico Bardotti.

Palacio El Victorial,
Piedras 720,
à 23h (prix des places : 15 $)

Pour aller plus loin :
Ecouter la Biyuya sur son site web ou sa page Myspace.
Le site Internet est dans la liste de liens, rubrique Grillons, zorzales et autres cigales, dans la partie inférieure de la Colonne de droite. Pour visiter leur page Myspace, cliquez ici.
Ecouter Federico Bardotti sur sa page Myspace en cliquant ici.

Direction artistique du Vesuvio : fin d’activité [actu]

C’est une triste nouvelle pour les amateurs de tango et de musique en général à Buenos Aires. La petite équipe qui assurait l’animation et la programmation artistique de la Confitería El Vesuvio, sur l’Avenue Corrientes, à deux pas de l’Obélisque, a été contrainte de se retirer hier pour des raisons de santé du principal animateur du groupe, qui était aussi l’investisseur de l’opération qui ne peut continuer sans son aide financière.

L’opération avait commencé en juin 2008 et connaissait un bon succès. Le Vesuvio était devenu un lieu où des artistes libres, gérant eux mêmes et tout seuls leur carrière, se produisaient régulièrement. Barrio de Tango s’est fait plusieurs fois écho des concerts qu’y a donné notamment la chanteuse Jacqueline Sigaut (cliquez sur le mot obelisco dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, pour accéder à l’ensemble des articles qui ont concerné le Vesuvio et cette animation artistique qui s’intitulait Vesuvio Resto cultural).

Souhaitons un plein et rapide rétablissement à Monsieur Orlando Campódonico et que l’équipe puisse un jour retrouver un lieu, un moment, des circonstances plus favorables. Pour le monde artistique à Buenos Aires et par les temps qui courent et même si l’Argentine semble s’en sortir plutôt mieux que beaucoup de pays de l’hémisphère nord dans la crise qui secoue l’économie mondiale, la nouvelle de cette fin brutale est une très mauvaise nouvelle... Heureusement qu’il reste beaucoup d’autres salles dans cette ville immense et que la bonne volonté y est abondante...

mercredi 10 juin 2009

Retour au CAFF pour la Fernández Fierro [à l’affiche]

Ce mercredi, à 23h, la Orquesta Típica Fernández Fierro reprend ses habitudes "à la maison" et regagne ses pénates de la rue Sanchez de Bustamante dans le quartier de l’Abasto (au numéro 764 de cette rue située derrière le Centre commercial qui donne son nom à ce coin de la ville où a grandi et vécu Carlos Gardel dont on va fêter dans 15 jours le 74ème anniversaire de la mort).

Le concert de ce soir a donc lieu au CAFF, petit nom du Club Atlético Fernández Fierro (qui n’a d’athlétique que le nom. Juste pour le clin d’oeil : les clubs sociaux, sportifs et culturels des différents quartiers de Buenos Aires ont été la pouponnière du tango dans les trente premières années du genre et sont restés un de ses lieux privilégiés de résidence habituelle).

Le prix d’entrée est de 25$ si vous voulez être installé à une table (le CAFF fait aussi buffet de théâtre) et de 15 $ si vous vous contentez d’une simple chaise (de celles que les fidèles spectateurs ont apporté contre un billet de concert gratuit lors d’une opération hyper-efficace en juillet dernier. Lire mon article à ce propos).

La Orquesta Típica Fernández Fierro est, comme son nom l’indique, un ensemble instrumental typique, c’est-à-dire composé d’un piano, de violons, de bandonéons et d’une contrebasse. En plus, ils ont aussi un violoncelle et un alto. Sans oublier le chanteur. Un des meilleurs de l’heure : Walter Laborde, dit El Chino Laborde.

C’est un orchestre qui présente sa propre musique et des versions très personnelles et très vigoureuses de plusieurs grands classiques. Ils ont en particulier une version particulièrement noire, glauque, sordide de Corrientes y Esmeralda. Ce en quoi ils sont très fidèles au texte de Celedonio Flores, puisque ce coin de rue dans les années 30 ne respirait que tripot, prostitution, drogue dans une Buenos Aires socialement fort peu riante. Raúl Scalabrini Ortiz, le grand intellectuel de l’identité argentine, a décrit ce coin de la ville comme le centre de gravité social et sexuel des Portègnes, c’est dire ! Musicalement, la version de la OTFF de ce tango ultra-célèbre est excellente. Sur le plan esthétique, on est au bord du supportable tant le réalisme social passe à travers le son des instruments et l’interprétation vocalement rès théâtralisée du Chino.

En général, j’ai été très frappée en avril, lorsque je les ai entendus au New Morning à Paris, de constater combien ils s’acheminaient vers un style de plus en plus oppressant, de plus en plus obscur, de plus en plus accablant. Comme le font d’autres groupes, comme Astillero (dont le pianiste fit partie il y a plusieurs années de la OTFF et l’a quittée pour fonder un autre ensemble), Agua Pesada ou Buenos Aires Negro.

Pour aller plus loin :
Voir l’ensemble de mes articles sur la OTFF (ils ont un raccourci dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite, et leur mot-clé dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus).
Leur site Internet figure par les liens externes dans la partie basse de la Colonne de droite, rubrique Grillons, zorzales et autres cigales.
En revanche, leur page My space n’y est pas (la voici sous le lien)
Sur Scalabrini Ortiz, lire mon article sur le lancement de son année et ma traduction de quelques passages de son grand livre de 1931, El hombre que está solo y espera.