mardi 12 février 2013

Tangos et milongas, voix d'hommes et piano à Clásica y Moderna [à l'affiche]


C'est un récital à deux voix que vous propose les mardis 12 et 26 février 2013, à 21h, le café-librairie Clásica y Moderna, Callao 892, que connaissent bien mes fidèles lecteurs (j'y ai fait plusieurs Retours sur images avec quelques grands tangueros du moment dans les colonnes de ce blog).

Ce soir et mardi en huit, les chanteurs Luis Filipelli et Marcelo Tommasi partageront la scène de ce Bar Notable du sud de Recoleta avec un répertoire de tangos et de milongas accompagnés au piano par le compositeur José Pepo Ogivieki. Ils présenteront aussi quelques nouveaux morceaux qu'ils n'avaient encore jamais interprétés en public.

Comme d'habitude à Clásica y Moderna, il faut appeler pour connaître les prix d'entrée (et comptez les consommations obligatoires en plus, mais cela vous sera dit au téléphone). Si vous êtes sur place, rien de plus facile que de réserver d'un coup de bigophone (4812 8707 ou 4811 3670).

Les jeudis de ce même mois de février, c'est la chanteuse María Volonté qui propose son récital intitulé Tangos alla Volonté (petit jeu de mots dans le titre qui se comprend même en français). A la même heure (21h). Pour sa part, elle est accompagnée par les guitaristes Román Vergagni et Joaquín Althabe, eux aussi connus des lecteurs de Barrio de Tango. Cette semaine, donc le 14 février (pour la Saint-Valentin), elle a aussi invité le bluesman harmoniciste Kevin Carrel Footer.

Belles soirées estivales en perspective !

dimanche 10 février 2013

Le Lady's Tango Festival attend ces dames à Buenos Aires [à l'affiche]



Comme tous les ans pour le 8 mars, Johana Copes et plusieurs de ses consœurs professeurs de danse, invitent ces dames à un festival d'une semaine, du 2 au 8 mars 2013, axé sur l'expression féminine dans le tango : technique (de conduite et de suivi), style, musicalité, tous les points délicats pour les danseuses de tango, et deux messieurs en invités d'honneur.

Dix-huit cours donnés par sept professeurs dont Johana Copes, Milena Plebs et Aurora Lubiz (dont je vous parle parfois dans ces colonnes) et une grande fête de clôture au Piazzolla Tango, un cena-show de la rue Florida, le tout avec la bénédiction de la Academia Nacional del Tango dont Johana est membre et où elle enseigne.

Une façon comme une autre de fêter la reprise de l'année de travail et – ou de prolonger la saison touristique au-delà de la coupure d'été actuelle.

Pour en savoir plus :
connectez-vous sur le site Internet du festival.

Le carnaval porteño en couverture du supplément culturel de Página/12 [Coutumes]



Depuis deux ans, l'Argentine tout entière a récupéré les deux jours fériés du Lundi et du Mardi gras. Depuis hier samedi, Buenos Aires (et d'autres villes argentines) sont entrées dans la phase culminante des fêtes de carnaval selon le schéma traditionnel qu'avaient voulu faire disparaître les brutes galonnées de la Dictature des années 1976-1983 en rendant ouvrés ces deux jours traditionnellement fériés. En septembre 2010, l'actuel gouvernement leur a rendu leur caractère festif (qu'ils ont aussi soit dit en passant dans un certain nombre de départements d'outre-mer français, en particulier en Amérique).

Pour la deuxième année consécutive, le quotidien Página/12 fête donc dans son supplément culturel la tradition populaire retrouvée et la douce folie qui marque cette fête du renversement des valeurs. C'est un aspect très important sur un continent qui a été très marqué depuis l'arrivée des trois caravelles de Christophe Colomb par le caractère opprimant des gouvernements qui se sont succédés dans ces régions devenus des pays indépendants trois siècles plus tard.

Sous l'Ancien Régime, le carnaval était un moment où l'ordre social était brièvement oublié au point qu'on y perdait quelque peu le sens de la mesure et de la dignité des personnes, toutes conditions sociales confondues, comme en témoigne la Gaceta de Buenos Aires de l'époque révolutionnaire qui s'étonne que la folie continue à s'emparer de la ville alors que le pays est devenu indépendant et qu'il n'est plus sous le pouvoir despotique d'un tyran lointain. C'était aussi l'un des rares moments où les esclaves africains avaient la licence de s'amuser et en profitaient pour renouer avec leurs rites ancestraux sous couvert de danse et de déguisements. Cette éphémère liberté, toute relative, a ainsi donné naissance au candombe, dont l'un des développement ultérieurs n'est autre que le tango de la Guardia Vieja (1). Après la révolution et l'indépendance, l'Argentine a connu plus de gouvernements despotiques que de régimes respectant les droits de l'homme, traduits en lois par l'Assemblée de l'An XIII dont on fêtait la semaine dernière le bicentenaire (voir mon article du 31 janvier 2013), un épisode révolutionnaire qui fut si rapidement relégué au magasin des accessoires par les dirigeants de la nouvelle république américaine. Le dernier avatar du carnaval aura donc été la dernière dictature militaire qui a voulu détruire pour toujours cette occasion d'expression populaire et de revendication sociale et politique qui est toujours le propre du carnaval en Amérique du Sud (contrairement à l'image très exotique, légère et grivoise que nous en faisons, nous autres, en Europe).

D'où la très belle une qu'hier Página/12 a offerte à son supplément culturel.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le programme des quatre jours.


(1) Voir d'ici quelques semaines la version française de l'essai de Juan Carlos Cáceres, Tango Negro, qui doit sortir aux Editions du Jasmin, traduit et commenté par mes soins. Voir également l'interview de Juan Carlos Cáceres dans Página/12 à laquelle j'avais fait écho le 26 juin 2010 dans les colonnes de Barrio de Tango.

samedi 9 février 2013

La reprise de Che Lulú avec Jacqueline Sigaut [à l'affiche]



La chanteuse Lulú reprend ce soir, samedi 9 février 2013, à 21h30 sa série de soirées tangueras dans le café Cusca Risun, de Perón 3649, dans le quartier de Almagro, en plein carnaval.

Ce soir, elle a invité sa consœur Jacqueline Sigaut, comme elle nous l'annonce sur son affiche (délicieusement champêtre et gaucha), où Lulú pose, le mate (vide) dans une main et la bouilloire (pava) dans l'autre... Un véritable chromo avec tout le second degré dont elle est coutumière.


Jacqueline Sigaut, chantant Te llaman malevo (on dit que tu es un voyou),
de Aníbal Troilo et Homero Expósito
à Ave Tango (un morceau enregistré dans son cinquième disque)

Les chanteuses seront accompagnées par le trio Las Guitarras Saavedrinas, que mes lecteurs connaissent bien.

Entrée : 30 $ comme l'année dernière (elle aussi, elle a gelé les prix !) (1)

Lulú a la criolla, accompagnée par Les Guitarras Saavedrinas

(1) Sur le gel des prix, voir mon article du 5 février 2013. Cet accord semble, soit dit en passant, connaître un grand succès car tous les points de vente grand public, quelles que soient leur taille et leur nature, y adhèrent les uns derrière les autres. Les fournitures scolaires de base viennent d'ailleurs d'être comprises dans ce gel des prix à la consommation par les distributeurs, grandes enseignes et supérettes indépendantes confondues. Si le commerce commence à accepter la régulation étatique, l'Argentine fait un grand pas vers la consolidation sociale de sa démocratie.

jeudi 7 février 2013

Pour trouver l'histoire, remontez le fleuve [Bicentenaire]

Timbre officiel de l'Assemblée
devenu le blason de la République Argentine

En Argentine, on appelle "Litoral" (avec un seul t) la zone délimitée par les deux grand cours d'eau qui forment le Río de la Plata, les fleuves Uruguay et Paraná, qui circonscrivent les Provinces de Entre-Ríos, Corrientes et Misiones, qui sont, depuis décembre, bien servies sur ce blog avec les fêtes autour du général San Martín (cliquer sur le mot-clé Bicentenaire dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus), et le vote récent d'un Día nacional del Mate (voir mon article du 3 décembre 2012).

Or c'est justement sur le site du journal El Litoral, un quotidien de la Province de Corrientes, dont je vous ai parlé lundi dernier au sujet de l'hommage rendu à Cabral dans la commune de Saladas, où le héros est né à une date inconnue, que l'on trouve depuis hier une véritable analyse des travaux de l'Assemblée de l'An XIII, cette toute première assemblée législative de l'histoire argentine...

Après vous avoir dit tous ces jours-ci à quel point il est difficile pour les Argentins de tenir un discours non idéologique sur le passé du pays et de faire de l'histoire méthodologique, je vous invite à aller lire cet article assez long qui décrit avec soin la complexité de l'époque et le heurt qui existait entre les idéaux et les réalités géostratégiques, loin des préjugés qui ont été répétés à loisir tout au long du week-end des célébrations, Bicentenaire de San Lorenzo compris.

Bien entendu, l'article est en espagnol, un espagnol très compréhensible que Reverso devrait vous traduire correctement (ce traducteur en ligne est disponible sur ce blog, en lien permanent, dans la rubrique Cambalache, en bas de la Colonne de droite).

Lire l'information offerte sur le même sujet par le Museo Casa histórica de la Independencia, à San Miguel de Tucumán, la ville qui vit effectivement se réunir une autre assemblée qui allait pouvoir déclarer l'indépendance le 9 juillet 1816. Ce musée est installé dans la belle et vaste demeure patricienne qui accueillit le Congrès en 1816.

mercredi 6 février 2013

Présentation officielle de San Martín, à rebours des conquistadors à Paris [Disques & Livres]



Les Editions du Jasmin organisent le lundi 11 février 2013 à 19h une présentation des trois nouveaux volumes de la collection Signes de Vie :

- Beaumarchais, ou l'ir-révérence, de Marie Geffray, qui a aussi publié dans la même collection une biographie d'André Malraux et qui vient de publier un roman dans la collection Jasmin Litté-rature

- Jean Jaurès, l'éveilleur des consciences, de Pierre Clavilier, qui a aussi signé dans la même collection une vie de Frida Kalho

- et San Martín, à rebours des conquis-tadors, dont je vous parle depuis le mois d'octobre, premier volume consacré dans cette collection à ce personnage capital de l'histoire sud-américaine.

Les trois couvertures sont signées Juliette Laude.

La soirée consistera en une présentation avec chacun des auteurs, suivi d'un temps de dialogue avec la salle et un verre de l'amitié pour des rencontres plus personnelles et d'éventuelles dédicaces.



Cette présentation se tiendra au
MOTIF,
6 villa Marcel-Lods,
Passage de l'Atlas,
Paris 19,
M° Belleville.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

Les livres des auteurs, parus aux Editions du Jasmin, seront disponibles à la vente (les ouvrages de la collection Signes de Vie sont au prix de 16 € chacun). Vous devriez donc y trouver Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru en mai 2010 (24,90 €).

Pour en savoir plus sur mes propres livres, cliquez sur leur couverture dans la Colonne de droite.
Pour en savoir plus sur le catalogue des Editions du Jasmin, connectez-vous au site Internet de la maison : www.editions-du-jasmin.com, dont vous avez le lien permanent dans la rubrique Cambalache en bas de la Colonne de droite.

mardi 5 février 2013

CarnaPra au Tasso [à l'affiche]



A partir de demain, mercredi 6 février 2013, à 21h30, l'auteur-compositeur interprète Ariel Prat reprend sa série saisonnière de représentations carnavalesques de murga au Centro Cultural Toquato Tasso, Defensa 1575. Les spectacles se répartissent sur tout le mois de février.

On peut retenir ses places dès à présent auprès du Centre.

Et il est recommandé d'arriver à l'heure. Ce qui n'est pas encore fréquent en Argentine et encore moins en période de carnaval...

Felipe Pigna sur l'Assemblée de l'An XIII [Bicentenaire]

Capture d'écran. Les liens sont inactifs.

Radio Nacional a mis en ligne un document audio téléchargeable gratuitement où l'historien revisionista (1) (sympathisant péroniste) Felipe Pigna, dont j'ai eu plusieurs fois l'occasion de vous parler, est interviewé par Horacio Embón sur les acquis de la Asamblea del Año XIII, dont on a fêté jeudi dernier le bicentenaire de l'instauration à Buenos Aires.

L'émission est très courte, elle ne dure que 9 minutes. C'est peu évidemment pour résumer l'action de ce tout premier corps législatif de la future Argentine mais cela vous donnera toujours une idée de la façon dont cet historien très médiatique et très radiogénique s'efforce de passionner le public avec l'histoire...

Pour écouter l'émission ou la télécharger, cliquez sur le lien.

(1) J'emploie à dessein le terme argentin. Ce révisionnisme n'a en effet rien à voir avec la négation des crimes nazis, comme en France, ce qui a d'ailleurs officiellement disparu dans la discipline historique parce que c'est devenu illégal. Ce qu'on révise en Argentine et ce contre quoi on réagit, c'est l'histoire officielle fixée par Bartolomé Mitre dans la deuxième partie du XXe siècle

Gel des prix à la consommation... pour deux mois [Actu]



L'inflation semble avoir repris du poil de la bête ces derniers temps en Argentine, comme le montrent la récente querelle entre le Gouvernement et le FMI, qui a osé imposer un blâme au pays pour les pratiques professionnelles de l'INDEC, l'institut argentin des statistiques (de quoi je me mêle ?), la question de l'habilitation des associations de consommateurs, qui est toujours un sujet délicat pour le pouvoir en place, et les prix que relève la presse. Dans un pays où le Gouvernement autorise (ou non) les augmentations de prix de vente que lui soumettent les producteurs. Pour la juguler, le Secrétaire d'Etat au Commerce vient de signer un accord avec les principaux acteurs de la grande distribution pour geler les prix des produits de première nécessité, dans l'alimentation comme dans l'équipement de la maison, jusqu'au 1er avril prochain. Cela nous paraît peu mais au rythme de l'inflation en Argentine, aucune entreprise raisonnable ne peut s'engager sur un délai plus long.

La presse réagit de manière diverse selon qu'elle représente la majorité (Página/12) ou l'opposition (Clarín et La Nación).

Côté Página/12, on se félicite de l'efficacité du ministre. Du côté de La Nación, on va jusqu'à parler d'une contrainte despotique que le ministre aurait imposé aux organisations patronales représentatives de la distribution. On se demande bien comment il aurait fait pour imposer une telle mesure à des intérêts privés aussi différents que Walmart (Etats-Unis), Carrefour (France) qui ont autant de sens patriotique en Argentine que Mittal à Florange ou à Liège, et Coto ou Disco (Argentine), nettement plus concernés par l'avenir du pays.
La Nación prévoit aussi que la mesure puisse faire disparaître des rayons certains biens jusqu'à ce que les prix de vente final puissent reprendre leur grimpette.

En fait, la période de gel des prix correspond à la période de la rentrée scolaire, qui a lieu traditionnellement le 1er mars. Il est possible que le ministre ait pu convaincre le secteur qu'il avait tout intérêt à jouer le jeu pour soutenir la consommation dans une période où les clients ont de gros achats à faire en équipements comme en alimentation plutôt que de risquer de les voir réduire leurs dépenses à une saison où se joue une grande partie du chiffre d'affaires de l'année.

L'ancien responsable de la CGT, brouillé avec la Présidente depuis deux ans, clame quant à lui, dans les colonnes de La Nación -ce qui ne manque pas de sel- que cet accord a pour but d'imposer le maintien à un niveau bas des revendications salariales des syndicats dans la négociation paritaire qui précède toujours la rentrée et qui se tient actuellement. S'il faut faire un procès d'intention au Gouvernement, le fait qu'on entre dans une année électorale me paraît à soi seul une bonne motivation pour encourager ce genre de mesure commerciale.

Clarín préfère disserter sur les variations de prix existant entre les différentes enseignes de supermarché et les différents quartiers et dénoncer que ce gel des prix ne palliera pas ce qui lui apparaît comme une injustice. Et c'est vrai que les prix sont plus élevés en général à Recoleta ou à Belgrano, les quartiers chics, qu'à San Telmo ou Almagro, les quartiers de classes moyennes. Mais cela n'est-il pas une simple application des lois libérales et capitalistes de l'offre et de la demande d'une part et de la libre concurrence d'autre part ? Il serait surprenant que ce soit l'effroyable résultat de l'interventionnisme d'Etat de ce méchant gouvernement. La mauvaise foi de certains raisonnements est parfois plus qu'agaçante.

Concrètement, les prix pratiqués à la date du 1er février seront tous enregistrés, publiés et conservés pendant deux mois, y compris les prix promotionnels qui devaient être par nature éphémères. Les associations de consommateurs invitent les clients à conserver tous leurs tickets de caisse, à les comparer de jour en jour et à leur signaler les éventuelles enfreintes à l'accord, qui va s'étendre aux chaînes d'équipements électro-domestiques, informatiques et Hi-Fi, comme Frávega et Garbarino, et il sera proposé aussi aux patrons des petites supérettes indépendantes de quartier d'adhérer à cet accord, celles qu'on appelle à Buenos Aires les supermercados chinos parce qu'ils sont tous tenus par des immigrants du Sud-Est asiatique (Laotiens, Cambodgiens, Vietnamiens et Chinois).

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur les positions de Moyano.

Gardel entre reos y criollos au Fondo Nacional de las Artes [à l'affiche]



Vendredi 8 février 2013 à 20h, les chanteuses Lucrecia Merico et María de los Angeles Ledesma présenteront leur récital à deux voix sur le répertoire de Carlos Gardel, à la fois tanguero et rural, au Fondo Nacional de las Artes, qui se trouve rue Rufino de Elizalde, au numéro 2831, une petite rue qui encercle le Instituto Nacional Sanmartiniano, installé dans une réplique de Grand-Bourg, la maison de campagne que possédait le général San Martín à Evry-sur-Seine en France, de 1835 à 1849, dont je vous parlais hier à propos de l'article paru dans Le Parisien.

Les deux chanteuses seront accompagnées par le trio Las Guitarras Saavedrinas, dirigé par Nacho Iruzubieta.

L'entrée est libre et gratuite.

lundi 4 février 2013

Hommage à Juan Bautista Cabral à Saladas [Bicentenaire]



Hier, dimanche 3 février 2013, on fêtait tout particulièrement le sergent Cabral, qui ne fut pourtant jamais sergent, pour le "bicentenaire de son passage vers l'immortalité", selon la belle formule qu'affectent les Argentins lorsqu'ils parlent des personnalités historiques les plus chères à leur cœur. En contraste saisissant avec le peu de cas que le Gouvernement national a fait des deux cents ans de la victoire emblématique de San Lorenzo, avec une présence réduite au minimum protocolaire à San Lorenzo même (une abstention un peu étrange en année électorale), le village de Saladas avait, quant à lui, mis les petits plats dans les grands pour fêter son héros, ce fils du pays mort après à peine un an d'instruction mais "mort content parce que nous avons vaincu l'ennemi", selon les paroles que San Martín lui-même avait recueillies au chevet du mourant après le combat.

De Juan Bautista Cabral, on sait très peu de choses. On ignore par exemple la date de sa naissance. On ne sait pas avec exactitude l'identité de ses parents, une source parvient même à en faire un esclave noir né en Afrique. L'iconographie traditionnelle ignore encore largement son caractère métis ou indien, que l'on a pu cependant reconstituer avec un bon degré de vraisemblance en suivant son court itinéraire de Saladas (Province de Corrientes) à Buenos Aires. On sait en effet qu'il fait partie de ces jeunes gens dont San Martín ordonna qu'on aille les recruter dans sa région natale, car il avait sans doute connaissance de ce bataillon de 500 Guaranis que son père, Juan de San Martín (1728-1796), gouverneur-adjoint de Yapeyú (actuelle Province de Corrientes), avait constitué et commandé avec une réussite qui en avait remontré à bien des soldats professionnels venus de la Péninsule (dans les années 1777-1881). Le 16 mars 1812, une semaine après son arrivée à bord de la George Canning (voir mon article du 9 mars 2012), San Martín avait obtenu la création et le commandement d'une unité d'élite, celle des grenadiers à cheval (1). Le dégoût raciste dont témoigne Bernardo Rivadavia (2) dans l'ordre qu'il fut ainsi contraint d'écrire au Gouverneur de la région nous enseigne très clairement sur l'origine ethnique des jeunes gens qui se présentèrent au lieutenant-colonel San Martín au cours de l'automne 1812 et ceci ne nous laisse donc guère de doute sur celle de Cabral. Sur la première année d'incorporation, on compte en effet au moins 30 noms à consonance guaranie (3) dans la liste restreinte qui est arrivée jusqu'à nous et on sait que San Martín avait demandé qu'on en recrute trois cents dans les Missions. Néanmoins, même dans son village natal, Cabral est encore représenté officiellement avec un physique d'Européen, comme dans les manuels d'histoire de l'école primaire et à l'inverse du visage qu'offrent la majorité des habitants (regardez ce monsieur qui appelle au carnaval dans l'image supérieure de la une de El Litoral.


Hier, en présence des candidats qui vont se présenter aux élections législatives de mi-mandat et aux élections locales, la population de Saladas a rendu hommage au plus prestigieux de ses enfants en inaugurant entre autres un musée historique dans la maison qui passe pour avoir abrité l'enfance de Cabral. C'est la tradition locale qui désigne cette bâtisse et peut-être dit-elle la vérité. Mais on ne peut avoir là-dessus aucune certitude historique. Lever des couleurs au matin de ce dimanche près de la statue de Cabral, discours en tout genre le soir, présence du Gouverneur et de plusieurs maires des localités voisines, qui ont chacune un lien avec l'illustre soldat tombé au champ d'honneur.

L'actuel Régiment des Grenadiers à cheval avait délégué ni plus ni moins qu'un lieutenant-colonel pour présider à l'appel traditionnel du nom du héros, un honneur qui a été décidé par le Triumvirat pour répondre à San Martín en surabondant sur la demande qu'il venait de lui adresser d'une pension pour la famille du soldat quelques jours après sa disparition.
Depuis que le régiment a été reconstitué en 1903, quatre-vingts ans après sa dissolution par cet affreux de Rivadavia, cette cérémonie est fidèlement accomplie à chaque anniversaire de sa mort par les "camarades d'armes" du héros.

Maison natale supposée de Juan Bautista Cabral


Pour aller plus loin :
lire les quatre articles de Télam sur ce bicentenaire de San Lorenzo. Cela fait peu, n'est-ce pas ? (4)
Voir aussi les journaux provinciaux de Corrientes, pleins d'admiration... et d'idées reçues sur "leur" héros :

(1) Nombre d'historiens argentins lui attribuent, à tort, l'invention du principe du grenadier monté. En fait, en Europe, il y avait depuis belle lurette des grenadiers dans tous les régiments, d'infanterie comme de cavalerie, et dans toutes les spécialités. Ils formaient l'élite de tout régiment et se voyaient confier les missions qui demandaient le plus de sang-froid et d'habileté technique. San Martín avait été versé dans la compagnie des grenadiers de son régiment dès les premiers mois de son incorporation comme cadet.
(2) Voir l'anthologie que je prépare sur San Martín dans le regard de ses contemporains et qui doit paraître d'ici la fin de l'année aux Editions du Jasmin. Le racisme de Bernardo Rivadavia est si ancré que c'en est un véritable cas d'école. Cette lettre témoigne d'un racisme ordinaire à cette époque mais pour nous, c'est aussi nauséeux qu'un journal d'extrême-droite d'entre les deux guerres.
(3) Voir la liste reconstituée par Norberto Galasso, dans San Martín, Seamos libres y lo demás no importa nada, ed. Colihue, Buenos Aires 2009, p 69, la grosse biographie révisionniste qui est; dans l'ensemble, correctement établie, malgré un parti pris incontestablement péroniste et donc techniquement insoutenable mais qui a le mérite d'être clairement revendiqué. Et comme je vous le disais dans mon article d'hier, en Argentine aujourd'hui, en histoire et dans beaucoup d'autres sciences humaines, l'idéologie passe largement avant la méthodologie alors qu'en Europe la méthodologie exclut par définition le recours à toute lecture idéologique du passé, trop subjective et anachronique.
(4) Pour ma part, je m'interroge sur la signification de ce peu d'intérêt montré par le Gouvernement national et surtout par la Présidente pour ce bicentenaire. C'est un peu comme si elle était victime de l'image officielle de San Martín, qui en fait en quelque sorte le saint patron des gouvernements militaires oligarchiques qu'elle déteste avec raison. Elle n'est pas historienne de formation mais juriste et comme son vice-président, économiste, elle semble avoir une aussi piètre connaissance de l'histoire que le reste de ses concitoyens. Or il se trouve que San Martín, en plus de haïr les gouvernements militaires et de n'avoir jamais accepté de s'y prêter plus que ne le rendait nécessaire la situation stratégique, a vu sa légende fixée par ses propres ennemis politiques, Sarmiento (1811-1888) et Mitre (1821-1906), qui ne pouvaient pas faire disparaître le merveilleux souvenir que conservait le peuple de ce personnage hors normes. Et cette tension entre une image entretenue par la mémoire populaire et l'animosité marquée des écrivains qui se penchaient sur cette vie donna un résultat délétère : un militaire autoritaire, hautain, criant sur tout le monde en permanence, toisant sa femme, sa fille, sa belle-mère (et même sa mère), entretenant avec les Britanniques des rapports ambigus et suspects, bref un modèle rêvé pour Videla et consorts. Dans cette légende, il n'y a aucune place pour l'homme politique, pour le révolutionnaire, pour le partisan acharné des droits de l'homme, pour l'homme qui regardait tous ses semblables sans tenir compte ni de leur condition sociale ou ethnique ni de la couleur de leur peau, pour l'homme qui savait plaisanter, faire de jeux de mots et des imitations qui faisaient mourir de rire ses amis. Si la Présidente et le Vice-Président croient au San Martín première manière, comme l'immense majorité de leurs compatriotes (c'est l'image enseignée à l'école), on comprend un peu qu'elle ait boycotté la célébration et cela éclairerait la manière dont le vice-président semble s'être battu les flancs pour dire quelque chose d'un peu aimable sur le personnage... Que c'est triste ! Página/12, fidèle à la ligne majoritaire, ne dit rien lui non plus...

Un hommage du Parisien à un hôte illustre d'Evry à la veille de l'anniversaire de San Lorenzo [ici]

Le fac-similé de la page est ici en basse
résolution. Pour lire le texte, reportez-vous
au site Internet du quotiden

Sous le titre général Quand le héros argentin coulait des jours paisibles à Evry, la jeune journaliste française Marie D'Ornellas a consacré samedi 2 février 2013 une page entière du Parisien (édition Essonne) au général San Martín qui a possédé pendant plusieurs années une résidence de campagne, Grand-Bourg, dans ce qui n'était alors qu'un tout petit village rural à une heure de train de Paris : Evry-sur-Seine, 300 habitants dont 40 électeurs (on était alors en pleine monarchie censitaire). Il y passait la belle saison, réservant son appartement du 9ème arrondissement à l'automne et quittant le plus souvent Paris pour le sud de la France ou de l'Italie durant l'hiver. L'Andalou d'adoption qu'il avait été durant toute son enfance (ou presque) et sa jeunesse ne supportait guère les frimas parisiens...

La maison est aujourd'hui occupée par une communauté religieuse qui a modifié considérablement les lieux, en y ajoutant notamment une chapelle, qui surprendrait sans doute beaucoup l'ancien maître des lieux, peu porté sur les réalités spirituelles, quoique fort respectueux de la religion.

La journaliste a croisé trois interviews, celle de la supérieure de la communauté religieuse (qui a la part la plus réduite), celle d'un historien local, car nous aussi en France avons nos Juntas de Estudios Históricos comme en Argentine, et la mienne, à propos de la sortie récente de San Martín, à rebours des conquistadors.

La page se veut un petit salut amical et chaleureux de l'Essonne à l'Argentine qui célébrait hier le Bicentenaire de la victoire de San Lorenzo.

Petit-Bourg, le château seigneurial du XVIIIe siècle, sur la commune d'Evry.
Il est ici photographié juste avant sa destruction dan les années 1850.
Alexandre-Marie Aguado, grand ami de San Martín, l'avait acheté à la fin des années 1820.
Il le revendit quinze ans plus tard, à cause de la ligne de chemin de fer qui entamait le parc.
Le nom de Grand-Bourg est un clin d'œil typique des facéties de San Martín
qui plaisantait volontiers la folie des grandeurs de son ami.

Les trois articles dont se compose la page 16 de cette édition du Parisien sont en vente en ligne sur le site du Parisien (1) sur les adresses suivantes :
entrefilet sur Grand-Bourg (comme San Martín lui-même avait baptisé sa maison, qui donne maintenant son nom à un quartier de la ville)
entrefilet sur le cimetière de Brunoy, qui conserve encore le corps des deux petites-filles du Libertador (leurs parents, Mariano Severo Balcarce Buchardo et Mercedes Tomasa de San Martín Escalada, reposent depuis les années 1950 dans une église de Mendoza, en Argentine).



(1) A l'intention de mes lecteurs étrangers : Le Parisien est le quotidien local de la région parisienne. Il dispose de plusieurs éditions correspondant aux différentes zones de la petite et de la grande ceinture composant l'Ile-de-France.

dimanche 3 février 2013

Il y a deux cents ans aujourd'hui, le combat de San Lorenzo [Bicentenaire]

Le pin historique du jardin
conventuel de San Carlos
à San Lorenzo (Prov Santa Fe)
Source : site Internet
de la Ville de San Lorenzo.
Sous cet arbre, la légende (et peut-être aussi la réalité historique) veut que San Martín ait écrit le rapport qui conclut cet article.


Sous ce pin, apporté de leur Espagne natale, par les franciscains une vingtaine d'années plus tôt, il faut alors se représenter un officier épuisé par la chaleur du jour et le poids de sa responsabilité, le visage entamé par un rude contact avec le sol et une jambe écrasée par le poids de son cheval mort sous lui dès les premiers échanges de coups de feu...

Le 3 février 1813, au petit matin, en effet, le colonel José de San Martín, à la tête des 200 hommes qu'il commandait, mettait en fuite les 250 hommes armés de deux canons qui montaient attaquer un couvent qu'ils croyaient abandonné et facile à piller.

Ce fut le seul combat que San Martín mena sur le sol argentin. Et il se termina sur une victoire éclatante, encore plus significative sur le plan politique que sur le plan militaire. Le génie de San Martín était tel qu'il lui avait suffi d'une année d'instruction pour faire de jeunes civils n'ayant jamais porté une arme de leur vie des soldats aguerris d'un niveau qui n'avait jamais existé en Amérique du Sud et de quinze minutes d'un combat intense pour en terminer une fois pour toutes avec les incursions récurrentes des partisans de l'Ancien Régime, qui ravageaient ce littoral depuis plusieurs mois. Ils firent bien encore deux tentatives dans l'année mais ils échouèrent sans même laisser que leur passage laisse de trace dans les mémoires locales, sinon dans la légende car on raconte que les troupes de Montevideo avaient à deux reprises rebroussé chemin à la seule vue de l'uniforme des quelques grenadiers restés sur place pour maintenir la sécurité de la région.

Dans la soirée, le rapport écrit par San Martín était confié à un courrier à cheval. Il avait ordre de le remettre le plus vite possible aux autorités de Buenos Aires et le 5 février, ce rapport était effectivement publié à la dernière page de la Gazette de Buenos Aires, après le compte-rendu des toutes premières séances de l'Assemblée de l'An XIII.
Dernière page de l'édition du 5 février 1813
Pour lire le texte, cliquez sur l'image pour obtenir une meilleure résolution.

Monsieur,
J'ai l'honneur d'annoncer à Votre Excellence que le 3e jour de février, les grenadiers sous mes ordres ont, en leur baptême du feu, donné un nouveau triomphe aux armes de la Patrie. Les ennemis, au nombre de 250 hommes, ont débarqué à 5 heures et demie du matin dans le port de San Lorenzo et se sont dirigés sans rencontrer d'opposition vers l'école San Carlos, conformément au plan que j'avais imaginé avec deux colonnes de 60 hommes chacune. Je les ai attaqués par la droite et par la gauche, ils ont néanmoins opposé une résistance valeureuse soutenue par le feu des bâtiments (1) mais incapable de contenir l'intrépidité et l'audace avec lesquelles les grenadiers les chargeaient, sabre au clair : ils se replièrent aussitôt en fuyant vers la berge, laissant sur le champ de bataille 40 morts, 14 d'entre eux prisonniers, 15 blessés sans compter ceux qui s'écroulèrent et qu'ils emportèrent avec eux et que, si j'en crois les flots de sang que l'on voit dans les fossés, j'estime plus nombreux encore. Deux canons, 40 fusils, 4 baïonnettes et un drapeau que je remets entre les mains de Votre Excellence. C'est le vaillant officier D. Hipólito Bouchard qui l'a arraché au porte-drapeau, en lui ôtant la vie.
De notre côté, nous avons perdu 26 hommes, 6 morts et les autres [sont] blessés. De ce nombre sont le capitaine D. Justo Bermúdez et le lieutenant D. Manuel Díaz Velez, car avançant avec énergie jusqu'au bord du fossé cet estimable officier est tombé entre les mains de l'ennemi.
Le courage et l'intrépidité que les officiers et les hommes de troupe placés sous mes ordres ont manifestés leur donnent droit au respect de la Patrie et à des égards de la part de Votre Excellence. Je compte parmi eux le valeureux et méritant Dr. D. Julián Navarro, curé, qui se présenta avec courage sur le champ de bataille pour apporter un soutien de vive voix et distribuer les secours spirituels. Ont aussi acquis des droits les officiers supplétifs D. Vicente Marmol et D. Julián Corvera, qui, tout comme les miens, se sont tenus avec courage dans tous les dangers. Il ne fait aucun doute que le courage et l'intrépidité de mes grenadiers en auraient terminé d'un seul coup en ce jour avec les incursions de l'ennemi sur les rives du Paraná, si la proximité des berges n'avait pas protégé sa fuite mais je me risque sans peur à pronostiquer que cette bonne leçon marquera une nouvelle ère où l'ennemi ne reviendra plus inquiéter ces pacifiques habitants.

Dieu garde Votre Excellence de longues années.

San Lorenzo, 3 février 1813
José de San Martín
(Traduction Denise Anne Clavilier, copyright Editions du Jasmin)

Ce document appartient au second livre que je prépare sur San Martín, dont la parution devrait intervenir d'ici la fin de l'année, aux Editions du Jasmin, en complément de San Martín, à rebours des conquistadors, dans la partie documents de la collection Signes de Vie.

* * *

Dans la soirée de ce 3 février 1813, après le départ du messager, le grenadier Juan Bautista Cabral, dont la légende fit un sergent, qu'il ne fut jamais, pas même à titre posthume, rendait son âme à Dieu, après avoir été grièvement blessé au début de l'affrontement. Il était né, on ne sait quand, à Saladas, dans l'actuelle Province de Corrientes, la région natale de son colonel dont il venait de sauver la vie en le dégageant de dessous son cheval, qui le retenait prisonnier au début du combat. On est à peu près sûr qu'il était guarani ou métis car ce régiment des grenadiers à cheval fut le seul régiment multi-racial de l'époque révolutionnaire, par la volonté d'un San Martín qui, profondément exempt de préjugés racistes, était un abolitionniste convaincu de l'esclavage des Africains et du servage des Indiens... Le 14 février, c'est le capitaine Bermúdez qui mourut lui aussi, emporté par les suites d'une amputation de la jambe. Ces braves ont donné leur nom aux localités de tous les environs et ils reposent pour toujours dans le petit cimetière du couvent.

Pour sa part, Cabral dispose d'un autre tombeau, un tombeau musical qui lui fut composé par Manuel Campoamor qui entendait ainsi participer aux festivités du centenaire de la Révolution de Mai (1910). C'est un tango, vous l'aviez deviné, un tango joyeux et primesautier à la manière de la Guardia Vieja : El Sargento Cabral, un des tout premiers tangos qui arriva à Paris et fut, grâce aux échanges diplomatiques entre notre pays et l'Argentine dans les Années Folles, inscrit au répertoire de la Garde Républicaine...

En mémoire de ce héros sans visage et deux cents ans jour pour jour après sa mort, nous pouvons l'écouter dans un enregistrement tiré de la caverne d'Ali-Baba qu'est le site argentin Todo Tango.

Illustration extraite des Memoirs of General William Miller, by John Miller, London 1828
ouvrage scanné par Google dans une université anglo-saxonne
Ce dessin est probablement de la main de William Miller (ou de son frère John)
d'après un croquis fourni par San Martín depuis Bruxelles.
Il est probable que ce n'est pas le dessin original de San Martín dans la mesure
où il avait demandé à Miller de ne pas publier son dessin dont il n'était pas satisfait.
On y voit l'escadre royaliste, la ligne de traversée du fleuve, le point de débarquement
la montée des ennemis groupés vers le couvent et les deux charges de cavalerie
dans un schéma à rapprocher du rapport de San Martín lui-même.
La charge de Bermúdez dessine la plus longue trajectoire,
ce qui lui valut peut-être sa blessure mortelle.
Pour lire le schéma, cliquez sur l'image pour obtenir une meilleure résolution.

Pour aller plus loin :
Lire l'article consacré à l'évènement par un journal de la Province de Corrientes (la province natale de San Martín), El Litoral.

Si vous souhaitez vous rendre compte une nouvelle fois de la manière dont, en matière d'histoire aujourd'hui en Argentine, l'idéologie et l'imagination l'emportent systématiquement sur la méthodologie scientifique (à l'inverse de ce qui se passe en Europe occidentale, qui repose sur une longue tradition démocratique qui manque encore à l'Amérique du Sud), allez jeter un œil sur l'article très peu en vedette que publie Página/12 ce matin : vous y verrez comment on invente des problématiques historiques qui n'en sont pas comme la raison de la mort de Bermúdez attribuée ici, de manière il est vrai hypothétique, à la susceptibilité du capitaine qui n'aurait pas supporté d'encourir la remontrance de son colonel pour avoir lancé l'attaque avec quelques secondes de retard. Outre le fait que cette explication manque de pertinence (il est mort d'une septicémie après une amputation sans anesthésie et dans des conditions d'hygiène pré-pasteuriennes), elle ne fait aucun cas des analyses de San Martín lui-même après le combat et bien plus tard, dans son exil de Bruxelles, où il souligne la qualité militaire de Bermúdez tout en concédant son manque d'expérience au combat. Et puis cette explication est aussi très invraisemblable : tous les officiers qui ont servi directement sous San Martín ont toujours témoigné du tact avec lequel il savait critiquer ses subordonnés et même les rappeler à la plus stricte discipline lorsqu'ils s'écartaient de celle-ci. Et de ce tact, de cette délicatesse d'âme, on a maints témoignages écrits, y compris des critiques rédigées par San Martín lui-même quand les manquements étaient si graves qu'ils méritaient une formalisation écrite. Ces courriers-là font foi d'un sens de la mesure et d'un respect de l'autre qu'on n'attend pas chez un chef militaire en temps de guerre mais qui est là, sous nos yeux.

(1) Ainsi donc les attaquants étaient méfiants puisque un bon nombre d'artilleurs étaient restés à bord des navires pour servir le feu au cas où. D'où ce choix d'un mouillage sur la rive opposée au couvent.

samedi 2 février 2013

San Lorenzo célèbre "son" Bicentenaire [Actu]

Campo de Gloria de San Lorenzo
Photo Ville de San Lorenzo (Prov. Santa Fe)

La ville de San Lorenzo, dans la Province de Santa Fe, a commencé hier à fêter l'évènement qui la rend célèbre dans toute l'Argentine mais aussi au-delà des frontières du pays.

Il y a deux cents ans aujourd'hui, le colonel José de San Martín s'installait dans les bâtiments du couvent franciscain (devenu aujourd'hui un musée national) avec 120 grenadiers à cheval dont il avait conduit l'instruction intensive depuis le 16 mars de l'année précédente et un détachement d'une quarantaine de supplétifs placés sous l'autorité du capitaine Hipolyte Bouchard, un corsaire français né à Saint-Tropez (voir mon article du 30 janvier 2010 sur une exposition que lui consacra sa cité natale dans le cadre des festivités du Bicentenaire). San Martín fit fermer le couvent comme si la communauté religieuse, apeurée, l'avait abandonné.

Lui avait quitté Buenos Aires trois jours auparavant avec ses hommes pour remplir sa mission, qui était de sécuriser les rives du Paraná alors que les absolutistes, réunis autour du vice-roi à Montevideo, remontaient les fleuves à la recherche de butins pour soutenir la capitale intérimaire du vice-royaume en argent et en vivres. Et le détachement des patriotes avait remarqué une petite escadre de trois embarcations ennemies qui venaient de mouiller dans un méandre du Paraná, face à une falaise sur laquelle était perché un couvent récemment fondé dans ce beau paysage. Or, dans les périodes troublées, les Sud-Américains avaient l'habitude de cacher leurs valeurs et leurs réserves de nourriture dans les couvents et les églises pour les protéger des pillages, espérant toujours que les attaquants respecteraient les lieux de la vie consacrée.

En faisant fermer tous les volets et les portes du couvent San Carlos, San Martín était à peu près sûr d'attirer là les Montévidéens en quête de butin. En ce jour de grande fête catholique -c'était la Chandeleur, la présentation du Seigneur au Temple, le 2 février- les soldats de Buenos Aires s'accomodèrent donc entre les frères qui avaient déjà, l'année précédente, accueilli le général Belgrano en route pour le Haut-Pérou (Bolivie actuelle).

Le prieur offrit au colonel l'ancienne salle capitulaire du couvent en guise de bureau, de quartier général et de chambre à coucher. La salle était exigüe et à peine plus grande qu'une simple cellule. Devenue trop imposante, la communauté l'avait délaissée au profit d'une nouvelle belle salle bien plus adaptée à ses réunions plénières.

Et San Martín, sitôt installé, avec ses hommes et leurs chevaux, monta dans le clocher d'où lui ou ses officiers pouvaient surveiller sans cesse les faits et gestes de l'escadre vice-royale qui, installée sur la rive opposée du fleuve, préparait visiblement un débarquement sur la rive occupée par le domaine conventuel...

Ce qui allait se passer le lendemain, au petit matin, s'appelle aujourd'hui la victoria de San Lorenzo, du nom du petit village tout proche, dont le curé était lui aussi un patriote fervent et courageux.

Cliquez sur l'image pour lire le programme

Depuis hier, la ville moyenne qu'est devenue San Lorenzo est en fête :
Le Régiment des Grenadiers à Cheval a renforcé sa présence sur place et participe, notamment avec sa musique, aux différentes cérémonies militaires et civiles qui se succèdent sur le Campo de Gloria (le champ d'honneur).
L'harmonie municipale a travaillé pour être à la hauteur de l'évènement, qu'elle attend depuis au moins deux ans...
Le musée qu'abrite les murs du vieux couvent a sorti ses plus beaux atours et s'apprête à inaugurer une exposition prêtée par le Musée du Régiment des Grenadiers à Cheval de Buenos Aires (visiblement une exposition montée conjointement par le MRGC et la Casa de Moneda).
La nouvelle statue équestre du général San Martín attend qu'on la dévoile ce soir à 21h. Les feux d'artifices sont prêts à être tirés à minuit.
Demain, on attend les "plus hautes autorités" de l'Etat (il serait plus que légitime que Cristina Fernández de Kirchner fasse le déplacement encore que son agenda d'aujourd'hui annonce qu'elle n'a aucune activité programmée et qu'un problème assez grave de corruption de la police provinciale peut créer un petit froid ou une situation délicate avec le Gouverneur de Santa Fe, à moins que ce ne soit une volonté politique d'ignorer le fait militaire de San Lorenzo, car la Présidente semble méconnaître San Martín et l'identifier peut-être à ce qu'en a fait Mitre dans les années 1860-1900). La traditionnelle charge de cavalerie des Grenadiers est prévue à 19h30. Elle sera saluée par des sauts de parachutistes et suivie d'un défilé civil et militaire.
A partir de lundi, pour toute la quinzaine, un festival de musique populaire va célébrer le souvenir de San Martín, de Juan Bautista Cabral et de Justo Germán Bermúdez...

Pour en savoir plus :
connectez-vous sur le site Internet de la ville de San Lorenzo et suivez les prochains épisodes sur ce blog et en vous plongeant dans la lecture de San Martín, à rebours des conquistadors, qui vient sortir aux Editions du Jasmin.

Une très belle image pour l'Assemblée de l'An XIII [Histoire]



Comme j'ai eu l'occasion de l'expliquer ailleurs, la Asamblea del Año XIII est un peu dans l'histoire de l'Argentine ce que la Nuit du 4 Août est pour celle de la France : la célébration du consensus de toute la société pour modifier les règles de vie commune et établir l'égalité et le respect de tous les habitants. Cette image publiée par Télam, que je vous ai retournée par commodité, n'a besoin d'aucun autre commentaire...


Un communiqué de la Casa Rosada annonçait avant-hier la sortie prochaine d'un timbre en hommage à l'Assemblée au Correo Argentina (voir l'annonce sous le lien).