mardi 24 novembre 2015

Jacqueline Sigaut jeudi à Las Violetas [à l'affiche]


La chanteuse Jacqueline Sigaut sera après-demain, jeudi 26 novembre 2015, à 21h à la Confitería Las Violetas, un bar notable du quartier de Almagro (si cher à mon souvenir) (1).

Elle sera accompagnée à la guitare par Leonardo Andersen.

Entrée 120 $ ARG (plus les consommations. Si le cuisinier n'a pas changé, la carte vaut le déplacement. Ajoutez à ça le talent de l'artiste ! C'est à ne pas rater).

Sur l'affiche, on vous invite à vous connecter à la page Facebook (face) intitulée Las violetas cantan. Je vous laisse vous débrouiller tout seuls ? Mais si, mais si, vous allez y arriver !


(1) A Buenos Aires, j'ai logé plusieurs années consécutives à quelques cuadras de cette confitería dont j'avais fait mon point de rendez-vous pour y rencontrer tant et tant d'amis du tango...

La Vidú au Club Raffo [à l'affiche]


La Orquesta Típica La Vidú se produira samedi 28 novembre 2015, à 21h, au Club Raffo, une salle de Monserrat, située à l'angle entre les rues Chile et Saénz Peña.

Les entrées sont d'ores et déjà en vente à Fusión, tous les jours jusqu'à vendredi, de 16h à 20h, au prix de 100 $ ARG. Un prix raisonnable au regard du nombre de musiciens qui constituent cette formation.

La Vidú est l'un des ensembles emblématiques de la nouvelle vague du tango, le Tango Nuevo, ceux qui ont surgi après Piazzolla, en recueillant son héritage musical et en le dépassant. Ce sont des jeunes musiciens, qui fusionnent volontiers le tango et l'esthétique du rock argentin, sur des thèmes liés à la réalité sociale de l'Argentine en général et singulièrement de sa capitale.

lundi 23 novembre 2015

L'Argentine bascule à droite [Actu]

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Macri est accompagné de sa troisième épouse
et porte sa fille quelque peu perplexe sur ses épaules

Avec 51,4% des voix exprimées, Mauricio Macri vient d'être élu à la Présidence de la Nation argentine. Il prendra ses fonctions le 10 décembre, date du Jour International des Droits de l'Homme (ONU), choisi comme jour de l'investiture présidentielle lors du retour de la démocratie en 1983.

Mauricio Macri sera accompagné par non UN mais UNE vice-présidente, et c'est la première fois qu'une femme est élue à cette fonction. A l'inverse de Cristina Fernández de Kirchner, elle n'en fait pas un enjeu des luttes féministes auxquelles elle semble très indifférente (1). C'est aussi la première fois que le Sénat sera présidée par une personne en fauteuil roulant, puisque Gabriela Michetti a perdu l'usage de ses jambes à la suite d'un accident de voiture en 1994. Cela ne manque pas de donner un message très ambigu, d'une part l'intégration à la société des handicapée (on s'en félicite tous, semble-t-il) et de l'autre cet homme beau, mince, debout, en position dominatrice, et cette femme beaucoup moins photogénique, assise et donc plus basse, comme dominée. Chercheront-il une astuce protocolaire pour compenser cette impression le jour de la prestation de serment, où la solennité du moment risque de la renforcer ?

Des questions restent pendantes pour l'avenir.
La première, pour ce blog, est l'avenir de la culture populaire.
Que vont devenir des événements comme le Festival Indépendant du Tango du mois de mars, largement soutenu par le ministère national de la Culture, un programme socio-pédagogique développé sur tout le pays comme Las Orquestas Infantiles du Maestro Claudio Espector, viré il y a deux ans par le gouvernement municipal de Macri et jamais réintégré dans ses fonctions à Buenos Aires malgré la décision de justice qui l'ordonne, une chaîne de télévision comme Canal Encuentro, une institution comme el INCAA (l'institut national du cinéma et de l'audiovisuel) ou El Instituto de Revisionismo histórico Manuel Dorrego (2), fondé par Pacho O'Donnell qui en a depuis abandonné la présidence ?
Que vont devenir les universités nationales dont Mauricio Macri a déclaré, il y a quelques mois, qu'elles étaient bien trop nombreuses ? (3) Qu'en sera-t-il des programmes de recherche du CONICET, le conseil national de la recherche et de la technologie, surtout en ce qui concerne la recherche fondamentale, toujours malmenée par les politiques néolibérales qui ne comprennent pas "à quoi ça sert". (4)
Que vont devenir les centres culturels des ONG des droits de l'homme installés sur le campus de l'ex-ESMA ? Ils sont financés en grande partie grâce aux subventions que l'Etat distribuait jusqu'à présent aux associations militantes, solidaires et culturelles. Il en va de même de plusieurs radios associatives, comme La Voz de las Madres, la station de l'ONG Madres de Plaza de Mayo.
Quelle route va prendre el Instituto Nacional Sanmartiniano, cet institut autrefois ultra-fermé, terriblement vieillissant et qui tournait en rond dans un environnement longtemps dominé par l'armée ? Depuis à peine trois ans, il s'est enfin ouvert au grand public et a considérablement rajeuni ses cadres sous la direction d'un civil, un ancien batteur de rock appartenant à une famille de musiciens talentueux, Eduardo García Caffi, qui avait dirigé auparavant Radio Nacional (où il a laissé aux salariés le souvenir d'un management équilibré qui leur laissait une autonomie que les gens de radio apprécient toujours beaucoup).
Qu'en sera-t-il des projets pour inclure les peuples originaires dans la communauté nationale ? Un domaine dans lequel le bilan du gouvernement sortant est pour le moins mitigé puisqu'il est contesté par un certain nombre de communautés précolombiennes.
Que vont devenir le Secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme, le ministère des Sciences et Technologies (dont dépendent universités et Conicet) et le tout nouveau ministère national de la Culture (dont dépendent directement l'ensemble des musées et théâtres nationaux) ?
Les procès contre les criminels de la Dictature qui restent encore à juger ainsi que ceux contre les parents qui ont adopté par fraude des enfants arrachés à leur famille sous cette même dictature (apropiadores), l'identification de ces enfants devenus adultes s'ils ont survécu, celle des disparus eux-mêmes, tout ce combat va-t-il continuer d'exister ?
A Buenos Aires, les procès ouverts contre Mauricio Macri lui-même pour différentes violations majeures de la Constitution municipale (dont un procès pour des écoutes illégales dont il serait le commanditaire ou le bénéficiaire politique - on a écouté des gens de gauche) ainsi que pour des scandales de violence (de groupes paramilitaires à sa solde) et de corruption (pour lui-même ou pour ses affidés) vont-ils se poursuivre ? Lesquels d'entre eux provenaient d'une tactique partisane, lesquels reposent sur des faits avérés, prouvés et juridiquement répréhensibles ? De quelle liberté vont se réclamer les juges portègnes, qui sont statutairement indépendants du pouvoir exécutif, y compris au niveau du parquet ?
Qu'en sera-t-il de la politique de redistribution sociale mise en place par le gouvernement sortant et qui avait soutenu la consommation et amélioré la vie d'une majorité de citoyens : allocations familiales et minimums sociaux, système de retraite par répartition obligatoire, accès gratuit à des hôpitaux de qualité, qui soient chauffés l'hiver et climatisés l'été ?

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Dans le deuxième cercle des observations développées dans ce blog, les questions économiques sont en bonne place.
On sait d'ores et déjà que Mauricio Macri veut diviser l'actuel ministère de l'Economie en trois ministères de plein droit. Dans un pays où, pour l'heure, les ministres dépendent directement du président sans constituer un conseil des ministres, à l'instar de l'administration fédérale des Etats-Unis et au contraire des démocraties européennes, cette explosion du portefeuille ne devrait pas entraîner de conflits entre les ministres si toutefois les champs de compétence de chacun sont bien définis d'emblée. On sait aussi que Macri veut accéder aux demandes des créditeurs privés du pays, en particulier les trois fonds spéculatifs qui sont en procès avec la République argentine devant une cour locale new-yorkaise et qui veulent le remboursement immédiat de la part de dette souveraine qu'ils ont rachetée sans avoir jamais prêter le moindre centime à l'Argentine. Difficile de savoir pour le moment si cette prise de position est un effet de manche pour dire le contraire du gouvernement en place ou si cela correspond à un principe politique effectif. Auquel cas, c'est sans doute l'argent investi aujourd'hui dans la culture, les droits de l'homme, la santé, l'éducation et la recherche qui devrait prioritairement aller rejoindre les comptes en banque des hedges funds contre les prétentions desquels divers pays (dont la Belgique) et l'ONU elle-même viennent de voter des dispositions pour les restreindre. Va-t-il maintenir l'effort de l'Etat pour entraver la fraude et l'évasion fiscales des entreprises (notamment internationales) et des riches contribuables et améliorer la collecte de l'impôt au niveau fédéral, depuis la TVA du commerce au détail jusqu'à l'impôt sur le revenu, le chiffre d'affaires, les contributions sociales des employeurs et l'économie au noir ?
On sait enfin qu'il devrait y avoir une dévaluation du peso argentin dès la mi-décembre, ou au plus tard en janvier (pendant les vacances d'été !), ce qui pourrait bien détériorer assez vite le niveau de vie des classes moyennes, des actifs et encore plus des retraités, et détruire le peu de pouvoir d'achat dont jouissent les habitants des très nombreux bidonvilles qui ont fait leur réapparition après la faillite du pays en décembre 2001. Et cette dévaluation devrait s'accompagner de la liberté des changes, de la levée des mesures protectionnistes qui imposaient très lourdement tous les achats de quelque importance réalisés à l'étranger (hi-fi, téléphonie, informatique, électro-ménager, véhicules à moteur et achats somptuaires), qui fragilisent le marché et la production industrielle intérieurs.
Que va-t-il advenir des entreprises nationalisées au cours des huit dernières années grâce à des votes du Congrès très larges, souvent consensuels quand ils n'étaient pas unanimes : Aerolineas Argentinas (les avions), YPF (le pétrole), Ferrocarriles Argentinos (les trains) ?
La politique de subventions fédérales de projets de Recherche et Développement en technologies de pointe sera-t-elle reconduite pour les PME ? Il suffit d'aller lire les informations sur ce point sur le site Internet de l'Union Industrielle Argentine (UIA) pour se rendre compte que les entreprises étaient fortement encouragées à innover, avec des montants loin d'être négligeables. Le secrétaire-général de l'UIA avait d'ailleurs récemment exprimé quelques doutes sur la capacité de Mauricio Macri à soutenir le développement industriel du pays.


Sur tous ces plans de politique intérieure, la presse relève dans le discours de l'élu hier soir la promesse d'être le président de tous les Argentins dans l'abandon de tout esprit partisan (ça, Cristina l'avait fait aussi mais elle n'y est guère parvenue et d'autres par chez nous l'ont fait aussi sans grand résultat non plus) et de refuser d'enclencher des représailles contre le camp adversaire. Pour s'y tenir, il va falloir qu'il ait cette volonté bien chevillée au cœur, car ce n'est pas l'état d'esprit général qui règne en Argentine, ni d'un côté ni de l'autre. Le fait d'accéder au pouvoir fédéral tout en ayant une capitale et une province de Buenos Aires acquises à sa politique change beaucoup la donne. Plusieurs Provinces ont aussi basculé dans le camp de Cambiemos (Changeons). Le paysage politique argentin a donc bien changé et se rapproche d'un paysage européen, avec un équilibre entre gauche et droite, entre deux conceptions opposées du pays. Dans ces circonstances inédites, il n'est pas impossible que Mauricio Macri présente un visage qu'on ne lui a encore jamais vu tout au long de ses deux mandats à la tête de Buenos Aires, même si cela surprendrait beaucoup les observateurs.

Dans le domaine international, qu'en sera-t-il des relations avec les pays voisins, notamment le Chili de Michelle Bachelet, l'Uruguay de Tabaré Vázquez, la Bolivie du très remuant et très aymara (5) Evo Morales ou le Brésil de la désormais fort controversée Dilma Roussef alors que s'approchent les Jeux Olympiques, tous quatre gouvernés à gauche ? Il est probable que les relations avec le Venezuela de Nicolás Maduro vont se tendre et que celles avec la Colombie, gouvernée à droite, vont s'améliorer. Le rêve de la Patria Grande et de l'intégration continentale à travers l'Unasur et le Mercosur semblent s'éloigner à grands pas, avec le retour au pouvoir d'une tradition patriotique qui s'est historiquement construite dans l'hostilité aux pays voisins, avec quelques guerres à la clé, contre le Brésil, le Paraguay et le Chili surtout.
Dans ces nouvelles données diplomatiques, la Province de Mendoza réussira-t-elle à sauver sa position de passage obligé du commerce terrestre entre le Brésil, l'Argentine, le Chili et le Pérou, fortement menacée à présent par un projet du Chili qui consiste à déplacer vers le nord le point d'arrivée et de dédouanement de toutes les marchandises internationales à destination du pays ou en transit à travers son propre territoire ? (6)
Qu'en sera-t-il des relations avec David Cameron au sujet des Malouines dont les habitants, tous britanniques, ont, sur Twitter, salué la victoire de Mauricio Macri en déversant des propos au vinaigre contre Cristina Fernández de Kirchner (lire à ce propos l'entrefilet de El Observador, le quotidien uruguayen) ? Or beaucoup de fervents militants de l'argentinité de l'archipel viennent de voter pour Macri par haine pour le FpV (Frente para la Victoria) quand ce n'est pas par haine pour la personne de Cristina ? (7)
En ce qui concerne l'Espagne, on peut imaginer sans difficulté que les relations avec Mariano Rajoy seront bien meilleures que celles que Cristina a jamais eues avec aucun des présidents du gouvernement de la Péninsule, depuis l'expropriation de Marsans du capital de Aerolineas Argentinas jusqu'à celle de Repsol de celui de YPF...
Qu'en sera-t-il du rapprochement accompli par Cristina avec la Russie de Vladimir Poutine, au moment où celui-ci fait alliance avec les Etats-Unis et le reste de l'OTAN pour contrer la montée du totalitarisme théo-califatiste qui met le Moyen-Orient à feu et à sang après l'échec des printemps arabes ? On peut très bien imaginer que de l'autre côté les relations avec Israël devraient s'améliorer puisqu'il y a dans l'électorat de Mauricio Marci un fort lobby juif pro-israëlien et aligné sur les Etats-Unis. Quel impact ce rapprochement aura-t-il sur l'enquête fédérale concernant les attentats contre l'AMIA et l'Ambassade d'Israël à Buenos Aires il y a plus de vingt ans déjà ?
Que vont devenir les relations sud-sud dans lesquelles s'était de plus en plus engagée l'Argentine sous les deux mandats de Cristina de Kirchner, avec le Maroc et le Vietnam notamment ? Sans oublier les nombreux contrats avec la Chine, devenue l'un des grands investisseurs étrangers, au point d'avoir obtenu la jouissance d'une base pour sa flotte militaire sur la côte atlantique ? Une décision qui a fait faire la grimace à de nombreux militaires qui voient d'un mauvais œil une telle puissance internationale s'installer dans les eaux territoriales de leur pays neutre, ce qui ne devrait pas être très apprécié à Washington ?

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En haut, Macri va embrasser Gabriela Michetti.
En bas, Daniel Scioli et son épouse.

Dernière question, plus symbolique que stratégique, encore que dans ce domaine, le symbolique soit une réalité politique à part entière :
Qu'en sera-t-il des rapports personnels entre le Président Macri et le Pape François ? Pour les rapports officiels et diplomatiques, il va sans dire qu'ils resteront excellents, non pas parce que le Pape est argentin mais parce que le Vatican entretient traditionnellement d'excellentes relations avec tous les pays d'Amérique du Sud. Toujours est-il que Macri est l'un des très rares responsables politiques argentins à ne pas avoir encore eu droit à sa photo avec le Saint Père et il est indéniable qu'il défend une politique néolibérale incompatible avec la doctrine sociale de l'Eglise (et les encycliques du pontificat en cours) tandis que dans sa vie privée, il est le modèle même du chrétien corrompu tel qu'il était dénoncé par le cardinal Bergoglio dans un article de 1991, Corrupción y pecado (Corruption et péché), réédité en livre de poche par Editorial Claretiana (2005) : l'homme de la bonne société qui, en montant sur les grands chevaux de la morale traditionnelle, clame "son mépris pour la prostituée, cette femme de mauvaise vie" (sans s'interroger jamais sur sa qualité de victime avérée d'un crime impuni de traite des êtres humains) "tandis qu'il se rend bien volontiers et sans aucun scrupule à la fête organisée par telle de ses amies pour son troisième mariage consécutif à son deuxième divorce". Or Macri est deux fois divorcé et son troisième mariage a donné lieu à une grande fête avec vaste couverture médiatique parfaitement maîtrisée par les époux puis à une abondante publicité sentimentaliste à la naissance de leur fille, où il a été présenté comme un jeune papa fondant de tendresse devant un bébé alors qu'il est déjà père de grands enfants nés de ses précédentes unions. Et la petite fille, qui n'a pas encore cinq ans, a été instrumentalisée au cours de la campagne électorale et elle était présente, dans les bras de son père, hier soir, à la fête de la victoire (comme on le voit à la une de Clarín et de El País, publiée dans mon autre article du jour sur le sujet) (8).
Correction du 24 novembre 2015 à ce paragraphe :
Si, Macri a une photo de lui en audience privée avec le Pape. Il y apparaît même en famille accompagnée de son épouse et de leur fillette, toute de blanc vêtue, dans les bras de sa mère, En revanche, je n'ai jamais vu ce cliché exploité à des fins électoralistes. Cela peut m'avoir échappé, bien entendu, mais cela veut dire au moins qu'il n'en a pas fait un usage excessif. Dont acte.

* * *

Une dernière remarque : il est plus que probable que les ambassadeurs vont changer très prochainement, à Washington, à Paris (à cause du Club de Paris, une institution clé dans la restructuration de la dette argentine) et à Tel Aviv (à cause des institutions juives argentines, majoritairement macristes), probablement à Bruxelles (à cause de l'Union Européenne), à Rome et à Madrid (à cause des fortes relations que les Argentins ont avec l'Espagne et l'Italie) et peut-être aussi à Beijing et à Moscou.

Pour la compréhension de cette élection, il faudra que les politologues se penchent sur le revirement de l'électorat, qui est passé d'une majorité scioliste le 9 août aux PASO à cette majorité macriste impensable il y a quatre mois. Certes elle n'est pas massive et c'est la première fois que l'Argentine voit son électoral aussi profondément divisé, ce qui fait que Página/12 titre sur un seul président et deux pays. C'est aussi l'apprentissage d'une structure de pays de vieille démocratie comme ceux qui existent en Europe de l'ouest où la gauche et la droite sont à peu près à égalité numérique et où le marais, les indécis, les influençables font la différence.
Quel rôle ont joué le comportement personnel de la Présidente Cristina Kirchner (toujours irritant pour la moitié de l'électorat), le manque de charisme de Daniel Scioli et l'allure élégante très bling bling, très jaileife (9) de Macri (10), le revirement de ce dernier en août lorsqu'il a soudain fait des promesses très sociales, un peu à la mode de Jacques Chirac avec sa fracture sociale en 2002, tandis que Scioli vendait la peau de l'ours avant de l'avoir tué à la veille du premier tour en octobre dernier ?
Il est impossible de répondre à tout cela pour le moment.

Autour de Daniel Scioli, on n'a pas tardé à faire porter la faute de la défaite sur Cristina Kirchner. Est-ce une manifestation du machisme très profond du personnel politique argentin (de gauche comme de droite), une libération soudaine de la parole (on la dit très despotique avec son entourage et au sein du FpV, comme cela a pu être dit de Ségolène Royal dans sa région Charentes-Poitou), le diagnostic d'une authentique erreur stratégique de son fait ? Là aussi, il est un peu tôt pour le savoir. On notera seulement que ni Daniel Scioli ni Mauricio Macri dans leur discours d'hier ne l'ont mentionnée alors qu'elle a téléphoné à l'un et à l'autre et que très démocratiquement elle n'a pas tardé à appeler le leader de l'opposition pour le féliciter de son élection. Si Mauricio Macri ne veut pas entamer la vendetta, il est bien dommage que le premier signe qu'il donne soit un silence sur ce point institutionnelle.

Aujourd'hui même Mauricio Macri et Cristina Kirchner se réuniront à la résidence présidentielle de Olivos, en banlieue nord de Buenos Aires, pour organiser la transmission des pouvoirs qui sera effective le 10 décembre avec la prestation de serment du nouveau mandataire devant le Congrès réuni.

Pour aller plus loin :
- comme d'habitude dans ces cas-là, la presse est pleine d'articles de toutes sortes. Je ne vous donne ici que ceux qui font la une -
lire le portrait que ce journal (de gauche) fait de la prochaine vice-présidente, handicapée moteur



(1) Comme beaucoup de libéraux, Gabriela Michetti est une individualiste. Elle ne croit guère aux luttes collectives. Elle est partisane du chacun pour soi qui caractérise la culture des Etats-Unis.
(2) C'est une institution qui a peu de légitimité scientifique (au sens universitaire de l'adjectif) mais elle contribue à modifier le discours des historiens. L'affichage idéologique souvent outré de ses membres (des militants péronistes bien plus que des historiens) oblige les historiens en quête de sérieux à approfondir leur démarche méthodologique. Quant aux autres historiographes partisans (appartenant à d'autres obédiences politiques), ils y répondent aussi, les uns en se radicalisant dans leur idéologie, les autres en qualifiant leur démarche scientifique.
(3) Il est lui-même issu d'un cursus dans diverses universités privées, d'abord à Buenos Aires, à la UCA (l'université pontificale catholique) puis aux Etats-Unis où il a achevé ses études d'ingénierie avant de revenir en Argentine prendre les rênes du puissant groupe de travaux publics fondé par son père. La plupart des universités privées à Buenos Aires et ailleurs, la Universidad Congreso de Mendoza par exemple, où je suis intervenue le 27 août dernier, fonctionnent sur un mode largement commercial (à l'exception toutefois de la UCA, qui suit le modèle de toutes les universités catholiques du monde). Les études y sont payantes et assez chères, ce qui n'est pas un petit obstacle pour de nombreux étudiants en Argentine.
(4) Réponse : à rien, en tout cas directement. Mais il se trouve que sans recherche fondamentale, il ne peut y avoir de progrès ni en recherche appliquée ni en technologie. Pour figurer en bonne place sur le plan international et développer un tant soit peu la technicité nationale, il est donc indispensable de subventionner une recherche même si elle semble partir dans tous les sens, de façon anarchique, et qu'elle n'est pas évaluable en retour sur investissement chiffré. Mauricio Macri ne semble pas avoir compris cette dimension essentielle de la recherche, qui est parfaitement étrangère à sa formation d'ingénieur. Il y a souvent une grande incompréhension entre les ingénieurs et les chercheurs, une incompatibilité culturelle qui provoque la plupart du temps des catastrophes lorsqu'un chercheur est nommé à la tête d'une institution d'ingénierie et qu'un ingénieur l'est à la tête d'un institut de recherche. En France, par exemple, le CNES en sait quelque chose depuis de nombreuses années. J'y ai travaillé et cela a été beaucoup de souffrance pour tout le monde et débouche aujourd'hui sur des conditions de travail épouvantables et une activité dont la qualité globale dégringole au fil des années.
(5) Evo Morales est avant tout un leader de l'ethnie aymara et un défenseur des peuples originaires et leur culture ancestrale, fort malmenée dans l'Amérique du Sud libre-échangiste inspirée par la culture anglo-saxonne, dont Mauricio Macri est un parfait représentant.
(6) Du coup, tout le flux brésilien passerait directement par la frontière brésilo-préruvienne et Mendoza ne traiterait plus que les marchandises argentines et uruguayennes, soit une baisse considérable d'activité pour la route internationale Mendoza-Santiago, vieille voie commerciale qui remonte à l'époque coloniale. Ce serait donc un coup structurel pour l'économie cuyaine qui est essentiellement agraire (vin, huile, cidre, fruits et légumes, viandes), touristique (sports d'hiver, sports équestres, parcs naturels) et commerciale (transit international). Le 4 décembre, c'est un gouverneur radical (UCR) qui prend ses fonctions, porté au pouvoir par une alliance électorale avec le PRO (de Macri) et une formation social-démocrate locale.
(7) J'ai été effarée ces deux dernières années d'entendre la haine qui affleurait ou s'affichait franchement dans le discours de nombreuses personnes par ailleurs très sensées mais solidement installées dans l'opposition. J'ai entendu de tout et surtout des accusations que mes interlocuteurs n'appuyaient sur aucune preuve d'aucune forme : elle était accusée d'être tantôt hystérique tantôt bipolaire, d'être une voleuse, d'être à la tête d'un réseau de corruption (lequel ?), d'avoir fait assassiner le procureur Alberto Nisman en janvier dernier, je vous en passe, des vertes et des pas mûres. Reste à voir maintenant comment va évoluer l'enquête fédérale du juge d'instruction, Daniel Rafecas, en charge du dossier Hotesur, l'hôtel de Patagonie de la famille Kirchner soupçonnée (mais jamais inculpée à cette date) d'y blanchir l'argent des pots-de-vin perçus dans le cadre des fonctions électives ou politiques détenues par plusieurs de ses membres.
(8) En ce sens, Macri n'est pas sans rappeler les incohérences ou les insincérités de Nicolas Sarkozy qui affirmait à Rome, devant Benoît XVI, lors de son installation comme chanoine d'honneur de la basilique du Latran, que la religion offre des valeurs plus solides que l'école publique et qui eut un jour l'impudence de communier publiquement, en sa qualité de chef d'un Etat séparé à grand bruit des Eglises, alors qu'il est plusieurs fois divorcé-remarié (ce que la disciple de cette Eglise qu'il prétend honorer interdit formellement).
(9) bling bling en lunfardo. L'adjectif est la transcription en orthographe espagnole de l'expression anglaise, high life (style de vie de la jet-set).
(10) Très différente de l'attitude bling bling de Nicolas Sarkozy en ce sens qu'il n'y a chez Macri aucune fascination pour l'argent des hommes d'affaires puisqu'il en est un et que cet argent, il l'a. Et contrairement aux vieilles familles européennes qui savent ne pas afficher leur richesse tout en vivant de manière somptueuse au jour le jour, il a une attitude de nouveau riche, qu'il est en quelque sorte, puisqu'il est un héritier de seconde génération seulement. Très différent de la haute société argentine de vieille extraction patricienne, dont le mode de vie est plus semblable à celui de notre ancienne aristocratie et haute bourgeoisie d'affaires.

Un nouveau livre sur la musique latino-américaine aux Editions du Jasmin [Disques & Livres]

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Au mois de mai 2016, les Editions du Jasmin, qui ont déjà édité cinq de mes livres sur la culture populaire argentine, publieront une somme complète sur les influences africaines dans la musique américaine du nord au sud, œuvre d'une musicologue doublée d'une musicienne et d'une universitaire qui a travaillé dans plusieurs institutions des Etats-Unis dont la prestigieuse université de Yale.

Dans cet ouvrage richement illustré en quadrichromie, Isabelle Leymarie analyse chacune de musiques nées dans le Nouveau Monde, depuis le tango jusqu'au zouk, depuis la socca jusqu'à la milonga, avec une méthodologie scientifique et un ton très différent de la militance anarchiste qui caractérise le Tango Negro de Juan Carlos Cáceres, dont la version française a elle aussi été publiée aux Editions du Jasmin en 2013.

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Ce beau livre de 512 pages est en souscription jusqu'au 30 avril 2016 auprès de l'éditeur au prix de 32 €. A parution, il sera vendu 39 € en librairie.
Comme d'habitude avec les souscriptions, les frais de port sont offerts par la maison d'édition.

Pour participer à la souscription, téléchargez le bon ci-joint, imprimez-le, complétez-le et envoyez-le avec votre paiement aux Editions du Jasmin (France). Votre paiement ne sera encaissé qu'à parution lorsque le livre vous sera envoyé par La Poste.

Bon de souscription à télécharger

L'élection de Mauricio Macri vue de l'autre côté du Delta [Actu]

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Notez la similarité du gros titre avec celui de Página/12
que je publie dans mon autre article du jour :
"Macri président, un pays coupé en deux. Et maintenant ?"

Les journaux uruguayens font leur une sur l'élection argentine. Ce n'est pas tous les jours que l'actualité chez les voisins occupe ainsi la presse nationale.

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Il est vrai que cette élection déplace le centre de gravité politique du sous-continent, avec la droite au nord (en Colombie) et au sud (en Argentine), alors que l'Argentine est un des deux poids lourds régionale. Avec le Brésil, c'est le seul pays sud-américain qui appartient au G20. Ce n'est donc pas rien après douze ans de kirchnerisme de voir le pays basculer dans la droite néolibérale dont tout le monde se souvient qu'elle y a fait des dégâts importants (sous le masque fallacieux du péronisme de Carlos Menem, soit dit en passant).

Image en basse résolution

Pour aller plus loin :
lire l'article de La República, qui voit sept points de différence entre les deux candidats (qui ont obtenu l'un 51,4% des voix exprimées et l'autre 48,6%)

Nouveau concert de musique classique à l'Alliance Française dans le cycle Gardel [à l'affiche]


Après-demain, mercredi 25 novembre 2015, à 19h, à l'auditorium de son adresse principale, avenida Córdoba 936-946, l'Alliance Française, en partenariat avec le Museo Casa Carlos Gardel, propose un récital de pièces de Gabriel Fauré par une mezzo-soprano argentine accompagnée au piano, pour célébrer les 125 ans du grand artiste, né à Toulouse, le 11 décembre 1890, et arrivé en Argentine en mars 1893, où il a grandi et est devenu homme.

Entrée libre et gratuite.

samedi 21 novembre 2015

Paloma Herrera a fait ses adieux à la scène à Mendoza [à l'affiche]


Formée à l'école de danse du Teatro Colón (Instituto Superior del Arte) puis à la School of American Ballet de New York à 14 ans, la danseuse argentine Paloma Herrera a commencé sa carrière au sein de l'American Ballet Theatre, de New York, où elle entre après six mois d'école et accède, il y a vingt ans, au statut de Principal Dancer (l'équivalent d'étoile à l'Opéra de Paris). C'est la première fois qu'une danseuse accède si jeune à ce rang à forte responsabilité artistique.

Cette année, vingt ans plus tard, au mois de mai et à l'âge de quarante ans, l'âge normal de la retraite pour les danseurs classiques, mais après un double malentendu entre la prestigieuse compagnie new-yorkaise et deux de ses étoiles latino-américaines, elle a fait ses adieux au public nord-américain puis entamé une longue tournée d'adieux dans tout le continent pour finir en Argentine.

L'affiche de la représentation à Corrientes
La photo, avec ce diadème, ne correspond ni à Roméo et Juliette ni à Giselle
(Le Lac des cygnes, peut-être !)

Cette tournée qui l'a menée à Buenos Aires, où elle a retrouvé la troupe de ses débuts, en octobre (avec une version de Roméo et Juliette, de Serge Prokofiev), vient de s'achever à Mendoza, la semaine dernière, mercredi et jeudi, au Teatro Independencia, le grand (et très beau) théâtre à l'italienne de la capitale provinciale.

Une ovation de dix minutes a salué son ultime représentation, une interprétation de son rôle fétiche du rôle titre de Giselle, le ballet romantique d'Adolphe Adam pour la musique et Jules Perrot, Jean Coralli et Marius Petipa pour la chorégraphie originale, dans une version signée Maximiliano Guerra pour la troupe de ballet du Teatro Colón dont il est le directeur.

La biographie de l'artiste dans le programme de Roméo et Juliette en octobre
au Teatro Colón

Pour ces deux dernières représentations, les places se vendaient au guichet à des prix très élevés : de 1 200 $ ARG pour les quatre premiers rangs du parterre jusqu'à 250 au poulailler (et ce n'est déjà pas donné !). Et il fallait payer en liquide (c'est ce qu'indiquait la page Facebook du théâtre qui ne doit pas avoir une confiance absolue dans le système bancaire par les temps qui courent).

Belle une, non ?
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La Nación est le seul quotidien national à la mettre à sa une ce matin.

Pour aller plus loin :
Consulter le site Internet de la danseuse (il est assez sommaire)
Consulter sa fiche sur le site Internet de l'ABT
Télécharger le programme de Roméo et Juliette à Buenos Aires en pdf.

La presse argentine continue la campagne jusqu'à la dernière minute [Actu]

En gros titre :
"La rigueur pendant une récession produit des catastrophes sociales"
En haut, en manchette : "La véritable campagne de la peur"
(la droite traite de campagne de la peur les arguments de Scioli et son équipe)

Malgré le silence politique qui s'impose aux candidats et à leurs équipes de campagne pendant les deux journées de réflexion électorale (veda electoral) qui précèdent le scrutin, la presse a trouvé matière à continuer à alimenter la campagne ce matin. Je n'avais encore jamais vu les journaux argentins prendre aussi ouvertement parti un samedi de week-end électoral... Sans doute les enquêtes d'opinion, dont la presse n'a que peu fait état tout au long de ces quatre semaines de campagne, montrent-elles des résultats très incertains pour qu'on ait aujourd'hui une telle bagarre dans les gros titres, sur les unes et dans les pages intérieures ! Il est vrai aussi que c'est la première fois de son histoire que l'Argentine connaît un second tour d'élection présidentielle et il faut croire que c'est un choc pour beaucoup de gens, habitués qu'ils sont à des majorités très nettes qui se dégagent vite.

Ainsi donc ce matin, Página/12 publie une interview du Prix Nobel d'Economie Joseph Stiglitz, l'un des tenants des théories hétérodoxes (1). Dans cet article, le spécialiste nord-américain critique le modèle néolibéral dominant mis en œuvre par Mauricio Macri, dans la ville autonome de Buenos Aires, et vanté par lui tout au long de sa campagne électorale depuis plus d'un an, malgré un récent revirement après que les PASO aient donné un avantage important à Daniel Scioli (2) le 9 août dernier (voir mon article du 10 août 2015).

En gros titre, sous l'image de Bamako :
"Macri a choisi son premier ministre et Scioli continue sa campagne"

Clarín publie quant à lui deux articles : l'un est un rapide portrait du directeur de campagne de Mauricio Macri, l'autre décrit une manœuvre plus que désagréable attribuée à l'Ambassadeur d'Argentine en France peut-être pour se faire bien voir du gouvernement sortant, dont elle est une chaude partisane (3). Quant à La Nación, la rédaction présente les bilans comparés des deux candidats à la tête de leur exécutif local pendant leurs deux mandats consécutifs.

Pour aller plus loin :
lire l'interview de Joseph Stiglitz, très intéressante indépendamment même du contexte électoral argentin
lire l'article de Clarín sur Marcos Peña, directeur de campagne de Macri
lire l'article de Clarín sur ce qui se serait passé ces jours-ci dans l'Ambassade à Paris
lire l'article de La Nación sur les bilans comparés des deux candidats.
Seule La Prensa respectait ce matin une belle réserve.



(1) Le quotidien n'indique pas la date de l'interview mais seulement sa modalité : tout s'est passé par téléphone et par mail avec l'entremise d'un jeune étudiant-chercheur argentin qui travaille à l'Université de Columbia, comme Stilglitz lui-même. Le journaliste ajoute toutefois que les deux économistes sont attendus en Argentine en décembre prochain, où ils animeront un colloque sur les dettes souveraines, les crises macro-économiques et les politiques industrielles, des sujets qui sont l'un des points les plus aigus de l'opposition entre les deux candidats, Scioli et Macri.
(2) Comme la plupart des gens et comme Macri lui-même qui s'est mis à faire des tas de promesses de justice sociale et de redistribution économique, Scioli a dû croire que les jeux étaient faits.Peut-être a-t-il baissé la garde. Toujours est-il qu'il s'est fait rattraper par l'électorat qui a voté beaucoup plus que prévu pour Mauricio Macri, à la plus grande surprise de tous les observateurs et des acteurs eux-mêmes. Probablement a-t-il commis une erreur en publiant la composition de son futur gouvernement quelques jours avant le premier tour ! C'était une formidable provocation pour l'opposition, de droite comme de gauche (car la gauche ne semble pas avoir su s'unir ni avant ni après ce premier scrutin).
(3) Cette ambassadrice, nommée à Paris il y a environ un an, est inscrite sur l'actuelle liste des promotions diplomatiques déposée sur le bureau du Congrès dans le cadre des nominations in extremis que le gouvernement sortant multiplie depuis une semaine. Elle passerait ainsi du rang de ministra à celui d'embajadora, le top de la hiérarchie, qui lui serait définitivement acquis, même si elle devait cesser de représenter effectivement son pays à l'étranger. Elle aurait ainsi bloqué l'accès au site Internet de Clarín sur le réseau Internet de l'Ambassade et se verrait gravement contestée par le personnel subalterne qui ne supporterait pas l'arrogance qu'elle manifeste à son égard. Il est vrai que son positionnement partisan se note à vue d'œil et que la frénésie de nominations dont fait preuve ce gouvernement à trois semaines de la fin du mandat est d'une insigne maladresse. Il ne ferait pas autrement s'il voulait accréditer les nombreuses accusations de corruption et de concussion dont collectivement il fait l'objet de la part de ses adversaires de tous les courants (pas seulement de la part de l'équipe de Macri).

Ce soir, la contrebasse au Museo Casa Carlos Gardel [à l'affiche]


Dans le cadre de la célébration des 125 ans de la naissance du Zorzal Criollo, le Museo Casa Carlos Gardel propose ce soir, samedi 21 novembre 2015, à 18h30, un concert consacré à la contrebasse dans la musique du tango (1).

Entrée libre et gratuite.

Le concert se tient dans le patio couvert du musée, situé rue Jean Jaurés 735.


(1) Quelle bizarrerie que cette programmation ! Gardel n'a presque jamais chanté avec orchestre. La contrebasse n'a rien à voir avec lui qui chantait accompagné par quatre guitaristes la plupart du temps....

Hommage au Flaco L. A. Spinetta [à l'affiche]


Ce soir, samedi 21 novembre 2015, à 21h, un groupe de musiciens liés à la carrière et à la vie de Luis Alberto Spinetta lui rendront hommage près de trois ans après son décès (8 février 2012), dans l'une des salles du Centro Cultural Kirchner (CCK), dans l'ancien siège du Correo Central, dans le cœur historique de Buenos Aires.

La liste des participants est interminable. Les artistes revisiteront l'œuvre du premier grand du rock argentin à nous avoir déjà quittés. Le spectacle doit durer deux heures. Deux heures de bonheur pour les admirateurs de l'artiste disparu.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 qui en fait la une de ses pages culturelles
consulter le communiqué du CCK.

Ajout du 23 novembre 2015 :
lire l'article de Página/12 de ce matin sur la soirée de samedi.
Ajout du 24 novembre 2015 :
lire l'article de La Nación d'hier

vendredi 20 novembre 2015

La Academia Porteña del Lunfardo propose son premier festival langagier [Jactance & Pinta]


Il aura fallu que disparaisse son très médiatique (et très contesté) président (1) José Gobello pour que la Academia Porteña del Lunfardo lance son premier festival autour de cette langue populaire qui est sa raison d'être.

La manifestation, intitulée Lunfardazo (2), se tiendra au siège de l'institution, à Constitución (Estados Unidos, 1379), du 27 au 29 novembre 2015, en fin de journée, de 18h à 22h. Au programme, des concerts en appui des conférences, qui porteront sur :
  • l'immigration et le lunfardo le vendredi,
  • les poètes du lunfardo, le samedi
  • et le lunfardo au cinéma, au théâtre, à la radio et à la télévision au temps de la censure (3).
Parmi les intervenants, Oscar Conde, Gabriel Soria (qui est à la fois académicien du Lunfardo et président de la Academia Nacional del Tango), la chanteuse Viviana Scarlassa.

Affiche du concert de la chanteuse Viviana Scarlassa

Entrée libre et gratuite à toutes les manifestations.

La Academia Porteña del Lunfardo dispose d'une page Facebook.

Ajout du 27 novembre 2015 :
lire l'article de Página/12 sur la manifestation.



(1) José Gobello, admirable linguiste, était classé à l'extrême-droite et donc très contesté pour ses bienveillances envers les régimes antidémocratiques qui ont tant de fois sinistré l'Argentine.
(2) En Argentine, le suffixe nominal -zo est appréciatif, une nuance grammatico-lexicale inexistante en français.
(3) En sa qualité de langue populaire, issue des faubourgs (et non pas exclusivement des bas-fonds), le lunfardo a été en butte à bien des brimades depuis son apparition dans la ville de Buenos Aires à l'orée des années 1880. Il a même fait l'objet d'une censure totale entre 1943 et 1949, une censure qui a été levée par Perón, lorsqu'il a été assez assuré de son pouvoir en Argentine et qu'il pouvait se permettre de prendre ses distances avec le magistère catholique.

Cinéma, amis et tangos chez Jacqueline demain soir [à l'affiche]


La chanteuse Jacqueline Sigaut vous propose demain, samedi 21 novembre 2015, une nouvelle projection chez elle, à Palermo, à 20h, autour du tango et de la musique. Le film choisi est un documentaire sur un facteur d'accordéon de Buenos Aires, Anconetani, décédé en 2013, à plus de 91 ans. Cet Italien avait débarqué à Buenos Aires en 1918 et s'était installé là, pour fabriquer et accorder des accordéons dans la capitale du bandonéon. Il est le héros du film aux côtés de deux accordéonistes argentins et grands musiciens de folklore, el Chango Spasiuk et Raúl Barboza.


Les co-réalisateurs, Silvia Di Fioro et Gustavo Castaldi, seront présents à cette soirée et animeront le débat traditionnel qui suivra la projection.

Pour participer, il faut se faire connaître de la maîtresse de maison par mail (tout est sur l'affiche).

Pour en savoir plus sur le film, sorti en juin de cette année :
lire sa fiche sur le site encyclopédique du cinéma argentin.

Demain soir, un concert de La Vidú à Florencio Varela [à l'affiche]


Demain soir, samedi 21 novembre 2015, à 21h, la Orquesta Típica La Vidú se produira à la Escuela de Arte República Italiana, San Juan 122, dans la ville de Florencio Varela, dans la banlieue sud de Buenos Aires.

Le concert est très particulier puisque la participation aux frais est facultative. Elle s'élève à 20 $ ARG, un montant très très bon marché, pour un concert avec autant de musiciens !

Appel in extremis des ONG en faveur du vote Scioli [Actu]

"Nous ne voulons pas de marche arrière dans le processus
historique de mémoire, de vérité et de justice".

Mercredi dernier, alors que la campagne électorale se clôturait hier soir, pour laisser trois jours de réflexion aux électeurs argentins, vendredi, samedi et dimanche, où se tient le scrutin, toutes les associations qui militent pour les droits de l'homme, à l'exception notable de Madres de Plaza de Mayo (1) mais avec la participation de Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, ont émis un communiqué commun pour appeler à voter pour Daniel Scioli, le seul des deux candidats qui leur paraît garantir la poursuite du processus de démocratisation de l'Argentine, la continuité des enquêtes judiciaires pour retrouver les disparus de la Dictature et conduire au tribunal les criminels de ces sinistres années, ainsi que le maintien d'une politique de redistribution sociale de la richesse nationale. C'est Estela de Carlotto qui a lu le message devant la presse rassemblée au siège de Abuelas, où elle a l'habitude de se rendre à chaque fois qu'une identification a pu être rendue publique.

Página/12 est le seul des quatre grands quotidiens nationaux à avoir mis cette prise de position à sa une d'hier matin. La Nación (2) s'est elle aussi fait écho de cette déclaration sur son site Internet dès mercredi après-midi, en publiant l'intégralité du communiqué presque sans aucun commentaire (donc sans aucune manipulation de l'information).

Pour en savoir plus :
lire l'article de La Nación sur la conférence de presse
lire l'article de La Nación sur les propos de José Pablo Feinmann
lire l'interview de Feinmann dans El País
lire l'article de Página/12 sur les propos de Marcos Aguinis
lire l'interview de Aguinis dans El País (où il se garde bien de répondre à plusieurs questions très politiques).



(1) L'association Madres de Plaza de Mayo a depuis quelques années souffert quelques scandales retentissants quant à la gestion de ses finances. Un fossé s'est creusé entre elle et les autres associations, qui ne veulent pas être éclaboussées par les soupçons légitimes nés de ces irrégularités à répétition.
(2) La Nación se fait aussi l'écho des déclarations d'un intellectuel ouvertement kirchneriste au quotidien espagnol El País, José Pablo Feinmann, qui estime que le pays s'est lassé de l'intelligence supérieure de Cristina Kirchner, qui a cru bon ne s'entourer d'aucun conseiller et d'exercer le pouvoir d'une façon très personnelle (une sorte d'hyper-présidence pour parler comme en France). Elle aurait aussi péché en se montrant incapable de susciter des cadres politiques à l'intérieur du mouvement et prévoir sa propre succession, comme en France l'ont fait François Mitterand ou Nicolas Sarkozy, laissant chacun à son tour le parti qui l'avait porté au pouvoir dans un bien triste état. J'avoue partager cette dernière analyse. Quant à se fatiguer de l'intelligence, il se pourrait que ce soit vrai dans une Argentine qui reste très machiste dans bien des pans de sa société. En réponse peut-être à cet article, Página/12 reprend les propos tenus aussi, pour certains d'entre eux au moins, dans El País par l'intellectuel Marcos Aguinis qui soutient Macri, insulte Estela de Carlotto et Hebe de Bonafini (la présidente de Madres) et prétend que dans certains pays développés (paises serios), les gens ne connaissent pas le nom du chef du Gouvernement (j'aimerais bien savoir à quels pays il peut bien penser !). Il est intéressant de comparer les deux articles, celui de El País (centre gauche espagnol) et Página/12 (gauche argentine).

mercredi 18 novembre 2015

Inauguration d'une exposition sur la voix au Museo Casa Carlos Gardel [à l'affiche]


Le Museo Casa Carlos Gardel inaugure ce soir, mercredi 18 novembre 2015, une exposition sur "la voix à l'époque de Gardel", pour les 125 ans de la naissance de l'artiste le 11 décembre 1890, à Toulouse.

L'exposition se tient au musée, installé dans la dernière maison occupée par Carlos Gardel à Buenos Aires, avant son départ pour une tournée mondiale dont il n'est jamais revenu. Il est situé dans la rue Jean Jaurés, au numéro 735.

Entrée libre et gratuite.