Hier, devant un parterre de retraités qui font une drôle de tête sur la photo choisie par La Nación, au Centre culturel Julián Centeya, à San Cristóbal (un repaire de gauche, ce truc-là !), le président Mauricio Macri a fait lui-même (1) quelques annonces concernant le niveau de vie des retraités en tapant très fort sur le gouvernement précédent, preuve s'il en fallait qu'il ne compte pas plus que cela travailler à la bonne entente entre les Argentins (2).
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Capture d'écran sur le site de La Nación Cliquez sur l'image et regardez les gens derrière Macri. Ils s'ennuient, ils n'écoutent pas ! |
Le Gouvernement veut mettre en place un
minimum vieillesse pour les personnes âgées qui n'ont pas le
minimum de cotisation pour toucher une pension de retraite (cela fait
un paquet de monde à cause de la non-généralisation du système de
retraite pendant les années d'ultra-libéralisme des années 70 et
90 et de l'économie au noir, dont un certain patronat agricole a
longtemps et largement abusé, et pas lui seul). Ce minimum
vieillesse sera de 80% du minimum vieillesse des retraités ayant
acquis tous les droits, soit en fonction du montant en vigueur
aujourd'hui, une somme de 3967 pesos par mois (personne ne va aller
bien loin avec ça, même si bien évidemment c'est toujours mieux
que rien). Il faudra avoir 65 ans pour toucher cette retraite
minimaliste.
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Le financement serait réalisé grâce
à une méga-opération de rapatriement sans pénalités des sommes
déposées à l'étranger par des contribuables qui ont fraudé le
fisc pendant des années, ce qui fait grincer bien des dents parmi
les salariés modestes et honnêtes qui ont payé leurs impôts et
voient leurs facture d'électricité, de gaz et d'eau exploser tous
les plafonds depuis que les subventions publiques ont été
supprimées. On murmure aussi que l'ANSES, la sécurité sociale
argentine, vendrait les actions qu'elles détient dans des
entreprises, ce qui pourrait bien fragiliser ces dernières et abîmer
encore un peu plus le très fragile tissu économique du pays, qui
s'est pris de plein fouet la hausse de l'énergie.
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Par ailleurs, le gouvernement a promis
de régler tous les arriérés de pension pour lesquels 300 000
retraités poursuivaient en justice l'Etat, qui vient d'être
condamné définitivement. Mais c'est à 2,5 millions de retraités
que la décision doit s'appliquer, au fur et à mesure que les
décisions de justice deviendront définitives au terme de la
procédure toujours très compliquée et très lente en Argentine.
L'annonce fait donc suite à une décision de justice et ne
correspond pas à une initiative politique spontanée du Gouvernement
en place. Le Président a néanmoins ajouté qu'il entendait offrir à
ces retraités floués depuis des années une revalorisation des
mensualités qui irait de 35 à 45% en fonction des schémas qui
seront adoptés par le Congrès. L'opposition, majoritaire au Sénat,
approuve bien entendu le règlement de ces arriérés et
l'augmentation qui va avec mais entend bien discuter les moyens mis
en place pour y faire face. C'est encore une belle bagarre
parlementaire qui pourrait bien s'annoncer alors que, selon un
entrefilet de La Nación, les contentieux du travail connaissent une
forte augmentation devant les tribunaux... Ces indices ne plaident
pas en faveur de la thèse d'une amélioration de la situation chez
les salariés, en dépit de tous les discours triomphalistes et
pleins de bonnes intentions que multiplie le Gouvernement ces
derniers jours, mais que démentent certaines éminences grises. L'un
de ces visiteurs du soir vient de déclarer que faire croire au
salarié moyen qu'il pouvait accéder à l'écran plat et au
smartphone était un mensonge et une tromperie : on devine
aisément vers quel niveau de vie ce bonhomme veut réduire la dite
classe moyenne. Quel mépris il faut avoir pour les gens pour tenir
de pareils propos, et en public en plus !
Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le
nouveau minimum vieillesse universel
lire l'article de Clarín
lire l'article de Página/12 sur le
rapatriement des fonds frauduleusement placés à l'étranger
lire l'éditorial de Clarín.
Ajout du 29 mai 2016 :
lire cet article de La Nación qui rapporte la répétition des accusations insultantes de Mauricio Macri contre le gouvernement précédent puisque dans une lettre à un journal régional, il a à nouveau employer ce verbe d'escroquer, qui est très violent.
Ajout du 31 mai 2016 :
lire cet article de La Nación qui commente l'annonce du Président Macri qui va rapatrier l'argent qu'il a mis à l'abri dans une société offshore des Bahamas (18 millions de pesos, excusez du peu !), lui qui a pu doubler son patrimoine au cours de l'année 2015 (comme quoi, les affaires ne marchaient pas si mal sous le mandat de Cristina Kirchner)
Ajout du 29 mai 2016 :
lire cet article de La Nación qui rapporte la répétition des accusations insultantes de Mauricio Macri contre le gouvernement précédent puisque dans une lettre à un journal régional, il a à nouveau employer ce verbe d'escroquer, qui est très violent.
Ajout du 31 mai 2016 :
lire cet article de La Nación qui commente l'annonce du Président Macri qui va rapatrier l'argent qu'il a mis à l'abri dans une société offshore des Bahamas (18 millions de pesos, excusez du peu !), lui qui a pu doubler son patrimoine au cours de l'année 2015 (comme quoi, les affaires ne marchaient pas si mal sous le mandat de Cristina Kirchner)
(1) Lui qui critiquait le personnalisme
de Cristina Kirchner et le manque de collégialité et de délégation
dans son mode de fonctionnement, voilà qu'il prend la même voie,
celle que les Français appellent l'hyper-présidence...
(2) Il a parlé de "réparer" (reparar) les "escroqueries" (estafa) dont toutes ces dernières années avaient été
victimes les retraités. On se demande bien à quoi il fait allusion
parce que les minimums vieillesse ces dernières années avaient
considérablement amélioré le pouvoir d'achat des anciens et les
hausses démentielles qu'il a fait mettre en place en retirant d'un
coup toutes les subventions publiques à la distribution d'énergie
l'ont sensiblement réduit depuis six mois. S'il voulait travailler à
la réconciliation des Argentins, il est sûr qu'il continuerait à
mesurer son langage dans ses discours publics. En privé, il dit ce
qu'il veut mais en public !