Cette nuit, le gouvernement argentin a fait publier un supplément au
journal officiel pour publier une nouvelle série d’ordonnances
dont une qui interdit pour une durée de 60 jours les licenciements
et les interruptions de salaire sans cause réelle et
sérieuse (sin causa justa) (1) ainsi que ceux qui sont motivés par
la diminution d’activité, le manque de travail ou le cas de force
majeure.
Or deux entreprises
technologiques de taille nationale, Techint puis, quelques jours
après, Mirgor, viennent de licencier l’une 1.450 salariés,
l’autre 755, en profitant du confinement alors que le gouvernement
menait des négociations avec les organisations patronales pour
établir des mesures de soutien aux entreprises et à l’emploi. Le
gouvernement est très vite intervenu en obligeant Techint à
réintégrer l’ensemble des salariés remerciés et à négocier un
plan social, ce qui va obliger l’employeur à justifier sa
décision. Il va sans doute en aller de même pour Mirgor.
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Première page du décret Cliquez sur l'image pour une haut résolution |
Par ailleurs, le
gouvernement a établi différentes mesures au bénéfice des PME,
parmi lesquelles des délais de paiement, des exemptions temporaires
d’impôts et contributions sociales et l’instauration d’un
fonds d’aide financière.
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"L'Etat répond présent", préfère titrer Página/12 en valorisant par l'image l'industrie lourde qui n'est pas la plus développée en Argentine |
Pendant ce temps-là,
depuis deux ou trois jours, tous les soirs à 21h30, l’opposition
met en musique des concerts de casseroles aux fenêtres et lance des
mots d’ordre sur les réseaux sociaux pour exiger que les
politiques en poste, élus ou nommés, renoncent à une partie de
leurs indemnités de mandat ou de leurs rémunérations de fonction.
Le plus curieux, c’est que pour le moment, personne à la Ville
Autonome de Buenos Aires, gouvernée par une majorité de droite, n’a
annoncé le moindre renoncement à quoi que ce soit. En revanche, à
la Chambre des députés nationale, dominée par une majorité de
gauche, le président Sergio Massa (péroniste rallié à Alberto
Fernández) lance les opérations sur le sujet. Au Sénat, rien n’est
encore en route mais sa présidente, la vice-présidente Cristina
Kirchner, est en quarantaine pour une dizaine de jours encore car
elle rentre de Cuba où sa fille était soignée depuis une dizaine
de mois.
Pour en savoir plus sur
les mesures concernant les licenciements :
lire l’article de Clarín
(1) En temps normal
aussi, le licenciement sans cause réelle et sérieuse est interdit.
Encore faut-il que la victime de cette manœuvre ait les moyens de
faire reconnaître cette absence de cause par un tribunal. Il va donc
falloir maintenant que l’employeur ait de solides arguments et des
preuves contre un salarié pour le licencier. Un licenciement
maintenant est a priori suspect.