mercredi 5 novembre 2008

Des incunables du Maestro Horacio Salgán réédités par RCA [disques & livres]

A fuego lento, un hommage du peintre Chilo Tulissi au Maestro Horacio Salgán extrait du site du peintre


D’historiques enregistrements réalisés au début des années 50 dont cela faisait des années qu’on ne pouvait plus les trouver dans le commerce de première main. Le Maestro les avait gravés avec son second orchestre, fondé en 1950, celui où brilla un chanteur promis à une carrière mythique, Roberto Goyeneche, dit el Polaco.
Horacio Salgán, né en juin 1916, a modestement (mais fort classiquement) commencé sa carrière à l’adolescence, en jouant dans des cinémas dès 1930, alors que l’arrivée du parlant (en 1928) commençaient à chasser les musiciens des salles de projection. Il a effectué son premier enregistrement en 1942 et fondé un premier orchestre, éphémère, en 1944. Il a dû le dissoudre en 1947 après que Radio Belgrano (1) avait rompu leur contrat : leur style, qui ne convenait pas à la danse, ne plaisait pas aux auditeurs dont il bousculait les habitudes auditives et les repères rythmiques. Horacio Salgán, son orchestre et son chanteur de l’époque, Edmundo Rivero, passaient alors pour jouer et chanter mal... La même mésaventure est souvent arrivée aux orchestres de style no bailable et ce fut aussi le grand motif de désaccord entre le gros du public et le jeune Piazzolla dans ces mêmes années 40 (2). Après une période de trois ans passée essentiellement à composer, Horacio Salgán a monté un orchestre et il a pu alors davantage imposer son style. Dans une troisième phase de sa carrière, il a aussi formé un duo très durable avec le guitariste Ubaldo de Lio avec lequel il donna des concerts mémorables, à Paris, aux défunts Trottoirs de Buenos Aires (il en existe des enregistrements toujours disponibles) et avec lequel il fonda en 1960 le Quinteto Real avec Pedro Laurenz au bandonéon...

Horacio Salgán est un immense pianiste. C’es aussi un compositeur. Très apprécié par les mélomanes connaisseur du tango partout sur cette planète, il reste très peu connu des danseurs européens (et pour cause !). Le compositeur de A fuego lento a arrêté de jouer en public il n’y a que quelques années parce que son oreille lui jouait des mauvais tours mais il est demeuré très actif. Comme sociétaire de la Sadaic, il participe aujourd’hui encore aux travaux de certaines de ses commissions, entre "professionnels de la profession". Il est aujourd’hui un maître reconnu par toutes les générations de musiciens de tango...

Les deux disques RCA, intitulés tout simplement Horacio Salgán, rassemblent les prises discographiques réalisées entre 1950 et 1953.
A noter que nous n’avons aucun témoignage discographique du travail développé par le Maestro à la tête de son premier orchestre entre 1944 et 1947, avec Edmundo Rivero comme chanteur... Quel dommage !

La présente réédition concerne donc des morceaux enregistrés sous différents labels, aujourd’hui disparu ou absorbés par d’autres maisons. Elle est accompagnée par un commentaire de Federico Monjeau qui éclaire les caractéristiques salganiennes d’interprétation instrumentale et orchestrale, de direction d’orchestre, d’orchestration proprement dite et d’arrangement.

Le 1er volume, sous couverture saumonée, rassemble des prises de 1950 à 1951 dont des versions instrumentales très appréciées des connaisseurs : Recuerdo d’Osvaldo Pugliese, Mala Junta de Julio De Caro, Gallo Ciego de Agustín Bardi et A Don Agustín Bardi, l’hommage d’Horacio Salgán compositeur au grand pianiste de la Guardia Vieja qui l’a tant marqué comme il a marqué Pugliese. Ce dernier a aussi enregistré une fabuleuse version de A Don Agustín Bardi. Le CD contient aussi des cantables comme Motivo de Vals (Horacio Salgán - Carlos Bahr) et Vieja Recova (Chères vieilles arcades, Rodolfo Sciammarello - Enrique Cadícamo), une valse et un tango chantés par Angel Díaz.

Le 2nd (jacquette grise) présente des prises de 1952 à 1953, dont N.P. dit aussi No Placé (tango turfique sur un canasson tocard moqué et aimé par son propriétaire, dont le titre n’a guère besoin de traduction... de Juan Riverol et Barquina) chanté par Angel Díaz et quatre autres morceaux par Roberto Goyeneche dans toute la splendeur technique de sa voix des années 50 (Un Momento, Siga el corso, Alma de loca, Yo soy el mismo). Côté instrumentaux : La Llamo silbando (Je l’appelle en sifflant, Horacio Salgán), Los Mareados (Le tournis, Juan Carlos Cobián, autre grand compositeur et pianiste), Boedo (Julio De Caro), Sentimental y canyengue (Federico Leopoldo) entre autres...

Ces deux disques sont disponibles chez Zivals, sur la boutique en ligne duquel ils figurent en bonne place puisque ce sont des "nouveautés"...




(1) Dans les années 30 et 40 et jusque dans les années 50, les radios étaient avec les cabarets les grands pourvoyeurs de travail pour tous les musiciens de tango. Chaque orchestre de valeur, m’a raconté le chanteur et grand témoin Alberto Podestá, était attaché à un cabaret, à une radio et à une maison de disques pour au moins une saison et parfois avec des contrats léonins courant sur plusieurs années. Aussi les trois employeurs pesaient-ils de tout leur poids sur la vie économique et, par voie de conséquence, sur la politique artistique de la formation. Les tirages entre "patrons" et artistes étaient fréquents, les conflits et les ruptures n’étaient pas rares. Pour des artistes comme Salgán et Piazzolla qui s’intéressaient à un tango pour mélomanes, qui cherchaient leur musique dans des développements impraticables pour des danseurs, la vie était donc très dure. On a peine à l’imaginer mais ils se faisaient rejeter de partout et n’étaient pas toujours compris par leurs confrères... Rares étaient les amateurs de musique capables comme Horacio Ferrer (d’une quinzaine d’années en 1948 quand il rencontre Piazzolla à Buenos Aires) de détecter la valeur novatrice, la portée artistique de ces musiciens, au service desquels dès 1952 il va mettre El Club de la Guardia Nueva, son association montévidéenne de jeunes fous de tango. Horacio Ferrer a alors 20 ans et il appartient clairement à l’avant-garde comme le temps nous permet aujourd’hui de le constater.
(2) Astor Piazzolla était le cadet de Horacio Salgán de quelques années. Il était né en 1921.

Le programme de novembre de Tango 08 [à l’affiche]

Tango 08 est un cycle de concerts de tango gratuits qui ont lieu tous les jeudis à 20h30 dans la salle Enrique Muiño du Centro Cultural San Martin, Sarmiento 1551.

Le duo de guitares et chanteurs El Filón qui s’est produit avec succès au Festival Guitarras del Mundo en octobre à Buenos Aires se présentera dans cette salle demain, 6 novembre, pour présenter son nouveau disque, Da Capo Tango (Tango A partir du début... en fait, Da capo, c’est de l’italien).

El Filón est un duo originaire de la ville de Córdoba, composé de Zulma Ontivero et Carlos Filipo. Da Capo Tango est leur premier disque. Ils ont déjà eu l’occasion de le présenter sur les ondes de Fractura Expuesta (leur interview fait l’objet de la 2ème partie de l’émission n° 237 du lundi 29 septembre). Vous pouvez les écouter aussi sur leur page de My Space.

Le jeudi 13, ce sera l’auteure-compositrice-interprète Gabriela Elena qui se présentera à 20h30.

La semaine suivante, la Orquesta Típica Ciudad Baïgon, un excellent orchestre de tango classique que j’ai pu entendre à San Telmo pendant la Feria, le dimanche de la Fête des Enfants cette année et que j’espère pouvoir prendre le temps de vous présenter plus en détail le moment venu... J’avais pu discuter avec le violoncelliste, Julián Peña, qui fait un peu office de Public Relation du groupe... Ciudad Baïgon a déjà sorti un disque auto-produit qui porte tout simplement le nom de l'orchestre (encore une idée pour Noël) et possède un site internet où vous pouvez enquêter pour en savoir plus (en VO).

Patricia Barone et Javier González à Don Torcuato [à l’affiche]

Photo envoyée par Patricia Barone

La chanteuse Patricia Barone, le guitariste et compositeur Javier González et leurs compagnons musiciens, Maqui Tenconi (piano et chant), Paula Lifschitz (bandonéon et flûte) et Carlos Marmo (basse), se produiront samedi prochain, 8 novembre, à Don Torcuato, une cité du Gran Buenos Aires.

Don Torcuato, ville fondée en 1927, doit son nom au premier maire de la Ville de Buenos Aires autonome, Torcuato de Alvear, à la fin du 19ème siècle, parent du Président de la République radical alors en fonction, Marcelo Torcuato de Alvear, qui fut aussi Ambassadeur d’Argentine en France jusqu’à son élection à la Présidence en 1922. Elle se trouve dans le district (partido) de Tigre, zone deltaïque très appréciée des touristes et des Argentins pour la beauté de nombre de ses paysages. Ce partido est situé à une trentaine de kilomètres au nord de la capitale et se trouve acculé dans le coin que forme le Paraná et le Río de la Plata lorsque celui-ci se forme par la confluence Paraná-Uruguay. Le chef lieu du partido est la ville éponyme del Tigre dont le maire (intendente) n’est autre que Sergio Massa, l’actuel chef du Gouvernement fédéral. Le partido Tigre appartient à la Province de Buenos Aires.

Un peu de géo antipodique : on se rend à Tertulias... Libros y algo más (Collation... livres avec un quelque chose en plus) (1), le café littéraire qui accueillera le show, en empruntant au sortir de la capitale la Panamericana, en prenant la sortie Torcuato (salida Torcuato) puis en s’enfilant dans la Ruta 202. Pour finir, à la hauteur du concessionnaire Peugeot (sic), vous tournez à droite et vous continuez tout droit sur environ 600 mètres (6 cuadras) jusqu’à la rue Obarrio où vous trouverez cette "casa con arte" à l’enseigne si originale, à la hauteur du n° 886. Vous y êtes ?

La Panamericana et la Ruta 202 sont deux de ces axes routiers sans fin (pas toujours merveilleusement bien entretenus) qui, hors de Buenos Aires, sillonnent le pays tout entier pour désenclaver petites agglomérations et autres bourgades plantées en pleine pampa provinciale et au-delà. Le message de Javier et Patricia est en fait un résumé GPS déguisé en mail (avec une belle photo en guise d’en-tête).

Au cours de la soirée, qui commencera à 21h, Javier, Patricia et leur quatuor (2) interpréteront un programme composé de pièces du répertoire classique, d’une sélection de tangos, valses, milongas et candombes composés par Javier, et livreront quelques uns de leurs succès appelés à figurer dans leur prochain disque (en cours d’élaboration). Et si je ne classe pas cet article dans Disques & Livres, c’est parce qu’à la façon dont ils en parlent, j’ai de bonnes raisons de soupçonner que la composition du disque n’en est qu’à son tout début et que l’album ne risque pas de se retrouver dans les bacs à temps pour le sapin de cette année... En 2009 peut-être ?

Le prix d’entrée à cette soirée culturelle est fixé à 70$ par personne et comprend le show puis le dîner qui suivra, un menu unique avec vin, dessert et café... On y va ? Avec l’Armistice et le pont du lundi, on est un bon nombre en Europe francophone à voir arriver un week-end de 4 jours...

(1) Tertulia : c’est quelque chose qui n’existe pas en français de France. C’est une réunion d’amis qui refait le monde autour de quelque chose qui s’avale, liquide (café ou chocolat partout, mate en Argentine et en Uruguay, bières, vins...) et solide (facturas et masitas en Argentine côté sucré, olives, empanadas ou croque-monsieur ou madame locaux côté salé). Un symbole de convivialité et de partage avant tout.

Re-Jacqueline Sigaut au Vesuvio [à l’affiche]

C’est dire si le show doit avoir du succès... Voilà la troisième en moins d’un mois que la chanteuse Jacqueline Sigaut est accueilli par le resto cultural El Vesuvio, sur la avenida Corrientes et à un jet de pierre à l’ouest de l’Obélisque.

Cette fois-ci ce sera ce dimanche 9 novembre (même si dans son mail Jacqueline a oublié de changer le mois), à 21h toujours au même prix (25 $).

C’et toujours pour y présenter son 4ème et futur disque, Por que quiero (pourquoi j’aime), où elle est accompagnée par Julián Hermida (direction et arrangement), Franco Polimeni au piano, Nicolás Enrich au bandonéon, Hernán Paglia à la contrebasse y Rubén Jurado au violon alto.
Dimanche, elle sera accompagnée au piano par Franco Polimeni.

Vous pouvez écouter la voix de Jacqueline sur son site et trouver dans le commerce son dernier disque disponible, Tango aquí y ahora. Cela fera un cadeau de Noël original sous nos latitudes. Si, si, je vous assure ! Et vous avez encore le temps de passer commande (comptez 3 à 4 semaines pour que le bateau vous apporte votre colis via les bons soins de la Poste argentine, Correo Argentino).

A dúo Tango, le nouveau disque de Pablo Agri [disques & livres]

Le violoniste Pablo Agri est le fils de cet autre violoniste de légende, Antonio Agri, musicien d’Astor Piazzolla entre autres grands maîtres et décédé il y a une dizaine d’années.

Sur une idée née d’une conversation avec la chanteuse Susana Rinaldi, la Tana, Pablo Agri vient de sortir chez Acqua Records un disque où il interprète avec La Tana et différents autres musiciens des grands standards du répertoire, de Cobián à Piazzolla : les musiciens de la génération de son père Osvaldo Berlinghieri (piano) et Leopoldo Federico (bandonéon), les pianistes de sa génération que sont Nicolás Ledesma et Cristian Zárate, des chanteurs comme Guillermo Fernández (de sa génération) ou Susana Rinaldi. Pour citer les morceaux dans l’ordre des interprètes ci-dessus : El día que me quieras (Carlos Gardel et Alfredo Le Pera), Vida mía (Osvaldo Fresedo), Fuimos (version instrumentale du tango de José Dames et Homero Manzi), Los Mareados (Juan Carlos Cobián - Enrique Cadícamo en version instrumentale), Soledad, Cuando tú no estás (tous deux signés Carlos Gardel - Alfredo Le Pera, le second en version instrumentale). Sur la boutique en ligne de Zivals, vous pouvez écouter les 30 premières secondes de chaque piste du disque.
Vous aurez aussi accès aux deux autres disques, Cuadros Tangueros avec son Sextuor (Pablo Agri Sexteto) et le premier, Agri x 2, un récital que père et fils ont enregistré très peu de temps avant la mort de Antonio Agri (malheureusement pour le moment épuisé, mais dont vous pourrez tout de même écouter le petit extrait habituel).

Il y a quelques semaines, Pablo Agri partageait la scène avec Litto Nebbia dans le cadre d’un concert avec une formation de jeunes. C’est un violoniste très délicat, doté d’une grande personnalité musicale (il le faut pour faire sa carrière et être reconnu comme il l’est aujourd’hui en étant le fils de ce père-là...). De surcroît, je sais pour avoir pu le croiser à la fête d’ouverture du 10ème Festival de Tango ce 15 août à Tango Porteño, c’est un homme très simple, très humble et comme tant d’artistes de tango, extrêmement abordable. Dire que je n’ai pas eu le temps de profiter de cette rencontre pour rapporter dans ce blog une petite contribution de sa part...

Aujourd’hui, Pablo Agri enseigne une fois par semaine à la Casa de Cultura de Almirante Brown, une ville de la banlieue portègne dont il dirige aussi l’orchestre, il joue tous les vendredis dans l’orchestre symphonique national. Il est le violon du Cuarteto Osvaldo Berlinghieri et s’apprête à partir en tournée dans la province de San Juan avec le Quinteto Daniel Binelli. Il a aussi parrainé le trio de cordes de Córdoba récemment primé, Las Rositas. Tous les trois ont été ses élèves (cf. mon article sur ce trio et son premier disque, Estaciones). Pablo Agri est programmé dans Todas Las Músicas de novembre : dimanche 23, Radio Ciudad, alias la Once Diez (Am 1110), une émission qui passera des extraits de son disque et présentera aussi une interview en direct et en public dans ses studios, installés dans le Centro Cultural San Martín, qui appartient aussi à la Ville, rue Sarmiento 1551 (entrée libre et gratuite dans la mesure des places disponibles).

A l’occasion de la sortie de A dúo Tango, Pablo Agri accorde une interview à Cristian Vitale dans les pages culturelles de Página/12 (édition de ce matin, 5 novembre 2008). Dans sa longue introduction-critique musicale, Cristian Vitale glisse que les versions de Oblivión et Kicho (Astor Piazzolla) et de Vida mía présentées ici sont à "rendre un sourd fou de jalousie".

PZNI à l’Abasto [à l’affiche]

Photo Angel Pulice y Ruth de Vicenzo
PZNI : phénomènes zorzaliens non identifiés. C’est ce qu’on dit attendre du côté de l’Abasto, l’ancien quartier de la Halles aux fruits et légumes de Buenos Aires où a grandi, débuté et vécu la majeure partie de sa ville un certain Carlos Gardel, surnommé El Zorzal Criollo (qu’on pourrait traduire, avec une légère distorsion ornithologique, le Rossignol Sud-Américain).

Angel Pulice et Ruth de Vicenzo, lui au chant, à la composition et aux arrangements, elle au chant et à l’accordéon, et leur 2 guitaristes, doivent se produire ce vendredi 7 novembre et le vendredi 21 à 23 h à très exactement 20 mètres [et sur le trottoir] du Museo Casa Carlos Gardel, dans la rue Jean Jaurès au numéro 735, cette maison de 1920 achetée par Gardel en 1927 pour lui et sa mère et où celle-ci mourut huit ans après lui, en juillet 1943, cette maison toujours habitée, 73 ans après sa mort, par les mannes de l’artiste immortel...

C’est Angel qui prédit que des phénomènes paranormaux ne pourront que se produire dans de telles circonstances... Gageons que c’est ce qu’on peut leur souhaiter de bon pour l’occasion...

Angel et Ruth devraient venir chanter sur le Vieux Continent en juin et juillet prochain. Qu’ils nous apportent donc un peu de cette baraka que ces deux vendredis sacrés leur vaudront.

Todas las músicas de novembre 2008 [à l’affiche]

Beaucoup des concerts gratuits donnés dans le cadre de Todas las músicas en ce mois de novembre s’intègrent naturellement au Festival de Printemps 08 (Festival de Primavera).

Par exemple, le concert donné en plein air dimanche dernier par la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires à 11h du matin, dans le Passage Lanín dans le quartier excentré et sudiste (donc populaire) de Barracas, le quartier natal d’Eduardo Arolas...
Autres concerts prévus pour la Orquesta de Tango : dimanche prochain, encore en plein air et à la même heure très matinal pour des musiciens de tango (qui se couchent rarement avant 3 heures du matin, pour les couche-tôt).... Ce sera dans le quartier de Lugano (non, ce n’est pas en Suisse).
Mercredi 12 à 20h30, Teatro 25 de Mayo Avenida Triumvirato 4444
Vendredi 14 à 19h, Salón Dorado de la Casa de la Cultura (CABA pour les intimes), av de Mayo 575 (la Casa de la Cultura est aussi le siège du Ministère de la Culture de la Ville de Buenos Aires, elle est située à l’embouchure de l’avenue sur la Plaza de Mayo).
Dimanche 16 à 11h, concert de plein air dans le Parque Chacabuco (au niveau de la esq. Asamblea y Emilio Mitre)
Samedi 22 à 18h, Anfiteatro Mataderos (dans le quartier homonyme)
Dimanche 23 à 11h, concert en plein air devant le Planétarium de Buenos Aires (Parque del 3 de Febrero, dans le quartier de Palermo)
Mercredi 26 à 20h30, retour au Teatro 25 de Mayo
Dimanche 30 à 11h : à nouveau à l’Anfiteatro Mataderos avec, comme invitée d'honneur, la chanteuse Susana Rinaldi (sa 2ème prestation de l’année pour ces concerts du dimanche matin au plein air, la première fois, c’était Esquina San Juan y Boedo pour la Fête des Cafés de la Ville).

La Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce se produira quant à elle au CUBA (Club Universitario de Buenos Aires), Viamonte 1560 le lundi 10 à 19h puis à la Biblioteca Nacional, Agüero 2502 le vendredi 21 à 17h.

Dans ce programme, une émission en public et en direct consacrée au violoniste Pablo Agri sur la 11 10, la radio publique généraliste de Buenos Aires, le dimanche 23 à 21h (heure locale). Il faudra veiller jusqu’à minuit si vous voulez l’écouter (la Once Diez ne fait pas de podcast). Le site, qui diffuse un streaming en direct, est accessible ici.

Parmi les points qui sortent de l’ordinaire dans cette programmation :

la Orquesta de Cámara del Municipio de Lanús (Orchestre de Chambre municipal de Lanús, chef lieu d’un district de la banlieue populaire de Buenos Aires) qui se produira deux fois (le 17 à 19h au Palais de la Legislatura, Perú 160 et le 30 à 21h dans l’émission de Radio Ciudad (la Once Diez) qui passera le Cd du Requiem de Mozart et réalisera un reportage en direct ;

la Orquesta de Instrumentos Autochtonos y Nuevas Tecnologías de la UNTREF, un orchestre qui marie les instruments indiens et les nouvelles technologies et appartient à la Universidad Nacional del Tres de Febrero (1) : ils se produiront deux fois eux aussi, au Teatro 25 de Mayo le mercredi 19 à 20h30 et à la Paroisse Saint Michel (esq. Bartolomé Mitre y Suipacha) le dimanche 23 à 17 h.

(1) En Argentine comme en Uruguay, les Universités regroupent toutes les disciplines de l’enseignement supérieur, dont tout ce qui relève de l’art et qui est enseigné en Europe dans des écoles spécialisés (Ecole d’Architecture, Ecole Supérieure, nationale ou royale, de Musique ou des Beaux Arts). Cet orchestre est donc composé de musiciens inscrits à l’Université et des professeurs qui enseignent dans ces structures intégrées à l’Université.

mardi 4 novembre 2008

Un concert-pizza comme là-bas au coeur de Paris [ici]

Téléchargez l’affiche de la soirée en cliquant sur la photo
(vous pourrez l’imprimer en format A4 ou A3)

La tournée européenne de Mariel Martínez et Alejandro Picciano vient de s’enrichir d’un nouveau rendez-vous. Après leur concert à Londres dans un restaurant argentin, le 17 novembre, ils reviennent à Paris et cette fois-ci, ils font étape dans un chouette petit resto situé en plein coeur historique de la capitale française.

C'est donc dans un coin typiquement parisien et passablement cultureux, le quartier Beaubourg, qu’ils vont venir chanter De mi barrio : "de mon quartier, j’étais la fille la plus mignonne. Même que j’ai été élevée chez les soeurs"... un tango de 1923, dont le texte et la musique sont de Roberto Goyheneche, l’oncle de son neveu, el Polaco Roberto Goyeneche (traduction Denise Anne Clavilier).

Ce nouveau tour de chant aura lieu le mardi 18 novembre 2008 vers 20 h 15 au Café-Pizza Les Barytons, 160 rue Saint Martin, dans le 3ème arrondissement (M° Rambuteau, Hôtel de Ville, Châtelet, Les Halles....). Vous pouvez réserver au 01 42 77 69 74.

Les Barytons est une sympathique pizzeria idéalement située dans une rue tranquille à deux pas du Centre Beaubourg. Les deux salles contiguës sont décorées simplement (une partition ici, une portrait de Louis Amstrong là). La patronne et le personnel sont des mélomanes avertis et, ce qui ne gâche rien, ils vous accueillent avec une courtoisie qu’on ne voit pas tous les jours. Au menu (pas ruineux), vous trouverez une huitaine de pizzas classiques ou plus originales, toutes entre 9 et 13 €, autant de salades, une demi-douzaine de vins français et italiens et une carte de desserts traditionnels à 5 €. Cuando se habla de postres tradicionales en una pizzeria francesa (y especialemente en París), se habla sin la menor excepción de Crème brûlée y Tiramisu (dos recetas imperdibles) : en Paris, no creo que puede existir una pizzeria sin esos dos... Les suggestions du jour (entrée, plat et dessert) sont affichées sur les ardoises pendues au mur...

Ce sera une excellente façon de goûter, à moindre frais et sans prendre l’avion, à l’ambiance bien porteña dont je vous parle tout le temps à propos d’El Faro et d’E.T.va.B. sans jamais pouvoir vous la faire partager autrement qu’avec quelques photos et la traduction des blagues de Cucuza.

Le concert est gratuit (contre commande dînatoire, cela va sans dire) et les blagues d’Alejandro et de Mariel valent celles de Cucuza. J’y serai (j’adore l’humour portègne), comme je serai vendredi prochain au concert du trio Tomassini-Reinaudo-Roosens... à Bruxelles (à la milonga Cellule 133a).

Les 100 ans du Globo [actu]

C’est une véritable institution culturelle, gastronomique et sociale qui fête aujourd’hui son centenaire dans le coeur historique de Buenos Aires qu’est le quartier de Monserrat... El Globo est un restaurant fondé par des Espagnols (comme la plupart des commerces de bouche à Buenos Aires, épiceries, cafés, confiterías et restaurants). C’est un restaurant avec garçons en grande tenue, à la parisienne. Il est établi dans ce qui fut jusqu’à l’époque de la fièvre jaune (la peste del 1871 comme on dit encore là-bas) la résidence de la patricienne famille Sánchez de Bustamante.

En 1871, une épidémie de fièvre jaune fit fuir toutes les familles riches vers le nord de la ville, réputé plus sain et mieux ventilé que le sud. On croyait alors que la maladie était due à des miasmes (concept assez flou mais pratique avant que les découvertes de Pasteur deviennent connaissance commune). On ignorait encore qu’il s’agissait d’une infection transmise par la piqûre d’un moustique. La fièvre jaune fut une terrible catastrophe, emportant en 5 mois, 7,3% de la population portègne. Les ravages de cette épidémie sont en bonne partie responsables de la disparition progressive et rapide des noirs dans la Buenos Aires de la fin du 19ème siècle : ceux qui avaient trouvé la mort dans la longue série de guerres étrangères qui venait de s’achever avec la guerre du Paraguay et ceux qui périrent de la maladie pendant l’été 1871 ne furent pas remplacés par la vague d’immigration qui allait bientôt inonder la capitale et sa région. Tous ces inmigrantes venaient d’Europe et c’était des blancs.

A la esquina Hipólito Yrigoyen et Salta, ce restaurant reçut son nom d’un personnage mythique de l’Argentine, Jorge Newbery, aérostatier, aviateur, ingénieur, champion sportif accompli, qui y avait ses habitudes. Jorge Newbery, mort dans un accident d’avion alors qu’il tentait un nouvel exploit, possède au cimetière de la Chacarita un fastueux monument élevé à sa gloire par souscription populaire et son nom a été donné à l’aéroport domestique de la ville de Buenos Airse sur les bords du Río de la Plata. En suggérant en 1908 ce nom (el Globo, le ballon) pour cet établissement, Jorge Newbery voulait marquer le souvenir de sa propre traversée du Río de la Plata en ballon en 1907.

Tout proche du Congrès, El Globo a toujours été très fréquenté par les huiles de la République pendant la journée. Raúl Alfonsín en fit un peu son QG de campagne il y a 25 ans à la chute de la Dictature Militaire. El Globo a aussi beaucoup été et est toujours fréquenté par les artistes, les intellectuels et la bohême une fois la nuit tombée. Il est célèbre dans toute la ville pour sa carte de spécialités espagnoles, il serait la référence argentine en matière de puchero español, dont le puchero criollo (dont je vous ai déjà donné une recette pendant la Semaine du Goût) est une adaptation locale.

lundi 3 novembre 2008

Quand le Roi Baudouin inspire le Président Tabaré Vázquez ? [actu]

Le Chef d’Etat uruguayen vient d’annoncer qu’au cas où un projet de loi dépénalisant l’avortement serait effectivement voté, il poserait son veto à son application comme la constitution de la République Orientale de l’Uruguay lui en donne le droit.

Le litigieux document est inséré dans un ensemble législatif plus vaste portant sur la santé sexuelle et les questions de reproduction (ley de salud sexual y reproductiva), or cet article est un ajout apporté à la loi par le Frente Amplio, le large parti qui rassemble depuis 1971 toute la gauche uruguayenne (communistes, socialistes, démocrates-sociaux et autres tendances un peu plus marginales). Le Frente Amplio, c’est le parti de Tabaré Vázquez... Il en est l’un des ténors depuis son élection comme Maire de Montevideo en 1989. Et c’est soutenu par le FA qu’il a été porté à la Présidence de la République en 2004.

Le veto du Président de la République à une loi qui a été adoptée après avoir obtenu une vote favorable à la majorité simple oblige la Chambre des Représentants, si elle ne renonce pas à la loi, à entamer un second examen. Au cours de ce deuxième débat, la loi doit pour être adoptée recueillir 3/5 des voix des élus des deux assemblées (ce qui met la barre très haut quand il s’agit d’une question aussi douloureuse que celle de l’avortement dans un pays très majoritairement chrétien).

Le débat commencera demain mardi à la Chambre des Représentants (1). L’Archevêque de Montevideo, Nicolás Cotugno, vient quant à lui d’avertir les parlementaires qu’un vote positif de leur part entraînerait automatiquement leur excommunication (2), et ce en dépit de l’annonce du veto présidentiel qui transforme ipso facto le débat de demain en un simple galop d’essai pour les parlementaires puisque la loi ne pourra être adoptée à l’issue de ce 1er passage. Le prélat estime en effet qu’en votant pour cette dépénalisation, les élus uruguayens prendraient la responsabilité d’envoyer à toute l’Amérique du Sud un signal que la doctrine morale et sociale de l’Eglise réprouve (et ne peut que réprouver si elle veut rester cohérente avec elle-même).

Le passage du texte de loi incriminé dispose que la femme pourra décider d’interrompre sa grossesse dans les 12 premières semaines en cas de situation de pauvreté économique, de manque de soutien de famille ou à cause de son âge (trop jeune) et rend également envisageable l’IVG quand la santé est en jeu, en cas de malformation du foetus ou de danger pour la vie de la mère.

Aujourd’hui la pratique de l’avortement est pénalement répréhensible dans toute l’Amérique du Sud et l’on y observe les habituelles inégalités criantes entre les femmes riches qui ont accès à un avortement dans des conditions d’hygiène impeccables puisqu’elles partent avorter en Amérique du Nord ou en Europe et les femmes pauvres, réduites à garder des enfants qu’elles ne peuvent pas élever ou de s’en remettre à des faiseurs et faiseuses d’anges aux techniques parfois assez rudimentaires et aux prix faramineux. Le nombre de femmes mortes des suites d’avortement est difficile à établir avec exactitude puisque l’acte lui-même est criminalisé mais il semble très élevé. De même pour les femmes qui réchappent de l’intervention certes vivantes mais souvent très gravement mutilées. En Argentine, certaines d’entre elles aboutissent tout de même agonisantes dans des services hospitaliers où leur sort judiciaire dépend du bon vouloir du médecin qui les soigne. En Argentine, les procès en aborto no punible (par lequel un juge reconnaît que la femme en avortant ne commettrait pas un acte tombant sous le coup de la loi) alimentent assez souvent la chronique des faits divers socio-économiques car il s’agit toujours en ce cas de situations extrêmes : une fillette de 13 ans enceinte de son beau-père qui la viole et la bat depuis plusieurs années ou une jeune fille de 17 ans handicapée mentale... (3) La femme qui "bénéficie" d’un verdict d’aborto no punible peut avorter entre les mains d’un gynécologue compétent dans les conditions d’hygiène optimales d’un hôpital public à condition bien sûr de trouver un médecin n’ayant pas d’objection de conscience à pratiquer cet acte. Devoir passer par cette lourde et incertaine procédure judiciaire avec ce qu’elle comporte de publicité morbide ou polémique est bien évidemment un surcroît de souffrance dans des situations déjà difficilement supportables.

Du côté uruguayen et pour l’heure, l’ire des pro-dépénalisation se porte tout entière contre l’Archevêque que l’on accuse de tout tenter pour empêcher qu’un débat démocratique puisse se dérouler sereinement sur un sujet ô combien sensible et qu’on traite ni plus ni moins d’Inquisiteur (4) et les pro-vita manifestent de plus belle, requinqués par la position officielle du magistère. La position de Tabaré Vásquez semble ressentie comme plus légitime que celle de l’évêque étant entendu qu’elle n’empêche pas dans l’absolu l’application future de cette loi mais ne fait qu’élever le niveau de consensus nécessaire à son adoption.

Cette affaire de conscience (ou de calcul politique) de la part du Président de la République uruguayen intervient en un moment qui est loin d’être neutre. Depuis lundi dernier, le Frente Amplio avait commencé à recueillir à Montevideo des signatures de personnalités imminentes tant politiques que culturelles (deux Ministres entre autres ont déjà apporté leur soutien), pour lancer une campagne d’ampleur nationale qui s’ouvre aujourd’hui. Le FA va monter des permanences dans toutes les villes et mené un grand battage médiatique... Le but de cette campagne est de recueillir tant de signatures que cela convainque Tabaré Vázquez de se présenter à un second mandat à la tête de l’Etat. Or Tabaré Vázquez a d’ores et déjà fait savoir qu’il était résolument opposé à cette idée. La Constitution interdit formellement au Président de se représenter. Oui mais elle prévoit à toutes fins utiles que des modifications pouvaient lui être apportées à partir du moment où une pétition en faveur d’une telle modification recueille au moins 250 000 signatures. Et atteindre ce chiffre ne paraissait pas impossible aux partisans du président rétif...

Si l’affaire du veto déclenche en Uruguay la tempête médiatique qu’avait valu au Roi Baudouin en avril 1990 sa clause de conscience sur la loi de dépénalisation de l’avortement en Belgique (5), le Frente Amplio devra se trouver un autre candidat. Deux barons du FA étaient déjà sur les rangs dont on pensait d’ailleurs qu’ils finiraient par laisser leur tour à Tabaré Vázquez...

Pour situer les choses, j’ajoute que l’Uruguay a une population de 3,416 millions d’habitants pour une superficie de 176 220 km² et la seule capitale abrite 1,270 millions d’habitants pour une superficie de 525 km².

(1) En Argentine et en Uruguay, on appelle oriental ce qui se trouve à l’est du Río Uruguay qui sert de frontière nord-sud entre les deux pays. Le Río Uruguay est l’un des deux affluents majeurs qui, en se rencontrant un peu au nord de Buenos Aires, donnent naissance au plus large fleuve du monde, le Río de La Plata. L’autre rivière est le Paraná qui coule à l’ouest, du côté argentin.
(2) L’excommunication est un élément très précis du droit canon, une situation juridique exceptionnellement grave pôur le fidèle catholique qui s'y trouve. De la part d’un évêque, prononcer une excommunication, c’est constater qu’un baptisé s’est rendu coupable d’un péché si grave que ce péché le couple effectivement de la communion ecclésiale, ce lien spirituel qui unit tous les fidèles, les vivants et les trépassés, qui forment tous ensemble le Corps mystique du Christ qu’on appelle aussi l’Eglise. Un excommunié ne faisant plus partie du Corps du Christ ne peut donc plus validement recevoir aucun sacrement à moins de renoncer à son péché, auquel cas il peut être officiellement réintégré dans le Corps du Christ (la levée d’excommunication). Cette situation a été inventée dans l’Eglise primitive pour définir la situation des baptisés qui, par peur des persécutions, abjuraient leur foi. NB : un fidèle peut être interdit de sacrement sans être excommunié (cas des divorcés qui se sont remariés ou qui vivent en concubinage alors que leur première union est canoniquement valide). En Italie, l’appartenance à la Mafia ou à la Camorra est une cause d’excommunication (ce qui n’empêche évidemment pas les malfrats concernés de communier publiquement à la messe du dimanche, ce en quoi ils se rendent coupables d’un sacrilège, ce que Dieu et eux-mêmes sont les seuls à le savoir). L'excomunication est donc la peine canonique que vient de prononcer Monseigneur Cotugno à l’encontre des parlementaires qui voteraient cette loi. Bien entendu, de part et d’autre du Río de La Plata, cela fait hurler la gauche athée. Cela me laisse toujours pantoise puisque les athées ne sont nullement concernés par une mesure qui ne peut atteindre que des croyants pour qui la foi est une réalité fondamentale et essentielle de leur vie et de leur conscience (ce qui, par définition, n’est pas le cas des athées).
(3) Je vous cite ici des histoires vraies rapportées par la presse ces dernières semaines et pour lesquelles, avec des raisonnements qui n’ont rien d’obtu mais n’en sont pas moins difficiles à admettre pour l'opinion publique qui ne connaît pas le dossier, le jude argentin n’a pas prononcé le verdict d’aborto no punible, obligeant donc la mineure à aller jusqu’au bout de la grossesse pour un enfant qu’elle ne sera pas en mesure d’élever.
(4) L’Inquisition a existé et exercé son pouvoir sur les Provinces du Río de la Plata jusqu’en 1810 lorsque les révolutionnaires argentins (on disait criollos à l’époque) ont raccompagné le dernier Grand Inquisiteur jusqu’à un bateau pendant qu’avec les armes ils s’efforçaient de faire de même avec le Vice-Roi (lequel a résisté un peu plus longtemps).
(5) Ceux que cette question intéresse trouveront dans un livre de feu le Cardinal Suenens une analyse de la position très fine, extrêmement sensible et incontestablement démocratique (quoi qu’on en ait dit à l’époque) qui fut celle du Roi Baudouin en ce mois d’avril 1990. Le livre s’appelle Le Roi Baudouin, une vie qui nous parle, aux Editions FIAT en 1995 (il a
fait l’objet de traductions en très nombreuses langues, au premier rang desquelles l’espagnol).

dimanche 2 novembre 2008

El Duende est en Espagne [ici]

Le Maestro Horacio Ferrer est en Espagne pour une présentation du disque des 40 ans de la création de María de Buenos Aires, la version enregistrée au printemps à Grenade par Versus Ensemble. C'est Enrique Moratalla qui a signé les arrangements d'un choix d'oeuvres du duo Piazzolla-Ferrer. Ce chanteur flamenco grenadin a osé remplacer le bandonéon d'Astor Piazzolla par un saxophone (ou plutôt par deux, un soprano et un alto). En cela, il est très fidèle à l'esprit même du compositeur-bandonéoniste qui osait les plus violents sacrilèges, sacrilèges qui furent le plus souvent fort heureux. Dans cette Suite María de Buenos Aires édité sous le label de Naxos, la substitution donne un effet splendide.

Dans le récital comme dans l'enregistrement, Horacio Ferrer tient son rôle du Duende, rôle qu'il tenait à la création en mai 1968 et personnage qui lui valut ce surnom dont Piazzolla le baptisa et dont je crois qu'il l'aime bien... El Duende sort tout juste d'une série de représentations de cette même pièce, mais sous la forme intégral d'un spectacle complet avec chorégraphie et mise en scène qui s'est achevée le 26 octobre. C'était au Teatro Cervantes de Buenos Aires avec une autre distribution dans les autres rôles.

Dans le récital actuel, le rôle du Cantor (qui prend en charge plusieurs personnages, puisque l'intrigue nous conduit de la Buenos Aires des années 1880 qui virent naître le tango jusqu'à l'orée des années 1970 contemporaines de l'écriture) est tenu par Enrique Moratella.

Le rôle de María, jeune fille déchue que la mort transfigure et transforme en l'âme immortelle de la ville de Buenos Aires, est tenu par la soprano lyrique espagnole María Joly-Rey.

Le récital se compose de plusieurs instrumentaux d'Astor Piazzolla (Milonga del Angel, Verano Porteño, Libertango et Oblivión), les deux grands cantables devenus des classiques du genre (Balada para un loco et Chiquilín de Bachín), chantés par Moratalla, et cinq extraits de María de Buenos Aires dont le célébrissime Yo soy María.

La troupe composée du groupe Versus Ensemble, Enrique Moratalla, María Joly-Rey et Horacio Ferrer sera à Barcelone mardi soir, 4 novembre, à 21h, Sala Luz de Gaz, rue Muntaner 246 (entrée : 22 €) puis à Madrid, jeudi soir, 6 novembre à 21h, au Circulo de Bellas Artes, 2 rue Marqués de Casa Riera (entrée 17 € pour les adhérents et 20 pour le public général).
Le Circulo de Bellas Artes fait du récital un hommage à Astor Piazzolla.

Horacio Ferrer et Enrique Moratalla, grand connaisseur du tango qui évite magnifiquement le piège d'imiter les Portègnes, se sont connus et appréciés il y a plusieurs années au Festival de Tango de Granada, qui a fêté au printemps dernier sa 20ème édition. Le Maestro s'y rend tous les ans. Dans le vestibule de l'Academia Nacional du Tango, à Buenos Aires, figure en bonne place une grande affiche d'une ancienne édition de ce festival qui fut le tout premier consacré au Tango hors du continent sud-américain.

Dans son supplément culturel du samedi Babelia, le quotidien madrilène El Pais consacrait hier un article à l'événement avec une assez longue interview d'Horacio Ferrer où il revient sur la génèse de cette operita et sur son partenariat artistique avec Astor Piazzolla.

samedi 1 novembre 2008

El Faro : retour sur image [à l'affiche]


Photos publiées avec l'aimable autorisation de Cucuza (bien sûr)
Il y a une semaine, le vendredi 24 octobre, El Faro, sympathique cantoche du quartier de Villa Urquiza, dont le chanteur Cucuza (Hernán Castiello) et le guitariste Moscato (Maximiliano Luna), deux potes talentueux, ont fait le QG de leur campagne El Tango vuelve al Barrio (E.T.va.B pour les intimes), recevait, que dis-je, avait l'honneur de recevoir l'un des très, très grands noms du tango actuel, le chanteur, bandonéoniste et auteur-compositeur cordobes, Rubén Juárez.
Comme m'a raconté Cucuza il y a quelques jours, tout ému de ce geste d'amitié et de soutien du Maestro à son égard, les clients entraient pour prendre leur café habituel de fin d'après-midi et tombaient nez à nez avec Rubén Juárez, dans leur bistrot de tous les jours où ça n'arrive jamais, des trucs comme ça, dans leur quartier excentré, perdu au bout du monde, cette esquina dont personne ne sait repérer sur une carte de la ville sauf peut-être quelques chauffeurs de taxi particulièrement consciencieux, esq. La Pampa y Constituyentes.
Et en plus Juárez chantait, là, à vingt centimètres de leur table...

La fiesta a en effet commencé dans l'aprés-midi quand tous les musiciens de la bande à Cucuza et Moscato sont venus répéter avec le Maestro (comme vous le montre très nettement la photo du haut), soutenus par force bières (d'une marque non argentine, j'aurais tellement préféré vous montrer des cadavres de Quilmes sur cette table) et un peu de café, et il y avait des tagliatelles au menu du jour (cherchez le mot taillarines sur la photo).

Dans le sens des aiguilles d'une montre (et uniquement les gens que je peux reconnaître)
En haut : en sourcilleux mais paternel chef de bande (la chemise bleue) Rubén Juárez, à sa gauche (en train de chanter), Hernán Genovese, le chanteur du quintette La Siniestra, à sa gauche (guitare en main) le chanteur de La Plata, Juan Pablo Villarreal, en T-shirt blanc et guitare en main lui aussi (sur la droite de la photo), Moscato, et tout de noir vêtu (sauf la cravate) le crâne rasé de près, penché en avant pour mieux écouter, Cucuza. Au moins trois voix d'or et plusieurs guitares de diamants dans une petite pizzeria de quartier !
En dessous, l'une des photos posés pour le souvenir. De gauche à droite : Moscato, le patron du Faro, Rubén Juárez et Cucuza.
Il vous suffit de cliquer sur les photos pour les admirer en plus grande taille...

Ce soir, exceptionnellement un samedi, E.T.va.B présente le tour de chant monté par Cucuza et sa consoeur Lucrecia Merico, Tango sin Grupo, dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises...

L'anniversaire de Homero Manzi [actu]

C'est aujourd'hui l'anniversaire d'Homero Manzi, le grand poète qui n'a passé sur cette terre que 44 ans et quelques mois. Il était né le 1er novembre 1907 sur le domaine ferroviaire de Añatuya dans la province de Santiago del Estero. Il était venu vivre à Buenos Aires lorsque sa famille y avait emménagé, il avait alors 5 ans.
Poète du sud de la ville et particulièrement des quartiers de Boedo, où il vécut de son arrivée à Buenos Aires jusqu'à sa mort presque sans solution de continuité, et de Nueva Pompeya où il passa quelques années marquantes de son adolescence, en pension dans un collège aujourd'hui disparu, et scénariste, réalisateur et compositeur de cinéma où il voulut mettre en valeur les grands moments et les hautes figures de la constitution d'une identité argentine, Homero Manzi est décédé prématurément, vaincu par un cancer contre lequel il aura lutté pied à pied jusqu'au bout pendant 3 années. Il laissait un fils à peine sorti de l'adolescence, le compositeur d'un tango dont il avait écrit les paroles en 1948 peu après avoir appris le diagnostic fatal : El último organito (le dernier orgue de Barbarie). Acho Manzi est aujourd'hui l'un des administrateurs de la Sadaic, la société des auteurs et compositeurs argentins dont son père venait d'abandonner la présidence à Cátulo Castillo, lorsqu'il rendit l'âme le 3 mai 1951 dans une clinique de Buenos Aires à 8h du matin...

En ce jour où Homero Manzi aurait eu 101 ans, on peut rendre hommage au père et au fils tuot ensemble en écoutant cette version de El último organito chantée par Susana Rinaldi, l'une des meilleures interprètes actuelles de ce grand poète.

Misa de todos los santos et everisaterdeinait à La Plata [à l'affiche]

Alorsa et La Guardia Hereje sont de retour dans leur bonne ville de La Plata (70 km au sud de Buenos Aires) et tous les samedis soir (comme c'est écrit en portègne dans le texte dans le titre, orthographe signée Alorsa), ils se produisent à 22h au Tango Criollo Club pour un mois de novembre qui va clore leur saison 2008 (l'été n'est plus très loin maintenant et les vacances approchent). Entrée : 20 $.

En plus, ce soir, c'est Misa de Todos los Santos. Une manière de parler. Il ne faut pas confondre Criollo Tango Club et cathédrale de La Plata... Mais il flotte dans l'air un air de printemps, qui rend guilleret et qui porte à la galéjade.

Tout au long du mois, Alorsa et son groupe recevront en retour ceux qui les ont reçus au cours de l'année. Ce soir, ce sera donc le tour de Va Tangueando, de partager la scène avec eux. Ce sera leur première présentation publique...

Mony Lopez et Yasmin Ventura invitent Néstor Basurto [à l'affiche]


Le chanteur, compositeur et producteur radiophonique Mony Lopez et sa partenaire brésilienne, la chanteuse Yasmin Ventura, invitent ce soir au Café Montserrat l'auteur-compositeur-interprète Néstor Basurto.

Mony Lopez et Yasmin Ventura sont deux artistes qui ont la volonté de servir le monde du tango et s'honorent de travailler à mieux faire connaître leurs confrères et consoeurs à travers des soirées et autres manifestations en vivo et à travers l'émission à multi-diffusion Vamos Tango qu'ils animent d'abord à la radio (Radio General Belgrano) et multi-diffusée à la télévision par Solo Tango, la chaîne dédiée au tango et qui appartient au même groupe que le restaurant Cena Show de luxe Esquina Carlos Gardel et le Bar Notable et Cena Show Esquina Homero Manzi.

Il est possible de voir l'émission grâce à Internet, sur le site de Soltv, à la rubrique Vamos Tango. (Attention : le téléchargement peut être long). Vous pouvez aussi écouter l'émission en direct sur le site de la radio General Belgrano (tous les jeudis de 8h à 10 h du matin, heure locale).

Le concert de ce soir est prévu à 22h et le Café Montserrat se trouve calle San José au numéro 524 dans le quartier de... Monserrat (attention à l'orthographe). Le quartier de Monserrat passe pour l'un des plus anciens, c'est lui qui abrite la splendide Plaza de Mayo.