samedi 18 janvier 2020

La musique populaire pleure Juan Carlos Saravia [Actu]


Los Chalchaleros, très célèbre groupe de musique folklorique saltègne, ont quitté la scène en 2002 après une cinquantaine d’années d’existence artistique. C’est l’un des premiers musiciens du groupe, qui a compté jusqu’à dix membres, et le dernier en vie qui vient de s’éteindre à Buenos Aires à l’âge de 89 ans : Juan Carlos Saravia, dit El Gordo (entendez "le gros" mais aussi "le bon gars", voire  "Nounours").

En apprenant la nouvelle, le public du festival de Jesús María s’est levé et a longuement applaudi sa mémoire, hier soir.

Les obsèques du musicien ont lieu ce samedi, dans un cimetière privé, après la veillée traditionnelle autour du corps en ville.

Los Chalchaleros en 1967

Juan Carlos Saravia était né à Salta, dans le nord-ouest de l’Argentine, le 14 mai 1930 et il a fait briller la musique populaire de cette province grâce à une scénographie de groupe très étudiée : ce sont les Chalchaleros qui ont popularisé dans toute l’Argentine et un peu en Europe aussi, grâce à leurs tournées, le poncho rouge typique et les instruments tels que le bombo (tambour) et les rythmes de la zamba et de la chacarera…

Pour en savoir plus :

jeudi 16 janvier 2020

Première biographie de Manuel Belgrano en français : la souscription est ouverte [Disques & Livres]

Le portrait est dû à Casimir Carbonnier (Londres, 1815)
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Un pouvoir lointain, déconnecté et cynique (à Madrid),
une économie locale qui ne parvient pas à décoller (en Amérique du Sud),
des habitants qui ont du mal à se soigner, à s’instruire, à se former, à se distraire…
Pendant quinze ans, de 1794 à 1809, il a voulu croire qu’il était possible de convaincre l’impavide et cupide cour royale de modifier sa politique envers le Nouveau Monde et de mettre l’homme au centre de tout (en cohérence avec son discours officiel) au lieu du seul profit de la couronne.
Un jour, il s’est rendu à l’évidence : le système était pervers jusque dans ses fondations.
Alors Manuel Belgrano a pris la tête de la révolution au point de devenir l’un des principaux pères fondateurs de l’actuelle Argentine : telle est l’aventure historique que raconte mon nouveau livre, une biographie de ce héros sud-américain qui fut un contemporain exact, à quelques mois près, de Napoléon.

Napoléon est né à Ajaccio, le 15 août 1769, dans une famille patricienne de lointaine ascendance italienne.
Belgrano est né à Buenos Aires, le 3 juin 1770, dans une famille patricienne de toute fraîche origine italienne du côté de son père, Domenico Belgrano, et de lointaine ascendance espagnole, du côté de sa mère, María Josefa González.
L’un a vu le jour en été. L’autre en hiver.

Napoléon est mort de maladie, en exil, loin du sol natal, le 5 mai 1821, et il a reçu les honneurs minimalistes accordés par son geôlier.
Belgrano avait déjà quitté cette terre : atteint d’une pleurésie et d’un cancer du foie, il avait rendu l’âme dans sa maison natale, le 20 juin 1820, et il avait été enterré le lendemain, sans fleurs ni couronnes, au pied d’une église toute proche parce que la ville, noyée dans la guerre civile, avait d’autres soucis. Le jour même de sa mort, trois gouverneurs s’étaient succédé à la tête de la province qui avait rompu les amarres avec le reste du pays…

L’un, officier de métier, a donné à son pays le Code Civil, chef d’œuvre de droit.
L’autre, juriste de formation, a donné à son pays ses deux emblèmes nationaux : la cocarde et le drapeau, arboré pour la première fois, le 27 février 1812, au bord du Paraná.

Tous deux ont couvert leur peuple d’une gloire militaire qui alimente encore aujourd’hui leurs mythologies nationales, l’un à Austerlitz et à Iéna, comme le rappelle la toponymie de nos villes, l’autre à Tucumán et à Salta, deux noms qui sont sur tous les plans des cités argentines.

Manuel Belgrano en 1815 à Londres
par Casimir Carbonnier
Tableau exposé au musée municipal de Olavarría (prov. de Buenos Aires)
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L’un comme l’autre s’est fait représenté avec des couleurs qui n’ont plus court : un pantalon jaune ! L’un sur un cheval cabré dans un décor alpin sous le pinceau de David. L’autre a posé calmement à Londres, en émissaire diplomatique d’une nation naissante, devant un élève de ce même David et d'Ingres : Casimir Carbonnier (Beauvais, 1787-Paris, 1873), un peintre français qui venait de s’exiler en Angleterre pour ne pas se soumettre à Louis XVIII et ne pas renier les commandes que lui avait passées la reine Caroline Murat, la sœur de l’empereur, pour ses palais napolitains...

Manuel Belgrano, l’inventeur de l’Argentine est la première biographie en français de ce personnage hors normes (330 pages en format broché 16x24 cm). Elle sortira le 27 février 2020 aux Editions du Jasmin au prix de 24,90 €. Comme à chaque fois que je publie un livre sur un sujet qui reste chez nous à découvrir entièrement, la maison d’édition lance dès aujourd’hui une souscription, qui permet d’acquérir l’ouvrage à 20 € avant sa parution (c’est la loi Lang, sur le prix unique du livre). Bien entendu, ceux d’entre vous qui passeront au Salon du Livre de Bussy Saint-Georges pourront venir s’informer auprès de l’auteure (j’y serai!).

Bon de souscription imprimable
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D’ici la fin du mois de février, je reviendrai dans Barrio de Tango (1) pour vous présenter quelques aspects de cet ouvrage qui m’a occupée pendant quatre ans, depuis la sortie de Contes animaliers d’Argentine, et singulièrement, mes fidèles lecteurs s’en seront aperçus, tout au long de l’année passée. Faire un travail d’histoire événementielle n’est que rarement de tout repos, surtout sur un sujet sud-américain…

Sur mon site Internet, vous pouvez lire d'autres articles complémentaires sur ce nouveau livre.



(1) Et sur mon site Internet : www.denise-anne-clavilier.fr, où vous pouvez aussi trouver les informations sur mes autres livres (présentation, interviews, conférences à écouter en ligne).

L’inflation 2019 s’affiche sur les unes [Actu]

Le gros titre se comprend tout seul.
En français, ça pourrait se traduire : Une fin de toute splendeur"
ou "Une fin avec tambours et trompettes"
En haut : une interview de la leader indigéniste Milagro Sala

L’institut national de statistiques argentin, INDEC, vient de publier les chiffres effectifs de l’indice des prix pour l’ensemble de l’année 2019 : l’inflation aura été de 53,8 % sur douze mois, soit une augmentation de 3,7 pour le seul mois de décembre et le pire taux annuel depuis 28 ans.

Prenez une loupe... Ce n'est pas facile à trouver
Mais ça y est : dans la colonne de droite...

C’est-à-dire que la politique de Mauricio Macri a fait pire que la crise de décembre 2001, dont on pensait pourtant en Argentine qu’elle était indépassable…

Là, ça se voit nettement mieux
Encore dans la colonne de droite mais en haut et en plus gros
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Du coup, l’information se retrouve à la une des quatre quotidiens nationaux, même lorsque trois d’entre eux s’inscrivent dans une opposition de droite et dans la pensée hégémonique qui prévaut maintenant dans le monde.

Et c'est La Prensa qui fait le titre le plus clair !
en haut, avec photo
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Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12, le seul titre d’opinion de gauche, qui a combattu jusqu’au bout les politiques mises en œuvre par le gouvernement de Mauricio Macri
lire l’article de La Prensa, le journal de la droite catholique et bien pensante, pas tout à fait insensible à la doctrine sociale de l’Église (encore que parfois, devant l'interprétation contemporaine qu'en donne le pape François, la rédaction s'étrangle)
lire l’article de Clarín, le tabloïd de la droite, assez porté sur le fait divers et le scandale crapuleux (si les acteurs sont de gauche)
lire l’article de La Nación, le premier quotidien fondé en Argentine et le porte-voix d’une droite libérale et bel esprit.

Les associations de victimes de la Dictature retrouvent le chemin de la Casa Rosada [Actu]

Dans la catégorie de retour à la culture kirchneriste qui a fait tant grincher des dents dans toutes les tendances de la droite argentine (néolibérale, catho bien pensante, démocrates nationalistes de l’UCR), voici le retour des associations de victimes de la Dictature militaire à la Casa Rosada où elles avaient table ouverte sous les mandats des Kirchner mari et femme.

[Accueillies] "à portes ouvertes," clame le gros titre
sur une image de mère et grand-mère entrant au palais présidentiel

Il est bien possible que ces associations retrouvent aussi un niveau de subventions publiques qui en avaient fait des non-ONG, même si elles revendiquaient cette qualité. Mais les questions des droits de l’homme ne se borneront plus à la justice à rendre à ces victimes puisque le gouvernement a maintenant institutionnalisé d’autres causes : la situation des femmes, la lutte contre la violence machiste, la situation des LGTB, la lutte contre les discriminations, le plan contre la Faim. Il a aussi déjà mis sur la table la question très délicate de l’avortement, qui est du ressort du ministre de la Santé, pour lutter contre un fléau sanitaire : la mort de trop nombreuses femmes, de très jeunes à moins jeunes, des suites d’un avortement clandestin sordide par qu’elles n’ont pas les sous pour se rendre en Uruguay, au Canada, en Espagne ou ailleurs en Europe…

Il va sans dire que seul Página/12 a traité cette information. La rédaction a même fait sa une sur cette réception si symbolique.

L’Argentine n’est pas une poubelle ! [Actu]

Un décret à la poubelle, un !

Il y a une semaine, le gouvernement argentin a abrogé le décret présidentiel pris en cet hiver austral par Mauricio Macri pour autoriser, faute de voir arriver les flots d’investissement étranger, l’importation de déchets sans contrôle sanitaire… Une très curieuse façon de manifester son patriotisme ! (1)

Désormais, on revient à la norme et à la dignité : tout ce qui entrera en Argentine devra respecter certaines normes sanitaires. L’Argentine n’est pas une poubelle.

Voyageurs, attendez-vous aussi par la même occasion à voir réapparaître à l’aéroport international d’Ezeiza les interdictions qui valaient jusqu’en 2015 et empêchaient l’entrée sur le territoire de toute espèce de semences, oignons, champignons et autres végétaux ou fromages au lait cru susceptibles d’introduire à terme des nuisances sur le sol argentin… Tenez-en compte pour faire vos bagages et préparer vos cadeaux aux Argentins que vous rencontrerez (pas de truffe, pas d’oignons de jolies tulipes de votre jardin, pas de camenbert de Normandie, de fromage du pays de Herve ou de la moindre tranche de meule d’authentique gruyère vaudois ou neuchâtelois même cacheté Bio Suisse ou emballé sous vide, pas de sachet de ce délicieux riz, noir ou rouge, de Camargue dont nous pouvons nous enorgueillir ou n’importe quoi d’autre qui pourrait transbahuter des bactéries d’un hémisphère à un autre). Vous éviterez des pertes de temps à la douane et peut-être même des confiscations...

Seul Página/12 en a a parlé le 10 janvier, cela va de soi.




(1) D’ailleurs, il n’a même pas eu l’élégance en partant de prendre un décret pour faire de l’année 2020 une année consacrée à la mémoire de Manuel Belgrano (1770-1820). Pourtant il serait parti sur une mesure de paix civile et d’unité nationale, car tout le monde aurait apprécié le souvenir d’un personnage historique très populaire. Savait-il seulement que c’était une année particulière pour ce personnage dont il a décrété qu’il ne figurerait plus sur les billets de banque ! Pour quelqu’un qui prétendait réduire la fracture idéologique (cerrar la grieta)… parece mentira, comme on dit en Argentine (littéralement, "on croirait un mensonge").

Le premier salon 2020 : Bussy St Georges [ici]


Le samedi 1er février 2020, je serai au 3e Salon du Livre de Bussy-Saint-Georges, où je dédicacerai mes livres déjà parus sur la culture et l’histoire de l’Argentine sur le stand des Éditions du Jasmin.

Le salon se tient toute la journée, de 10h à 19h, au Gimnase municipal Maurice Herzog, 21-23 boulevard des Genêts, à Bussy-Saint-Georges, en Seine et Marne, dans la grande ceinture de Paris.

Entrée libre et gratuite.

Thierry Beccaro sera le parrain et l’invité d’honneur de la manifestation qui fera une large place aux mangas si chères à nos têtes blondes…

Sur le stand du Jasmin, dégustation de mate argentin authentique (rapporté par mes soins en septembre).

Le rythme de publication est ralenti sur Barrio de Tango mais ce mois de février n’en sera pas moins chargée :
samedi 1er février : salon du livre ; vendredi 7 février, conférence sur San Martín, libérateur de l’Amérique du Sud et parisien d’adoption, à la Mairie du 9e arrondissement de Paris et jeudi 27 février : sortie de mon nouveau livre, une biographie de Manuel Belgrano (1).

Pour en savoir plus :



(1) Mes fidèles lecteurs avaient vu venir le sujet, non ? Comment aurais-je pu manquer l’occasion de cette année symbolique d’anniversaire à chiffres ronds (250 ans de la naissance, 200 ans de la mort) pour présenter au public francophone cette haute figure de l’histoire argentine et un peu au-delà (Paraguay, Uruguay, Bolivie) ?

samedi 11 janvier 2020

Le président donne l’exemple [Actu]

"L'automne du patriarcat" proclame le gros titre
sur cette photo du président s'adressant aux membres
des cabinets ministériels du gouvernement fédéral

Il y a environ un an, la majorité d'alors a voté une loi qui oblige les serviteurs de l'Etat à se former sur la violence de genre et la discrimination contre les femmes et les minorités, une loi qui est restée à peu près lettre morte depuis. Alberto Fernández vient de rappeler son exigence et sa validité , en particulier pour les titulaires d’un poste à responsabilité dans l’administration de l’État et de ses agences, dans les trois secteurs : la justice, le législatif et l’exécutif.

Hier, il a donc été le premier, avec ses ministres et secrétaires d’État, à se présenter à la première session de formation, dispensée dans le salon d’honneur du Centro Cultural Kirchner, inauguré en 2015 par l'actuelle vice-présidente et alors présidente Cristina Kirchner (qui lui avait donné le nom de son défunt mari).

Página/12 est le seul quotidien national à s’intéresser à cet exemple donné par le chef de l’État, qui connaît intimement la question puisque son fils unique est un militant LGTB très connu dans cette partie de la population argentine et qui a dû en voir des vertes et des pas mûres dans une société qui est très divisée sur la question (on y trouve beaucoup d’ouverture mais aussi une réaction d’une violence qui n’est pas toujours que verbale).

Pour aller plus loin :

Les plages de Mar del Plata en janvier et février... Bondées !

NB - Mes lecteurs assidus ont pu le constater : le calme de l’été descend peu à peu sur l’actualité culturelle argentine et uruguayenne. Le gouvernement argentin s’est mis en place et a lancé ses premières réformes. Le dollar semble en prendre son parti, il s’est stabilisé (très haut mais il est stable). A Montevideo, les changements politiques ne se feront sentir qu’à partir du 1er mars avec la prestation de serment de Lacalle Pou et de son vice-président. C’est maintenant la saisons des festivals, dont j’aurai sans doute l’occasion de rendre compte par-ci par là. C’est aussi ma traditionnelle pause de l’été austral que je consacre ordinairement à préparer mes nouveaux projets. D’ici quelques jours, j’entamerai en effet la campagne de communication pour la sortie de mon nouveau livre après quatre ans de recherche puis d’écriture et j’annoncerai ma prochaine conférence, qui portera sur la vie et l’œuvre du général José de San Martín (1778-1850), le 7 février prochain.
Pour l’heure, il faut mener à bon port le tout proche bon à tirer de mon bouquin et cela ne se fait pas tout seul... D’où depuis le milieu de la semaine l’arrivée sur ce blog de l’habituel rythme de publication au ralenti de la 1ère pause estivale de l’année… Retour du rythme normal au début du mois de mars.

mercredi 8 janvier 2020

Un nouveau directeur à la BNMM [Actu]

Photo Clarín

Les nominations se succèdent en ce début de mandat, malgré les vacances d’été… A la Biblioteca Nacional Mariano Moreno, c’est un auteur de romans policiers, Juan Sasturaín, qui va prendre la suite d’une bibliothécaire diplômée, Elsa Barber, qui avait elle-même succédé en août 2018 à Alberto Manguel, démissionnaire.

Juan Sasturaín était présent, à la fin de l’année, au Museo de la Casa Rosada, lorsque le gouvernement a présenté son programme en faveur de la lecture à l’école. C’est un artiste engagé en faveur des droits de l’homme. Ce n’est pas un spécialiste du métier, ce qui pourrait provoquer des difficultés : il est en effet important que la Bibliothèque fasse un travail de bibliothèque nationale, qui vient en appui aux chercheurs et aux archivistes, alors que sous un gouvernement péroniste, elle a tendance à être convertie en médiathèque de proximité, avec plus de médiateurs culturels que de bibliothécaires et autres documentalistes, indispensable à sa mission centrale. Un avantage cependant : militant de gauche des droits de l’homme, il sera un digne successeur du révolutionnaire qui fonda l’institution, Mariano Moreno.

Elsa Barber, quant à elle, a démissionné lundi. Elle se dit épuisée par la lourdeur de la tâche, malgré sa compétence technique et son engagement dans l’institution depuis 2009, mais peut-être parce qu'elle est une femme, la toute première à avoir accédé à la direction de cette vieille dame...

Une véritable série de nominations dans le monde culturel suit, dont Clarín se fait l’écho ce matin.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Prensa, sur la démission de Elsa Barber
lire l’article de La Nación

Ajout du 11 janvier 2019 :
Juan Saturaín s'est présenté dans les locaux de la BN et il y a été ovationné. Il ne prendra ses fonctions qu'à l'issue des vacances, à son retour d'un voyage prévu de longue date. Hier, 10 janvier, La Prensa en a fait l'une des deux photos de sa une (ci-dessous).

En haut, l'explication du missile est affirmé
pour expliquer la disparition de l'avion à Téhéran
(la théorie était encore hypothétique)
En bas, la Bibliothèque nationale
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mardi 7 janvier 2020

Precios cuidados : le retour [Actu]


La distribution renoue depuis ce matin avec le programme Precios Cuidados (« prix sous surveillance »). Il s’agit d’une stratégie de contention de l’inflation à travers une négociation tripartite entre le gouvernement, les producteurs industriels et la distribution pour geler pendant quelques mois le prix d’un certain nombre d’articles de première nécessité, en alimentation (épicerie sèche et produits ultra-frais notamment lactés), hygiène du corps, entretien de la maison et consommables scolaires, associés à une signalisation particulière.

Le gouvernement voudrait faire du programme un point de référence du niveau des prix pour les consommateurs, souvent perdus devant les changements incessants depuis deux ans.

Sous la majorité précédente, qui avait fait disparaître les contrôles, Precios Cuidados a été peu à peu vidé de sa substance au profit d’autres propositions laissées à l’appréciation des enseignes.

L'opération dans un rayon de yerba mate
avec un prix très raisonnable pour les 500 gr Amanda au cours de l'année 2019

Pour cette nouvelle version du programme, la liste ne compte que 200 produits, contre 553 à la dernière édition (sur le papier), le 10 septembre. En août, j’ai pu constater dans un supermarché Carrefour que j’ai fréquenté, pour mes courses courantes, à San Telmo que l’opération n’existait presque plus dans les rayons. Le logo, lorsqu’il était encore là, ne correspondait plus à rien. En revanche, l’enseigne avait développé son propre outillage marketing concurrentiel, avec carte de fidélité et tout le toutim ! C'était la même chose au Coto du même quartier où je ne me suis rendue qu'une seule fois.

Pour en savoir plus :
consulter le site gouvernemental au sein du portail du ministère de la production, en cours de mise à jour

dimanche 5 janvier 2020

Aerolíneas Argentinas sur la piste d'envol [Actu]

"Ils ont fait le vide, comme Marsans"

Dans une interview en une de Página/12, le nouveau président de la compagnie aérienne nationale argentine fait le point sur la situation économique de l'entreprise renationalisée en 2009 par Cristina Kirchner au détriment du tour operator espagnol Marsans, qui a fait une faillite suspecte quelques temps après, et redevenue ainsi l'un des joyaux du patrimoine industriel et commercial de la République.

Or le bilan est triste : en quatre ans, le gouvernement de Mauricio Macri a tout fait pour ruiner la compagnie au profit d'opérateurs privés, qui plus est sous d'autres pavillons nationaux. D'ailleurs, le président ne volait jamais à bord des avions de Aerolíneas Argentinas ni même à bord des appareils de la flotte présidentielle, laissée à l'abandon sous prétexte de faire des économies. En voyage officiel comme à titre privé, Macri voyageait sur Air France, Iberia ou n'importe quelle autre compagnie étrangère de bonne réputation selon les destinations visées...

Il faut donc tout remonter comme à l'époque de la nationalisation : assainir la situation comptable creusée par un endettement systèmatique, pervers et malveillant (comme la vente des avions appartenant à la compagnie pour les exploiter ensuite sous contrat de location ou le fait d'oublier de payer toute une kyrielle de fournisseurs, coulant la réputation de la maison) et récupérer autant qu'il sera possible les 24 routes aériennes perdues pendant ce mandat (1), un abandon qui en dit long sur le leurre politique qui se cachait derrière les déclarations de ce gouvernement néolibéral lorsqu'avec de grandes envolées oratoires, ces gens promettaient de développer le tourisme en Argentine...

Le pire de tout, c'est que la première présidente nommée par Macri avait su se faire apprécier du personnel (un vrai exploit) et cherchait bel et bien à développer l'entreprise qui lui avait été confiée et elle aurait pu y parvenir. C'était donc trop beau. Au bout de quelques mois, le gouvernement a commencé lui mettre des bâtons dans les roues et il l'a poussée à la démission.

Etat des lieux en ce début de mandat par le nouveau dirigeant dans l'édition dominicale de Página/12.



(1) Ils ont même fermé l'escale à Paris, où la compagnie avait un bureau commercial idéalement situé rue de Rivoli, à proximité des gros tours opérateurs de la place, à deux pas de la Pyramide et de l'Oratoire du Louvre.

vendredi 3 janvier 2020

2020 est bien l'année du Général Manuel Belgrano [Actu]

Manuel Belgrano à Londres, en 1815
portrait par le peintre français Casimir Carbonnier
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En bas, à droite : un petit détail montre le drapeau inventé par Belgrano en 1812
bleu et ciel, ancêtre de l'actuel emblème national
Il faut de bons yeux !

On n'aurait sans doute pas eu cette chance avec le président Macri, qui se contre-moquait de l'histoire de son pays à laquelle il ne connaît pas grand-chose comme tous les tenants du néolibéralisme qui font du profit le seul critère de toutes leurs actions. Mais avec à la tête de la République un juriste de gauche souverainiste, on pouvait raisonnablement espérer le décret qui vient d'être publié au Bulletin officiel de la République Argentine : 2020 est déclarée Année du Général Manuel Belgrano à l'occasion des 250 ans de sa naissance, à Buenos Aires, et du bicentenaire de sa mort, dans la même ville (et à la même adresse, qui plus est).

L'Instituto Nacional Belgraniano a été retenu pour coordonner les manifestations publiques en apportant son expertise scientifique. Une excellente nouvelle pour laquelle le président de cette institution, nommé lui aussi Manuel Belgrano et arrière-arrière-arrière petit-fils du général, a travaillé activement avec toute son équipe ces derniers mois. Un salut amical à tous depuis la France puisque j'ai l'honneur de les connaître et de les compter parmi mes amis portègnes...

Texte officiel du décret publié ce matin au bulletin officiel
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Manuel Belgrano était un contemporain exact de Napoléon Bonaparte : il est né quelques mois après lui, le 3 juin 1770 (Napoléon a vu le jour à Ajaccio le 15 août précédent). Et il est mort, de maladie lui aussi, un peu moins d'un mois avant, le 20 juin 1820. Juriste formé à Salamanque et à Valladolid, il avait envisagé en 1790 une carrière diplomatique avant d'être nommé en 1793 secrétaire d'un organisme au service de l'économie coloniale et du commerce entre Buenos Aires et Madrid, d'où il s'efforça, en vain, d'organiser des circuits de développement local que la Couronne ne fit qu'entraver par des décisions dont la stupidité le disputait au ridicule. Il ne fallut donc qu'une étincelle en mai 1810 pour transformer le fidèle secrétaire du Consulat royal en un ardent révolutionnaire qui ne mit guère plus d'un an à basculer définitivement dans la pensée (et l'action) indépendantiste.

Dès décembre 1810, ce prestigieux intellectuel prit les armes pour défendre le territoire des Provinces Unies du Sud contre les menées des contre-révolutionnaires. Il obtint le grade de général dans l'année qui suivit, grâce à sa campagne, très brillante pour un novice, du Paraguay. Mais c'est dans les Andes qu'il devait donner à la future armée argentine sa toute première victoire sur le sol national : la bataille de Tucumán, le 24 septembre 1812. A la tête de son armée, il remonta alors vers le nord pour reprendre les villes de Salta et de Jujuy, une campagne où il lui fut donné de sanctuariser cette partie de ce qui est aujourd'hui le territoire national de la République argentine et qui lui valut une certaine notoriété internationale, comme le prouvent les lithographies que ces nouvelles inspirèrent à Géricault au cours des années suivantes.

Une image d'Epinal argentine : la bataille de Tucuman
reprise de Géricault et colorisée pour faire plus vivant

En 1815, il était à Londres chargé par le gouvernement révolutionnaire d'obtenir le soutien des puissances européennes à la future déclaration d'indépendance. Malheureusement pour la mission, Napoléon avait débarqué à Golfe-Juan quelques semaines auparavant et quand il débarqua dans les Cornouailles anglaises, les coalisés faisaient des préparatifs de guerre et la demande de ce général du bout du monde était le cadet des soucis du personnel politique alors aux manettes du Vieux Continent.

Il était depuis peu de retour à Tucumán, dans la ville qu'il avait sauvée, lorsque le 9 juillet 1816, les constituants réunis dans cette ville déclarèrent l'indépendance de ce qui est aujourd'hui l'Argentine.

Il devait mourir quatre ans plus tard, d'une pleurésie sévère sans doute compliquée par un cancer du foie, laissant derrière lui deux enfants naturels, dont une fillette de 18 mois, ancêtre de l'actuel président de l'INB, l'institut qui veille sur la mémoire patriotique du héros et qui se transforme, sous l'impulsion de son descendant, en centre de recherche scientifique de plus en plus rigoureux, un véritable exploit en Amérique du Sud où l'histoire évenementielle reste encore et de loin le lieu d'élaboration du roman national et des liturgies patriotiques dont ces pays ont besoin de se doter pour se projeter dans le temps et l'espace.

Au cours de cette année, le papier à lettres officiel devra porter la mention 2020 : Año del General Manuel Belgrano. Il en ira de même pour toutes les instances officielles de niveau national ainsi que pour les lois, les décrets et toutes les mesures qui en découleront. Les ambassades devraient adopter les mêmes dispositions.

Pour aller plus loin :

Bus, métro, train : prix gelés pour 120 jours et les taxis flambent [Actu]

Gros titre : "il ne monte pas"
On pourrait donc traduire comme si on parlait à un chien
(eu égard au doigt) : "Pas monter !"
En bas de l'article, image contenant le logo de Sube
(pour comparaison graphique)

On spéculait sur un gel pour 6 mois. C'est finalement une mesure valide pour 4 mois que le gouvernement impose à tout le système de transports publics de Buenos Aires et de sa banlieue : il n'y aura pas pendant ce temps d'augmentation du billet, ni à l'unité ni sur la carte Sube (entendez « il monte » ou "vous montez" au pluriel de courtoisie en même temps qu'une évocation du nom du métro portègne, el Subte), qui n'est pas un forfait comme c'est le cas à Paris avec Navigo mais un dispositif rechargeable qui doit être composté à chaque montée et descente, pour prélèvement de la valeur d'un voyage.

Un soulagement pour les 15 millions d'usagers qui empruntent tous les jours les bus, les trains et les rames de métro pour circuler dans la vaste mégalopole.

Ces quelques mois permettront au gouvernement de remettre à plat le système des subventions publiques (auxquelles la gauche péroniste tient comme à la prunelle de ses yeux alors que la majorité précédente l'a démoli) et le rendre plus lisible et plus efficace.

Compostage Sube dans un bus avec image dans le rétro
et décor personnalisé par le chauffeur qui veille sur "sa" machine !

Página/12 a choisi de traduire l'information en image grâce à l'inventivité graphique des artistes en charge de sa maquette. Le reste de la presse a traité l'info en pages intérieures.

En revanche, les taxis, qui dépendent de la Ville Autonome de Buenos Aires (majorité néolibérale de droite), ont obtenu une revalorisation de leurs tarifs réglementés de jour et de nuit de 30% afin de compenser leurs pertes de revenus dues à l'inflation-record héritée de l'ancien gouvernement. Or les taxis pallient le faible développement du réseau public, notamment celui du métro (très peu de lignes pour une agglomération aussi étendue).

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur les transports publics
lire l'article de Página/12 sur les taxis

jeudi 2 janvier 2020

Le gouvernement relance le Plan national pour la Lecture [Actu]

Une de mardi 31 décembre 2019

Lundi, flanqué de ses ministres de l'Education, de la Culture et de la Justice, eux-mêmes accompagnés par la coordinatrice du plan, le président Alberto Fernández a annoncé, pour clore l'année politique, la réactivation du Plan national pour la Lecture, un vaste programme de publication et de distribution gratuite, à travers les bibliothèques scolaires du primaire et du secondaire et grâce à des médiateurs culturels, de livres de toutes sortes (illustrés ou non) pour l'initiation des enfants, y compris et surtout les plus défavorisés, à la lecture de loisir, à la lecture plaisir ainsi qu'à l'écriture de fiction et de poésie.

La conférence s'est tenue dans la grande salle du musée de la Casa Rosada, installé dans les vestiges du fort colonial de Buenos Aires et de l'ancienne Douane de la fin du 19e siècle, sous la place Colón et le palais présidentiel. Dans le public, outre des journalistes venus aux informations, des représentants des enseignants, des écrivains, des illustrateurs, des animateurs-producteurs d'émissions culturelles renommées, des éditeurs, la présidente de la Fondation El Libro, qui organise le salon du livre de Buenos Aires en avril, tous ravis de ce coup de pouce donné au secteur et au lectorat.

Ce programme éducatif avait été créé sous le mandat de Raúl Alfonsín, au retour de la démocratie et de la vie constitutionnelle. Il a été systématiquement démantelé à chaque fois qu'une majorité néolibérale a pris les rênes du pays, sous Carlos Menem, dans les années 1990, et plus récemment sous Mauricio Macri, qui, non content de ne plus rien soutenir dans l'enseignement public, qu'il regardait avec un mépris considérable et presque assumé, ni la lecture, ni la création, ni l'édition, a même fait détruire des livres sous prétexte que les écoles en avaient déjà trop... tandis qu'avec cynisme, il inscrivait sa propre gamine au lycée français de Buenos Aires, où les livres ne sont pas prêts de manquer... Le programme d'attribution d'ordinateurs portables ou de tablettes (Conectar) avait aussi fait les frais de cette politique qui délaissait les pauvres et la classe moyenne pour favoriser les riches et les puissants.

Au cours des quatre ans qui viennent de s'écouler, l'Argentine a perdu de nombreuses maisons d'édition et d'innombrables librairies, qui n'ont pas pu survivre à la contraction du marché et à l'effondrement de la consommation. En 2014, dernière année pleine du mandat de Cristina Kirchner, on imprimait 129 millions de livres papier en Argentine, soit trois exemplaires par habitants. Quatre ans plus tard, il n'y en avait plus que 43 millions alors que le pays compte 46 millions d'habitants. Dans les secteurs défavorisés, seuls 30% des gamins ont déjà entendu un adulte leur lire une histoire. Les autres ne savent même pas ce que c'est que s'endormir en écoutant papa ou maman leur lire quelque chose...

Le nouveau programme est enrichi d'un département édition numérique qui permettra de satisfaire les nouvelles pratiques de lecture grâce à la reprise du plan Conectar (du verbe du premier groupe, connecter, dont la désinence de l'infinitif rappelle l'abréviation du domaine Internet argentin).

Pour aller plus loin :

Accord pour stabililser la consommation [Actu]


Les mesures de retrait de la TVA prises par Mauricio Macri en août, au lendemain des primaires désastreuses pour lui et le camp de la droite néolibérale et au détriment des provinces que cet impôt finançait, étaient valables jusqu'au 31 décembre. Au-delà, le système de taxation reprenait son cours normal, faisant automatiquement grimper les prix des quelques produits de première nécessité sur lesquels s'appliquait l'exemption.

Il a donc fallu que le gouvernement trouve une solution rapide pour que se nourrir pendant l'été ne se transforme pas en cauchemar.

Une table-ronde a donc réuni lundi dernier les pouvoirs publics, les représentants des producteurs et ceux de la distribution, lesquels ont promis de prendre sur leur marge les montants de TVA pour maintenir des prix raisonnables tout en permettant à l'Etat de retrouver des recettes bien utiles par les temps qui courent. Résultat des négociations : la plupart des produits concernés ont augmenté à partir d'aujourd'hui de 7%, ce qui n'est pas un taux excessif (l'inflation dépasse les 50% l'an), à l'exception du lait dont le prix ne devrait pas bouger. Par ailleurs, les personnes les plus défavorisées ont reçues des aides diverses et des augmentations de salaire ont été décidées dans de nombreux secteurs, ce qui permet d'absorber au moins en partie cette nouvelle hausse.

Le président Alberto Fernandez a fini l'année sur une déclaration concernant l'entreprenariat : « il n'est pas concevable, a-t-il commenté, qu'il faille conduire les entrepreneurs au knout ». Il attend un peu de sens civique, de solidarité patriotique et d'éthique de la part de toutes les corporations et un peu d'égoïsme de classe.

Pour en savoir plus :

mercredi 1 janvier 2020

Avec les bons vœux de Miguel Rep [Coutumes]

Ce matin, le site Internet de Página/12 a publié cette simple image de l'un de ses deux dessinateurs, Miguel Rep.

Elle se suffit à elle-même une fois que l'on a dit que la coccinelle était le porte-bonheur par excellence en Argentine.


A tous et toutes, comme a dit Alberto Fernández dans sa brève vidéo de vœux sur Twitter, bonne et heureuse année 2020.