mardi 18 février 2025

Alberto Fernández inculpé pour violences conjugales [Actu]

La Une porte sur l'interview accordée hier par le président
à un journaliste connu pour ses complaisances à son égard
et où il a tenté, en vain, de se déresponsabiliser
dans le scandale de la monnaie cryptée qu'il a promue
et qui a ruiné beaucoup de gens
L'affaire de Alberto Fernández fait l'objet d'un petit titre
tout en bas à gauche
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Étant donné l’actualité financière et pénale du président en fonction, l’affaire, qui avait occupé la une pendant plusieurs semaines d’affilée l’année dernière, ne donne plus que de maigres titres secondaires dans la presse argentine : le prédécesseur de gauche et ultra-féministe de Javier Mileí, Alberto Fernández, vient d’être formellement inculpé de coups et blessures volontaires et répétées sur son ex-compagne, Fabiola Yánez, qui a tenu le rôle de Première dame pendant les quatre ans du mandat de celui qui n’était pas son mari et qui vit aujourd’hui, avec leur fils de quatre ans, à Madrid, où il a interdiction de l’approcher.

C'est la Une où l'info est traitée de la manière la plus visible
Tout à en haut, à gauche, avec photo.
Le gros titre cite le président lors de son interview d'hier soir :
"J'ai voulu aider et je m'en suis pris plein la figure"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Les faits tels que l’instruction les a reconstitués sont documentés depuis le début de la relation amoureuse entre les deux, donc bien avant la prise de fonction présidentielle.

L'affaire est traité à droite, à mi-hauteur
En photo, une rixe de livreurs d'appli
En haut, le gros titre :
"Mileí admet que le scandale crypto
a des conséquences politiques"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Au regard de la gravité des faits dans le droit argentin toujours en vigueur, même si Mileí aimerait bien le réformer en faveur des hommes violents, façon législation de la Fédération de Russie, Fernández aurait pu être envoyé en prison préventive dès le prononcé de l’inculpation. Il a cependant été laissé en liberté avec la simple obligation de prévenir les autorités judiciaires lorsqu’il souhaitera voyager à l’étranger, une capacité qu’il avait perdue il y a quelques mois lorsque la justice lui avait confisqué son passeport. Le magistrat a motivé sa décision favorable par le fait que Fernández a toujours obtempéré à toutes les convocations de la justice depuis le début de l’affaire. Le prévenu est donc réputé fiable.

L'affaire est placée à droite, sous le titre
En face, les déclarations de Mileí
"Moi, je n'ai rien fait de mal. Ils savaient
les risques qu'ils prenaient"
En-dessous, la bagarre à moto
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Conservant son système de défense qui consiste à nier l’ensemble des faits et même à inverser la situation (il se dit victime de la violence de son ex-femme), Alberto Fernández a déclaré que son inculpation était motivée par le besoin du gouvernement actuel de détourner l’attention du scandale du cryptogate de ce week-end. Si c’est le cas, un coup d’œil sur les unes du jour vous prouvera que c’est raté ! Cette inculpation apparaît en fait comme la suite logique de l’instruction. On ne peut pas parler ici de « lawfare », cette détestable pratique qui consiste pour les gouvernements de droite d’Amérique latine à faire poursuivre par la justice leurs prédécesseurs de gauche, sous des prétextes variés et parfois cyniquement mensongers (dans le cas de Lula par exemple), afin de les écarter définitivement du pouvoir.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clar॓ín
lire l’article de La Nación

lundi 17 février 2025

Une pyramide de Ponzi s’effondre avec Mileí en-dessous [Actu]

Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Et en plus, c’est lui qui organise les premiers secours avec sa sœur !

"Fort impact politique du scandale de la
cryptomonnaie promue par Mileí", dit ce gros titre
qui vole presque la vedette à la libération d'un otage
argentino-israélien
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Je vous la fais courte : vendredi, en début de soirée, vers 19h, sur ses comptes officiels Instagram et X, qu’il utilise comme un simple particulier, y publiant tout et n’importe quoi, le président argentin fait de la retape pour une monnaie cryptée dénommée Libra. Il prétend que cet instrument financier virtuel doit permettre de développer les PME en Argentine.

"Scandale à cause du coup de pouce
de Mileí à une cryptomonnaie :
l'opposition demande une enquête"
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Dans la soirée, une foule d’internautes investissent des sommes parfois conséquentes, encouragées par ce message et sa reprise par des personnalités médiatiques très contestables qui sont autant de thuriféraires de Mileí. La valeur de la libra monte en flèche pendant quatre heures et vers minuit, tout s’effondre d’un coup, faute de liquidités puisque profitant de cette hausse inouïe, les inventeurs de cette monnaie ont revendu leur mise, gagnant au passage, selon toute probabilité, entre 70 et 100 millions de dollars. Le pot-aux-roses est immédiatement identifié : c’est une pyramide de Ponzi qui vient de s’effondrer, un schéma d’escroquerie inventée par un Italien de New York qui lui a donné son nom (les clients sont payés avec les montants versés par d’autres clients dans une fuite en avant jusqu’à ce que trop de personnes réclament leur dû et que le tout s’écroule).

"Que Dieu me délivre", dit le gros titre
avec un jeu de mot habituel entre le nom de la monnaie
et le verbe "libérer"
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Avant l’aube paraît sur les comptes du président une déclaration sobre d’une rare lâcheté : Mileí prétend ne pas avoir été informés des détails de cette opération. Bref, il n’y est pour rien. C’est la faute des autres, comme d’habitude.

Dans la matinée, les preuves de sa duplicité font surface les unes derrières les autres. On identifie les auteurs de l’escroquerie, trois types dont un Singapourien (Singapour n’est pas connu pour la transparence de ses pratiques financières). On constate que les promoteurs de cette fausse monnaie virtuelle ont été reçus au moins à six reprises par le président et/ou sa sœur, tantôt à la Casa Rosada (le palais présidentiel officiel) tantôt à Olivos, la résidence privée dans le Gran Buenos Aires. Il semblerait que ces hommes soient en contact avec Mileí depuis longtemps, et en tout cas avant son élection. Il paraît donc improbable qu’il ait été aussi peu informé des tenants et aboutissants du projet. Un homme a même déclaré avoir fait l’objet d’une demande de pot-de-vin pour obtenir le rendez-vous qu’il réclamait auprès du chef de l’État.

"Scandale de la crypto : le gouvernement porte
plainte contre une entreprise et le PRO réclame une enquête"
Le PRO est le parti néolibéral de Mauricio Macri
qui était sur le point de s'allier à Mileí
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Depuis hier, les plaintes pleuvent chez les procureurs fédéraux. L’instruction d’un premier dossier vient d’être confiée à une juge très connue, Madame Servini.

"Les critiques se multiplient après le cryptogate
et le PRO vise l'entourage présidentiel", dit le gros titre
En-dessous une photo du ministre de l'Economie
en pleine opération de recrutement pour le parti présidentiel
La Libertad Avanza (LLA)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Au Congrès, on parle déjà de procès politique, l’expression consacrée en Argentine pour parler de procédure de destitution, qui relève de l’autorité législative.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Clarín a réservé tous ses articles à ses abonnés.

samedi 15 février 2025

Légère incohérence : la censure est officiellement déclarée [Actu]

"La mémoire derrière les barreaux", dit le gros titre
sur cette photo de l'entrée principale
du campus de la ex-ESMA, transformée
en cité de la mémoire des crimes de la dictature militaire
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Le gouvernement l’a décidé et l’impose : toutes les activités dans les centres culturels des sites de mémoires devront obtenir avec trois semaines d’avance l’agrément des pouvoirs publics, en l’occurrence celui du ministre de la Justice. Le gouvernement de La Libertad Avanza (la liberté progresse) instaure une censure en bonne et due forme.

C’est la triste suite de la censure, déjà, du spectacle proposé par le chanteur Milo J au milieu de la semaine.

Et quand on sait que beaucoup d’activités sont programmées avec moins de trois semaines d’avance dans ce pays qui est le roi de l’improvisation dans tous les domaines.

Cette catastrophe qui frappe la vie culturelle et artistique, ainsi que les politiques de mémoire elles aussi censurée, était prévisible dès l’élection de Mileí. Maintenant, tout semble s’accélérer en Argentine depuis l’arrivée au pouvoir de Trump et son activité antidémocratique tous azimuts.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12, qui est le seul quotidien national à traiter le sujet.

jeudi 13 février 2025

Un récital à la ex-ESMA censuré [Actu]

"Tout ça, c'est une saloperie de m..; d'un fils de p..."
Ce gros titre reprend une expression publiée par l'artiste
quand il a dû annoncer sur ses réseaux sociaux
l'annulation de son concert.
En haut, le retrait de la bâche consacré à Néstor Kirchner
(que l'on reconnaît encore très bien à droite)
En bas, les abords de la ex-Esma en état de siège
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Hier, le gouvernement argentin a interdit la tenue d’un concert où un jeune chanteur underground de 18 ans, Milo J, devait présenter en avant-première son premier disque, intitulé 166, du numéro de la ligne de bus qui dessert sa ville de Morón dans la banlieue populaire de Buenos Aires. Le populo allait chanter au cœur des beaux quartiers de la capitale fédérale.

Qui plus est, le jeune auteur-compositeur-interprète, au look peu conventionnel, se veut solidaire de la lutte de Madres de Plaza de Mayo, dont les adhérentes sont réputées non sans raison kirchneristes (la gauche péroniste que Mileí s’efforce de rayer de la carte politique argentine). Le récital devait se tenir devant le centre culturel animé par cette association dans l’un des pavillons de l’ancienne école de la marine nationale, qui a fait place aujourd’hui à une vaste cité tout entière consacrée aux liens entre la culture, les arts et les droits de l’homme.

Il était prévu que le récital, gratuit, se tiennent à guichets fermés puisque 20 000 personnes avaient déjà réservé leur place.


Le chanteur pose, l'année dernière,
devant un bus de la ligne 166
affichant fièrement sa destination

Le ministère de la Justice, sous l’autorité duquel, en sa qualité de gardien du droit, est placé l’ex-ESMA, a prétendu que le concert comportait des risques grave de troubles à l’ordre public et, au dernier moment, il a interdit la manifestation, où il ne fait certes aucun doute que la foule des participants aurait profité du rassemblement pour exprimer bruyamment son opposition à toute la politique en vigueur dans tous les domaines (culturel, économique, social, scientifique, éducatif, sanitaire, etc.). Ce n’était pas une raison pour interdire l’accès du public à l’ex-ESMA à grands renforts de forces de sécurité armées jusqu’aux dents, comme pour réprimer une émeute en cours. Pas plus que ce n’était un motif pour détruire, sur le lieu du concert, une bâche géante qui supportait une photo emblématique du retour à la démocratie, celle où l’on voit, au début des années 2000, le défunt président Néstor Kirchner assister au décrochage du portrait du dictateur putschiste Rafael Videla dans la galerie des présidents à la Casa Rosada.

Couverture du 1er mars 2024
Le sous-titre sous le nom dit :
"la vertigineuse ascension du nouvel enfant terrible
de la musique argentine"
Cela en dit assez long sur l'avenir probable de ce garçon
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


C’est bel et bien une censure politique sur un spectacle, une persécution visant l’artiste ainsi que les associations de victimes de la dictature militaire, que Mileí s’efforce de faire taire et de discréditer afin sans doute de réhabiliter à terme les criminels de ce gouvernement anticonstitutionnel (1976-1983). Ce matin, l’affaire fait beaucoup de bruit dans la presse quotidienne, à gauche bien entendu (Página/12 en fait sa une), mais aussi à droite. L’année dernière, le 1er mars, Milo J avait eu l’honneur de la couverture de Rolling Stones dont l’édition argentine appartient au groupe La Nación, le journal des élites économiques du pays.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación, qui ne fait pas figurer l’info à la Une
lire l’article de Rolling Stones Argentina

Samedi, la centième à Banfield avec Cucuza [à l’affiche]

Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Ce samedi 15 février 2025, le chanteur Cucuza Castiello sera l’invité d’honneur de la Bordona Oscura (le bourdon obscur), une réunion de chanteurs (peña de cantores), qui se tient tous les lundis soirs, à Conurbania, un espace culturel de la ville de Banfield dans la banlieue populaire de Buenos Aires, à quelques pas de l’Université nationale de Lanús.

Pour la centième édition de la manifestation musicale, le rendez-vous est reporté à un samedi.

Les fondateurs du rendez-vous sont issus du Conservatoire de musique populaire de Avellaneda, autre ville du secteur.

Le prix d’entrée est à la discrétion des participants.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 4 février 2025

Contrairement à Ponce Pilate, Mileí n’a pas dit ce qu’il a dit [Actu]

Mileí : Les prix continuent à baisser
Son conseiller : Qu'est-ce que vous dites !
Mileí : L'autre jour, dans un petit magasin du côté du Congrès,
j'ai trouvé deux députés pour le prix d'un seul
Dessin de Daniel Paz et Rudy, à la Une de Página/12, ce matin
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Dans une interview donnée hier à LN+, la télévision en ligne du journal La Nación, Mileí a nié une nouvelle fois la signification des gigantesques manifestations contre sa politique qui se sont tenues samedi partout dans le pays et, tout en contestant tout propos hostile aux femmes et aux LGTBQI+, il en a remis une couche en employant pour les désigner un vocabulaire pour le moins désobligeant.

Comme Alice Weibel, la chef de l'AfD, en Allemagne, il soutient mordicus que les gauchistes (zurditos), ce qui dans sa bouche inclut toute la gauche, qu’elle soit démocratique ou non, les communistes et les fascistes ou nazi, c’est du pareil au même. Tous des collectivistes qui veulent renforcer son ennemi : l’État. Ce sont eux, les fascistes, ceux qui sont descendus pacifiquement dans la rue pour lui dire leur refus de sa politique, des excités qu’il dit être manipulés par ses ennemis. Ben voyons !

Rappelons que cette manifestation a été organisée à la suite du discours incendiaire et ultra-viriliste tenu par Javier Mileí à Davos où il a traité les couples homosexuels de pédophiles, prétendu que les femmes recherchaient le pouvoir pour en finir avec les hommes et appelé son auditoire à éradiquer les idéologies de gauche.

Un festival de propos pervers, tant à Davos qu’à Buenos Aires, dont l’apparence erratique et insensée fait perdre leurs repères et leurs moyens aux partisans de l’État de droit qui n’ont plus que leur colère pour s’opposer à cette engeance destructrice. Et après cette nouvelle slave, le président s’en va à Washington assister à un énième congrès de l’extrême-droite (ça doit être le quatrième en un an de pouvoir) et baiser la main de Trump, son bien-aimé parrain, qu’il imite en tout et dont la politique économique vient de faire plonger la bourse de Buenos Aires.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Quant à l’absence de racisme dans la politique de Mileí, il n’y a qu’à lire cet article de Página/12 sur la crise que traverse l’Institut national des Affaires indigènes pour s’en rendre compte : désormais, l’institut n’apportera plus aucun soutien juridique aux communautés qui se battent pour faire valoir leurs droits sur leurs territoires. Et pendant ce temps-là, dans la province de Río Negro, dans les montagnes de la Patagonie, la communauté Tehuelche se bat seule, avec ses pauvres ressources économiques et son abondance d’huile de coude, pour réaliser un peu partout des coupe-feux alors que les incendies se multiplient dans la région, en particulier l’été comme maintenant.

Campagne de crowd-funding d'une communauté
de la grande Nation Mapuche à Río Negro
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Tout va très bien, Madame la marquise ! Les gros se déclarent en cessation de paiement [Actu]

"Le plan Kaput", dit le gros titre en jouant sur le nom
du ministre de l'Economie (en photo) : Toto Caputo
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Les tribunaux ont repris leurs activités ordinaires après l’interruption des activités en janvier. C’est donc le moment qu’ont choisi trois grandes entreprises industrielles nationales argentines pour se déclarer en cessation de paiement et demander à la justice un plan de redressement.

Il s’agit de la coopérative géante SanCor qui occupe la moitié des rayons des laitages et fromages dans la grande distribution partout en Argentine avec sa grande rivale, La Serenisima et de deux fournisseurs d’outils et d’équipements agricoles, Grobo et Surcos. En effet, les multinationales du secteur (Danone, Nestlé, etc.) étaient traditionnellement peu présentes dans les linéaires argentins car le pays protégeait sa production (ces géants se rattrapaient au rayon soda !).

Les défaillances de ces trois entreprises sont un tremblement de terre dans le paysage économique argentin. Il n’y avait pas plus costaud qu’elles. Comptez avec ça que la consommation de trois produits-clé de la table argentine s’est effondrée en 2024 : la viande de bœuf, la yerba mate et le lait !

Ajoutez que l’on doute sérieusement du maintien dans le pays de l’usine d’assemblage des voitures Nissan qui emploie beaucoup de monde à Córdoba. Il paraît évident après plus d’un an aux affaires que Mileí est en train de conduire son pays vers la grande prospérité, non ?

En Europe, nous avons intérêt à résister à cette folie, surtout quand elle vient de Washington !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur les trois déclarations de cessations de paiement
lire l’article de Página/12 sur Nissan
lire l’article de Página/12 sur l’effondrement de la consommation
lire l’article de La Prensa sur SanCor
lire l’article de Clarín sur la coopérative laitière et fromagère
lire l’article de Clarín sur la situation chez Grobo
lire l’article de La Nación sur les trois entreprises en difficulté

Et pendant ce temps-là, la province de Buenos Aires a relancé l’activité d’une entreprise-clé de son territoire qui avait fermé et qui revit grâce à l’intervention de l’État (gouverné à gauche) et le plus drôle, c’est que l’info est dans Clarín.

lundi 3 février 2025

Immense succès de la Marche fédérale de la Fierté anti-fasciste et anti-raciste de samedi [Act

"Une avalanche contre la haine", dit le gros titre
sur cette photo de la foule arrivant sur Plaza de Mayo
depuis la Diagonal Sur.
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Une manifestation contre les propos homophobes, misogynes et très violents envers toute pensée de gauche que le président Mileí avait prononcés à Davos en janvier s’est tenue dans toutes les grandes (et pas si grandes) villes d’Argentine samedi dernier, à l’appel des organisations LGTBQI+ et féministes auquel se sont joints les syndicats et des partis politiques de gauche ainsi que plusieurs évêques, dont celui de Buenos Aires et celui de Mendoza, effarés par la violence gratuite du chef de l’État contre une partie de ses concitoyens et les résultats sociaux de sa politique économique désastreuse.

"Antifascisme trompeur", dit le titre secondaire
sur cette photo de manifestants devant la Casa Rosada
qui se trouve tout au fond de la Plaza de Mayo
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

La manifestation a rassemblé des citoyens de toute obédience qui a noyé les grands axes urbains des parcours un peu partout dans la pays. Elle a été particulièrement spectaculaire à Buenos Aires, à Rosario et à Córdoba, ainsi que dans plusieurs villes à l’étranger comme à Rome devant le Colisée ou Paris sur le parvis du Centre Beaubourg.

Clarín choisit de décaler les enjeux sur cette provocation
"Marche massive contre Mileí, avec l'appui des kirchneristes
et de la gauche", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Les photos font foi de ce succès. La presse de droite a cependant insisté sur le caractère homosexuel de la manifestation tandis que Página/12 met l’accent sur les enjeux politiques universels : la défense des droits de l’homme et de la liberté individuelle que l’État a le devoir constitutionnel de protéger alors qu’actuellement le gouvernement argentin s’efforce de les détruire.

"Et dans la rue, au coude à coude, nous sommes
beaucoup plus que deux" dit le gros titre
de l'édition de Página/12 à Rosario
En arrière-plan, on reconnaît l'emblématique
Monument au Drapeau, en souvenir de la création
du drapeau argentin par Manuel Belgrano en 1812
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Le président, très clairement désavoué, s’efforce depuis hier de faire croire que ses propos de Davos ont été détournés et que jamais il n’a insulté personne. Seuls les fanatiques peuvent y croire. Les propos sont disponibles sur Internet en format texte et vidéo.

Pas de gros titre sur la manifestation.
Seulement cette photo de la foule
au débouché de Avenida de Mayo sur Avenida del 9 de Julio
Le gros titre dit : "Le gouvernement n'est plus sûr
de supprimer le féminicide : [cette mesure] jouerait
en faveur de 300 condamnés"
C'est malin !
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Par ailleurs, le rapport des politiques de Vérité, de Justice et de Réparation de l’ONU rend publique son inquiétude sur la situation en Argentine sous le gouvernement Mileí-Villaruel, tous deux assez favorables à la réhabilitation de la dictature militaire des années 1970.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article d’aujourd’hui de Página/12
lire l’article de Página/12 sur les inquiétudes du rapporteur de l’ONU

jeudi 30 janvier 2025

Jacques Audiard « s’est tuer » dans les pays hispanophones [ici]


C’est une interview donnée en France il y a plusieurs mois qui vient de ressurgir en Amérique hispanophone où elle enflamme les réseaux sociaux avec la violence des incendies de Los Angeles. Cet entretien se serait sans doute perdu si Emilia Pérez n’avait pas récemment obtenu autant de nominations aux prochains Oscars, ce musical français doté d’une distribution internationale et de dialogues en espagnol, dont l’action se passe dans un Mexique convenu, ravagé par les cartels de la drogue et encore plus par les stéréotypes et les préjugés et dont l’aspect superficiel avait vocation à passer inaperçu grâce au caractère transgenre de la comédienne en haut de l’affiche, censée suffire à lui seul à faire saluer ce film comme un chef-d’œuvre audacieux et dans le coup.

Au cours de cet entretien, le réalisateur, Jacques Audiard, étale un indécent mépris pour le Mexique lui-même, qu’il avoue n’avoir même pas étudié avant d’en faire son décor-prétexte, et pour la langue espagnole dont il reconnaît avec une fatuité d’un autre âge ne pas parler un traître mot. Féconde ignorance, se vante-t-il, grâce à laquelle il aurait pu diriger le tournage sans rien comprendre aux dialogues, ce qui lui aurait laissé la possibilité de se livrer au rêve et à l’imagination, ce qui lui est interdit en français, puisqu’il comprend tout ce qui se dit sur le plateau. Outrecuidant et arrogant comme un Donald Trump, le cinéaste français ajoute que la langue espagnole est une langue de pauvres et de migrants qui fuient des pays sous-développés.

Un certain Cervantes dont, avec une bonne dose de chance, certains d’entre vous auront peut-être entendu parler, la poétesse chilienne Gabriela Mistral, prix Nobel de littérature, les Argentins Jorge Luis Borges et Julio Cortazar (de la petite bière !), l’Espagnol Manuel Vázquez Montalban, dont les romans policiers sont devenus des classiques à l’échelle mondiale, Gabriel García Márquez, prix Nobel de littérature colombien, et bien entendu le Mexicain Carlos Fuentes, pour ne citer que quelques écrivains disparus, vous saluent bien !

Le scandale a droit à la Une : ci-dessus, en bas, tout à gauche !
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Depuis quelques jours, écœurés par l’image que le film donne de leur pays et chauffés à blanc, par-dessus le marché, par la Maison Blanche nouvelle version, les Mexicains se répandent sur Internet pour vouer aux gémonies cet insupportable discours qui pue le colonialisme à 9 000 km à la ronde et son auteur. Des spectateurs qui ont déjà vu le film exigent d’être remboursés. La presse argentine et les Argentins eux-mêmes leur embrayent le pas en vomissant leur mépris et leur rancœur au point que c’est maintenant le français que les journalistes, les écrivains et les particuliers dénoncent en retour comme langue impérialiste. Le français dont le rayonnement décroît pourtant à la vitesse grand V dans le monde entier depuis qu'Emmanuel Macron a quasiment abandonné à leur sort les Alliances Françaises, ces associations locales liées au Quai d’Orsay qui jouissaient partout d’un incroyable prestige jusqu’à ce que sa condescendance s’installe à l’Élysée en 2017.

Il ne manquait plus que cela !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 29 janvier 2025

Grosse inquiétude pour les archives des crimes de la dictature [Actu]

Une de Página/12 le 29 janvier 2025
Le gros titre se passe de traduction
Au-dessus : le scandale social de la suppression des taxes
sur les voitures de luxe, rebaptisées du surnom d'un ministre
(Toto Caputo)
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Toutes les armes de l’Argentine ont été actives sous la dictature militaire de 1976-1983, sauf peut-être le régiment des Grenadiers à Cheval, qui semble avoir toujours respecter la mission républicaine qui lui a été donnée à sa reconstitution en 1903 : être le gardien de l’unité nationale, conformément au vœu de son fondateur en 1812, le général José de San Martín (1778-1850). De toutes les forces armées nationales, la marine et l’armée de l’air ont été celles qui ont laissé le plus de traces criminelles dans la mémoire nationale (et internationale), eu égard à la nature de leurs activités de répression, la marine dans le sinistre cadre de son école supérieure de mécanique, la « ex-Esma » qui accueille aujourd’hui, à Palermo, dans le nord de Buenos Aires, le grand Espace pour la Mémoire placé sous le patronage de l’UNESCO, et l’aviation, à cause de l’opération Condor, une opération multinationale consistant à jeter en vol les opposants vivants qui mourraient en tombant dans le Río de la Plata ou dans l’un ou l’autre océans.

Il y a quelque temps, la Marine a pris la décision, secrètement, de déménager ses archives de la rue Bolívar (dans le centre historique de Buenos Aires) vers un site dénommé Garage central, situé dans le quartier de Retiro, près du siège de la Préfecture navale (l’état-major des forces fluviales et maritimes), dans le nord de la capitale argentine. Ce déménagement s’accompagne d’un ordre de passer à la broyeuse une partie de la documentation, officiellement sans doute pour faire de la place dans les linéaires mais dans le contexte actuel, un tel ordre éveille immédiatement la suspicion : l’état-major naval ne serait-il pas en train de détruire des preuves de l’implication de la Marine dans les crimes contre l’humanité de la période anticonstitutionnelle ?

Branle-bas de combat dans les rangs des défenseurs de la légalité et de l’État de droit pour faire protéger par la justice l’intégrité du dépôt afin que rien ne se perde des 5 800 mètres officiels d’archivage que plusieurs experts estiment en fait à 8 km.

En haut : "Les documents de la Conadep en danger"
Une de Página/12 le 25 janvier 2025
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

La découverte de ce projet de déménagement associé à une possibilité de destruction intervient après un arrêt de la justice qui a reconnu, la semaine dernière, que d’autres archives, celle de la CONADEP, la commission d’enquête sur les disparitions des opposants à la dictature, instituée au retour à l’ordre constitutionnel en 1984, étaient elles aussi menacées, cette fois, par les mauvaises conditions de conservation qui règnent à l’Archivo Nacional de la Memoria. Ces mauvaises conditions sont dues à l’absence de personnel compétent, celui-ci ayant été congédié au début du mandat dans la tentative de Mileí de détruire l’État en le vidant de ses ressources humaines et techniques, à des portes faciles à violer et à l’absence de caméra de surveillance. Tout pour plaire !

Or Mileí et sa vice-présidente, fille d’un officier supérieur impliqué dans les crimes contre l’humanité, ne font pas mystère de vouloir réhabiliter la dictature et amnistier tous les condamnés qui, morts ou vivants, purgent ou ont purgé leur peine de prison édictées après des procès publics, tout ce qu’il y a de plus démocratique.

Le moins qu’on puisse dire est que cela ne sent décidément pas très bon.

Samedi prochain, les mouvements de défense de la démocratie appellent à une vaste manifestation « contre le fascisme ». De jour en jour, divers groupes, d’artistes, d’intellectuels, de syndicalistes, etc. rejoignent cet appel.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 de ce matin (sur les archives de la Marine)
lire l’article de Página/12 du 25 janvier (sur les archives de la CONADEP)
La presse de droite n’évoque pas ces questions.

La Joconde en Une de Clarín [ici]

En gros titre : même Clarín semble s'en scandaliser...
Le gouvernement veut faire baisser les prix d'achat
des voitures [pour relancer le marché] en supprimant
une taxe, ce qui va bénéficier aux plus riches !!!!!
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Ce matin, notre belle Florentine se montre à la une du tabloid argentin avec un article pleine page, dans l’édition papier, sur les annonces faites hier par Emmanuel Macron.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Tout va très bien, Madame la marquise ! Les gens vivent dans la rue en pleine capitale [Actu]

"Le manque de protection", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Buenos Aires retrouve son aspect de capitale du tiers-monde qu’elle avait perdu depuis de très nombreuses années grâce à la politique menée depuis 2003 par les péronistes, honnis à longueur de journée par nos journalistes et soi-disant experts économiques des chaînes d’info en continu, y compris sur les média du service public : le déplafonnement des loyers, les pertes d’emploi en cascade dans la fonction publique mais encore bien davantage dans les entreprises privées, dont le chiffre d’affaires est menacé par les importations à bas prix, pour ne rien dire de celles, très nombreuses, qui déposent le bilan les unes derrières les autres depuis mars dernier, l’inflation qui n’est pas jugulée contrairement à ce qui dit le gouvernement de Mileí, toute cette libéralisation cruelle aboutit à cette image insupportable qu’on avait pu croire irrévocablement dépassée.

Des gens qui dorment dans la rue en pleine ville, dans l’étouffante canicule d’un été citadin et minéralisé, dans le quartier normalement bouillonnant de Corrientes y Callao, le coin des cinémas, des librairies (toutes en danger, voire certaines déjà définitivement fermées), des théâtres et des cafés, certains très célèbres… Devant la devanture de Zivals, la librairie-disquerie emblématique où se rendaient tous les amoureux de la culture populaire argentine : le royaume du tango, du folklore, du rock, du jazz nationaux….

Quel crève-cœur !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 24 janvier 2025

A Davos, Mileí annonce la fin de nombreux droits dans son pays [Actu]

Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution


Encouragé par les premières décisions de Trump (pourtant déjà retoquées par la justice fédérale américaine) et emporté dans ses propres délires, Mileí a prononcé hier à Davos un discours d’une rare violence contre tout ce qui ne correspond pas à ses convictions personnelles, donnant ainsi un exemple chimiquement pur d’une intolérance dictatoriale.

C’est ainsi qu’il a traité toute pensée de gauche de "cancer de l’humanité" qu’il fallait "éradiquer" (sic) et les couples homosexuels qui adoptent des enfants de "pédophiles" (re-sic), en s’appuyant sur un procès retentissant qui vient de s’achever en Georgie, aux États-Unis, contre deux bourreaux d’enfants homosexuels. C’est peu dire qu’il a surpris l’ensemble de la presse présente sur place !

Avec La Pensa, on est à l'extrême-droite catholique :
la rédaction a préféré titrer sur l'éventuel accord
le libre-échange avec les Etats-Unis
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Dans le flot du même discours, il a annoncé la fin prochaine de la catégorie pénale du féminicide (conçu comme un crime de « propriétaire » par un homme contre une femme) et de toutes les mesures de discrimination positive adoptées lors des mandats précédents pour faire progresser l’égalité professionnelle et économique entre femmes et hommes et pour intégrer les personnes LGBTQI+ dans la société, notamment dans les institutions publiques.

Ainsi donc l’Argentine ne délivrera plus de pièce d’identité non binaire. Le système de santé ne prendra plus en charge les protocoles psycho-médicaux de changement de sexe. Et bien entendu, il n’y aura plus aucun quota d’inclusion des intéressés parmi les salariés de l’État fédéral.

"Mileí a frappé très fort contre les politiques de
genre et s'en prend maintenant aux quotas", dit le titre
à mi-hauteur, à gauche
Quant à la photo, elle est réservée au film Emilie Pérez
multinominé aux Oscars et sa vedette transgenre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Dans ses propos délirants, seul le retrait des politiques finançant les traitements hormonaux et chirurgicaux est motivé par des nécessités économiques, l’État n’ayant selon lui pas vocation à dépenser ses sous pour régler les problèmes des minorités. Vieille rengaine dans sa bouche : ils n’ont qu’à se débrouiller seuls.

Le reste ne coûte pas un centime à l’État et n’est justifié que par des arguments dont sourd une haine tenace envers des personnes dont Mileí semble percevoir l’existence comme une menace existentielle contre sa propre condition masculine.

Le discours a été si véhément que les quatre quotidiens nationaux reviennent sur l’info, dont les trois principaux en Une !

Même politique éditoriale à La Nación :
"A Davos, Mileí a prononcé un discours
chargé d'accusations", dit le titre
(à mi-hauteur, à droite, à côté de la photo)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Sur son continent, l’Argentine était en effet leader dans le domaine du droit des femmes et des minorités.

D’autre part, le président argentin, encensé hier sur LCI, chez l'archipatelin Pujadas, et démoli à juste titre sur France 2 (Envoyé Spécial), n’a pas non plus oublié d’insulter une nouvelle fois Pedro Sánchez, le chef du gouvernement espagnol, présent lui aussi à Davos, où il a entre autres défendu le renforcement de la régulation européenne des réseaux sociaux afin que ceux-ci cessent d’être l’actuel égout à mensonges, à haine et à propositions antidémocratiques que Musk et Zuckerberg cherchent à renforcer. Il faut croire que Mileí est vraiment stupide ! Sánchez est l’un des dirigeants européens les plus favorables à l’accord entre l’Union Européenne et le Mercosur qui se traîne depuis des années sans aboutir. Or Mileí a aussi menacé de quitter le Mercosur si c’était là une condition pour négocier avec son copain de la Maison Blanche un traité de libre-échange bilatéral avec les États-Unis.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Nación
Clarín a réservé son article en ligne à ses abonnés. Dans la version imprimée, l’information occupe deux pages pleines, avec une grosse photo de Mileí sur environ un quart de la page 8.