dimanche 12 avril 2020

En Argentine comme en France, on paye son verre d’avance [Actu]

L'une des pauses favorites des Argentins à l'extérieur du domicile :
un café au lait (cafe con leche) accompagné de deux medialunas
en l'occurrence, la fine est une medialuna de grasa (saindoux) et l'autre de manteca (beurre)

Pour survivre en ce temps de confinement et de changement de consommation contraint, quatre mille petites et moyennes entreprises réparties dans toute l’Argentine proposent désormais un achat de service à venir. Lorsque le déconfinement surviendra, les clients pourront consommer ou récupérer leur achat dans un commerce qui aura ainsi survécu grâce à eux.

Pendant la fermeture des commerces, services et articles sont souvent proposés avec un rabais, ce qui est toujours bon à prendre.

On peut ainsi acheter dans des bars, des restaurants, des librairies, des salons de coiffure et de beauté, des théâtres et autres salles de spectacle, des boutiques de vêtement ou d’accessoires, ou encore d’autres, plus exotiques, comme ce tatoueur qui vend deux motifs pour 1.500 pesos (pas très cher en effet) à Palermo, l’un des quartiers bon chic bon genre de Buenos Aires.

Pour en savoir plus :

samedi 11 avril 2020

Vendredi saint en pandémie [Humour]

"Distanciation sociale"

Hier, Vendredi saint, jour férié en Argentine comme dans tous les pays hispaniques et de nombreux autres, dont certains sont d’ailleurs protestants, les dessinateurs de Página/12, Miguel Rep (ci-dessus) et Daniel Paz, associé à Rudy (ci-dessous), y sont allés de leur humour d’incroyants patentés.

Soulignons au passage qu’ils n’expriment aucune agressivité contre le dogme religieux en tant que tel, à l’inverse de ce qui se produit en France où le blasphème est volontiers pratiqué comme un droit (1). Eux s’attaquent davantage aux hommes et à leurs travers, y compris ceux des croyants et des hommes d’Église, qu’au contenu de la foi.


Elle : Qu’est-ce qu’il y a comme complotisme ! C’est parano ! (2)
Lui : Pourquoi ?
Elle : Ici, ils disent que la Semaine sainte est une invention du secteur touristique (3) et que la crucifixion est une fake-news (4).
Traduction © Denise Anne Clavilier



(1) Voyez Jacques Prévert et son célèbre : « Notre Père qui êtes aux cieux… restez y et nous nous resterons sur notre terre [...] » où c’est Dieu lui-même qu’il repousse et non tel ou tel comportement humain déplaisant ou blâmable.
(2) Rudy invente ici un mot-valise en mélangeant le substantif « conspirationnisme » et l’adjectif « paranoïaque ».
(3) Le pont de la Semaine Sainte qui commence souvent le jeudi pour se terminer le dimanche soir donne lieu à de très importants déplacements. Les bouchons de la Semaine sainte sont légendaires. (4) Vous remarquerez qu’en général en France, on se moque plutôt de la croyance en la résurrection.

Les mauvais procédés de La Prensa [Actu]

Le tableau dit : "Très peu de changements d'ici le 26 avril"
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Depuis quelques jours, La Prensa se montre très agressive envers cette majorité de gauche qui n’est pas sa tasse de thé mais ce matin, la une de ce journal de la droite catholique dépasse les bornes : elle détourne une photo de la conférence de presse du président Alberto Fernández où il a annoncé la prolongation du confinement jusqu’au 26 avril en montrant un diaporama de données sur le développement de l’épidémie dans le pays.

La véritable image, reprise telle quelle par les autres journaux

Et voici la diapo commentée par le président
Il s'agit du nombre de jours qui permettent aux cas de covid-19
de doubler dans la population argentine
On en était à 3,3 jours avant le confinement, on en est maintenant à plus de 10
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La situation est sous contrôle aujourd’hui grâce aux mesures de confinement. Mais La Prensa préfère lui faire dire simplement que ces mesures sont prolongées sans grands changements, ce qui n’est pas tout à fait exact puisque certaines activités bénéficient d’un assouplissement certain, alors que l’image originelle montre un schéma très clair sur la progression très lente de la contagion alors qu’en Europe et aux États-Unis, la courbe flambe.

A titre de comparaison, voici la une de Clarín
Un gros titre sobre : "Le confinement continue jusqu'au 26
et lundi, les banques et les garages rouvrent"
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Eu égard à la gravité de la situation, il est passablement ignoble, pour ridiculiser le chef de l’État, de cacher aux lecteurs l’efficacité de la politique choisie alors que les données qu’il a exposées permettent d’accepter la dureté du confinement.

Comparaison du nombre d'infectés en Argentine, Espagne, Brésil et Italie
Extrait du diaporama présenté par le président hier
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Comparaison des décès par covid-19 entre les mêmes pays

Clarín et La Nación, eux aussi hostiles à la majorité actuelle, ont agi avec plus de dignité et de civisme : Clarín a mis en ligne l’intégralité du diaporama commenté par le président devant les journaliste et La Nación l’a commenté, diapo par diapo, sur leur site Internet.

Dernière diapositive de la présentation :
une comparaison entre la projection avant confinement et la réalité actuelle
Légende : Selon les projections initiales, le 10 avril,
nous aurions dû avoir 45.044 cas diagnostiqués.
Aujourd'hui, nous n'avons que 4,16% de ce que nous aurions pu avoir.
Avec les perspectives initiales, 83% des lits disponibles en soins intensifs dans tout le pays.
A l'heure actuelle, le pourcentage d'occupation des lits en soins intensifs est de 3,9.
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Pour en savoir plus, comparez le traitement de l’info dans les trois titres de droite de la presse argentine :
lire le communiqué de la Présidence argentine

Mises à jour du 12 avril 2020 :
Le montage de la une d'hier de La Prensa (droite catholique et réactionnaire) n'était pas le fruit d'une maladresse, il n'exposait pas un contenu qui aurait échappé au quotidien. La rédaction persiste et signe en effet ce matin avec un éditorial venimeux et péremptoire de son directeur, Sergio Crivelli.
Cependant, toute la droite n'est pas aussi vindicative ni aussi haineuse. La Nación (droite libérale, d'inspiration maçonnique à sa fondation) publie ce matin une longue interview d'un des représentants les mieux élus de cette famille politique, le chef du gouvernement de la Ville Automne de Buenos Aires, Horacio Rodríguez Larreta, qui travaille main dans la main avec le gouvernement national de gauche et qui le revendique haut et fort avec des arguments de bon sens (lutter contre l'épidémie n'est pas un enjeu partisan).
Avant-hier, l'un des plus proches conseillers de Mauricio Macri, pendant la présidence de celui-ci, s'est détaché de l'ex-chef d'Etat pour féliciter son successeur, Fernández, de la façon dont il gouvernait dans cette épreuve.

L’Argentine dans la course au vaccin [Actu]

Façade de la Faculté de pharmacie et de biochimie de la UBA à Palermo (Buenos Aires)

Cinq organismes de recherche, dont deux instituts de l’Université de Buenos Aires (UBA), rassemblent 27 chercheurs sur des projets visant à trouver des tests de diagnostic plus sûrs que ceux dont nous disposons jusqu’à ce jour, des médicaments permettant de traiter le covid-19 et non pas de faire régresser seulement les symptômes comme c’est le cas actuellement, et les premiers éléments d’un vaccin en cherchant à détruire les protéines du virus, qui lui permettent d'investir un organisme et de s'y multiplier. Ces protéines ont été isolées par l’Institut Malbrán au cours de cette semaine sur trois variantes du Sars-Cov-2 qui circulent actuellement en Argentine.

Ces cinq organismes sont associés au Conicet, le centre national de recherche scientifique et technologique.

C’est un défi d’autant plus méritoire que le secteur de la recherche a beaucoup souffert de la politique d’austérité menée pendant quatre ans par le gouvernement de Mauricio Macri qui a privé les laboratoires publics de moyens et a fait fuir un grand nombre de cerveaux aux Etats-Unis, au Canada et en Europe.

Pour aller plus loin :

L’ISF arrive en Argentine [Actu]

La direction générale des contributions, l’AFIP, a découvert récemment l’amplitude de l’évasion des capitaux après avoir pu identifier 950 comptes d’Argentins ouverts à l’étranger totalisant un montant de 2.600 millions de dollars US, ce qui correspond au bas mot à 50 millions USD d’impôts qui n’ont pas été acquittés en Argentine, sans doute seulement une partie de ce qui existe en matière d’évasion fiscale et de sortie des capitaux qui seraient tellement plus utiles s’ils étaient investis dans le pays par la puissance publique pour améliorer l’école, la recherche, les services de santé, les musées et les bibliothèques, les théâtres, etc. Le gouvernement a donc annoncé qu’il déposerait la semaine prochaine sur le bureau de la Chambre des députés un projet de loi instituant un impôt sur les gros patrimoines afin que les grandes fortunes contribuent mieux et plus à l’effort national de redressement du pays, impacté par le taux exorbitant d’endettement engagé par l’ancienne majorité et par l’arrêt de l’activité économique pour les raisons sanitaires que l’on sait.

La page 11 de l'édition d'hier de Página/12
article sur l'évasion des capitaux
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On est en long week-end férié et en confinement. La droite n’a pas encore montré les crocs dans la presse qui sert les intérêts des classes dominantes (La Nación, La Prensa, Clarín). Seul Página/12 aborde donc le sujet dans son édition de ce jour. On sait maintenant qu’il a été impossible au président de la Chambre basse, Sergio Massa, de réunir une majorité pour baisser les indemnités des parlementaires (pourtant généreuses). On a vu que la droite dure, menée par l’ancienne ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, maintenant à la tête du Pro (le parti ultralibéral qui avait porté Mauricio Macri au pouvoir), a échoué cependant à ameuter l’opinion publique dans son mouvement pour réclamer que « les politiques » baissent leur rémunération – cela n’a pas pris, l'opinion a lâché l'opération ! Il faut donc attendre lundi pour observer ce que l’annonce d’un tel projet de loi va provoquer dans le paysage politique et social argentin.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 sur l’ISF
lire l’interview de la directrice de la Banque Centrale de République argentine qui veut reprendre le contrôle sur ces flux financiers
lire l’article de Página/12 sur l’évasion des capitaux dans l’édition d’hier (sortie uniquement en pdf).

Mise à jour du 14 avril 2020 :
lire cet article de Página/12 qui estime à 3.800 millions de dollars le produit de l'ISF.

vendredi 10 avril 2020

Se procurer mes livres en temps de confinement [Disques & Livres]


Dans tous les pays où les librairies sont fermées (France, Belgique, Suisse, etc.), certains libraires ont monté un service de livraison de livres sur commande par téléphone, par mail ou via leur propre site de vente en ligne. Faisons-les vivre et privilégions ce moyen pour acheter des livres et aider toute la chaîne du livre à survivre (éditeurs, diffuseurs et distributeurs, auteurs, libraires, à défaut de pouvoir soutenir déjà les imprimeurs).

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Si vous ne trouvez pas de librairie offrant ce service, les Éditions du Jasmin pourront vous conseiller sur la marche à suivre et vous guider.

Mes livres restent donc commercialisés par l’éditeur que vous pouvez contacter via son site Internet (adresse mail dans la rubrique contact) ou sur sa page Facebook. Un règlement en ligne a été mis en place par tous les acteurs qui continuent leur activité en mode confinement (virement en ligne, paiement sécurisé par carte bancaire, Paypal, etc. chaque vendeur ayant mis en place ses propres modalités).

Les prix de mes livres s'étalent de 12,90 € (Contes animaliers d'Argentine) à 24,90 € (Barrio de Tango, San Martín par lui-même et par ses contemporains, Belgrano - L'inventeur de l'Argentine et Tango Negro, co-écrit avec Juan Carlos Cáceres). Vous pouvez accéder aux articles relatifs à chaque livre en cliquant sur sa couverture dans la Colonne de Droite de ce blog.


Mes deux ouvrages sur San Martín, la biographie et la sélection de textes historiques, sont disponibles en format numérique (E-book) notamment auprès de Les Libraires.fr, un site de vente en ligne de livres monté par plusieurs institutions officielles du secteur, dont le CNL (Centre National du Livre), pour faire pièce à certain géant états-unien qui cherche à casser nos économies nationales dans tous les secteurs et s’imposer comme un monopole ou un arbitre incontournable au détriment de nos souverainetés.
Sur Les Libraires.fr, le paiement sécurisé est garanti.

jeudi 9 avril 2020

Pour sourire avec San Martín quand Mendoza vendange et que l’on fête Pessah et la Cène [Humour]

C’est une anecdote assez célèbre parmi les sanmartiniens argentins. Nous la devons à un ami intime du général José de San MartínManuel de Olazabal (1800-1873), jeune officier qu’il considérait comme son fils, depuis qu'il l'avait vu arriver comme cadet au sein de son régiment des Grenadiers à cheval, la plus fameuse de ses formations militaires en Amérique du Sud. Le jeune homme avait épousé la meilleure amie mendocine de Remedios de Escalada, l'épouse de San Martín.

Monument Regreso a la Patria de Luis Perlotti
(un grand sculpteur argentin du 20e siècle)
à Tunuyán (Province de Mendoza)
Le groupe central représente la rencontre, à cet endroit précis,
entre San Martín, monté sur son mulet, et Olazabal, venu l'accueillir,
en janvier 1823, à son retour du Chili

Nous sommes en 1823 à Mendoza. San Martín vient de rentrer du Chili après avoir libéré le Pérou qui l’a titré Fondateur de sa liberté. Il vit sous le toit d’une amie, doña Josefa Huidobro (1), le temps que sa maison de campagne, sa chacra, soit remise en état pour qu’il s’y installe, tandis que la guerre civile fait rage dans tout ce qui est aujourd’hui l’Argentine. Olazabal lui sert alors d’officier d’ordonnance. Quarante ans plus tard, il se souvient :

Durante su permanencia en Mendoza, llegó allí desde Chile, y de transito para Buenos Aires, un señor Mosquera, colombiano, y D. Antonio Arcos, antiguo Jefe de Ingenieros en el ejército de los Andes.
Uno de los muchos días que comía con el general, lo halle en su dormitorio con una pequeña imprenta sobre la mesa y cuatro botellas de vino, timbrando unos papelitos como los que traen los licores. En el momento que entré, me preguntó:
- ¿A que no adivina usted lo qué estoy haciendo?
- No señor, le respondí.

Pendant son séjour à Mendoza, arriva du Chili pour passer à Buenos Aires un certain monsieur Mosquera, de Colombie, et don Antonio Arcos, ancien chef du génie de l’armée des Andes (2).
Un de ces nombreux jours où je prenais mon repas avec le général, je le trouvais dans sa chambre avec une petite presse sur la table et quatre bouteilles de vin, en train d’imprimer des petits papiers comme ceux que portent les liqueurs. Au moment où je suis entré, il m’a demandé :
- Petite devinette : que suis-je en train de faire, à votre avis ?
- Je ne sais pas, monsieur.
(Traduction @ Denise Anne Clavilier)

- Pues vea usted: Cuando invadimos a Chile en 1817, dejé en mi chacra unas cincuenta botellas de vino moscatel, de uno riquísimo que me había regalado D. José Godoy. Por supuesto que lo que menos recordaba era esto, pero ahora ha días, D. Pedro Alvíncula Moyano, que, como usted sabe, corre con la chacra, me trajo una docena de estas botellas (refiriéndose al depósito que su honradez le había conservado). Hoy tendré a la mesa a Mosquera, Arcos y a Vd., y a los postres pediré estas botellas y usted verá lo que somos los americanos, que en todo damos la preferencia al extranjero. A estas botellas de vino de Málaga, les he puesto de Mendoza, y a las de aquí, de Málaga.

- Eh bien, voyez vous-même. Quand nous avons pris possession du Chili en 1817, j’ai laissé dans ma maison de campagne quelque cinquante bouteilles de vin de Moscatel (3), un vin excellent que m’avait offert don José Godoy. Evidemment, je n’en avais plus le moindre souvenir mais il y a maintenant quelques jours, don Pedro Alvincula Moyano, qui, comme vous le savez, est le régisseur de ma chacra (4), m’a apporté une douzaine de ces bouteilles [il se référait ici au dépôt que sa droiture lui avait conservé]. Aujourd’hui, à table j’aurai Mosquera, Arcos et vous et au dessert, je demanderai ces bouteilles et vous verrez comme nous sommes, nous les Américains, qui en tout donnons la préférence à ce qui est étranger. A ces bouteilles de Málaga, j’ai mis des étiquettes de Mendoza et à celles d’ici, des étiquettes de Málaga.
(Traduction @ Denise Anne Clavilier)

Efectivamente, después de la comida, San Martín pidió los vinos diciendo: “Vamos a ver si están Vds. conformes conmigo sobre la supremacía de mi Mendocino”. Se sirvió primero el de Málaga con el rótulo Mendoza. Los convidados, dijeron a lo más, que era un rico vino pero que le faltaba fragancia. En seguida, se llenaron nuevas copas con el del letrero Málaga, pero que era de Mendoza. Al momento prorrumpieron los dos diciendo: - ¡Oh! hay una inmensa diferencia, esto es exquisito, no hay punto de comparación.
El general soltó la risa, y les lanzó: - Ustedes son unos pillos que se alucinan con el timbre, y en seguida les contó la trampa que había hecho.

Effectivement, après le repas, San Martín demanda les vins en disant : « Nous allons voir si vous êtes d’accord avec moi sur la suprématie de mon Mendoza. » On servit d’abord le Málaga avec l’étiquette Mendoza. Les convives dirent qu’il fallait bien reconnaître que c’était un bon vin mais qu’il lui manquait du bouquet. Aussitôt, on remplit de nouveaux verres avec le vin étiqueté Málaga mais qui était de Mendoza. Sur le champ, les deux hommes s’exclamèrent : « Oh, il y a une immense différence, celui-ci est exquis, il n’y a pas de point de comparaison. »
Le général éclata de rire et leur lança : « Vous ne manquez pas de culot, vous. L’étiquette vous fait divaguer ». Et il leur raconta aussitôt le piège qu’il leur avait tendu.
(Traduction @ Denise Anne Clavilier)

Les mémoires du colonel Olazabal, titrée Episodios de la Guerra de Independencia, ont été rééditées par l’Instituto Nacional Sanmartiniano en 1942 (avant la nationalisation de l’institut, dans ses toutes premières années d’existence).



(1) Il ne s’agit pas d’une maîtresse, comme certains auteurs l’affirment sans preuve, mais d’une patriote qui a beaucoup fait pour la cause de l’indépendance. C’est à cette riche patricienne que San Martín confiera ses armes au moment de quitter Mendoza pour Buenos Aires à la fin de cette même année et c’est chez elle aussi que sa fille Mercedes viendra les rechercher en 1833 pour les lui rapporter à Paris trois ans plus tard. Ces mêmes armes qui ont été léguées à l’Argentine par la petite-fille, Josefa Balcarce San Martín, à la fin de sa longue vie, dans les années 1920, et qui sont aujourd’hui réparties entre le Museo Histórico Nacional, à San Telmo, et le Museo del Regimiento de Granaderos a Caballo, à Palermo, tous les deux à Buenos Aires.
(2) L’armée des Andes est celle constituée par San Martín à Mendoza, San Juan et San Luis de 1814 à 1816 pour traverser la cordillère et libérer le Chili en janvier-février 1817.
(3) Célèbre vin espagnol produit à partir du cépage homonyme. Le raisin moscatel peut donner un vin sec très aromatique et un vin liquoreux. Il est probable qu’ici il s’agit de la version liquoreuse si les pratiques de table ne sont pas très éloignées des nôtres. Ce qui nous permet de tirer de la suite du récit une information fort intéressante sur le savoir-faire des vignerons mendocins dès cette époque : ils produisaient eux aussi des vins liquoreux, ce qui est normal puisqu’ils faisaient sûrement le vin de messe, dont la bouteille doit pouvoir rester ouverte pendant plusieurs jours sans que le vin tourne, et ils étaient déjà de qualité.
A Mendoza, la viticulture a beaucoup évolué dans la deuxième moitié du 19e siècle, lorsque de nouveaux cépages ont été importés depuis l’Europe, surtout depuis la France, comme le célèbre Malbec qui est l’emblème des vins argentins, et que les différentes régions composant l’Argentine se sont peu à peu spécialisées : vigne et maraîchage à Mendoza, vigne à San Juan, blé et élevage bovin à Buenos Aires et Santa Fe, yerba mate et agrumes à Corrientes, yerba mate et goyave à Misiones, maïs et pommes de terre à Salta et Jujuy, élevage ovin dans les provinces du sud de la Patagonie, etc.
(4) Cette incise montre le cours du temps. Il est fort peu probable que San Martín ait rappelé ce détail puisque Olazabal faisait la navette entre la chacra et la maison de Josefa Huidobro où résidait San Martín. Il savait donc parfaitement qui était cet homme mais quarante ans plus tard, il a besoin d’informer son lecteur et il le fait à l’ancienne, en complétant la citation plutôt qu’en faisant une note en bas de page, comme l’homme né en 1800 qu’il est.
Alvincula Moyano est resté le régisseur de la chacra de Mendoza jusqu’à sa mort, intervenue pendant que San Martín vivait en exil à Paris. Il nous reste une partie de leur correspondance et j’en ai présenté une lettre dans San Martín par lui-même et par ses contemporains, publié aux Éditions du Jasmin.

mercredi 8 avril 2020

Sourire du jour [Humour]

Daniel Paz et Rudy rendent hommage ce matin dans leur vignette du jour aux scientifiques de l’Instituto Malbrán et à sa récente découverte. Ils en profitent pour dénoncer l’incivisme de certaines copropriétés qui, là-bas comme ici, expulsent de leur logement les soignants qu’on applaudit par ailleurs aux fenêtres chaque soir.


Le journaliste : Comment avez-vous abouti à cette importante découverte scientifique ?
Le ou la scientifique : C’est que nous passons 24 h sur 24h au Malbrán pour étudier le virus.
Le journaliste : Quoi ? Le soir, vous ne rentrez pas chez vous ?
La ou le scientifique : Non, les gens de la copro ne nous laissent pas entrer dans l’immeuble.
Página/12 du 8 avril 2020
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Les animaux sauvages s’aventurent chez les hommes [Actu]

Un manchot découvre le macadam d'une rue de Miramar
(photo La Nación)

En Argentine, comme partout ailleurs, on voit la faune sauvage s’ébattre sur les territoires abandonnés par les humains confinés chez eux. C’est ainsi qu’on a pu observer récemment deux animaux très peu urbains dans deux stations balnéaires de la province de Buenos Aires : un manchot sur la plage puis dans les rues de Miramar et un carpincho (1), cochon d’Inde géant de 50 kg pour 1 m. de long, dans les rues de Necochea !

Un carpincho un peu curieux à Necochea...
C'est gros mais ce n'est pas méchant !

Pour aller plus loin :


Extrait de Le Caïman amoureux
Contes animaliers d'Argentine
Editions du Jasmin
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(1) Il est question du carpincho dans Contes animaliers d’Argentine, que j’ai publié aux Éditions du Jasmin. Mais j'ai choisi une autre dénomination (chaque animal autochtone en a plusieurs), celui de capybara.

Contribution argentine à la lutte contre le covid-19 [Actu]

"Pure souche", clame le gros titre
avec un jeu de mots entre cepa viral (souche virale)
et la notion d'origine portée par l'expression toute faite "de pura cepa",
ce qui en France correspondrait à "appellation contrôlée"

L’un des grands centres argentin de microbiologie qui a pris la tête des recherches fondamentales sur le corona virus, vient de marquer un point important dans la lutte contre la maladie qui met l’humanité au tapis : en analysant et en cultivant les prélèvements réalisés sur trois patients diagnostiqués en Argentine, vingt-cinq chercheurs et techniciens de l’Institut ANLIS-Malbrán, de Buenos Aires, ont séquencé le génome complet de trois souches virales distinctes du Sars-Cov-2, le coronavirus à l’origine du covid. L’une proviendrait d’Asie, une autre d’Europe et la troisième des États-Unis. Les trois circulent actuellement en Argentine, ce qui correspond très bien aux types de relations internationales dominantes dans le pays.

Comme toute la communauté scientifique partout dans le monde affirme que le virus est très stable et qu’il ne mute que de manière périphérique, il est probable que ces souches se distinguent par des caractères secondaires qui n’affectent pas la manière dont le virus se reproduit, une fois qu’il est entré dans l’organisme.

Ces résultats ont été envoyés à une plateforme internationale spécialisée jusqu’à l’irruption de le nouvelle pandémie dans l’étude de la grippe, le GISAID, qui les a publiés.

La découverte devrait permettre d’affiner les outils de diagnostic et sans doute accélérer les recherches sur un prochain vaccin. L’Argentine en tire un avantage international et une fierté nationale, ce qui n’est pas à négliger dans la situation actuelle. Elle devrait aussi devenir plus autonome dans la production de réactif pour les tests à l’heure d’une pénurie généralisée.

Cette réussite a été saluée hier par une visite que le président argentin et le ministre de la Santé, lui-même médecin universitaire ont rendue à l’institut. Petite cerise sur le gâteau : la branche de l’institut Malbrán qui a obtenu ces résultats est dirigée par une femme. Cela tombe bien puisque le président Alberto Fernández les avait mises en avant dès sa prestation de serment, en décembre dernier.

Seul Página/12 a traité l’information en une et il en a fait son sujet principal.

Pour en savoir plus :

vendredi 3 avril 2020

Un bon anniversaire à un copain d’école [Actu]

C’est le Journal de confinement paru aujourd’hui dans Página/12 mais dessiné hier par Daniel Paz. L’artiste a profité de la date du 2 avril, un jour férié en Argentine comme on l’a vu hier, pour saluer l’un de ses anciens copains de l’école primaire.

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ou allez sur le site de Daniel Paz

"Cher Journal. Hier, ma femme m’a montré une photo de Beto quand il était petit. Plus ou moins de l’époque où nous sommes rencontrés. Moi, j’étais à l’école primaire et lui est arrivé en cours d’année. On est devenu amis tout de suite. Un jour, il m’a invité chez lui, rue Elpidio González. Là, autour d’un lait au chocolat, il m’a fait écouter le disque de Serrat (1) consacré à Antonio Machado (2). Beto le connaissait par cœur et il me racontait de quoi parlait chaque chanson. Celle qui m’a ému et qui encore aujourd’hui me donne la chair de poule, c’est Cantares, la première sur le disque. Peu de temps après, nous avons fini l’école primaire et chacun a suivi son chemin. Moi, je suis devenu dessinateur, lui avocat et aujourd’hui, il travaille comme président de la Nation. Je profite du jour de son anniversaire pour le remercier pour cet après-midi-là, que nous avons passé assis à côté du pick-up, à découvrir de la musique.
Merci Beto. Continue comme ça : le chemin se fait en marchant." (2)
Traduction © Denise Anne Clavilier

Le président argentin, Alberto Fernández, est né le 2 avril 1959. Il fêtait hier, noyé sous le travail, ses 61 ans. C'est un fin musicien, qui aime jouer de la guitare.



(1) Joan Serrat, célèbre auteur-compositeur interprète espagnol, de culture catalane, que la gauche argentine adore.
(2) Antonio Machado (1875-1939), grand poète sévillan, républicain espagnol, mort à Collioure, dans les Pyrénées Orientales. Il est l’auteur de ce poème, Cantares, dont les vers les plus somptueux ont fait le tour du monde hispanophone et hispanisant : « Caminante, no hay caminose hace camino al andar. Al andar se hace el camino » (toi qui chemines, il n’y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant. En marchant, se fait le chemin).

jeudi 2 avril 2020

L’Argentine commémore la guerre des Malouines façon confinement [Actu]

Nous avons supporté la faim, le froid pendant plus de 60 jours
en luttant contre une des meilleures armées du monde
et toi, tu ne peux pas supporter
de rester chez toi pendant 14 jours !

Aujourd’hui, comme tous les 2 avril, l’Argentine commémore la guerre des Malouines de 1982. Et comme le pays est en confinement, de nombreuses propositions sont faites sur Internet avec du théâtre et des activités muséographiques.

Aujourd’hui, s'enorgueillit le ministre de la Défense, l’armée est au service de la population civile, attelée à des missions liées à la crise sanitaire. Différentes prises d'armes ont eu lieu, seules manifestations collectives admises dans cette période particulière.

Les Argentins rappellent en ce jour leur souveraineté historique sur l’archipel sud-atlantique qui a été attaqué par surprise, sans déclaration de guerre, par la Royal Navy en janvier 1833.


En 1982, la guerre a fait un grand nombre de morts du côté argentin, dont beaucoup reposent encore de façon anonyme sur les îles. C’était des jeunes appelés qui avaient à peine fait leurs classes et qui étaient très mal vêtus et très mal armées.

Ce soir, à 18h, les Argentins sont appelés à faire une minute de silence à leurs fenêtres et à 21h, à arborer le drapeau national et chanter l’hymne.

Pour en savoir plus :

mercredi 1 avril 2020

Un peu de comprenette écolo avec Daniel Paz [Humour]

Sans autre commentaire !

Daniel Paz, dans Página/12 de ce jour
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Titre général : Journal de confinement par Daniel Paz (1)

A gauche, l’interview de Sars-Cov.2, l’affreux du moment.
Question : Quel est votre plan maintenant que vous êtes entré dans un être humain ?
Réponse : Comme d’habitude. Croître et nous multiplier dans ce lieu si génial et plein de ressources.
Q : Êtes-vous conscient que vos modes de reproduction et de consommation provoquent des dommages dans l’écosystème qui vous permet de vivre ?
R : De quoi parlez-vous ?
Q : Vous n’entendez pas cette terrible toux ? Si vous continuez comme ça, l’être humain va avoir une pneumonie et il cessera de respirer.
R : Ne soyons pas alarmistes. La respiration est bien surévaluée.
Q : Vous les virus, vous devriez changer votre conduite parasitaire et arrêter de vous reproduire. Si non, vous allez détruire l’être humain.
R : Ce n’est pas le moment de freiner l’économie. Si l’être humain s’effondre, nous irons chez un autre être humain et c’est tout.

A droite, l’interview de l’homme
Question : Les humains devraient changer leur mode de consommation et contrôler leur natalité. Sinon, ils vont détruire la planète.
Réponse : Ce n’est pas le moment de freiner l’économie. Si la planète s’effondre, nous irons dans notre résidence jusqu’à ce que tout ça soit fini (2).
Q : La résidence, ça fait partie de la planète.
R : Ça, c’est votre opinion !

Encadré à droite en bas :
Cher journal
Beaucoup de gens disent que les virus, c’est nous, les humains. Je crois que d’une certaine manière, nous sommes pires que les virus. Si l’organisme qui les accueille meurent, ils peuvent partir ailleurs. Pas nous.
Notre avantage, c’est que le virus ne pourra jamais être conscient du fait qu’il est en train de détruire son écosystème. Nous, en revanche, nous pouvons en prendre conscience et agir. Le ferons-nous ?
Traduction @ Denise Anne Clavilier



(1) Daniel Paz tient ce journal dans les colonnes de Página/12 avec une vignette tous les jours presque depuis le début du confinement en Argentine.
(2) Le country est un quartier privé, presque fortifié, ceint d’une clôture maçonnée, souvent surmontée d’une protection électrifiée, avec un portail d’entrée gardé par des vigiles, où les transports en commun n’entrent pas et où la vie est organisée par un règlement de copropriété. Le country a souvent son école (privée bien sûr), ses lieux de culte, une maison médicale ainsi que quelques commerces, dont une pharmacie. Il est installé en marge des grandes villes, en pleine campagne, relié par une bretelle privée à la grand-route la plus proche.

En Argentine, il est interdit de licencier [Actu]

Première page du journal officiel de la République argentine
publié cette nuit (en date du 31 mars 2020)
Le DNU (ordonnance) sur les licenciements est le troisième point du sumario
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Cette nuit, le gouvernement argentin a fait publier un supplément au journal officiel pour publier une nouvelle série d’ordonnances dont une qui interdit pour une durée de 60 jours les licenciements et les interruptions de salaire sans cause réelle et sérieuse (sin causa justa) (1) ainsi que ceux qui sont motivés par la diminution d’activité, le manque de travail ou le cas de force majeure.

Gros titre : "Le Gouvernement interdit pour 60 jours
les licenciements et les interruptions de salaire"
tandis que sa photo est pour Central Park à New York
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Or deux entreprises technologiques de taille nationale, Techint puis, quelques jours après, Mirgor, viennent de licencier l’une 1.450 salariés, l’autre 755, en profitant du confinement alors que le gouvernement menait des négociations avec les organisations patronales pour établir des mesures de soutien aux entreprises et à l’emploi. Le gouvernement est très vite intervenu en obligeant Techint à réintégrer l’ensemble des salariés remerciés et à négocier un plan social, ce qui va obliger l’employeur à justifier sa décision. Il va sans doute en aller de même pour Mirgor.

Première page du décret
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Par ailleurs, le gouvernement a établi différentes mesures au bénéfice des PME, parmi lesquelles des délais de paiement, des exemptions temporaires d’impôts et contributions sociales et l’instauration d’un fonds d’aide financière.

"L'Etat répond présent", préfère titrer Página/12
en valorisant par l'image l'industrie lourde
qui n'est pas la plus développée en Argentine

Pendant ce temps-là, depuis deux ou trois jours, tous les soirs à 21h30, l’opposition met en musique des concerts de casseroles aux fenêtres et lance des mots d’ordre sur les réseaux sociaux pour exiger que les politiques en poste, élus ou nommés, renoncent à une partie de leurs indemnités de mandat ou de leurs rémunérations de fonction. Le plus curieux, c’est que pour le moment, personne à la Ville Autonome de Buenos Aires, gouvernée par une majorité de droite, n’a annoncé le moindre renoncement à quoi que ce soit. En revanche, à la Chambre des députés nationale, dominée par une majorité de gauche, le président Sergio Massa (péroniste rallié à Alberto Fernández) lance les opérations sur le sujet. Au Sénat, rien n’est encore en route mais sa présidente, la vice-présidente Cristina Kirchner, est en quarantaine pour une dizaine de jours encore car elle rentre de Cuba où sa fille était soignée depuis une dizaine de mois.

Pour en savoir plus sur les mesures concernant les licenciements :



(1) En temps normal aussi, le licenciement sans cause réelle et sérieuse est interdit. Encore faut-il que la victime de cette manœuvre ait les moyens de faire reconnaître cette absence de cause par un tribunal. Il va donc falloir maintenant que l’employeur ait de solides arguments et des preuves contre un salarié pour le licencier. Un licenciement maintenant est a priori suspect.