lundi 25 mars 2013

Reprise des concerts auvergnats de Taquetepa [ici]


Le trio Taquetepa, que les lecteurs de Barrio de Tango connaissent bien, reprend à la fin de la semaine ses concerts tango, jazz, folclore et musique contemporaine populaire en général, dans et autour de Clermont-Ferrand, leur port d'attache lorsque le guitariste-bandonéoniste Daniel Pérez et la flûtiste Marie Crouzeix sont en France (le reste du temps, ils sont à Buenos Aires).


Ils seront ce samedi 30 mars 2013 à 21h au Petit Théâtre de Vichel. Entrée 10 €. Attention, regardez bien l'affiche, la réservation est obligatoire...


Le dimanche 7 avril 2013, à 18h, ils assureront la première partie de la soirée autour de la projection d'un film inédit, dans le cadre de la 12ème semaine du cinéma hispanique, organisé par trois cinémas de la ville de Clermont-Ferrand. Le concert aura lieu à la Salle Conchon.


Enfin le 9 avril 2013, toujours à Clermont-Ferrand, à 20h cette fois, nouvelle expérience de concert dans le noir, dans la salle Georges Guillot. Concert gratuit (on ne vous fera pas payer l'éclairage de la salle).

Une parole européenne et [néanmoins] honnête sur le Pape François [Actu]


Capture d'écran sur le site de France Culture

Comme le savent mes lecteurs assidus, j'ai le plus grand respect pour la rédaction de Página/12, que je cite souvent dans ces colonnes, et en particulier pour l'un de ses journalistes, le spécialiste des droits de l'homme qu'est Horacio Verbitsky. Je suis convaincue que l'homme est honnête et sincère et je sais qu'il a beaucoup fait dans la lutte pour la démocratie dans son pays (1). Comme tous les citoyens de bon sens, je suis offusquée et choquée que des journaux de l'opposition fassent circuler sur lui des bruits infamants pour discréditer son combat et son travail. Cette technique est odieuse, elle est abjecte et malhonnête et elle déshonore ceux qui s'y livrent. Il n'en reste pas moins vrai que ce journaliste brillant se trompe du tout au tout lorsqu'il parle de l'Eglise (et du clergé) dont il croit, à tort, qu'elle fonctionne ou devrait fonctionner comme un parti politique ou une ONG militante qu'elle n'est pas, qu'elle n'a jamais été et qu'elle ne sera jamais (2). En cela, Horacio Verbitsky ne se distingue d'ailleurs pas d'un grand nombre d'intellectuels athées, voire anti-religieux, dans tout le monde occidental, en Europe comme en Amérique, qui croient qu'ils sont libres parce qu'ils considèrent les phénomènes religieux comme des délires d'autres hommes.

Ces derniers jours dans les pages de Página/12, pour soutenir ses thèses hostiles au Cardinal Bergoglio et donc au Pape François (3), Horacio Verbitsky nous a accusés, nous les Européens, d'être indifférents aux souffrances qui furent celles de l'Argentine sous la Dictature parce que ces thèses ne trouvent plus guère d'échos dans nos médias fiables et sérieux, après avoir excité pendant 48 heures le goût du scandale et du crapoteux de notre presse écrite et audiovisuelle en général (ce qui a fait espérer un temps à la rédaction du quotidien argentin que sa vision des choses serait répercutée par les journalistes partout dans le monde). Il va plus loin : cette indifférence qu'il nous prête constituerait, selon lui, une explication à l'enthousiasme, si manifeste dans la population générale, dans le clergé et dans nos médias, envers la personnalité du nouveau Pape.

Le journaliste attribue ainsi à notre ignorance, à notre indifférence et à la distance physique qui sépare l'Europe de l'Argentine un écart d'analyse qui repose en fait sur tout autre chose : notre propre expérience de la dictature (4) qui remonte à plus de soixante ans. Je veux parler de l'effroyable occupation nazie sur une immense partie de notre continent qui a entraîné lutte armée de défense (ce que nous n'appelons pas guerrilla mais résistance) et par conséquent une série de dénonciations, d'arrestations arbitraires, d'exécutions sommaires, de prise d'otages, de tortures, de déportations, bref des crimes de guerre dont l'horreur a été telle qu'elle a conduit une communauté des vainqueurs longtemps indifférente au sort des populations civiles à inventer le concept de crimes contre l'humanité. Ce temps écoulé est celui qui nous a été nécessaire pour passer d'une lecture polémique et partisane de notre propre histoire et des fractures idéologiques qu'elle a provoquées dans nos sociétés (lecture dans laquelle l'Argentine est encore plongée, trente ans seulement après la fin de son cauchemar) à une autre lecture, historique et méthodique, réalisée par des historiens et non plus par des journalistes ou des militants (5). A travers ces travaux de recherche, nous découvrons aujourd'hui, souvent avec surprise, la complexité et la subtilité des prises de position et des actions des uns et des autres dans ces années de plomb qui furent les nôtres et nous apprenons que ceux qu'en raison de leur appartenance à tel ou tel métier, à tel ou tel corps social, à tel ou tel parti politique, nous avions si facilement tenus pour des héros n'en étaient pas toujours et que ceux qui furent honnis, collectivement eux aussi et sur des on-dits et des légendes, se sont, plus souvent qu'on ne croyait, comportés avec honneur et qu'ils sont parfois morts sans en avoir fait état même au sein de leur propre famille. Plusieurs fois au cours du demi-siècle, nous avons vu des personnalités en vue, crédibles, accuser d'autres gens en avançant des preuves plus que contestables et avoir, plusieurs années plus tard, le courage de reconnaître leurs erreurs, comme l'ont fait le père Jaliks et le prix Nobel de la Paix Pérez Esquivel que Verbitsky traite en girouette ces derniers jours.
Faire passer ce type de regard, méthodologiquement distancié et dépassionné grâce à un long effort de digestion historique, pour une nouvelle forme de notre mépris envers les pays de l'Amérique du Sud est injuste et profondément blessant pour des journalistes qui cherchent à faire honnêtement leur travail et pour tous les passionnés de ce continent des antipodes dont nous sommes nombreux en Europe à tâcher de faire connaître, au prix d'un labeur incessant auprès de nos compatriotes, la richesse culturelle, politique et historique et le dynamisme intellectuel.

A l'intention donc des Argentins qui me font l'honneur de consulter ce blog, je signale l'émission politique de la station de radio publique France Culture, produite et animée tous les dimanches par le sociologue et journaliste Philippe Meyer, sous le titre L'esprit Public. Hier matin (24 mars 2013), cette table-ronde radiophonique de politologues et de journalistes a consacré une longue partie de son débat pluraliste à l'élection du nouveau Pape, à sa trajectoire ecclésiale et aux attentes du public quant à ce nouveau pontificat (6).
Cette émission, écoutable à la demande et podscatable gratuitement, fait, me semble-t-il, la lumière une fois pour toutes sur les différences d'appréciation, par ailleurs tout à fait respectables, entre la gauche athée argentine (et un peu au-delà de ce pays) et le reste du monde sur ce point précis de l'histoire récente.

Pour en savoir plus :
connectez-vous à la page de l'émission.
Quant à ceux qui préfèrent la télévision, France 5 a déjà consacré à cette élection plusieurs numéros de son émission de débat C dans l'air, rediffusée aussi sur TV5 et disponible en replay sur le site Internet de la chaîne (dans un délai limité à une semaine, tandis que L'Esprit Public reste consultable sans limitation de durée). Le délai institué par France 5 étant écoulé, ne sont plus visibles en ligne que certains reportages extraits de l'émission consacrée au Pape François (intitulée Un pape sympa) le 14 mars 2013 (aucun extrait des débats n'est plus visible).
Pour vous connecter néanmoins à la page de C dans l'air sur le site Internet de France 5, cliquez sur le lien.


(1) Pour mettre les choses en perspective pour le lecteur européen, Horacio Verbitsky et le Pape sont de la même génération. Donc Verbitsky n'est pas un "journaliste prometteur" qui a encore trente ans de carrière devant lui pour rattraper le coup. De son point de vue, ce qui vient d'arriver l'atteint dans sa crédibilité à la fin de sa carrière et il voit sa bête noire dans une situation exactement inverse à la sienne, accédant à un ministère dont il croyait lui avoir définitivement barré le passage. Pour quelqu'un qui défend la démocratie, c'est dur de se retrouver en opposition frontale avec les médias de vieille tradition démocratique. Sur un plan humain, on ne peut que saluer ses collègues qui restent à ses côtés et répéter qu'il se grandirait à reconnaître qu'il s'est trompé...
Cristina de Kirchner, quant à elle, a soixante ans. En femme politique responsable qui a encore de belles années d'action devant elle, elle avait intérêt à ne pas s'attarder dans des positions belliqueuses qui auraient affaibli son crédit sur le plan international et l'auraient rendu peu sympathique auprès d'un électorat assez ébloui par la "réussite" d'un enfant du pays, voire sincèrement acquis au Pape dans son ministère pétrinien, ce qui ne présume en rien de ce qu'elle a pu vivre à titre personnel dans la rencontre qu'elle a eue le 18 mars dernier avec le Pape à la Maison Sainte Marthe (elle semble bien en être sortie intimement touchée).
(2) Pour ceux qui ne savent toujours pas sur quelle réalité l'Eglise est fondée depuis mille neuf cents ans, je rappelle qu'il s'agit de l'impérieuse nécessité pour tous les chrétiens de proclamer un Dieu nommé Jésus, mort sur la croix et ressuscité, donc vivant parmi nous aujourd'hui. Son objet n'est donc pas la lutte pour la justice sociale ni même celle des droits de l'homme car quelque indispensable qu'elles soient l'une et l'autre, elles appartiennent toutes les deux à la sphère du politique ("Rendez à César ce qui appartient à César"). En revanche, ces deux thématiques sont des conséquences pratiques qui découlent logiquement et implacablement de la raison d'être de cette communauté de croyants, à savoir, comme je l'ai dit plus haut, la confession d'un dieu crucifié et ressuscité, qui est la source de la Vie ("et à Dieu ce qui appartient à Dieu"). Personne ne peut rien comprendre à l'Eglise et à son comportement visible et terrestre, a fortiori se permettre de le juger, s'il écarte de ses critères d'appréciation la réalité spirituelle sur laquelle elle est fondée, comme l'a, au reste, suggéré le Pape lui-même au lendemain de son élection, en adressant aux cardinaux une homélie magistrale et limpide : "Si elle ne confesse pas le Christ crucifié, l'Eglise n'est qu'une piètre ONG" (et en effet, si on la jugeait sur les critères valides pour les ONG, l'Eglise n'en mènerait pas large, mais c'est normal, ce n'est pas une ONG, c'est une communion spirituelle).
(3) Cette enquête sur Bergoglio repose, comme on l'a déjà vu dans d'autres articles, sur les dénonciations verbales de certains prêtres en conflit ouvert avec leur supérieur pendant la Dictature, et ce supérieur était Bergoglio. Or jamais des dénonciations ne peuvent faire office de preuves ni dans un Etat de droit ni dans la déontologie d'un chercheur ou d'un journaliste. Cette enquête représente néanmoins une partie importante du travail de Verbitsky et il lui a fallu du courage [mal placé sans doute, mais du courage tout de même] pour s'attaquer à un archevêque dans une Argentine qui reste très catholique. C'est même une des choses qui l'a fait connaître et qui a fait avancer la prise de conscience des Argentins sur les dégâts provoqués dans leur société par le système de mensonges institutionnalisés mis en place par la Dictature pour assurer son emprise sur le pays. Il est donc très humain qu'il veuille en soutenir le contenu et la véracité et qu'il soit très mécontent de voir que les témoins sur lesquels il s'est appuyé défendent maintenant d'autres positions (et ce retournement date d'il y a plusieurs années). A titre personnel, je comprends donc qu'il reste sur ses positions mais cela n'empêche pas qu'il se trompe. Or depuis dix jours, il a pris acte des déclarations qui s'opposent à sa version des choses, ce qui est honnête de sa part, et il n'a pas prouvé que ces retournements des témoins relevaient d'autre chose que de leur sincérité et de leur libre arbitre. Il est donc singulièrement surprenant et décevant de le voir attribuer des intentions tordues à des confrères étrangers qui prennent un chemin tenant compte des déclarations des dénonciateurs "repentis", que ce soit le père Jaliks, en Allemagne, ou le prix Nobel de la Paix argentin Pérez Esquivel.
(4) Je parle ici de l'Europe atlantique bien entendu, et non pas de l'Europe de l'Est, dont l'expérience des dictatures totalitaires communistes s'est prolongée jusqu'en 1989.
(5) A noter cependant qu'en Argentine, il n'y a toujours pas de différence claire de nature entre le métier d'historien et celui de journaliste. Les deux sont encore très liés l'un à l'autre par le fait que l'un comme l'autre nourrit le même débat qui reste largement idéologique et militant comme je l'ai dit à plusieurs reprises ici en parlant du Bicentenaire, de San Martín et de certains historiens comme Norberto Galasso et Felipe Pigna et comme j'aurai l'occasion d'en parler à nouveau lorsque je présenterai d'ici quelques semaines mon prochain livre, Tango Negro, dont je signe la version française avec l'auteur de l'essai original paru en Argentine, Juan Carlos Cáceres, lequel prend lui aussi la militance pour de l'histoire malgré ses presque cinquante ans de vie dans notre pays qui auraient pu et dû l'aider à séparer les deux activités.
(6) A la fin de l'émission, vous entendrez Philippe Meyer reprendre les éléments du débat en comparant d'une manière sévère mais juste la prétendue affaire des jésuites Yorio et Jaliks (arrêtés et torturés puis libérés et expulsés d'Argentine grâce à un Jorge Bergoglio qui les aurait exfiltrés, eux ou d'autres prêtres dans la même situation, sur ses propres deniers pour les mettre à l'abri à l'étranger) à la rumeur dite d'Orléans. Pour mes lecteurs sud-américains, j'explique donc de quoi il s'agit : il y a une bonne quarantaine d'années, sinon plus, un horrible bruit a couru dans la ville d'Orléans. Il prétendait qu'un certain nombre de femmes avaient été enlevées dans les cabines d'essayage des magasins d'habillement. Les pouvoirs publics eurent beau répéter et montrer que les chiffres de la police n'indiquaient aucune croissance des plaintes pour disparition ni à Orléans ni ailleurs en France, les Orléanais et d'autres habitants du pays se mirent à éviter les magasins d'habillement et à regarder tous leurs voisins avec angoisse et méfiance, faisant régner dans cette belle ville historique un climat de peur irrationnelle résistant à toute expression du bon sens et alimenté par des récits délirants de gens qui croyaient avoir assisté à des choses qui n'avaient jamais existé que dans leur imagination. Philippe Meyer a consacré un important travail d'analyse aux dérives commerciales actuelles de nos médias vers l'exploitation immédiate et sans recul du spectaculaire et du crapuleux, il sait donc de quoi il parle lorsqu'il fait cette comparaison, juste mais très rude pour ses confrères, majoritairement argentins, qui accréditent encore et toujours un scandale forgé de toutes pièces à partir d'interprétations subjectives sans qu'aucune preuve judiciaire recevable n'ait jamais été produite. Et je crois avoir assez dénoncé dans ces colonnes le peu de connaissance de l'Amérique Latine chez un grand nombre de nos reporters et chez quelques pédants prétendument experts pour avoir le droit aujourd'hui d'envoyer mes lecteurs vers une émission de qualité, comme je l'ai fait récemment pour Thalassa (mon article du 28 février 2013).

Pour découvrir un Ariel Prat d'il y a seize ans... [Disques & Livres]


L'auteur-compositeur interprète et grand artiste actuel de la murga argentine Ariel Prat remet à la disposition de ses admirateurs l'un de ses premiers albums, qu'il avait enregistré en 1997, avec le groupe La Houseman René Band. En 1998, le CD fut réédité avec un ajout, celui d'une chanson d'encouragement pour l'équipe d'Argentine à la Coupe du Monde, vous savez ? celle qui s'est tenue en France et que l'Argentine n'a pas gagnée (il faut savoir partager dans la vie, chacun son tour), Aguante y juegue Argentina (Tiens bon l'Argentine et joue !).

Ce disque ancien, Marcado sobre la raya (pile sur la ligne, une expression footballistique ou tout autre chose que vous voulez y voir), sera téléchargeable à partir du 29 mars 2013 à 18 h (heure de Buenos Aires) sur le site Internet de l'artiste (et en intégralité) : www.arielprat.com.ar.

samedi 23 mars 2013

Ce qui s'appelle avoir la plume entre deux encriers [Actu]



La résistance de Página/12 est à la mesure de son implication dans la lutte pour les droits de l'homme et son combat pour que les criminels de la Dictature soient jugés (et condamnés). Deux articles dans l'édition de ce jour montrent l'hésitation crucifiante de la rédaction devant le nouveau Souverain Pontife, sur lequel il faut qu'elle renonce à ses a priori et c'est vraiment très dur...

L'un de ces articles décrit, au subjonctif, les supposés plans du Pape pour assainir la situation financière et morale de la banque du Vatican (institution pour les œuvres de la foi), or ils iraient très nettement dans un sens qui ne peut que recueillir les faveurs de ce quotidien encore incrédule devant un changement dont jamais ses journalistes n'auraient pu imaginer l'ampleur (qu'ils se rassurent, les chrétiens sont tout aussi estomaqués... et ravis, pour une écrasante majorité d'entre eux). Et au contraire de la semaine dernière, voilà que le journaliste fait crédit au Pape d'être entré récemment dans sa fonction et que personne ne peut donc juger encore validement de ses intentions et de son agir (dimanche dernier, Santiago O'Donnell était beaucoup plus sévère et affirmait avec aplomb que le Pape avait manqué à ses devoirs comme "chef des jésuites, chef de l'Eglise argentine et comme Pape"... Un comble, ceci dit sans m'attarder sur la notion politique du chef qu'agitait l'éditorialiste et qui ne s'applique en aucune façon aux ministères qu'a exercés Jorge Bergoglio -provincial des jésuites d'Argentine, évêque et désormais pape- et encore moins aux fonctions de président d'une conférence épiscopale nationale qu'il tenait jusqu'à il y a peu et qui ne confèrent à son titulaire aucun pouvoir hiérarchique sur ses confrères évêques des autres diocèses).

L'autre article tente d'analyser, avec des retours et des raccourcis historiques ahurissants (1), le changement de comportement d'un certain nombre de dirigeants sud-américains de gauche (2) qui entament depuis lundi un chemin de dialogue avec l'Eglise (ou avec le Vatican, c'est peut-être différent) dont ils avaient tous fait, plus ou moins ouvertement, leur bête noire jusqu'à il y a dix jours. Avec une méfiance résiduelle non dissimulée, Página/12 veut voir un geste significatif pour le futur du continent dans le fait que les deux premiers chefs d'Etat reçus par le Pape aient été des femmes et il l'interprète dans un sens encore obscur mais nettement politique. D'une manière largement trop machiavélique pour être juste, à vue d'observateur extérieur. Il était en effet normal que le Pape reçoive d'abord la Présidente de son propre pays et qu'il tente d'apaiser d'emblée la querelle qui existait entre eux et qui était de notoriété publique, qui avait même fait le tour des gazettes et des télévisions du monde entier dès le 14 mars au matin. Comment être fidèle à sa référence à saint François d'Assise en agissant autrement ? Quant à Dilma Roussef, elle est le chef d'Etat du premier pays où le nouveau Pape doit se rendre officiellement pour les Journées Mondiales de la Jeunesse, pays qui va faire de ce large rassemblement chrétien une sorte de répétition grandeur nature de tout ce qu'il lui faudra affronter, dans tous les domaines, politique, diplomatique, sécuritaire, médiatique, logistique, touristique, climatique..., pour les Jeux Olympiques dont il sera bientôt l'hôte. Dans les deux cas, l'enjeu était déjà gigantesque pour le Brésil avant l'élection de ce pape-ci, mais après, n'en parlons même pas !

Pourquoi aller voir là-dedans la soumission de ces deux femmes aux convictions politiques si solides à je ne sais quelle influence sournoise d'un Big Brother romain ?
Peut-être en partie parce que ce changement radical et inattendu à la tête de l'Etat invite cette rédaction à un virage à 190° qui n'est pas facile à négocier et sur lequel elle n'a eu aucun signe avant-coureur (3). La presse découvre ici l'importance de son indépendance intellectuelle par rapport au pouvoir en place et cela peut constituer un pas de géant dans l'appropriation de la démocratie par les Argentins.
Peut-être en partie parce que Videla, depuis sa prison, vient de saisir l'opportunité de l'élection d'un Argentin au trône de saint Pierre pour appeler l'Armée à faire un nouveau coup d'Etat contre un pouvoir qu'il estime irresponsable et illégitime
Peut-être en partie aussi parce que l'Argentine célèbre demain le triste anniversaire du coup d'Etat de ce même Videla, le 24 mars 1976, qu'elle a transformé en jour de la Mémoire pour la Vérité et la Justice et que Cristina de Kirchner a devancé hier les commémorations par l'inauguration d'un nouveau centre de la mémoire dans le Gran Buenos Aires, dans un ancien lieu de détention clandestin, et un grand discours sur le devoir des Argentins, au nom des 30 000 disparus, de se tenir aux côtés des plus faibles -voir la une du journal en illustration (4)- un discours qui en effet n'est pas dans sa thématique ordinaire et rappelle indubitablement les propos les plus insistants du Pape depuis son élection (c'était le même avant, mais avant, la gauche n'entendait pas). Cristina de Kirchner a aussi martelé, ce qu'elle fait depuis quelques temps déjà, que ce thème des droits de l'homme, de la justice politique et de la justice sociale, intéresse tous les citoyens du pays et ne doit pas être l'apanage d'une seule partie de l'échiquier politique (c'est-à-dire le sien). Ce en quoi elle a bien raison et on attend donc avec impatience que la droite et aussi les opposants de gauche viennent la rejoindre dans ce combat-là qui constitue, comme elle le dit, un patrimoine commun à tous les Argentins et sur lequel ils pourraient et devraient tous tomber d'accord. C'est encore loin d'être le cas (5) et c'est ceux-là même qui restent de leur propre volonté en-dehors de ce mouvement d'union sacrée qui accusent la Présidente d'être sectaire en la matière ! (6)

Pour aller plus loin :
lire l'article sur les changements politiques en Argentine et un peu au-delà
Lire l'article sur l'intervention de la Présidente dans le cadre des commémorations du Día de la Memoria para la Verdad y la Justicia.


(1) Le pontificat de Jean-Paul II y est en particulier confondu avec le règne du néolibéralisme complètement dérégulé des années Reagan et Thatcher. Alors que rarement à cette époque-là ce néolibéralisme-là n'eut d'adversaire plus déterminé que le Pape en question ! Certes, dans les années 80 et 90, l'Argentine se débattait dans l'épouvantable agonie de la dictature (après la saignée d'une partie de sa jeunesse fauchée aux Malouines en plus des disparitions politiques) et elle a eu à peine le temps de s'en remettre qu'elle a été confrontée au raz-de-marée de cet ultra-capitalisme déréglementé favorisé par Carlos Menem et ses privatisations infernales (qui ont englouti les fleurons argentins qu'étaient Aerolineas et YPF, sans parler de la destruction de ce qui restait du système de sécurité sociale) et qui ruina son économie en dix ans (jusqu'à la faillite nationale de décembre 2001). Les positions du Pape n'étaient donc pas la priorité du moment pour les militants de gauche (que sont les journalistes de Página/12). Mais tout de même, identifier aujourd'hui le règne de Jean-Paul II à celui du grand capital (quand il a été celui de sa dénonciation très virulente), c'est inouï. Comment voulez-vous qu'au Vatican, on ne dise pas de ce journal qu'il est anticlérical avec de telles distorsions de la réalité historique !
(2) Le 19 mars, je vous parlais de ce visage rayonnant qu'on avait vu à Rafael Correa, un des grands admirateurs de Chávez, lorsqu'il a salué le Pape dans la Basilique Saint- Pierre après la messe d'installation. Nul n'aurait pu imaginer une telle réaction dans cette circonstance-là chez cet activiste enflammé, même devenu chef d'Etat (et réélu récemment de manière triomphale). Voir mon article du 19 mars 2013.
(3) "Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas ni d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit". (Jean 3, 8, dans la traduction liturgique catholique). Grande lecture du temps pascal, celui qui suit le Dimanche de Pâques (celui qui précède, c'est la Semaine Sainte, tous les journalistes français confondent les deux, à part les médias chrétiens, Dieu soit loué). "El viento sopla donde quiere y oyes su voz, pero no sabes de dónde viene ni a dónde va. Así es todo el que nace del Espiritu." (traduction Biblia de Jerusalén, édition 1999).
(4) Les manchettes, en haut, montrent la vignette de Paz et Rudy, avec un dialogue à mourir de rire entre nos deux chipies de la haute société argentine qui se plaignent cette fois-ci que la Présidente ait appelé à renoncer à la haine entre Argentins (mais on pourrait faire le même dessin pour railler les gens de gauche, la haine est équitablement répartie), un titre sur la victoire, en sélection pour le prochain Mondial, de l'équipe argentine 3 à 0 contre l'équipe du Vénézuela au maillot couleur bordeaux (d'où cette expression vino tinto, "Le vin rouge, l'Argentine n'en fait qu'une gorgée" pourrait-on traduire) -quel fair-play dans l'humour, n'est-ce pas ?- et tout à droite une nécrologie, celle du pianiste Gerardo Gardini, qui a fait carrière plus dans le jazz que dans le tango, tout en ayant été un temps le pianiste de Astor Piazzolla, après quoi il a aussi été l'un des arrangeurs du rockeur Fito Páez.
(5) Voir aussi à ce propos l'appel au dialogue que le Pape a lancé à la foule rassemblée autour de la cathédrale le 19 mars avant l'aurore (il était 3h30 à Buenos Aires quand il a appelé le recteur de son ancienne cathédrale). Et le Pape n'a pas bigophoné juste pour lui faire entendre le son de sa voix !
(6) Voir les réactions de l'opposition au lendemain du retour cet été de la frégate Libertad, à Mar del Plata. Mauvaise foi et culot inouï dans la mauvaise foi. Voir le corps de l'article et la note 5, ajoutée le lendemain.

Tango en Tres présente son nouveau CD dans un caveau de Monserrat [à l'affiche]



Le trio Tango en Tres vient de présenter, il y a quelques semaines, son deuxième disque, intitulé Caminos. C'est un groupe dont je parle rarement, surtout par faute de disponibilité (il se passe trop de choses à Buenos Aires, tous les jours). Ainsi donc ce groupe se produira ce soir, samedi 23 mars 2013, à 20h30, dans un caveau de San Telmo (j'ai un doute là-dessus, je crois que cette adresse est au nord de la frontière de San Telmo, donc encore dans Monserrat, mais les Portègnes ont élargi San Telmo et l'ont fait mordre d'au moins huit cuadras sur Monserrat, je n'ai jamais pu percé le secret du pourquoi...), Casa & Mundo Bolívar, rue Bolívar au numéro 1701.

Droit au spectacle seul : 30 $.
Trois en un droit au spectacle + boissons + assiette de tapas : 55 $ (offre promotionnelle très intéressante en fin de période de gel des prix dans les grandes surfaces (voir mon article du 5 février 2013).

La communication du trio assure que l'endroit est superbe et qu'on y trouve les sièges les plus confortables de Buenos Aires pour écouter de la musique (pas très difficile, les chaises de ce type de salle sont de chaises de bristot quelconques et n'ont rien à voir avec les bons fauteuils d'orchestre des grandes salles à l'italienne...)

Pour en savoir plus :
connectez-vous au site Internet de la salle
connectez-vous à la page Myspace du trio Tango en Tres (ils ont déjà déposé des extraits de leur nouveau CD)

Concert lundi soir dans le cadre de l'exposition Magaldi [à l'affiche]




Dans le cadre de la reprise des concerts Mis tardes con Gardel, le Museo Casa Carlos Gardel propose lundi 25 mars 2013, à 18h30, un récital du chanteur Ángel González, accompagné d'un trio de guitares, pour rendre hommage à un autre chanteur a la criolla, Agustín Magaldi, qui fait l'objet depuis la semaine dernière de la nouvelle exposition temporaire du musée, situé dans la rue Jean Jaurès, au n° 735.

Entrée libre et gratuite comme pour tous les concerts publics de ce musée.

Rep l'a fait. Cela devait le démanger [Actu]


Le peintre et dessinateur de presse Miguel Rep, caricaturiste en titre à Página/12, vient de la faire, cette première caricature significative du Pape, dans la revue Veintitres, dont il est l'illustrateur politique.

Il avait réalisé une première caricature, assez ratée à mon goût, dans Página/12 le vendredi suivant l'élection (le visage caricaturé était certes reconnaissable mais l'idée n'avait guère d'impact). Pour ma part, je sentais l'artiste toujours assommé par la surprise et son habituelle inspiration incisive lui faisait encore défaut, tant dans le dessin que dans l'idée mise en œuvre qui restait très hésitante. Avant-hier, il transformait l'essai avec un concept génial (toujours à mon goût) et très maîtrisé, qui unissait dans une seule case, révolutionnaire pour un tel auteur, la croix du Christ et le mate de l'amitié argentine (voir mon article du 20 mars 2013), tout en restant dans un univers idéologique d'esprit dit libre.

Cette fois, il prend son sujet à bras le corps, il affiche en toutes lettres sa position philosophique et le message est plus consistant sans être agressif. Il reflète assez fidèlement la perplexité de ce secteur de la gauche athée, nourrie d'une longue tradition d'anticléricalisme, qui se lit nettement aujourd'hui dans les bifurcations empruntées par le quotidien Página/12 (voir mon autre article de ce jour).

Pour bien lire les textes, cliquez sur l'image

Traduction présentée de haut en bas

A gauche

Pape François, alias Pancho (1)
Le premier pape latino-américain
Le pape péroniste (donc comme qui dirait "argentin") (2)
Supporter de San Lorenzo (3). On a un "saint" garanti sur facture (4).
Rep (signature d'un infidèle)

A droite

Cardinal Jorge Bergoglio. Maintenant il utilise un pseudo.
Il a choisi Francesco. Il serait né uruguayen, il aurait choisi Francescoli (5)
Récupérera-t-il les fidèles perdus pour l'Eglise ? (6) Rétablira-t-il les finances ? (7)
Récupérera-t-il les Malouines ? (8)
Mate papal. Bombilla jésuite (9)

En ce moment, il y a trois Argentins chefs d'Etat : Cristina, Máxima de Holande (10) et Bergoglio du Vatican (11). Le monde est perdu ! (12)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

* * * *

Deux erreurs dans ce dessin et elles sont significatives : la moue du Pape (alors qu'on sait bien à quel point l'homme est souriant et affable) et la croix pectorale en or (or cette croix en métal non précieux, c'est le tout premier signe envoyé par le Pape au monde entier et sans un mot dès les premières secondes de sa première apparition à la loggia de la Basilique Saint-Pierre).
Le dessin dans son ensemble montre que Rep a maintenant de bonnes dispositions envers le nouveau Pape mais il reste encore chez lui des bastions inexpugnables et ce qui me chiffonnent, c'est qu'ils se manifestent dans des petits détails et des messages erronés, qui, puisqu'ils sont discrets, ont de bonnes chances de passer inaperçus. L'armistice n'est pas encore signé !



(1) Pancho est le diminutif de François très apprécié en Argentine. C'est aussi le nom argentin du hot-dog (perro caliente en Espagne). Rep ne manque pas de culot mais c'est une grande part du talent d'un dessinateur de presse et, plus largement, d'un humoriste.
(2) Une rumeur (je n'ai pas vu jusqu'ici qu'elle ait été documentée par la moindre preuve mais bon, pourquoi pas ? et puis ça a pu m'échapper) une rumeur, donc, veut que dans sa jeunesse, avant d'entrer au noviciat dans la Compagnie de Jésus, Jorge Bergoglio ait eu sa carte du parti justicialiste. Ce qui serait plutôt le signe d'un solide engagement contre l'impérialisme nord-américain, car cela ne peut pas s'être passé avant le renversement de Perón en 1955. Or pour prendre cette carte-là après ce coup d'Etat, télécommandé par la CIA, il fallait une bonne dose de courage ! La chasse aux sorcières anti-péronistes de cette époque-là était assez brutale.
(3) Voir mon article du 19 mars 2013 sur les vœux envoyés à Rome par le Club Sportif San Lorenzo de Almagro, dont le Pape est membre depuis l'enfance.
(4) Avec le corbeau (voir mon article du 19 mars 2013), les membres du San Lorenzo et surtout les joueurs sont los santos (les saints, à cause de l'origine confessionnelle du club, probablement comme les corbeaux d'ailleurs, bien que la nuance péjorative ait disparu, comme si souvent lorsque les Portègnes relèvent les insultes pour en faire un signe de fierté). Ils sont aussi los azulgranas (bleu-grenat), comme on le voit sur le dessin où le Pape porte le maillot et l'écusson du club...
(5) Allusion à Enzo Francescoli, un des plus brillants attaquants milieu de terrain que l'Uruguay ait connus. Sa carrière carrière s'est déroulée dans les années 80 et 90. C'est un contemporain des exploits de Maradona. Son dernier club professionnel a été le River Plate de Buenos Aires.
(6) Un vrai problème en Argentine dont l'Eglise catholique connaît deux types de fuite : un phénomène de déchristianisation croissant concentré en milieu urbain (similaire à ce qu'a connu l'Europe vers la fin du XIXe siècle) et la séduction de l'Eglise évangélique (d'origine protestante et charismatique) et de bon nombre de sectes chrétiennes fonctionnant sur le modèle des télé-évangélistes des Etats-Unis, parfois à la limite du phénomène sectaire, avec une relation à l'argent qui ne sont pas toujours des plus claires.
(7) Les soupçons autour de la Banque du Vatican. Il n'y a pas en Argentine de baisse des recettes pour l'Eglise comme c'est le cas en Allemagne par exemple.
(8) Lundi, la Présidente a demandé la médiation du Saint-Siège entre l'Argentine et la Grande-Bretagne et les Argentins de gauche sont assez sceptiques sur la réussite de cette voie diplomatique.
(9) Allusion au cadeau de la Présidente au Pape lors de sa première audience, le 18 mars (voir mon article du 19 mars 2013 sur cet autre sujet)
(10) Faux. D'abord ce n'est pas fait. L'abdication de la Reine Beatrix des Pays-Bas n'interviendra que le 30 avril. Et ensuite Máxima ne sera jamais Chef d'Etat. Même si un jour, elle devait devenir régente du royaume en lieu et place d'une de ses filles mineures. Ce sera le rôle de son mari puis de sa fille aînée. Voir mon article du 31 janvier 2013.
(11) Dernier petit coup de patte pour tenter de ramener le Pape vers une imagerie monarchique dont visiblement la fonction vient de sortir et probablement pour toujours (ou pour très très longtemps).
(12) Allusion au profond défaitisme des Argentins qui se marie bizarrement à une forme de chauvinisme exacerbé. Je me souviens d'une conversation à bord d'un avion Aerolineas avec des médecins argentins juste après la renationalisation de la compagnie aérienne. Et ils étaient persuadés que tout irait désormais de mal en pis et que même le vin servi à bord se transformerait bientôt en piquette. C'était terrible de voir ce défaitisme chez ces médecins alors que le personnel de cabine avait retrouvé un sourire et une fierté d'appartenance qui se sentait dès que vous mettiez le pied à bord... Beaucoup d'Argentins ont l'art de refuser de croire que les choses peuvent aller mieux même quand ils en ont les preuves sous les yeux...

vendredi 22 mars 2013

Tangus ritornare ad Barrium – Latin de Molière à El Faro ce soir [à l'affiche]



Il fallait bien que le sens de la dérision et du pastiche reprenne le dessus. Sans lui, Buenos Aires n'est plus dans Buenos Aires et c'eût été un comble pour les concerts de El Barrio vuelve al Barrio (ETvaB pour les initiés)...

Cucuza et Moscato s'emmêlent donc joyeusement les pinceaux dans un latin de cuisine sérieusement mâtiné d'italien d'opérette pour se mettre à la mode du jour dans la capitale argentine.

Les latinistes se délecteront des barbarismes qu'ils nous ont pondus (il y en a un joli paquet ! Regardez aussi l'adresse, elle vaut son pesant [d']auri !).
Les autres chercheront à reconnaître leurs visages sous la grande tenue de chœur de deux cardinaux sortant anonymement de la Chapelle Sixtine. On les repère vite, avec ce montage cousu de fil blanc...

Au répertoire de ce soir de carême, vendredi 22 mars 2013 à 21h30, des tangos intitulés :

Misa de once (messe de onze heures), Yo te bendigo (je te bénis), La capilla blanca (la chapelle blanche), Confesión* (Aveu), Che Papusa oí (Toi mignonne écoute donc), Al pie de la Santa Cruz* (au pied de la sainte Croix), Dios te salve m'hijo (Dieu te protège mon fils), El milagro (Le miracle)... Cherchez l'intrus (et le jeu de mots -lamentable- qui va avec)... Ils sont fous, ces tangueros !

Les deux titres marqués d'une astérisque sont traduits dans Barrio de Tango, que j'ai publié aux Editions du Jasmin.

Pour cette occasion, Cucuza et Moscato ont invité deux autres chanteurs, María José Mentana et Hugo Araujo, déjà connus de mes lecteurs.

Droit au spectacle (c'est le nouveau prix depuis la rentrée) : 40 $.
L'adresse n'a pas changé. A tel point que ce n'était même pas la peine d'essayer de la latiniser : Constituyentes y Pampa (autre version possible avec ce bon vieil ablatif (1) des familles, de troisième et première déclinaisons comme dans la chanson de Jacques Brel : Constitujentibus Pampaque).

Allez en paix, ite musica est.

(1) Complément circonstanciel de lieu statique. Et bravo pour le ad barrium, accusatif de barrium, -i, s. n. pur barbarisme 100% barbarique d'origine, pour un complément de lieu de destination parfaitement orthodoxe, ¡che Cucuza ! vocatif de Cucuza, -ae, nom propre masculin, 1ère déclinaison (surnom), synonyme de caput, -is, s. f., 3ème déclinaison). Et merci à toi pour ce retour inattendu dans mes bons vieux souvenirs de Cicéron, César et autres Tacite ou Suétone...

mercredi 20 mars 2013

Le monde à l'envers ! [Actu]


Le très laïcard et anticlérical Página/12 abandonne, lentement mais sûrement (et non sans courage ni honnêteté), son ancienne hostilité envers l'actuel Pape, le ton du pontificat débutant semblant avoir raison peu à peu des aversions développées depuis de nombreuses années par toute la rédaction de ce quotidien.

Rome Ville ouverte

La Nación, pilier du conservatisme argentin avec un esprit discrètement sceptique qui instrumentalise à plaisir la morale chrétienne, s'en prend à la Présidente, accusée rien moins que de tenter de "récupérer le Pape". Un comble quand on sait que ce même journal passait son temps à lui reprocher son hostilité envers le prélat du temps où il était archevêque de Buenos Aires. Et si elle avait boudé le rendez-vous romain, que n'aurait-elle entendu sur son manque d'impartialité et de hauteur de vue ! Et que n'aurait-elle pas non plus entendu si elle n'avait pas attiré sur elle en ce jour si particulier pour le pays toutes les caméras de télévision européennes par sa présence au premier rang à la messe d'hier matin (qu'à cause d'elle l'Argentine essuyait un camouflet sans nom, etc.)

Message du Pape au monde :
"Le vrai pouvoir c'est le service"

Mais il y a pire encore : au lendemain de l'installation du nouveau Pape, avec cette une qui cherche pas du tout à récupérer l'évènement, n'est-ce pas ?, La Prensa choisit, en pages intérieures, de ressortir une vieille accusation enterrée même par Página/12 selon laquelle Jorge Bergoglio aurait trahi Truc et Machin sous la dictature (que sous Videla, La Prensa soutenait !).

Le Pape de tous
On croit rêver...

Je vous laisse juges des unes, auxquelles j'ajouterai demain celle de Clarín, qui n'est disponible en ligne que le lendemain de sa parution...

Un baroud d'honneur de Página/12 ? [Actu]


Le quotidien argentin n'a pas encore rendu les armes devant le nouveau Pape mais on peut constater qu'au sein d'un dossier très nourri sur l'installation du Saint-Père et la route du nouveau pontificat, marquée par la recherche de la justice sociale et la rupture avec un protocole pharaonique et dépassé, il consacre ce matin une partie de ses colonnes à faire écho à un article du journal italien La Stampa sur la supposée prochaine béatification d'un prêtre assassiné pendant la Dictature militaire argentine (1976-1983), ce qui plaide dans le sens contraire à tout ce que cette rédaction a longtemps pensé et cru (dur comme fer) sur l'ex-archevêque de Buenos Aires.

Le journaliste en profite pour rappeler tout de même que celui-ci était bel et bien soupçonné d'une grande complaisance envers cette même dictature. Et allez donc ! Mais la une du journal de ce jour et même la vignette de la manchette supérieure, signée Paz et Rudy sont en images des démentis qui ne disent pas leur nom... Et c'est très bien ainsi. Il faut que personne ne perde la face dans cette malheureuse histoire.


Prêtre debout : Le nouveau pape est portègne et modeste. (1)
Prêtre assis : Les deux à la fois ? Miracle ! Miracle !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Même apaisement du côté de Miguel Rep, avec un dessin plein de bonnes intentions, clairement antiraciste et particulièrement habile du point de vue pictural jusques et y compris dans les petits croquis qui surmontent la case (2), même si le concept graphique n'évite pas quelques suggestions grivoises, surtout pour nous, qui n'avons pas ancrée dans notre sensibilité d'Européens la perception prégnante de ce que représente le mate dans la culture de l'Argentine et de la partie sud de l'Amérique australe (or il se trouve que Rep a l'esprit passablement mal tourné dans certaines circonstances, que cette lecture n'est donc pas à exclure mais dans ce cas, il est fort possible que le double sens puisse lui avoir échappé).
En tout état de cause, il y a huit jours seulement, Rep aurait juré que jamais dans un hymne à l'amitié entre les peuples, il lierait la croix (qu'il utilisait jusque là comme symbole de tartufferie ou d'oppression, sauf dans ses dessins où il représente le Christ en personne - voir mes articles de la rubrique Coutumes dans la Colonne de droite et en y sélectionnant sur le mot-clé Pâques) et ce récipient traditionnel qu'est le mate, emblème par excellence de l'amitié, de l'entente et de la cordialité entre les hommes (voir mes articles sur ce thème en cliquant sur le mot-clé mate dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus).

Mate à partager

On est bien loin en tout cas du ton catastrophé du journal d'il y a une semaine.
Le sentier de la guerre sera bientôt envahi d'herbes folles et de ronces comme le Caminito de la chanson et on ne distinguera même plus sa trace dans la prairie...

Pour aller plus loin :
il faut consulter l'intégralité de l'édition de Página/12 de ce jour (voir le lien dans la rubrique Actu de la Colonne de droite).
Sinon, lire au moins l'article sur la prochaine béatification (ce sera la deuxième pour un baptisé argentin, après la béatification de Ceferino Namuncurá).


(1) Dans toute l'Amérique du Sud, et c'est vrai aussi des Argentins dans leur ensemble mais dans une mesure légèrement moindre, le Portègne est réputé pour son insupportable suffisance, laquelle est parfois surjouée, notamment par les artistes, dans le monde du tango, et ils s'en amusent comme d'un stéréotype. Mais parfois, cette suffisance est bien réelle et dans ce cas-là, elle est très déplaisante.
(2) Les chrétiens à cheval sur les principes et les symboles y verront un grand manque de respect pour la croix du Christ et dans leur optique propre et leurs schémas culturels, ils auront raison. Encore faut-il, pour reconnaître ce manque de respect, savoir ce que cette croix signifie dans la foi. Aujourd'hui peu de monde le sait en dehors d'une Eglise pleinement confessante et pleinement engagée. Je suis persuadée que Rep n'en a, pour sa part, aucune idée. Il n'y a pas de volonté de heurter les esprits dans cette vignette qui renvoie bien clairement au cadeau que Cristina a fait mardi au Souverain Pontife. Un très joli mate artisanal réalisé dans la Province de Buenos Aires (voir mon article du 19 mars 2013 à ce sujet) avec une photo qui a touché beaucoup de gens, y compris en Italie. Loin de vouloir blesser les croyants, Rep pense peut-être ici rejoindre le message de paix délivré hier sur la place Saint-Pierre (et, si telle est son intention sincère, il le rejoint en effet). Ce dessin est aussi une réaction à une parole peu amène de Pepe Mujica, le Président uruguayen, à l'égard du Pape. Se contentant d'envoyer à Rome son vice-président Danilo Astori, il a déclaré qu'il n'avait en commun avec le Pape François que le tango et le mate (ce fameux mate offert par son homologue, à la tête du grand pays voisin). Et quand on sait la rivalité des revendications nationalistes qui existe entre l'Argentine et l'Uruguay sur ces deux éléments culturels, la phrase est franchement hostile et il semble qu'elle choque quelque peu dans la région. D'autant plus que la Présidente de l'autre grand voisin, le Brésil, a elle aussi réussi sa rencontre avec le Saint-Père, comme d'autres élus du continent !!!!

mardi 19 mars 2013

Coup de fil du Pape à Buenos Aires et aux Argentins [Actu]


Radio Vatican a rapporté les paroles que le Pape a adressées au peuple de Buenos Aires réuni à la cathédrale et sur Plaza de Mayo ce matin à 7h30, heure de Rome :


“Queridos hijos, sé que están en la plaza. Sé que están rezando y haciendo oraciones, las necesito mucho. Es tan lindo rezar. Gracias por eso.
Les quiero pedir un favor. Les quiero pedir que caminemos juntos todos, cuidemos los unos a los otros, cuídense entre ustedes, no se hagan daño, cuídense, cuídense la vida. Cuiden la familia, cuiden la naturaleza, cuiden a los niños, cuiden a los viejos; que no haya odio, que no haya pelea, dejen de lado la envidia, no le saquen el cuero a nadie. Dialoguen, que entre ustedes se viva el deseo de cuidarse.
Que vaya creciendo el corazón y acérquense a Dios. Dios es bueno, siempre perdona, comprende, no le tengan miedo; es Padre, acérquense a Él. Que la virgen los bendiga mucho, no se olviden de este obispo que está lejos pero los quiere mucho. Recen por mí”.
Pape François, source site Internet du Vatican

Chers enfants, je sais que vous êtes sur la place. Je sais que vous êtes en train de prier et de faire oraison, j'en ai fort besoin. C'est si beau de prier (1). Merci pour cela.
Je veux vous demander une faveur. Je veux vous demander que nous marchions tous ensemble, que nous prenions soin les uns des autres, que vous preniez soin les uns les autres entre vous, que vous ne vous causiez pas de tort. Prenez soin de vous, prenez soin de la vie. Prenez soin de la famille, prenez soin de la nature, prenez soin des enfants, prenez soin des anciens, qu'il n'y ait pas de haine, qu'il n'y ait pas de bagarre, laissez de côté l'envie, que personne n'ait les oreilles qui sifflent par votre faute (2). Dialoguez (2), que s'épanouisse chez vous le désir de prendre soin les uns des autres.
Que les cœurs se déploient puis allez vers Dieu. Dieu est bon, il pardonne toujours, il comprend, n'ayez pas peur. C'est un Père, allez vers Lui. Que la Vierge vous bénisse en abondance, n'oubliez pas cet évêque qui est loin mais qui vous aime beaucoup. Priez pour moi.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour en savoir plus :
consulter le reportage en espagnol de Radio Vatican avec document audio depuis Buenos Aires (écoute gratuite bien entendu)


(1) Lindo ici est bien difficile à traduire. C'est un adjectif chargé de plus d'affect que de morale ou d'esthétique. On pourrait presque traduire : "c'est gentil de prier [dans cette occasion]", mais le terme "gentil" pourrait être compris comme "légèrement idiot". Or c'est l'inverse bien entendu.
(2) Le Pape dénonce ici l'un des péchés mignons des Argentins, notamment à Buenos Aires. La facilité avec laquelle les rumeurs sur le comportement du Pape sous la dictature a pris dans les rangs de la gauche en est un bon exemple. J'ai parfois été effarée d'entendre, au sujet de Horacio Ferrer ou de Litto Nebbia (pour changer de Jorge Bergoglio), les ragots auxquels croient des gens qui sont de parfaite bonne foi, des gens bien et qui se révèlent capables d'accorder du crédit à des âneries plus grosses que la Basilique Saint-Pierre toute entière. C'est très largement pire qu'en Europe, où l'on a beaucoup de défauts mais celui-là un peu moins que les Argentins.

Le Saint-Père a employé ici une expression très idiomatique et populaire (pour désigner la calomnie du quotidien).
(2) Là aussi, il y a du boulot...

Hugh ! Moi venir boire mate avec Frère Blanc pour enterrer hache de guerre [Actu]

"Ce fut fructueux et important".
Une de Página/12 de ce matin
En manchette, Jorge Rafael Videla qui, depuis sa prison, a appelé hier
les "militaires jeunes et vigoureux" à renverser Cristina
par un nouveau coup d'Etat

Eh bien voilà, nous y sommes. Ce n'était pas plus compliqué que ça... Il fallait juste qu'il change de costume, le monsieur, et après on peut causer. Il n'a même pas eu besoin de changer de pendentif ni de lunettes !

La réconciliation spectaculaire entre la Présidente argentine et l'ancien archevêque de Buenos Aires fait les délices des chroniqueurs sur la RAI comme sur France-Inter, France-Télévision, LCI et d'autres encore et donne raison à Paz et Rudy qui, vendredi, retrouvant leurs esprits (avec leur causticité habituelle), nous racontaient que l'élection du Pape avait débarrassé Cristina d'un opposant redoutable (voir mon article du 15 mars 2013).

L'entretien informel a duré une vingtaine de minutes puis s'est prolongé avec un déjeuner partagé à la maison Sainte-Marthe où le Pape continue de résider sine die. Selon les déclarations de la Présidente, elle a sollicité l'intervention du Saint-Père pour que s'engage un dialogue qu'elle appelle de ses vœux depuis de nombreuses années et qu'elle cherche à faciliter à chaque réunion internationale (Assemblée générale des Nations Unies, G20...) entre l'Argentine et la Grande-Bretagne sur la souveraineté des Malouines, conformément à une résolution de l'ONU à laquelle le Royaume-Uni ne s'est jamais plié et qu'il a même piétinée délibérément, entre autres il y a quelques jours avec ce référendum désavoué par les Nations Unies où les habitants des îles ont dit qu'ils voulaient rester britanniques. Bien entendu, si Cristina de Kirchner veut mettre toutes les chances de son côté pour l'heureuse issue de cette médiation (avec un pays à majorité anglicane et protestante !), elle a intérêt à faire taire les rumeurs qu'elle est fortement soupçonnée, avec son mari, d'avoir montées en épingle pour jeter le soupçon sur le comportement du Pape sous la dictature. Il y a fort à parier qu'après quelques barouds d'honneur, Página/12 va battre en retraite sur ce point et que les ONG vont se rendre à l'évidence du peu de consistance des accusations qu'elles soutiennent et qui se résument, selon le contenu même des articles parus dimanche dans Página/12, au fait que le Pape n'a été ni arrêté ni torturé ni assassiné pendant cette sinistre période. Pour le reste, tout le monde reconnaît qu'il n'a jamais été le complice actif de la Dictature (ce qui veut dire qu'il n'a trahi personne) et qu'il a même payé sur sa propre cassette les billets d'avion des prêtres qu'il arrivait à faire sortir du pays quand ils avaient la chance d'être libérés par leurs geôliers (1). Vous avouerez que c'est mince pour continuer à accuser quelqu'un d'avoir un passé trouble...

Le mate, ici avec son pied (dans la main du Pape)
et sa bombilla traditionnelle en métal torsadé (dans les doigts de la Présidente),
est un symbole d'amitié, de cordialité et aussi de sobriété,
le vecteur d'un véritable rite de sociabilité en Argentine.
Le choix de ce cadeau en dit long sur le retournement de la Présidente.
Au cours de cet entretien d'hier, Cristina de Kirchner a fait au Pape deux cadeaux très jolis pour ce qu'ils représentent en Argentine : un ensemble à mate dû au travail d'une artisane de la Province de Buenos Aires et un poncho, artisanal lui aussi, en provenance du Nord-Ouest. Pour les journalistes, cela a donné des images très télégéniques, très belles et même émouvantes, comme ce baiser qu'ils ont échangé à la mode argentine (un seul baiser sur la joue droite et indifféremment, qu'on soit homme, femme, vieux, jeune...) . Les images témoignent d'une rencontre détendue et en apparence au moins tout à fait sereine des deux côtés. Ce matin, pendant la messe d'installation, j'ai été frappée par les plans de coupe que la RAI faisait sur elle pendant l'homélie. Elle a hoché la tête, d'un mouvement très naturel et très discret, en signe d'adhésion à des propos (en italien) qui n'étaient pas si plaisants pour elle à entendre au regard des relations épouvantables qu'ils ont entretenues depuis des années. Et pour que les sources vaticanes n'en cachent pas le caractère conflictuel, il faut que ça ait été très tendu. J'ai aussi été frappée par son émotion après son court entretien dans la Basilique alors qu'elle était la première dignitaire (ça doit jouer, ça aussi) à se présenter, dans un évènement à portée mondiale. Elle en a oublié de saluer le cardinal à la droite du Pape et il a fallu que le service du protocole la cornaque. Pour moi, c'est un signe qui ne trompe pas. Cette femme est une politique madrée, ce n'est pas une petite fille nunuche qui s'emballe pour un oui ou pour un non. Comme tous ceux qui exercent le pouvoir, elle tombe parfois dans la démagogie et elle sait se contrôler, en bonne avocate qu'elle est de métier. Pour qu'elle arrive à ne pas voir un cardinal ou un évêque à la droite de la personnalité qu'elle vient de saluer (ce n'est pas discret un cardinal en grande tenue, ça se voit de loin !), il faut que l'émotion la submerge. Que ce soit un calcul politique ou un changement intime, il s'est passé quelque chose pour elle cette semaine. Il suffit de comparer son attitude d'aujourd'hui et la froideur du message de mercredi soir, lorsque la nouvelle de l'élection, dont elle ne parvenait pas à cacher ni qu'elle lui déplaisait ni qu'elle la prenait au dépourvu, est tombée... Dilma Roussef aussi était très enthousiaste ce matin mais le plus étonnant demeure encore l'air rayonnant de Rafael Correa, qui n'a pas vraiment un profil public de bon catho confit dans l'eau bénite...

Pour en savoir plus :
Vous disposez du lien vers le site Internet de Página/12 dans la Colonne de droite, partie basse (rubrique Actu)
Lire les articles sur le Pape sur le site Internet de l'agence Télam
Lire l'article des médias du Vatican sur la rencontre entre le Pape et la Présidente hier (version française).



(1) A cela s'ajoutent des récriminations fantaisistes et même farfelues auxquelles Página/12 tenait encore dimanche comme à la prunelle de ses yeux et dont voici un exemple très éclairant. On accuse Jorge Bergoglio de n'avoir pas retiré sa "licence sacerdotale" (jamais une telle licence n'a existé dans le droit canon, la capacité à célébrer les sacrements relevant d'une ordination par définition indissoluble et irrévocable, ce qui n'a rien à voir avec un permis de conduire qu'on vous confisque si vous avez pris l'autoroute en contresens et avec 4 gr d'alcool dans le sang), à un prêtre qui célèbre toujours la messe dans une prison au Chili (c'est son droit, le péché, pour grave qu'il soit, ne saurait être en soi un empêchement au sacerdoce, sinon il ne pourrait pas y avoir de prêtres puisque nous sommes tous pécheurs) où il est détenu après une condamnation lourde pour crimes contre l'humanité (en l'occurrence des enlèvements, des actes de torture et des homicides commis au bénéfice de la Dictature). Imaginer un seul instant que l'évêque de Buenos Aires (Argentine) ou de n'importe où ailleurs puisse intervenir dans les affaires d'un autre diocèse, pire encore, dans un diocèse d'un pays étranger, et quel pays étranger (le Chili), c'est ne vraiment rien comprendre au mode et à la logique presque deux fois millénaires de fonctionnement de l'Eglise...