vendredi 17 janvier 2014

Ariel Prat bientôt de retour au Torquato Tasso comme tous les étés [à l'affiche]


Comme tous les étés, le murguero Ariel Prat sera au Centro Cultural Torcuato Tasso à partir du mercredi 19 février, et tous les mercredis jusqu'à fin mars, avec tout son groupe et des murgas invitées. Le tout dans une atmosphère de carnaval, avec exposition de photos, dessins et masques et des loteries à gogo...

Il convient de réserver (4307 6506). Le Torquato Tasso, Defensa 1575, fera des réductions aux groupes...

Pour rester au courant :
connectez-vous au site Internet du Centre

jeudi 16 janvier 2014

Trois jours de deuil pour Juan Gelman [Actu]


Comme je le disais déjà hier, comme toujours pendant les vacances estivales de l'hémisphère sud où je profite du calme de l'actualité pour mener d'autres projets, mon agenda chargé de cette semaine m'empêche de donner dans Barrio de Tango toute l'importance que revêt le décès du poète et militant des droits de l'homme que fut Juan Gelman, mort avant-hier à 83 ans.

En Argentine, les réactions sont nombreuses à gauche et le Gouvernement a décrété trois jours de deuil national. De partout dans le monde hispanique, on salue la mémoire de l'écrivain, du lutteur, de l'intellectuel qu'il fut... Ces réactions trouvent naturellement leur écho dans les pages du journal où il travaillait, Página/12.

Pour en savoir plus,
Comme hier, il est accompagné de plusieurs autres écrits sur le même sujet.

Et la vignette du jour de Miguel Rep lui est dédiée, lui qui fait parler les livres dans leur bibliothèque, des livres, ceux de Gelman, qui veulent faire au poète disparu une minute de non silence et se mettent donc à lire leurs propres vers...


Aujourd'hui, c'est à notre tour de faire une minute de non silence pour Juan Gelman
En avant, les amis !
Dans le grand ciel de la poésie ou plutôt sur la terre ou dans le monde de la poésie, qui comprend des cieux astres
Dans les dix ans qui suivirent la crise, on vit décliner le coefficient de tendresse
J'écris dans l'oubli, dans chaque feu de la nuit, chacun de tes traits
Assis à côté d'une chaise défoncée, malade, à peine vivant, j'écris des vers préalablement pleurés par la ville où je suis né
Cette Ophélie n'est pas la prisonnière de sa propre volonté. Elle reste son corps, splendide comme une gorgée de vin
Quand bien même je mourrais demain, je mourrai avant-hier de nuit, avec un petit couteau élégant, je m'en vais à Caravel 76 (1)
(Traduction Denise Anne Clavilier)



(1) N'étant pas spécialiste de la traduction de Juan Gelman, je ne peux faire que des suppositions et j'imagine donc qu'il s'agit là de la chaîne d'hôtels de luxe Caravel, présente dans toute l'Amérique latine (allusion aux caravelles de Christophe Colomb).

mercredi 15 janvier 2014

Quand il est mort, le poète, le monde entier pleurait... [Actu]


Le poète, journaliste et militant des droits de l'homme Juan Gelman vient de nous quitter à l'âge de 83 ans. Il travaillait depuis la fondation du journal dans la rédaction de Página/12 qui lui consacre bien légitimement sa une du jour, avec un dessin de Rep.

Père d'un disparu et grand-père d'une petite-fille retrouvée, il se battait pour la démocratie et la justice. C'est aussi un compagnon de lutte que perdent aujourd'hui les membres des différentes ONG argentines et uruguayennes, comme Abuelas de Plaza de Mayo, Madres de Plaza de Mayo, H.I.J.O.S, Familiares de Desaparecidos et d'autres.

En français, la maison d'édition Le Temps des Cerises avait publié quelques uns de ses recueils...

Mon agenda très chargé en ce moment, avec une phase capitale pour la publication de mon prochain livre cet été, aux Editions du Jasmin, ne me permet pas de consacrer à cet événement toute la place qu'il mérite dans ce blog consacré à l'actualité culturelle sur les rives du Río de la Plata...

Pour aller plus loin :
lirel'article majeur de Página/12, qui est accompagné d'une série nourrie d'articles et de témoignages.

Le poème en une, Epitafio, appartient son premier recueil, intitulé Violín et otras cuestiones.

Un oiseau vivait en moi
Une fleur circulait dans mon sang
Mon cœur était un violon

J'ai aimé ou non. Mais parfois
on m'a aimé. Moi aussi,
j'ai eu mes joies : le printemps
les mains unies, le bonheur.

Je dis que l'homme doit l'être.

(Ici gît un oiseau
une fleur
un violon...)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

dimanche 12 janvier 2014

Ascension express : Monseigneur Poli passe au rouge [Actu]

Mario Poli parlant à l'ambon de la cathédrale de Buenos Aires
A l'issue de l'Angelus, le Pape François a annoncé aujourd'hui les noms des nouveaux cardinaux qui recevront leur barrette au prochain consistoire. Parmi eux, il y a son successeur à l'archidiocèse de Buenos Aires, Monseigneur Mario Aurelio Poli, nommé fin mars, quelques semaines après le conclave.

C'est une ascension ultra-rapide. La plupart des métropolites, dont Jorge Bergoglio lui-même, attendent souvent plusieurs années avant de revêtir la pourpre cardinalice...

Il y aura très probablement beaucoup de commentaires demain dans la presse argentine à ce propos mais très occupée avec les épreuves de mon prochain livre (1), en cette période de vacances estivales (c'est l'été à Buenos Aires), je ne suis pas sûre de pouvoir vous en rendre compte. Il va falloir vous débrouiller tout seuls avec les liens permanents de la rubrique Actu, dans la partie basse de la Colonne de droite.

(1) A paraître à la fin du printemps aux Editions du Jasmin (www.editions-du-jasmin.com).

samedi 11 janvier 2014

Susana Rinaldi reprend son hommage à Cortázar à Clásica y Moderna [à l'affiche]


Fin janvier, la chanteuse Susana Rinaldi reprendra son hommage à l'écrivain Julio Cortázar, qu'elle a connue à Paris et dont nous fêtons en 2014 le centième anniversaire de la naissance.

Elle sera accompagnée par Juan Esteban Cuacci (ça reste en famille).

Ce sera du 23 au 26 janvier, Callao 892, à 21h. Malgré l'été, il est fortement recommandé de réserver. Les informations pratiques sont sur l'affiche.

jeudi 9 janvier 2014

Un samedi avec les enfants : le Roman national argentin continue [Human Trip]

Claudio Espector en pleine répétition avec ses élèves

Comme vous le savez si vous êtes un lecteur assidu de Barrio de Tango, le voyage culturel que je propose à Buenos Aires avec l'agence de tourisme équitable Human Trip, a été, dès sa conception au printemps dernier, associé à une action de solidarité avec le Programa de Orquestas Infantiles de Buenos Aires et vous savez aussi que, quelques jours avant Noël, Claudio Espector, le coordinateur général et fondateur de ce programme d'enseignement de la musique aux enfants défavorisés de la capitale argentine, a été remercié comme un malpropre par le Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, alors que, en juin, la Legislatura l'avait honoré du titre de Personnalité de la Culture (pour accéder à l'ensemble de mes articles sur Claudio Espector, cliquez sur son nom, ci-dessus, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search).

Manifestation récente des Orquestas Infantiles devant le Palais Municipal
(ancien Hôtel de Ville de Buenos Aires),
à l'angle de Avenida de Mayo et de Plaza de Mayo

Notre journée du samedi 3 mai 2014 prendra donc certainement un visage nouveau une fois que nous serons sur place. Tout va dépendre des événements de cet été austral : peut-être Claudio Espector sera-t-il réintégré, car même un journal de droite comme La Nación (1) s'est offusqué de cette révocation (voir l'article sous le lien). Peut-être Claudio Espector trouvera-t-il une autre mission, au niveau national ou à celui de la Province de Buenos Aires, un poste à la hauteur de son talent de musicien et de pédagogue. Peut-être le Programa de Orquestas Infantiles aura-t-il disparu en tant que tel pour faire place à un conservatoire quelconque mais payant, afin qu'il soit réservé aux enfants de l'électorat de Mauricio Macri, les CSP+ de Buenos Aires. C'est là ce qu'on voit nettement venir dans les manœuvres de ce Gouvernement qui a déjà avancé ses pions en douce, depuis le début de l'année 2013, donc bien avant de flanquer Claudio à la porte.

Notre programme initial prévoyait de passer la matinée avec les enfants et leurs enseignants pour voir comment cet ambitieux chantier collectif permet aux gamins des faubourgs (en France, nous parlons des cités) de s'intégrer d'un point de vue culturel et social et de s'ouvrir à des univers esthétiques et intellectuels dont le Gouvernement de Mauricio Macri vient donc de décider qu'ils ne sont définitivement pas dignes.
Dans ce blog, je vous tiendrai au courant des évolutions de cette situation dont on ne peut que déplorer qu'elle puisse exister dans la capitale d'une République qui fêtait en décembre dernier les 30 ans du retour à la démocratie... Pour autant qu'ils communiqueront leur adresse mail à Human Trip, les participants au voyage seront personnellement informés en temps réel des solutions alternatives que j'élaborerai en fonction de l'actualité.

L'opulent fatras culturel de la librairie El Rufián Meláncolico, rue Bolívar

L'après-midi restera libre, c'était déjà ce qui était prévu, pour le shopping ou pour une autre sortie culturelle optionnelle (ce ne sont pas les musées qui manquent, à tel point qu'il est impossible de les intégrer tous dans un séjour de deux semaines).

Dans la description détaillée du voyage que vous pouvez consulter et télécharger en version imprimable sur mon site Internet, je vous fais pour cette demie-journée quelques suggestions :

- une visite à la librairie El Rufián Meláncolico, que tient dans la rue Bolívar un duo de libraires dont l'un, un artisan et intellectuel chilien, a vécu en France pendant que Pinochet martyrisait son pays,

La boutique des AA est installé
sous le pont autoroutier du 25 de Mayo, dans San Telmo

- un passage, dans la rue Defensa, par la boutique de la Coopérative des Artisans Argentins, où vous pourrez trouver tous les souvenirs que vous voulez emporter de votre séjour à Buenos. Un très large choix proposé à des prix très honnêtes (sans commune mesure avec ceux des magasins à touristes de la sempiternelle rue Florida) : mates, en corne, en bois, en verre, en coloquinte avec ou sans décor peint, habillée de cuir naturel ou teint ou insérée dans un pied de bovin avec son sabot tout rutilant (bien gaucho)... et bombillas ouvragées en métal argenté, articles de coutellerie, de maroquinerie, équipement pour l'équitation, outils ruraux, habillement, dont un impressionnant étal de chapeaux et de ponchos régionaux, les salteños aux motifs rouges et noirs, les tucumanos à dominante d'un bleu profond et lumineux, les mapuches à lignes géométriques noires sur fond crème ou beige, des bijoux en rhodochrosite, la pierre nationale argentine qui va du rose pâle au magenta explosif, des tas d'accessoires en cuir, sans oublier quelques spécialités de bouche (mais que vous pourrez trouver tout aussi bien en épicerie et en supermarché, comme tous les produits de consommation courante)... 
Un vrai bonheur en tout cas pour l'amateur d'authenticité qui fera vivre au quotidien tous ces produits manufacturés une fois de retour à la maison (au moment où j'écris cet article, j'ai sur le dos mon ponchito salteño, et quelle chaleur agréable.... Il vaut tous les Thermolactyl® de la Terre, ce vêtement rudimentaire dont la coupe remonte au passé précolombien du Nord-Ouest argentin.

Les étagères des mates aux Artisans d'Argentine
(photo extraite du site Internet des AA)

Les deux repas de la journée sont libres.
Le samedi soir, ce n'est ni les concerts populaires ni les milongas qui manqueront. Et je ne parle pas du cinéma ou du théâtre !
On regardera de près ce que nous proposera cette ville aux mille facettes. Mon rôle consistera à vous conseiller autant que vous le souhaiterez.

Pour aller plus loin :
Pour mieux connaître ce qu'est (ou ce qu'aura été) le Programa de Orquestas Infantiles de Buenos Aires, reportez-vous au Retour sur Images que j'ai publié ici cette année à son sujet, en rentrant d'Argentine
Pour suivre son actualité brûlante en cet été 2014, connectez-vous à leur page Facebook
Pour découvrir le réseau coopératif Artesanos de Argentina, visitez leur site Internet (très complet)
Pour découvrir El Rufián Melácolico et son voisin, Darío Semino, patron de la librairie La Libre, deux cents mètres plus au nord dans la même rue, regardez les deux clips Youtube (El Rufián et La Libre) et jetez un coup d'œil au petit blog qu'anime l'un des deux associés du Rufián.

Vous connaissez désormais bien les autres pages à consulter au sujet de ce voyage :
d'abord celui de l'agence de voyage Human Trip, avec description complète en ligne
ensuite le mien (on n'est jamais si bien servi que par soi-même), avec cette même description en version téléchargeable et imprimable (pdf)
ensuite celui de notre hôtel, l'Apart Hotel Monserrat (chambre et petit-déjeuner buffet inclus dans le prix du séjour, de 2.740 € par personne sur la base d'une chambre double, dans les conditions habituelles – voir Human Trip)
enfin les autres articles que j'ai déjà publiés dans ce blog sur le Roman national argentin, voyage culturel, solidaire et humain, en cliquant sur le mot-clé Human Trip, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

* * *

Grâce à son correspondant sur place, Human Trip peut vous proposer des extensions vers d'autres destinations, tant en Argentine que dans les pays limitrophes, à l'intérieur des dates prévues (vous pouvez sauter des étapes de notre séjour si vous le souhaitez), soit avant l'arrivée du groupe, le 25 avril, soit après son départ le 7 mai.
L'agence est à votre service
pour vous construire un programme sur mesure.
Contactez-la par mail (info@humantrip.fr)
ou par téléphone (04 86 11 01 71).



(1) La Nación dont je vous parlais récemment, à propos de notre journée consacrée à la grande immigration et au Museo Mitre, puisque Bartolomé Mitre, historien et homme politique, fut aussi le fondateur de ce premier quotidien argentin...

mardi 7 janvier 2014

Hommage à Mafalda au Festival de BD d'Angoulême [ici]


Parmi les mille et une propositions de son programme 2014, le Festival de Bande Dessinée d'Angoulême rendra hommage cette année à Mafalda, qui souffle 50 bougies (déjà!) et à son créateur, le dessinateur Quino, qui totalise 60 ans de carrière.


Le Festival d'Angoulême se tient cette année du 30 janvier au 2 février. Un espace de 250m² sera consacré à la fillette de San Telmo et à son environnement portègne.
Quino sera lui-même présent sur la manifestation et y donnera une conférence.

Cet hommage est soutenu par l'Ambassade d'Argentine en France dans le cadre d'un accord de coopération décentralisée. L'Ambassade aura elle aussi son stand. Vous pourrez y découvrir les auteurs de la BD argentine...


Pour en savoir plus :
lire l'annonce de la manifestation sur le site Internet de l'Ambassade (version française)
consulter le site Internet du Festival lui-même.

Ma prochaine signature : salon Livre à Part de Saint-Mandé [ici]


A la fin du mois de janvier, je participerai, comme en 2012 et 2013, à Livre à Part, salon des éditeurs indépendants et de la petite édition, qui se tiendra à l'Hôtel de Ville de Saint-Mandé (94) pour sa cinquième édition, les 25 et 26 janvier 2014, de 11h à 19h (à partir de 13h le dimanche).

Entrée libre et gratuite.

Je me tiendrai au stand des Editions du Jasmin, où j'ai déjà publié trois livres et en prépare un quatrième (un collection de documents historiques sur le général José de San Martín, grand héros national de l'Argentine).

Comme d'habitude, je profiterai de l'occasion pour faire découvrir le mate aux visiteurs curieux d'expériences gustatives lointaines et pour parler de Buenos Aires, où je vous emmène en avril-mai prochain avec Human Trip.

Volco y Gignoli à Paris le 17 janvier [ici]


Sebastián Volco et Pablo Gignoli, le nouveau duo argentin piano et bandonéon, deux compositeurs et instrumentistes qui se sont désormais établis en France après avoir dirigé leur propre formation en Argentine, se produiront à nouveau à Paris, le 17 janvier, à 19h30 au Baiser Salé, 58 rue des Lombards, dans le 1er arrondissement (M° Châtelet ou Les Halles).

Trois tarifs possibles : 12, 15 et 18 €.

On peut réserver en ligne, notamment via les services de la FNAC, à travers le site Internet de l'établissement.

Si leur concert est aussi endiablé que celui qu'ils ont donné au pavillon belgo-luxembourgeois de la Cité Universitaire de Paris il y a quelques semaines, alors vous avez intérêt à vous faire une indéfrisable : ça décoiffe !

lundi 6 janvier 2014

Savez-vous tirer les Rois, à la mode, à la mode... [Coutumes]

Photo extraite du site argentin Taringa
Pour tirer les Rois à la mode des Argentins, il faut une couronne des Rois (Rosca de Reyes), gâteau brioché parfumé d'eau de fleur d'oranger ou un autre parfum (1), de mendiants et de fruits confits. Et si cela vous rappelle vaguement la couronne bordelaise ou provençale, le bolo de rei portugais ou le roscón espagnol, c'est normal : c'en est la déclinaison australe...

L'année dernière, dans mon article n° 2900, je vous donnais en deux langues une recette française, nordiste. Chacun son tour !

On y va ?

Pour une armée de mouflets surexcités par l'ouverture des cadeaux, il vous faudra réunir :

600 gr de farine (type 45, dans la nomenclature française)
240 gr de sucre
200 gr de beurre (à température ambiante)
5 œufs
20 cl de lait (tout dépendra tout de même de votre farine et de sa capacité à absorber le liquide)
noix hachées (l'équivalent d'une tasse à café)
amandes hachées (moitié moins que les noix). Dans le commerce en Europe, on trouve des amandes concassées.
raisins secs (même volume que les amandes) (2)
1 pincée de sel
1 cuillère à café de parfum liquide (3)
1 cuillère à café de zeste de citron (ou d'orange) non traité bien sûr, voire un peu plus que cette quantité en fonction de vos goûts
1 cube de levure de boulangerie fraîche ou un sachet de levure lyophilisée (8 gr environ).

Pour le matériel, vous avez besoin d'un moule à savarin (qu'il faudra beurrer et fariner) si vous voulez avoir une couronne de forme parfaite, sinon d'une feuille de papier cuisson et une plaque à pâtisserie.
Bien entendu, il ne faut pas oublier la fève, que les Argentins appellent dije de la suerte et qui prend encore chez eux le plus clair du temps la forme d'un poupon.
Ni le couvre-chef royal, que ce soit la bande de papier cartonné doré que votre boulanger vous a fournie avec la galette à la française hier ou ce matin, soit, si vous voulez être un peu plus inventif, une "vraie" couronne de rois mage à l'orientale comme dans la crèche, avec ou sans la barbe en coton blanc qui va avec.

Délayer votre levure dans un peu de lait tiède et un morceau de sucre (1 cuillère à café si c'est du sucre en poudre). Laisser monter pendant environ 15 mn, dans un endroit tiède de préférence.
Pendant ce temps, battez le beurre et le sucre jusqu'à obtenir une consistance crémeuse.
Dans un autre récipient, battez les œufs et le lait comme pour une omelette et mélanger ensuite les deux préparations.
Ajoutez la levure délayée puis tous les ingrédients secs. Mélanger et pétrir jusqu'à obtenir une pâte solide et malléable. Comme pour toute pâte levée, le secret de la légèreté du gâteau final est dans le temps de pétrissage et le temps de levage. Il est conseillé de procéder à au moins deux pétrissages suivis de deux phase de levage de la pâte avant sa mise en forme.

Pour cette dernière, deux solutions :
- ou vous formez une couronne à la main que vous placez sur votre plaque à pâtisserie couverte d'un papier cuisson (ce qui vous évitera d'avoir à ajouter du beurre ou de la graisse, pour éviter que la pâte adhère à la plaque
- ou vous beurrez et farinez un moule à savarin et vous en remplissez votre moule à hauteur des ¾ pour la laisser monter.
Avec cette quantité de pâte, vous pouvez façonner deux gâteaux de taille modeste plutôt qu'un seul, trop gros.

Comme il s'agit d'une pâte fermentée, laissez-la lever avant de l'enfourner (4).

Pendant ce temps, préchauffez votre four à 180°.

Quand le four est chaud, il est conseillé de badigeonner les couronnes avec un jaune d'œuf battu que vous pouvez diluer avec une cuillerée à café d'eau ou de lait ou avec un mélange de lait et de sucre pour qu'elles aient un joli aspect à la sortie du four. Pour améliorer encore l'aspect du gâteau, vous pouvez avec une lame de rasoir ouvrir la pâte au centre du rouleau : l'ouverture canalisera la montée de la pâte.

Enfournez pour 25 minutes, en surveillant la cuisson (attention à ne pas brûler la surface des couronnes).

Photo extraite du site argentin Mis Recetas

A la sortie du four, laissez refroidir les gâteaux.
Si vous voulez les décorer, badigeonnez-le d'un peu de confiture d'abricot, de gelée de groseille ou de miel chauffé(e) et dispersez dessus du sucre en grain, des vermicelles de couleurs, du sucre glace, des amandes entières ou effilées, des fruits confits (alors qu'en Argentine, c'est la pleine saison des fruits de l'été !).

Cette recette est librement adaptée du livre de Delfina Aristizábal, Secretos de la Panadería Casera, Editorial Albatros, Buenos Aires, 1999.
Je l'ai modifiée en la croisant avec d'autres recettes issues de différentes sources argentines (en ligne ou livresques) et de mes propres expériences aux fourneaux.

Si vous aimez la crème pâtissière, ce qui n'est pas vraiment mon cas, vous trouverez sur le site Internet de l'émission Cocineros Argentinos, un des grands moments de TV Pública, l'actuelle nom de Canal 7, une recette décrite et filmée de Rosca de Reyes décorée d'une épaisse couche d'un beau jaune (qui ne me dit rien qui vaille, mais bon, à chacun ses goûts et la crème pâtissière est très, très populaire dans les confiterías de Buenos Aires et d'ailleurs).
Cocineros Argentinos est la référence argentine de l'émission culinaire, l'équipe d'animateurs toqués menant son affaire tous les jours, à l'heure de midi, dans une bonne humeur permanente. Très agréable à regarder.



(1) En fonction de votre région d'origine, vous pouvez préférer le cognac, le kirch, le rhum ambré ou blanc, l'essence de vanille, le calvados, la prunelle et autres alcools de fruits, l'hydromel, l'eau de rose, le sirop d'orgeat, la crème de cassis, la liqueur d'orange maison, je vous en passe et des meilleurs...
(2) Vous pouvez remplacer les raisins par une macédoine d'autres fruits sechés (abricots, dates, figues...) ou des fruits confits, notamment des écorces de citron, d'orange et de cédrat.
(3) Si vous voulez aller dans le luxe, vous pouvez gratter le contenu d'une gousse de vanille entière et l'intégrer dans la pâte en délayant les graines dans un fond de lait. Et pour faire dans l'exotique carrément exotique, vous pouvez remplacer la vanille par de la cardamone ou les noix par des pistaches... Cela ira pour l'Argentine. Les Argentins descendent des bateaux, c'est bien connu, et les bateaux venaient du monde entier. Donc un peu plus, un peu moins !
(4) Il existe des tas de recettes à base de levure chimique qui ne réclament donc nullement ce temps de repos ni ce temps de pétrissage. Avec de la levure chimique, vous enfournez tout de suite et c'est la chaleur du four qui fera le travail pour vous. Mais ça a un autre goût !

dimanche 5 janvier 2014

Lancement du Centenaire Troilo [Troesma]

Demain, à 19h, à Mar del Plata, la grande station balnéaire de l'été argentin !

Cette nuit, les rois mages feront leur tournée mondiale pour apporter aux enfants sages les cadeaux de la Nativité. Pas sûr qu'ils passent aussi là où Saint Nicolas, le Petit Jésus ou le Père Noël ont déjà fait le boulot mais, mettez tout de même vos souliers devant la cheminée ou sous ce qui reste de votre sapin. On ne sait jamais !

Et à toutes fins utiles, pour que mes lecteurs aient tout de même un petit quelque chose, en ce début d'année 2014, qui est aussi le centenaire de naissance du Maestro Aníbal Troilo, dit Pichuco, voici une milonga de saison, chantée par son créateur en 1942 : Francisco Fiorentino, l'un des plus célèbres chanteurs de l'orchestre de Troilo. Pichuco en personne à la tête de sa jeune formation avec un montage astucieux de documents historiques et de voix emblématiques, dont celle de son ami, le poète Julián Centeya, qui nous récite (fort bien) le texte écrit par l'ami Homero Manzi et mis en musique par Sebastián Piana, le grand restaurateur de l'apport noir à la musique portègne...




Pour suivre le programme des célébrations, consulter le site Internet consacré à Aníbal Troilo et connectez-vous à la page Facebook que les petits-enfants ont montée pour cette occasion.

Troilo avec sa femme Zita l'été 1965 à Mar del Plata

François déculpabilisateur de service [Actu]

Miguel Rep nous réveille en ce dimanche matin, d'Epiphanie pour nombre de francophones mais nullement pour le reste des chrétiens, avec cette confrontation d'un de ses personnages fétiches, le Culpo (jeu de mot carabiné entre pulpo, poulpe, et culpa, faute morale) et le Pape, alors que ce dernier vient de créer un nouveau buzz journalistique avec une intervention datant de novembre mais publiée vendredi dernier par la revue jésuite italienne Civiltà Cattolica et reproduite hier par L'Osservatore Romano. Et bien entendu, l'article de la revue ignatienne avait échappé à tout le monde mais pas la double page du quotidien du Vatican. Ce matin, la presse mondiale s'avise donc que le Saint Père, à cette occasion, a prononcé des paroles qui sortent de l'ordinaire. Et comme d'habitude, journaux, télévisions et radios se concentrent sur ce qui touche à la morale familiale.
Avant, les journalistes s'affolaient autour du préservatif et de l'avortement, maintenant ils s'excitent sur l'homosexualité et les divorcés remariés. Mais c'est toujours le même chapelet de contresens qu'ils nous débitent, révélant ainsi l'ampleur de leur manque de culture dans le domaine.

Página/12 fait donc un article non signé, ni pire ni meilleur que tant et tant d'autres, sur ces déclarations adressées à l'assemblée générale des supérieurs de congrégations masculines, et Miguel Rep y ajoute son grain de sel avec son céphalopode vert et édenté, qui fait généralement la paire avec la mystérieuse psychanalyste de Gaspar, que personne n'a jamais vue dans ses dessins (puisqu'elle se tient toujours derrière le divan où s'allonge Gaspar).
Pour l'occasion, le Culpo prend l'accent italien :


Traduction :
Je ne comprends pas ton business, Franchesco (1), je ne pige rien (2). Qu'est-ce que tu veux dire par "Dieu nous précède toujours (3) quand il s'agit de nous pardonner ?" Plus personne ne va se sentir coupable. Tu ne recules devant rien, hein, quand il s'agit de recruter tes troupes ! Ça va durer longtemps, de dire ces trucs ?
On est dans le même business, Papa ! (4) Me casse pas la baraque ! Tu cherches quoi ? Que ce soit de ta faute si les fidèles ne se sentent plus coupables ? Tu sais ce dont je suis capable, moi, si je te mets le grappin dessus, Franchesco ?
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Sur le côté, on lit la mention "Le Culpo et le Pape Premier round" (ça promet pour 2014 !) et une devise, qui était celle de Jean-Paul II et non pas celle de François : Totus Tuus (une formule latine de consécration à la Vierge Marie, tirée d'un texte de saint Louis Grignon de Montfort, au XVIIIème siècle).

François a conservé, quant à lui, sa devise épiscopale : Miserando atque eligendo (Qui a besoin du pardon est aussi qui doit être appelé [au sacerdoce, au salut ou à la foi])


(1) En Italien, le pape s'appelle Francesco (avec le c chuinté devant les voyelles e et i), en espagnol c'est Francisco.
(2) Là, le Culpo emploie le verbe italien capire, passé dans le langage portègne grâce à l'importante population italienne immigrée en Argentine pendant la phase 1880-1930 et dont fait précisément partie la famille du Pape elle-même, en provenance du nord de la péninsule italique.
(3) Re-trait linguistique portègne et néologisant comme le Pape en met souvent dans sa conversation lorsqu'il s'exprime à bâtons rompus en espagnol (mais jamais dans un discours : on n'entend pas ça le mercredi à l'Audience générale). Ici, le substantif printemps (primavera) prend une forme verbale : primavear.
(4) Et encore un jeu de mot. Ici, Pape, en espagnol, s'écrirait sans accent (Papa). Avec un accent, c'est le père.

samedi 4 janvier 2014

Les rois mages version 2014 [Actu]

La longue canicule qui a affecté, en décembre, une grande partie du pays et en particulier la capitale et sa région a provoqué de très nombreuses coupures de courant du fait d'une trop forte consommation (les réfrigérateurs et les climatiseurs ont beaucoup trop tiré pour le réseau argentin, encore fragile). Le Gouvernement est en train de fixer à l'encontre des deux compagnies de distribution, Edesur et Edenor, les indemnisations qu'elles devront verser aux usagers, particuliers et professionnels, en fonction des dommages subis (imaginez le glacier ou l'environnement surchauffé d'une succursale bancaire !), ainsi que les amendes auxquelles elles seront soumises pour manque de respect du cahier des charges qui leur a été imposé lorsqu'elles ont été retenues comme concessionnaires chargées d'un service public (payant bien entendu).

Les sommes annoncées commencent déjà à chiffrer : on parle d'environ 300 millions de pesos pour les seules indemnisations.

Ce bazar énergétique a donné une idée à Rudy et Daniel Paz en ces heures où les plus petits tiennent de moins en moins en place... C'est que dans la nuit de dimanche à lundi on attend le passage des Rois Mages, leurs chameaux et autres dromadaires chargés de cadeaux pour les enfants sages.


Premier gamin : Voilà un moment que j'attends les rois (1) et ils ne sont toujours pas arrivés.
Second gamin : T'es avec qui, toi ? Roisur ou Roinor ?
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Papa Baltasar, une milonga de saison ! (2)
Ici avec la voix magnifique de Roberto "Polaco" Goyeneche, accompagné par l'orchestre Osvaldo Berlingeri...

Allez, bonne lumière et bonne année à tous !


Le même morceau en version instrumentale pour piste de danse


(1) En Argentine comme partout ailleurs dans le monde hispanique, aucun besoin d'ajouter l'adjectif. Les roi, tout le monde sait qui c'est !
(2) Papa Baltasar, milonga de Sebastián Piana et Homero Manzi, fait partie du corpus présenté et traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, que j'ai publié aux Editions du Jasmin.

Encore une mauvaise idée du Gouvernement portègne [Actu]

A partir de mars prochain, le billet de métro à Buenos Aires passera à 4,5 $ l'unité et à 5$ si le paiement se fait en liquide plutôt que sur une carte d'abonnement.

Le porteur d'une carte d'abonnement à lecture électronique bénéficiera sur ses voyages d'un discount par palier, qui sera calculé chaque mois sans report possible d'un mois sur l'autre, y compris en cas de suspension du service de transport (grèves, travaux sur les lignes, etc).

Une arnaque de grande dimension dont la mise en place est néanmoins subordonnée à une décision de justice pour laquelle une audience est prévue le 7 février prochain.

En novembre dernier, le prix du billet était déjà passé de 2,5 à 3,5. Et c'est comme ça depuis plus d'un an, c'est-à-dire depuis que la gestion du métro est passé de l'Etat fédéral à la Ville Autonome de Buenos Aires. Avec le nouveau tarif progressif, en cas d'utilisation maximale du métro (soit 50 déplacements pour un mois calendaire), le montant lissé sur ce mois mettra tout de même le voyage à l'unité à 3,69 $.

Pour en savoir plus :

vendredi 3 janvier 2014

1er et 2 mai à Buenos Aires : le Roman national argentin continue [Human Trip]

Patio du Museo Mitre, avec la statue du maître de maison
Nous poursuivons notre parcours culturel dans la capitale argentine avec l'agence de voyage équitable Human Trip, qui commercialise et opère depuis la France (Aix-en-Provence) ce séjour de deux semaines que j'ai conçu et que j'accompagnerai sur place, du 24 avril au 8 mai 2014, pour 2 740 € par personne (tout compris, à part quelques repas laissés libres), dans un bel hôtel du centre-ville (quartier de Monserrat).

Ces deux jours, au milieu du voyage, s'organiseront autour d'une journée libre (le 1er mai, férié comme presque partout ailleurs dans le monde) et d'une nouvelle journée thématique axée sur l'immigration massive entre 1880 et 1930 et les déclinaisons idéologiques et politiques que cet afflux de population pan-européenne, multilingue et pauvre a suscitées dans ce pays neuf en pleine construction.

Le jeudi 1er mai sera donc une journée de liberté puisque de nombreuses activités sont proposées dans Buenos Aires ce jour-là : certains musées sont ouverts, de nombreux restaurants aussi et même des commerces (mais évitez tout de même les magasins à touristes, c'est cher et la plupart des souvenirs sont made in China). Par ailleurs, à Palermo, à partir du 24 avril, se tiendra la quarantième Feria del Libro, le Salon du Livre de Buenos Aires, la plus grosse manifestation de ce type en Amérique du Sud, avec ses nombreux stands d'éditeurs et d'institutions (dont la Ville de Buenos Aires et le Secrétariat d'Etat national à la Culture), ses conférences, ses projections, ses rencontres avec des auteurs venus de tout le pays et bien au-delà présenter et signer leurs derniers ouvrages, le tout pendant deux grosses semaines d'activités incessantes.
On s'y rend facilement en métro, le centre des expositions se trouvant à deux pas de Plaza Italia, bien reconnaissable avec son monument à Garibaldi.
Des activités communes pourront être proposées au groupe en fonction des desiderata exprimés et des disponibilités du jour.

Arrivée du jour à l'hôtel des Immigrés à la fin du XIXe siècle

Le lendemain, nous aborderons donc cette période charnière de la construction nationale de l'Argentine qu'a été l'ouverture des frontières en grand et qui vit la capitale aussitôt débordée par l'afflux d'immigrants. A la même époque, en effet, après le baby-boom consécutif aux guerres napoléoniennes et l'amélioration rapide des conditions de vie grâce à la révolution industrielle, l'Europe souffrait d'un excédent démographique qui se déversait en flot continu dans les ports de New-York, de Sydney et de Buenos Aires... Et c'est donc à cette époque-clé que le tango a commencé à prendre sa forme définitive, comme j'aurai l'occasion de vous l'exposer dans ma prochaine conférence, mardi 7 janvier à 20h, à la Maison de l'Argentine à Paris (Cité Internationale Universitaire).

Ce 2 mai s'organisera donc autour de deux pôles complémentaires :
d'un côté, le port, tel qu'il est aujourd'hui (et il a bien changé) et la Grande Immigration,
de l'autre ce qu'on appelle traditionnellement la "république conservatrice", c'est-à-dire gouvernée par les patriciens portègnes (1), une droite anglophile, favorable au grand commerce et au libre-échange, tout droit descendue de Bernardino Rivadavia, fondateur de ce grand courant de l'époque révolutionnaire et que nous aurons rencontré à travers nos parcours autour de la Révolution de Mai et du Général San Martín.

La Douane Taylor (Aduana Taylor) au fond, en 1888,
et les lavandières travaillant sur la rive du Ríp de la Plata

Après le petit-déjeuner, que le Monserrat Apart Hotel propose sous forme d'un buffet libre-service, je vous dresserai une esquisse de cette époque mouvementée dans la salle de conférence de l'hôtel puis nous prendrons la direction du Vieux Port, l'actuel quartier, hyper-chic, de Puerto Madero, issue de la réhabilitation de luxe des vieux quais où toute cette population s'est déversée pendant cinq décennies avec une seule interruption, celle de la Grande Guerre. C'est là qu'est arrivée un jour une Française de Toulouse, nommée Berthe Gardes, son petit garçon de deux ans dans les bras, un bébé qui allait devenir le plus grand chanteur de tango de tous les temps. Il s'appellera Carlos Gardel, vous l'aviez deviné.

Cette partie du port est désormais réservée à la navigation de plaisance. Les vacances en pleine cité urbaine : on se croirait sur la côte d'Azur ou la Costa Blanca. Le musée de l'immigration, que nous visiterons s'il est ouvert, occupe le bâtiment d'un ancien centre d'accueil fort peu accueillant, où s'entassaient les immigrants que n'attendaient ni amis ni famille (ce n'était pas le cas de Berthe Gardes, à qui ses amis sur place épargnèrent la promiscuité épouvantable de cet avant-goût de purgatoire). Le long des quais, de nos jours, sont amarrés deux splendides navires à voile et à moteur transformés en musées nationaux : l'ancien navire-école de la marine argentine, la frégate ARA Sarmiento, désarmée lorsque la Libertad a été mise en service (voir mon article sur le rapatriement il y a un an de ce somptueux trois-mâts de la Marine argentine) et un navire d'exploration antarctique, lui aussi désarmé, la corvette ARA Uruguay (2).

Pour le déjeuner, deux solutions s'offriront à nous : pique-niquer devant ce cocktail de gratte-ciels et d'eau qui composent un paysage improbable et peu bruyant, typiquement portègne, dont la classe possédante a fait disparaître toute trace de souffrance et d'humiliation sociale en transformant docks et grues en décor d'industrie élégante, ou déjeuner, un peu à la française, dans l'un des restaurants huppés du coin. Deux façons d'aborder cette ville profondément contrastée...

Dans l'après-midi, retour à Monserrat : nous visiterons le musée Mitre, dans la rue San Martín.
Un musée national établi au domicile de Bartolomé Mitre (1821-1906), grand intellectuel de la droite, inspirateur de la pensée dominante argentine, historien qui fixa l'interprétation officielle de la Révolution de Mai et les biographies des grands héros que furent San Martín, Belgrano et Pueyrredón, patron de presse (il a fondé le quotidien La Nación, toujours dirigé par l'un de ses descendants), officier unitaire portègne, Gouverneur de la Province de Buenos Aires (1860-1862) et même Président de la Nation (1862-1868).
Ce personnage ambigu et fondamental, nous l'aurons déjà découvert le premier jour, en visitant le musée national du Bicentenaire, sous la Casa Rosada.

Mitre aujourd'hui : sur le billet de 2 pesos
Au revers, la façade du musée Mitre, rue San Martín

Véritable bête noire de la gauche argentine actuellement à la barre, l'homme était pourtant un intellectuel brillant, un érudit, propriétaire d'une bibliothèque qui fait encore autorité à juste titre (et qu'on peut consulter tous les mercredis, à condition de prendre rendez-vous), étonnant auteur d'un dictionnaire bilingue pampa-espagnol (3) et si on lui reproche aujourd'hui ses écrits manipulatoires pleins de partis-pris (4), il se comporta la plupart du temps comme les historiens de son siècle, tous plus politiciens et militants que chercheurs scientifiques comme nous l'entendons aujourd'hui. En fait, après un début du XIXème siècle où l'on avait vu quelques esprits encore sous l'influence des philosophes des lumières tenter de se tenir à bonne distance de leur sujet d'étude (5), dans la seconde moitié du siècle on ne voyait dans l'histoire qu'un outil de gouvernance comme le sont aujourd'hui les promesses électorales qui n'existaient guère dans cette république reposant sur le suffrage ultra-censitaire et surtout oral (6).

Le musée est une maison typiquement patricienne à visiter pour elle-même. Elles sont peu nombreuses à Buenos Aires, où, heureusement pour nous, les demeures de Sarmiento (dans le quartier de Belgrano) et celle-ci ont été préservées.
Côté muséographique : l'exposition permanente se compose de deux collections distinctes, l'une sur la vie et l'œuvre politique et militaire du prócer (comme on appelle en Argentine les grands personnages historiques), l'autre est constituée de documents historiques rassemblés par Mitre lui-même, parmi les archives et les souvenirs de Belgrano, San Martín et Pueyrredón, qui lui ont été cédées par les familles respectives des trois héros (próceres eux aussi) et qu'il a longtemps considérés comme des curiosités participant de son patrimoine privé alors qu'il les avait obtenus en usant de son mandat officiel de président du pays ! (7)

Juan Vattuone au Torquato Tasso
(retrouvez-le dans l'écran de veille que je vous propose cette année)

Pour la soirée, nous irons écouter de la musique, dans un bistrot ou un centre culturel de quartier, comme le font les Argentins, qui y dînent avant le spectacle, à la bonne franquette et à des prix très abordables... Nous irons écouter ce que l'affiche nous proposera ce soir-là. Le droit au spectacle est inclus dans le prix du voyage, le repas reste libre.

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Pendant tout le voyage, nous séjournerons au Monserrat Apart Hotel, qui propose des chambres équipées d'une kitchenette, où il est donc permis de prendre un repas léger. Ce mode d'hébergement permet d'équilibrer le budget et le régime alimentaire de chacun (c'est nettement moins cher et beaucoup plus sain que de prendre tous ses repas au restaurant car cela évite les commissions léonines des intermédiaires en tout genre. Et Dieu sait s'ils sont gourmands !)
Vous pouvez consulter le site Internet de cet hôtel, les informations reflètent la réalité de l'établissement.
Le Monserrat Apart Hotel dispose aussi d'une page Facebook.

Le programme complet du séjour est disponible en format imprimable sur mon site Internet et en lecture en ligne sur le site de l'agence Human Trip, qui est à votre disposition pour répondre à toutes vos questions (conditions de vente, modalités de paiement et d'inscription et toutes les autres questions techniques).
Ce séjour comporte plusieurs soirées libres, notamment à l'intention des danseurs de tango qui souhaitent profiter des milongas portègnes.

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Grâce à son correspondant sur place, Human Trip peut vous proposer des extensions vers d'autres destinations, tant en Argentine que dans les pays limitrophes, à l'intérieur des dates prévues (vous pouvez sauter des étapes de notre séjour si vous le souhaitez), soit avant l'arrivée du groupe, le 25 avril, soit après son départ le 7 mai.
L'agence est à votre service
pour vous construire un programme sur mesure.
Contactez-la par mail (info@humantrip.fr) 
ou par téléphone (04 86 11 01 71).

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Pour en savoir plus sur les éléments de ces deux jours :
Visitez le site Internet de la Feria del Libro (quelques points du programme commencent à être annoncés)
Connectez-vous à la page Facebook de la manifestation

Pour en savoir plus sur les quartiers concernés par ces deux journées, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.
Pour accéder à l'ensemble des articles concernant ce voyage, cliquez sur le mot-clé Human Trip.



(1) Cette époque est dominée par la politique unitariste, qui suivit la phase fédérale, avec l'impérialisme portègne de Rosas de 1835 à 1852 (voir mon article sur la journée à Palermo) suivi du fédéralisme de l'intérieur, sous l'impulsion du général Justo José Urquiza de 1852 à 1861. Général Urquiza que Mitre contribua à chasser définitivement du pouvoir à la bataille de Pavón (17 septembre 1861) : lassé par les soulèvements trop fréquents des partisans de l'unitarisme portègne, Urquiza préféra lui laisser la victoire pour éviter un massacre fratricide. Tant et si bien que Mitre est un général qui n'a jamais connu de vraies victoires, ce qui n'a pas empêché qu'il soit présenté aux écoliers argentins comme un immense héros militaire (qu'il n'a jamais été).
(2) Le sigle ARA précède les noms des bâtiments militaires. C'est l'abréviation de Armada de la República Argentina (Marine de la République argentine).
(3) La langue pampa est celle que parlaient les Amérindiens de la Province de Buenos Aires. De la part de Mitre, on s'attend à tout, sauf à cet intérêt pour un phénomène culturel aborigène tant sa politique fut hostile aux premiers habitants du Nouveau Monde, considérés pendant son mandat et longtemps après comme des sauvages sans aucun droit et bientôt comme des sous-hommes à exterminer (1870).
(4) Certains de ses contemporains eux-mêmes les avaient déjà dénoncés, notamment Carlos Guido Spano, considéré comme un grand poète de son temps. Il était le fils de Tomás Guido, compagnon politique et militaire de San Martín, et Mitre avait fait passer par pertes et profits le vieux révolutionnaire, qui avait travaillé aux côtés de Pueyrredón puis de San Martín, en Argentine, au Chili et au Pérou. Guido mourut en 1866 et Mitre, alors chef d'Etat, eût l'indécence de ne pas lui rendre hommage et s'abstint même de visiter la famille endeuillée, ce qui constituait un affront délibéré. Tout ça parce que Guido, comme San Martín, s'était abstenu de participer à la guerre civile entre fédéraux et unitaires, de son déclenchement en 1820 jusqu'à sa mort, alors que le conflit persistait. Inutile de vous préciser que les accusations portées par Carlos Guido Spano contre Mitre et ses adeptes, notamment dans la Revista de Buenos Aires, sont saignantes...
(5) J'en montrerai quelques exemples dans mon prochain livre qui approfondira la figure de José de San Martín.
(6) On parlait alors de voto cantado (vote chanté). On votait à haute voix, à main levée ou avec bulletin mais sans isoloir. Ainsi donc, dans le petit cercle des électeurs où tout le monde connaissait tout le monde, chacun savait ce que les autres votaient tant et si bien que le scrutin relevait souvent d'une entente préalable au sein d'un groupuscule dominant, tantôt à travers des discussions en loge maçonnique, tantôt au cours d'un déjeuner dominical d'après-messe présidé par le Nonce apostolique ou l'évêque du lieu, deux techniques impeccables qui permettaient de dégager facilement des majorités on ne peut plus confortables... A la même époque, en France, les collèges électoraux du Second Empire se chauffaient peu ou prou du même bois.
(7) Mitre est un exemple de la pratique ordinaire de la corruption et du népotisme dans cette belle société unitaire de Buenos Aires qui monta à des niveaux inouïs à l'époque suivante connue sous le nom de Generación del Ochenta (1880-1916).