samedi 25 avril 2009

Anna Saeki en Europe : retour "sans image" [Disques & Livres]


Anna Saeki à la Academia Nacional del Tango, Buenos Aires, 18 août 2008 (X° Festival del Tango de BsAs)


Il sera dit qu'Anna Saeki m'aura fait rompre toutes les règles que je m'impose dans Barrio de Tango pour pouvoir faire vivre ce blog dans le court délai des 24 heures que compte la journée terrestre. L'une de ces règles est en effet de ne parler que des artistes argentins et uruguayens menant carrière chez eux (1). Or Anna Saeki est japonaise. Ce qui n'empêche pas qu'elle soit une très grande chanteuse de tango argentin et, de vous à moi, une des plus impressionnantes qu'il m'ait déjà été donné de voir sur scène. Et puis, dans Barrio de Tango, quand je fais un retour sur un concert déjà annoncé (lire l'article), c'est pour faire un retour sur images. Or je n'ai pas une seule photo du concert d'hier. On ne peut pas photographier le spectacle : les flashes déconcentrent tout le monde, les artistes et le public. Alors je vais tout de même mais sans image vous faire retour sur ce récital, parce qu'il y a vraiment beaucoup de choses à en dire.

D'abord sur le programme que l'artiste a choisi et qui sera peu ou prou le même sur le reste de la tournée. Le concert dure une heure et demie, que l'on ne voit pas passer, et se constitue de deux parties sans entracte.

1ère partie : La Cumparsita (Si supieras, la letra de Pascual Contursi) (lire l'article sur l'histoire de cet hymne du tango), Sin palabras, Che Bandoneón, Parlez-moi d'amour (en japonais), Alfonsina y el mar, Yo vengo a ofrecer mi corazón, Dejá la vida volar, Todo cambia (ces trois derniers étant des créations nouvelles, tirées de son dernier disque).

La coupure entre les deux parties est un temps de musique instrumentale où le Quinteto El Después, qui l'accompagne dans sa tournée, joue sa propre musique, c'est-à-dire celle de ses deux membres argentins que sont le bandonéoniste Victor Hugo Villena et le guitariste Alejandro Schwarz. Leurs deux morceaux s'appellent Efecto Tango 2 et Anna de San Telmo (une milonga camdombe). Hier, j'ai nettement ressenti qu'à partir de ce moment-là, les musiciens se sont enfin lâchés. Dans la première partie, où leurs arrangements sont pourtant excellents, j'avais l'impression d'un quintette cantonné à un rôle de faire-valoir, comme écrasé, volontairement ou non, par la partie vocale (qui en impose).

La deuxième partie est entièrement consacrée au duo Astor Piazzolla-Horacio Ferrer. Le quintette ne se contente plus d'accompagner mais devient partie prenante du concert au même titre que la chanteuse. L'introduction instrumentale qu'ils ont faite pour Balada para un loco est très originale. D'ordinaire, ce tango n'a pas d'introduction (c'est même un de ses traits distinctifs) mais pour un public linguistiquement hétérogène, qui ne peut pas goûter pleinement le récitatif de début, l'idée de faire entrer le spectateur dans la folie du personnage et de cette histoire par la musique et la danse, légèrement flamenca, que nous offre Anna Saeki, est une vraie idée théâtrale. A la voir dans cette deuxième partie, on croirait qu'Anna Saeki est née pour le répertoire Piazzolla-Ferrer. A moins que ce ne soit l'inverse. Dans cet univers artistique, esthétique, musical et poétique singulier, elle revèle un faste vocal et une justesse de jeu à la mesure des joyaux de théâtre dont elle se pare sur les planches.

Cette dernière partie comporte 5 pièces, deux très connues et trois beaucoup moins : Chiquilín de Bachín, Oblivion (en japonais), Las Ciudades, Balada para un loco (avec le récitatif du début essentiellement en japonais et un couplet repris aussi en traduction), Balada para mi muerte et Preludio para el año 3001.

L'ensemble du tour de chant est très structuré avec une montée en puissance de la chanteuse, de la musique et de l'émotion, qui se ressentait même dans cette salle à forte culture japonaise, tellement plus retenue et disciplinée qu'un public latin. J'ai pour ma part rarement vu un récital de tango aussi émouvant que la deuxième partie de ce spectacle.
A voir absolument.
Au besoin, déplacez-vous en Allemagne, partez à Tokio, retenez votre avion pour Lima ou pour Buenos Aires mais surtout ne ratez pas cette chanteuse. Elle passe régulièrement en France mais il nous faudra attendre au moins l'année prochaine pour la revoir...

En Allemagne où sa tournée va prochainement la mener (lire l'article), le programme du tour de chant sera, je suppose, adapté et il y a fort à parier que Parlez-moi d'amour (qui fait plaisir aux Français) fera place à Lily Marlène... sans doute en japonais là aussi. Les traductions nippones du tour de chant sont musicalement excellentes (et c'est une intégriste de la VO en tout et surtout dans le tango qui l'écrit !). J'ignore évidemment à quel point ces versions sont fidèles aux textes originaux (2) mais Anna Saeki réussit cet exploit de chanter des textes japonais qui sonnent comme les originaux. Il est vrai aussi que la langue japonaise le permet puisqu'elle ne se compose que de phonèmes qui existent dans les langues latines et que le rythme et la modulation de la parole n'y sont pas incompatibles avec ceux de l'espagnol. L'effet serait très différent avec du mandarin, du vietnamien, du tamoul ou une langue sémite.

Les équipes locales qui accueillent la chanteuse, l'association AKJW à Paris, vendent ses disques à l'entrée et à la sortie du concert. 5 disques sont disponibles. Deux sont destinés au marché extrême-oriental (tout est écrit en japonais) et trois sont des disques accessibles aux Occidentaux idéographiquement illettrés dans mon genre.

Canto de sirena, chez Rentrak Japan 2001, présente principalement du Piazzolla avec différents letristas : Los pájaros perdidos, Peludio para el año 3001, Vuelvo al sur, La ciudades, Oblivión, Balada para un loco. L'album compte en tout 11 pistes et est vendu au prix de 20 € (à Paris).

Anna Saeki, tango clásico y moderno, chez Oriente Musik (un label allemand), double CD de 21 pistes + 2 bonus vidéo, vendu à Paris au prix de 25 €. Quelques titres : Sin palabras, Malena (qui fait aussi le bonus vidéo), Azabache (qui est le bis du récital actuel), La Cumparsita, María, Sur, El Día que me quieras (en version originale puis en version japonaise) pour le disque Clásico et trois Piazzolla-Ferrer pour Moderno : Chiquilín de Bachín, Balada para mi muerte (qui fait aussi le bonus vidéo) et La última grela (comme Las ciudades, c'est un morceau peu chanté et peu enregistré depuis la création par Amelita Baltar et Astor Piazzolla, au début des années 70).

Et chez Moon Music, en 2009, Yo vengo a ofrecer mi corazón (je viens offrir mon coeur), le plus récent de ses disques, qu'elle a monté et enregistré l'année dernière avec la grande chanteuse de folklore argentine qu'est la Maestra Mercedes Sosa (70 ans). Lorsque la lumière s'éteint dans la salle, la projection d'un petit clip vidéo, résumant les séances d'enregistrement et montrant les Maestras Mercedes Sosa et Teresa Parodi, aux côtés de Anna Saeki, précède d'ailleurs l'entrée en scène du Quinteto el Después. Dans ce disque, plusieurs créations spécifiques : Los Hermanos (la chanson du clip d'ouverture), Todo cambia, Yo vengo a ofrecer mi corazón (qui forme deux pistes, l'une en espagnol, l'autre en japonais), Deja la vida volar. En tout 17 pistes (vendu à 20 €, donc des prix raisonnables pour des disques produits dans le Primer Mundo, comme disent les Argentins, c'est-à-dire dans l'hémisphère nord, au niveau de vie plus élevé qu'au sud de notre planète).

Pour la France, c'est donc l'association AKJW qui s'occupe d'accueillir Anna Saeki. Ce sont eux qu'il faut contacter pour vous procurer ces disques, si vous ratez le second et dernier concert qu'elle donne dans l'Hexagone, ce soir, à la Maison de la Culture du Japon à Paris (quai Branly, au pied de la Tour Eiffel et au bord de la Seine).

Pour en savoir plus : le site d'Anna Saeki elle-même (sans document audio ni vidéo mais en 5 langues) et le site de AKJW.

Pour vous faire une idée de la voix d'Anna Saeki, lire mes articles la concernant en cliquant sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut de l'article, sous le titre.

(1) Il est en effet impossible à un seul rédacteur de rendre compte de tout ce qui se passe de bon dans le monde en matière de tango, qui connaît un succès mondial. Des pays comme le Japon, la Finlande, les Pays-Bas, l'Espagne, le Brésil, les Etats-Unis, la France abritent d'excellents artistes de tango, argentins ou autochtones.
(2) En japonais, je ne connais qu'un seul mot : aligato. Ce n'est pas lourd. Mais, pour le coup, la qualité l'emporte sur la quantité...

vendredi 24 avril 2009

Condamnation du voleur d’enfant Victor Rei à 16 ans de prison [actu]

Il y a plusieurs semaines déjà, je vous racontais les audiences, mouvementées et inimaginables dans nos prétoires européens, du procès de Victor Enrique Rei, un ancien commandant de gendarmerie argentin, qui avait "adopté", sans doute au début 1978, l’enfant nouveau-né de Pedro Sandoval et Liliana Fontana, un couple d’opposants à la Dictature, arrêtés arbitrairement à la mi-1977 et qui ont disparu sans que l’on sache vraiment quand ni comment. (Lire l’article ici).

La victime de ce rapt, Alejandro Sandoval Fontana, était alors déchiré entre son amour pour ce père adoptif qu’il continuait envers et contre tout de considérer comme le sien et son affection, beaucoup plus récente mais ô combien forte, pour sa grand-mère maternelle, Clelia D’Harbe de Fontana, dite Chela, militante de l’Association des Grands-mères de la Place de Mai (Abuelas de Plaza de Mayo). Au cours du procès, comme c’est souvent le cas dans ces affaires politico-crapuleuses, le père adoptif s’est montré particulièrement odieux envers la famille réelle du jeune homme et manipulatoire envers son fils adoptif.

Le gendarme a donc finalement été reconnu coupable, hier, de rétention et de dissimulation d’un mineur de moins de dix ans, de suppression d’état-civil et de falsification de 3 documents attestant de l’identité de son supposé fils : déclaration de naissance (il avait fait modifier dates et lieux pour mieux brouiller les pistes), carte d’identité (DNI, documento nacional de identidad) et inscription au registre de l’Etat Civil (Registro Civil). Il a été condamné à 16 ans de prison, ce qui est la peine la plus lourde jamais prononcée à ce jour dans un cas similaire de rapt d’enfant. On est néanmoins très loin de la peine maximale encourue qui est de 25 ans.

Le Tribunal, composé de trois juges professionnels, a aussi émis une recommandation au Barreau (Colegio Público de Abodagos) pour qu’une enquête disciplinaire soit entamée à l’encontre de l’avocat du condamné, Alejandro Macedo Rumi, au sujet des manquements de ce juriste aux règles de la déontologie de son office (normas de ética). L’avocat a en effet recouru à l’outrage à magistrat (parlant de la calamité de la justice argentine) et accusé les parties civiles de faux témoignages (en reversant l’accusation : c’était la famille de sang et les Grands-Mères qui s’appropriaient l’enfant de Rei). Il avait même prétendu représenter et défendre les intérêts de celui qui, dans ce procès, était la victime principale, Alejandro Sandoval Fontana lui-même ! Mal lui en a pris, d’ailleurs, puisque la peine dont écope Rei est supérieure de 6 ans à celle dont avait écopé le dernier apropiador (voleur d’enfant) qu’il avait défendu avant celui-ci.

Dans mon précédent article, je vous avais raconté comment Macedo Rumi n’avait pas hésité, en pleine audience, à insulter les Grands-Mères, partie prenante au procès en qualité de parties civiles (comme nous disons dans les pays européens de droit latin), dont des représentants assistaient au procès aux côtés de la famille de sang (familia biologíca) du jeune homme, principaux plaignants dans la procédure.

Après l’énoncé du verdict, sur les marches du Palais de justice, Alejandro Sandoval Fontana s’est déclaré satisfait par la décision de justice et se tournant vers sa grand-mère et sa tante maternelles, il leur a déclaré son affection : "Aujourd’hui une porte se ferme et d’autre s’ouvrent. C’est bien vous que j’ai choisies. Je vous aime".

La famille ainsi reconstruite a alors été longuement et chaleureusement applaudie par une centaine de parents, de militants de l’association H.I.J.O.S. (1) ainsi que de compagnons de lutte des deux parents disparus, Liliana et Pedro, le père à qui son fils ressemble d’une manière si troublante (voir les photos sur mon article de mars 2009 et sur le blog du procès).

Pour aller plus loin : Se cierre una puerta, article de Página/12 (édition de ce jour) et Juicio a Victor Rei, le blog du procès raconté du côté Abuelas sur le site de l’Association (dont vous trouverez le lien dans la rubrique Cambalache casi ordenado, dans la Colonne de droite, dans la partie inférieure).

(1) H.I.J.O.S est une association qui rassemble des enfants qui recherchent leurs parents disparus pendant la dictature de 1976-1983. Abuelas rassemble les grands-mères qui recherchent les enfants volés de leurs enfants disparus et placés, en raison de leur bas âge, en adoption, sous une fausse identité, dans des familles le plus souvent idéologiquement proches du régime. Les deux associations des Mères de la Place de Mai (Madres et Madres Linea Fundadora) cherchent, elles, à connaître le sort qu’ont connu leurs enfants, après leur arrestation arbitraire. Il arrive bien sûr que ces recherches se croisent et correspondent au sort des mêmes personnes.

L’arroseur arrosé [actu]

C’est l’anecdote dont se délecte Página/12 dans son édition du 24 avril 2009, trop heureux, en cette période électorale, de pouvoir dire -avec humour (féroce)- tout le mal qu’il pense du gouvernement de droite libérale qui administre actuellement la ville de Buenos Aires.

Depuis quelques semaines, ce Gouvernement autonome a placé sur le portail officiel de la ville une campagne intitulée Denuncia al Ñoqui. Denunciar, c’est porter plainte (au sens judiciaire du terme). Et le ñoqui, c’est certes une délicieuse pâte, de froment ou de pomme de terre, que l’on déguste à Buenos Aires tous les 29 du mois (voir mon article sur El Día de los ñoquis), mais c’est aussi l’équivalent portègne du glandeur ou du profiteur français, voire du salarié de complaisance (ce qu'on appelle emploi fictif dans les scandales de financement de la vie politique en France ou en Belgique) : la personne qui ne fait pas grand-chose de ses dix doigts pendant sa journée de travail, celle qui profite du système ou celle qui touche un salaire pour un travail qu'elle n'accomplit pas, sur un emploi qui n'existe pas.

Autrement dit, le Gouvernement de la Ville de Buenos Aires appelle la population à se plaindre publiquement et en ligne (c’est moderne) de tout fonctionnaire territorial (empleado de la ciudad) dont il lui semblerait qu’il n’accomplit pas son travail ou se livre, dans le cadre de celui-ci ou sous le couvert de celui-ci, à des opérations malhonnêtes ou des détournements de fond.

Mauricio Macri, le Chef du Gouvernement de la ville de Buenos Aires, est persuadé que le personnel municipal est un ramassis de ronds-de-cuir paresseux et malhonnêtes, qui ne pensent à rien d’autre qu’à se la couler douce aux frais du contribuable (1). Très peu de temps après sa prise de fonction à la tête de la capitale argentine, le 10 décembre 2007, Mauricio Macri a même fait renvoyer comme des malpropres une centaine de fonctionnaires pour faute, les uns pour prévarication, les autres pour concussion, d’autres encore pour corruption passive et les derniers pour des actes de coulage et d’utilisation à des fins privées du bien public. Les licenciés, soutenus par les syndicats, tous plus ou moins péronistes dont très hostiles à Macri, ont intenté aussitôt un procès et ils l’ont gagné : le Gouvernement de la ville a été condamné pour les avoir licenciés sans raison. Seuls deux fonctionnaires, de niveau très subalterne, ont été reconnus coupables d’actes délictueux, qui n’allaient vraiment pas bien loin (surtout quand on les compare aux faits de corruption attestés dans les élites dans toute l’Amérique du Sud, Argentine compris). Jugez-en plutôt vous-même : l’un des deux était un simple jardinier du Jardín Botánico (à Palermo) et il louait, au noir et malgré le règlement qui l’interdisait, le droit de tourner des clips, des pubs et autres courts-métrages et de prendre des photos de mariage ou de fiançailles dans un petit recoin de ce très joli et très vaste parc, à l’abri des regards, derrière la cabane où il rangeait son matériel. Il se faisait ainsi un maigre et illégal petit pécule de trois fois rien qui lui permettait de mettre une lichette de beurre dans les épinards des empanadas de sa petite famille (2). La Ville de Buenos Aires a monté ces deux malheureux cas en épingle tant et si bien que Madoff a presque l’air d’un enfant de choeur à côté de ce qui a été dit contre ces deux pauvres types (3).

Ainsi donc, d’après le billet d’humeur (pirulo de tapa) que vous pouvez lire tous les jours en pied de page du site du quotidien de gauche Página/12, la discutable campagne Denuncia al ñoqui (porte plainte contre le glandeur) serait un franc succès. En effet, le site aurait été inondé de mails d’habitants de Buenos Aires se plaignant du manque de travail de... Gabriella Michetti, la Vice Chef du Gouvernement de la Ville, qui serait devenue chef du Gouvernement si Mauricio Macri (4) était venu à ne plus pouvoir assumer ses fonctions électives. Or depuis le début de la mandature, Gabriella Michetti est fort peu présente dans l'hémicycle portègne où elle occupe normalement un siège de députée et, au Gouvernement, elle est, de plus, réduite à jouer les utilités et à inaugurer les chrysanthèmes, surtout pour les opérations de bienfaisance, parce que le Chef du Gouvernement est une vraie bête médiatique qui occupe systématiquement le devant de la scène sur tous les sujets, au détriment non seulement de sa Vice Jefa de Gobierno, mais aussi de tous ses ministres, lesquels ne vont à la lumière que lorsqu’il y a des coups à prendre (par exemple dans le cas du conflit social avec les enseignants, lire les articles ici).

La campagne électorale ne fait pas perdre aux Portègnes leur percutant et malicieux sens de l’humour. Dieu soit loué ! Mais enfin, ici et là-bas, une campagne électorale reste une campagne électorale et franchement, des deux côtés de l’échiquier politique, on ne peut pas dire que cette campagne brille par le contenu du discours politique...

(1) Se la couler douce (francés popular) : pasarla muy bien sin trabajar.
Aux frais du contribuable : al costo de los contribuyentes.
(2) Mettre du beurre dans les épinards (francés popular) : literalmente poner manteca (mantequilla en España) en las espinacas. Significa hacer la vida cotidiana más cómoda.
Une lichette : un cachito.
Empanadas : chaussons chauds farcis, frits ou cuits au four, très appréciés dans la gastronomie portègne. C’est l’en-cas ou l’entrée par excellence, fourré avec de la viande, du poisson, du poulet, de la humita (purée de maïs), des blettes, des épinards ou toutes sortes de mélanges de légumes méditerranéens.
(3) Monter un cas en épingle : hacer mucho ruido en público sobre un asunto que no vale tanta pena.
Avoir l’air d’un enfant de choeur : tener piel de oveja (avoir une peau de brebis). Tener la apariencia de un santo inocente.
(4) que celui-ci vient, fort habilement, de pousser à la démission sous prétexte qu’elle ne peut pas, à la fois, se présenter sur une liste à la députation nationale et exercer ses fonctions dans le Gouvernement de la Ville. Ce qui, hors de tout compromis préélectoral pour la composition d’un tandem équilibré qui ratisse le maximum de voix, va lui permettre, à lui, Mauricio Macri, de désigner prochainement son nouveau suppléant, sans passer par le suffrage universel. Macri est vraiment un homme politique, il en a la rouerie, l’habileté et l’incroyable abattant, avec ce sourire inaltérable perpétuellement sur les lèvres. Qu’on soit d’accord ou non avec lui (et la plupart des gens de tango lui sont fort hostiles), l’homme est très fort. Gabriella Michelli ne s’est pas privée de manifester publiquement qu’elle n’a démissionnée que contrainte et forcée et qu’elle aurait préféré aller jusqu’au bout de la mandature portègne. Reste à savoir si cette position de victime va la servir ou la desservir le jour du scrutin (le 28 juin prochain pour les élections à la Chambre des députés et au Sénat nationaux et pour les élections à la chambre représentative de Buenos Aires, la Legislatura, en octobre pour les élections législatives locales dans diverses Provinces).

mardi 21 avril 2009

Horacio Molina au Chat Noir à Genève le 14 mai [ici]

Photo envoyée par Horacio Molina



Le chanteur de tango argentin Horacio Molina se produira au Chat noir, 3 rue Vautier, à Carouge, un faubourg de Genève, le 14 mai prochain, à 19h. A ne pas louper !

Le Chat noir est une association qui entend soutenir la musique vivante à Genève. Il propose un programme de concerts très variés avec des musiciens venant de tous les horizons géographiques et stylistiques. Le tout à des prix qui semblent dans l’ensemble des plus raisonnables.

Pour le récital de Horacio Molina, le plein tarif est de 20 Fs, les étudiants payent 15 Fs et les titulaires de la carte 20 ans/20 francs n’en acquitteront que 12. Les réservations en ligne sont d’ores et déjà possibles sur le site du Chat Noir.

Les articles de Barrio de Tango sur Horacio Molina (y compris celui-ci) sont tous accessibles en cliquant sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut, entre le titre et l’article.

11ème Séminaire Tango et Société à Buenos Aires [à l’affiche]




Le Forum Argentin de Culture citadine (Foro Argentino de Cultura Urbana) propose, en partenariat avec le Colegio de Escribanos de la Ciudad de Buenos Aires (le Collège du Notariat de la Ville de Buenos Aires), une série de 8 soirées mensuelles dans le cadre d’un vaste programme de conférences portant sur le Tango dans ses rapport s avec la société.

Cette année, les conférences s’intéresseront au tango et à la vie quotidienne.

Les conférences se répartissent d’avril à novembre, à raison d’un lundi par mois à 19h, au Colegio de Escribanos de la Ciudad de Buenos Aires (1), avenida Callao 1542, à 19h précises. L’institution se situe tout près de l’angle entre Callao (1500) et Las Heras (180), dans le bas du quartier de la Recoleta.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles. Le programme stipule que la ponctualité est requise (la ponctualité, ce n’est pas vrai le fort des Argentins).

Chaque conférence est aussi l’occasion de rendre hommage à une personnalité, ce qui est indiqué sous la forme Agradecimiento a (remerciement à).

Lundi 27 avril : le quartier (el barrio). Agradecimiento a Horacio Ferrer
Lundi 11 mai : les moyens de transport. Agradecimiento a Rubén Juárez
Lundi 8 juin : le temps libre. Agradecimiento a Dino Saluzzi
Lundi 13 juillet : la délinquance et la marginalité (la mala vida). Agradecimiento a Alberto Podestá
Lundi 10 août : la vie culturelle. Agradecimiento a Héctor Negro
Lundi 14 septembre : le jeu (el escolazo) (2). Agradecimiento a Ernesto Baffa
Lundi 19 octobre : le footbal. Agradecimiento a Chico Novarro
Ce soir-là, le public aura droit à une conférence exceptionnelle de Aldo Ferrer, prestigieux économiste issu de l’Université de Buenos Aires, qui fut même Ministre de l’Economie à une période troublée et difficile (du 26 octobre 1970 au 23 mars 1971) et militant de l’UCR (Unión Cívica Radical, le parti du défunt Président Raúl Alfonsín et de l’actuel vice-président, Julio Cobos) sur le thème du football et de la globalisation.
Lundi 9 novembre : le carnaval (3). Agradecimiento a Nelly Omar (4)

Les conférences seront délivrées par Natalio Etchegaray (dont je vous ai tout récemment parlé, au sujet du Plenario qui s’est tenu hier à la Academia Nacional del Tango), Roberto Martínez et Alejandro Molinari (dont je vous ai aussi entretenus au sujet de différents séminaires et ateliers de la Academia Nacional del Tango).

Natalio Etchegaray, membre de la Academia Nacional del Tango, est lui-même notaire de formation. A ce titre, il est membre du Colegio de Escribanos de Buenos Aires, hôte de la manifestation. Il est aussi le Président du Foro Argentino de Cultura Urbana, association d’historiens et d’historiographes qui puise dans le tango son matériel d’étude, puisque le tango, engagé comme il est dans la réalité la plus concrète, de la plus sublime à la plus sordide, reflète d’une manière particulièrement riche l’histoire et la vie de la société où il est né et où il continue de vivre. (5)

Pour lire les articles se rapportant aux conférenciers, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, en haut, sous le titre.

Pour en savoir plus sur ce Seminario Tango y Sociedad, se connecter au site du Foro Urbano de Cultura Urbana et au site du Colegio de Escribanos de Buenos Aires.

(1) Escribano : clerc, spécialiste en écriture publique. Dans les institutions européennes, cela correspond à la profession notariale.
(2) Les Argentins sont fanas de jeux de dés, de cartes, de loterie et jeux de grattage, de paris sur le foot, sur les chevaux... La liste est sans fin.
(3) Vous remarquerez que pour les Portègnes, le carnaval, ça se range dans le tiroir Vie quotidienne. Ça doit être normal : dans l’hémisphère sud, tout est à l’envers. Dans la rue, vous entendez : Oh, ce qu’il fait froid ! Il souffle un de ces vents du sud !
(4) Nelly Omar, immense chanteuse, fraîche et pimpante à bientôt 98 ans, et qui donne son concert annuel la semaine prochaine, au Luna Park, le 2 mai.
Lire l’article sur le concert de Nelly Omar.
(5) Les étudiants et les chercheurs en lettres, histoire et sciences humaines savent déjà ou auront plaisir à apprendre qu’il existe un accord de partenariat entre l’Université de Salamanca en Espagne et la Academia Nacional del Tango. Le Maestro Horacio Ferrer se rendra en juin à Salamanque dans le cadre de ce partenariat. Visiter le site de la Universidad de Salamanca.

Concert du Maestro Emilio de la Peña samedi prochain [à l’affiche]

Le Maestro Emilio de la Peña, octogénaire, est un artiste qui s’est toujours voulu rare sur scène. Il ne se produit que très rarement, il a sorti quelques disques, il joue du piano, compose et enseigne. Il a un petit site Internet, qui fait gentiment et sans se fouler le minimum syndical (1). Bref, c’est un artiste qui ne recherche pas les sunlinghts...

L’année dernière, malgré toute cette discrétion, le Maestro Emilio de la Peña a néanmoins reçu un prix de la Sadaic en remportant le concours Para una Argentina que canta (pour une Argentine qui chante), un concours ouvert à tous les genres de la chanson. Le prix pour le tango est revenu à un morceau (un tema) qu’il a composé et qu’a écrit la poète Marta Pizzo, Cada espera es un adiós (chaque attente est un adieu).
Pour les besoins du concours, ce tango a été enregistré par le chanteur Juan Carlos Varela.



Emilio de la Peña jouera donc au Bar La Forja, rue Bacacay 2414, dans le quartier de Flores, samedi prochain à 23h45, avec son petit monde autour de lui, quelques fidèles avec lesquels il aime travailler : la chanteuse Lola Barrios Expósito (à découvrir sur sa page Myspace), le chanteur Juan Carlos Varela et un bassiste, Matías González.

Et même la publicité du concert est au régime minceur.

(1) Faire ou assurer le minimum syndical (francés popular) : hacer lo mínimo indispensable.
Sans se fouler (argot francés) : sin cansarse.
Faire gentiment quelque chose : hacer las cosas bien pero sin ruido, sin aprovecharlas para lucirse.

Conférence à Montevideo sur le Tango à Soriano [à l’affiche]

Daniel Capdevielle tiendra ce mardi 21 avril à 20h une conférence-débat sur le tango dans le département uruguayen et rioplantense de Soriano, à l’Ateneo de Montevideo, une prestigieuse fondation sans but lucratif au service de la culture et de l’éducation depuis sa fondation le 3 juillet 1886.

La région de Soriano se situe au nord de Montevideo, c’est une région riveraine du Río de la Plata, à peu près à mi-hauteur dans l’estuaire.

Une grande quantité d’associations et de fondations diverses et variées participent à l’événement. Citons la Radio AM 580 Clarín (dont vous avez le lien au site internet dans la Colonne de droite, rubrique Ecouter), la fondation Julio Sosa (nous l’ignorons souvent de ce côté-ci de l’Atlantique mais le chanteur Julio Sosa était uruguayen, natif de la ville de Piedras, dans la banlieue de Montevideo), le Circulo Francisco Canaro del Uruguay (autre grand musicien du tango uruguayen, même s’il finit par opter pour la nationalité argentine, pays où il vécut quasiment toute sa vie, depuis sa tendre enfance), Joven Tango bien sûr (la grande association du tango dans la capitale uruguayenne où elle organise tous les ans le festival ¡Viva el Tango!, voir mon article sous le lien), et les sites El portal del Tango et El Diario del Tango (qui lui est associé).

Danseurs et musiciens se produiront au cours de l’événement. La conférence elle-même permettra un échange avec le public, qui sera modéré par Betiana González Salgueiro.

Rendez-vous à el Ateneo de Montevideo, sala Laura Cortinas, sur Plaza de Cagancha, au numéro 1157, à 20h.

Entrée libre et gratuite.

Horacio Molina et Teresa Parodi présentent Corazón de Pájaro à City Bell [à l’affiche]

Non, ce n’est pas un parc d’attraction. C’est une ville. Une vraie ville. Dans la proche banlieue de La Plata. Et une ville bien argentine. Qui a poussé comme un champignon un beau jour de 1913 quand une riche famille d’industriels, du nom de Bell, a fondé là, sur 300 hectares de terres d’élevage dont la société City Bell (fondée par un certain Jorge Bell) était propriétaire, un ensemble pour y loger des travailleurs, le long d’une voie de chemin de fer desservant la capitale provinciale toute récente qu’était La Plata (fondée en 1882). Et puis ensuite ce qui n’était qu’une cité ouvrière est devenue une ville, peuplée aujourd’hui de quelques 33 000 habitants et riche d’une grande activité culturelle.
City Bell, c’est la version argentine des ville du Far West qui se construisirent au fur et à mesure que le chemin de fer progressait et reliait la côte est à la côté ouest des Etats-Unis...


Le spectacle des chanteurs Horacio Molina et Teresa Parodi, Corazón de Pájaro (coeur d’oiseau), produit par la société Libro 49, sera représenté au Teatro de Cámara de la Diagonal Urquiza au numéro 347 (Théâtre de Chambre ou, peut-être plus volontiers en français de France, Théâtre de poche). Cette salle est située au milieu d’un très joli jardin, dans une cité réputée pour sa verdure. Ce sera le 24 avril prochain à 22h.

"Fue hace muchos años: dormía y soñé una melodía. La grabé por la noche, la ajusté a la mañana y pensé 'se la tengo que dar a ella para que la escriba'. A la tarde salí a visitar a mi mamá y me encontré a Teresa en la plaza de Las Heras y Pueyrredón", recordó Horacio Molina [....]
"Nunca nos habíamos visto antes. Yo estaba en la plaza jugando con mis hijos cuando Horacio vino y me habló. Subimos a casa y en un ratito tuvimos nuestra canción. Nunca la cantamos juntos hasta ahora", contó Teresa Parodi.
Este "ahora" son los ensayos con los que preparan "Corazón de pájaro" [...]
Extraits du dossier de presse du spectacle

"C’était il y a de nombreuses années : je dormais et j’ai rêvé à une mélodie. Je l’ai enregistrée dans la nuit, je l’ai retravaillée le matin et j’ai pensé : Il faut que je la lui donne à elle pour qu’elle écrive des paroles. Dans la soirée, je me suis rendu chez ma mère et j’ai croisé Teresa à l’angle de la Place Las Heras et de l’avenue Pueyrredón (1), se souvient Horacio Molina [...]
On ne s’était jamais vu avant. Moi j’étais là, dans ce jardin public (2), en train de jouer avec mes enfants quand Horacio est venu et m’a adressé la parole. On est monté à la maison et en quelques secondes, on avait notre chanson. On ne l’a jamais chantée ensemble jusqu’à maintenant, raconte Teresa Parodi.
Ce maintenant, ce sont les répétitions pendant lesquelles ils préparent Corazón de pájaro
."
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Teresa Parodi est ce qu’on appelle à Buenos Aires une cantautora (une auteur-compositrice-interprète) très connue. Elle est la directrice de l’Espace Culturel Nos Enfants, plus connu en VO sous l’abréviation ECuNHi (Espacio Cultural Nuestro Hijos), dont j’ai parlé récemment à l’occasion d’un spectacle de Lucrecia Merico et de Cucuza (Tango sin Grupo) et du Festival de la Chanson engagée (Festival de la Canción social) qui a salué le Jour de la Mémoire pour la Justice et la Vérité (chaque 24 février, date anniversaire du Coup d’Etat militaire de 1976).

Allez sur son site pour découvrir cette voix aux accents typiquement sud-américain et au répertoire nettement engagé (mais ça vous l’aviez deviné, en apprenant qu’elle dirige le Centre culturel de l’Association des Mères de Plaza de Mayo, Madres de Plaza de Mayo). Pour ce faire, sur le site, rendez-vous sur la page intitulée Discografía Letras, qui propose un extrait d’une plage de ses disques et le contenu de ses textes.

Le site d’Horacio Molina, vous le connaissez déjà si vous êtes familier de ces pages. Et pour les nouveaux venus, auxquels je souhaite la bienvenue, le voici sous ce lien. Et voici également sa page My Space (tout est à conserver dans vos favoris comme tous les autres sites contenus dans ces pages, of course).

D’autres propositions culturelles à City Bell :

Samedi dernier, il y avait une journée entière de tango comportant stages répartis en deux niveaux techniques (intermédiaires et avancés), suivi d’une milonga et d’un show avec participation de professeurs et de danseurs de renom. Cela s’appelait Tango en la 420 (420 c’est un numéro de rue, puisque dès que vous sortez de Buenos Aires même quand les rues - et c’est fréquent - ne se sont pas vu attribuer des noms, elles portent de très poétiques matricules. Et pourtant ce ne sont ni les grands hommes politiques ni les artistes qui manquent dans l’histoire argentine ou locale pour qu’elles prennent visage humain).
Les cours étaient organisés de 14h30 à 21h30. La milonga commençait à 22h. Le cours coûtait 15 $ à l’unité. La milonga et le show, qui ne formaient à elles deux qu’une seule proposition, étaient au même prix. Et il y avait un service de restauration prévu pour les participants dans une salle du voisinage. Tango en la 420 se présentait comme une première édition (toma 1). C’est dont une proposition qui a vocation à se répéter.

Pour en savoir, plus reportez-vous au site des organisateurs, Karo Tango et Adriana Dure.

Le site de City Bell renvoie également les administrés à une exposition qui ouvrira prochainement ses portes à La Plata : le 29 avril, à 11 h, el Instituto Cultural de la Provincia de Buenos Aires organise au Museo Provincial de Bellas Artes Emilio Pettoruti, Avenida 51, n° 525, une exposition thématique du peintre Juan Carlos Castagnino (Mar del Plata 1908 - Buenos Aires 1972), qui vécut longtemps dans le quartier de San Telmo où il avait, rue Balcarce, son atelier qui est devenu un musée. L’exposition rassemble 35 oeuvres de ce peintre majeur du 20ème siècle autour du personnage épique de Martín Fierro, un gaucho en rupture de ban dont la geste, racontée en vers et publiée en 1872, est à l’Argentine ce que Les Fables de La Fontaine ou Les Trois Mousquetaires sont à la France ou Don Quichotte à l’Espagne. Une vraie pierre de fondation de l’identité culturelle et de la littérature nationale.

Entrée libre et gratuite de 10 h à 19h du mardi au samedi et de 16h à 19h le dimanche, jusqu’au 17 mai 2009.

(1) une esquina du quartier La Recoleta à Buenos Aires.
(2) une plaza à Buenos Aires, c’est un espace avec des arbres et par conséquent de la pelouse et très souvent des massifs de fleurs. Cela correspond plus à un jardin public, qui ne serait pas enclos dans des grilles, qu’à une place dans ce que les Européens peuvent se représenter.

Nora Roca à Bahía Blanca [à l’affiche]

La chanteuse Nora Roca a débuté sa carrière à Bahía Blanca, la ville natale de Carlos Di Sarli, tout au sud de la Province de Buenos Aires, en septembre 1982, à la Peña (le cercle) Juan Carlos Cobián, un compositeur et pianiste parmi les chefs de file de la Guardia Nueva.

Le samedi 25 avril à 21h30, elle se produire au Teatro Municipal de Bahía Blanca, Alsina 425, dans un spectacle intitulé Mirando al sur (en regardant en direction du sud), dont la direction musicale a été confié à Victor Volpe. Le pianiste, chef et arrangeur Víctor Volpe travaille depuis de nombreuses années en étroite collaboration avec Nora Roca. Il est le fondateur et le chef de la formation Grupo Volpe Tango Contemporáneo. (A Bariloche, le 15 février, il accompagnait Sandra Savoia, elle aussi de Bahía Blanca).

Ce spectacle fait partir de toute une gamme culturelle offerte par la ville à la population et détaillée sur la page culture du site de Bahía Blanca (sous le lien).

Nora Roca a accumulé une grande expérience du récital. Elle s’est produite depuis de nombreuses années dans les salles les plus prestigieuses du pays (à Buenos Aires au Teatro Nacional Cervantes, au Teatro General San Martín et au Teatro Presidente Alvear avec la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires). A Mar del Plata, elle a partagé la scène avec le grand Roberto Goyeneche au début des années 90 et elle s’est beaucoup produite à Bahía Blanca dans toutes sortes de manifestations, y compris des célébrations officielles.

Sa discographie compte neufs albums, en soliste ou pour une simple participation. Parmi ses titres de gloire, l’interprétation de Division de Bienes (répartition des biens), un tango écrit par Raimundo Rosales et composé par Héctor Dengis (voir la page My Space de Raimundo, dans la Colonne de droite, rubrique Grillons, zorzales et autres cigales).

Elle est aussi présente sur le petit écran, dans une foultitude (1) d’émissions en Argentine, en Bolivie et au Brésil et sur l’écran du Web, où elle dispose de son propre site, où vous pouvez apprendre beaucoup de choses sur elle et admirer de très belles photos mais où vous ne pourrez pas entendre sa voix. Pour cela, rendez-vous plutôt sur Todo Tango et pour ceux qui n’ont pas le temps, tiens, comme c’est mon jour de bonté, je vous mets le lien direct... C’est parti : Tengo un candombe para Gardel de Rubén Rada par Nora Roca.

(1) foultitude : barbarisme courant en français populaire. Synonyme de multitude.

Souffler les 92 bougies de la Cumparsita à Montevideo [affiche]

La "petite fête" est fixée à demain, mercredi 22 avril à 20h, au Teatro Solis, l’opéra de Montevideo. La Orquesta Matos Rodríguez, du nom du compositeur de ce célèbre tango emblématique de tout le genre, présentera Tango en colores (tango en couleurs), un spectacle avec instrumentistes, chanteurs et danseurs. Le prix des places varie de 500 $ URU à l’orchestre (platea) à 100 $ URU dans les endroits sans visibilité comme le paradis, dit aussi poulailler en français (paraiso).

Dans la partie centrale de la Colonne de droite, vous pouvez consulter le taux de change $ URU / € que je m’efforce de mettre à jour au moins une fois par mois parce que les variations du change sont modérées.

En Uruguay, La Cumparsita a le statut, tout ce qu’on fait de plus officiel et de plus légal, d’Hymne national populaire de la République Orientale de l’Uruguay. C’est la loi n° 16.905 qui l’a étabi ainsi. (En Uruguay et en Argentine, en effet, les lois portent un matricule et non pas un nom, même dans les textes adressés au grand public). L’orchestre Matos Rodríguez a été fondé à la fin 1999 dans le but de perpétuer la figure et l’oeuvre de Gerardo Matos Rodríguez, un compositeur amateur uruguayen, né et mort à Montevideo, qui fut surtout journaliste et occupa les fonctions de consul de son pays dans l’Allemagne hitlérienne. Cet orchestre a été déclaré d’intérêt présidentiel (l’équivalent de l’attribution de l’adjectif royal en Belgique) le 23 juin 2001 et il est d’intérêt ministériel auprès du Ministère de l’Education et de la Culture, de celui des Affaires Etrangères (relaciones exteriores) et de celui du Tourisme. C’est le Maestro Juan Manuel Mouro qui le dirige.
La Orquesta Matos Rodríguez se concentre essentiellement sur la figure du compositeur et travaille surtout dans le cadre d’hommages qui lui sont rendus, que ce soit ou non à titre officiel. Cet ensemble de 8 musiciens a ainsi invité à diverses occasions des personnalités argentines : Atilio Stampone, Raúl Garello, Maria Graña, Horacio Ferrer, le local de l’étape (Le Maestro Ferrer est en effet né lui aussi à Montevideo et il a la double nationalité : il a conservé son passeport uruguayen tout en se faisant naturaliser argentin en 1984, après la chute de la Junte en Argentine mais avant le retour de la démocratie en Uruguay).

A l’actif de la Orquesta Matos Rodríguez :

un DVD, Tango, sorti en 2008 et co-édité par Leader Music Argentina et Sondor, filmé en partie à Buenos Aires et en partie à Montevideo,
Un CD (2006, Sondor), Cumparsitango, qui a atteint des records de vente puisqu’il a obtenu un disque d’or dans son pays. L’album comporte en bonus une piste vidéo de La Cumparsita à partir d’un montage de diverses exécutions en public au Teatro Solis.
Un autre CD (2001, Sondor), La Cumparsita, lui aussi disque d’or et accompagné d’un petit livret illustré de photos d’époque de La Giralda, le café où la Cumparsita a sans doute été créée, au piano dit-on, par Roberto Firpo, un pianiste et compositeur argentin, qui se produisait dans ce café pendant le Carnaval 1917.

Tous ces disques présentent un répertoire de tangos anciens : Gardel, Villoldo, Matos Rodríguez, Pintín Castellano,(tous également considérés comme Uruguayens), avec des pointes de modernité grâce à des morceaux de Troilo (un Argentin) et de Alfredo Zitarrosa, le grand chanteur et compositeur populaire uruguayen des années 60 et 70 par excellence.

La majorité des historiens et les documents faisant foi à la SADAIC (Sociedad Argentina De los Autores Y Compositores) datent la Cumparsita de l’été 1917 (mais vous pourrez lire ici et là les dates de 1913, 1914, 1915, 1916). En fait, c’est une simple marche que Gerardo Matos Rodríguez avait composée pour la comparsa (groupe de défilé du carnaval) de la Fédération Estudiantine Uruguayenne, dont il était membre. Il s’agissait d’un morceau de circonstance dont on a tout lieu de penser qu’il était assez insipide. Mais Matos Rodríguez était un fils de bonne famille, son père était le propriétaire du cabaret Moulin Rouge, à Montevideo. Il obtint donc de Roberto Firpo un coup de main : le pianiste de la Guardia Vieja fit un petit mixage entre la partition du jeune étudiant, alors mineur, et un tango à lui, la Gaucha Manuela, ce qui donna à La Cumparsita une structure qui lui permit d’être jouée au piano, dans le cadre d’un concert ordinaire, sans l’exubérance et les extravagances d’une comparsa à l’action. Cependant, La Cumparsita ne passa pas l’été et fut oubliée sitôt ce carnaval fini. Pour une poignée de pesos, Matos Rodríguez en vendit même les droits à un éditeur de partitions, qui en tira en tout et pour tout 50 exemplaires (vous imaginez la pièce de collection, pour l’heureux propriétaire qui retrouverait cela au fin fond d’une malle de son arrière-grand-père !). Ce n’était donc qu’une oeuvre de circonstance, dont même son auteur n’avait jamais imaginé qu’elle survivra à l’entrée en Carême de 1917.

Et puis un jour, Pascual Contursi refit des siennes. Très loin de là. Dans la rue Corrientes, à Buenos Aires. Pascual Contursi a toujours mis des paroles à lui sur des musiques qui ne lui appartenaient pas et sans se soucier de demander la permission à qui que ce soit (le droit d’auteur était d’ailleurs encore très mal protégé en Argentine, pour la musique populaire). En 1924, pour une revue (un spectacle populaire) de Enrique Maroni, il écrivit ainsi, dans ce style qui coule naturellement et avec ses thématiques habituelles, tristes et fatalistes, une histoire d’amant délaissé et toujours éperdument épris de l’infidèle :

Si supieras,
que aún dentro de mi alma,
conservo aquel cariño
que tuve para ti...
Quién sabe si supieras
que nunca te he olvidado,
volviendo a tu pasado
te acordarás de mí...
Pascual Contursi

Si seulement tu pouvais savoir
qu’encore aujourd’hui dans mon coeur
je garde cet amour
que j’ai eu pour toi...
Qui sait ? Si seulement tu pouvais savoir
que je ne t’ai jamais oubliée
revenant vers ton passé,
tu te souviendras de moi...
(1)
(traduction Denise Anne Clavilier)

Ce fut un succès immédiat. Gardel lui-même, déjà grande vedette à Buenos Aires et sur le point de s’embarquer enfin pour cette Europe qu’il désirait tant conquérir, (2) emporte la chanson avec lui et en fera un triomphe à Barcelone, puis à Paris et à Nice, un peu comme dans cet enregistrement de 1927, en passant outre les récriminations de Matos Rodríguez...
Alors Gerardo Matos Rodríguez se mordit les doigts d’avoir vendu sa partition sept ou huit ans plus tôt et pour récupérer son dû dont l’éditeur de partitions ne voulait plus entendre parler, il entama contre Contursi et Maroni un marathon judiciaire acharné qui ne s’acheva qu’en 1938, dans les bureaux de la SADAIC, à Buenos Aires, entre le compositeur, Enrique Maroni (auteur de la revue et à ce titre considéré comme co-auteur de Si supieras) et José María Contursi, le fils de Pascual, mort en 1932. Le partage accorda au compositeur uruguayen plus de 80% des droits. En 1937, Juan D’Arienzo avait achevé de garantie à La Cumparsita l’immortalité qui est aujourd’hui la sienne, en lui taillant sur mesure un arrangement culte, que vous pouvez écouter dans ce 3ème enregistrement qu'il en fit en 1963.

Cette version instrumentale redonna au public des cabarets de Buenos Aires (et surtout à celui du Chantecler, où officiait D’Arienzo), le goût de danser le tango, en pleine Década Infame, alors que la mode était passée aux danses de Londres et de Washington (le fox trot surtout).

(1) La rupture de construction (conditionnel dans la relative et futur de l’indicatif dans la principale) est voulue, dans le texte original comme dans la traduction. Cette rupture correspond non seulement aux sentiments de ce garçon qui veut prendre ses désirs pour des réalités mais plus généralement à une manière de parler typiquement portègne, née à l’époque où les immigrants se sont emparés comme ils ont pu de l’espagnol qui les entourait. La langue portègne est pleine de ces barbarismes qui heurtent les oreilles des Espagnols mais ont acquis toute leur légitimité dans le langage ordinaire, dans le tango et dans les journaux, dans la littérature (plus chez Córtazar que chez Borges cependant), à la radio, à la télévision...
(2) sur l’histoire de Gardel et son rapport complexe à l’Europe, lire mes deux articles sur ses origines :
l’histoire telle qu’elle est attestée et documentée et le débat qui continue d’exister sur la légende de Gardel.
Vous pouvez aussi vous reporter à l’ensemble des articles concernant cet artiste en cliquant sur son nom, dans la Colonne de droite, dans la rubrique Les artistes (partie haute).

La Tana à la Une du supplément Spectacles de Página/12 [à l’affiche]

La Une du supplément Spectacles.
Pour une meilleure résolution, cliquez sur l'image.


La chanteuse Susana Rinaldi, dite la Tana ("l’Italienne" en lunfardo), grande chanteuse s’il en est, formée dans un conservatoire d’art dramatique et non de musique et actuellement vice-présidente de l’Association Argentine des Interprètes (AAI), faisait samedi dernier la (très belle) couverture du supplément quotidien Espectaculos de Página/12. Le journal saluait ainsi la dernière soirée de son hommage au poète Homero Manzi au Club Lounge (Homenaje a Homero Manzi, spectacle que je vous avais présenté dans un article du 3 avril dernier).

Dans cette interview assez longue (2 pages A4 pour la version imprimable de l’article du Web), elle parle de sa vie musicale de famille avec ses deux enfants (la fille et le fils qu’elle a eus avec Osvaldo Piro, dont elle a divorcé il y a bien des années), ses deux neveux, sa soeur et le marie de celle-ci, le pianiste et guitariste Juan Carlos Cuacci avec lequel elle rendait cet hommage à Homero Manzi.

Le disque lui-même, où elle chante du Manzi accompagnée par Juan Carlos Cuacci, est un produit familial : c’est sa fille, Ligia Piro, et son gendre, David Libedinski, qui le lui ont réclamé pour leur propre label discographique Gato Pop (Chat Pop ou Petit gars Pop, tout dépend si vous l’entendez en espagnol commun ou en lunfardo).

Dans cette interview, la chanteuse revisite sa carrière, parle de la tanguería ou café concert, comme elle le définit elle-même, qu’elle avait fondé et tenu à Mar del Plata dans les années 60 et 70 (Magoya), de son travail avec tous les grands, les musiciens comme Pugliese, Piazzolla ou Troilo et les peintres qu’ils ont exposés à Magoya : elle cite Antonio Berni (Rosario1905 - BsAs 1981) et Juan Carlos Castagnino (Mar del Plata 1908 - BsAs 1972), deux des plus grands peintres argentins du 20ème siècle, avec Benito Quinquela Martín (BsAs 1890 - BsAs 1977), dont je vous ai déjà plusieurs fois parlé ici (lire les articles).

Elle finit l’interview par s’expliquer sur ses rapports houleux avec une partie du public argentin :

"El periodista Julio Nudler decía que los tangueros tradicionales nunca la terminaron de querer. ¿Está de acuerdo?
–Sí, hasta hace un tiempo era así. Se cansaron de decir que era una snob, que dejaba el teatro y me metía en el tango porque no tenía nada mejor que hacer. Pero si yo entraba al tango para reiterar lo que hicieron otros, ¿para qué entraba? Y ahora ya no sé, a lo mejor les gané por cansancio. Tampoco estoy en edad de detenerme en eso.
Estoy en una edad de agradecer."
Karina Michelleto / Susana Rinaldi

"Le journaliste Julio Nudler disait que les tangueros traditionnels n’ont jamais réussi à vous aimer. Vous êtes d’accord ?
En effet, jusqu’à il y a un moment, c’était comme ça. Ils en ont eu assez de dire que j’étais une snob, que j’avais quitté le théâtre et que je m’étais tournée vers le tango parce que je n’avais rien de mieux à faire. Mais si je m’étais tournée vers le tango pour refaire ce que d’autres avaient fait, c'était quoi, l’intérêt ? Maintenant, je ne sais pas trop. Je les ai peut-être eus à l’usure. Mais je ne suis pas non plus à un âge où on s’arrête à ça. Je suis à l’âge des remerciements
." (1)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et si Susana Rinaldi a suscité tant de rejet de la part de la fraction conservatrice du public (2), peureuse devant les évolutions esthétiques que comporte tout art vivant, c’est parce qu’elle a toujours su mettre l’accent sur les mots qu’elle chantait pour faire ressortir la qualité littéraire de ces textes. Et c’est ce qui fait que la presse et l’avant-garde du tango l’a toujours portée aux nues. Aujourd’hui, cette passion du texte l’a porte à un jeu de scène que d’aucuns continuent de trouver très excessif. Je l’ai vue pour ma part venir sur scène interpréter Che Bandoneón (3) , accompagnée du seul Maestro Leopoldo Federico (au bandonéon), lors du concert d’ouverture du 10ème Festival de Tango de Buenos Aires, le 15 août dernier. J’avais la chance inouïe de me trouver (par un hasard qui n’arrive jamais dans la vraie vie) à deux mètres d’elle, au premier rang d’orchestre, et je peux vous assurer que la prestation était pour le moins spectaculaire : avec son corps et les inflexions de sa voix, elle était le bandonéon lui-même, avec le mouvement de son soufflet. C’était une grande performance d’une vraie bête de scène, tout à la fois chanteuse, actrice et mime. Et dans la collation-dînatoire qui a suivi à Tango Porteño et plusieurs jours après, dans les dîners ou les déjeuners en ville (dîners ou déjeuners, dans ce cas-là, c’est du pareil au même), les témoins en parlaient encore et les avis étaient aussi divisés que tranchés sur cette prestation plutôt décoiffante. (4)

Voilà ce qu’elle dit dans Página/12 :

“Mis espectáculos siempre han estado compartidos entre la palabra hablada y la cantada, y en este caso fue un efecto buscado: quise grabar el espectáculo tal cual fue, con ese calor especial que ante dos intérpretes puede sentir, percibir y devolver ese público que masivamente pareciera estar preparado para otro tipo de espectáculos. [...] Lo que quise rescatar es la memoria de la palabra. Y estos personajes como Manzi se hacen presentes en la palabra, no sólo la que ellos han dirigido al mundo, sino aquella de la cual han aprendido”.
Susana Rinaldi, citée par Página/12

"Mes spectacles ont toujours été partagés entre la parole parlée et la parole chantée, et en l’occurrence, c’était l’effet recherché : je voulais enregistré le spectacle tel quel, avec cette chaleur spéciale que devant deux interprètes peut sentir, percevoir et retourner ce public qui donne plutôt l’impression d’être préparé pour un autre type de spectacle [...] Ce que j’ai voulu préserver, c’est la mémoire des mots. Et ces personnages comme Manzi se rendent présents par les mots, non pas seulement ceux qu’ils ont adressés au monde mais aussi ceux avec lesquels ils ont eux même appris."
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Ne pas manquer non plus : les deux petits encadrés sur ce qu’elle dit de Raúl Alfonsín, le Président du retour à la Démocratie récemment disparu (lire mes articles le concernant) et sur l’écrivain argentin Julio Córtazar, un géant de la littérature mondiale né à Bruxelles le 28 août 1914 de parents diplomates et mort en exil à Paris le 12 février 1984 : elle l’a bien connu lorsqu’elle même était réfugiée à Paris sous la Dictature militaire.

(1) La Tana est né le jour de Noël 1935.
(2) Celle-là même sans doute qui sifflait Piazzolla en 1955 et qui ouvrait son journal sous le nez de Amelita Baltar (et Piazzolla lui-même) en décembre 1969 (ça a duré longtemps), à la création de Balada para un loco (Piazzolla-Ferrer). Cette même partie du public avait aussi boudé en leur temps et Enrique Santos Discépolo dans les années 20 et Horacio Salgán, dans les années 50. Rien de nouveau sous le soleil, comme disait l’Ecclésiaste. De Horacio Ferrer aussi, aujourd’hui encore, on dit qu’il est un snob. Personne de moins snob que lui pourtant. Un élégant plutôt, et de toutes les élégances : celle de la tenue, celle de la plume, celle du coeur, celle de la courtoisie...
(3) De Aníbal Troilo et Homero Manzi.
(4) décoiffant(e) : équivalente en francés popular del "piola" lunfardo.

Pélerinage à Balvanera pour le saint patron des causes justes et urgentes [coutumes]

Samedi 18 avril 2009, c’est toute l’Argentine (92% des Argentins se déclarent catholiques, au plus récent recensement) qui a convergé vers les sanctuaires où l'on vénère particulièrement un saint martyr romain du 4ème siècle victime des persécutions de l’Empereur Dioclétien.
A Buenos Aires, le grand sanctuaire se trouve être Notre Dame de Balvanera, en plein centre de la capitale (Bartolome Mitre, 2411). Et ce sont des foules compactes qui se sont pressées aux nombreuses messes, plus ou moins solennisées, qui se sont succédées de minuit à 21h le soir, avec des intentions de prière qui portent surtout sur la guérison d’une maladie grave ou d’un conflit familial, le gain d’un procès ou la recherche d’un travail. On vient demander ces grâces. On vient aussi remercier de les avoir reçues. La première messe à minuit s’est célébrée avec un grand carillon de cloches (de toute manière, Buenos Aires est une ville bruyante même la nuit et les cloches de Nuestra Señora de Balvanera, c’est toujours mieux que les sirènes des ambulances, de la police ou des pompiers). La procession de l’image de San Expedito (Saint Expédit) a été accompagnée par la fanfare Alto Perú (1) du Corps des Grenadiers à cheval General San Martín. A minuit.

Vous souvenez-vous de ce sketch de Fernand Reynaud : "les voisins !" ?

Dans Buenos Aires, des messes particulières ont été célébrées en l’honneur du saint dans une quinzaine d’églises qui possèdent une image ou une statue de lui, dans cette journée de samedi.

Dans la province de San Juan, le petit village de Bermejo, à 100 km de la ville de San Juan, a vu affluer dans son sanctuaire quelque 80 000 pélerins.
C’est cela aussi, l’Argentine, le poing levé en criant "¡Viva el Che!" et le signe de croix à genoux, le football et le tango... Et cette diversité paradoxale, bagarreuse et néanmoins étrangement harmonieuses, est l’un des charmes sans pareil de ce pays et de sa capitale...

(1) du nom d’un glorieux moment des guerres d’indépendance menées par San Martín, le Père de la Patrie pour les Argentins.

Daniel Pérez et Marie Crouzeix [ici]

L’article permanent sur la tournée de Daniel Pérez et Marie Crouzeix, le duo Taquetepa, en France en ce moment, a été publié en mars 2009 dans Barrio de Tango. Lire l’article de mars sans chercher dans les archives du blog.

Concert de musique argentine, tango, et musique latino-américaine
par Taquetepa et la chanteuse chilienne Claudia Urrutia.
Samedi 25 Avril, 20h30
Art-Thé Café
Sauterre
63 410 Manzat
Réservations : 04 73 33 58 12

dimanche 19 avril 2009

Tournée européenne de Gabriel Merlino et Vanina Tagini [ici]

Du 2 au 23 mai, le bandonéoniste Gabriel Merlino et la toute jeune chanteuse Vanina Tagini seront en Allemagne, en Suisse et en France.

Affiche du concert à Saint Gall en Suisse le 8 mai prochain

La seule étape francophone sera Paris, les 19 et 20 mai. Le programme est encore incertain sur la capitale française (aussi les organisateurs de concert intéressés pour l'un ou l'autre de ces deux jours peuvent me contacter). Tout le reste de la tournée est fixée :

2 mai : Mannheim Tango Festival
3 mai : Offenburg
7 mai: München (Münich), à Tango Connection
8 mai : Sankt Gallen (Saint Gall), en Suisse, voir l'affiche ci-dessus.
9 mai : Einbeck, à la KulturHaus (Tango Brücke)
11 mai : Erfurt
13 mai : Franfkurt (Francfort) à La Academia
14 mai : Frankfurt, au Jazz Club Mampf
15 mai : Regensburg, au Tango im Fluss
16 mai : Murnau, au Kulturzentrum Westorhalle
17 mai : Karlsruhe
19 et 20 mai : Paris, France
21 mai : Tübingen
23 mai : Eislingen Marstall Kulturzentrum

Gabriel Merlino est un bandonéoniste confirmé.
Né en 1977, il est tombé dans le bandonéon quand il était tout petit (comme on dit dans Astérix). Il avait en effet 8 ans. Depuis, il a fait du chemin. C'est un instrumentiste, un professeur de bandonéon, un arrangeur et un compositeur. Il est familier de notre continent qu'il a souvent parcouru en tournée. A Buenos Aires, il joue dans les meilleures salles : la Bodega du Gran Café Tortoni où la photo ci-dessous a été prise, le CC Torcuato Tasso, le CC Recoleta, le Café Teatro Moliere de San Telmo. Dans le métier, c'est un filleul du Maestro Leopoldo Federico. En 1995, il a fondé son propre quatuor, Nuevo Siglo, avec lequel il joue la plupart des morceaux en audition sur sa page My Space (où vous pouvez l'entendre dans Les feuilles mortes, Autumn leaves, au bandonéon Doble A, ça change de l'accordéon musette) et dans les morceaux qui sont téléchargeables en Mp3 sur son site multilingue (espagnol, anglais, allemand). En 2005, il a sorti un disque de World Music au bandonéon, le premier de ce genre dans l'histoire de cet instrument allemand (eh si !) si bien identifié à la ville de Buenos Aires : Bandoneon Dreams, qui rassemble tous les genres (jazz, candombe, tango, salsa, bolero, folklore....). Son lien professionnel avec Vanina ne date pas d'hier, ils ont assuré ensemble de nombreuses soirées, notamment au Tortoni, et Vanina est la chanteuse du Quatuor Nuevo Siglo plus souvent qu'à son tour.


Gabriel Merlino est déjà sur notre continent. Il tourne actuellement en Allemagne, un pays avec lequel il entretient des liens privilégiés, qu'il visite souvent et où il se produit depuis le 16 avril avec le Akordeonale Ensamble :

le 16 il était à Karlsruhe (au Tollhaus), le 17 à Dudelange (au Kulturzentrum Op), le 18 à Dortmund.
Ce soir, il joue à Offenburg (au Reithalle).
Mardi 21, il sera à Fulda, le lendemain à Rietberg (Cultura), le 23 à Reutlingen (salle Franz K), le 25 à Dreieich, au BürgerHaus Sprendlingen, le 26 à Filderstadt (à la Waldorschule), le lundi 27, il sera à Coblence (Koblenz), au Cafe Hahn, le 28 à Homburg (au Kulturzentrum Saalbal), le 29 à Bonn (à la Kunst und Austellungs Halle), et le 30, il terminera cette partie de sa tournée à Pforzheim, au Kulturhaus Oesterfeld.

Au moment où Vanina arrivera de Buenos Aires, après être passée jeudi prochain au micro de son père, Claudio Tagini, sur ADN Tango, l'émission en streaming de Radio Sentidos, dont je vous parle régulièrement depuis janvier 2009.

Vanina est donc... Ah mais, je vois que vous avez suivi les épisodes précédents ! Elle est en effet la petite-fille d'Armando Tagini, chanteur et letrista (parolier) qui écrivit 7 des tangos qu'enregistra Carlos Gardel. Vanina est jeune, elle a 25 ans. Elle a fait ses débuts de chanteuse professionnelle à 16 ans, en 1998, dans la Bodega du Tortoni, lors d'un hommage à son grand-père... Elle a reçu le prix Hugo del Carril en 2002 (pas mal non plus !). De 2004 à 2007, elle a fait partie des artistes résidents qui se produisent régulièrement au Tortoni. De 2007 à 2008, elle appartint au Michelangelo Tango Show (un cena show assez prestigieux), et elle a aussi été chanteuse résidente au Taconeando (dans le quartier de San Telmo). Je vous passe la liste des autres salles où elle a eu l'occasion de se produire : c'est tout Buenos Aires qui défilerait, du sud au nord et d'est en ouest... Sur sa page My Space, Vanina chante des grands classiques comme Niebla del Riachuelo, Quedemonos aqui, Lejana tierra mia (un morceau inspiré du folclore espagnol écrit et composé pour un des derniers films de Gardel) et un tango peu connu, tout récent (1998) de Bibi Albert (paroles) et Pocho Lapoule (musique), Viejo Palermo.

Entre la prochaine édition de ADN Tango (en ce moment, il faut écouter le poète Héctor Negro) et cette page My Space, vous avez donc tout ce qu'il faut pour la connaître avant même de l'écouter en chair et en os à l'une ou l'autre des étapes de son voyage à travers l'Europe majoritairement germanophone.

Dès que je sais ce qui se passe à Paris, vous verrez la date apparaître sur la Colonne de droite (où j'intègrerai un appel d'article en image dans la semaine) et je viendrai enrichir cet article...

(L'émission de ADN Tango sera disponible sur le site à partir de vendredi à la première heure. Le lien est dans la rubrique Ecouter, de la Colonne de droite, partie inférieure comme tous les liens externes).

samedi 18 avril 2009

Remerciements - Agradecimientos

Huit mois après la naissance de Barrio de Tango, de nombreuses personnes ont déjà participé activement à sa diffusion en plaçant un lien sur leur site, en envoyant la Gazette ou la Gacetilla à leurs amis et connaissances ou me citant au micro de leur émission radiophonique.
Demain, Barrio de Tango aura 8 mois. A la veille d'une semaine, où ce blog va faire une petite sieste (1), j'ai pensé que c'était le bon moment pour remercier toutes ces personnes qui se sont déjà donné tant de mal, et en particulier tous ceux et celles dont j'ai vu effectivement les lecteurs arriver sur ce site...

Pierre Clavilier, "un homme-livre" ainsi qu’il se définit lui-même, un écrivain français passionné d’Amérique Latine, Juan Carlos Espósito, créateur et animateur à l'Abasto du podcast Tango City Tour, et la chanteuse Anna Saeki. Ils furent les tout premiers à m’envoyer des lecteurs alors que Barrio de Tango ne comptait guère plus de 70 articles.

Un merci très ému à l’Association des Grands-Mères de la Place de Mai, Abuelas de Plaza de Mayo, ONG des droits de l’homme très prestigieuse en Argentine et en Amérique Latine, pour l'honneur qu'elle m'a fait et me fait en plaçant sur sa page d'accueil un lien à mes articles concernant ses activités.

Merci aussi au groupe La Biyuya, aux chanteuses Lucrecia Merico et Marcela Bublik, aux chanteurs Hernán Cucuza Castiello, José María Pepe Kokubu, el Ponja Malevo, Alorsa et son groupe La Guardia Hereje, aux journalistes et conférenciers Claudio Tagini et Marta Iglesias, animateur et productrice de ADN Tango sur Radio Sentidos, à Solange Bazely, une spécialiste française de l’histoire du bandonéon, au duo Mariel Martínez et Alejandro Picciano (sur My Space et sur leur site), Marcelo Villegas, directeur du site Noticia Buena, Germán Marcos et Maximiliano Senkiw, co-animateurs de l’émission Fractura Expuesta, à Luis Lazaro (Tango en Suisse Romande), à Web Tango (un site français très complet), à Miguel Gadea Sandler, modérateur du groupe Perfiles de Tango qui m’a fait l’honneur de m’inviter dans cette communauté de plus de 250 membres argentino-uruguayens, et tout récemment à la poète et letrista argentine Marta Pizzo.

Dans le présent article, tous les liens renvoient aux sites des personnes remerciées...

(1) Beaucoup de travail sur le livre que je prépare pour la fin de cette année (enfin on espère !) et puis Paris se prépare un excellent programme d'excellents concerts avec des artistes qui n'y viennent pas tous les jours : les 24 et 25 avril, c'est le récital de la chanteuse Anna Saeki à la Maison de la Culture du Japon à Paris, et le 27 avril, le concert de la Orquesta Típica Fernández Fierro au New Morning.
Comme dit le proverbe français, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin...
D'autant qu'aussitôt après, il faudra enchaîner : la jeune chanteuse Vanina Tagini s'apprête à venir en Suisse et en Allemagne !