vendredi 19 novembre 2010

La Berger Tango à la Academia Nacional del Tango ce soir [à l'affiche]

La chanteuse Beatriz Berger, dite La Berger Tango, qui participe ce week-end au premier Festival de Tango de la República de La Boca (voir mes deux articles du 16 novembre 2010 à ce sujet), présentera aussi ce soir son disque, Hoy, ayer ya pasó (Aujourd'hui, hier c'est déjà passé), à la Academia Nacional del Tango à 20h30, ce soir, vendredi 19 novembre 2010.

Affiche diffusée par l'Académie

Le spectacle est payant (ce n'est pas une activité académique en soi mais une aide apportée par l'institution à une artiste pour qu'elle se fasse connaître) : 20 $ ($ est le symbole du peso argentin. C'est aussi celui du peso uruguayen, dont la valeur est différente).

A La Boca, en revanche, les spectacles sont gratuits, mais l'apparition de chaque artiste est plus courte, puisqu'il s'agit toujours de concerts partagés à plusieurs groupes ou solistes.

Pour découvrir cette artiste, visitez son site.

L'hommage d'un petit-fils identifié à Néstor Kirchner [Actu]

Le 9 novembre dernier, Página/12 publiait un hommage de Horacio Pietragalla Corti à Néstor Kirchner, l'ancien président de la République décédé à Calafate le 27 octobre dernier.

Horacio Piertagalla Corti est l'un des petits-enfants identifiés par la Justice saisie par l'association Abuelas de Plaza de Mayo (grands-mères de la Place de Mai) qui recherche les enfants volés à leur famille en bas âge par la Dictature et remis, sous une fausse identité, à des familles affidées au régime en adoption plénière. Voilà ce qu'il disait, en hommage au Président qui a relancé les actions en justice contre les criminels de la Dictature après la loi d'amnistie qui avait été adoptée quelques années après le retour de la démocratie pour permettre au pays de se renouer avec une vie administrative et institutionnelle aussi normale que possible. Voilà ce qu'il racontait en version bilingue comme d'habitude :

Un momento histórico
Tuve la fortuna de poder recuperar mi identidad gracias a las Abuelas de Plaza de Mayo el 3 de abril de 2003, un mes y medio antes de que asumiera Néstor Kirchner como presidente. Al poco tiempo, Kirchner nos recibió a un grupo de nietos en la Casa Rosada. Recuerdo que apenas ingresamos al despacho de Presidencia, acompañados por el doctor Eduardo Luis Duhalde (quien conoció mucho a mi padre), le dice: “Este es Horacio Pietragalla, el hijo del Chacho”. Néstor me miró y me dijo: “Vi sólo una vez a tu papá, pero recuerdo que acompañé a un muy amigo mío, a quien yo respetaba mucho políticamente (no recuerdo su nombre, pero me lo dijo), de La Plata a Constitución a una reunión con él. Me habló tan bien de tu viejo que yo automáticamente lo admiré”. Relató esta anécdota feliz de poder contarme algo que pudiera tomar para reconstruir esa gran ausencia.
Horacio Pietragalla Corti, Página/12

Un moment historique
J'ai eu la chance de pouvoir retrouver mon identité grâce aux Grands-Mères de la Place de Mai le 3 avril 2003, un mois et demi après la prise de fonction de Néstor Kirchner comme Présidente. Peu de temps après, Kirchner a reçu un groupe de petits-enfants dont je faisais partie à la Casa Rosada. Je me rappelle qu'à peine nous étions entrés dans le bureau présidentiel, accompagnés par le Dr. Eduardo Luis Duhalde (qui avait bien connu mon père) qu'il lui dit : "Voici Horacio Pietragalla, le fils de Chacho". Néstor m'a regardé et il m'a dit : "Je n'ai vu ton père (1) qu'une fois mais je me souviens que j'accompagnais un très bon ami à moi, que je respectais beaucoup su le plan politique (je ne me souviens plus de son nom mais il me l'a dit), de La Plata à Constitution (2) pour une réunion avec lui. Il m'avait parlé tellement bien de ton père (1) que je l'ai automatiquement admiré". Il avait rapporté cette anecdote tout heureux de pouvoir me raconter quelque chose que je pourrai prendre pour remplir cette grande absence.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Siguió la reunión, nos sentamos a una mesa grande y comenzamos a presentarnos. Cuando llegó mi turno fueron tantas las ganas de vomitar todas mis contradicciones que dije algo así: “Mis padres del corazón (los que al día de hoy considero apropiadores) me criaron con amor y están detenidos porque son ama de casa y carpintero, pero en cambio el juez que lleva mi causa, Marquevich, está por ser destituido por detener a Ernestina Herrera de Noble porque es la dueña de Clarín”. Néstor miró a un costado, donde estaba Eduardo Luis Duhalde, como si ésa fuera una situación bastante incómoda, me miró de vuelta y respondió contundentemente: “Nuestros compañeros jamás los abandonaron y las personas que los criaron tienen que rendir cuentas ante la Justicia. Sabemos que hoy la Justicia no es para todos igual, pero eso es lo que tenemos que cambiar”. Me quedé mudo y desconcertado ante su respuesta, pero me relajé a medida que pasaba la reunión. Quiero que sepan que igual no le creí nada.
Horacio Pietragalla Corti, Página/12

La rencontre a continué, nous nous sommes assis autour d'une grande table et nous avons commencé à nous présenter. Quand est arrivé mon tour, j'avais tellement envie de vomir toutes mes contradictions que j'ai dit quelque chose du genre : Mes parents de coeur (ceux qu'aujourd'hui je considère comme des kidnappeurs d'enfants) (3) m'ont élevé avec amour et ils sont écroués parce qu'ils sont une mère de famille et un charpentier mais de son côté, le juge qui instruit mon affaire, Marquevich, est sur le point d'être destituer pour avoir mis en prison Ernestina Herrera de Noble, parce qu'elle est la patronne de Clarín (4) . Néstor a regardé du côté où était Eduardo Luis Duhalde, comme si c'était une situation plutôt délicate, il m'a à nouveau regardé et il m'a répondu fermement : "Nos camarades ne vous ont jamais abandonnés et les personnes qui vous ont élevés ont à rendre des comptes devant la Justice. Nous savons qu'aujourd'hui la Justice n'est pas égale pour tous mais ça, c'est qu'il faut que nous changions". Je suis resté muet et déconcerté devant sa réponse, mais je me suis détendu au fur et à mesure que se déroulait la rencontre. Et je vous prie de me croire : je n'avais aucune confiance dans ce qu'il disait.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Después, qué más contar, leyes que reconocieron los delitos hacia los hijos de desaparecidos, anulación de las leyes de Obediencia Debida y Punto Final, recuperación de la ESMA y otros centros clandestinos de detención, todo esto acompañado por los cambios en la Corte Suprema... Pero yo no confiaba que esto se estaba realizando por convicción. Cito parte del recordatorio a mi mamá, publicado en Página/12 el 5 de agosto de 2006: “Hoy muchos los recuerdan, pero se olvidan de los desaparecidos de hoy”. Hacía referencia a los excluidos.
Horacio Pietragalla Corti, Página/12

Après, que raconter d'autre, des lois qui ont reconnu les crimes (5) envers les fils de disparus, l'annulation des lois d'Obéissance Due et Point Final (6), la prise de contrôle civile de l'ESMA et d'autres centres clandestins de détention, tout cela est accompagné par les changement à la Cour Suprême... Mais moi je n'avais pas confiance dans le fait que tout ça était fait par conviction. Je cite une partie du texte de souvenir pour ma mère, publié dans Página/12 le 5 août 2006 : Aujourd'hui, beaucoup se souviennent de vous mais on oublie les disparus d'aujourd'hui. Il faisait référence aux exclus.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Sin embargo, la ley de medios, la nacionalización de las AFJP, la Asignación Universal por Hijo, la jubilación para los que no pudieron aportar, entre otras medidas, y las políticas de integración latinoamericana demostraron que lo que hace este gobierno no es “cooptación” de las políticas de derechos humanos.
Horacio Pietragalla Corti, Página/12

Pourtant, la loi sur les médias, la nationalisation des AFJP (7), l'allocation universelle par enfant (8), la retraite pour ceux qui n'ont pas pu cotiser, entre autres mesures, et les politiques d'intégration latino-américaine ont démontré que ce que fait ce gouvernement n'est pas de la "cooptation" des politiques de droits de l'homme.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Más allá de recordar y dignificar la memoria de nuestros padres, hoy también son homenajeados cuando se les devuelve la dignidad a los más postergados. Y hoy me duele que Néstor se haya ido sin saber si Felipe y Marcela son hijos de sus compañeros. Muchos creyeron que esto era una guerra entre el ex presidente y el Grupo Clarín, pero otros muchos entendimos que esto era simplemente la búsqueda de verdad y justicia. Nuestras Madres y Abuelas de Plaza de Mayo fueron recibidas siempre y acompañaron a Néstor hasta el último día de su vida: otra vez nos demuestran que su margen de error es mínimo.

Siento, sin dudas, que presencié un momento histórico de nuestra patria. Gracias Néstor por dejarnos ser parte de tu entorno. Fuerza Cristina, acá estamos acompañándote.
Horacio Pietragalla Corti, Página/12

Au-delà du souvenir et des honneurs rendus à la mémoire de nos parents, aujourd'hui on leur rend aussi hommage quand on rend leur dignité aux plus délaissés. Et aujourd'hui j'ai du chagrin que Néstor s'en soit allé sans savoir que Felipe et Marcela (4) sont les enfants de ses camarades. Beaucoup ont cru que c'était une guerre entre l'ancien président et le Groupe Clarín, mais nous sommes nombreux, les autres, à avoir compris que c'était simplement la quête de la vérité et de la justice. Nos Mères et Grands-Mères de la Place de Mai ont toujours été bien reçues et ont accompagné Néstor jusqu'au dernier jour de sa vie : encore une fois, elles nous démontrent que leur marge d'erreur est minime.

Je sens, de manière certaine, que j'ai assisté à un moment historique de notre patrie. Merci Néstor de nous avoir laissé faire partie de ton entourage. Courage, Cristina, nous voici pour t'accompagner. (9)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Hier, un hommage politique et artistique était rendu à Néstor Kirchner au ND Ateneo à Buenos Aires, à l'initiative de Frente para la Victoria, l'alliance électorale dominée par le parti péroniste, dont Néstor Kirchner était le premier personnage. La chanteuse de tango Adriana Varela et l'auteur-compositeur-interprète de folklore Teresa Parodi ont participé à cette soirée devant une salle comble.

Pour aller plus loin :
aller directement aux déclarations de Horacio Pietragalla Corti dans Página/12 du 9 novembre 2010
lire l'article de ce matin sur l'hommage politico-culturel dans Página/12 du 19 novembre 2010

(1) Je traduis par le même terme, "père", deux vocables différents : papá et viejo. C'est qu'en Argentine on va très volontiers utiliser en public des termes très affectueux que dans le même contexte on n'utilisera pas en français en Europe.
(2) Constitución est ici une des grandes gares de Buenos Aires et non pas le quartier du centre-ville. La Plata, capitale de la Province de Buenos Aires à 80 km au sud de Buenos Aires et grande ville universitaire, a été l'un des grands centres de constestation de la Dictature par les jeunes militants intellectuels, dont beaucoup y ont fait leurs études. La Plata a aussi, du même coup, était le lieu de très nombreuses arrestations et de tout aussi nombreuses exécutions sommaires.
(3) Horacio Pietragalla utilise le terme apropiador, c'est le terme par lequel la Justice désigne les parents adoptifs d'enfants volés complices du rapt. Ne sont pas apropiadores les parents adoptifs de bonne foi, nettement moins nombreux que les premiers.
(4) Il fait ici allusion aux graves soupçons qui pèsent sur cette personne qui a adopté deux bébés, d'identité inconnue, en 1977, Felipe et Marcela, dont il est question plus bas, et à une période de prison préventive qui a marqué une procédure qui tire en longueur parce que les avocats de la dame et de ses enfants adoptifs utilisent tous les recours procéduraux pour retarder l'examen génétique qui permettra de savoir si les deux jeunes gens sont ou non des enfants de disparus. Plus loin, Horacio Pietragalla manifeste qu'il n'a même plus le moindre doute sur cette identité d'enfants volés. Rappelons néanmoins qu'encore aujourd'hui, les test ADN n'ont toujours pas pu être effecutés. C'est donc l'attitude des intéressés, leur refus obstiné de collaborer avec la Justice et la mauvaise foi de leurs déclarations ou de celles de leurs avocats, qui ont fini par convaincre tout le monde qu'ils sont enfants de disparus. Ernestina Noble de Herrera est la veuve du vieux Herrera, qui était le propriétaitre familial du groupe de presse Clarín, l'un des plus puissants groupes de presse en Argentine, fortement soupçonné d'avoir profité de la Dictature pour renforcer son empire économique. Cliquez sur le mot-clé Clarín dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus pour accéder à l'ensemble des articles concernant ce quotidien et l'affaire louche à laquelle il est mêlé sans que la rédaction puisse être tenue pour responsable en aucune façon. N'oubliez pas non plus que Página/12 est le concurrent direct de Clarín.
(5) Delitos : traduit ici par "crime". La qualification des actes contraires à la loi est linguistiquement différent en Argentine et en France, Belgique et Suisse. Ce vocabulaire est donc rempli de faux amis. En Argentine, el crimen, c'est "le meurtre" et non pas "le crime". Ainsi el crimen del médico, c'est "le meurtre du médecin" (le médecin est la victime), et non "le crime du médecin" (où le médecin est le coupable). Delito désigne tous les actes contraires à la loi, qu'il y ait violence ou non. En français, on désigne généralement comme "délits" les actes sans violence ou sans violence majeure (cambriolage, vol à l'arrachée, refus de priorité sur la route) et comme "crimes" les actes commis avec violence (vol avec arme, viol, homicide).
(6) C'est le nom de la loi d'amnistie des crimes de la Dictature. La loi a prévu de ne pas poursuivre (point final) les personnes qui auraient commis ces crimes parce qu'elles en avaient reçu l'ordre de supérieur hiérarchique. Ce qui est contraire à la jurisprudence internationale en matière de crimes contre l'humanité depuis Nüremberg. La Déclaration des droits de l'homme prévoit expressement que nul ne peut obéir à des ordres si ces ordres enfreignent les principes de la déclaration elle-même. Or l'Argentine est signataire de la Déclaration universelle des droits de l'homme et le gouvernement de l'Argentine entre 1976 et 1983 était tenu par les obligations nées de cet engagement du pays devant l'Assemblée Générale de l'ONU. La loi a été abrogée sous Néstor Kichner parce qu'elle violait donc cet engagement solennel de l'Argentine, membre des Nations Unies.
(7) Horacio Pietragala fait ici allusion à la suppression de certains régimes de retraite de base par capitalisation décidée par la Présidente Cristina Kirchner (et non pas par son mari). Il confond volontairement les deux parce qu'il lui a sans doute fallu beaucoup de temps pour faire retour sur lui-même et rejeter les idées politiques dans lesquelles il a été élevé par ses parents adoptifs, qu'il aimait encore beaucoup en 2003. Or un mandat présidentiel ne dure que 4 ans en Argentine, c'est sans doute trop peu pour le cheminement psychologique que ces personnes ont à faire une fois qu'elles connaissent leur véritable histoire. Sur la fin des AFPJ, voir mes articles de 2008-2009 sur le sujet dans ce blog.
(8) Il s'agit là d'une mesure sociale prise l'année dernière et qui semble en effet avoir porté ses fruits, en permettant à de nombreux parents indigents d'envoyer leurs enfants à l'école au lieu de les envoyer mendier sur les artères passantes et dans le métro. Voir à ce sujet mon article du 15 septembre 2010 intitulé Choses vues à Buenos Aires et mon article du 26 novembre 2009 sur la création de cette nouvelle allocation familiale.
(9) Les histoires vécues par ces jeunes gens découvrant adultes et dans des circonstances dramatiques leur véritable identité et le sort de leurs parents authentiques ont inspiré de nombreux tangos et autres chansons. Deux d'entre ces tangos seront présentés dans ma prochaine anthologie, à paraître dans les semaines qui viennent et en tout cas avant la fin de l'année aux Editions Tarabuste. Ce sera le numéro thématique 2010 de la revue Triages (Triages, ed. Tarabuste, rue du Fort, 36170 Saint-Benoît-du-Sault, France).

jeudi 18 novembre 2010

Le Pulice-Vincenzo Quinteto au Musetta Café samedi soir [à l'affiche]

L'auteur-compositeur-interprète Angel Pulice, sa partenaire l'accordéoniste et chanteuse Ruth de Vicenzo et leurs musiciens, se produiront samedi soir, 20 novembre 2010, au Musetta Café que les fidèles lecteurs de Barrio de Tango connaissent déjà bien, à l'angle de l'avenue Tucumán et de la rue Bilinghurst, dans le quartier de l'Abasto.

Le site de Angel Pulice et ses partenaires se trouve en lien permanent dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales dans la Colonne de droite (partie inférieure). Vous pouvez découvrir les autres articles que je leur ai consacrés et en particulier l'interview qu'il a donnée en mars dernier pendant le Festival de Tango indépendant dont il était l'un des acteurs en cliquant sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus (sous le titre de cette note).

La biographie de Roberto Rufino vendredi au Museo Casa Carlos Gardel [à l'affiche]


La biographie du chanteur Roberto Rufino (1922-1999), signée par son épouse Perla Lorenzo de Rufino et le journaliste Pedro Alberto Colombo, spécialiste de l'oeuvre de Homero et Virgilio Expósito et fervent admirateur du chanteur, publiée cette année chez Corregidor, fera l'objet d'une présentation au Museo Casa Carlos Gardel, vendredi prochain, 19 novembre 2010, à 18h. Entrée libre et gratuite.

Le livre retrace le parcours chronologique de l'artiste, donne une vision plus personnelle à travers le témoignage et les souvenirs de sa veuve et s'achève sur un essai du journaliste sur l'homme et l'artiste. En annexe, un impressionnant catalogue discographique reprenant tous les enregistrements de Rufino et le répertoire qu'il a chanté sans jamais l'enregistré.

Le livre a déjà fait l'objet d'une présentation lors du Festival de Buenos Aires en août 2010. Le site des Editions Corregidor est en lien permanent dans la Colonne de droite, partie inférieure, dans la rubrique Les Commerçants du Barrio de Tango.

10ème Festival de tango à l'Hôpital Borda [à l'affiche]

Ce fut le 10 novembre dernier : un festival de tango (danse) au grand hôpital psychiatrique de Buenos Aires, dans le quartier de Barracas. Celui que l'on appelle couramment maintenant le Borda et qu'on appelait jusque dans les années 70 Vieytes (1), du nom de l'avenue où il est situé (2). Une institution d'hygiène publique fondée au 19ème siècle pour y enfermer les fous et en préserver le reste de la société et qui est devenu aujourd'hui l'un des hôpitaux psychiatriques les plus en pointe au monde.

Le Borda propose tout au long de l'année une multitude d'activités artistiques intégrées aux protocoles thérapeutiques, très majoritairement proposés en ambulatoire (le Borda ne dispose en fait que d'une vingtaine de lits). Parmi les propositions, l'atelier d'écriture poétique animé par le poète Alejandro Szwarcman, et pour la 10ème fois, cette année, cette journée de tango, de musique et de cours dispensés par des professeurs de l'AMBCTA, coorganisatrice de la manifestation lancée à l'initiative du Docteur Guillermo Höning (3), chef de service au Département des Relations institutionnelles.

Ont participé à cette manifestation qui s'est tenue dans le hall d'entrée de l'hôpital le 10 novembre à partir de 10h30 la chanteuse Dolores Solá qui était accompagnée par un groupe de guitaristes et plusieurs couples de danseurs qui ont fait des démonstrations. Parmi eux, Gloria y Eduardo Arquimbau, qui ont aussi donné un cours ouvert et gratuit.

L'ensemble de la manifestation était de toute manière ouverte à tout le public et d'accès entièrement libre et gratuit.

Pour en savoir plus :
lire les articles parus sur le site de l'AMBCTA, l'association des professeurs, danseurs et chorégraphes de Tango argentin, après la manifestation et quelques jours auparavant.
Vous trouverez le lien permanent vers le site de l'AMBCTA dans la Colonne de droite, dans la rubrique Eh bien, dansez maintenant ! dans la partie inférieure, réservée aux liens externes.

(1) C'est à cet hospice de fous que fait allusion le Vieytes dont il est question à la fin de Balada para un loco, de Astor Piazzolla (musique) et Horacio Ferrer (paroles), traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, que j'ai fait paraître en mai dernier aux Editions du Jasmin (p. 316). C'est de cette maison de fous que le héros du tango s'est échappé dans un accoutrement invraisemblable. C'est aussi dans cet établissement, alors de très sinistre réputation, que finirent leurs jours tous les syphilliques de la ville, et parmi eux le poète Pascual Contursi et l'un des frères aînés de Enrique Cadicamo...
(2) Depuis cette partie de l'artère a changé de nom, d'où l'adresse différente. Cela a aidé à changer l'image désastreuse de cet hôpital et lui donner l'image prestigieuse qui est la sienne aujourd'hui.
(3) La psychiatrie, la psychologie et la psychanlyse, qui sont toutes les trois très développées en Argentine et singulièrement à Buenos Aires, qui entre en compétition avec New-York pour la densité de cabinets de psychanalyse à l'hectare, sont arrivées en masse dans le pays à la fin de la grande vague d'immigration, dans les années 30, lorsque les praticiens allemands et autrichiens ont émigré en Argentine pour fuir le régime nazi.

mercredi 17 novembre 2010

La Vidú : après la Boca, San Telmo [à l'affiche]

La Orquesta Típica La Vidú dont je vous parlais déjà lundi à propos du Festival de Tango de La Boca, qui tiendra sa première édition dès demain, inaugure une nouvelle série de concerts de tango à Art Factory, le bar d'un hostel (sorte de maison d'hôtes) situé dans la rue Piedras à la hauteur du n° 454, à San Telmo (et si ma mémoire ne me trompe pas, je crois avoir en effet repéré cet hostel à la façade très attrayante sur le parcours qui me conduisait au supermarché pendant mon récent séjour à Buenos Aires...).

Affiche diffusée par Alan Haksten

Ce premier concert de la série aura lieu samedi prochai, le 20 novembre, à 22h. L'entrée est à 10$, un prix des plus raisonnables, surtout avec un orchestre de cette taille. La Vidú présentera un programme de classiques avec des arrangements de leur cru et des compositions originales.

La Vidú rassemble les musiciens suivants :
Horacio Gabriel Bartolomei (premier violon et direction musicale), Manuel Alejandro Machado (guitare), Jorge Sequeira et Gabriel Adrian Annoni (bandoneón), Fernando Bartolomei et Cristian Ariel Araya (violons), Lucas Leonel Rodríguez (alto) et Fernando Rosso (contrebasse) et deux chanteurs, que sont Marisa Vázquez et Maximiliano José Agüero.

Pour en savoir plus sur eux
connectez-vous à leur page Myspace

Retour sur ma conférence de Caen par Tempo Tango [ici]

Le 9 octobre 2010, j'étais l'invitée de l'association Tempo Tango à Caen pour une conférence sur l'histoire et la genèse du tango argentin dans la Buenos Aires du 19ème siècle, une longue histoire que nous ignorons ici et qui aboutit en 1916 au surgissement du tango-canción, celui que Carlos Gardel allait faire naître à Buenos Aires et faire connaître dans le monde entier, après une première arrivée de cette musique, alors instrumentale, en Europe, d'abord en Espagne puis à Paris, à la Belle Epoque, quelques années avant que ne se déclenche l'horreur de la première Guerre Mondiale.

Le 9 octobre 2010 : Serge Davy, l'organisateur, président de Tempo Tango, et votre servante

Le président de Tempo Tango, Serge Davy (à mes côtés sur la photo ci-dessus), a, dès le surlendemain, posté sur le site Alchimée un article sur cette soirée dont je garde un très beau souvenir, celle d'une salle attentive, passionnée et curieuse, et d'une très belle ancienne église romane sur les voûtes de laquelle on voit encore des restes de décor peint...

Pour en savoir plus, lire l'article paru sur Alchimée le 11 octobre 2010.

Deux manifestations officielles à Buenos Aires ces jours-ci [à l'affiche]

La Legislatura de Buenos Aires a pris deux initiatives tangueras pour les jours qui viennent :

Le vendredi 19 novembre 2010, à 18h, aura lieu la pose d'une nouvelle plaque en l'honneur du Maestro Aníbal Troilo, là où il y avait eu autrefois (et dont avait disparu) une autre plaque en souvenir du cabaret Marabú, qui a disparu lui aussi comme tous les cabarets des années 1920, 1930 et 1940 (1). C'est au Marabú que Troilo, dit Pichuco, dit El Gordo, avait fondé son premier orchestre en 1937. Il avait 23 ans.

Il est prévu que différentes personnalités du tango soient présentes et rendent hommage au Maestro. Cela se passera avenida Maipú, à la hauteur du n° 359, là où se trouvait le cabaret, dont les bâtiments ont été détruits depuis bien longtemps.

Par ailleurs, le mardi 23 novembre à 18h30, la Legislatura (2) s'unit à la Direction de la Musique du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires et au Comité Pro-Monumento al Tango pour fêter les 3 ans de ce monument (3) situé au coeur du quartier le plus chic et le moins tanguero de tout Buenos Aires, Puerto Madero, cette forêt de gratte-ciels sans âme derrière les anciens docks de brique rouge transformés en lofts fortunés, en magasins de luxe rivalisant avec les grandes avenues de New-York, de Londres, de Paris et de Milan, ou en restaurants hors de prix.

Cela se passera à l'angle entre le bulevar Azucena Villaflor et la avenida de los Italianos et la Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos Aires devrait jouer, sous la direction successive des trois chefs, les maestros Raúl Garello, Néstor Marconi et Juan Carlos Cuacci (4). Le chanteur titulaire de l'orchestre, Marcelo Tomassi, devrait lui aussi participer à cet anniversaire.

Bien entendu, ces deux manifestations sont d'accès libre et gratuit et pourraient être annulées ou reportées en cas de pluie ou de mauvais temps en général.

(1) Les cabarets à Buenos Aires étaient des restaurants et des cafés plutôt chics, tous situés dans une gamme de prix élevés, bref tout sauf des établissements populaires, que fréquentait une clientèle locale et étrangère aisée à très riche, exclusivement ou presque exclusivement masculine, les seules femmes fréquentant les cabarets se trouvant être des demi-mondaines accompagnant leur protecteur ou en quête d'un nouvel amant et des patronnes de maisons de passe. Les autres femmes présentent au cabaret étaient soit les milongueras, ces hôtesses payées par le patron du local pour se faire inviter aux tables des messieurs seuls et les faire consommer, et les chanteuses. Les cabarets ont été très longtemps, des années 1910 jusqu'à la moitié des années 1950, les principaux employeurs des orchestres de tango, avec les stations de radio et les maisons de disque. Après le renversement de Perón et la mise en place d'un gouvernement aux ordres des Etats-Unis, un certain puritanisme s'est imposé en Argentine, favorisé par la promotion des produits culturels nord-américains (introduction du rock et du cinéma hollywoodien), et les cabarets ont fermé les uns derrière les autres entre 1955 et 1960. Le Marabú a fait partie des victimes colatérales du coup d'Etat, comme le Chantecler et tant d'autres dont les noms sont intimement liés à l'histoire du tango argentin.
(2) sur les termes topographiques et institutionnels de Buenos Aires, ne pas hésiter à consulter la Trousse lexicale d'urgence située dans la partie centrale de la Colonne de droite de ce blog. La Legislatura est le nom donné au parlement monocaméral de chaque Province et de la Ville Autonome de Buenos Aires, qui a un statut semblable à celui d'une Province, avec gouvernement, parlement et constitution. On parle donc de Legislatura porteña (à Buenos Aires), de Legislatura Bonaerense (Province de Buenos Aires, capitale La Plata), etc.
(3) un truc hideux, entre nous. Un vague monument sculptural qui est censé représenter un bandonéon. Le résultat est moche et l'idée de départ manque d'originalité (tango=bandonéon). En général, les monuments sculpturaux de commande en hommage à des artistes à Buenos Aires sont passablement laids. Les oeuvres peintes sont beaucoup plus heureuses et les oeuvres qui ne correspondent pas à des commandes officielles mais à des initiatives privées, sans appui institutionnel, sont plus émouvantes. La statue de Gardel à l'Abasto est ratée, le buste de Pugliese à Villa Crespo aussi. En revanche, la galerie d'artistes peinte par Hermenegildo Sabát sur la façade de la Esquina Homero Manzi est de toute beauté (mais ce sont des caricatures !).
(4) Le conditionnel est dû au fait que l'orchestre traverse actuellement une crise très grave à laquelle j'ai déjà fait écho : salaires non payés ou payés au lance-pierre, emplois de musiciens non pourvus, entretien et réparation des instruments à la charge des musiciens, je vous en passe des vertes et des pas mûres. Ajoutez à cela que ces musiciens sont fortement syndiqués (ça se comprend dans de telles conditions) et que leur mécontentement se manifeste dès qu'un détail cloche. Ils ne jouent pas quand ils ont le soleil dans les yeux, quand ils ne sont pas assez bien abrités de la pluie (et Dieu sait s'il peut pleuvoir au printemps à Buenos Aires), quand il n'y a pas le bon nombre de chaises pour le bon nombre de musiciens (et ça arrive)... Donc on ne sait pas ce qu'il peut arriver : ils sont au programme, allez-y et voyez sur place ce qui se passe. Pour en savoir plus sur la crise traversée par l'orchestre, cliquez sur les mot-clés Orquesta ou Orq Tango BsAs dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Vous accéderez ainsi à l'ensemble des articles que je lui ai consacrés sur ses activités artistiques comme sur les réalités plus terre-à-terre de la vie de la formation. Vous pouvez aussi vous informer en cliquant sur le raccourci Economie, dans la Colonne de droite dont la partie supérieure est consacrée aux raccourcis internes à Barrio de Tango et la partie inférieure aux liens avec des sites externes.

Du nouveau dans la Colonne de droite

Les lecteurs attentifs ont pu se rendre compte que je profitais un peu de ce mois de novembre pour rattraper quelques retards dans la mise à jour du contenu de la Colonne de droite :

J'ai enfin pu ajouter dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la section des Danseurs, ce couple mythique que forment Gloria et Eduardo Arquimbau ainsi que la danseuse de scène Milena Plebs, et dans la section Toujours là, le grand chanteur, compositeur, acteur et réalisateur que fut Hugo Del Carril, récemment honoré lors d'une conférence au Centro Cultural de la Cooperación pour son engagement politique (voir mon article du 10 novembre 2010).

La rubrique Mes Chroniques de Buenos Aires rejoint aujourd'hui même la rubrique Quelques rubriques thématiques. Mes Chroniques de Buenos Aires rassemble l'ensemble des articles que j'écris à partir de mes séjours à Buenos Aires mais pas toujours pendant que j'y suis. Hier, j'ai ainsi intégré à cette rubrique un reportage photographique sur le spectacle Tres Mujeres para el show, dont les photos datent pourtant du 4 septembre dernier (et il m'en reste encore à traiter plusieurs autres).

Un nouveau raccourci a aussi fait son apparition tout en haut de la Colonne : Les présentations à Buenos Aires. Il permet de faire remonter en page d'accueil l'ensemble des articles que j'ai consacrés aux présentations de Barrio de Tango, l'anthologie bilingue de 231 tangos que j'ai publiée en mai 2010 aux Editions du Jasmin, réalisées à Buenos Aires et La Plata en septembre dernier. Il me reste d'ailleurs un Retour sur images à réaliser sur la présentation que j'ai faite avec Luis Alposta au Museo Casa Carlos Gardel, le 3 septembre dernier (voir plus haut, au sujet des Chroniques de Buenos Aires). Avec ce nouveau raccourci, vous avez en une seule rubrique toute mon activité : l'Agenda de Barrio de Tango avec toutes les manifestations auxquelles je participe (salons, conférences, dédicaces ainsi que les concerts que j'ai participé à organiser), les articles parus dans les Médias (dont celui que je consacre aujourd'hui au site Alchimée qui s'est fait l'écho de ma conférence à Caen en octobre dernier), les photos des présentations en France et celles des présentations en Argentine, et les articles où j'ai décrit cette première anthologie qui sera bientôt suivie d'une seconde, sous une forme notablement différente, qui paraîtra un peu avant les fêtes de fin d'année, aux Editions Tarabuste (revue Triages) et enfin la section Où trouver Barrio de Tango avec tous les modes de distribution du livre (librairie, vente en ligne, relais...)

Tout en bas de la Colonne, j'ai enrichi la rubrique réservée à mon profil. Vous y trouvez désormais des outils de partage de ce blog sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) et des liens vers mes pages toute neuves sur les réseaux Myspace et Viadeo.

Bientôt, je serai en mesure d'ajouter quelques vidéos, soit directement sur la Colonne soit par renvoi à ma page Myspace.

Et puis une nouvelle section viendra d'ici peu enrichir la rubrique Vecinos del Barrio. Elle formalisera la coopération entre Académiciens correspondants à travers le monde qu'un petit nombre d'entre nous cherchons à mettre en place. Ce n'est encore qu'une ébauche. Aussi la nouvelle section attendra-t-elle encore un peu sa création, soit d'ici la fin de l'année soit plus probablement au cours de l'année prochaine.

mardi 16 novembre 2010

Tres mujeres para el show - retour sur images. Article n° 1800 [Retour sur images]

La salle avant le spectacle

C'était à Buenos Aires le samedi 4 septembre dernier et je terminai en beauté mes vacances en Argentine en allant applaudir à Clásica y Moderna, Callao 892, trois très grandes pointures du tango, les chanteuses Susana Rinaldi, Marikena Monti et Amelita Baltar, qui était honorée hier au Plenario de la Academia Nacional del Tango (lire à ce sujet mon article du 12 novembre 2010). L'occasion faisant le larron, le Plenario me permet de rattraper l'horrible retard que j'ai pris cette année sur mes Chroniques de Buenos Aires, pour des raisons professionnelles tout à fait indépendantes de ma volonté.

Début du spectacle : Marikena Monti présente Amelita Baltar, qu'elle a en photo dans le dos

Pour les photos, elles valent ce qu'elles valent : j'étais mal placée, malgré les recommandations de Amelita Baltar qui avait demandé elle-même aux organisateurs de bien me traiter (mais bon ! j'étais seule et j'étais une étrangère, j'ai été traitée comme telle : à Buenos Aires, il y a de nombreux lieux où le touriste est moins bien reçu que les clients locaux, sans doute parce que le touriste, généralement venu de l'hémisphère nord, ne reviendra guère, alors que le Portègne, qui habite 200 mètres plus loin, si !) et qui, plus est, j'avais été installée dans les courants d'air de la porte d'entrée (alors que je sortais d'une grippe, mais ça personne ne le savait). Ajoutez que je me refuse à prendre des photos au flash (vous imaginez la gêne que constituent pour les artistes toutes ces petites lumières qui clignotent dans la salle !). Donc photos d'amateur, qui ne valent que pour la passion pour le tango et le talent qui animait la photographe.

Amelita Baltar entre deux chansons


Amelita Baltar s'accompagnant à la guitare en revenant à ses premières amours : la musique folklorique

Un très beau spectacle, qui coûtait 150 $ de droit au spectacle, avec une obligation de 50 $ minimum de consommation (la planche de fromages et de charcuteries est un bon choix dans ce restaurant qui est plus réputé pour son décor et son programme culturel que pour le contenu de ses assiettes). Par rapport aux prix que je vous indique d'ordinaire, celui-ci peut paraître élevé. Ce serait oublier que la soirée occupe une petite vingtaine d'intervenants, les trois chanteuses, leurs musiciens (chacune a les siens), un technicien son et un technicien lumière...

Susana Rinaldi présentant Marikena Monti (ma meilleure photo de la soirée, avec au premier plan les cheveux de mon compagnon de table, un médecin argentin qui m'a invitée pour remercier la France du bon accueil qu'elle lui avait fait dans les années de dictature. Encore un Argentin qui s'était réfugié à Paris, comme Susana Rinaldi elle-même)

Marikena Monti entre deux chansons

Quoi qu'il en soit du prix et de l'accueil discutable que nous recevons, le spectacle vaut vraiment le coup (et c'est peu de le dire). Toutes les trois sont somptueuses, dotées d'un très bel humour (le numéro d'Amelita Baltar sur la chirurgie esthétique à laquelle elle refuse d'avoir recours, l'auto-critique de Susana Rinaldi qui dit elle-même avoir un sale caractère et les minauderies de Marikena Monti qui remercie le technicien lumière qui lui permet de ne pas faire plus vieille que ses 36 ans - elles sont toutes les trois septuagénaires, comme vous le savez ou pouvez le présumer), et d'une voix exceptionnelle, chacune avec sa personnalité artistique propre. En plus, toutes les trois connaissent admirablemnt notre langue. Elles se présentent mutuellement : Marikena Monti a présenté Amelita Baltar, Susana Rinaldi, surgie de la rue comme un diable de sa boîte au point que la salle, saisie, en a oublié de l'applaudir, a présenté Marikena Monti et c'est bien entendu Amelita Baltar qui a présenté Susana Rinaldi dont le tour de chant concluait la soirée (malgré une grippe carabinée dont elle ne laissait presque rien voir, à part un mouchoir dont elle se tamponnait le nez après chaque morceau).

Susana Rinaldi

Une dernière anecdote, terrible pour la Française que je suis : à un moment donné, Marikena Monti a annoncé qu'elle allait chanter une chanson qu'elle voulait dédier à Carla Bruni et à une starlette argentine du même tonneau dont elle a prononcé le nom après celui de la présidente française. A peine avait-elle prononcé les trois premières syllabes du nom de l'ancien top-model que toute la salle s'esclaffait. Rire général. Je n'aime pas Carla Bruni, la chanteuse comme la femme me laisse tout à fait indifférente et j'estime qu'elle abuse de sa position protocolaire d'épouse du chef d'Etat pour se constituer une notoriété qui n'a rien à voir avec le service du pays. Malgré cela, je vous avouerai  qu'entendre une salle entière à Buenos Aires hurler de rire au seul énoncé de son nom fut une drôle d'expérience, plutôt désagréable. Voilà donc l'image qu'ils ont désormais de la France institutionnelle : une affaire de branquignoles hystériques... Ceci dit, Marikena Monti nous a interprété une chanson de Jacques Brel, dont elle a pris soin de préciser qu'il était belge et non français (il passe couramment pour français là-bas), et a chanté en duo avec Edith Piaf. Eh bien, il faut une belle quantité de talent pour affronter un tel mythe, même par disque interposé...

Visite de Nelly Omar mercredi dernier au Bar 36 Billares [Troesma]

Au cours du mois d'octobre et au début de ce mois, je vous ai recommandé cette série de concerts (ciclo) que les chanteurs Hernán Genovese et Noelia Moncada donnent tous les mercredis soirs au bar 36 Billares, l'un des 52 bares notables de la ville de Buenos Aires (bars et cafés classés), sur avenida de Mayo.


Il se trouve que mercredi dernier, Noelia et Hernán ont eu l'honneur d'une visite prestigieuse : la grande chanteuse et compositrice Nelly Omar, 99 ans et bientôt 100 (1). Avec elle, ils sont chantés Sur (2), le grand tango de Aníbal Troilo (musique) et Homero Manzi (paroles), qui est l'un des morceaux phares du répertoire de Madame Omar.

Hernán Genovese a diffusé hier la photo souvenir de cette visite. Les voici donc tous les deux, Hernán et Noelia, au Bar 36 Billares, le 10 novembre 2010 entourant Nelly Omar (et elle ne fait pas son âge, c'est sûr !).

Pour en savoir plus sur les artistes cités, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.
Pour en savoir plus sur les concerts proposés par 36 Billares, cliquez sur le mot-clé Avda Mayo ou Monserrat (l'avenue et le quartier où il se situe) ou sur Bares Notables, sous lequel j'ai rassemblé toutes les propositions dont je trouve le temps de parler dans Barrio de Tango sur l'ensemble de ces établissements historiques qui participent depuis des années à la vie culturelle de la capitale argentine.

(1) Ce sera en février prochain.
(2) Sur est présenté en version bilingue dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru en mai 2010 aux Editions du Jasmin, à la page 234 (ne pas confondre avec Vuelvo al sur, de Piazzolla et Solanas, que je présente aussi dans mon anthologie mais qui ne parle pas du tout de la même chose. C'est à la page 298).

lundi 15 novembre 2010

Premier festival de Tango de La Boca du 18 au 21 novembre prochain (2) [à l'affiche]

Suite de la liste des artistes participants à cette première édition du Festival de Tango de La Boca (voir l'autre article de ce jour à ce sujet) :

Affiche officielle de la manifestation

Le samedi 20 novembre, à 14h, il sera rendu hommage au grand compositeur et bandonéoniste qui a habité La Boca, le Maestro Pedro Laurenz et au compositeur local (il est né et s'est identifié au quartier), le Maestro Juan de Dios Filiberto, dont vous connaissez au moins un tango : je veux parler du très célèbre Caminito (1). Cet hommage sera rendu à deux endroits différents : sur Garibaldi, cuadra entre Olavaría et Lamadrid dans la maison de Pedro Laurenz ; sur Magallanes entre Irala et Hernandarias, dans la maison de Juan de Dios Filiberto.

A 18h, l'historien Osvaldo Bayer et Javier Campo donneront une conférence sur "L'anarchisme et le tango" (Dieu sait qu'ils ont et font toujours bon ménage), au Malevaje Arte Club, Garibaldi 1670.

Le soir à 20h, plsuieurs artistes se succèderont au Malevaje Arte Club : la chanteuse María Volonté, le Gabriela Elena Trío, l'auteur-compositeur-interprète Juan Vattuone et la pianiste et compositrice Carla Pugliese qui s'est installée dans le quartier comme elle l'a raconté au Monde il y a peu (voir mon article du 15 octobre 2010).

Le lendemain, Gabriela Elena, chanteuse, compositrice et parolière, donnera une conférence sur son père, Quique Elena et ses ascendents génois installés dans le quartier de La Boca, comme de très nombreux Italiens qui furent longtemps plus nombreux dans la zone que tous les autres immigrés entre 1880 et 1920 au moins.

A 17h, ce sera la grande clôture du festival avec les artistes et groupes : Polentaitúm, La Santa Milonga, Guitarra Negra, Lucrecia Merico, La Cuerda Trío, Quiero 24, le Quinteto Negro La Boca. Ce sera sur l'explanade du célèbre pont transbordeur de la Boca (là, aussi, un pont que l'on voit sur toutes les cartes postales du quartier, celui qui apparaît sur l'affiche du festival).

Les vendredi 19 et samedi 20 novembre à 18h, une pratique de danse est ouverte pour les danseurs de tous niveaux, Estudio Borquéz, Pinzón 447. Ce sera la seule manifestation payante mais les organisateurs promettent que le prix sera tout à fait modéré.

Par ailleurs, des expositions d'art plastiques sont organisés dans plusieurs lieux participants...

Entrée libre et gratuite à toutes les activités (sauf pratiques des 19 et 20 novembre à 18h).

Alors allez-y ! Profitez-en...

(1) Caminito : à lire dans le texte et avec ma traduction en français dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru aux Editions du Jasmin, en mai 2010 (Clichy, France). C'est à la page 89. Attention : Caminito, le tango, ne parle pas de Caminito, la petite rue hyper-touristique de La Boca, qu'on connaît dans toutes les cartes postales de Buenos Aires. C'est le peintre boquense Benito Quinquela Martín lorsqu'il a tenté de faire de cette ruelle un centre culturel populaire à l'air libre dans les années 1950 qui lui a donné pour nom le titre du tango de son ami et voisin Filiberto, le pianiste anarchiste tout comme lui.

Premier festival de Tango de La Boca du 18 au 21 novembre prochain (1) [à l'affiche]

La República de la Boca (1) aura son premier festival de tango du 18 au 21 novembre prochain.

Les boquenses fêteront ainsi le Bicentenaire du pays et le 140ème anniversaire de leur propre république. Le quartier populaire par excellence s'approprie (enfin) la déclaration du tango au patrimoine mondial de l'UNESCO, une déclaration qui a longtemps suscité la colère des acteurs sociaux et culturels de la gauche portègne, qui n'apprécient que fort peu qu'elle ait été soutenue par Mauricio Macri, le très droitier Chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, lequel s'en sert de manière très ostentatoire deuis septembre 2009 comme d'un argument électoraliste pour son évenuelle candidature à la Présidence de la République dans un an (voir à ce sujet les sondages parus le 8 novembre 2010 et qui ne lui donnent que des très maigres scores d'intentions de vote, dans mon article du 11 novembre 2010)

Le festival va donc se déployer sur quatre petits jours au programme hyper-fourni répartis sur une huitaine de lieux symboliques du quartier : le Teatro Verdi, situé Avda. Almirante Brown 736, le Malevaje Arte Club, sur Garibaldi 1670 (esq. Quinquela Martín), le Salón Bomberos Voluntarios de La Boca, installé au siège de cette institution historique de La Boca que sont les pompiers volontaires Brandsen 567 (voir mon article du 5 juin 2009 sur les 125 ans de ce prestigieux corps), le Cine Teatro Almirante Brown sur l'avenue du même nom mais au numéro 1575, le restaurant Concierto De Cuchillos (entendez "concert de couteaux"), situé rue Olavarría 818 comme cette tumultueuse taverne de reseros (les gardiens de troupeaux de la pampa toute proche) que décrit Enrique Cadícamo dans la milonga El Morocho y el Oriental (2), Estudio Borquéz, rue Pinzón 447 (3), esquina Avda. Almirante Brown (c'est la grande avenue de La Boca, comme vous l'aurez déjà deviné), le Conventillo Marjan Grum, sur l'avenue Garibaldi 1429 et le Mate Bar y Centro Popular Tudesca, lui aussi dans la rue Pinzón, au numéro 1102.

Toutes les activités au programme sont d'accès libre et grauit.

La liste des artistes participants est trop longue pour me permettre de tous les citer dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search ci-dessus. Je vais donc vous la communiquer en deux articles pour que tous les noms rentrent dans le nombre de caractères limités offerts par Blogger, comme je l'ai fait en juillet pour le Festival de La Falda.

L'ouverture du festival aura lieu jeudi, à 21h, avec le Grand Orchestre (Orquetazo), composé de plusieurs formations qui s'uniront au DJ Marcelo Rojas pour animer une pratique (danse) : Los Borquéz, le Quinteto Negro La Boca (c'est leur lieu) et les orquestas típicas La Vidú, Esquina Sur et Alan Haksten Grupp. Ce sera au Teatro Verdi.

Le lendemain, à 18h, une conférence de Fractura Expuesta Radio Tango (dont vous avez le lien dans la rubrique Ecouter, dans la Colonne de droite, en partie inférieure), sur "La scène actuelle du Tango" (la Escena actual del Tango), au Malevaje Arte Club.

A 21h, plusieurs artistes s'uniront pour donner un concert à la caserne des Pompiers Bénévoles de La Boca : la chanteuse Naty Cortes, La Berger Tango, et les duos Hernán Fernández et Moscato et Concepto Dúo formé par Augusto Di Tella et le chanteur Roberto Guiet)

et à 23h30, un autre concert se tiendra au Cine Teatro Almirante Brown : Dema et la Petitera, Proyecto LCB (qui vient de présenter son premier disque au CCC Floreal Gorini, voir mon article du 3 novembre 2010) et le Quinteto Julián Hermida.

(1) Il y a à Buenos Aires plusieurs "républiques" de quartier. Une à La Boca, l'autre à San Telmo. Il y en a une aussi à Tolosa, la ville limitrophe de La Plata, où vivait et travaillait mon ami l'auteur-compositeur-interprète Alorsa, dont je vous parle de temps en temps, même maintenant qu'il a quitté cette vie. En France et en Belgique, ce ne sont pas des républiques ni des royaumes qui investissent les quartiers des grandes villes mais des Communes, généralement qualifiées de libres. Comme la Commune Libre de Montmarte, qui a son maire qui préside, ceint des couleurs nationales, aux vendanges en octobre !
(2) A lire dans le texte et dans ma traduction en français dans Barrio de Tango, éditions du Jasmin, p 330 (Y el Morocho era Gardel y Razzano El Oriental). La milonga (musique de Angel D'Agostino) est construite sur les deux surnoms donnés respectivement à Gardel et à Razzano, du temps où ils formaient un duo (1911-1924).
(3) La rue Pinzón est quant à elle citée par Pablo Osvaldo Valle dans son tango, El fantasma de La Boca (p 204, ouvrage cité).

La Noche de los Museos a touché plus d'un demi-million de personnes [Actu]

Selon le bilan publié ce matin dans les pages culturelles de Página/12, la 7ème édition de la Noche de los Museos, dans la nuit de samedi à dimanche, à laquelle je n'ai pas pu développer autant que les années précédentes dans Barrio de Tango, pour cause de participation de l'auteur-éditrice à un salon du livre d'éditeurs indépendants, à Paris, a connu un franc succès.

On a compté 540 000 participants qui ont visité un ou plusieurs des 170 musées qui à Buenos Aires participaient cette année à la manifestation. Une opération qui semble donc s'installer dans la capitale argentine et qui grandit chaque année.

La maison de Jorge Luis Borges, transformée en musée l'année dernière, participait pour la première fois en qualité de musée existant. La faculté de Médecine avait nuitamment ouvert au public son musée de la pathologie. A San Telmo, le musée du costumes et des marionnettes a connu l'affluence des grands jours. Il y a eu un défilé de vieilles voitures Citroën du côté du Planetarium et les autorités portègnes ont transformé la place devant la Direction des Musées à Puerto Madero en discothèque à ciel ouvert, comme l'année dernière, et ce n'est pas la plus heureuses des initiatives en ce qui concerne l'accès populaire à la véritable culture.

Pour en savoir plus, lire l'intégralité de l'article de Página/12.

Alan Haksten Grupp au Torcuato Tasso mardi soir [à l'affiche]

Alan Haksten Grupp, toute jeune et récente orquesta típica qui joue essentiellement un répertoire original, composé et arrangé par le guitariste argentin Alan Haksten, sera au Centro Cultural Torcuato Tasso, Defensa 1575, le 17 novembre 2010, à 22h.

Ils partageront la soirée avec une autre Orquesta Típica, baptisée Cruz del Sur, du nom de la constallation de la Croix Australe, qui symbolise l'hémisphère sud et en Argentine, le pays et lui seul.

Affiche diffusée par le groupe

Alan Hakten Grupp, fondé à la fin de l'année 2008, était invité de la Academia Nacional del Tango, samedi dernier, le 13 novembre, dans le cadre de la Noche de los Museos, pour la deuxième année consécutive. Et ils le méritent bien.

Pour en savoir plus sur eux, cliquez sur le nom de la formation dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Vous trouverez dans la série des articles sélectionnés un retour sur images d'un concert qu'ils ont donné au restaurant La Paila, à Palermo, en août dernier, avec Lucio Arce.