Actualité culturelle argentine, là-bas à Buenos Aires et sur le Río de la Plata, et ici, en Europe francophone.
Actualidad cultural, allá en Buenos Aires y su zona y acá en nuestras ciudades europeas franco-hablantes. Noticias en español si te gusta más así...
Cultural current affairs, there in Buenos Aires area and here, in French-speaking Europe. Depending on your demand...
Un
nombre considérable d'organisations tangueras se sont réunies pour
organiser le premier festival Marechal de Balvanera, en l'honneur
double de l'écrivain Leopoldo Marechal (1900-1970), l'un des créateurs de la
mythologie urbaine portègne, qui est aussi honoré à la Casa Nacional del Bicentenario, et de Carlos Gardel, dont on célèbre demain, 24 juin 2015, le quatre-vingtième anniversaire du décès, c'est-à-dire pour les Argentins le passage à
l'immortalité.
Six
lieux se sont fédérés pour accueillir les événements de ce
nouveau festival hivernal avec entrée libre et gratuite.
Concerts,
milongas, cours et ateliers, bref tout ce qu'il faut pour un festival
digne de ce nom dans la République du Tango qu'est la capitale
argentine.
Ce
mercredi 24 juin, la Ciudad del Tango a rassemblé dans la salle
Osvaldo Pugliese du CCC Floreal Gorini, Corrientes 1543, une belle
fournée d'auteurs et d'interprètes :
Alejandro
Guyot et Marisa Vázquez sont à la fois chanteurs et paroliers.
Alejandro
Swarcman, Raimundo Rosales, Matías Mauricio, vous les connaissez
déjà comme poètes si vous suivez l'actualité de ce blog, ils étaient la semaine dernière à l'hommage rendu à Horacio Ferrer à la Academia Nacional del Tango...
Plusieurs
d'entre eux seront d'ailleurs représentés la semaine prochaine à
Toulouse, à Tangopostale, dans Expoésie, l'exposition itinérante
qui circulera dans toute la Ville Rose.
Pour
ceux qui se trouvent à Buenos Aires, mieux vaut aller les écouter
en direct, à 20h30. L'entrée est libre et gratuite (la
manifestation prend place dans un festival de poésie
latino-américaine).
Au
début du mois de juin, est sorti à Buenos Aires, à Siglo XXI
Editores, un essai qui analyse les pratiques dans les milongas de
Buenos Aires d'un point de vue anthropologique : quels conflits,
quelles alliances se nouent à travers ce qui ne semble être qu'une
danse de société ? Aquí se baila el tango, un clin d'œil à
un célèbre tango rendu immortel par son interprète, Alberto
Castillo(1), le résultat de quinze ans d'observation et de recherche de
la part de Julia María Carozzi qui a fait ses études en Californie et a découvert son objet d'étude
en commençant à le pratiquer comme danseuse elle-même. Et elle
s'est si bien prise au jeu qu'elle donne maintenant des cours de
tango-danse !
Dans
son livre, elle se penche sur la construction de la danse de tango
des trente dernières années, c'est-à-dire depuis le retour de la
démocratie en Argentine (décembre 1983), puisque aussi bien le tango
dans toutes ses dimensions est très lié au destin politique du
peuple argentin, ce que nous méconnaissons trop souvent de ce
côté-ci de l'Atlantique. Elle y révèle, dit-on, comment la
dimension mythique intervient dans ce renouveau des milongas dans la
capitale fédérale. Le deuxième angle d'analyse vise la conscience
du corps et du mouvement, qui est en effet un aspect fondamental de
l'expérience du danseur de tango, un peu plus peut-être que dans
les autres danses de société qui sont construites à partir de
figures et non pas de la complète improvisation dont seul le tango
argentin a le secret. Et le dernier axe de son travail porte donc sur
les types de relations sociales dont la danse est un prétexte ou que
ce mouvement et cette conscience du corps provoquent chez les
milongueros.
La chercheuse du CONICET (le centre de recherche scientifique national argentin) répond ce matin aux questions de Andrés Valenzuela dans les
colonnes de Página/12 (cahier culturel).
La
Ville Autonome de Buenos Aires rendra un hommage officiel à Carlos
Gardel, le 24 juin, de 14h à 20h, en s'appuyant sur le Centro de
Estudios Gardelianos, le Museo Casa Carlos Gardel et la Legislatura.
Visa d'entrée au Venezuela le 23 avril 1935 lors de la dernière tournée de Carlos Gardel
Vous voyez qu'il faut alors avoir été vacciné et avoir un casier vierge pour entrer au Venezuela
qui enregistre l'appartenance racial des étrangers qui pénètrent sur son sol
Premier
rendez-vous au cimetière de la Chacarita, sur la tombe de l'artiste
à 14h, avec un discours de José Blotta (Centro de Estudios
Gardelianos)
Puis
rendez-vous à 17h au Museo Casa Carlos Gardel, avec une courte
conférence de Julián Barsky, auteur d'une biographie contestée et
contestable de l'artiste. La conférence s'intitulé Carlos Gardel,
un viajero (Carlos Gardel un voyageur).
A
17h40, des projections et un concert de guitare aux soins de Jorge
Kohan
A
19h, lancement d'un disque de circonstance du chanteur Marcelo
Ezquiaga, Morocho, entouré d'artistes invités : le disque rassemble plusieurs musiciens de rock qui rendent hommage au Morocho del Abasto (ou Morocho Argentino, il avait les deux surnoms, entre autres nombreux sobriquets).
A
la Legislatura, on se réunira au Salón Presidente Perón pour un
concert de la chanteuse María José Mentana à 18h (1), suivi d'une
conférence du directeur (ou ex-directeur semble-t-il) de la musique
au Ministère de la culture portègne, Diego Mario Rivarola,
intitulée Gardel en el Mundo.
A
19h15, le président du Centro de Estudios Gardelianos, Enrique
Espina Rawson, conclura les manifestations par une autre conférence,
intitulée Gardel Asignatura pendiente (Gardel, un domaine qui reste
à explorer).
Un
programme peu ambitieux, peu attractif, passablement pédant et
mondain, il faut bien le dire, et très opportuniste avec la
promotion de ce disque... Que c'est bas !
Carlos Gardel sur le pas de sa porte dans les années 30
La porte de ce qui est aujourd'hui le Museo Casa Carlos Gardel, Jean Jaurés 733
Le
Museo Histórico Nacional, qui dépend du ministère de la Culture
national, aura fait beaucoup plus digne, il n'y a pas de doute à ce
propos. Et la Academia Nacional del Tango ce soir aussi avec un programme festif et projeté vers l'avenir et vers l'action... Ajout du 24 juin 2015 : lire à cet égard l'entrefilet publié aujourd'hui à Montevideo par El País. au sujet de ce disque, auquel a collaboré un chanteur et multi-instrumentiste uruguayen, Martín Buscaglía. lire l'article de Rolling Stones, le supplément rock de La Nación sur ce nouveau disque. Vous pourrez vous faire votre idée de cet album en écoutant l'original de Por una cabeza de et par Gardel (un youtube embedded comme on dit en français), avec cette voix somptueuse inscrite au patrimoine culturel de l'Humanité à l'UNESCO, puis la version (désastreuse à mon goût, y compris et surtout sur le plan vocal) du même morceau par le rockeur argentin Kevin Johansen.
(1)
La seule participante véritablement digne de l'événement.
A
Santa Fe, les élections provinciales pour le gouvernorat avaient
lieu la semaine dernière. Il s'agissait d'une élection à un tour à
la majorité simple. Les résultats ne sont toujours pas définitifs
car il a été demandé un recomptage des voix au tribunal électoral
qui veille à la constitutionnalité et à la sincérité du scrutin.
L'électorat s'est divisé en trois tiers avec deux ex-aequos :
le candidat socialiste, qui au premier dépouillement avait quelques
milliers de voix de plus, le candidat du PRO (un ancien comique
passablement vulgaire qui roule pour Mauricio Macri). A quelques
décimales près, les deux ont remporté 30% des voix exprimées.
Derrière, déjà éliminé semble-t-il quel que soit le recomptage,
le candidat FpV (soutenu par l'actuelle majorité nationale
kirchneriste), qui arrivait avec 26% des voix. De 12 à 14% des électeurs se sont répartis sur des candidatures de
témoignage, comme disent les politologues français.
Malgré
ce mauvais résultat pour elle et cette incertitude, Cristina
Kirchner a pourtant tenu à se rendre à Rosario samedi pour célébrer
le drapeau, selon la coutume, puisque c'est à Rosario, aujourd'hui
capitale économique et culturelle de la Province de Santa Fe, que
Manuel Belgrano a inventé le drapeau argentin en 1812.
A
Mendoza et en Terre de Feu, les élections se sont tenues hier.
Aucune surprise puisque les résultats correspondent à ceux des PASO
(les élections primaires obligatoires) : à Mendoza, c'est le
candidat UCR, allié à de nombreuses autres formations d'opposition,
qui a emporté avec plus de 46% des voix contre la majorité
kirchneriste sortante et à Ushuaia, c'est la candidate FpV qui
arrive en tête avec 42% des voix, contre un candidat d'une formation
provinciale. En Terre de Feu, il y aura un second tour la semaine
prochaine. Rappelons qu'en Argentine, même au niveau national,
l'élection du chef de l'Etat est acquise à 46% des voix dès le
premier tour.
Ainsi,
on a deux provinces passées aujourd'hui à l'opposition actuelle,
probablement socialiste dans un cas (étant entendu qu'on attend
encore un arbitrage), nettement à droite dans l'autre (UCR-PRO et
diverses formations qui se réclament de la gauche mais très
minoritaires à tous niveaux, comme le GEN). Dans un cas comme dans
l'autre, ces deux provinces votent selon une longue tradition
locale : Sante Fe est socialiste depuis longtemps, Mendoza est
radicale, malgré une parenthèse de huit ans avec l'actuel
gouverneur Paco Pérez (FpV).
Reste
à savoir si, avec ses 132 000 électeurs, Terre de Feu se
maintiendra dans le giron de l'actuelle majorité. Il y a quatre ans,
la même candidate était arrivée en tête au premier tour, à tel
point qu'elle avait été donnée quasi-élue. Et puis au second
tour, patatras ! La majorité avait basculé. Il faudra donc
attendre.
Les
journaux nationaux commentent ces résultats dans leurs éditions du
jour. Vous pouvez les consulter à partir des liens permanents
présents dans la rubrique Actu de la partie basse de la Colonne de
droite. Ajout du 29 juin 2015 : La sénatrice FpV a finalement remporté cette fois-ci l'élection provinciale. C'est la première fois que Tierra del Fuego se dote d'une Gouverneure. Lire à propos de ces résultats l'article de Pagina/12 de ce matin.
Le chanteur Cucuza Castiello et son trio de musiciens, la pianiste Noelia Sinkunas, le bandonéoniste Sebastián Zasali et le guitariste Mateo Castiello, animeront ce soir, samedi 20 juin 2015, à partir de minuit, la milonga du quartier du Club Social y Deportivo Morán de la rue homonyme, à Agronomia (ceinture ouest de Buenos Aires).
De tout récents champions de milonga seront présents pour des exhibitions.
La soirée commence à 20h avec un cours de milonga (et non pas de tango) ouvert, suivi du début du bal, à 21h30, animé par un DJ.
Une vraie fête par les Portègnes pour les Portègnes. A part mes lecteurs, il est peu probable que vous y rencontriez beaucoup de touristes, à l'inverse de ce qui se passe dans les milongas du Centre (Monserrat, San Nicolás, San Telmo, Balvanera) et du Nord (Recoleta, Palermo).
Aujourd'hui 20 juin, c'est la fête du Drapeau en Argentine, en l'honneur de son créateur, le général Manuel Belgrano, décédé à Buenos Aires de maladie le 20 juin 1820, à l'âge de cinquante ans. Grand héros de la Révolution et de l'Indépendance, il inventa, dans la ville de Rosario (province de Santa Fe), ce drapeau aux couleurs du manteau de la Vierge de Luján dont il était un grand dévot pour distinguer ses propres troupes des troupes absolutistes, puisque tout le monde arborait encore la bannière rouge et or de l'Espagne patriotique, en lutte pour son indépendance en Europe contre les troupes de Napoléon (dont ce fut le début de la fin).
A chaque fête son chant... Voici Aurora, l'hymne au drapeau, dans l'une de ses meilleures interprétations vocales (vous retrouverez une petite partie du texte dans mon prochain livre, Contes animaliers d'Argentine, dans Haute Voltige, le conte provenant de Santa Fe dont le décor est le Paraná, le fleuve qui borde Rosario).
Le chanteur lyrique (argentin) José Cura, dont vous apprécierez la voix splendide, chante Aurora, dans une version peu connue en Argentine, avec l'introduction originale de l'opéra du même nom, composée pour l'inauguration du Teatro Colón en 1908. José Cura chante ici à Prague, en 2003, accompagné par l'orchestre symphonique de la ville, dirigé par Tulio Gagliardo. Il explique dans un anglais impeccable, le tout sous-titré en tchèque (le concert était retransmis à la télévision), ce que représente ce morceau pour les Argentins... C'était la première fois que montait cette musique dans ce somptueux théâtre pragois qui a vu créer les œuvres de Mozart et de tant d'autres grands compositeurs d'Autriche-Hongrie... Il faut arriver au milieu de la vidéo pour entendre l'introduction officielle de Aurora (l'hymne).
La
représentation argentine à l'ONU organise ce 24 juin en fin de
journée un grand concert pour célébrer le demi-siècle de la
résolution n° 2065, votée le 16 décembre 1965, qui ordonne à la
Grande-Bretagne et à l'Argentine d'entamer un dialogue sur la
souveraineté des Malouines.
On
sait ce qu'il en a été : refus absolu du Royaume-Uni, qui
tient à ces îles qui lui donnent une base stratégique dans
l'Atlantique Sud et un droit sur le continent antarctique, attaque
armée de l'archipel en avril 1982 ordonnée par la Junte militaire
au pouvoir en Argentine, soutenue par la plupart des Etats
sud-américains mais condamnée très rapidement par l'ONU (alors
dirigée par un secrétaire général péruvien) puis la sanguinaire
guerre des Malouines au cours de laquelle Margaret Thatcher prit des
poses à la Churchill en avril-mai et enfin le retour de la
Grande-Bretagne au statu quo ante, un refus crispé, souvent arrogant
et la plupart du temps très discourtois (1), d'entamer le moindre
dialogue sur la question, très crispé sous tous les gouvernements
tories (conservateurs) et à peine plus détendu avec des Premiers
ministres travaillistes.
Rappelons
l'histoire car les Malouines étaient bel et bien argentines au
moment où l'indépendance du pays s'est jouée sur le continent
(entre 1810 et 1816).
Ces
îles ont été découvertes par les Européens en 1520, par Esteban
Gómez, à la tête d'une expédition financée par la Couronne
espagnole. Cependant, en 1690, un marin anglais, John Strong, passe
par le détroit qui sépare les deux îles principales et baptise ce
détroit du nom de Falkland, en l'honneur du second vicomte Falkland.
En 1764, Bougainville et son équipage malouin atteignent l'archipel
et lui donnent le nom de leur ville : ce seront désormais en
français les îles Malouines. Des tractations entre la France et
l'Espagne permettent à cette dernière de prendre possession du port
San Luis (pour mieux amadouer Louis XV, on lui donne le nom d'un roi
de France qui plus est saint patron du roi régnant). Par courtoisie
pour les Français, l'Espagne rebaptise aussitôt les îles Malvinas
mais l'année suivante, une expédition de la Royal Navy arrive sur
zone. Les hommes s'emparent des îles et les rebaptisent aussitôt du
nom de Falkland. C'est l'époque troublée où la France,
l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal se disputent la maîtrise des
mers et les accès au détroit de Magellan. En 1770, forte de
l'accord obtenu six ans plus tôt avec la France, l'Espagne déloge
les Britanniques par la force et fait légitimer ensuite entre Etats
européens sa prise de possession par la voie diplomatique. En 1776,
alors que George Washington déclare l'indépendance des Etats-Unis
d'Amérique, Carlos III, arrière-petit-fils de Louis XIV, crée le
vice-royaume du Río de la Plata en scindant le vice-royaume du Pérou
et place les îles dans le nouveau district. C'est ainsi que
l'archipel appartiendra à la future Argentine, qui va naître entre
1810 et 1816.
En
1820, le nouveau pays, qui est en train de sombrer pour soixante ans
dans une guerre civile acharnée, parvient néanmoins à envoyer une
frégate pour prendre officiellement le contrôle de ces terres
inhospitalières dont il a besoin ne serait-ce que pour offrir une
escale à ses navires qui doivent doubler le Cap Horn pour atteindre
le Chili de Bernardo O'Higgins, voisin et officiellement allié grâce
à sa collaboration avec José de San Martín qui prépare l'expédition
libératrice du Pérou.
En
1824, à Londres, à la demande de la corporation des marchands, la
Chambre des Communes vote la reconnaissance de l'indépendance de
l'Argentine, du Chili et de la Colombie (celle de Simón Bolívar, qui
réunit les actuels Colombie et et Venezuela). Le Gouvernement
britannique envoie dès l'année suivante une légation officielle à
Buenos Aires, qui n'accueillait jusqu'alors que des observateurs
diplomatiques faisant office de consuls pour le Royaume-Uni et les
Etats-Unis. La Grande-Bretagne est ainsi le premier pays du monde à
reconnaître l'Argentine, avant même les Etats-Unis. Il faudra
attendre 1830 et la Monarchie de Juillet pour que la France fasse de
même. Et en 1828, l'Argentine peut distraire de ses maigres
ressources un représentant officiel pour l'archipel : le
Gouverneur de la Province de Buenos Aires, Manuel Dorrego, choisit un
commerçant avisé et audacieux d'origine allemande, Luis Vernet.
De
très lointaine ascendance française (2), Luis Vernet était né à
Hambourg, en 1792 (3). Il s'était installé à Buenos Aires en 1817
pour fonder une maison de commerce, comme de nombreux Européens
aventureux après que la traversée des Andes et l'éclatante
victoire de Chacabuco due à San Martín (12 février 1817) eut mis
la région et son potentiel politico-économique en pleine lumière
grâce à la presse, qui répandit l'admiration pour l'exploit
militaire. Dix ans plus tard, à la tête d'une belle fortune, Luis
Vernet achète des terres dans l'archipel et obtient en réponse la
concession de Puerto Soledad avec mission d'y implanter un comptoir
agricole en vue d'approvisionner les convois sur la route du Chili.
Il s'embarque avec une centaine de gauchos, blancs et indiens, et du
bétail. Il réussit si bien dans sa mission que l'année suivante,
Juan Manuel de Rosas, qui a succédé à Lavalle lui-même successeur
de Dorrego, le nomme gouverneur des Malvinas avec tous les pouvoirs,
civils et militaires, et une minuscule garnison qui ne pourra
soutenir l'attaque navale de 1833, malgré le courage de plusieurs
des gauchos qui ont tenté de participer à la lutte aux côtés des
soldats. En effet, en 1833, neuf ans après la reconnaissance de
l'Argentine, la Royal Navy reprend par la force l'archipel tandis que
dans les chancelleries européennes, le gouvernement britannique en
Europe fait soutenir par ses ambassadeurs l'antériorité de la
découverte (par ailleurs contestable) pour justifier ses
revendications territoriales (4). Que pèse alors l'Argentine, perdue
dans le chaos de la guerre civile, contre la volonté de puissance de
l'Empire britannique ? Luis Vernet est bien parti aussi vite
qu'il a pu pour alerter Buenos Aires. La capitale, fortement
déstabilisée par les manœuvres du clan Rosas, qui travaille à son
retour au pouvoir, n'avait aucun moyen de s'opposer à cette
agression, que la diplomatie européenne valide sans barguigner selon
le principe bien connu : La loi du plus fort est toujours la
meilleure.
Et
depuis plus de cent-quatre-vingts ans, l'Argentine maintient ses
réclamations : Las Malvinas es Argentina (les Malouines, c'est
l'Argentine) ou Las Malvinas son argentinas (Les Malouines sont
argentines).
En
1965, l'ONU a donc fait un tout petit geste pour réparer ce que la
loi du plus fort a d'injuste dans les relations entre Etats mais la
Grande-Bretagne a toujours pour elle d'être membre du Conseil de
Sécurité. Il y a donc fort à parier que la loi du plus fort
continuera de s'appliquer encore un bon moment. D'autant que David Cameron
n'est pas homme à se laisser impressionner dans cette affaire surtout après la découverte, il y a quelques années, d'importants gisements de pétrole dans les eaux territoriales autour de l'archipel et devant le risque de perdre le pétrole trouvé au large d'Aberdeen si jamais le référendum écossais...
Ce
statu quo est ce à quoi l'Argentine ne se résigne pas, surtout
depuis que la reprise économique dans le pays a permis à Néstor et Cristina Kirchner
d'agiter à nouveau ce serpent de mer de la fierté patriotique de
leurs électeurs. Et ce n'est pas l'entame d'un dialogue qui est
réclamée à travers les dessins de Rep agrémentés des cachets
officiels, c'est une souveraineté indiscutée et incontestée sur
les îles.
Quel
succès rencontrera la délégation argentine à l'ONU le 24 juin
prochain, à New York, avec ce concert de rock, animé par Gustavo
Sanaolalla, et l'intervention graphique du dessinateur de presse et
peintre, Miguel Rep ?
L'Argentine
avait préparé le terrain en offrant à l'artiste plastique une
belle exposition dans cette même ville, dans les locaux du consulat
général argentin. Cela suffira-t-il à faire pencher la balance de
l'opinion publique internationale, il est permis d'en douter et de
voir dans la manœuvre une démarche à l'intention des seuls
Argentins car, à n'en pas douter, le concert sera retransmis en
direct par la TV Pública comme cela avait déjà été le cas, il y
a quelques temps d'un concert donné à l'UNESCO par la délégation
argentine...
Quoi
qu'il en soit, Miguel Rep n'est pas peu fier de participer à
l'événement comme vous pourrez le constater dans son blog personnel. Ajout du 25 juin 2015 : lire l'article de Página/12au lendemain de cette soirée de revendication.
(1)
On a vu des Premiers ministres britanniques tourner ostensiblement le
dos au représentant argentin lors de rencontres internationales
officielles, quitter, tout aussi ostensiblement la salle, lorsque ce
même représentant y entrait, ou refuser de serrer une main (de
femme) qui se tendait...
(2)
Nombreux sont les Français protestants qui se sont installés en
Hollande ou sur la côte aujourd'hui allemande lorsqu'il a fallu fuir
devant les dragonnades de Louis XVI après la Révocation de l'Edit
de Nantes. D'où le grand nombre de noms à consonnance française
que l'on trouve dans ces régions.
(3)
Luis Vernet est mort à Buenos Aires, en 1871.
(4)
C'est très contestable mais en 1833, l'Espagne n'est pas en état de
soutenir la paternité d'une découverte de 1520 et de toute manière,
elle n'en a que faire, puisqu'elle n'a plus aucun pouvoir de ce
côté-là du monde. Elle est tombée dans une décadence sans fonds
à laquelle, cinq ans plus tard, Victor Hugo pense toujours en
écrivant la fameuse tirade de Ruy Blas :
Soyez
flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs
qui venez le voler dans sa tombe !
– Mais
voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
L'Espagne
et sa vertu, l'Espagne et sa grandeur,
Tout
s'en va. […]
Mais
voyez. – du ponant jusques à l'orient,
L'Europe,
qui vous hait, vous regarde en riant.
Comme
si votre roi n'était plus qu'un fantôme,
La
Hollande et l'Anglais partagent ce royaume ;
Rome
vous trompe ; il faut ne risquer qu'à demi
Une
armée en Piémont, quoique pays ami ;
La
Savoie et son duc sont pleins de précipices.
La
France pour vous prendre attend des jours propices.
L'Autriche
aussi vous guette. Et l'infant bavarois
Le
24 juin 2015, l'Argentine célébrera le quatre-vingtième
anniversaire du passage à l'immortalité de Carlos Gardel, qui avait
quarante-cinq ans, et de son partenaire de création, le poète et
scénariste Alfredo Le Pera, de dix ans son cadet.
Lundi
22 juin, la soirée Quiero Al Tango sera consacrée à leur rendre un
vibrant hommage au sein du Museo Mundial del Tango Horacio Ferrer,
dans les locaux du Palacio Carlos Gardel, le siège de la Academia
Nacional del Tango, comme l'avait baptisé le fondateur et poéte,
Horacio Ferrer.
Quiero
Al Tango est une campagne de promotion du tango argentine organisée
conjointement par plusieurs institutions, dont l'AMBCTA (association
des professionnels du tango danse) et la 2 x 4, la radio publique de
Buenos Aires 100% tango (toutes les deux en lien permanent dans la partie basse de la Colonne de droite). La campagne a été déclarée d'intérêt
culturel par la Legislatura de Buenos Aires, le parlement local de
cette Ville Autonome (qui fonctionne comme une Province et non comme
une municipalité). L'un des buts de la campagne est d'inscrire
davantage le tango dans les programmes de télévision et les
programmes scolaires, comme partie intégrante de la culture
nationale. La campagne se tient tous les 4èmes lundis du mois à la
Academia Nacional del Tango.
Ce
sera aussi l'occasion de saluer la mémoire du poète qui nous a
quittés le 21 décembre dernier alors que le 28 de ce mois,
l'institution fêtera ses vingt-cinq ans d'existence.
Participeront
à la soirée, entre autres, le chanteur El Negro Falotico, le
journaliste et producteur de radio et de télévision qu'est Gabriel
Soria, nouveau président de l'académie, les académiciens Oscar
Fresedo, Walter Piazza et José María Kokubu (qui aime se faire
appeler El Ponja Malevo). La soirée académique sera suivie d'un
cours de tango danse, lui-même suivi d'une milonga...
Entrée
libre et gratuite au n° 833 de Avenida de Mayo (juste à côté du
Tortoni).
Ce
soir, vendredi 19 juin 2015, à 21h30, le Quinteto Negro La Boca et
le dessinateur de presse et peintre Miguel Rep (qui dessinera en direct) unissent leurs efforts
et leurs convictions pour animer une grande soirée dans la meilleure
tradition anarchiste portègne autour de textes de l'historien et
militant Osvaldo Bayer...
Ce
sera au CAFF, Sánchez de Bustamante 764, au nord du centre
commercial Abasto (les anciennes halles aux fruits et légumes qui
s'étaient établies à cet endroit, d'abord en plein air, puis dans
ce magnifique bâtiment, à l'orée du XXème siècle, au moment où
les anarchistes faisaient la pluie et de beau temps dans le milieu
tanguero (1)...
Le
Quinteto Negro La Boca est un grand repreneur de cette riche
tradition culturelle dont le quartier de La Boca était l'un des
repaires, autour du peintre Benito Quinquela Martín et le pianiste
Juan de Dios Filiberto.
On
annonce des invités surprise.
Le
prix d'entrée n'est pas indiqué. A sa place, l'affiche annonce
« prix bon marché ». Il faut savoir vivre
dangereusement ! Et avec conviction.
(1)
A tel point que les anarchistes furent durement combattus par les
pouvoirs publics de la Generación del Ochenta, qui préparait les
fêtes du Centenaire de l'Argentine et craignait la survenue
d'attentats pendant les festivités. Retrouvez les grands repères de l'histoire argentine dans les liens de la rubrique Petites chronologies, dans la partie médiane de la Colonne de droite.
Une
fois par mois, la chanteuse Jacqueline Sigaut ouvre sa maison au
public pour la projection d'un film qui parle du tango, à Palermo, tout près de Plaza Italia. Ce samedi 20
juin 2015, qui est un jour férié, la Fête du Drapeau, elle vous
propose une fiction en VO bien entendu.
Il
s'agit d'un film tourné en 2013 et sorti en avril 2014, il a été
réalisé par Hernán Filding et Oliver Kolker, lequel signe aussi le
scénario.
Le
Dr. Ezequiel Kaufman prend son poste dans un hôpital psychiatrique.
Parmi ses patients, il découvre Fermín Turdera
qui n'a pour toute
famille que sa petite-fille, Eva, qu'il a élevée.
Il a été
hospitalisé il y a dix ans
et il présente un cadre clinique qui
reste un mystère pour les médecins.
Ezequiel
découvre qu'il ne s'exprime qu'à travers des citations de tango...
Une autre affiche du film
Pour
participer à la soirée, il est impératif de vous inscrire à
l'avance auprès de Jacqueline Sigaut (mail sur l'affiche).
Demain, vendredi 19 juin 2015, à 21h,
le Centre Educatif du Tango à Buenos Aires (CETBA), ancienne Universidad del
Tango, vous invite à venir danser pour une bonne action, dans ses locaux du quartier de Balvanera... Plein de DJ, une
chanteuse, des musiciens, du couple de danseurs pour des
exhibitions, un buffet, un vestiaire, des stands de produits artisanaux, une tombola... La soirée sera marquée par l'anniversaire prochain de la mort de Carlos Gardel, le 24 juin 1935.
La
milonga solidaire aura un petit air patriotique, à la veille de la
Fête du Drapeau, dont l'épicentre sera Rosario, la ville où le
général Manuel Belgrano a inventé le drapeau argentin en 1811. D'où la cocarde nationale qui s'affiche sur le tract...
Il
s'agit d'un recueil de 126 pages présentant dix-huit contes
traditionnels, d'origine orale, repris en français pour être mis à
la portée des francophones, tout à la fois les adultes et les
enfants (à partir de 9 ans en lecture autonome).
Le livre a été
illustré depuis Buenos Aires par l'illustratrice argentine Jimena
Tello.
(l'ensemble de ces articles étant accessible sous le
mot-clé Contes A Arg dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search),
je
vous parlerai ici de la façon dont je m'y suis prise pour faire
passer, dans un livre qui réponde aux attentes de lecteurs
européens, des récits oraux qui se développent au milieu de la
collectivité rurale locale qui se réunit régulièrement pour
entretenir les liens sociaux en dépit de la dispersion de l'habitat
dans un pays grand comme cinq fois la France continentale et peuplé
de 40 millions d'habitants en tout et pour tout (dont 11 millions vivent à
Buenos Aires et dans sa grande banlieue).
Les
contes originaux ne sont donc pas particulièrement destinés aux
enfants mais à une communauté locale qui se rassemble régulièrement
dans un patio, sur une place de village ou un terrain vague autour
d'un feu, le fameux fogón argentin qui réunit souvent les adultes
tandis que les enfants jouent parfois entre eux, les garçons au foot
au clair de lune ou à la lumière des phares d'une ou deux voitures,
tandis que les filles bercent leurs poupées, sautent à la corde ou
jouent à cache-cache.
Or
pour répondre aux exigences de la collection Contes d'Orient et
d'Occident et parce qu'en Europe le public réserve -à tort- les
contes au public juvénile, il m'a fallu dans cet ouvrage épurer un
peu le vocabulaire des conteurs. Pas question de glisser dans le
recueil le moindre gros mot. Exit donc les hijos de p... et autres
¡C...!(2) dont le locuteur argentin raffole dès qu'un personnage est
mécontent de ce qui lui arrive. J'ai pris exemple sur le langage
plus châtié des nombreux conteurs instituteurs qu'avait enregistrés
Berta Elena Vidal de Battini pour trouver des expressions plus
convenables qui ne trahiraient pas l'esprit argentin, fondamentalement frondeur et
irrévérencieux. Je suis donc passée à des formules atténuées
comme "enfant de cochon" ou "espèce d'andouille". C'est plus digeste.
Dans
le même ordre d'idées, j'ai dû faire face à un véritable dilemme
en adaptant un conte de la Province de Santa Fe, que Berta Elena
Vidal de Battini avait baptisé El premio al mejor vuelo et que j'ai
intitulé Haute voltige (p 73) : il y est en effet question
d'oiseaux qui roulent leurs cigarettes dans des feuilles de maïs
comme c'était et c'est encore la coutume dans les régions
productrices de tabac. C'est le cigarro de hoja, très apprécié des connaisseurs. Bien évidemment, à
l'heure où les cigarettiers ne manquent pas de ressources pour faire
consommer leurs produits à une clientèle de plus en plus jeune et
où cette pratique mortifère creuse les comptes de la Sécurité
Sociale, pas question de raconter ça comme on parlerait d'un
concours de pêche à la ligne. Il a donc fallu faire quelques
acrobaties d'écriture pour insérer sans lourdeur moralisatrice
(franchement barbant !) un petit mot d'avertissement santé.
J'aime bien les défis littéraires !
Mais
la plus grosse difficulté d'écriture n'était pas dans ces détails
ni même dans la prise en compte des jeux de mots qui émaillent
certains contes dans la langue originale. La plus importante
difficulté consistait à conserver le caractère rural et simple de
ces contes sans traduire puisqu'ils sont intraduisibles et en passant
des conventions de l'oralité à celles du livre qui ne propose pas
d'interaction en dehors de celle que voudra bien se créer le lecteur
dans son imagination.
Don Juan de Molière, dans une édition de 1818
La scène entre les deux amoureux paysans du second acte
Lorsque
la professeur Vidal de Battini a retranscrit ses enregistrements,
elle a reproduit très exactement les accents et les particularismes
grammaticaux et syntaxiques des locuteurs. Il en résulte une langue
qui nous rappelle aussitôt le parler des paysans de Molière. Et
cette coïncidence me fait imaginer que si notre grand dramaturge a
fait parler ses paysans comme il s'y est pris, ce n'est peut-être
pas tant pour appliquer une convention dramatique (qui faisait rire
grassement les citadins) que parce que, peut-être, c'est bien ainsi
qu'il les avait entendu parler lorsque l'Illustre Théâtre
parcourait le royaume de long en large, avant que la faveur de
Monsieur ne fixât la troupe à Paris.
El animal más poderoso, Vidal de Battini, tome III
A donné dans mon livre Don Leoncito, le petit puma qui était déjà presque grand (Río Negro)
Aujourd'hui,
il aurait été absurde de vouloir transcrire en français ces
phénomènes linguistiques qui ne valent que dans un travail de
philologie comme celui de cette universitaire argentine (voir ci-dessous). En outre,
une telle écriture paraîtrait aujourd'hui artificielle, non dénuée
d'un certaine outrecuidance de classe de la citadine (que je suis)
contre les paysans et elle aurait définitivement éloigné les
lecteurs, de quelque âge qu'ils soient, pour qui cela aurait été
on ne peut plus indigeste. Il fallait donc basculer le matériel en
un français fluide tout en développant le récit pour retenir
l'attention d'un lecteur individuel à travers l'écrit autant que le
conteur tient en haleine son auditoire (collectif) par sa présence,
sa gestuelle, ses intonations, le son de sa voix et les expressions
de son visage.
Début d'un des premiers contes transcrits par Berta Elena Vidal de Battini
(Tome 1)
Cliquez sur l'image pour lire le texte
Je
suis donc souvent passée d'un conte original très court (deux fois
plus long que l'extrait servant d'exemple ci-dessus), une sorte de sketch
minute, à un récit structuré en trois ou quatre étapes, avec une
relance tous les deux à quatre paragraphes : au résultat, on
obtient un récit de 5 à 7 pages pour le plus grand nombre d'entre
eux.
Le plus bref, L'exécution du crapaud (Province de Buenos
Aires), tient tout entier en une page.
Ce
format est très adapté à la lecture pour les enfants, dont le
jeune âge exige qu'ils passent plus vite que les adultes d'un centre
d'intérêt à un autre. Il est aussi adapté à la lecture dans les
transports en commun sur les petites distances quotidiennes. Il est
enfin adapté aux personnes qui, du fait de leur état de santé, ont
une mémoire défaillante, ce qui les empêche d'apprécier la
lecture d'un roman.
Comme
pour mes autres ouvrages sur la culture populaire argentine, je
voulais aussi pouvoir toucher un public adulte, celui des lecteurs
ouverts aux cultures du monde, l'un des deux axes de développement
des Editions du Jasmin. Il fallait donc choisir des contes qui
avaient la potentialité d'une lecture à plusieurs degrés.
A côté
de quelques contes-plaisanteries (comme L'exécution du crapaud ou Le
baptême du perroquet, de Santiago del Estero), j'ai choisi une
majorité de contes à dimension politique, des petites histoires sans
prétentions qui cachent la trace de faits historiques fondateurs pour
le pays :
confrontation entre les Amérindiens et les colons
européens (qui n'ont pas vraiment cessé à ce jour, même si cela
ne prend plus la forme d'un conflit armé),
guerre d'indépendance et
guerre civile qui suivit,
Conquête du Désert,
sédentarisation des
gauchos contrainte par la République Conservatrice qui voulait les
mettre à la merci de pouvoir arbitraire d'un patron unique, seul
fixateur des salaires, et éviter la dissémination des idées
subversives dont ils étaient censés être porteurs (3). Il en
résulta une paupérisation extraordinaire des journaliers ruraux qui
perdirent la marge de négociation qu'ils avaient auprès des grands
propriétaires agraires, lorsque, suivant les saisons d'élevage et
de récolte d'une région à une autre, ils pouvaient obtenir de
meilleurs salaires lorsque les patrons voulaient les fidéliser
d'année en année.
C'est
l'autre facette de cette vaste élaboration de l'identité nationale
que j'explore depuis une dizaine d'années, dont bientôt huit avec
ce blog : la première que j'ai abordée aura été le tango
qui, avec le rock mais dans une moindre mesure, est le socle de la
culture des grands centres urbains. Le conte et la chanson dite
folklorique, quant à eux, constituent celui de la culture des vastes
zones rurales, qu'il s'agisse des plaines herbeuses des pampas ou
pelées de la Patagonie, de zones humides et des forêts du Litoral
ou des reliefs du Nord-Ouest ou de Cuyo.
Les
deux cultures, celle de la ville et celle des champs, commencent à
s'interpénétrer. Le phénomène est récent, il a à peine quinze
ans mais il est de plus en plus sensible dans la musique et le
cinéma. Aujourd'hui, les contes traditionnels argentins sont encore
peu connus en ville, mais il va sans dire qu'ils vont trouver peu à
peu leur place et contribuer à façonner cet imaginaire populaire
commun dont un pays a besoin pour lire son passé et se projeter dans
l'avenir.
Clip tourné fin mai aux Editions du Jasmin
La
sélection effectuée dans Contes animaliers d'Argentine permettra, je l'espère du moins, à un
lecteur francophone adulte d'aborder la manière dont fonctionne ce
pays, de comprendre un peu sur quelles expériences historiques ce
peuple est fondé. Or ces expériences conditionnent la manière dont
il construit aujourd'hui la démocratie, dont il veut se tailler une
place dans le monde et dont il bâtit des revendications sociales.
Bien
souvent, tout cela, nous l'interprétons, non sans arrogance, comme
une disposition immature qui serait propre aux Argentins à tomber
entre les griffes de ce que nous appelons des populistes (4), en
oubliant que nous regardons tout cela du haut de notre vieille
industrialisation dont nous avons toujours gardé les bénéfices
pour nous. Et quand les Argentins (ou les autres Sud-Américains)
veulent toucher les dividendes de leurs efforts, exploiter leurs
ressources pour leur propre compte, lorsque leurs dirigeants (qui ne
sont ni meilleurs ni pires que les nôtres) s'efforcent de donner de
la fierté à leurs compatriotes comme l'a fait Louis XIV en son
temps, qu'ils arrachent aux pays dominants de quoi garantir leur
souveraineté (5), ils le font contre nos intérêts, ce qui ne fait
que renforcer nos préventions à leur égard et nos préjugés (cf.
les nationalisations de secteurs économiques comme le pétrole ou le
transport aérien, jusqu'alors contrôlés par des capitaux
espagnols). Eh oui, le vin argentin taille des croupières aux
nôtres ! Mais pourquoi n'auraient-ils pas eux aussi leur part
du gros gâteau dont nous nous bâfrons depuis plus longtemps
qu'eux...
*
* *
Contes
animaliers d'Argentine
est en souscription jusqu'au 20 juin 2015,
avant sa sortie prévue cinq jours plus tard
(le livre pourra être en
librairie dès le 29 ou le 30 juin,
compte tenu des délais de
transport entre la maison d'édition et le point de vente).
Vous
pouvez entendre parler de cet ouvrage dans l'émission animée par
Serge DavyC'est pas à moi que tu vas faire écouter ça, qui est
disponible en ligne sur le site Internet de Tempo Tango,
l'association de tango de Caen. L'entretien est également accessible
à partir des pages Radio de mon site Internet.
ATTENTION :
la présentation de ce livre le 23 juin 2015 au Café de la Mairie (à
Paris) a été annulée par l'organisateur, malgré sa confirmation
en avril de la date qu'il nous avait attribuée en décembre.
La
première présentation informelle du livre devrait donc avoir lieu à
Toulouse lors d'une séance de dédicaces à la librairie Ombres
Blanches, au Festival Tangopostale, le 4 juillet 2015 à partir de
14h. Une seconde signature se tiendra à la librairie du musée du
quai Branly à Paris, le 4 août à partir de 14h également. J'en
parlerai un peu plus tard, à mon retour de Toulouse.
Pour
aller plus loin :
découvrez
la collection Contes d'Orient et d'Occident sur le site des Editions du Jasmin
lisez
les autres articles de Barrio de Tango, rassemblés sous le mot-clé
Contes A Arg.
Les
articles concernant les peuples originaires ont pour mot-clé PO dans
le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.
(1)
A chaque campagne de souscription, nous faisons choix, l'éditeur et
moi, d'un délai très serré pour éviter toute mauvaise surprise
aux souscripteurs. Au fur et à mesure qu'évolue le plan de charge
de la maison d'édition, qui travaille simultanément sur plusieurs
livres, avec plusieurs auteurs et illustrateurs, sans compter
l'agenda des imprimeries consultées, le calendrier initial bouge.
C'est pourquoi le 10 juin avait été fixé comme première
date-butoir et qu'elle est maintenant portée, définitivement cette
fois, au 20 juin, en tenant compte des délais d'acheminement du
courrier jusqu'à la maison d'édition (à Clichy, 92). Un éditeur
n'a plus le droit d'accepter des souscriptions à partir du jour où
le livre est paru et ce jour coïncide avec la livraison en sortie
d'imprimerie, prévue pour le 25 juin dans la journée. Le lendemain,
le livre est à la disposition des libraires qui voudraient le
commander (à la demande de leurs clients). Les commerciaux feront,
quant à eux, leurs tournées de présentation à la rentrée de
septembre.
(2)
L'insulte et le juron sont un art du langage en Argentine. Cela
tourne très souvent autour de la sexualité, des prostituées, du
corps et des mauvaises mœurs. Il était hors de question de traduire
cette langue verte qui ne peut que tourner vulgaire au regard de
l'histoire du français et de ses règles littéraires. Les enfants
apprennent trop bien cette partie du langage dans les cours de
récréation et à la télévision pour qu'on s'abstienne de le leur
servir dans les livres que le Jasmin édite avec tant de soin.
(3)
Les gauchos passaient pour être des asociaux, des anarchistes, des
voleurs, dont la liberté et la capacité à se vendre au meilleur
prix ne plaisaient pas à l'oligarchie des grands propriétaires
fonciers. En Argentine, le prestige social se fonde sur la propriété
de la terre agricole. Même un capitaine d'industrie ou un grand
financier ne pourra se faire respecter dans la bonne société
qu'autant qu'il aura constitué une propriété dans le secteur
agraire et pourra s'inscrire à la Sociedad Rural.
(4)
Comme si nous n'étions jamais nous-mêmes sensibles aux sirènes
des démagogues les plus éhontés.
(5)
Comme c'est le cas actuellement avec ce que nos médias désignent
comme le default argentin, default qui n'existe pas. On prend pour
une incapacité de l'Argentine à rembourser sa dette le fait que la
justice de New York l'en empêche en interdisant aux banques de droit
nord-américain de régler aux créanciers qui ont accepté la
restructuration de la dette ce que l'Argentine a viré sur leurs
comptes.
A
l'angle que forment l'avenue Callao, la rue Lavalle et le Pasaje
Enrique Santos Discepolo, le bar Los Galgos, qui accueillait une
clientèle très populaire sans interruption depuis 1930, vient de
fermer ses portes définitivement dix mois après le décès du
patron, Don Horacio Ramos, malgré les efforts de sa veuve et de ses
petits-neveux pour maintenir ouvert jusqu'en décembre dernier ce
lieu où les employés de la voirie et autres petits métiers des
environs (ceci inclut le gardien de la paix qui pourvoit à la
sécurité du carrefour, el vigilante de la esquina) pouvaient venir prendre un café ou une
bière en mangeant un sandwich, une viennoiserie ou une assiette froide à n'importe
quelle heure.
Un
panneau A louer est apparu sur le local qui n'a pas ré-ouvert après
les vacances d'été.
Photo extraite de la page Facebook du café
Elle est adressée au patron pour la fête de la culture nationale
par la Fondation Enrique Santos Discépolo
Clarín
salue ce matin cette institution, inscrite sur la liste des Bares Notables, qui vit s'accouder à son comptoir un grand
du tango, qui habitait à deux pas, dans ce coin de San Nicolás qui
touche à Balvanera : il s'appelait Enrique Santos Discépolo.
C'était au temps du premier puis du second propriétaire, José
Ramos, le père de don Horacio, qui l'avait acheté en 1948. Et
Discépolo n'était pas tout seul, il avait ses amis avec lui, les
Troilo, Manzi, De Caro et autres Cadícamo.
Horacio
Ramos aimait à raconter que le futur président Arturo Frondizi, un
des rares présidents démocratiques des années 1960, était venu
s'asseoir dans sa salle.
Don Horacio Ramos derrière son comptoir
D'après
la direction du Patrimoine de Buenos Aires, un autre patron de bar
aurait manifesté son intérêt pour ce petit bistrot de quartier.
écouter
Cafetín de Buenos Aires sur Todo Tango, l'encyclopédie en ligne
argentine sur le tango (deux versions différentes).
Couverture de la partition (la photo est celle de Mariano Mores) L'image est empruntée à Todo Tango
(1)
J'ai traduit Cafetín de Buenos Aires pour Expoésie, l'exposition
nomade consacrée aux letras de tango et proposée par le festival Tangopostale à Toulouse. J'en assurerai le commentaire le dimanche
28 juin 2015 à 17h. Cafetín de Buenos Aires date exactement de
cette année où Pepe Ramos est devenu le propriétaire de Los
Galgos, 1948 (musique de Mariano Mores).
Cours du peso (ARS) : 1 € = 41 $ au 01.11.18 (1 $ = 100 centavos) Décalage horaire (Paris) : - 5 h Population BsAs : 3 millions Superficie BsAs : 202,4 km2 Pop. Gran BsAs : 12,5 millions Superficie Gran BsAs : 3833 km2
Population totale : 47 327 407 hab (mai 2022) Superficie Argentine : 2.780.400 km2
MONTEVIDEO : infos pratiques
Cours du peso (UYU) : 1 € = 37 $ au 01.11.18 (1 $ = 100 centesimos) Décalage horaire (Paris) : -5 h Pop. Montevideo : 1,3 million Superficie Montevideo : 193 km2 Pop. région Capitale : 2 millions Sup. région Capitale : 525,54 km2 Pop. Uruguay : 3,4 millions Superficie Uruguay : 176 220 km2
Asado : barbecue (du genre monstre, même en petit comité)
Baires : apocope de Buenos Aires
Boliche : tout établissement qui permet de se rencontrer autour d'une consommation solide ou liquide
Bombilla : pipette métalique ou végétale dont on se sert pour boire le mate (voir ce mot) en évitant d'avaler la poussière de yerba mate (voir ce mot). Lorsque le mate est partagé entre plusieurs convives, tous boivent à la même bombilla.
BsAs (ou BA) : initiales de Buenos Aires
Cambalache : Sens premier : dépôt-vente, brocante, voire mont-de-piété. D’où bazar, souk, bric-à-brac.
Candombe : musique d'origine afro-sud-américaine conçue pour les défilés festifs sans doute au 19e siècle au moment de la fin de l’esclavage. Cette musique est restée très populaire en Uruguay où elle est présente tout le temps.
Canyengue : caractéristique des faubourgs
Charla : conférence, causerie
Confitería : café-salon de thé et/ou pâtisserie-traiteur
Cuadra : portion de voie publique entre deux esquinas. Une cuadra faisant la plupart du temps 100 m, elle sert de mesure des distances dans la ville. Tel lieu se trouve à tant de cuadras de tel autre.
Empanada : chausson fourré à déguster chaud
Esquina : croisement de deux voies publiques (rues, avenues...) qui constitue un point de repère fixe dans la ville. On donne une adresse en indiquant sa cuadra (entre telle et telle rue) et sa distance par rapport à la esquina
GCBA : anagramme de Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires (Gouvernement de la Ville de Buenos Aires)
Gorra (a la) : littéralement "à la casquette". En français, "au chapeau". Il s'agit d'un mode de rémunération artistique traditionnel dans toute la région du Rio de la Plata
Guampa : récipient pour préparer, boire et partager le tereré (voir ce mot) quand on n'utilise pas un mate classique (voir ce mot). Le guampa est creusé dans une corne de vache.
Guita : l'argent en lunfardo. Désigne aussi la devise nationale (la guita nacional)
Legislatura : nom de l’assemblée législative unicamérale de la Ville Autonome de Buenos Aires
Mate : 1. boisson nationale argentine, uruguayenne, chilienne et paraguayenne, très appréciée aussi dans le sud du Brésil. La boisson est produite par l'infusion de la yerba maté. En Bolivie et dans certaines zones du Pérou, on boit un mate de coca. 2. récipient de toute forme, de toute matière et de différentes contenances dans lequel le mate se prépare, se boit et se partage. (Voir ce mot)
Milonga : 1- musique qui a précédé le tango, toujours très vivante (caractérisée de nos jours par un rythme vif et allègre quand bien même les paroles raconteraient un drame) ; 2- bal de tango argentin
Milonguero : l´homme qui vit la nuit dans le monde dominé par le tango. Contrairement à ce que pensent les Français, le mot ne sert que rarement à désigner le danseur de tango en tant que tel. Attention quand vous employez le mot au féminin : il a longtemps désigné une réalité sociale disparue à la fin des années 50, la cocotte qui dansait dans les cabarets et se faisait entretenir. Danseur se dit la plupart du temps bailarin (bailarina au féminin)
Murga : musique festive de défilé de carnaval et autres grandes fêtes collectives.
Orquesta típica : ensemble musical comprenant au minimum 1 piano, 1 violon, 1 bandonéon et 1 contrebasse.
Peso : devise nationale (non convertible). Sigle : $
Picada : assortiment de fromages et/ou de charcuterie
Plenario : réunions académiques que les Academias organisent dans le cadre de leurs activités culturelles publiques
Porteño : gentilé de Buenos Aires. Se dit de toute personne née à BsAs. Nul n’est jamais vraiment porteño s’il est né hors de la Ville. Sauf à s’appeller Carlos Gardel, et ce quel que soit le lieu de sa naissance.
Show : tout concert, récital, tour de chant, spectacle. Le mot n’est pas réservé aux spectacles de revue ni aux grand événements ultra-marketés drainant des milliers de spectateurs.
Tango baile : le tango dans sa dimension dansée, une dimension parmi d’autres.
Tango salón : tango qui se danse en société (par opposition au tango professionnel, pour la scène)
Tereré : mate préparé avec de l'eau froide ou à température ambiante ou du jus d'orange ou de citron, parfois de pamplemousse, très apprécié par grandes chaleurs.
Troesma : verlan de Maestro (maître)
Yerba mate : feuilles d'un arbuste de la famille du houx, originaire du Paraguay et du nord de l'Argentine et de l'Uruguay. Séchées à l'air chaud ou au four, fermentées puis hachées, elles forment l'ingrédient essentiel du mate et du tereré.
CENTENARIO TROILO (2014)
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Dictionnaires et traducteurs en ligne : ATLIF-Université de Caen (dictionnaire de français) CISCO-Université de Caen (synonymes français) RAE Real Academia Española (dictionnaire d’espagnol)