lundi 11 juillet 2011

La surprise sortie des urnes - Article n° 2300 (1) [Actu]

Capture d'écran du site Internet de Clarín à 9h30 ce matin (heure de Paris)

A moins d'un retournement totalement improbable et à cette heure imprévisible, c'est plié de chez plié, comme dirait l'autre : Mauricio Macri rempile à la tête de la Ville Autonome de Buenos Aires pour quatre ans, l'écart du 1er tour étant beaucoup plus large que ce que les sondages de la semaine dernière laissaient encore croire.

Une vingtaine de points sépare Mauricio Macri, libéral (PRO), de son adversaire le plus proche, le péroniste Daniel Filmus (2). Et les candidats éliminés dès le premier tour, se présentant comme force d'opposition à la Présidente plutôt qu'à Macri, ne combleront pas le retard par le report de leurs voix sur le candidat de la majorité nationale : Ricardo Alfonsín, leader de l'UCR au niveau national et premier adversaire (loin derrière) de Cristina Fernández de Kirchner, a déjà appelé à voter Macri (3),et le candidat arrivé en 3ème position, Pino Solanas, qui tient une ligne quelque peu rigide, systématiquement hostile à tout ce qui n'est pas son propre mouvement, Proyecto Sur (4), a annoncé qu'il ne voulait pas se prononcer entre les deux candidats arrivés en tête. On peut néanmoins espérer qu'il aura le bon sens politique de le faire dans les 3 semaines qui viennent mais le caractère de l'homme et l'ampleur de sa défaite d'hier, après une ascension politique prometteuse sur Buenos Aires, ne laisse guère présager la manifestation d'une telle sagesse et d'une telle maturité démocratique.

Ainsi donc, avec ce qui est considéré à Buenos Aires comme un fort taux de participation, 75%, et une infime proportion de votes blancs qui, de toute manière, ne comptent pas,1,25%, Mauricio Macri engrangeait, à 1h du matin (état du dépouillement avec lequel je travaille eu égard au décalage horaire de 5 heures entre l'Europe atlantique et Buenos Aires), 47% des voix (+ quelques décimales) tandis que Daniel Filmus frôlait (mais ne faisait que frôler) les 28%. Solanas, quant à lui, ne parvenait pas à atteindre 13% des voix exprimées.

Qui plus est, Mauricio Macri arrive en tête dans les 15 comunas, ou circonscriptions électorales, qui constituent la totalité du territoire de la Ville Autonome de Buenos Aires. Qu'ils soient des quartiers sud, des quartiers nord ou du centre ville, les Portègnes se sont donc majoritairement prononcés pour Macri. Lequel a célébré hier soir son triomphe, avec une inhabituelle exubérance, sans doute inversement proportionnelle à la peur qu'il a pu avoir ces derniers temps de ne pas être réélu.

Il reste donc à Daniel Filmus à sauver l'honneur (très tôt, dans la soirée d'hier, il a promis de relever le défi et ne s'avoue pas vaincu), en obtenant dans trois semaines, le 31 juillet, le score le plus haut possible mais il n'y aura pas ballotage au sens français du terme, même s'il y aura bien balotaje, c'est-à-dire second tour de scrutin, en langage politique sud-américain, encore peu habitué à rendre compte de seconds tours dans des scrutins uninominaux.

Les causes de cette différence entre les derniers sondages, d'il y a une semaine, qui situait les deux candidats dans la fourchette des 30 à 40% d'intentions de vote, et le résultat du scrutin réel sont encore difficiles à identifier mais il ne fait guère de doute que le scandale Schoklender y est pour quelque chose (5), surtout de la manière dont il a été exploité contre Filmus. Peut-être l'opération carnet, rose ou bleu, lancée il y a quelques mois par le couple Macri qui exhibe avec fierté la grossesse de Madame, épousée, à grand renfort de publicité, au printemps de l'année dernière (en septembre ou en octobre si mes souvenirs sont bons) a-t-elle joué (6). Il est vraisemblable aussi que, pour mettre à mal le pouvoir de séduction de Mauricio Macri (7) et la puissance des organes de presse hostiles à la candidature de la gauche péroniste, il aurait fallu au Frente para la Victoria un programme autrement argumenté alors que le candidat a beaucoup compter sur la popularité et le bon bilan de la Présidente. Le clip de propagande que l'équipe de campagne a mis en avant était fort indigent de ce point de vue-là, ce qui ne manque pas d'étonner de la part de cet ancien Ministre de l'Education nationale qui a prouvé à plusieurs occasions qu'il est ce qu'on appelle en France une tête bien faite et un excellent penseur des enjeux de la culture, de l'éducation et des droits de l'homme (8). On peut aussi remarquer que l'émotion suscitée avant-hier et hier par la mort si violente de ce chantre de la liberté, de la démocratie et de l'entente entre les peuples qu'était Facundo Cabral n'a pas joué en faveur de Daniel Primus, comme on aurait pu s'y attendre sur une fraction, même minime, de l'électorat (voir mon article d'hier sur ce meutre épouvantable qui émeut toute l'Amérique Latine). En revanche, on voit que les Portègnes ont pratiqué ce qu'en France on appelle le vote utile. La répartition des voix est en effet très disproportionnée entre les différents candidats.

Ces résultats constituent une excellente nouvelle pour le monde des actionnaires et des spéculateurs (la Bourse, le courtage en import-export et la publicité constituent le gros des activités les plus rentables sur Buenos Aires intra-muros), pour le secteur du tourisme de masse, pour le groupe médiatique Clarín et ses homologues.

En revanche, ils représentent une catastrophe pour le secteur culturel, pour la grande majorité des artistes, pour les secteurs de l'éducation et de la santé, qui constituent le sujet central de ce blog et qui, depuis 4 ans, sont traités à Buenos Aires en parents pauvres de la politique budgétaire, puisque Macri ne considère leurs activités et leurs résultats qu'en fonction des règles du marché, qui, bien évidemment, ne sauraient s'appliquer à ce que les économistes appellent justement le secteur non marchand.

Pour aller plus loin :
lire l'article principal de Página/12 (plus que déçu mais combatif)
Eu égard au décalage horaire, je vous donne ici des liens qui vous conduiront vers des articles parus aux environs d'1h du matin. Si vous les consultez dans la journée du 11 juillet 2011, il ne sera pas mauvais de cliquer sur le titre du quotidien pour rafraîchir les données et obtenir des résultats affinés au plus près des résultats définitifs, tous bureaux de vote dépouillés.
Cliquez sur les images pour obtenir des résolutions lisibles sur l'écran.

(1) L'actualité est ainsi faite que je dois consacrer aux élections portègnes un article numéroté que je comptais originellement dédier au chanteur et compositeur Edmundo Rivero, dont c'est cette année le 100ème anniversaire de la naissance. Mais hier, la mort violente du chanteur Facundo Cabral a constitué le sujet de l'article n° 2299 et ce matin, l'importance de l'information politique me semble mériter, par ses conséquences sur la vie culturelle et artistique à Buenos Aires dans les années qui viennent, cet article numéroté de ce mois qui marque l'entrée de Barrio de Tango dans sa 4ème année d'existence.
(2) La couleur du PRO est le jaune pétant (celui du soleil au centre du drapeau argentin), la couleur du Frente para la Victoria (les péronistes qui forment l'actuelle majorité nationale) est le bleu ciel de ce même drapeau national. D'où le péril jaune (el peligro amarillo) du gros titre (d'humour noir, sans en rajouter dans les jeux de mots) à la une de Página/12, qui aura tout fait pour mettre en lumière ce qu'il estime être les vices irrémédiables du gouvernement Macri. En parlant de "péril", la rédaction du journal veut montrer qu'elle croit encore à un possible renversement de la situation.
(3) Politiquement, ce n'est pas une surprise, car Alfonsín a choisi une alliance avec le PRO dans la Province de Buenos Aires et ailleurs, achevant ainsi l'évolution de la UCR, fondée en 1891 comme un parti de gauche révolutionnaire, qui avait pour objectif d'en finir avec la corruption effrénée de la droite affairiste des années 1880-1916 (qu'on a appelée Generación del 80) et qui, depuis un peu plus de 4 ans, montrait tous les signes d'une dérive droitière de plus en plus prononcée. Pourtant, sur le plan historique, c'est assez choquant car Ricardo Alfonsín est le fils de Raúl Alfonsín, l'avocat qui a rétabli la démocratie en Argentine après avoir été élu démocratiquement et constitutionnellement chef d'Etat en octobre 1983, à la fin de la plus sanglante dictature que l'Argentine ait connue (voir mes articles sur la belle figure de Raúl Alfonsín). Or si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez que Mauricio Macri est dans le collimateur de la justice pour de très nombreuses et très graves infractions aux règles démocratiques les plus élémentaires (écoutes téléphoniques illégales de ses adversaires politiques -voir, entre autres, mon article du 1er juillet 2011-, mise en place d'une milice de gros bras pour passer à tabac les sans-abris, la nuit, et les faire déguerpir -voir, entre autres, mon article du 27 novembre 2010-, système de fausses factures et comptes publics trafiqués -voir, entre autres, mon article du 21 février 2011-, entraves aux procédures parlementaires et judiciaires -voir, entre autres, mon article du 16 mars 2011-, tenue de propos ouvertement xénophobes contre les immigrés boliviens et péruviens -voir mon article du 10 décembre 2010-, et j'en passe, comme en faisait foi encore mon article du 5 juillet 2011 sur l'ordonnance de fermeture du Club 17 de Agosto, que l'exécutif portègne a superbement ignoré)
(4) sans doute parce qu'il craint de se faire récupérer par un mouvement aux côtés duquel il ne ferait pas le poids électoral, ce qui serait le cas s'il faisait alliance avec le Partido Justicialista (les péronistes) dont il a éconduit les avances au lendemain du premier tour des élections de juin 2009. Toutes les tentatives d'alliance avec d'autres partis, notamment le GEN de Margarita Stolbizer, la Coalición Civíca de Elisa Carrió, une ex-militante de l'UCR, fantasque, irrationnelle et imprévisible, ont toutes échoué depuis la percée de Proyecto Sur en juin 2009.
(5) Je fais référence ici au scandale du détournement de fonds publics par le fondé de pouvoir du programme de construction de logements sociaux de l'ONG Madres de Plaza de Mayo (voir mon article du 6 juin 2011 à ce sujet), qui a été fortement exploité par la presse pro-Macri (sans jeu de mot) et par le personnel politique anti-péroniste, de droite, de gauche et du centre. Jusqu'à ce faux sondage qui a été dénoncé au milieu de la semaine dernière, quand on s'est aperçu qu'un call-center de Buenos Aires appelait les foyers portègnes pour distiller des mensonges sur les liens totalement fictifs entre le père de Daniel Filmus et le scandale Schoklender (voir mon article du 6 juillet 2011 à ce sujet). La justice est saisie de cette tentative de déstabilisation du candidat et sans doute de fraude électorale (car c'est bien à fausser le scrutin que visait cette pseudo enquête d'opinion) mais vu les moeurs politiques et judiciaires argentines, il y a fort à parier que, quand bien même l'enquête prouverait l'implication du PRO ou de Macri dans l'opération, l'élection de ce dernier ne serait pas pour autant invalidée. Pour mettre fin au mandat de Macri, s'il est réélu, il faudra très probablement une procédure parlementaire, à l'initiative de la Legislatura Porteña, ou un dépôt de plainte très solide au niveau fédéral (Gobierno de la Nación ou Congreso, pouvoir exécutif ou pouvoir législatif national), et si cette procédure aboutissait, elle conduirait non pas à l'organisation de nouvelles élections, comme l'exigerait le principe démocratiquen en tout cas en Europe, mais simplement au remplacement de Macri par sa Vice Présidente, María Eugenia Vidal, dont on a vu, il y a quelques jours, dans une interview à La Nación, qu'elle partage les moeurs politiques de son champion (voir mon article du 6 juillet 2011 à ce sujet).
(6) Verrait-on cela en Europe, dans une droite favorisant les intérêts des grandes entreprises et des grandes fortune dans l'année précédent une échéance électorale nationale ? Bien sûr que non ! Sur le mélange vie privée-vie politique pratiqué par Mauricio Macri à Buenos Aires, lire mon article du 20 septembre 2010. Et vous verrez que, comme "vous l'avez compris, avec Juliana, c'est du sérieux".
(7) L'homme est redoutable sur ce point. J'ai eu personnellement l'occasion de le voir de très près en représentation politique en août 2008. Il est très beau, il a beaucoup de prestance et d'élégance et un charme indéniable. Il parle admirablement bien (ce n'est pas pour rien un chef d'entreprise), ce qu'il dit est en contradiction manifeste avec la réalité de son action politique mais c'est un discours très bien construit qui n'a donc pas de mal à emporter l'adhésion de qui écoute, s'il a laissé au vestiaire son esprit critique et sa mémoire, ce qui peut arriver à tout le monde devant quelqu'un qui a du charisme, et indéniablement, Macri n'en manque pas. Cette nuit-là, en août 2008, il avait réussi à faire taire des perturbateurs qui profitaient de l'obscurité pour le conspuer et avait mis de son côté cette grande salle remplie d'artistes et d'intellectuels, qui lui était plutôt hostile par principe. C'était, il est vrai, au tout début de son mandat, je ne l'ai plus jamais revu depuis inaugurer le festival de tango. Il laisse ça à Hernán Lombardi, son ministre de la culture et du tourisme, voire à Gustavo Mozzi, le directeur de la manifestation.
(8) Selon toute apparence, ces trois points sont ceux sur lesquels le corps électoral de Buenos Aires vient de montrer une certaine immaturité au regard des standards de démocratie qu'appliquent (mais pour combien de temps encore ?) les vieilles démocraties européennes, où il est fort rare qu'un homme politique aussi compromis que lui soit renouvelé à la tête d'un Gouvernement. On a bien assisté, il y a a quelques années, à l'élection de Berlusconi, lui aussi poursuivi par la justice de son pays, mais c'était dans le cadre d'une alternance, après un gouvernement de centre gauche qui avait fini par décevoir son électorat. Dans mes articles des jours précédents, je pense avoir laissé entrevoir comment la presse argentine, par la façon dont elle rend compte de l'actualité, d'une manière très partiale et parfois tout à fait déformée, atteste de et entretient ce manque de maturité démocratique dans son lectorat, qui n'est lui-même qu'une toute petite partie du corps électoral portègne. Il y a pleins d'électeurs hier qui ont fait leur devoir, dans la capitale argentine, sans avoir jamais lu un article d'analyse politique. Ceci dit, Rome ne s'est pas faite en un jour et l'Argentine, comme tous les autres pays de la région, n'a pas eu trop de ce dernier quart de siècle pour se remettre de deux cents ans et plus de corruption et de dictatures en tout genre.

dimanche 10 juillet 2011

Un grand artiste argentin assassiné à Managua : Facundo Cabral (22 mai 1937-9 juillet 2011) [Actu]

C'est un coup de tonnerre dans le ciel argentin et latino-américain : dans un scénario de film d'espionnage de la pire tradition cinématographique, l'auteur-compositeur-interprète et guitariste argentin Facundo Cabral a trouvé la mort, hier 9 juillet, jour de l'Indépendance argentine, à 6 h du matin, heure du Guatemala, en tombant dans un guet-apens, tendu par on ne sait quels barbouzes, sur le Boulevard Liberación à Managua, la capitale, alors qu'il se rendait à l'aéroport pour prendre un avion qui devait le conduire au Nicaragua.

Facundo Cabral avait 74 ans. Et peut-être est-ce le producteur de spectacle nicaraguayen, Henry Fariñas, organisateur des deux récitals de Managua, qui était visé par cette attaque insensée. Rigoberta Menchu, Prix Nobel guatémaltèque de la Paix, pense, elle, que le chanteur argentin a été abattu pour ses idées pacifistes par des militants d'extrême-droite. Elle parle même de fascistes.

Le Président guatémaltèque a immédiatement envoyé un message de condoléances à son homologue argentine et appelé les Etats de la région à s'unir pour faire la lumière sur cette affaire dans le calme. L'ambassade des Etats-Unis au Guatemala a offert son aide pour la conduite de l'enquête.

Facundo Cabral, je n'en ai jamais parlé dans les colonnes de Barrio de Tango parce qu'il ne s'agissait pas d'un artiste de tango. En fait, le musicien-poète était inclassable. Chanteur engagé, il se présentait seul sur scène, avec sa guitare pour toute compagnie. Il chantait des chansons à nette connotation autobiographique, écrite souvent à la première personne et célébrant la paix, l'entente entre les peuples, la recherche de l'identité, la lutte contre les différences sociales et raciales, le respect des pauvres et des exploités et dénonçant les causes des dictatures les plus diverses... "La peur, disait-il, c'est là le grand dictateur" (el miedo es el gran dictator). Lui-même était né dans un milieu ultra-défavorisé, pratiquement dans la rue, à La Plata, après que son père avait abandonné sa mère, enceinte de son huitième enfant, en 1937, dans la terrible Década Infame, ces dix ans de gouvernements anticonstitutionnels qui n'hésitaient pas à suspendre toutes les libertés publiques pour un oui ou pour un non, tous les quatre matins. En Terre de Feu, où sa mère alla s'établir avec les petits après sa naissance, il connut la vie des enfants des rues, la violence, l'alcoolisme, l'analphabétisme, les maisons de correction et même la prison. A neuf ans, il quitta ce foyer qui n'en était pas un pour monter à Buenos Aires où il voulait rencontrer Perón, attiré qu'il était par la réputation de ce Président providentiel qui donnait du travail aux pauvres. Il a raconté cette entrevue du bout-de-chou, capable de passer le cordon de sécurité pour s'approcher de Perón et d'Evita, une entrevue qui devait changer sa vie et celle des siens puisque sa mère se vit en effet attribuer du travail à Tandíl, dans la Province de Buenos Aires, et que la famille commença à pouvoir vivre un peu plus normalement.

Plus tard, en 1954, après la chute de Perón, il racontait qu'il avait fait une autre rencontre forte, celle d'un vagabond qui lui avait récité le Sermon sur la Montagne, un passage d'Evangile, qui allait éclairer sa vie, la vie d'un homme qui parlait souvent de Dieu mais qui se disait libre-penseur. Ce vagabond cache l'identité d'un père jésuite qui lui a appris à lire et l'a initié à la culture, à la littérature, lui a fait découvrir sa vocation artistique...

Son talent, sa carrière, sa réflexion politique et sociale lui firent rencontrer d'autres grands artistes et des personnalités aussi diverses que Mère Teresa de Calcutta et Fidel Castro.

Il a enregistré des dizaines d'albums et ses disques vont grimper dans les ventes de Zivals et des autres disquaires latino-américains en ce mois de juillet. Il est l'une de ces figures qui font rêver les Américains du nord au sud : le pauvre sorti de rien et qui a rencontré la gloire internationale, la rédemption sociale par le travail et le talent.

S'il fallait caractériser son oeuvre, on pourrait sans doute la rapprocher de celle de Atahualpa Yupanqui en Argentine, de Alfredo Zitarrosa, en Uruguay, d'un Georges Brassens en France...

Son producteur, Henry Fariñas, est à l'hôpital, gravement blessé. Les autres occupants de la voiture ont tous été blessés, plus ou moins gravement.

Son corps sera sans doute rapatrié à Buenos Aires d'ici deux ou trois jours, après les procédures policières qu'un tel assassinat exige des autorités guatémaltèques.

Tous les journaux argentins consacrent de longs articles, et parfois des dossiers entiers, à l'affaire et à l'artiste, malgré l'agenda politique très tendu de ce week-end (les élections à Buenos Aires). De très nombreux journaux d'autres pays hispanophones, en Amérique et en Europe, relatent aussi ces faits sidérants.

Facundo Cabral disposait d'un site Internet, mais celui-ci est bien entendu inaccessible actuellement. Le nombre de connexions a excédé les capacités du site.
Il existe aussi un blog consacré à ses chansons, qui rapporte qu'il a pu être confondu avec un chef de la mafia locale et aurait par conséquent fait les frais d'un règlement de compte qui ne le concernait pas. Sur ce blog, vous trouverez des vidéos reprenant des extraits de concerts du chanteur.

Le premier Vice Président de la Academia Nacional del Tango, Gabriel Soria, rend hommage à Facundo Cabral dans son blog, Tangocity (voir le lien dans la Colonne de droite, partie inférieure).

vendredi 8 juillet 2011

Veda electoral à Buenos Aires depuis ce matin 8h [Actu]

Depuis ce matin, vendredi 8 juillet 2011, à 8h, a commencé la veda electoral, ce qu'on pourrait traduire par trêve électorale, ce temps où il n'est plus permis de tenir des meetings, de publier des sondages, de coller des affiches, de faire campagne et... de vendre de l'alcool, parce que la politique c'est comme le foot, avec de l'alcool, c'est dangereux...

La veda prendra fin dimanche à 18h, lorsque le scrutin sera clos.

Et ça se produira deux fois, une fois en ce moment, pour le premier tour, qui se tiendra dimanche, et au cours duquel les Portègnes sont appelés à élire la moitié de la Legislatura et le Chef du Gouvernement portègne. On a vu ces dernières semaines les intentions de vote se concentrer sur un vote utile, entre Macri et Primus, qui sont susceptibles d'être les deux candidats qui s'affronteront pour le deuxième tour, ce que les Argentins, qui ont peu l'habitude de voter à deux tours, appellent le balotaje. Le deuxième tour se tiendra à la fin du mois, le dimanche 31 juillet. Avantage Mauricio Macri pour le moment.

Ajout du 9 juillet 2011 : la veda n'empêche pas ce matin La Nacion de publier deux articles sur les élections à Buenos Aires, l'un sur Macri, l'autre sur Filmus !

Pour accéder aux autres informations concernant la vie politique à Buenos Aires et en particulier cette campagne électorale, cliquez sur le mot-clé GCBA dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus (GCBA : Gobierno Ciudad de Buenos Aires).

Oscar Conde publie une nouvelle étude sur le lunfardo, langue contemporaine [Disques & Livres]

Oscar Conde est un éminent membre de la Academia Porteña del Lunfardo et c'est aussi un universitaire qui a enseigné le grec ancien à l'Université de Buenos Aires. Linguiste distingué, selon la formule consacrée, il vient de publier aux Editions Taurus un pavé de 500 pages intitulé Lunfardo. Un estudio sobre el habla popular de los argentinos, qui brise quelques idées toutes faites sur le sujet, des idées qui ont été mises dans la tête des Argentins par les tout premiers auteurs qui se soient penchés sur le phénomène, des policiers intrigués par ce langage bizarre qu'ils entendaient dans la bouche des gens qu'ils arrêtaient, crapules patentées, voleurs de pommes et grévistes considérés alors comme de dangereux fauteurs de troubles. En fait, le lunfardo est le produit du précipité babélien qui s'est produit à Buenos Aires et autour du Río de la Plata, à partir des années 1880, quand de très nombreux immigrants ne parlant pas espagnol affluaient à Buenos Aires, attirés par la propagande effrenée du Gouvernement pour peupler le pays, et adoptèrent l'espagnol qu'ils trouvèrent sur place tout en l'agrémentant de mots, d'expressions et de proverbes ou de dictons et de tournures idiomatiques venant de leur pays ou de leur région de naissance. Et il se trouve que ces immigrants et ces pauvres se sont trouvé arrêtés plus souvent qu'à leur tour par le système ultra-répressif mis en place par les gouvernements qui se sont succédés de 1880 à 1916. D'où l'idée fausse que ce langage était celui des voyous et des prisons.

Dans son travail, Oscar Conde étudie trois aspects du phénomène, ce qui donne un ouvrage parmi les plus complets sur le sujet à ce jour : les caractéristiques linguistiques du lunfardo, les modalités historiques et étymologiques qui ont formé le lexique lunfardo et l'utilisation de ce parler populaire et oral dans la littérature (notamment les textes de tango et de rock) et dans les médias (presse, radio, télévision) des origines (1880 environ) à nos jours.

Página/12 fait du livre l'objet de la une de ses pages culturelles aujourd'hui (exceptionnellement laide et à côté de la plaque, avec ce cliché, dans tous les sens du terme, de Caminito) avec un article de Silvina Fiera, qui est allée interviewer l'essayiste, un esprit passionné et touche-à-tout comme il en faut pour aborder ce sujet transverse et jusqu'à présent très délaissé par le monde universitaire. Comme le tango, d'ailleurs. Et c'est un très bon signe que des universitaires se penchent enfin sur ces questions. Ce sont les historiens qui ont ouvert la voie, en commençant à contester les analystes hyper-idéologiques des classes possédantes argentines, qui avaient comme fossilisé l'histoire, comme elles avaient figé le tango dans sa fausse identité de musique des bas-fonds (ce que plus un seul essayiste sérieux ne peut plus soutenir aujourd'hui), comme elles avaient figé le lunfardo dans sa tout aussi fausse identité d'argot du milieu qu'avait cru déceler le commissaire de police Antonio Dellepiane auteur du premier lexique de lunfardo, dans un livre de 1894 intitulé, d'une manière qui ne laisse place à aucune équivoque, El idioma del delito.

Pour aller plus loin :
lire la critique, toujours instructive, du blog de Pablo Peusner, el psicoanalista lector et Dieu sait si la psychanalyse a des choses à dire sur un langage qui fut longtemps honni et qui joue beaucoup avec les mots et les figures de rhétorique, comme Monsieur Jourdain fait de la prose, sans le savoir, comme c'est le cas de tous les parlers populaires oraux.
Voir aussi la page du livre sur la librairie en ligne argentine Mercado Libre. Il y ait vendu au prix de 79 $ pour le marché intérieur. Attention : depuis l'extérieur, les prix passent en dollars, la TVA devrait chuter mais le prix de l'envoi augmenter.

La "OTAG" au Malevaje Arte Club ce soir et sur Página/12 ce matin [à l'affiche]

Ce soir, vendredi 8 juillet 2011, à 21, au Malevaje Arte Club, Garibaldi 1670, se produiront la Orquesta Típica Agustín Guerrero (OTAG) et la pianiste et compositrice Carla Pugliese. La OTAG vient de la banlieue sud. Carla Pugliese, elle, habite le quartier (La Boca).

Entrée : 10 $

Avant-hier, Gabriel Plaza consacrait un article à Agustín Guerrero (et deux autres musiciens de la jeune génération) dans le quotidien de droite La Nación. Ce matin, c'est Cristian Vitale qui l'interviewe dans la quotidien de gauche Página/12. Une interview équilibrée entre propos sur la musique, Guerrero est un admirateur de Horacio Salgán comme on en trouve peu dans cette nouvelle vague tanguera, et sur la situation politique. Il fait partie de ces gens qui veulent lutter pour les droits de l'homme et prendre le pays à bras le corps pour le faire progresser.

“Yo de chico, y por mi viejo, escuchaba mucho a Troilo con Florial Ruiz. Los habré escuchado como treinta millones de veces, igual que los cassettes de Gardel, después fui descubriendo a Pugliese, a Salgán, a Piazzolla. Pero con Salgán me volví loco, fanático. Creo que su obra habla del perfil al que apunta la estética de la orquesta”
Agustín Guerrero, dans Página/12

Tout petit et pour mon père, moi, j'écoutais beaucoup Troilo et Floreal Ruiz (1). J'ai dû les écouter quelque chose comme 30 millions de fois, et pareil pour les cassettes de Gardel. Après, je suis allé découvrir Pugliese, Salgán, Piazzolla. Mais de Salgán, je suis devenu fou, fanatique. Je crois que son oeuvre parle du profil que vise l'esthétique de [mon] orchestre.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Sur le titre qu'il a choisi pour son premier disque, Resurgimiento :

“Por un lado, hay un resurgimiento del tango, yo creo que el género está destinado a ser lo que fue en su momento y más. Creo y pienso eso. Todavía no explotó, pero va en camino. Por otro, el papel activo que está teniendo la juventud, su efervescencia política y social. Retomar de nuevo la militancia y ponerse al hombro el país como no pudieron o no quisieron hacer los pibes en los ’90. A pesar de ser discriminados y rebajados, los jóvenes de hoy nos estamos poniendo el país al hombro.”
Agustín Guerrero, dans Página/12

D'un côté, il y a un renouveau du tango, je crois, moi, que le genre est destiné à devenir ce qu'il fut à son meilleur moment et mieux même. Je crois et je pense ça. Il n'a pas encore exploser mais il est en chemin. D'un autre côté, le rôle actif qu'a la jeunesse en ce moment, son effervescence politique et sociale. Reprendre le chemin de la militance et prendre le pays à bras le corps comme n'ont pas pu et n'ont pas voulu le faire les mômes dans les années 90. Même si nous souffrons de la discrimination et du mépris, les jeunes d'aujourd'hui, on est en train de prendre le pays à bras le corps.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Ils évoquent ensuite une bavure policière, avec mort d'homme, à la fin 2003, une affaire qui l'a beaucoup touché alors qu'il n'était encore qu'un gamin (il a 23 ans aujourd'hui).

“Hace poco se hizo justicia con el caso, metieron preso a los tipos que lo torturaron y lo mataron. Yo admiro a su madre, por el dolor, por la dura lucha que llevó adelante. Pasaron muchas cosas así en este país. En el 2001 casi se revienta en mil pedazos, y yo soy de los que tiene memoria.”
Agustín Guerrero, dans Página/12

Il y a peu, la justice est passé sur cette affaire, ils ont fourré en prison les types qui l'ont torturé et tué. Moi, j'ai de l'admiration pour sa mère, à cause de son chagrin, à cause de la lutte difficile qu'elle a menée à son terme. Et ils s'en est passé des choses de ce genre dans ce pays. En 2001, il a failli exploser en mille morceaux et moi, je suis de ceux qui ont de la mémoire. (2)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :

(1) Faute de frappe dans le quotidien. Floreal Ruiz fut l'un des chanteurs de l'orchestre de Troilo.
(2) Il fait allusion ici au corralito de décembre 2001, la bancarisation forcée de toute l'économie quand le pays a fait faillite et que les banques ont récupéré tout l'argent disponible.

Las Minas del Tango reo tous les vendredis de juillet au Centro Cultural Recoleta [à l'affiche]

Photo diffusée par les artistes

Les chanteuses Lucrecia Merico et Valeria Shapira investissent la scène de l'auditorio El Aleph, du Centro Cultural Recoleta, avec leur récital théâtral à deux voix, Las Minas del Tango Reo, une revue jouée d'un bon nombre de morceaux datant des années 20 et 30 et tirés, pour beaucoup d'entre eux, de sainetes porteños qu'on ne joue plus depuis longtemps mais dont ces tangos sont restés dans toutes les mémoires. C'est en effet à des classiques qu'elles s'attaquent et ce n'est pas facile, car tout le monde a son idée sur la façon d'interpréter et chacun s'est fait une religion sur le sujet...

Ce sera tous les vendredis de ce mois de juillet 2011, ce soir y compris, à 20h, au Centro Cultural Recoleta, Junín 1930.

Entrée : 30 $.

Pour l'occasion, elles seront accompagnées par deux guitaristes, Nacho Iruzubieta et Hernán Pérez.

Pour en savoir plus sur les artistes, cliquez sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Vous accéderez ainsi à l'ensemble des articles que je leur ai consacrés à l'heure où vous lisez cet article. Vous pouvez également visiter ce blog, à travers les raccourcis que vous trouverez dans les différentes rubriques, de la partie haute de la Colonne de droite.

Ramiro Gallo ce soir au Vinilo Café et ce matin sur Página/12 [à l'affiche]

Le violoniste, chef d'orchestre et compositeur Ramiro Gallo présente ce soir, vendredi 8 juillet 2011, à 21h30, son nouveau disque, Arte Popular, et sa Orquesta Arquetípica, au Café Vinilo, Gorriti 3780. Le concert se reproduira les deux prochains vendredis, les 15 et 22 juillet. Le bandonéoniste et compositeur Leopoldo Federico et la chanteuse Lidia Borda font partie des invités de ce soir.

C'est l'occasion pour Página/12 pour interviewer le musicien, qui s'est fait connaître comme le premier violon de l'orchestre El Arranque, qu'il a quitté il y a quelques années pour fonder son propre quintette et passer maintenant à la vitesse supérieure, avec ce grand orchestre, avec lequel il veut relever le défi des difficultés économiques qui entravent gravement le développement des formations musicales.

Il s'en explique d'ailleurs, avec le ton d'un musicien arrivé, avec de légers accents d'auto-satisfaction qui ne vous échapperont pas.

–¿Por qué sintió la necesidad de crear una orquesta típica, teniendo un quinteto? A priori, parecería más difícil trabajar, ensayar, moverse con una formación grande...
–Lo es, pero justamente ahí está el tema. El sonido emblemático del tango, el arquetípico, tiene que ver con lo orquestal, y creo que la mayoría de los músicos de tango lo saben. Y justamente, dejar de armar orquestas no tiene que ver tanto con una cuestión estética, sino laboral. Así que la decisión de armar la Arquetípica es un poco salir a ponerle el pecho a eso.
Ramiro Gallo, dans Página/12

- Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de créer un orchestre typique, alors que vous aviez un quintette ? A priori, ça aurait l'air d'être plus difficile de travailler, de répéter, de bouger avec une grosse formation ?
- C'est le cas, mais justement la question est là. La sonorité emblématique du tango, la sonorité archétypale, ça a à voir avec la sonorité orchestrale et je crois que la majorité des musiciens de tango le savent.. Et justement, arrêter de monter des orchestres n'a rien à voir avec une question esthétique, mais avec les conditions de travail. C'est pour ça que la décision de monter la Arquetípica, c'est un peu aller s'exposer à ça.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Sin embargo, hay una gran cantidad de orquestas típicas formadas por músicos muy jóvenes...
–Claro, hay muchos que se han sumado a ese tipo de esfuerzo, toda la movida de la Unión de Orquestas Típicas es muy valiosa. Lo que pasa es que para mí es más difícil, yo estoy en otro momento, no puedo ponerme a armar una cooperativa o decirles a los músicos “súmense a mi orquesta, vamos a remarla juntos”. No, si estoy planteándoles sumarse a mi proyecto, tengo que darles trabajo, darles algo armado, el riesgo no puede ser compartido. En cuanto a los músicos más jóvenes que se organizan y arman sus típicas, desde luego que es auspicioso. Lo que más me interesa por ahora es el movimiento que se generó, no sé si encuentro productos totalmente acabados, aunque algunos como Agustín Guerrero plantean búsquedas muy interesantes. Con el tiempo, de la cantidad tiene que salir la calidad.
Ramiro Gallo, dans Página/12

- Pourtant, il y a une grande quantité d'orchestres typiques formées par des musiciens très jeunes...
- Bien sûr, il y a beaucoup de gens qui se sont regroupés dans ce type d'effort, tout le mouvement de la Unión de Orquestas Típicas (1), ça a beaucoup de valeur. Ce qui se passe, c'est que pour moi, c'est plus difficile, je suis à un autre moment [de ma carrière], je ne peux pas me mettre à monter une coopérative ou à dire aux musiciens "Venez dans mon orchestre, on va ramer ensemble". Non, si je leur demande de se joindre à mon projet, il faut que je leur donne du travail, il faut que je leur donne quelque chose de constitué (2), le risque ne peut pas être partagé. Quant aux musiciens plus jeunes qui s'organisent et montent des orchestres typiques, c'est de très bon augure, ô combien. Ce qui m'intéresse le plus en ce moment, c'est le mouvement qui est né, je ne fais pas si je trouve les produits totalement aboutis, même si quelqu'un comme Agustín Guerrero (3) ouvrent des voies de recherche très intéressantes. Avec le temps, de la quantité, il faut que sorte de la qualité.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :

(2) C'est lui qui pense ça. Il y a bien des musiciens qui sont arrivés au même point que lui, et peut-être même qui sont montés plus haut, et qui n'ont pas cette mentalité patronale.
(3) qui fait l'objet d'un autre article ce même jour dans les pages culturelles de Página/12 et du même coup dans ce blog.

Dialogue tango-flamenco ce soir au CAFF [à l'affiche]


Le chanteur Cardenal Domínguez et le guitariste Ariel Argañaraz partageront ce soir, vendredi 8 juillet 2011, à 22h, la scène du CAFF, Sánchez de Bustamante 764, avec la danseuse de flamenco Hebe Zacco.

Ils seront accompagnés par de nombreux artistes, flamenco et tango mélangés...

Direction musicale et guitare (flamenca) : Rodrigo González. Côté flamenco : la chanteuse Montse Ruano (cante, comme on dit en Andalousie), le percussioniste Germán Gigena, rythme manuel (palmas) Silvan Perdomo et Guadalupe Aramburu comme danseuse invitée. Ils forment la Companie de Flamenco Dos Orillas (les deux rives).

Côté tango, la direction musicale est aussi confiée au guitariste, Ariel Argañaraz. Aux percussions, Augusto Argañaraz, à la basse électrique Mariano Martos, au violon Irene Cadario.

Les artistes ont conçu cette soirée comme un dialogue entre les deux genres, entre les deux musiques, entre les deux cultures, qui ont pris forme à peu près en même temps, mais de part et d'autre de l'Altantique, à la fin du 19ème siècle, après une longue gestation d'un bon demi-siècle, chacun avec ses racines. Celles du tango remontent aux expressions musicales et chorégraphiques des Africains déportés dans le Nouveau Monde. Celles du flamenco puissent dans les traditions arabes et gitanes qui se sont métissées dans l'Andalousie d'après 1592.

Entrée : 50 $ le jour -même à la caisse de l'entrée. 40 $, pour un achat anticipé au Musetta Caffé, esquina Billinghurst y Tucumán.

Les Valaisans font la fête ce week-end [ici]


L'association suisse Les Trottoirs de Buenos Sierre (voir la rubrique Eh bien dansez maintenant !, dans la partie basse de la Colonne de droite) organisent ce soir et demain leur traditionnel week-end festif du début juillet avec milongas, initiation gratuite au tango-danse et concert, dans la petite ville de Sierre, dans cette région montagneuse et viticole qu'est le Valais. Eh oui ! En Suisse, il n'y a pas que du gruyère, de la viande des Grisons et du chocolat, il y a aussi des vins blancs (sans oublier quelques rouges) et qui se marient bien avec les fromages d'alpage et la cochonaille du coin. Comme quoi, la nature et le travail artisanal sont bien faits... (1)

Cette année, de surcroît, le week-end de Tango Sierre tombe pile sur la fête de l'Indépendance en Argentine, le fameux 9 de Julio, qui a donné son nom à un tango ancien et plein d'entrain, que les musiciens de Rositango auront peut-être la bonne idée de jouer.

En attendant, hissons les couleurs ciel et blanc de l'Argentine et écoutons ce tango, de José Padula, ici dans un enregistrement d'avril 1930, juste avant que le coup d'Etat du 6 septembre ne vienne cette année-là flanquer en l'air tout ce que la crise économique avait encore laissé debout... Un enregistrement à écouter sur l'immense discothèque en ligne de Todo Tango, l'encyclopédie du tango sur Internet.

(1) pour les amateurs avertis qui passeraient sur ce blog, sachez que le salon du vin helvètique, Vinea, prendra ses quartiers à Sierre, du 2 au 4 septembre 2011. On attend 100 exposants suisses et un nombre non déterminé d'exposants étrangers. Il y aura plus de 1200 crus en libre dégustation et en plein air. Pour plus d'informations, visitez le site des Vins du Valais.

La Biyuya : nouvelle soirée à la SFCO [à l'affiche]


Le groupe de tango contemporain La Biyuya partagera une nouvelle fois la scène de son repaire, la Sociedad de Fomento Crucesita Oeste de Avellaneda, dans la banlieue sud de Buenos Aires, avec un guitariste inspiré par Atahualpa Yupanqui et le groupe Chochochango (gamin ravi), demain soir, samedi 9 juillet, jour de l'indépendance, à 21h.

Entrée : 20 $.
Restauration bon marché sur place.

Pour en savoir plus, consultez les pages Myspace indiquées sur l'affiche, diffusée par le groupe.

jeudi 7 juillet 2011

Abondance de guitares au Museo Casa Carlos Gardel ce soir [à l'affiche]


Ce soir, jeudi 7 juillet 2011, à 18h30, au Museo Casa Carlos Gardel, Jean Jaures 735, deux groupes de guitares se partageront la fin d'après-midi dans le cadre d'une série de concerts consacrée à la guitare (Carlos Gardel était lui-même guitariste et au début de sa carrière, il s'accompagnait lui-même, avant de développer le chant et l'interprétation quasi-théâtrale) : Bosión trío, un groupe boanerense de 3 ans (juillet 2008) qui travaille les différentes facettes de la musique argentine, et qui se compose de Víctor Alejandro Piseta, Pablo Andres Budini et Rubén Osvaldo Diaz, et Guitarra Negra, que vous connaissez déjà si vous ne découvrez pas ce blog avec cet article, qui se consacre au répertoire de l'auteur-compositeur-interprète uruguayen Alfredo Zitarrosa, et qui est composé du chanteur Alfredo Piro, des guitaristes Maximiliano "Moscato" Luna, Aníbal Corniglio et Carlos Filipo, du bassiste Ignacio Nacho Iruzubieta et du percussioniste Gerónimo Aceituno Peña.

Le Ciclo de Guitarras Argentinas est une série de manifestations co-organisées par Cordal Trío, Las Guitarras Saavedrinas (deux groupes que vous connaissez aussi) et le Musée lui-même.

Entrée libre et gratuite. Profitez-en si vous êtes en vacances à Buenos Aires (ou si vous habitez cette ville et qu'en ce moment, vous êtes en pleine année de travail, puisque j'ai pas mal de lecteurs là-bas).

Pour en savoir plus sur les artistes, cliquez sur les noms dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour accéder à l'ensemble des articles les concernant dans Barrio de Tango.

mercredi 6 juillet 2011

Quand Gabriel Plaza présente trois espoirs du Tango Nuevo aux lecteurs de La Nacion [à l'affiche]

Cela va nous changer des remugles mal odorants de la campagne électorale... Le chroniqueur tango de La Nación, qui est aussi DJ de milonga, Gabriel Plaza, nous offre ce matin un portrait de trois jeunes compositeurs et chefs d'orchestre de tango : Agustín Guerrero (23 ans), Nicolás Tognola (23 ans) et Hernán Cabrera (30 ans), et leurs formations respectives, la OTAG (Orquesta Típica Agustín Guerrero), Hojarasco et Ciudad Baigón. L'article présente les concerts qu'ils donnent au Teatro Orlando Goñi, un hangar plus qu'une salle de concert digne de ce nom.

"Lo bueno de esta generación es que para nosotros vale todo y no tenemos que rendirle cuentas a nadie. No estamos esperando la aprobación de nadie ni del ambiente del tango. Hacemos lo que se nos canta. Pienso que mucha gente de nuestra generación siente lo mismo", define Hernán Cabrera, de la orquesta Ciudad Baigón, grupo que tomó su nombre de un tema del Indio Solari.
"Nuestros viejos eran de la generación del rock y pensaban que el tango era cosa de viejos, y tenían razón. Pero ahora el tango pasó a ser parte de nuestra generación. Cada vez hay más propuestas de tango distintas, cada vez hay más grupos, es como exponencial el crecimiento. Algo va a pasar con todo esto", sostiene Agustín, el conductor de la OTAG, una "banda" de quince músicos que sorprendió con su disco debut, Resurgimiento.
"Estamos como en la refundación de algo, como pasó con el rock nacional acá, que empezaron unos cuantos grupos y artistas como Tanguito y después empezaron las ramas, los estilos y cada uno con su propia ruta, pero todos juntos a la vez como movimiento. En el tango actual está pasando algo parecido", relata como un biógrafo de la nueva época el bandoneonista Nicolás Tognola, director de Hojarasco, orquesta que mutó a una atípica eléctrica con piano, batería, fueye y guitarra.
Gabriel Plaza, La Nación

Ce qu'il y a de bien dans cette génération, c'est que pour nous, tout est bon et nous n'avons de compte à rendre à personne. Nous n'attendons l'approbation de personne, pas même du monde du tango. Nous faisons ce qui nous chante. Je pense que beaucoup de gens de notre génération pense la même chose, affirme Hernán Cabrera, de la Orquesta Ciudad Baigón, groupe qui a pris son nom d'un morceau de Indio Solari.
Nos vieux appartenaient à la génération du rock et ils pensaient que le tango était un truc de vieux, et ils avaient raison. Mais maintenant le tango est devenu partie prenante de notre génération. Il y a de plus en plus de propositions de tango différentes, il y a de plus en plus de groupe, la croissance est comme exponentielle. Il va se passer quelque chose avec tout ça, soutient Agustín, qui dirige la OTAG, une bande de quinze musiciens (1) qui a surpris avec son tout premier disque, Resurgimiento.
Nous sommes comme à la refondation de quelque chose, comme ça s'est passé avec le rock nacional ici, qui ont commencé à quelques groupes et quelques artistes comme Tanguito et après ont commencé les ramifications, les styles et chacun sur sa propre route, mais tous ensemble en même temps comme mouvement. Dans le tango actuel, c'est quelque chose de semblable qui se passe, relate, comme un biographe de la nouvelle époque, le bandonéoniste Nicolás Tognola, chef de Hojarasco, orchestre qui est devenu une atypique électrique, avec piano, batterie, soufflet et guitare (2).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Gabriel Plaza fait une place dans son article aux aspects économiques et sociaux qui caractérisent ces jeunes formations de la nouvelle vague tanguera à Buenos Aires. Des thématiques qui ont été souvent abordées ici, notamment autour du Festival Indépendant de Tango qui a tenu sa deuxième édition en mars, cette année (voir mes articles sur cette manifestation estivale).

"Si no sos independiente y no generás tu espacio, no existís. No somos independientes sólo por elección, como eran Los Redonditos de Ricota, sino porque no nos queda otra si queremos hacer lo que nos gusta. Aprendimos eso del rock", proclama Cabrera
La Nación

Si tu n'es pas indépendant et si tu ne crées pas ton propre espace, tu n'existes pas. Nous ne sommes pas indépendants que par choix, comme l'étaient les Redonditos de Ricota (3) mais parce qu'il ne nous reste pas d'autre solution si nous voulons faire ce que nous aimons. Nous avons appris ça du rock, proclame Cabrera.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

"Para mí esa gente que se autodenomina «la gente del tango» no significa nada. ¿Qué saben ellos de todo lo que tuve que estudiar y dedicarle al tango para que después me vengan a criticar? Para mí no existen", dice, imparable, el pianista Agustín Guerrero
La Nación

D'après moi, ces gens qui s'autoproclame "le monde du tango", ce n'est rien. Qu'est-ce qu'ils savent, eux, de tout ce que j'ai eu à étudier et à donner au tango pour venir après me critiquer ? Pour moi, ils n'existent pas, dit, sans qu'on puisse le stopper, le pianiste Agustín Guerrero.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

"Contrario a lo que se dice o se cree, el tango es una música de jóvenes, no de viejos -levanta la voz Agustín-. Me refiero, también, a que fue gestado por gente joven de pensamiento, aunque coincidió en la mayoría de las veces que eran jóvenes de edad. Troilo cuando armó su orquesta tenía alrededor de 23 años. Y de alguna manera lo que hicieron esos músicos con el tiempo fue continuar lo que empezaron de jóvenes hasta que se murieron, como Osvaldo Pugliese. Pero el tango es música de jóvenes, de tipos que miran para adelante y quieren aportar algo a lo que los maestros les dejaron."
"Desde ese mismo concepto -interviene el pianista Hernán Cabrera-, pienso que el tango es una música joven porque apenas tiene cien años y recién empieza. Todavía no se lo puede poner en un museo porque no sabemos su final. Por eso, las búsquedas y los nuevos caminos que está tomando el tango hoy van a tener su importancia en la historia, aunque ahora no lo veamos."
La Nación

Contrairement à ce qui se dit ou à ce que l'on croit, le tango est une musique de jeunes, pas de vieux, dit Agustín. Je me réfère aussi au fait qu'il est né chez des gens jeunes dasn leur pensée, même si ça s'est trouvé que la majeure partie du temps, ils étaient jeunes par leur âge aussi. Troilo, quand il a monté son orchestre, avait autour de 23 ans. Et d'une certaine manière, ce qu'ont fait ces musiciens avec le temps, ce fut de continuer ce qu'ils avaient commencé dans leur jeunesse, jusqu'à leur mort, comme Osvaldo Pugliese. Mais le tango est une musique de jeunes, de types qui regardent vers l'avant et qui veulent contribuer en quelque chose à ce que les maîtres leur ont laissé.
Dans le même ordre d'idée, intervient le pianiste Hernán Cabrera, je pense que le tango est une musique jeune parce qu'elle a à peine cents ans et qu'elle vient tout juste de commencer. On ne peut pas encore la mettre dans un musée parce que nous ne connaissons pas sa fin. Pour cette raison, les recherches et les chemins nouveaux que le tango est en train de prendre aujourd'hui, vont avoir leur importance dans l'histoire, quand bien même nous ne le voyons pas maintenant.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour en savoir plus :
plongez-vous dans l'article de La Nación

(1) Un groupe de 15 musiciens, c'est un orchestre énorme pour les standards actuels. La Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce, qui est financée par les deniers publics, ne compte sur scène que 17 musiciens (en fait, ils sont 19, puisqu'il y a deux pianistes et deux contrebassistes qui alternent pendant les concerts). Alan Haksten Grupp, c'est 11 musiciens, et c'est déjà un beau groupe bien imposant. La OTFF (la Fernández Fierro, qui officie tous les mercredis et un samedi sur deux rue Sánchez de Bustamante, au CAFF et dont je vous parle souvent dans ce blog) se compose de 12 musiciens, chanteur compris. A El Arranque, ils sont 8, en tout et pour tout.
(2) La orquesta típica est une formation qui compte obligatoirement un piano, un violon, une contrebasse et un bandonéon. Un certain nombre d'autres instruments peuvent s'ajouter sans détruire le caractère típico d'un ensemble, mais les 4 instruments cités sont indispensables. Ce type de formation est apparu dans les années 1910 et a été consacré comme traditionnel dans les années 1920, grâce à un pionnier de la radio, qui avait le sens de la formule et qui a trouvé cette expression, qui a fait fortune.
(3) Entendez Les rondelles de Ricotta. Ce groupe a pris le nom d'une sorte de gros cannelloni fourré qu'on fait à la maison ou qu'on achète tout prêt à enfourner, en tranches, chez les fabricants de pâtes fraîches qui sont à Buenos Aires aussi nombreux que dans n'importe quelle ville italienne.

Le saxophoniste Bernardo Monk ce soir au Tango del Miércoles du CCC Floreal Gorini [à l'affiche]

Bernardo Monk présentera ce soir, au Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, Corrientes 1543, son troisième disque soliste, intitulé Cambio de frente (changement de front). Un disque de tango, au saxophone, et avec de la musique originale, puisqu'il est aussi compositeur, en plus d'être instrumentiste, chanteur et enseignant (il exerce en particulier à la Escuela de Música Popular de Avellaneda, dont je vous ai souvent parlé, dans la banlieue sud de Buenos Aires).

Ce soir, mercredi 6 juillet 2011, à 20h30, Bernardo Monk sera entouré du pianiste Abel Rogantini, du bandonéoniste Daniel Ruggiero (l'un des deux fils de Osvaldo Ruggiero, l'un des plus brillants bandonéonistes de l'orchestre historique de Osvaldo Pugliese), du violoniste Astro Rocco et du contrebassiste Pablo Motta.

Entrée : 30 $

Ce matin, dans les pages culturelles de Página/12, Carlos Bevilacqua signe un article pour présenter le disque et le concert de ce soir. L'article mêle critique et bribes d'interview du musicien, sur les liens qu'il entretient avec la composition, le jazz et le tango.

“Hago el tango como lo siento. El tanguero de rompe y raja puede llegar a decir que hay elementos que no son del género [...] pero me parece que globalmente es un disco de tango, no de fusión.”
Bernardo Monk, cité dans Página/12

Je joue le tango comme je le sens. Le tanguero franc et tout d'une pièce peut arriver à dire qu'il y a des éléments qui n'appartiennent pas au genre [...] mais il me semble que globalement, c'est un disque de tango, pas un disque de fusion. (1)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“En el tango no hay espacio para los solos que se estilan en el jazz: eso lo aprendí durante mi etapa de músico para baile, porque como el tema tenía que durar tres minutos, sí o sí había que ser sintético”, argumenta al referirse al reparto de roles. ¿Cómo puede insertarse el saxo, entonces, en un entramado tímbrico aparentemente tan compacto como el del dos por cuatro? “Primero hay que analizar bien la función de cada instrumento en el tango. En base a eso vas a saber hasta dónde podés desplazar a cada instrumento de sus funciones y cuando empezás a desaprovecharlo. Muchas veces lo que se hace es mandar al violín o al bandoneón al banco de suplentes, pero el saxo cumpliendo los roles de esos instrumentos queda como forzado. Es el saxo el que debe ir hacia el tango y no al revés”, opina Monk.
Bernardo Monk, cité dans Página/12

"Dans le tango, il n'y a pas de place pour les solos qui se pratiquent dans le jazz : ça, je l'ai appris lors de mon époque de musicien de danse, parce que le morceau devait durer trois minutes, alors, qu'on le veuille ou non, il fallait être synthétique", argumente-t-il en se référant à la répartition des rôles. Comment le saxo peut-être s'insérer dans ce cas dans une trame de timbres apparemment aussi compact que celui du tango ? "D'abord il faut bien analyser la fonction de chaque instrument dans le tango. A partir de là, tu vas savoir jusqu'où tu peux déplacer chaque instrument hors de sa fonction et quand tu vas trop loin. Bien souvent, ce qui se passe c'est d'envoyer le violon ou le bandonéon sur le banc de touche, mais le saxo tenant le rôle de ces instruments se trouve renforcé. C'est le saxo qui doit aller vers le tango et non l'inverse" estime Monk.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin, en attendant le spectacle ou le disque (que vous pouvez acheter en ligne, grâce à Zivals et sa boutique Tangostore, dont vous avez le lien dans la rubrique Les commerçants du Barrio de Tango, dans la partie basse de la Colonne de droite) :

(1) En Argentine, on parle de fusion dès qu'un musicien tente une approche du tango à travers un autre genre, jazz, rock, folclore, classique...

En campagne électorale, tous les coups sont-ils permis ? [Actu]

Ces derniers jours, un certain nombre de Portègnes ont reçu un coup de fil bizarre qui se présentait comme une enquête d'opinion classique, avec recueil des informations traditionnelles sur l'âge, l'état civil et le statut professionnel, avant d'en venir à deux questions qui valent leur pesant de dulce de leche :

"Savez-vous que le père de Daniel Filmus est architecte et qu'il travaille avec Schoklender ?" Puis, lorsque le sondé ou supposé sondé répond que non -et pour cause, le père de Daniel Filmus était commerçant et à 80 ans, ça fait maintenant belle lurette qu'il est à la retraite- le sondeur reprend : "Et maintenant que vous le savez, vous voteriez tout de même pour lui ?" On croit rêver.

Daniel Filmus, le candidat péroniste qui se présente contre Mauricio Macri, pour le mandat de Chef de Gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires, vient de porter plainte en justice contre cette opération manifeste de déstabilisation, puisque, si vous avez suivi les derniers épisodes sur Barrio de Tango, les deux questions tentent d'impliquer Daniel Filmus dans un scandale de détournement de fonds publics qui touche un certain nombre de salariés de l'ONG Madres de Plaza de Mayo, salariés qui ont été licenciés par l'association et dont le plus élevé en grade et en responsabilité, Schoklender, est inculpé de graves malversations (voir mon article du 6 juin 2011 à ce sujet).

Daniel Filmus pense que c'est Mauricio Macri qui a commandé ce sondage bidon mais on ne prête qu'aux riches, et Mauricio Macri a déjà beaucoup de casseroles. Il est impliqué en effet dans un nombre invraisemblable de carambouilles politiques, qui vont d'un scandale d'écoutes téléphoniques de ses adversaires politiques à celui de coups et blessures contre les sans abris de Buenos Aires par l'intermédiaire d'une milice de barbouzes placée sous ses ordres, en passant par de nombreuses convocations devant la Justice ou la Legislatura, auxquelles il n'a jamais daigné se rendre, je vous en passe des vertes et des pas mûres. Mais comme il n'a encore jamais été condamné dans aucun de ces procès, sa candidature à sa réélection est valide.

Si ce sondage bidon a bien existé, s'il n'est pas inventé de toute pièce par l'opposition portègne (et pour l'instant, on n'en sait rien), ce serait un signe non négligeable que la grimpette sondagière de Daniel Filmus inquiète de plus en plus un camp politique qui est, sinon celui de Macri lui-même, du moins très proche de lui, or lui-même a reconnu il y a quelques heures que son élection au premier tour était hors de sa portée. Il est en effet quasi-certain maintenant qu'il y aura deux tours à Buenos Aires, le premier dimanche prochain, 10 juillet, et le second, qui opposera les deux formules arrivées en tête dimanche (très certainement Macri-Vidal pour la droite libérale, et Filmus-Tomada pour la gauche péroniste), le 31 juillet 2011, puisqu'à l'heure actuelle, Mauricio Macri n'atteint dans aucun sondage les 40% d'intentions de vote au premier tour. Or, à Buenos Aires, pour être élu lors du premier tour de scrutin, il faut recueillir la majorité absolue, donc 50% +1 des voix exprimées (1), alors qu'au niveau national, 45% +1 des voix exprimées suffit à élire le Président de la Nation, puisque tel est son titre exact.

Autre entourloupe politique du jour, qui laissera sans voix mes lecteurs européens : le Club 17 de Agosto de Villa Pueyrredón, où Madame Vidal, candidat vice-chef du Gouvernement portègne, accueille les sans-abris lorsque le thermomètre flirte avec le 0° Celsius à Buenos Aires, en sa qualité de toujours Ministre du Développement social, alors que le lieu n'est pas habilité pour cet usage, ce Club, que le juge Roberto Gallardo a ordonné avant-hier de fermer (voir mon article d'hier à ce propos), était toujours ouvert à l'heure du bouclage des quotidiens ce matin. "Cause toujours, Bobby, tu m'intéresses", c'est la seule réponse ou plutôt c'est la non-réponse que le Gouvernement portègne a faite au pouvoir judiciaire de son ressort. S'en n'est pas occupé ! Il a autre chose à faire en ce moment, c'est la campagne électorale et samedi, on n'a plus le droit de rien dire avant le scrutin. Donc pas une minute à perdre avec des histoires de fausses factures que ce centre permettrait d'émettre et d'encaisser dans des petits arrangements financiers entre ministères.

Pour en savoir plus :
comme toujours dans des cas-là, aussi près du scrutin de surcroît, seul le journal auquel le scandale apporte des arguments en faveur de son champion en parle (2). Donc direction Página/12 (les autres ont d'autres sujets de conversation).
Lire l'article de Página/12 sur le faux sondage
Lire l'article de Página/12 sur la non-exécution de l'ordre de fermeture du Club 17 de Agosto

(1) A Buenos Aires comme au niveau national, on ne décompte pas les votes blancs ni les bulletins nuls comme voix exprimées. En Uruguay, à l'élection présidentielle, on tient compte des votes blancs pour déterminer le nombre de voix exprimées.
(2) L'honnêteté me porte à préciser tout de même que le site de TN, la chaîne tout info du groupe de presse Clarín, a mis en ligne une dépêche sur le sujet, dans la matinée, à 11h36 (heure d'Argentine).

La Présidente signe un décret interdisant les petites annonces de services sexuels [Actu]

C'est une des constances de la politique de Cristina Fernández au gouvernement : lutter contre toutes les traites d'êtres humains, que ce soit dans le monde agricole avec les trafics de saisonniers parfois en séjour illégal et donc corvéables à merci, ou dans l'univers urbain, avec le proxénétisme.

En Argentine, sur la page des petites annonces, il y avait jusqu'à ce jour une rubrique pour la prostitution. Elle était connue comme la "rubrique 59", ce qui donne dans les journaux de ce jour beaucoup de blagues, parfois un peu grasses, dans les dessins de presse, où les humoristes jonglent avec des chiffres, ce qui paraîtra abscond au lecteur francophone qui débarque aujourd'hui sur un site de quotidien argentin. Cette rubrique 59 aura vécu d'ici quelques jours, lorsqu'entrera en vigueur le décret que la Présidente a tenu hier à signer publiquement, lors d'une réception à la Casa Rosada, où étaient invités tous les mouvements de lutte pour la dignité et le droit des femmes. Symboliquement, la Présidente a accueilli son monde dans le Salón de las Mujeres, qui rend hommage aux femmes qui ont marqué l'histoire argentine.

Plus aucune publicité ne sera plus tolérée concernant des services sexuels. Je ne suis pas sûre d'arriver à la mi-août dans une ville de Buenos Aires tout à fait propre dans ce domaine mais au moins, ce sera interdit. Une commission de surveillance du contenu des publicités va être créée par le décret pour veiller au respect de cette interdiction.

Bien entendu, un décret et une interdiction de la publicité ne fera pas disparaître les phénomènes de proxénétisme en Argentine mais ça va enlever à un bon nombre de périodiques, y compris parmi les quotidiens, une sérieuse recette. La Présidente va encore se faire bien voir dans les groupes de presse ! D'autant que dans son discours, elle a dénoncé le double langage de certains journaux, qui font leur couverture en dénonçant les horreurs du trafic d'êtres humains, et gagnent beaucoup de sous avec la rubrique 59, perdue dans le flot des pages de petites annonces, que le lecteur ordinaire passe sans les lire, voire qu'il utilise comme allume-feu pour l'asado du dimanche...

Comme vous pouvez vous en douter, c'est Página/12 qui traite l'information (sans jeu de mot) et la traite en long, en large et en travers. Le quotidien en fait sa une et publie même un véritable dossier sur toutes les ramifications de ce problème social et éthique avec plusieurs rédacteurs, éditorialistes et chroniqueurs. Silence dans les autres quotidiens, à part les blagues de potache auxquelles j'ai fait allusion plus haut.

Pour en savoir plus :