mercredi 16 décembre 2009

Le dernier show 2009 de la Biyuya [à l’affiche]

Comme mon article de ce même jour sur Patricia Barone et Javier González (sans oublier Paula Liffschitz) à Don Torcuato, c’est aussi le dernier concert de l’année, c’est aussi samedi soir prochain, c’est aussi un groupe bien connu des lecteurs habituels de ce blog, cela se passe aussi dans le Gran Buenos Aires (mais au sud de la capitale argentine, alors Don Torcuato est une bourgade du nord) et tout est écrit sur l’affiche :

Affiche diffusée par Marina Baigorria

Le lieu : la Sociedad de Fomento y Cooperación vecinal Crucecita Oeste, rue San Martín 1710, à Avellanada
La date et l’heure : 19 décembre 2009 à 21h
Le prix : 15 $, qui inclut un buffet type buffet campagnard, comme nous disons dans les villes de France.

Pour en savoir plus sur ce groupe de tango contemporain :
Vous pouvez retrouver l’ensemble des articles (y compris celui-ci) sur La Biyuya en cliquant sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Le même ensemble se retrouve sous le raccourci La Biyuya dans la rubrique Vecinos del Barrio, en partie supérieure de la Colonne de droite.
Vous trouverez leur site dans la partie inférieure de la Colonne de droite, dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales.

Déjà des concerts de Noël [à l’affiche]

Ce sera ce soir à 20h30 dans l’église Santa Elena, qui se trouve rue Segui au numéro 3816. L’entrée est bien sûr libre et gratuite.
Le concert sera donné par le Choeur Sainte Cécile (Coro Santa Cecilia) et la Orquesta de Cámara (orchestre de chambre) de la Asociación Argentina de Cultura (fédération argentine de la Culture), sous la direction de Sarita Cafferata.
Dans un autre lieu, dans la Avenida Santa Fe (qui doit son nom à la ville argentine homonyme et non à la vertu théologale à proprement parler), au numéro 1364, est annoncé un concert de l’Avent (Concierto de Adviento), à 20h30. La participation qui sera demandée au public sera l’offrande de victuailles non périssables pour l’ONG confessionnelle Caritas, connu en Europe francophone sous le nom plus fréquent de Secours catholique.

A bon entendeur, salut !

mardi 15 décembre 2009

Concert de María José Mentana et Lucho Servidio ce soir à 20h [à l’affiche]

Le tour de chant s’appelle Contando tangos. Il réunit la chanteuse María José Mentana et le pianiste Lucho Servidio (1) à 20h, au Claridge Hotel, Tucumán, 535, où Servidio joue souvent.
Cet hôtel 5 étoiles se situe tout près de la Plaza San Martín, à deux pas de la rue Florida.

Pour découvrir María José Mentana, qui a déjà fait l’objet de plusieurs articles dans Barrio de Tango, qui chante, anime des émissions audio-visuelles et enseigne son art à la Academia Nacional del Tango et Lucho Servidio, vous pouvez visiter leur site (mais ni l’un ni l’autre n’est vraiment à jour de leurs activités à ce jour).

(1) Lucho Servidio est le petit-fils de l'un des deux compositeurs (deux frères) de El bulín de la calle Ayacucho, célèbre tango dont les paroles sont du poète Celedonio Esteban Flores.

Campagne d’opinion contre Abel Posse et menaces de mort contre la Présidente [actu]

Différentes associations et personnalités appellent aujourd’hui à signer une pétition qui réclame le départ immédiat du tout nouveau ministre de l’Education du gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires, le très controversé Abel Posse, écrivain, éditorialiste au quotidien La Nación et ancien diplomate sous le gouvernement anti-constitutionnel de la Junte, il y plus de 25 ans.

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous savez que jeudi dernier, ce monsieur a créé le scandale en tenant des propos outranciers contre le gouvernement fédéral péroniste, en émettant des doutes sur le nombre des victimes de la Dictature et en réclamant l’arrêt des procès contre les criminels de ce régime anti-démocratique qu’il a lui-même servi. Pour lire ces articles antérieurs, vous pouvez cliquer sur le mot clé GCBA (Gobierno Ciudad Buenos Aires) dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Des tables vont donc être installées aujourd’hui à l'ombre des vieux arbres de la Avenida de Mayo pour permettre aux passants de signer la pétition.
Plusieurs syndicats enseignants, des associations de droits de l’homme comme Madres de Plaza de Mayo et Abuelas de Plaza de Mayo, des responsables de centres culturels (1), des universitaires (il y a plusieurs universités de renom à Buenos Aires), et des députés portègnes de l’opposition (au gouvernement de Mauricio Macri) participent à la campagne, qui se déclenche au lendemain d’une interview où Posse a maintenu et même approfondi ses positions dans Página/12 et quelques jours à peine après sa prestation de serment (c’était vendredi dernier dans l’après-midi).

Le contexte est d’ailleurs particulier : ouverture récente de deux procès phares contre des criminels de la dictature, celui du dernier chef d’Etat et celui d’un quarteron de tortionnaires dont le tristement célèbre capitaine Astiz, ainsi que le dépôt d’une plainte judiciaire de la part du Gouvernement pour menaces de mort proférées contre la Présidente de la République.

En effet, vendredi vers midi, à la suite d’une interférence de fréquence, la radio de l’hélicoptère présidentiel a capté des menaces de mort clairement exprimées contre Cristina Fernández, désignée en termes injurieux et particulièrement vulgaires. Bien évidemment, la justice est saisit et l’enquête est en cours. Le premier ministre (jefe de gabinete) voit dans ces menaces des tentatives d’intimidation provenant de groupuscules qui réagissent à l’ouverture du procès d’Astiz et consorts, tous des tortionnaires qui ont exercé comme officiers de la Marine.

Un article d’opinion, publié aujourd’hui dans Página/12, analyse comment, depuis le retour de la démocratie en Argentine, en décembre 1983, les défenseurs de la Junte se sont toujours exprimés sur le mode de haine, bien plus que les victimes partie civile.

Pour aller plus loin :
Lire l’article de Página/12 sur la campagne d’opinion contre Abel Posse
Lire l’article de Página/12 sur la culture de la haine
Lire l’article de Página/12 sur les menaces de mort contre la Présidente
Lire l’article de Clarín sur les menaces de mort contre la Présidente
Lire l’article de La Nación sur les menaces de mort contre la Présidente
Lire l’article de La Nación sur les réactions du couple présidentiel
(1) les centres culturels publics de la Ville de Buenos Aires ont pour autorité de tutelle le Ministère de l’Education portègne.

lundi 14 décembre 2009

La Típica Imperial au Sanata Bar ce soir [à l'affiche]

La Orquesta Típica Imperial, qui se compose de 9 instrumentistes (3 bandonéonistes, 4 violonistes, 1 contrebassiste, 1 pianiste) et une chanteuse (Analia Sirio), se produira ce soir à 22h au Sanata Bar (café, resto-pizzeria), dont vous savez déjà qu'il se trouve à l'angle des rues Sarmiento et Sánchez de Bustamante, non loin de l'Abasto, si ce n'est pas votre première visite sur ce site. Et si c'est votre première visite, soyez les bienvenus.

Affiche diffusée par l'orchestre

En revanche, en ce qui concerne Barrio de Tango, ce n'est que la seconde fois que vous voyiez un article sur cette formation, qui développe beaucoup sa carrière internationale (ils ont déjà visité tous les continents ou peu s'en faut) et à Buenos Aires, joue souvent dans les milongas pour un public de danseurs.

Merci à Solange à qui nous devons cette info transmise juste à temps pour une publication à l'heure de Bruxelles.

Le concert est en libre participation. Une enveloppe circulera.

Pour mieux connaître l'orchestre :
visiter son site Internet
visiter sa page Myspace

Un Ollas y Sartenes pour préparer Noël et les fêtes de fin d’année [coutumes]

Couverture du supplément culinaire du 9.12.09

La semaine dernière, Clarín consacrait son supplément culinaire Ollas y sartenes (Marmites et poêles) à la table de Noël. Voici une recette extraite (en fait, traduite et légèrement adaptée) de ce supplément, dont la couverture orne cet article, de manière fort appétissante...

La recette du pan dulce (tel que les Argentins l’imaginent venu de Gênes. En fait, c’est très, très, très adapté. Le Pannetone gênois est encore autre chose) :

Il va vous falloir :
360 gr de farine (en France, choisissez de préférence une farine de type 45)
1 cuillère à soupe de zeste de citron et une autre de zeste d’orange
1 cuillère à café de sel
75 gr de sucre semoule (+ 1 cuillère à café)
250 gr de fruits secs (amandes, noix, raisins secs...)
80 gr de beurre ramolli
3 oeufs (tout dépend évidemment de la taille des oeufs et de la capacité d’absorbtion de votre farine)
1 cuillère à café d’essence de vanille
3 cuillères à café de cognac (en option)
35 gr de levure de boulangerie fraîche (ou 6 gr de levure de boulangerie lyophilisée que vous trouverez en supermarché. De nombreux Portègnes utilisent de la levure de bière)
50 cuillères à soupe de lait (vous mettrez plus ou moins de lait en fonction de la taille de vos oeufs et de la qualité de votre farine).

Comment procéder :

Elaborer la poolish qui servira à faire lever la pâte (1). Délayez la levure dans quelques cuillérées à soupe de lait, à quoi vous ajouterez 30 gr de farine et la cuillère à café de sucre semoule. Mélanger bien et laisser lever 10 minutes minimum, à couvert, dans un endroit chaud et aéré. A Buenos Aires, en ce moment, il fait 30-34° (sensation thermique beaucoup plus élevée), donc par notre vague de froid actuelle !!!!

Dans un grand saladier, mélanger la farine, les zestes et le sucre et mélanger. Ne mettez pas tout de suite le sel, ça va tuer la poolish. Ajouter le beurre, 2 oeufs entiers, l’essence de vanille, le cognac puis la poolish. Mélanger en agrégeant le tout et pétrissez.
Plus une pâte est pétrie longuement, mieux elle lèvera (le pétrissage faisant entrer de l’air dans la pâte).

Laisser reposer pour une première poussée.
Rabattez la pâte, pétrissez encore et laisser à nouveau monter une nouvelle fois.
Rabattez la pâte, ajouter les fruits secs et le sel. Pétrissez pour bien mélanger.
Dans un moule de votre choix, chemisé de papier cuisson (ça vous évitera de le graisser), verser votre pâte et laisser monter une dernière fois.
Quand la pâte est montée, vous pouvez séparer le jaune et le blanc d’un oeuf et badigeonner délicatement le dessus du gâteau du jaune d’oeuf coupé d’un peu d’eau ou de lait (pour une dorure claire) ou d’une goutte d’extrait de café (pour une dorure plus foncée). Inutile de le faire si vous glacez votre gâteau ensuite.

Enfournez dans votre four à 220 ° pour au moins une demi-heure, jusqu’à ce que la pointe d’un couteau, enfoncée au coeur du gâteau, ressorte parfaitement sèche.

Le glaçage blanc s’obtient en mélangeant du sucre glace (150 gr) avec blanc d’oeuf que vous répartissez sur le pan dulce refroidi au pinceau ou à la spatule ou en le laissant doucement couler à l'aide d'un bec verseur ou d'une louche et que vous laisserez durcir. Vous pouvez aussi utiliser un glaçage au miel en mélangeant du miel et du jus de citron pour l’éclaircir et le rendre utilisable au pinceau... Bref , vous faites à votre idée.

Le pan dulce se mange froid.
C’est un gâteau plus lourd, plus riche et à la mie plus serrée que le pannetonne italien.

Ollas y sartenes vous en propose une version light, à côté d'un stollen de type bavarois ou alsacien et d’une recette de pain d’épice... yiddish (pour Noël, c’est assez farfelu mais très typique de la culture hyper-mélangée de Buenos Aires) et vous donne les liens vers différents sites de pâtisseries portègnes (cette dernière partie s'adresse plutôt à mes lecteurs qui sont là-bas).

Pour aller en savoir plus :
Lire les recettes (en espagnol) contenues dans ce supplément
Aller à l’ensemble du supplément
Lire la recette de pan dulce light
Pour aller plus loin :
Vous trouverez en Colonne de droite un raccourci vers l’ensemble de mes articles gastronomiques et vers l’ensemble de ceux consacrés aux coutumes, essentiellement les coutumes argentines, de Noël et d’autres époques de l’année.
En cliquant sur le mot-clé fin d’année, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, vous accéderez à la famille d’articles rassemblant des coutumes, des recettes, des réveillons-milongas (ici) et des voeux très originaux de plusieurs artistes de là-bas.

(1) J'adapte un chouia parce que si vous vous y prenez comme le préconise le journal, vous allez rater votre coup avec nos produits à nous. D’ailleurs, je me demande dans quelle mesure les Argentins ne se plantent pas eux non aussi dans ce cas-là... C’est partout pareil, les recettes publiées sont généralement irréalisables.

Colloque sur le tango du Centre FECA à Villa Mercedes ce week-end [à l'affiche]

Ce colloque, qui avait pour thème général Tango, Baile y Sociedad (Tango, danse et société), s’est tenu vendredi et samedi dernier, à Villa Mercedes, dans la province de San Luis, à la Casa de Música San Luis, un complexe de conférences et de studios d’enregistrements appartenant à Sony Music. Cette rencontre savante a fait partie des multiples manifestations qui ont marqué dans le pays tout entier le Día Nacional del Tango vendredi dernier.

Sur deux jours, se sont tenues 16 conférences dans un programme vaste et interdisciplinaire : histoire, musicologie, sociologie, anthropologie, etc.. avec la participation de plusieurs universitaires, ce qui constitue une avancée considérable pour le tango. Le monde universitaire reste dans sa très grande majorité très indifférent, pour ne pas dire franchement hostile au tango et à l’art populaire national en général. A la limite, les universitaires argentins sont capables de s’intéresser de très près à l’art de la balade irlandaise ou au chant polyphonique corse et d’ignorer complètement le tango, tout à côté d’eux.

Ce week-end, c’était la deuxième édition de ce colloque, monté par le Centre FECA (Foro y Estudios de Cultura Argentin) qui dépend du Centre culturel Konex à Buenos Aires (1). Le FECA a pour objectif d’élever le niveau de la recherche sur le tango, le long dédain des chercheurs expliquant qu’au milieu d’une sur-abondante production éditoriale sur le tango, seule une petite poignée d’auteurs, eux-mêmes souvent issus d’une formation universitaire assez poussée (Horacio Ferrer, Horacio Salas, Oscar del Priore, Luis Alposta, Roberto Selles...), publient des ouvrages qui dépassent le niveau de la collection d’anecdotes, du relevé d’exemples à l’appui d’une thèse non développée (Esos malditos tangos, de Ricardo Horvath, est un bel exemple de ce genre d’étude inachevée), des souvenirs personnels ou de seconde main et des dictionnaires, plus ou moins complets, plus ou moins profonds et plus ou moins exacts, quand il ne s’agit pas de thèses pseudo-savantes qui ne tiennent pas la route, comme le livre de Irene Gardés qui affirme détenir le secret de la généalogie paternelle de Gardel (voir mon article à ce sujet) ou celui de deux non-chercheurs qui, eux, cherchent à discréditer toutes les hypothèses émises sur la genèse du tango sans en proposer aucune autre à la place (voir mon article sur la réédition de leur pavé, très cher, qui plus est). C’est cette pauvreté intellectuelle au milieu de l’abondance éditoriale qui explique par exemple l’importance attachée par la Academia Nacional del Tango à la remise d’un diplôme de docteur honoris causa à Horacio Ferrer par la Universidad del Salvador, en octobre dernier (2) ou à la signature en mai d’un partenariat avec l’université de Salamanque en Espagne, signature pour laquelle il s’est déplacé en personne.
L’enjeu de cette élévation du niveau de la recherche est d’autant plus capital que deux choses se jouent aujourd’hui à travers le tango : d’une part l’élaboration progressive d’une culture populaire nationale de nature citadine (surtout dans la région de Buenos Aires) et d’autre part la constitution de mythes fondateurs argentins (et même uruguayens pour certains d’entre eux) sans lesquels il n’y a d’identité nationale nulle part au monde (en l’occurrence, autour de la figure de Gardel, mais aussi de celles de Arolas, Pugliese, Troilo, autour de lieux comme El Armenoville, le café de Hansen ou les cabarets des années 30, autour du rôle socio-culturel qu’a joué, dans la société portègne, à la charnière entre 19ème et 20ème siècles, la mala vida, terme qui regroupe la délinquance, la criminalité, l’univers carcéral et la prostitution, un rôle survalorisé et falsifié dans par exemple, les synopsis habituels et passe-partout des spectacles de tango for export). Il est donc très important de faire, dès à présent, presque 150 ans après le début de la grande vague d’immigration quia modelé l’Argentine actuelle, la part de la réalité historique et celle de la mythogénèse, un phénomène dont la recherche universitaire n’a qu’une connaissance a posteriori, reconstituée à travers la confrontation entre le mythe perceptible aujourd’hui, le témoignage de la production écrite et des oeuvres d’art à travers le passé et l’archéologie (c’est ainsi qu’ont été menées les études des mythes qui fondent ou ont fondé les civilisations occidentales et orientales, contemporaines ou antiques, les civilisations pré-colombiennes, africaines, sémitiques, et très peu dans l’observation du phénomène en direct).
Les contributions à la première édition du colloque, l’année dernière, ont été rassemblées dans un livre catalogue, intitulé Escritos sobre tango, vendu aux congressistes et présenté à la presse.

Pour aller plus loin :
Lire l’article de Carlos Bevilacqua dans Página/12

(1) Le sigle est aussi une sorte de jeu de mot. Feca, c’est café en verlan. Or le café, surtout quand on l’appelle feca, st un lieu essentiel pour la constitution de la culture locale dans les villes argentines, et surtout celle de Buenos Aires.
(2) On a un peu trop tendance, à Buenos Aires même hélas, à attribuer toutes ces démarches de la Academia Nacional del Tango à de la vanité de la part d’Horacio Ferrer, son président. C’est une profonde erreur : Horacio Ferrer dépense une énergie colossale pour élever autant qu’il est possible (et même au-delà du possible) le niveau général, intellectuel et culturel, du tango. Cela n'aurait aucun sens de réaliser tout ce travail sans en faire connaître l'existence et les résultats. Pour atteindre un but aussi ambitieux et aussi nécessaire, il faut faire savoir que les démarches existent et que les marques de reconnaissance sont données. Voir tout ce qu'il fait en cliquant sur son nom dans la rubrique Vecinos del Barrio dans la Colonne de droite.

dimanche 13 décembre 2009

Re-Nelly Omar à la Esquina Homero Manzi [à l'affiche]

Photo Página/12 (avril 2009)

Après le grand concert en plein air de vendredi soir, sur Plaza de Mayo, à l'occasion de la Fête Nationale du Tango (voir mes articles sur el Día Nacional del Tango), la grande chanteuse Nelly Omar revient ce soir, dimanche 13 décembre 2009, à 20h, à la Esquina Homero Manzi, esquina San Juan y Boedo.
Elle sera accompagnée de ses guitaristes. La soirée sera présentée et commentée par Lionel Godoy, l'un des animateurs de la radio publique 100% de Buenos Aires, la 2 x 4 (voir le lien dans la Colonne de droite, rubrique Ecouter).

Pour aller plus loin :
accéder à l'ensemble des articles concernant Nelly Omar dans Barrio de Tango, en cliquant sur son nom, soit dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessous, ou dans la rubrique Vecinos del Barrio (habitants du quartier) dans la Colonne de droite.

Día nacional del Tango du côté officiel [Actu]

Vendredi dernier, 11 décembre 2009, l'Argentine fêtait, comme chaque année depuis plus de 30 ans, sa fête nationale du tango, comme le savent les lecteurs réguliers et attentifs de ce blog. Et si vous êtes un lecteur régulier et attentif et que vous avez loupé l'info, il faut d'urgence changer de lunettes !

La journée a été marquée par deux grands moments officiels : la réception par la Présidente de la République, dans son bureau de la Casa Rosada, de cinq artistes et personnalités emblématiques du tango, les Maestros Horacio Salgán et Leopoldo Federico, très à l'honneur cette année, l'éditeur Ben Molar, qui prit l'initiative de faire créer cette festivité, les chanteuses Adriana Varela et Amelita Baltar, toutes deux invitées de la Secretaría de Cultura (Secrétariat d'Etat à la Culture) sur Plaza de Mayo et pour la seconde particulièrement présente dans l'actualité ces dernières semaines comme Barrio de Tango en porte témoignage, avec la reprise récente d'un grand succès de 1973, Tres mujeres para el show (voir mon article à ce sujet) et créatrice de Balada para un loco, un tango qui marqua l'histoire lors de sa création il y a 40 ans tout juste (voir mes articles à ce propos).

Du côté du Gouvernement de la Ville autonome de Buenos Aires, en dépit de l'énorme scandale de la nomination du nouveau ministre de l'Education portègne (voir mon article de vendredi à ce sujet et mon autre article de ce jour même), il a été annoncé par Lidia Elman de Pugliese en présence de Hernán Lombardi, le ministre de la Culture, maintenu en place, que la station de métro Malabia, dans le quartier de La Chacarita, portera désormais le nom de Osvaldo Pugliese (accolé à son ancien nom, qui est géographique). L'annonce fait suite à une pétition organisée par Doña Lidia, qui est la seconde épouse du Maestro Pugliese, et à une promesse qu'avait faite Mauricio Macri, lorsqu'il avait annoncé l'année dernière le programme du Festival de Tango de Buenos Aires, qui était le premier de sa mandature (voir mon article du 31 juillet 2008 à ce sujet). La station Malabia-Osvaldo Pugliese (le changement de nom est entré en vigueur dès vendredi) se situe sur la Avenida Corrientes, à quelques mètres du monument à Osvaldo Pugliese, qui a été inauguré en 2005, pour les 10 ans de sa mort et les 100 ans de sa naissance, et qui a été restauré et réinauguré en juillet de l'année dernière (lire mon article à ce sujet).
Pour en savoir plus :
lire l'article de Clarín d'hier sur les célébrations de cette belle journée d'été.

Abel Posse persiste et signe [Actu]

Prestation de serment, Posse à gauche, Macir à droite. Photo d'agence (DyN)

Le nouveau ministre de l'Education du gouvernement de la Ville de Buenos Aires, Abel Posse, maintient les idées qu'il avait abordées dans un article de La Nación et où il tenait un discours très hostile au gouvernement argentin actuel (péroniste) et très indulgent pour les pratiques et l'héritage de la Junte au pouvoir entre 1976 et 1983, régime inconstitutionnel auquel il a prêté son concours comme diplomate (voir mon article du 11 décembre 2009).

Dans un interview accordée aujourd'hui au quotidien de gauche, Página/12, très hostile au gouvernement de la ville de Buenos Aires, il défend l'idée d'une amnistie (1) en faveur des accusés et condamnés au titre des divers crimes politiques commis pendant la Dictature (enlèvements, arrestations arbitraires, tortures, disparitions d'opposants, c'est-à-dire assassinats, vols de leurs enfants et dissimulation de l'identité familiale de ces derniers), il met en doute le nombre des victimes des disparitions, un peu comme chez nous les négationnistes par rapport au massacre des juifs par le régime nazi, et il s'en prend à nouveau aux syndicats enseignants, qui sont très actifs dans l'opposition au gouvernement de Macri. Il s'en prend aussi à diverses formes artistiques, dont le rock qu'il méprise ouvertement. A lire cette incise dans l'interview principale, il est plus que probable qu'il met le tango dans le même sac (le tango qui est une expression de contestation sociale et politique très nette, comme le montre différentes conférences dont j'ai déjà parlé dans ce blog, et récemment dans un article sur une conférence de Walter Piazza, de la Academia Nacional del Tango).
Avoir cette opinion sur le tango et sur le rock est son droit, à titre individuel. Qu'il l'exprime en sa qualité de ministre et de ministre d'une ville qui est le berceau du tango (comme du rock argentin) revêt une tout autre valeur. Et dans tous les cas de figure, de telles prises de position montrent clairement son caractère sectaire, fermé et peu en prise avec la sensibilité de la jeunesse portègne actuelle, lui qui prend pourtant les rênes d'un ministère qui intéresse la jeunesse au premier chef...
Et le plus drôle, vu d'Europe (vu d'Argentine, je doute que ce soit vraiment drôle), c'est qu'il se déclare contre les fast-food, ce qui est plutôt un signe d'intelligence, au moins diététique, et nous le rendrait presque sympathique, pour peu que nous n'ayons pas beaucoup de mémoire. Mais le Ministre l'a assuré, il ne va pas pour autant fermer les Mac Donald. Encore heureux mais c'est une grosse blague ! Comment un thuriféraire d'une Dictature militaire, mise en place en sous-main par la CIA en 1976, pourrait-il menacer aujourd'hui les intérêts économiques de l'Oncle Sam ?

L'énorme Mac Do, qui défigure l'un des angles de l'esquina Corrientes y 9 de Julio, peut faire son chiffre d'affaires en toute tranquillité : il a pris la place du Café el Nacional (où Osvaldo Pugliese a fondé son grand orchestre en 1939) et le Café El Nacional n'est pas prêt de ressusciter...
Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 de ce jour
lire l'article sur le rock et le tango
Lire l'analyse de Página/12 sur la stratégie de provocation délibérée poursuivie par Mauricio Macri à la tête du gouvernement portègne.

(1) Il a déjà existé une loi d'amnistie, dans les toutes premières années du retour à la Démocratie, sous le mandat présidentiel du défunt Raúl Alfonsín, parce qu'il n'était pas possible à l'Etat de se priver de ses piliers que sont l'Armée, le corps des magistrats, la police... Cette loi d'amnistie a été rapportée depuis et le gouvernement actuel, présidée par une ancienne avocate, Cristina Fernández de Kirchner, est le premier gouvernement argentin à faciliter la tenue des procès, dont récemment ceux du dernier dictateur, l'ex-général Bignone, et pas plus tard que le jour même de la prestation de serment du nouveau ministre portègne, d'une brochette de tortionnaires, dont l'ex-capitaine Astiz de sinistre réputation, déjà condamné par coutumace dans plusieurs pays d'Europe dont il a assassiné divers ressortissants, parmi lesquels deux religieuses françaises.

samedi 12 décembre 2009

La 3ème semaine du Festival de Tango en el Tasso [à l'affiche]

C'est la troisième semaine du 6ème Festival de Tango au Centro Cultural Torcuato Tasso de San Telmo qui s'ouvrira mercredi prochain.
Au programme de cette 3ème semaine :
Le 16 décembre 2009 : le groupe La Chicana, conduit par le compositeur et guitariste Acho Estol et sa compagne, la chanteuse Dolores Solá, surnommée la Lola, à 22h. Entrée : 50 $.
Le groupe sera à Paris, au théâtre El Alhambra, le 13 février 2010. Voir en Colonne de droite jusqu'au jour du concert au moins.
Le 17 décembre : un nouveau concert partagé entre deux formations mythiques, le Sexteto Mayor et le Quinteto Real, à 22h, comme en novembre. Entrée 70 $. Voir à ce propos mon article sur la série de leurs concerts au Tasso en novembre dernier.

Le 18 décembre : la comédienne et chanteuse Soledad Villamil, à qui sa carrière d'actrice à la télé et au cinéma a donné une grande notoriété et qui s'est lancée (ou a été lancée) dans le tango, avec un évident succès commercial et une forte contestation d'une partie du public. C'est à 22h, heure locale bien sûr, et l'entrée est fixée à 50 $, ce qui est n'est pas excessif vu la personnalité de la dame.
Plus tard dans la soirée, le chanteur Dema et et sa formation, la Petitera, pour la trasnoche. La trasnoche démarre généralement quelques minutes avant minuit. Dema et la Petitera font partie des quelques artistes en résidence dans ce centre culturel de San Telmo.
Le 19 décembre : la Selección Nacional del Tango, que le public a pu applaudir hier pendant le concert gratuit de Plaza de Mayo pour le Día Nacional del Tango, à 22h. L'ensemble est dirigé par le Maestro Leopoldo Federico. La chanteuse Adriana Varela et le pianiste et compositeur Atilio Stampone seront les invités du groupe. Entrée : 120 $.
Le même jour, la trasnoche sera occupée par le groupe El Yotivenco, du chanteur et acteur Rodrigo de la Serna, dont je vous ai parlé à l'occasion de la présentation du disque posthume de Alorsa, le 3 octobre dernier (vous reporter à mon article à ce sujet).
Relâche le dimanche. Reprise le 23 décembre et fin du festival le 26 décembre prochain.

Lucio Arce et Marilina Mozzoni à la Biblioteca Café demain à 17h [à l'affiche]

Affiche diffusée par Lucio Arce

Demain, dimanche 13 décembre 2009, à 17h, dans le cycle Mate a Tempo Merienda y Música, dont j'avais déjà parlé à propos du concert qu'y a donné Cucuza le jour de la fête des mères, qui tombait cette année le 18 octobre en Argentine, la chanteuse cordobaise Marilina Mozzoni et l'auteur-compositeur-interprète Lucio Arce, que les lecteurs de Barrio de Tango commencent à bien connaître, partageront ce moment de l'après-midi proposé à l'heure du five o'clock mate avec toute la collation traditionnelle (et je peux pour dire qu'elle est copieuse) pour la somme minime de 35 $.... Concert compris, bien sûr.

La Biblioteca Café se trouve sur l'avenue Marcelo Torcuato de Alvear, au numéro 1155, dans le quartier de Retiro.

Marilina Mozzoni sera accompagnée à la guitare par Carlos Filipo dont je parlais récemment au sujet du concert du groupe Guitarra Negra au CAFF, dont fait partie Carlos Filipo.

Lucio Arce sera quant à lui accompagné, non pas comme d'habitude par son groupe, Los del Zaguán, mais par notre ami, que vous connaissez maintenant très très bien depuis 18 mois que je tiens ce blog : Moscato, Maximiliano Luna de son vrai nom, dont je parlerai encore très prochainement puisqu'il sera aux côtés des chanteurs Cucuza et Dolores Solá au Café El Faro, de Villa Pueyrredón, vendredi prochain.

Joli concert à ne pas manquer demain après-midi donc, si vous vous trouvez à Buenos Aires.
Et, à l'issue du double récital, vous pourrez saluer de ma part, en espagnol ou en anglais, voire même en français, Moscato et Lucio. Lucio et moi sommes devenus des amis dans des circonstances terribles, juste avant et juste après la mort de notre ami commun, Alorsa, dont je vous parlais souvent dans ces colonnes. Ce sont souvent, hélas, de très bonnes fondations pour les amitiés solides... L'amitié avec Moscato est plus ancienne et date d'un premier séjour de ce dernier dans la région de Marseille qu'il adore.

Présentation du nouveau recueil de poème de Héctor Negro [Disques & Livres]

Ce sera mardi 15 à 18h30 à la Academia Porteña del Lunfardo, Estados Unidos 1379, dans le cadre de la Foire aux Livres de tango et de lunfardo, que sera présenté le tout nouveau livre du poète Héctor Negro : Cantaré hasta el fin (je chanterai jusqu'à la fin).
L'introduction sera confiée à Marcelo Oliveri, l'éditeur, dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler à l'occasion de la réédition de Lunfardía, pour les 90 ans de son auteur, le président de la Academia, José Gobello, fin connaisseur du tango et letrista à ses heures perdues.

La présentation elle-même sera faite par le poète Alejandro Szwarcman, que vous connaissez aussi pour plusieurs articles qui lui ont été consacrés dans Barrio de Tango.
Héctor Negro sera présent lors de cette conférence et il lira lui-même quelques uns des poèmes du recueil. Le chanteur Carlos Varela en interprétera de son côté plusieurs tangos.

A ne pas louper.

Présentation ce soir du livre de Hernán Sotullo par Luis Alposta [Disques & Livres]

Couverture du livre, envoyée par Luis Alposta

Luis Alposta, qui joue les correspondants permanents à Buenos Aires pour Barrio de Tango, tandis que Solange Bazely endosse de temps à autre la tenue d'envoyée spéciale, malgré un agenda particulièrement chargé, le poète Luis Alposta, disais-je, présentera aujourd'hui l'étude que Hernán Sotullo a consacré au thème des voyous (pungas, en lunfardo) et de la prison (gayola, en lunfardo) dans le tango et dans le lunfardo.
Cette présentation a lieu aujourd'hui, 12 décembre 2009, à la Academia Porteña del Lunfardo où se tient la Foire du livre de tango et de lunfardo jusqu'au 30 décembre prochain (lire mon article à ce sujet).

En même temps qu'il m'a envoyé la photo de la couverture, Luis m'a aussi fait parvenir le texte de son allocution. Mais avec le décalage horaire entre nos deux pays et mon travail salarié pendant la semaine (ce blog n'ayant pas plus que mes futurs bouquins vocation à être mes gagne-pain), je n'ai guère le temps de vous traduire dès aujourd'hui cette conférence in extenso. En revanche, à partir du 25 décembre, les Portègnes vont partir en vacances d'été, ils vont se ruer sur les plages de Mar del Plata ou de Bahía Blanca ou aller prendre un bol d'air pur du côté de Córdoba, Mendoza, San Luis ou Bariloche. De toute manière, les artistes de tango vont déserter Buenos Aires et la livrer aux touristes. Donc là, j'aurai, peut-être, le temps de mener cette tâche à bonne fin. Même si une précédente conférence de Luis Alposta m'a offert la matière de mon article n° 900, celle-ci pourrait faire à nouveau un joli sujet pour l'article 1100 qui devrait se présenter en janvier (celui-ci est le n° 1048). Comme dirait l'autre, quand on aime, on ne compte pas.

D'ici là, je vous explique seulement que la couverture fait allusion à un poème lunfardo de Carlos de la Púa (1898-1950), Linea 9, dont le chanteur et compositeur Edmundo Rivero avait fait une milonga en le mettant en musique. Et voyez comme tout se tient : Luis Alposta, grand ami d'Edmundo Rivero, qui a mis en musique plusieurs de ses poèmes, a très bien connu également ce poète majeur que fut Enrique Cadícamo, dont Carlos de la Púa, dit aussi El Malevo Muñoz (dont le vrai nom était Carlos Muñoz del Solar) (1) était un ami personnel très proche. Lui-même, Luis, a beaucoup travaillé sur le rôle de la prison et du milieu dans la genèse du lunfardo. Avec Daniel Melingo, il a reconstitué de nombreux poèmes de Andrés Cepeda (1878-1912), qu'on a appelé le poète de la prison, parce qu'il passait le temps lors de ses incarcérations à écrire des poèmes, très beaux soit dit en passant. Le type, qui passe pour le Villon argentin, quand il ne faisait pas de mauvais coups était un payador (improvisateur de vers et de musique ambulant, à travers villes et campagnes). Avec Daniel Melingo aussi, Luis a travaillé sur une série de tangos qui vont chercher dans le rébétiko grec des sources communes aux deux genres : la délinquance comme réponse sociale à la répression des possédants, l'univers carcéral, les solidarités louches, l'homosexualité d'occasion, la contestation par la violence... (2)

Voici de Linea 9 et traduits par mes soins le quatrain du début et le quatrain de fin :

Era un boncha** boleao, un chacarero,
que se tomó aquel nueve en el Retiro;
nunca vieron esparos y lanceros
un gil al acuarela más a tiro.
Carlos de la Púa
(les mots suivis d'une double astérisque sont en verlan)

C’était un cheman**, une bûche, un vrai jacques ;
Qui se prit ce bon vieux tram 9 au Retiro
; (3)
Jamais pickpockets ni guetteurs ne virent
Crétin des Alpes plus à portée de main
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Era un bondi de línea requemada,
con guardia batidor, cara de rrope;
si no saltó cabrón por la mancada
fue de chele** nomas, de puro dope**.
Carlos de la Púa

C’était un tram d’une ligne mal fréquentée,
Le contrôleur était une balance à gueule de faux-derche ;
S’il n’a pas sauté, l’air fin, pris la main dans le sac.
Ce fut un coup de bol, c’est tout, la vraie karaba**
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La milonga Linea 9, vous pouvez l'entendre chantée par Edmundo Rivero dans le double CD En Lunfardo, Edmundo Rivero, qui est la réédition de deux disques enregistrés respectivement en 1963 et 1967 et sortis tous deux chez Philips (dont le catalogue a été racheté par Universal). Les pochettes originales arboraient des dessins de Juan Carlos Castagnino, un grand peintre dont on peut maintenant visiter l'atelier-domicile dans le quartier de San Telmo (la maison est devenue un musée), et une présentation signée du grand écrivain argentin Ernesto Sábato. La réédition est présentée par Oscar del Priore (et ce n'est pas mal non plus).

Voilà ! Maintenant, vous avez au moins deux idées originales pour vos cadeaux de Noël ! Un disque et un livre.

Et puis pour faire le lien avec le Retour sur images que je publiai hier (grâce à Solange Bazely) sur le concert qui a marqué, le 2 décembre dernier, à Buenos Aires, les 40 ans de la création de Balada para un loco, voici ce que m'en a dit Luis Alposta le lendemain :

Esta noche [...] estuvimos en los festejos por el 40° Aniversario de "Balada para un loco", que se realizó en el anfiteatro del Parque Centenario.
Actuaron la Orquesta del Tango de Buenos Aires; invitados: Pablo Agri, Amelita Baltar y, por supuesto, Horacio Ferrer.
Bailarines: Paola Parrondo y Víctor Nieva.
El espectáculo duró dos horas y fue realmente algo ¡fantástico! ¡Gran éxito de público! A Horacio se lo veía feliz.
Luis Alposta

Cette nuit [...] (4) nous sommes allés à la fête pour le 40ème anniversaire de Balada par un loco, qui s'est tenu à l'Amphithéâtre du Parc Centenaire.
Se sont produits la Orquesta de Tango de Buenos Aires, avec pour invités, Pablo Agri, Amelita Baltar et, bien sûr, Horacio Ferrer.
Les danseurs étaient Paola Parrondo et Víctor Nieva.
Le spectacle a duré deux heures et ça a été réellement un truc fantastique ! Un public énorme. Horacio, on voyait qu'il était heureux
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Luis Alposta a déjà envoyé ses voeux pour 2010 : ce sont les mêmes qu'en 2009. Changez juste le millésime. Son portrait ahurissant de Carlos Gardel, en trois ou quatre traits en tout et pour tout... (voir mon article du 31 décembre 2008).

(1) Carlos de la Púa, cela veut dire Carlos de la pointe, de l'aiguille, du dard. C'est-à-dire qu'il pique, qu'il égratigne ou qu'il trucide à l'arme blanche. Le contraire du gentil. Et El Malevo Muñoz comme l'ont surnommé ses amis, cela veut dire Muñoz le Voyou (au deux sens du terme : un homme du peuple mal élevé et un hors la loi). Et de fait, le type n'était vraiment pas sortable, une sorte de Serge Gainsbourg (la dégaine aussi, en plus armoire à glace) qui n'aimait rien tant que provoquer par son comportement et ses propos les bien-pensants et se faire poil à gratter d'une société portègne corsetée dans des a priori de respectabilité et des rêves d'embourgeoisement que lui haïssait de toutes ses forces.
(2) voir l'article que j'ai consacré à une autre conférence de Luis Alposta, sur le lunfardo, prononcée à Rosario en septembre dernier et que je vous ai traduite en octobre.
(3) Retiro : un quartier de Buenos Aires, dont je parle assez souvent dans mes articles. C'est à Retiro que se trouve la Biblioteca Café où aura lieu demain le récital de Lucio Arce. C'est aussi le quartier de la gare sans doute la plus importante de Buenos Aires, donc un noeud de communication avec métro, bus et anciennement lignes de tram.
(4) Luis me citait là les personnes qui l'accompagnaient, sa femme, l'un de leurs enfants et un couple d'amis.

vendredi 11 décembre 2009

40 ans de Balada : un retour sur image et un reportage de Solange Bazely [à l’affiche]

C’est à titre tout à fait exceptionnel que l’article qui suit est publié dans Barrio de Tango.
Pour la première fois, l’article n’est pas de moi.
Il m’a été envoyé très gentiment par Solange Bazely, qui se trouve actuellement à Buenos Aires et vous offre et ces photos et ce compte-rendu, d’un grand événement : la célébration le 2 décembre dernier des 40 ans de la création de Balada para un loco, un tango qui a révolutionné le genre, le 16 novembre 1969, lors du concours de la chanson de Buenos Aires.

Solange Bazely est une fine experte du tango et de sa culture. Elle collabore bénévolement à la revue française Tout Tango, éditée à Montpellier (vous pouvez accéder au site du magazine grâce au lien situé dans la rubrique Eh bien dansez maintenant !, dans la partie inférieure de la Colonne de droite). Elle est l’auteure d’un livre sur le bandonéon, qui reste encore à publier et qui fera à n’en pas douter référence dans ce domaine, non seulement en français mais dans toute la littérature tanguera dans toutes les langues. Ce n’est pas moi qui le dis mais Walter Piazza, qui fut le premier à m’en parler en août 2008 dans son bureau de la Academia Nacional del Tango. L’avis d’un tanguero pareil, ça vous pose un bouquin...

Voici donc, en caractères bleu profond, l’article et les photos que Solange m’a fait la gentillesse de m’envoyer il y a quelques jours et que j’ai réservé pour marquer dans Barrio de Tango cette fête du tango et ce double anniversaire de naissance, de Carlos Gardel et de Julio De Caro.

Le Maestro Horacio Ferrer (avec sa bouteille d'eau à ses pieds)

Les 40 ans de Balada para un loco, événement organisé par le ministère de la culture de la ville de Buenos Aires qui devait se dérouler le vendredi 27 novembre a été reporté au mercredi 2 décembre pour cause de pluie. L'amphithéâtre Eva Perón du Parque Centenario fraîchement rénové en juin dernier n'était pas complet. Avec 1620 places assises et une scène de 18m x 12m et tout ce qu'il faut au niveau lumière et son. Comme souvent ici, pour un événement gratuit, il faut retirer les places à l'avance.

Cette soirée anniversaire se fait en hommage à cette Balada para un loco qui ne remporta pas le prix d'un Concours organisé au Luna Park il y a 40 ans. Aujourd'hui, personne ne se souvient plus du thème qui remporta le premier prix mais uniquement de cette Balada para un loco, fruit de l'imaginaire et d'une vision nouvelle qui a fait le tour du monde, grâce aux talents réunis de la poésie d'avant-garde d'Horacio Ferrer, avec la musique non moins rebelle d'Astor Piazzolla par la voix d'Amelita Baltar et qui a ouvert tant de chemins en marquant l'histoire du genre.

Les Maestros Néstor Marconi et Raúl Garello

Présentée par l'incontournable Oscar del Priore, cette soirée a été retransmise en direct par la radio la 2x4, unique radio à ne diffuser que du tango. Tout commença par une ouverture de rideau épique puisqu'il fit tomber quelques micros qu'il fallut relever dès le début de la première des quatre saisons de Piazzolla magnifiquement interprétées par l'Orchestre de la ciudad de Buenos Aires, soit 30 musiciens, dirigés d'abord par Raúl Garello puis par Juan Carlos Cuacci qui en ont assuré les arrangements. Leonardo Ferreyra vibre et nous fait vibrer avec ses parties de violon solo qu'il joue sur le bord de sa chaise, presque debout parfois autant que Julio Pane dans des solos de bandonéon pendant lesquels les autres musiciens en profitent pour remettre les pinces à linge qui leur tiennent les partitions, plein air oblige. Les moustiques virevoltent autour de la scène, attirés par la lumière, pendant que les grillons du Parque Centenario servent de bourdon musical (1).

Néstor Marconi

La musique nous emporte, dans sa version élargie à cet orchestre soutenu par la ville depuis 1980, avec Hernan Posseti au piano, aux contrebasses Marisa Hurtado enceinte jusqu'aux dents et Juan Pablo Navarro, croisé si souvent depuis le début de ce séjour. Aux bandonéons : Julio Pane, Federico Pedreiro, Carlos Corrales, Osvaldo Montes et Mariano Cigna.

Et dire qu'aujourd'hui ce serait aussi l'anniversaire d'Osvaldo Pugliese ! Buenos Aires regorge de tango et de nuits où l'on ne dort pas.
Ensuite, le chanteur Marcelo Tomassi fera siennes les paroles d'Horacio Ferrer : El Gordo triste (musique de Piazzolla), puis Viva el Tango (musique et direction de Raúl Garello) puis la Milonga del Trovador (musique de Piazzolla dont la version de Jairo est la plus connue).

Amelita Baltar et Néstor Marconi

Horacio Ferrer apparaît, toujours élégant et calme qui nous régalera littéralement de ses mots choisis dans son dit-chanté si particulier, s'aidant en cela de ses majestueuses mains, si vivantes, qu'elles disent avec lui Chiquilín de Bachín avec son texte introductif des plus émouvants sur ce gamin qui vend ses roses autour des tables du restaurant. Puis Preludio para el año 3001 et son Mi viejo Piazzolla, "mi mágico Astor", en hommage à son ami et complice Piazzolla dont il finit par "tocas con las teclas de mi corazón" (tu joues avec les touches de mon cœur), accompagné par Trepiana au piano sur la musique d'Oblivión et en prélude une musique écrite par Daniel Piazzolla, le fils d'Astor.
Des applaudissements à tout rompre, tant l'émotion et l'affection sont grandes pour cet homme de lettres, également homme de scène. Il poursuit pour notre plus grand plaisir en racontant comment il a écrit le thème suivant, alors que Piazzolla lui laissa une cassette avec une nouvelle musique et qu'il neigeait sur l'Ile Saint-Louis où il vivait : Será que estoy llorando ! Effectivement très émouvant et à pleurer ! Une vague d'applaudissements déferle, c'est ahurissant. Puis il remercie ensuite, avec une grande émotion qui lui serre la gorge, les trois médecins qui lui ont sauvé la vie cette année ainsi que "la femme dont je suis le mari". On voudrait qu'il ne quitte pas la scène.



Un hommage à Antonio Agri, celui qui fut dix ans le complice d'Astor Piazzolla au violon, sera également rendu, grâce à son fils, Pablo Agri, également génie du violon, dans un Oblivión très sensible, magnifique, tout en nuances, en trio avec Gabriel de Lio à la basse électrique et Marisa Hurtado à la contrebasse. Ils joueront ensuite un autre thème de Piazzolla en quintette avec Julio Pane au bandonéon et Hernán Possetti au piano. Avec le vent, tout s'envole et le pianiste vient secourir Pane qui ne peut quasiment plus jouer et un technicien remet à l'envers les partitions de Gabriel... ce qui perturbe le début du thème, pourtant magnifique. Pablo est inspiré, bien planté sur ses jambes, sur lesquels il se balance comme avant lui son père, joueur et trublion.

Oscar del Priore nous informe que Aníbal Arias à la guitare et Osvaldo Montes au bandonéon vont partir à la retraite : ils l'ont bien mérité !

Néstor Marconi et Amelita Baltar

Puis l'Orchestre de Tango de la ciudad de Buenos Aires revient, cette fois-ci dirigé par Nestor Marconi qui a assuré les arrangements, joue Libertango puis un pot-pourri de divers thèmes de Piazzolla. Pour cela, il commence par un brillant solo de bandonéon, puis dirigera laissant la place à un très sensible solo de bandonéon de Raúl Garello qu'il invite.

Horacio Ferrer et Amelita Baltar réunis à nouveau...

La fin approche avec la présence rayonnante d'Amelita Baltar, très professionnelle et émouvante, aux côtés de l'orchestre, toujours dirigé par Nestor Marconi. Elle chantera la Milonga del anunciación issu de l'operita María de Buenos Aires, puis La última grela et Balada para mi muerte dont elle avoue que c'est son thème préféré. Et on comprend pourquoi avec cette force combinée des paroles et de la musique.

Puis le clou final présenté par Diego Rivarola, directeur général de la musique de Buenos Aires pour une version surpuissante de la Balada para un loco, avec un récitatif où le vent se lève et un bis pour lequel Horacio Ferrer revient sur scène. Le public est debout, absolument conquis sous la pleine lune qui illumine tout Buenos Aires.

Solange Bazely
Buenos Aires, 2 décembre 2009