lundi 2 août 2010

Alfredo Arias et toute la troupe à l’Alvear pour une version argentine de Tatouage [à l’affiche]

Alfredo Arias et toute la troupe de Tatouage sont à Buenos Aires pour jouer la pièce avec son titre et son texte argentins (Tatuaje). Le spectacle se donnera plusieurs soirs par semaine pendant trois semaines au Teatro Presidente Alvear, Corrientes 1659.

La première a lieu vendredi 6 août d’après le site du Complexe Théâtral de Buenos Aires (Clarín avance néanmoins la date du jeudi 5 août)

Le spectacle se donnera du mercredi au samedi, à 21h, et le dimanche, à 19h30. Plus tard dans l’année, les artistes reviendront en France où une tournée de cinq mois est prévue, qui doit passer par le Théâtre du Rond-Point à Paris en avril 2011 et à Nice en mai (où les représentations auront lieu à guichets fermés. C’est déjà complet).

Prix des places à Buenos Aires du jeudi au dimanche : 50 $ à l'orchestre, 30 $ au premier balcon et 15 aux autres étages
Le mercredi (jour à prix réduit, dit jour populaire -ça existe encore à Buenos Aires) : orchestre et premier balcon à 25 $ et ailleurs à 10 $.

Photo publiée par le site de Clarín

Alfredo Arias est entouré de la même distribution qu’à l’automne dernier à Paris au Théâtre du Rond-Point : Carlos Casella, Marcos Montes, Sandra Guida et Alejandra Radano.

Ceux qui ont vu le spectacle à Paris et les lecteurs de ce blog qui ont lu mes articles à son sujet en novembre, décembre et janvier, se souviennent que ce spectacle est une évocation fantastique et passablement onirique de deux figures exceptionnelles, celle d’un chanteur espagnol homosexuel et efféminé, chassé d’Espagne par le franquisme, et celle d’Eva Perón, dont les Argentins ont célébré le souvenir, il y a quelques jours, à l’occasion des 58 ans de sa disparition (voir mon article du 27 juillet 2010).

La semaine dernière, le jeudi 29 juillet 2010, Clarín a donc saisi l’occasion pour interviewer l’auteur-metteur en scène et comédien après le succès parisien (mes lecteurs se souviennent sans doute qu’en octobre, Página/12 avait publié lui aussi une interview mais avant les représentations parisiennes… Voir mon article du 27 octobre 2009)

Extraits de l’interview :
Aunque su vida transcurre desde hace décadas en París y es uno de los directores de elite en la escena europea, cada visita a la Argentina lo ubica en una situación singularmente sensible. “Me he relatado como un argentino en idioma francés y es difícil unirse emotivamente a la lengua extranjera”, dice. “Con los años me di cuenta que me he refugiado en otra cultura, la francesa. Por eso en Buenos Aires me conmueve y fragiliza enormemente decir cosas en español. Hace poco fui a un médico por un resfriado y me preguntó ¿De dónde venís? Tenés un acento ... y eso me arruinó el día. Me siento profundamente argentino, a pesar de haber vivido cuarenta años en Francia.”
Clarín

Bien qu’il ait fait sa vie depuis plusieurs décennies à Paris et qu’il soit l’un des metteurs en scène très recherché de la scène européenne, chaque visite en Argentine le place dans une situation singulièrement délicate. "Je me suis identifié comme Argentin de langue française et c’est difficile de s’unir à la langue étrangère sur le plan émotionnel, dit-il. Avec les années, je me suis rendu compte que je m’étais réfugié dans une autre culture, la culture française. A cause de ça, à Buenos Aires, dire des choses en espagnol, ça me touche et me fragilise énormément. Il y a peu, je suis allé chez le médecin pour un rhume et il m’a demandé : «d’où viens-tu ? Tu as un accent...» et ça m’a fichu la journée en l’air. Je me sens profondément argentin, même si j’ai passé quarante ans en France".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

De la marca que le dejó Evita, dice Arias: “Yo fui un niño peronista. En mi familia eran radicales y yo milité individualmente por Eva Perón. Tengo su imagen ligada a una expectativa: de chico me imaginaba que ella iba a pasar por mi barrio regalando juguetes en un tren. Fue un personaje fantasma, nunca la vi, pero la aspiración de acercarme y de cultivarla como una especie de esperanza de algo diferente, extraordinario, me hizo mantener esa actitud hacia ella”.
Clarín

De l’empreinte qu'Evita a laissée sur lui, Arias dit : "J’ai été un enfant péroniste (1). Dans ma famille, on était radical (2) et moi, j’ai milité personnellement pour Eva Perón. Son image est chez moi liée à une attente : petit, je m’imaginais qu’elle allait passer en train dans mon quartier en distribuant des jouets. Elle a été un personnage phantasme, je ne l’ai jamais vue mais l’aspiration à m’approcher d’elle et à la soigner comme une espèce d’attente (3) de quelque chose de différent m’a fait maintenir cette attitude envers elle".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Sur le chanteur Miguel de Molina, qui partage la pièce avec le personnage d’Evita, Alfredo Arias parle des innovations artistiques qu’il apporta à la scène et cette identité sexuelle ambigüe qui provoquait les hommes et en laissait pas les femmes indifférentes. Puis l’interview se prolonge :

¿Piensa que la homosexualidad era también una situación política que molestaba en la época?
No, creo que la poesía y lo extraño del personaje era lo que irritaba. El mismo lo dice: Si hubo otras más locas que yo, ¿por qué me persiguieron a mí? Tampoco era un personaje tan desencajado. La persecución va a buscar la poesía, del mismo modo que mataron a Lorca, también lo persiguieron a él. Lo que se cuenta en la historia de su vida que decidí incluir en este espectáculo es que fue un homosexual quien lo persiguió, un tipo que formaba parte del gobierno español, que hizo de su persecución un objeto de odio. Molina despertaba su deseo y a veces la gente quiere matar antes de exhibir lo que le pasa.
Clarín

Vous pensez que l’homosexualité était aussi une situation politique qui gênait à l’époque ?
Non, je crois que la poésie et le côté étrange du personnage, c'était ça qui causait de l’irritation. Lui-même le dit : "S’il y avait d’autres folles que moi, pourquoi m’ont-ils persécuté, moi ?" D’ailleurs, ce n’était pas non plus un personnage aussi disjoncté que ça. La persécution s’acharne sur la poésie, de la même manière qu’ils ont tué Lorca, ils l’ont persécuté, lui. Ce qui est raconté dans l’histoire de sa vie et que j’ai décidé de mettre dans le spectacle, c’est que c’est un homosexuel qui l’a persécuté, un type qui faisait partie du gouvernement espagnol, qui, en le persécutant, en a fait un objet de haine. Molina suscitait son désir et parfois, les gens préfèrent tuer plutôt que de montrer ce qui leur arrive.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

¿Cómo considera su diálogo con el público argentino?
Es algo sincopado. Porque en Francia tengo una continuidad, saben mi historia, tenemos lugares donde nos esperan. En Niza, por ejemplo, tenemos vendidas las entradas para nuestras funciones en mayo. Aquí es diferente. Yo lo veo así: esta ciudad es un laboratorio de mi memoria, con situaciones infinitas que enfrento. Lo que pase, lo acepto como venga y como sea con el público que esté ahí.
Clarín

Quel regard jetez-vous sur votre dialogue avec le public argentin ?
C’est un truc syncopé. Parce qu’en France, j’ai une continuité, on connaît mon histoire, il y a des lieux où l'on nous attend. A Nice par exemple, toutes les places sont déjà vendues pour nos représentations de mai. Ici, c’est différent. Moi, je vois ça comme ça : cette ville est un laboratoire de ma mémoire, avec des situations infinies que j’affronte. Quoi qu’il arrive, je l’accepte comme ça vient et avec le public qui est ici.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

L’interview se termine sur les projets cinématographiques de l’artiste. Je vous laisse découvrir dans l’article de Clarín de quoi il retourne…

Pour aller plus loin :
Lire l’entrefilet de Clarín sur l’album souvenir d’une admiratrice de Miguel de Molina
Consulter la page du spectacle sur le site du Complejo Teatral de la Ciudad de Buenos Aires
Pour lire les autres articles déjà parus dans Barrio de Tango sur ce spectacle, cliquez sur le nom d’Alfredo Arias dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou sur les noms des deux interprètes féminines qui se sont produites récemment à Buenos Aires à l’occasion du Bicentenaire, entre autres…

(1) Voir à ce sujet ce qu’il en dit dans son livre de souvenirs, écrit avec Hervé Pons, L’écriture retrouvée, aux éditions du Rocher, mars 2008. Il a complètement viré sa cutie depuis et tient des propos très anti-péronistes aujourd’hui. Il faut dire qu’il a été sérieusement échaudé, dès son arrivée à Paris, par les persécutions qu’il a subies de la part de gros bras de l’extrême-droite française utilisés par Perón depuis son exil espagnol pour faire interrompre la pièce qu’il venait de monter, une oeuvre de l'Uruaguayen Copi, parlant déjà, de manière peu orthodoxe, du personnage qu'est Evita.
(2) Les radicaux, militants ou proches de l’UCR, sont, comme les péronistes, des nationalistes à forte dimension sociale. Quand, à travers un coup d'Etat éclatant et populaire, Perón a surgi dans l'arène politique au début des années 40, après le déclin qu'avait fait subir à l'UCR la Década Infame (1930-1943), le vieux parti des années 1890 vit en lui un terrible et redoutable concurrent (ce qu'il fut), voire un usurpateur de la place légitime que l'UCR s'était forgée dans l'histoire de l'Argentine et qu'elle n'a jamais récupérée depuis. Aujourd'hui encore, radicaux et peronistes se regardent en chiens de faïence et la toute première tentative de coopération entre ces deux grands partis de gouvernement installés à gauche, sous la forme d'une plateforme électorale formée par Cristina Kirchner et Julio Cobos, n’a pas fait long feu. Elle a lamentablement échoué comme le prouvent les relations détestables que la Présidente et le Vice Président, arrivés au pouvoir en décembre 2007, ont depuis juillet 2008. Aussi quelles que soient par ailleurs les bizarreries des adultes qui entouraient Alfredo Arias dans son enfance, son inscription tout minot (pas vraiment légale) aux jeunesses péronistes ne pouvait que très fortement déplaire à ses parents. Ce pourquoi il dit l'avoir fait.
(3) Alfredo Arias utilise un verbe et un substantif qui recouvrent deux significations différentes en français : espérer et attendre.

Le prochain disque de Leopoldo Federico et El Arranque [Disques & Livres]

Les samedis 7 et 14 août et les dimanches 8 et 15, à 17h, le Maestro Leopoldo Federico présentera à la Biblioteca Nacional, Agüero 2502, seul cette semaine et accompagné de l’orchestre El Arranque la semaine prochaine, son tout nouveau disque composé de ses œuvres rares, peu jouées, peu enregistrées.

Le disque, intitulé Raras partituras 6, est produit par Ignacio Varchausky et prend place dans une collection conjointe du label Epsa Music et de la Biblioteca Nacional. Le Maestro Federico y joue tout en soliste.

Chose exceptionnelle, le disque sera édité en format CD et en format vinyle de 180 grammes, qui devrait avoir un son de meilleure qualité.

Pour aller plus loin :
Lire l’entrefilet de Clarín du 28 juillet 2010 à ce sujet.

Mauricio Macri poursuit en justice les sans abri pour non assistance à personne en danger [Actu]

Ce matin, Página/12 a une nouvelle occasion de dénoncer Mauricio Macri, son ennemi juré, installé, depuis décembre 2007, à la tête du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, où il mène une politique ultra-libérale, très dure aux pauvres et aux fragiles et passablement propice aux affaires économiques.

C’est le 19 juillet dernier qu’un avocat du Conseil des Droits de Enfants et Adolescents de la Ville a porté plainte auprès des services de police pour non assistance (abandono) à mineurs en danger contre un couple sans toit, qui a trouvé refuge, avec ses enfants mineurs, sous le pont de l’autoroute du 25 de Mayo, dans le sud de Buenos Aires (à Buenos Aires, les autoroutes traversent toute la ville sur des voies aériennes, qui forment autant de ponts très larges, sous l'énorme tablier desquels on est un tout petit peu protégé du vent, du froid de l’hiver et de la pluie, mais pas du bruit ni de la pollution ni du passage des voitures dans la rue qui passe sous le pont et encore moins du passge des gros bras qui attaquent les sans logis pour les inciter à quitter la ville et à rejoindre la Province de Buenos Aires pour fuir les sévices dont ils sont l'objet dans la capitale).

Dès le lendemain, lui ont emboîté le pas différents ministres et directeurs de service de ce même gouvernement portègne. Le Procureur n’a néanmoins moins pas donné suite à ces dénonciations parce qu'il estime que les parents ainsi mis en cause se trouvent eux-mêmes en situation de grande précarité et que le fait de faire vivre ainsi leurs enfants ne peut pas leur être imputé comme un délit. En l'occurrence, les deux personnes que les dignitaires ont cherché à transformer en délinquants ou en criminels sont un homme de 51 ans qui exerce le métier de cartonero (chiffonier) et sa femme de 40 ans, qui n'a pas de papiers. Leurs deux enfants ont respectivement 10 ans et 10 mois.

Une nouvelle vague de froid polaire vient de s’abattre sur Buenos Aires, quelques jours après la fin de la première. La nuit, le thermomètre descend en-dessous de zéro, ce qui représente une température peu habituelle dans la capitale argentine et donc une pénible contrainte pour des organismes mal adaptés à de tels frimas. A l’aube du 4 juillet dernier, un nouveau-né, Luis Navarro Fernández, né dans la rue 25 jours plus tôt et dont les parents vivent sous ce même pont de cette même énorme autoroute, est mort d’une pneumopathie et les médecins de l’hôpital voisin, où sa mère s’est précipitée pour tenter de le sauver, n’ont pas pu le réanimer. Depuis, la famille, le père, la mère et leurs cinq enfants toujours en vie, a été logée dans un hôtel du quartier de Constitucion.

Comme j’ai eu l’occasion de le dire ici à plusieurs reprises depuis la fin de l’été austral, les gens qui se retrouvent à la rue à Buenos Aires le doivent en grande partie à la politique anti-sociale de Mauricio Macri. Aussi, dès qu’a été connue la nouvelle des plaintes déposées auprès des services de police par les instances municipales, deux députés siégeant au Congrès, membre de Proyecto Sur, l’un des partis socialistes argentins, dirigé par Pino Solanas, élu de la Legislatura de Buenos Aires, ont porté eux-mêmes plainte contre Mauricio Macri pour abus de pouvoir et manquement à ses devoirs de détenteur de l’autorité exécutive (incumplimiento de sus deberes de funcionario, terme qui, en Argentine, ne veut pas dire fonctionnaire mais haut-commis de l’Etat ou Ministre).

Les deux élus socialistes ont présenté leur requête, vendredi 30 juin, devant le tribunal criminel territorialement compétent : elle dit qu’on "peut difficilement trouver des cas dans lesquels on aura recouru de manière aussi manifeste à la criminalisation de personnes se trouvant dans un si haut niveau de vulnérabilité en violation des règles et des procédures en vigueur afin de dissimuler le manquement à ses propres fonctions".

La plainte est déposée nommément contre Mauricio Macri et plusieurs de ses ministres ainsi que contre les membres du Conseil des Droits des Enfants.

Les organismes sociaux estiment aujourd’hui qu’il y a à Buenos Aires environ 15 000 personnes à la rue mais le Gouvernement de la Ville n’en dénombre, lui, qu’à peine 1500. Sur ces 15 000 personnes, près d’un millier serait des mineurs d’âge, la plupart scolarisés. C’est beaucoup plus que ce que les organismes sociaux municipaux estimaient il y a un peu plus d’un an, en mai 2009, au début de l’automne (moins de 2000 personnes, ce qui à ce moment-là paraissait un chiffre exorbitant dans une ville comme Buenos Aires).

Pour en savoir plus :
Lire l’article de Página/12 de ce matin.
Lire mon article du 5 mai 2009 sur le nombre des sans abris déjà alors en forte croissance.
Lire mon article du 25 avril 2010 sur la tentative du Gouvernement portègne de placer les sans-abris dans les les lieux de culte la nuit contre une misérable rétribution pour les institutions religieuses qui se seraient ainsi nuitamment transformées en asiles, totalement inadaptés à cet objectif.
Lire mon article du 23 juin 2010 sur l’augmentation brutale de la mortalité infantile à Buenos Aires en 2009.
Pour ces questions relatives au niveau de vie, cliquez sur le mot-clé niveau vie dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour accéder aux articles qui en parlent dans ce blog.
Pour les questions de politique dans la ville même de Buenos Aires, cliquez sur le mot-clé GCBA (anagramme de Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires) dans le bloc Pour chercher.

samedi 31 juillet 2010

Ce soir, Barrio de Tango à l'Académie Esprit Tango à Paris [ici]

Ce soir, samedi 31 juillet 2010, conférence de votre servante à l'Académie Esprit Tango, pour y présenter Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru le 3 mai 2010 aux Editions du Jasmin, lesqulles, de leur côté, présentent aussi l'ouvrage au Salon du Livre de Vendôme (41), au Minotaure, dans le cadre du Festival EPOS (voir aujourd'hui les affiches dans la Colonne de droite).

La conférence a lieu à 19h, à l'Académie Esprit Tango, 3 rue des Vignoles, 1er étage (escalier au fond de la cour à droite), dans le 20ème arrondissement, M° Nation, Avron ou Buzenval. La conférence est d'accès libre et gratuit. Le livre, accompagné de son disque, sera en vente au prix de 24,90 € (chèque à établir à l'ordre des Editions du Jasmin).

A partir de 18h jusqu'à minuit, pratique habituelle du samedi soir (9 €, boissons comprises).
A 20h : cours de milonga, par Luis Bruni et Pascale Coquigny, niveau débutant et intermédiaires jusqu'à 21h
A 21h : cours de milonga, toujours par Luis et Pascale, niveau avancé, jusqu'à 22h.
Le cours est à régler à l'inscription sur place. 13 € par personne.

En raison de cette conférence, il est fort probable que je ne publierai pas d'autres articles sur ce blog aujourd'hui. Même si j'en rédige deux que j'ai sous le coude depuis deux jours. Dans ce cas, je les publierai dans la journée de demain ou de lundi.

Le Salon du Livre de Conte à Vendôme a lieu toute la journée de ce samedi, de 10h à 20h.
Entrée libre et gratuite. Cela se tient au Minotaure, rue César de Vendôme, à Vendôme. Barrio de Tango est présenté sur le stand des Editions du Jasmin, avec d'autres livres de ce catalogue riche en contes du monde entier.

vendredi 30 juillet 2010

L’Amérique du Sud redevient la source de richesse de l’Espagne [Actu]

Ou plutôt la planche de salut (tabla de salvación), comme le signale, moquerie au bout de la plume, le quotidien de gauche Página/12, qui s’amuse à faire un parallèle entre la situation économique présente et celle de l’Empire colonial… La tentation était inévitable en cette année de bicentenaire, non pas seulement pour l’Argentine mais pour de nombreux pays de la zone (región).

Pourtant, l’histoire ne bégaye pas. En fait, comme on le sait, l’Espagne paye très cher depuis deux ans une erreur stratégique de sa politique économique : à avoir fait du foncier touristique le moteur de son économie, elle a vu sa structure économique s’effondrer comme un jeu de cartes lorsque la crise s’est abattue sur le monde capitaliste à la fin 2008. Aujourd’hui, et c’est ce qui amuse tant la rédaction de Página/12 et son dessinateur, Daniel Paz, la croissance sud-américaine permet aux filiales espagnoles implantées dans la zone de compenser par les profits américains les pertes sur le territoire national. D’où le titre de l’article : en el siglo XXI, España se sigue haciendo la América (au 21ème siècle, l’Espagne se paye encore et toujours l’Amérique).

Au premier semestre de cette année, le filiale argentine de Telefónica, l'opérateur historique espagnol, a connu une croissance de 10,2 %. Le Brésil et l’Argentine arrivent ainsi parmi les meilleures sources de profit pour les entreprises de capitaux espagnols implantées là-bas : les banques BBVA et Santander en premier lieu, les fournisseurs d’accès en téléphonie mobile et internet sous la marque Telefónica ou dans des participations majoritaires ou importantes à des marques locales et l’entreprise pétrolière Repsol, qui possède la majorité de YPF, la compagnie argentine d'exploitation des gisements de pétrole patagoniens, qui fut créée par le président Hipólito Yrigoyen dans les années 20 pour que les bénéfices de cette ressource n’échappent pas au pays (1).

Pour aller plus loin sur les modalités de ces flux économiques entre l’Amérique du Sud et l’économie espagnole, lire l’article de Página/12 de ce matin.

Quant au dessin qui fait la une, il dit :
Le gros titre : De Nada (de rien, formule de politesse pour répondre à des remerciements propre à l'Espagne. Les Argentins, eux, disent no hay de que, en français : il n'y a pas de quoi.).
La vigie : Fric !!!!!
La légende dans le bandeau blanc sous le navire : Les capitaux espagnols découvrent l'Amérique.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et pour le souvenir de ce que fut la richesse espagnole grâce à l’exploitation du Nouveau Monde depuis ce jour où la vigie de Christophe Colomb cria Terre ! (et non pas Guita!), remettons-nous en tête les vers de Victor Hugo, lui qui avait été témoin de la décolonisation vécue du côté espagnol mais afrancesado (autrement dit du côté des collaborateurs espagnols pendant l’occupation napolénienne) :

Bon appétit, messieurs ! Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure,
L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !
Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur !
L'Espagne et sa vertu, l'Espagne et sa grandeur,
Tout s'en va. Nous avons, depuis Philippe Quatre,
Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ;
En Alsace Brisach, Steinfort en Luxembourg ;
Et toute la Comté jusqu'au dernier faubourg ;
Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues
De côte, et Fernambouc, et les montagnes bleues !
Mais voyez ! Du ponant jusques à l'orient,
L'Europe, qui vous hait, vous regarde en riant.
Comme si votre roi n'était plus qu'un fantôme,
La Hollande et l'Anglais partagent ce royaume ;
Rome vous trompe ; il faut ne risquer qu'à demi
Une armée en Piémont, quoique pays ami ;
La Savoie et son duc sont pleins de précipices.
La France pour vous prendre attend des jours propices.
L'Autriche aussi vous guette. Et l'Infant bavarois
Se meurt, vous le savez. Quant à vos vice-rois,
Médina, fou d'amour, emplit Naples d'esclandres,
Vaudémont vend Milan, Leganez perd les Flandres.
Quel remède à cela ? L'État est indigent,
L'Etat est épuisé de troupes et d'argent ;
Nous avons sur la mer, où Dieu met ses colères,
Perdu trois cents vaisseaux, sans compter les galères.
Et vous osez ! ... Messieurs, en vingt ans, songez-y,
Le peuple, – j'en ai fait le compte, et c'est ainsi ! –
Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,
Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,
Le peuple misérable, et qu'on pressure encor,
A sué quatre cent trente millions d'or !
Et ce n'est pas assez ! Et vous voulez, mes maîtres ! ...
Ah ! J'ai honte pour vous ! Au dedans, routiers, reîtres,
Vont battant le pays et brûlant la moisson.
L'escopette est braquée au coin de tout buisson.
Comme si c'était peu de la guerre des princes,
Guerre entre les couvents, guerre entre les provinces,
Tous voulant dévorer leur voisin éperdu,
Morsures d'affamés sur un vaisseau perdu !
Notre église en ruine est pleine de couleuvres ;
L'herbe y croît. Quant aux grands, des aïeux, mais pas d'oeuvres.
Tout se fait par intrigue et rien par loyauté.
L'Espagne est un égout où vient l'impureté
De toute nation. Tout seigneur, à ses gages,
A cent coupe-jarrets qui parlent cent langages.
Gênois, sarde, flamand, Babel est dans Madrid.
L'alguazil, dur au pauvre, au riche s'attendrit.
La nuit on assassine, et chacun crie : « à l'aide ! »
– Hier on m'a volé, moi, près du pont de Tolède ! –
La moitié de Madrid pille l'autre moitié.
Tous les juges vendus. Pas un soldat payé.
Anciens vainqueurs du monde, Espagnols que nous sommes.
Quelle armée avons-nous ? À peine six mille hommes,
Qui vont pieds nus. Des gueux, des juifs, des montagnards,
S'habillant d'une loque et s'armant de poignards.
Aussi d'un régiment toute bande se double.
Sitôt que la nuit tombe, il est une heure trouble
Où le soldat douteux se transforme en larron.
Matalobos a plus de troupes qu'un baron.
Un voleur fait chez lui la guerre au roi d'Espagne.
Hélas ! Les paysans qui sont dans la campagne
Insultent en passant la voiture du roi.
Et lui, votre seigneur, plein de deuil et d'effroi,
Seul, dans l'Escurial, avec les morts qu'il foule,
Courbe son front pensif sur qui l'empire croule !
Voilà ! – L'Europe, hélas ! écrase du talon
Ce pays qui fut pourpre et n'est plus que haillon.
L'Etat s'est ruiné dans ce siècle funeste,
Et vous vous disputez à qui prendra le reste !
Ce grand peuple espagnol aux membres énervés,
Qui s'est couché dans l'ombre et sur qui vous vivez,
Expire dans cet antre où son sort se termine,
Triste comme un lion mangé par la vermine !

Cette tirade, qui est parmi les plus connues du théâtre français, écrite en alexandrins de 12 syllabes (les alexandrins espagnols en font 14), a inspiré des poètes de tango. Si vous lisez Cambalache, de Enrique Santos Discépolo (2), vous découvrirez le sceau hugolien dans cette autre diatribe contre la corruption d'un autre temps et d'un autre pays. Pas très étonnant chez un écrivain qui fut aussi un comédien de théâtre incroyablement érudit... Si vous lisez El Rey, de Horacio Ferrer (3), vous verrez aussi qu'il a pas mal lu Hugo, lui aussi, dans l'abondante bibliothèque de son père, pendant son enfance à Montevideo.

Alors, pour mes amis argentins, que je vais bientôt revoir, et les internautes qui lisent ce blog depuis les rives du Río de La Plata et qui ont tant d'amour pour notre langue, la voici, cette tirade, déclamée par Gérard Philippe, suivie des commentaires de Jean Villar, metteur en scène de ce Ruy Blas et alors directeur du Théâtre National Populaire, au Théâtre de Chaillot, grâce à la base d'archives audiovisuelles de l'INA (institut national de l'audiovisuel).

(1) Dans les années 1990, YPF a fait partie de ces joyaux de la couronne industrielle argentine que l'ancien président Carlos Menem a bradé à des capitaux étrangers, comme Aerolineas Argentinas, elles aussi vendues à des Espagnols (Iberia, qui revendit elle-même la compagnie contre de la monnaie de singe à Marsans, qui fut finalement, de jure, exproprié l’année dernière pour que l’Argentine récupère au moins ses lignes aériennes).
(2) Cambalache est intégré à Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, ed. du Jasmin, mai 2010, p 144.
(3) El Rey devrait faire partie du prochain livre, une autre anthologie, sur des poètes actuels, où vous retrouverez outre Horacio Ferrer, qui est incontournable et auquel j'ai déjà consacré un cahier de 15 pages dans la revue Triages de juin 2008, des gens moins connus chez nous, comme Litto Nebbia dont je vous parle de temps en temps dans ce blog, ou moins connus tout court, comme Alorsa, dont j'ai traduit pour ce second bouquin une dizaine d'oeuvres, dont l'un des morceaux de son second et dernier disque, 13 canciones para Mandinga, sorti post-mortem, le 3 octobre 2009 (voir mon article du 3 octobre 2009 sur cette présentation qui s'était faite à La Plata). Revue Triages, aux Editions Tarabuste, rue du Fort, 36170 Saint-Benoît-du-Sault, numéro 20 pour le cahier Horacio Ferrer et Supplément annuel pour l'anthologie 200 ans après. Pour en savoir plus sur les artistes cités, cliquez sur leurs noms dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la partie haute de la Colonne de droite, et retrouvez l'ensemble des articles qui leur sont consacrés dans ce blog.

Augmentation des minimums sociaux en Argentine [Actu]

Avant-hier, la Présidente argentine a annoncé de nouveaux relèvements des minimums sociaux auxquels peuvent prétendre les Argentins, généralement sous conditions de revenu (voir mes articles siglés du mot- clé Niveau vie dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus).

Pour résumer la nouvelle situation, qui entrera en vigueur au premier septembre (1), voici les nouveaux montants fixés par le Gouvernement national :

Augmentation de 16,9 % de toutes les retraites, y compris pour les pensions non imposables et les pensions des anciens combattants de la Guerre des Malouines. Le minimum passe de 895,2 pesos ($) par mois à 1046,5 pesos. Avec les aides distribuées par le Service social des Retraités (PAMI), ce montant s’élèvera à 1091,5 pesos.

Les allocations familiales, versées sous plafond de ressources, aux salariés déclarés et les allocations familiales destinées aux chômeurs, aux travailleurs employés au noir et aux employés de maison (dite Asignación Universal por Hijo) vont augmenter de 22%.

Et le chef de l’Etat a annoncé aussi qu’elle convoquerait prochainement le Conseil du salaire minimum indexable pour relever ce minimum appliqué par les employeurs de bonne foi qui déclarent leurs salariés (environ 40% des Argentins travaillent au noir). Ce salaire minimum est actuellement de 1500 $ par mois.

L’ensemble de ces mesures devraient représenter un coût d’environ 18 000 millions de pesos, soit 1,35% du PIB, dans un pays qui cette année semble vouloir renouee avec un taux de croissance à deux chiffres.

En deux ans, dans un pays qui souffre d’une inflation de 20 ou 25% l’an, les différentes revalorisations effectuées par le Gouvernement, en fonction de la loi d’indexation qu’il a fait votée à la fin 2008, parmi ses premières grandes mesures sociales, auront élevé les montants de retraite de 51,65%, ce qui permet aux anciens de conserver leur niveau de vie. Ce n’est pas bien fameux mais en Argentine et depuis décembre 2001, c’est une sérieuse amélioration de la situation !

Pour en savoir plus :
Lire l’article de Página/12 (pro-gouvernemental)
Lire l’article de Clarín (qui n’aime pas vraiment ce gouvernement mais sait accueillir positivement ses mesures sociales)
Lire l’article de La Nación (opposition de droite).
Lire aussi l'article de Clarín du 26 juillet 2010 sur la nouvelle enquête sur le pouvoir d'achat effectif à Buenos Aires (1)

Un impératif éditorial (boucler un deuxième livre avant la fin du mois) m’oblige à reporter de 24 ou 48h la publication de quelques infos culturelles sur des événements à venir la semaine prochaine : reprise au teatro Alvear d’une pièce de théâtre qui a fait un tabac à Paris et sortie d’un nouveau disque d’un grand Maestro… Pardon ! Je finis la commande qu’on a fait l’honneur de me passer, je prépare mon intervention de demain à l’Académie Esprit Tango à Paris (voir mon article du 23 juillet 2010) et je reviens sur ce blog pour ces deux scoops…

(1) Il n’est pas fréquent de voir le Gouvernement prendre autant d’avance pour une telle annonce. Généralement, la communication se fait quelques jours à peine avant l’entrée en vigueur des mesures. Mais il faut effacer les mauvais effets qu’ont pu avoir ces derniers temps quelques mesures pas nécessairement aussi populaires qu’on a bien voulu le (faire) croire : mariage des homosexuels, tentative de modifier la pratique de l’avortement par voie réglementaire (en passant outre la représentation nationale) et nécessité de se montrer généreux, à la veille d’une nouvelle campagne électorale, alors que l’opposition fait en la matière une surenchère que le Gouvernement s’est vu contraint de repousser et qu’une étude indépendante de l’Institut national de statistiques (Indec) a montré qu’à Buenos Aires, les chiffres de l’organisme officiel étaient basés sur des études mal ficelées, additionnant des navets et des carottes, pour obtenir un indice des prix acceptables. En fait, les enquêtes fondées sur des observations faites à Buenos Aires même montrent que 30% de la population dans la capitale a bien du mal à boucler ses fins de mois et à satisfaire ses besoins basiques en nourriture et en logement.

jeudi 29 juillet 2010

La Academia Nacional del Tango rend hommage à Gloria et Eduardo [à l’affiche]

Photo (datant d'il y a quelques années) diffusée par la Academia Nacional del Tango

Lundi 2 août 2010, à 19h30, au Salón de los Angelitos Horacio Ferrer (pour ne pas changer), pour son premier Plenario du nouveau mois, la Academia Nacional del Tango rendra hommage aux deux danseurs de tango salón sans doute les plus connus dans le monde entier : Eduardo et Gloria Arquimbau qui fêtent ni plus ni moins en ce moment que leurs 50 années de carrière…
Pas mal, non ?

Tango rituel de la soirée (cela s’imposait même s’il y a une erreur de calcul de 20 ans) : Milongueando en el 40 (Danser en milonga en 1940), de Armando Pontier, par la Orqueta Tango Argentino, dans un enregistrement où cet ensemble était dirigé par Pepe Libertella.

La soirée sera placée sous le sceau de la série "Las Estrellas del Tango cuentan sus éxitos" (Les étoiles du tango racontent leurs succès). Il y aura projection de films, clips et autres vidéos reprenant quelques unes des exhibitions données par le couple sur les scènes du monde entier pendant ce demi-siècle d’activités partagées. Et ils animeront eux-mêmes l’espace artistique, comme on pouvait s’en douter à l’avance...

Eduardo Arquimbau est le président de l’AMBCTA, l’Association des Professeurs, Danseurs et Chorégraphes de Tango Argentin dont vous avez de temps en temps des nouvelles sur Barrio de Tango (ce blog) à propos des informations diffusées par leur site et des compétitions locales qu’ils organisent en prévision du Mundial de Tango qui se tiendra à Buenos Aires à la fin du mois d’août (le lien avec le site de l’AMBCTA est disponible sur ce blog, dans la rubrique Eh bien dansez maintenant ! dans la partie basse de la Colonne de droite).

C’est un Plenario à ne pas manquer si vous êtes là-bas. Cela vaut à coup sûr tous les reportages d’Envoyé Spécial de cette semaine !

L’entrée est bien sûr libre et gratuite comme d’habitude pour pareille manifestation, au 833 de la Avenida de Mayo, à droite du Tortoni, et au 1er étage.

Barrio de Tango à Vendôme samedi sur le stand du Jasmin [Disques & Livres]

Les Editions du Jasmin seront présentes ce samedi 31 juillet de 10h à 20h au Salon du Livre de Conte qui se tient à Vendôme, dans le Loir et Cher (41), dans le cadre du Festival EPOS, organisé par le Conservatoire Contemporain de Littérature Orale (Clio), fondé et dirigé par le conteur et écrivain Bruno de La Salle et établi en Vendômois.

Le Salon du Livre de Conte se tiendra au Centre Minotaure, grand bâtiment municipal à l’architecture moderne établi 2 rue César de Vendôme, à Vendôme. Mon livre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, sera en vente sur le stand de l’éditeur, les Editions du Jasmin, tenu par le patron lui-même, Saad Bouri. Que vous pourrez donc saluer de ma part.

Le Festival EPOS fête cette année sa 5ème édition. Il a ouvert ses portes lundi dernier (26 juin). Il se clôturera dimanche 1er août. C’est un festival consacré à toutes les formes de la culture orale et en ce sens, mon anthologie y a bien sa place puisque le tango, même s’il s’écrit, est fondé sur la transmission orale, sur l’improvisation musicale, le jeu sans partition, etc. Les variantes qu’introduisent les chanteurs, y compris les plus grands, dans les textes sont légions, leur grand nombre témoigne de ce caractère oral de la culture populaire portègne (1).

Le Festival EPOS cette année, c’est plus de 40 spectacles gratuits, des ateliers et environ 2000 ouvrages au Salon.

Le Salon du Livre de conte est lui-même un évènement unique en son genre en France et les Editions du Jasmin pourront y proposer, à côté de mon ouvrage, un vaste choix de contes du monde entier puisque c’est l’un des axes éditoriaux de cette petite maison indépendante française, établie à Clichy, dans les Hauts-de-Seine.

Pour ma part, je ne serai pas sur place, étant engagée le même jour à Paris envers l’Académie Esprit Tango où je donnerai une conférence à 19h (voir mon article sur cette soirée avec pratique et cours de milonga). Le prochain Salon auquel je participerai avec le Jasmin sera celui de Rambouillet, le 19 septembre (voir mon article sur les rendez-vous déjà fixés à la rentrée). D’ici là, j’aurai présenté le livre aussi à Buenos Aires, où beaucoup d’artistes l’ont découvert au stade de manuscrit depuis trois ans et attendent de voir ce qu’il donne en vrai, dont Litto Nebbia lui-même qui a produit le disque de 22 pistes qui est offert avec le livre.

Pour en savoir plus :
Visiter le site de Clio, qui organise le Festival EPOS
Visiter la page du Salon du Livre de Conte sur le site de Clio (EPOS)
Visiter le site des Editions du Jasmin (en lien permanent dans la rubrique Cambalache casi ordenado en partie inférieure de la Colonne de droite de ce blog).

(1) D’où de nombreuses notes de bas de page dans mon livre pour vous dire que sur tel vers, une célèbre interprétation passée à la postérité laisse entendre une autre phrase ou un autre terme.

Envoyé Spécial à Buenos Aires : à prendre ou à laisser ? [ici]

Le magazine d’information de France 2, transformé pour l’été en magazine de divertissement, Envoyé Spécial, devrait diffuser ce soir un reportage d’environ 25 minutes sur le tango à Buenos Aires. Je n'ai pas vu ce petit documentaire mais il ne faut pas être grand sorcier pour savoir si c’est à prendre ou à laisser…

Il suffit d'analyser tout d'abord la bande-annonce de l’émission, censée depuis trois jours donner le ton du numéro de ce soir. Elle ne mentionne que deux sujets : le business du rapatriement sanitaire et celui des objets souvenirs touristiques (boules à neige, porte-clés et autres assiettes et bols décoratifs de Saint-Tartempion sur Mer). Cela s’annonce mal…

Autre signe médiocrement encourageant pour le téléspectateur exigeant, avide de découvrir la vraie de vraie Buenos Aires grâce à des envoyés spéciaux partis à 11 000 km de Paris avec de l’argent public en période de restriction budgétaire : le reportage s’intitule La Revanche du Tango et son prétexte est l’inscription (votée en septembre 2009) du tango au Patrimoine de l’Unesco. J’en connais à Buenos Aires qui vont pousser des cris d’orfraie et me rappeler combien ils ont eu raison d’être vent debout contre cette démarche qui sert finalement des intérêts plus mercantiles que culturels. En fait, la déclaration ne sert pas en soi l’appétit de billets verts des affairistes sans foi ni loi, elle est juste ici instrumentalisée pour servir de nouvel habillage, décent et honorable, à une industrie du tourisme et une industrie du disque aussi décervelantes l’une que l’autre et qui avaient déjà, de toute façon, bien avant elle, une garde-robe des plus fournies sans qu'une télévision publique d'Europe n'ait besoin de s’abaisser à leur servir la soupe.

L’équipe d’Envoyé Spécial n’est pas allée chercher bien loin le titre de son reportage : elle l’a emprunté au groupe suisso-franco-argentin Gotán Project, très contesté à Buenos Aires,  parce qu'il fait (et vend, très bien d'ailleurs) de la musique électronique avec du son de bandonéon, qui n'est pas l'essentiel du tango (1). Un choix éditorial qui en dit long sur la non-découverte que les reporters ont faite sur place de la réalité culturelle et socio-économique de la capitale argentine et l'inspiration qu'ils sont allés chercher plus près, dans les bacs des disquaires français.

Amateurs de clichés sur Buenos Aires, affalez-vous sur votre canapé devant le petit écran. Vous avez de bonnes chances d’être servis ce soir.

Hier, j’ai eu une petite conversation fort instructive avec l’un des lecteurs de ce blog et qui vit à Buenos Aires. Il m’a rapporté à propos du tournage quelques anecdotes affligeantes. Forte de cette confirmation de ce qui se devinait tout seule, je suis donc prête à vous parier qu’ils vont nous faire visiter Caminito, cette verrue touristique sur le front de La Boca, à un jet de pierre du port du Riachuelo. L’émission promet donc d’être à peu près aussi instructive que le reportage creux d’une quinzaine de minutes qu’Arte a diffusé mardi 27 juillet à 19h30 à propos de Mar del Plata, dont la chaîne franco-allemande ne nous a montré que les plages, un bout du casino et les boîtes de nuit pour jeunes fêtards éméchés, semblables à tous les autres jeunes fêtards éméchés sous n’importe quelle latitude et sur n’importe quel continent. Pas un mot sur la naissance du compositeur et bandonéoniste Astor Piazzolla (1921-1992) dans cette ville (pourtant, il reste le seul musicien de tango dont tout le monde connaisse au moins le nom, à défaut de l’oeuvre). Encore moins sur le suicide de la poétesse Alfonsina Storni (1892-1938). Là, c’était moi qui rêvais tout debout : comment Arte, la chaîne publique culturelle par excellence, pourrait-elle s’intéresser à une poétesse majeure de la littérature argentine ? Il ne faut tout de même pas rigoler ! Pas un mot sur l’activité du port de pêche, le plus important du pays, et sur toute l’industrie de conditionnement des produits de la mer qui fait vivre la ville depuis plus d’un siècle. A peine si l’existence d’une université dans le coin a été mentionnée… ce ne fut que pour dire que les étudiants organisaient souvent des nuits festives. Pas un mot bien sûr non plus sur le port militaire, qui a pourtant une histoire passionnante, comme port neutre pendant les deux conflits mondiaux et comme principal port d’attache de cette Marine argentine au rôle plus qu’ambigu dans l’histoire politique du pays depuis la perte des Malouines en 1833. Et pas un mot non plus sur le Festival de Cinéma, l’événement cinématographique majeur en Amérique du Sud qui ouvre la saison estivale… Et tenez-vous bien !, ce reportage vide est diffusé dans une série intitulée Arte Découverte !

Amateurs d’authenticité, qui êtes nombreux à consulter ce blog, il se peut qu’il soit plus approprié pour vous ce soir de vous passer de France 2 (de toute manière, cette émission sera rediffusée sur TV5 Monde et vous la retrouverez aussi sur le site de la chaîne ou le tout nouveau site de rattrapage de France Télévision).

Alors comme on est le 29, pour vous mettre à l’heure de Buenos Aires, laissez tomber la télécommande et saisissez le manche de la casserole (la pava), remplissez-la d’eau et mettez-la sur le feu. C’est le jour ou jamais de vous confectionner un bon plat de gnocchis maison, vieille coutume apportée par quelque Tano (2) de son village natal dans la montagne piémontaise ou la campagne calabraise (voir mon article du 28 août 2008 sur le Día de los ñoquis ou mon article du 29 avril 2009 sur les ñoquis porte-chance et les recettes publiées par Clarín). En apéro, faites-vous un Fernet-Coca (beaucoup de soda brunâtre et une rasade de Fernet-Branca pour l’amertume, encore un truc des tanos), à déguster avec des cacahuètes en cascara (en coque).

(1) Si le bandonéon vous intéresse, profitez donc de l’été pour aller écouter une conférence de Solange Bazely. Là, vous allez apprendre des choses passionnantes (voir mes articles sur Solange et ses activités de difusora cultural en français). Et si c’est le tango plus généralement qui vous intéresse, que vous êtes à Paris ce week-end et que vous avez la patience d’attendre jusqu’à samedi, allez donc passer la soirée du 31 à l’Académie Esprit Tango. J’y donnerai une conférence à 19h et ensuite, c’est un ancien danseur du Teatro Colón et sa partenaire française, Luis Bruni et Pascale Coquigny, qui donneront un cours de vraie milonga comme là-bas (en deux niveaux, à 20h et 21h). Voir mon article du 23 juillet 2010 sur la soirée de samedi et mon article du 17 juillet 2010 sur mes conférences à la rentrée. Et sinon, si vous êtes à Vendôme, allez donc rencontrer mon éditeur au Salon du livre de conte, samedi entre 10h et 20h.
(2) Tano : surnom donné aux Italiens et à leurs descendants, sans connotation raciste ni xénophobe, tout au contraire. C’est l’abréviation de Napolitano mais ça s’utilise pour toutes les régions de provenance du moment qu’elles se trouvent bien dans la Botte ou dans les îles sous pavillon italien. C’est à cette lointaine ascendance péninsulaire que la chanteuse Susana Rinaldi doit son surnom : La Tana. Evidemment, avec un patronyme pareil !

Le congrès international de Tangothérapie s’ouvre à Buenos Aires [Actu]

Le 3ème Congrès international de Tangothérapie s’est ouvert ce jeudi 29 juillet au Centro Cultural San Martín, avenida Corrientes, à Buenos Aires. Ces rencontres médicales sur les bienfaits de la pratique chorégraphique du tango sur la santé d’un certain nombre de patients, atteints de différents types de pathologies, physiques ou mentales, depuis des cardiopathies jusqu’à la maladie de Parkinson en passant par la schizophrénie et la dépression, se poursuivront jusqu’à samedi prochain. Elles sont organisées par l’Association Civile et Culturelle argentine Sentimiento Tango, qui a déjà organisé les deux précédentes rencontres, l’une à Rosario, l’autre à Mendoza.

Des médecins du monde entier sont arrivés à Buenos Aires pour partager des retours d’expérience et découvrir des pratiques thérapeutiques qui s’appuient des réalités vécues dans des institutions de tango réparties dans tout le pays, ici pour enseigner à des personnes atteintes de syndrome de Down, là pour stimuler la mémoire et la coordination gestuelle des pensionnaires d’une maison de retraite, ailleurs pour réinsérer socialement et émotionnellement des malades du cancer…

Les initiateurs de la rencontre soulignent que le tango apporte des contributions différentes et supplémentaires à la choréthérapie, qui fait partie des différentes voies de l’art-thérapie, à cause de la force de l’abrazo dans le tango et de la forte identification des rôles, masculins et féminins, dans le couple de danseurs de tango, éléments qui distinguent cette danse des autres danses de salon, où le couple s’étreint de moins près et où l’identité sexuelle des rôles est moins sensible.

Pour en savoir plus :
Lire l’article de Clarín, plein d’exemples et des témoignages de praticiens.

Jour des ñoquis à la Viruta [Coutumes]

La Viruta est une milonga traditionnelle et une salle de bal où l'on danse aussi d'autres danses en alternance avec le tango. Elle se trouve dans ce coin de l'immense quartier de Palermo que les Portègnes appellent affectueusement Palermo Viejo, et où se situe aussi le restaurant La Paila dont j'ai eu hier confirmation de Lucio Arce lui-même qu'on s'y régale dans l'assiette et dans le verre.

Et pour compléter ces hautes considérations gastronomiques, comme nous sommes aujourd'hui le 29 du mois, on mangera ce soir à La Viruta des ñoquis de papas (gnocchis de pomme de terre) en plat du jour (1). De quoi se requinquer après avoir dansé plusieurs tandas d'affilée...

Ce sera désormais ainsi tous les 29 du mois...

Ce soir, il y aura aussi le concert de la semaine, un show du groupe La Mama Tango. La semaine dernière, c'était l'orchestre El Afronte. Demain, autre show : Ojos de tango.

La Viruta
(entendez "le copeau"
que les danseurs finissent par arracher au parquet
avec leurs semelles à force de danser),
Armenia 1366 (2)
Entrée 20 $ par personne à l'unité (hors restauration et cours)
ou 50 $ pour une carte de 4 entrées par personne

Vous pouvez visiter leur site pour mieux les connaître en attendant d'aller y danser le tango, là-bas, dans son milieu urbain d'origine, à Buenos Aires.

(1) le 29 de chaque mois, sauf le mois de février (ça tombe bien avec le cagnard du plein été), les Portègnes mangent un plat pauvre dans l'attente de l'arrivée de la paye. Une vieille tradition installée là par quelques immigrants italiens à la fin du 19ème siècle qui traînaient cette habitude de leur contrée natale. Ce plat de pauvres, les Argentins l'appellent ñoquis, les Italiens l'écrivent gnocchi (ça se prononce pareil) et c'est une manière d'accommoder les pommes de terre sou forme de pâtes fraîches quand même la farine de blé dur venait à manquer dans les campagnes de la Péninsule. Avec la polenta (qui veut dire richesse en portègne) et la pizza (dont je vous parlais hier dans mon article sur le concert de demain à La Peña La Salamanca à La Plata), les ñoquis sont le grand héritage de la gastronomie de base à Buenos Aires et dans les environs. J'ai eu la chance d'en déguster à la table de fines fourchettes locales, Walter Alegre et Luis Alposta, et je n'aurai pas échanger ma place pour tout l'or du monde... (Voir aussi mon précédent article, du 28 août 2008, sur cette coutume).
(2) Voir aussi mon article du 13 avril 2009 sur les lieux où danser le tango à Buenos Aires (des informations de cet article sont bien évidemment dépassées. Consulter le magazine El Tanguata ou La Milonga argentina, dont vous trouverez les liens dans la rubrique Eh bien dansez maintenant ! dans la partie basse de la Colonne de droite de ce blog). En cliquant sur le mot-clé danse, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, vous trouverez aussi des articles sur des lieux de danse à Rosario, à Montevideo et dans quelques autres lieux, des écoles, des stages intensifs, les concours dont le plus prestigieux est le Mundial del Tango, ce championnat du monde auquel on peut s'inscrire sans qualification préalable, mais il faut se trouver à Buenos Aires au bon moment (dernière semaine d'août). Bref tout ce qui touche la pratique chorégraphique.

mercredi 28 juillet 2010

Kilombo 14 et Javi Camino Grupo ce vendredi à La Salamanca à La Plata [à l'affiche]

Ce vendredi 30 juillet à 22h, à la Peña (1) et Casa de Cultura La Salamanca, qui se trouve à l'angle des rues 60 et 10 à La Plata, le groupe de candombe qu'a intégré récemment Leo Gianibelli, un ancien musicien de La Guardia Hereje, qui accompagnait Alorsa au Tango Criollo Club, Kilombo 14, dont je vous ai déjà parlé il y a quelques semaines (voir mon article du 7 juilllet 2010) jouera en partageant la scène avec le Javi Camino Grupo, qui est un groupe de folklore.

Les deux groupes se partagent un musicien et disposent chacun de leur propre page Myspace où je vous invite à les découvrir :
Javi Camino Grupo (Javi Caminos, Manu Caminos, Ruly Bolañes, Nico Marini, Yamila Intili)
Kilombo 14 (Leo Gianibelli, Ulises Lescano, Mariano Rosito, Facu Zingarelli, Nico Marini, Pablo Tieri, Manu Caminos, Alejandro Duarte).



Le lieu lui aussi est à découvrir : son site regorge d'infos plus attractives les unes que les autres. Avec des pages sur le Carnaval, les ateliers proposés, les spectacles programmés et la carte du restaurant avec une description dessinée d'empanadas (façon planche botanique) suivie d'une liste de pizzas typiquement argentines qui vont vous donner envie de prendre l'avion dans les minutes qui viennent ! (Cliquez sur le raccourci La Cocina, à droite, lorsque vous entrez dans le site, entièrement en espagnol bien sûr, puisque La Salamanca ne drague pas le touriste mais s'adresse aux Platenses qui vivent toute l'année dans la capitale provinciale).

(1) Une peña est un lieu de fête qui correspond à une vieille tradition rurale de convivialité qui poursuit pendant l'année la bonne humeur du carnaval. D'où le visuel du diablotin, Mandinga, qui illustre la page d'accueil du site Internet de ce lieu. La Salamanca est une maison qui représente essentiellement la culture du nord argentin, avec ses plats typiques et sa musique traditionnelle, le chamamé et la chacarera. Ainsi les deux articles de ce 28 juillet 2010 nous envoient-ils au nord, très au nord de Buenos Aires, vers les frontières du Paraguay et du Pérou...

Jacqueline Sigaut et le Cuarteto La Púa à La Paila [à l’affiche]

La chanteuse Jacqueline Sigaut, accompagnée par le guitariste Abel Tesoriere, et le Cuarteto La Púa (guitares), artistes que les habitués de ce blog commencent à bien connaître, se partageront la soirée tango du 3 août prochain, à 21h, au restaurant La Paila, un établissement consacré à la culture et à la gastronomie du nord-ouest de l’Argentine (1), situé au cœur du vieux Palermo, rue Costa Rica 4848.

Jacqueline Sigaut a sorti, il y a un an (et j’en ai parlé dans ces colonnes), son 4ème disque : Porque Quiero (parce que je le veux, parce que j’aime ça), auquel participe notamment Amelita Baltar pour un Oblivión de Piazzolla chanté en duo et en français.

Le Cuarteto La Púa vient, lui, de sortir son deuxième disque, En alguna parte (quelque part).
Ce sera pour les uns et les autres l’occasion de présenter ces albums et d’en mettre des morceaux au programme de la soirée.

Droit au spectacle, à acquitter en plus de l’addition pour le dîner : 20 $ par personne.
C’est un prix normale (plus que raisonnable) pour une soirée musicale avec repas en toute simplicité, ce genre de soirée très convivilae dont les Portègnes raffolent et dont les touristes ignorent l’existence, embarqués qu’ils sont par leur tour-opérateurs dans les cena-shows clinquants et hors de prix de l’industrie touristique locale.

L’auteur-compositeur-interprète Lucio Arce y donnera lui aussi un concert, le 24 août prochain, dans les mêmes circonstances et il m’a fait l’honneur et l’amitié de m’y inviter à l’occasion de la sortie de mon livre, de ce côté-ci de l’Atlantique (2). J’aurai sans aucun doute l’occasion de vous en parler davantage d’ici quelques semaines.

Pour aller plus loin :
Vous pouvez suivre les activités (en tout cas une bonne partie d’entre elles) de chacun des artistes cités dans cet article en cliquant sur leur nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus : ces mots-clés vous renvoient à l’ensemble des articles que j’ai déjà publiés dans ce blog à leur sujet à l’heure où vous visitez Barrio de Tango.
Jacqueline Sigaut dispose d’un site Internet où vous pouvez découvrir sa voix et ses disques. Le lien se trouve dans la rubrique Grillons, zorzales et autres cigales, dans la partie basse de la Colonne de droite de ce blog. La même chose est vraie de Lucio Arce.
Le Cuarteto La Púa (le Quatuor L’aiguille, que ce soit celle du phonographe ou le dard de l’abeille ou la pointe du couteau ou de la baïonnette, entendez-le comme vous voulez, en fonction de votre humeur du jour) est présent aussi sur le net avec un site et une page Myspace. Le Cuarteto regroupe Leandro Angeli, Cristian Huillier, Juan Otero et Pablo Sensottera.
Vous pouvez aussi aller visiter le site du restaurant pour découvrir la richesse de leur carte (avec des photos à damner un saint !) et la variété de leurs propositions culturelles en matière de musique folklorique et de tango. Ils ont en particulier des spectacles à l’heure du déjeuner le week-end. A ne pas louper si vous passez vos vacances par là-bas…

(1) qui est à l’Argentine ce que la région que les Français appellent le Sud-Ouest est à l’Hexagone, région généreuse et abondante, pour la musique, les traditions locales et la table, et où le soleil est plutôt plus chaud qu’ailleurs dans le pays…
(2) Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, éditions du Jasmin, mai 2010.

mardi 27 juillet 2010

Hommage à Tita Merello au Maipo Kabaret [à l’affiche]

Affiche du Maipo Kabaret

Ce matin, les pages Cultura et Espectaculos de Página/12 sont particulièrement chargées côté tango (voir mon autre article de ce jour sur le disque du violoniste Fernando Pereyra, Sin lagrimas). On y trouve la critique d’un one-woman show qui se veut un hommage à la chanteuse et comédienne argentine Tita Merello (1), qui occupait Jean-Louis Mingalon à la fin du mois de juin dans sa chronique sur France Musique (voir mon article du 20 juin 2010).

C’est une artiste elle-même chanteuse et comédienne, Virginia Innocenti, qui a conçu et qui joue ce spectacle qui est l’aboutissement de plusieurs tentatives qu’elles a menées pour qu’un hommage soit rendu à cette grande dame de la culture populaire portègne, dont seul un cinéma, aujourd’hui fermé, perpétue le souvenir dans les rues de Buenos Aires (voir mon article du 20 juillet 2010 sur le sort de cette salle d’art et d’essai). Un spectacle qui se donne depuis le 18 juillet dans la petite salle du Teatro Maipo, le Maipo Kabaret, un grand théâtre historique de la ville de Buenos Aires, rue Esmeralda 443. Sur la photo qui illustre l’article de Página/12, vous pouvez voir à droite la vraie Tita Merello, dans une de ses plus célèbres photos, et à gauche l’interprète, qui s’est fait à merveille son look et son regard.

Un spectacle dont la direction musicale est assurée par Diego Vila et la direction générale par Luciano Suardi sous le titre de Dijeron de mí (Ce qu’on a dit de moi), qui reprend le titre d’un tango qui fit la gloire de Tita Merello, Se dice de mí (Ce qu’on dit de moi), qu’elle chantait avec sa voix grave et son timbre plein de gouaille faubourienne.

Le spectacle montre une narratrice qui raconte de multiples anecdotes sur la chanteuse, pour évoquer sa personnalité, sa carrière et sa vie, et qui chante 17 morceaux que Merello a immortalisés en les enregistrant. Comme beaucoup d’artistes péronistes, Tita Merello est née dans la pauvreté, elle a commencé sa carrière comme Edith Piaf, en cachetonnant pour éviter de mourir de faim, elle a connu la consécration dans ce même théâtre Maipo qui accueille l’hommage actuellement et s’est vu proscrite, comme d’autres (2), à l’arrivée de la Revolución Libertadora en 1955 (3).

Le spectacle se donne du jeudi au samedi à 21h, le dimanche à 20h.
Prix des places : 120 $ la place autour d’une table (ces places se vendent par table de 4), 120 $ assis au bar, 90 $ assis dans la salle. (Les prix s’entendent hors consommation et ils sont exprimés en peso argentin, naturellement, et non en dollar, malgré l’identité des symboles).

Virginia Innocenti est donc à cette occasion interviewée dans Página/12 aujourd’hui et dans Clarín il ya quelques jours sur les motivations qui l’ont portée à rendre cet hommage à son illustre prédécesseuse, qu’elle veut évoquer sans l’imiter, et sur les aspects de sa vie et de sa carrière qui l’ont inspirée pour ce spectacle, dont elle ne voulait pas faire une comédie musicale parce que dans ce genre, elle "ne trouve que trop peu de substance dramatique", avoue-t-elle à la journaliste de Página/12 qui l’interroge.



Pour en savoir plus :
Lire l’interview donnée à Página/12 par Virginia Innocenti et publiée aujourd’hui
Lire l'article de La Nacion du 18 juillet 2010
Lire l’interview donnée à Clarín par Virginia Innocenti et publiée le 23 juillet 2010
Ajout du 28 juillet 2010 : lire aussi, dans ce même quotidien, la critique du 28 juillet 2010.

(1) Elle fut aussi auteur et compositeur et à ce titre figure dans le recueil de 231 letras que j'ai fait paraître en mai dernier aux Editions du Jasmin (Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins) : Decíme Dios ¿dónde estás?, p 266.
(2) parmi ces autres, il faut citer Nelly Omar, qui était il y a quelques jours au programme du festival de La Falda (voir mon article du 12 juillet 2010), et Hugo del Carrill, lui aussi chanteur, compositeur, letrista, acteur de cinéma et même réalisateur, qui est aussi l’auteur de la Marcha Peronista, l’hymne du mouvement péroniste, qui a eu hier l’une de ses grandes manifestations publiques avec la commémoration des 58 ans de la mort d’Evita.
(3) Sur ce que fut la Revolución Libertadora, voir mon article de ce jour sur le souvenir d’Evita, morte le 26 juillet 1952, et le Vademecum historique (sur l’histoire de l’Argentine et de l’Uruguay), dont vous trouverez le lien dans la rubrique Petites chronologies, dans la partie médiane de la Colonne de droite de ce blog.

Ce soir quatuor argentino-suisse au Teatro Alvear [à l’affiche]

Leonardo Fereyra est le premier violon et le violoniste soliste de la Orquesta del Tango de la Ciudad de Buenos Aires, ce qu’on appelle en espagnol le concertino, et il vient de sortir un disque avec un quatuor à cordes, composé de deux violons (dont lui-même), d’un alto et d’un violoncelle. De ce quatuor qui se produira ce soir au Teatro Alvear, il est le seul Argentin… Les autres sont suisses : Rahel Zellweger, second violon (qui sera sur scène ce soir, même si c’est Diego Tejedor, qui tient cette partie sur le disque), Sophie Lüssi (alto) et Andreas Ochsner (violoncelle).

Avec Diego Tejedor, absent ce soir, trois d’entre eux viennent donc de sortir chez Acqua un disque de 11 pistes, intitulé Sin lagrimas, qui reprend l’aventure, rare, entreprise dans les années 60 par Leo Lipesker, Guillermo Fereyra, le père de Leonardo, et deux autres instrumentistes, respectivement à l’alto et au violoncelle.

Le concert de ce soir aura lieu à 20h30, au Teatro Alvear, Corrientes 1659, et sera l’occasion de la présentation de Sin Lagrimas.

C’est pourquoi Página/12 accueille ce matin dans ses pages culturelles une petite interview de Leonardo Fereyra qui parle de sa passion pour le tango et le violon, de l’héritage paternel et des nombreux musiciens auxquels le rattache la transmission artistique familiale.

Pour en savoir plus :
Consulter la page du disque sur le site de Zivals, le grand disquaire de Buenos Aires, qui vous permet d’en écouter les 45 minutes de chaque piste.